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Full text of "Romania"

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HANDBOLNd 
AT  THH 


^^VERSITY  OF 
TORO.VTO  PRESS 


ROMANIA 


ROMANIA 

RECUEIL  TRIMESTRIEL 

CONSACRÉ  A  l'Étude 

DES    LANGUES    ET    DES    LITLÉRATURES    ROMANES 

FONDU    EN     1872    PAR 

Paul  MEYER  et  Gaston  PARIS 

PCBLIli    FAR 

PAUL  MEYER  ET  Ant.  THOMAS 

Membres  de  l'Institut 

Pur  remenbrer  des  ancessuis 
Les  diz  e  les  faiz  e  les  murs. 

Waci. 


5  5e    ANNÉE.  —  1906 


PARIS     (Vl^) 
LIBRAIRIE    ANCIENNE    HONORÉ    CHAMPlÇ)N,    ÉDITEUR 

5,    QUAI    MALAQUAIS,    5 

TOUS    DROITS    RÉSF.RVRS 


Pc 
1 


PROVENÇAL  -ENC;  ITALIEN  -INGO,  -ENGO 


Diez,  dans  sa  Grammaire  des  langues  romanes,  explique  par 
le  suffixe  latin  -inquo-  qui  est  dans  prop-inquu-s,  les 
adjectits  dénominatitsen  -enc,  fém.  -enca,  qui  sont  extrêmement 
fréquents  en  vieux  provençal  et  en  catalan',  et  parmi  lesquels  il 
nous  suffira  de  citer,  en  provençal  :  aerenc  «  aérien  »,  albenc 
«  blanc  »,  albuginenc  «  blanchâtre  »,  d'albugo  (-in-)  «  tache 
blanche  dans  l'œil  »,  ceniknc  «  azuré  »,  cornenc  «  corné  », 
estivenc  «  d'été  y>,f albenc  «  pâle  y> ,  ferienc  ^^  bestial  »,ferrenc  «  de 
fer  »,  fogiienc  «  brillant  comme  le  feu  »,  laitenc  «  laiteux  »,  livenc 
«  livide  »,  ortenc  «  de  jardin  »,  mejanenc  «  mitoyen  »,  monta- 
nhenc  «  montagnard  »,  pinenc  «  de  pin  »,  ramène  «  branchu  », 
rogenc  «  rougeâtre  »,  unenc  «  uni  »,  vinenc  «  vineux  »;  en  cata- 
lan :  agostenc  «  du  mois  d'août  »,  en  regard  du  milanais  mar:;engh, 
pour  un  plus  ancien  * niaryCngo  «  du  mois  de  mars  »,  blavenc 
'<  bleuâtre»,  famolenc  «  affamé  »,  vernenc  «  printanier  ».  Comme 
tous  les  adjectifs  dénominatifs,  les  adjectifs  en  -nie  ont  une  ten- 
dance marquée  à  passer  au  rang  de  substantifs  :  prov.  paierie 
«garni  de  palissades»,  puis  «  fortification  faite  avec  des  palis- 
sades »,  pastenc  «  pâturage  y),  jadenc  «  fadaise  »,  vilhenc  «  vieil- 
lesse» ;  dauphin,  îroienc  «  porcelet  »  du  lat.  vulg.  troia 
«  truie»  ;  catal.  albenc  «  aubier  ». 

C'est  évidemment  au  même  mode  de  formation  qu'on  doit 
attribuer  les  noms  de  personnes  en  -enc  du  Midi  de  la  France 
tels  que  Peyronnenc,  Mironenc,  Baiisenc,  Morellenc,  Torrenc,  Sebcn- 
cus,  en  r oma.n S ibencs,  Dedincus,  Dedencus,  Deusdesetis  \^our  un  plus 


I.  Diez,  Grammaire  des  langues  romanes,  trad.,  t.  II,  p.  347-348.  Diez 
propose  dubitativement  de  rattacher  le  prov.  -eue  au  latin  -igntis,  ce  qui  est 
insoutenable. 

Roman  .a   XXXI  i 


2  H.     PHILiPON 

ancien  *Deusdedencs,  Datencus,  Permincus,  Pelencus,  Ardmcus 
et  PretTuncus,  dans  des  actes  du  x'  siècle,  à  côté  des  noms 
d'hommes  d'origme  germanique  Moringus,  Rotingus,  RodingUs, 
Doningus,  Valdingus. 

Ce  mode  de  formation  a  joué  un  rôle  considérable  dans  la 
toponymie  et  dans  l'hydronymie  de  la  France  du  Sud  et  du  Sud- 
Est;  nous  allons  tout  d'abord  essayer  de  délimiter  aussi  exac- 
tement que  possible  son  aire  d'application. 

Provence,  Languedoc,  Dauphiné  et  Savoie  :  Alanuncus 
(1024),  ancienne  paroisse  du  diocèse  de  Valence',  du  thème 
Alamo-,  var.  d'Alabo-,  qui  se  retrouve  dans  ^/flmo«/£,  var.  Ala- 
bonte,  le  Monètier-AUemont,  Hautes- Alpes,  cf.  Alamencum,  Alle- 
men(t),  Ain  ^  ;  Albencum,  l'Albenc,  Isère  ^  ;  *Alboninca,  Arhonenca 
(i  183), ancienne  localité  des  Hautes-Alpes'*;  Ala:;encs{\Ws\kc\é), 
auj.  Lezens,  et  Cordencs'\  localité  disparue,  Haute-Garonne; 
Arisencus,  Arzens,  Aude,  et  Ariseucum,  Arzenc,  nom  de  deux 
localités  de  la  Lozère^;  Allencum,  Aliène,  même  département; 
*Bodenencum,  Bodenenc  (1113),  c"' d'Arles,  Bouches-du-Rhône"; 
*Bolencus,  Bolencs,  localité  disparue,  Haute-Garonne^;  *  Caren- 
cus,  Charencus  (1509),  Charens,  ruisseau  et  village  homo- 
nyme de  la  Drôme^;  Granencus  et  Granencs  (xii'  siècle),  auj. 
Saint-Romans,  Isère  '°  ;  *Màuriincus,  Moircnci{s{ioi6),  Moirans, 
même  département  "  ;  Corencus,  Corencs,  Corens  et  Corencum,  auj, 


1.  Chevalier,  Cartitl.  de  Saint-Barnard,n°  72,  et  Itinéraire  d\4ntottin,éd. 
Pinder  et  Parthey,  p.  542,  388.  On  peut  rapprocher  du  thème  ligure  Alàbo- 
le  thème  osque  Alafo-  qui  est  dans  Alafaternum  \  ci.  Brugmann,  Grundriss  der 
ver^leichenden  Grammatik  der  indo-oermanischen  Sprachen,  1%  439,  514,  820. 

2.  Pour  ce  nom  et  tous  ceux  du  département  de  TAin,  on  me  permettra 
de  renvoyer  au  Dictionnaire  topographique  de  ce  département  qui  paraîtra 
bientôt. 

5.  J.  Marion,  Curtulaires  de  Vcglise  de  Grenoble,  p.  289. 

4.  Guillaume,  Cartul.  de  Durbon,  p.    130. 

5.  C.  Douais,  Cartul.  de  Saint-Sernin,  p.  2,  3. 

6.  Vita  Hilari,  5,  ASS,  25  oct.  XI,  p.  639  D. 

7.  Guérard,  Cartul.  de  Saint-Victor  de  Marseille,  n°  848. 

8.  C.  Douais,  loc.  cit.,  p.  496. 

9.  Brun-Durand,  Diction,  topogr.  de  la  Drônie,  s.  v. 

10.  J.  Marion,  loc.  cit.,  p.  193,  197. 

11.  Ibidem,  p.  76. 


PROVENÇAL    -£.VC  ;    ITALIEN    -IKGO,   -ESiiO  ^ 

Corenc,  Isère";  Lemhicum,  var.  Leniincum  dans  V Itinéraire if  A n- 
lonin  (p.  346),  Lcmenciis  (xiV  siècle),  Lemens,  faubourg  de 
ÇMxmh'dry-  ;  Salmonincus,  à\i  thème  hydronymique  Salmon-  ; 
Salino(i)rc>iciis  (i  loo),  Serinorens,  faubourg  de  Voiron,  Isère  '  ; 
*Pi'ciiiiciis,  PL\i}iciis  dans  un  rexte  du  moyen  âge,  auj.  Pezens, 
Aude;  Torencuin  (iroo),  Thorenc,  Ardèche-*,  d.  Torenc, 
Alpes-Maritimes,  Toringo  prov.  de  Lucca,  Thorens  (=  Torcii- 
cus),  Haute-Savoie,  probablement  du  cognomen  Thorus; 
*Scatalencus,  Escatalcncs  au  moyen  âge,  auj.  Escatalens,  Tarn-et- 
Garonne  >  ;  Lastrincus  (ix^  siècle),  Lastens,  Tarn^;  Scokncus 
(1024),  ancienne  villa  du  Vivarais,  sur  les  bords  de  la  Scola'^ . 
Comme  exemples  de  noms  de  rivières  ou  de  montagnes  dus 
au  même  mode  de  formation,  on  peut  citer  :  *  Albinca,  l'Al- 
benche,  torrent  de  la  Haute-Savoie,  du  thème  hydronymique 
bien  connu  Alba-,  *  Allarinca,  l'Allarenque,  affluent  du  Gardon 
d'Anduze,  Gard*^;  Autrinca  pour  * Auturiiich,  la  Laurenque, 
rivière  de  l'Hérault,  cf.  Auturd,  l'Eure,  d'où  le  nom  préceltique 
d'Autricutn,  Chartres;  Blennenca  (1075),  rivière  des  Hautes- 
Alpes';  * Dûrinca,  la  Durenque,  rivière  du  Tarn,  cf.  Dura 
(1076),  auj.  la  Thur,  affl.  du  Rhin'°;  *  Tolobrincns,  Tolorencus 
(1334),  le  Thoulourenc,  rivière  du  Vaucluse  et  de  la  Drômc, 
en  regard  de  Tolïohra  (1209),  ^^  Touloubre,  rivière  des  Bouches- 
du-Rhône  "  ;  Volvencus  (1080),  le  Volven(t),  rivière  de  la 
Drôme'^;  Fiserinca,  la  Virenque,  rivière  du  Gard''';  —  *Ala- 


1.  J.  Maiion,  loc.  cit.,  p.  276,  288,  224  :  «  de  Corens  ». 

2.  Ibidem,  p.  366. 

3.  Ibidem,  p.  277. 

4.  Ibidem,  p.  108,  115,  120. 

5.  C.  Douais,  Cartul.  de  Saint-Sernin,  p.  5. 

6.  A.  Longnon,  Atlas  historique  de  la  France,  texte,  p.  185. 

7.  U.  Chevalier,  Cartul.  de  Saitit-Cliafre-du-Moneslier,  p.  50,  94,  104,  105. 

8.  Germer-Durand,  Diction,  topogr.  du  Gard,  s.  v. 

9.  Guérard,  loc.  cit.,  00731. 

10.  Œsterley,  Historisch-geographisces  Wôrterbuch,  p.  686. 

11.  Brun-Durand,  Diction,  topogr.  de  la  Drame,  p.  388,  et  Guérard,  loc.  cit., 

n°9S4- 

12.  Brun-Durand,  loc.  cit.,  p.  50,  419. 

13.  Germer-Durand,  loc.  cit.,  s.  v.  Virenque  et  Vis.  La    Virenque   est    un 
petit  affluent  de  la  Vis  (=  *  Viser).  Primitivement,  Virenque  désignait  la 


4  E.     PHILIPON 

binca,  Alarrnni  ('^)S)),  montagne  du  comté  de  Valence  '  ;  Albi)!- 
ctis  mous,  Puy-de-Dôme;  * Arlaiiiiicus,  Artanens  (1200),  mon- 
tagne du  Faucigny  -  ;  *Icanniticii)ii,  Igounenc,  montagne  du  Gard, 
d.  Icauna,  l'Yonne;  *Mediuciim,  Mezenc,  montagne  de  la 
Lozère. 

Notre  suffixe  était  encore  vivacc  au  moyen  âge,  ainsi  que  le 
prouvent  les  formations  que  nous  allons  citer  :  A}:{Oucnca  (1371), 
i'Alzonenque  ou  vallée  de  l'Alzon,  Gard;  Gardoiieitca  (1120),  la 
Gardonnenque,  petit  pays  arrosé  par  les  deux  Gardons,  Gard; 
Anduscncus  (1099),  l'Andusenque  ou  district  d'Anduzj,  Gard; 
Alestenquus  (1335),  l'Alestenc  ou  territoire  d'Alais  (=  Alcslus'), 
Gard';  " Ausiincus,  Oysens,  auj.  l'Oisans,  petit  pays  au  dépar- 
tement actuel  de  l'Isère  +  ;  Scdeninca  vicaria  (xi""  siècle),  au  comté 
d'Uzès^.  De  même  Raiiii/imlencus,  au  plur.  Raimiindencos  solides 
(1061),  prov.  Raimondcncs'',  en  regard  du  mot  d'emprunt  ger- 
manique csterlin  <*  sterling  ». 

Guyenne,  Gascogne  et  Béarn.  —  Agarencns  (xi^  siècle), 
Agarencs,  Garencs,  auj.  Garenx,  Basses-Pyrénées";  Arincus^ 
Arinc,  auj.  Larincq  et  Barincus  (1042),  Barinquus  (1542), 
Barinque,  Basses-Pyrénées ^;/rt»/»c//i  (1365),  localité  détruite  et 
Jauveuc  c.  obi.  (^ii<)2),iu].  Jaiivens  {=  -encus),  au  département 
de  la  Dordogne  ^;  *Mariuciis,  Maretics,  M^r^«5, localité  disparue, 
Hautes-Pyrénées '°,  cf.  l'ital.  Marengo;  Maurencus  (xiv=  siècle), 
Matirenxs,  auj.   Maurens,    Dordogne",    en    regard  de    l'ital. 

vallée  arrosée  par  la  Vis  et  la  Virenque  :  «  in  valle  quae  vocant  Virenca,  in 
pago  Nemausense  »  (1084)  ;  cf.  au  département  de  l'Ajn,  le  nom  de  la  Val- 
serine  (=*  F<////5  5<'/o«a^)  qui,  après  avoir  désigné  la  vallée  de  la  Serine, 
désigne  aujourd'hui  la  Serine  elle-même. 

1.  Bernard  et  Bruel,  Rec.  des  chartes  de  Cîuny,  t.  II,  n"  1715. 

2.  E.  Mallet,  Chartes  inédites  du  diocèse  de  Genève,  suppl.,  p.  4. 

3.  Germer-Durand,  loc.  cit.,  s.  v. 

4.  C'est  sur  le  roman  Oysens  qu'a  éié  refaite,  au  moyen  âge,  la  forme 
Oysencius. 

5.  G.  Desjardins,  Cartul.de  Conques,  p.  513. 

6.  Ibidevi,  p.  3,  note,  et  p.  212. 

7.  P.  Raymond,  Diction,  topogr.  des  Basses-Pvréne'es,  p.  67. 

8.  Ibidem,  p.  94,  21. 

9.  De  Gourgues,  Diction,  topoç^r.  de  laDordof^ne,  p.  161,  164. 

10.  Laça ve-Laplagne- Barris,  Cartul.  de  Sainte-Marie  d'Auch,  nos  joj,  69. 

11.  De  Gourgues, /w.  cit.,  p.  194. 


PROVENÇAL    -EXC  ;    ITALUiX    -ISGO,    -lïXGO  5 

Morencro;  Modolinctis  (i\'  siècle),  Moudoulens,  Lot-et-Garonne'; 
Navarencae  (1286),  Navarrencs  (--=  * Navnrrencus),  Navarreuxs, 
auj.  Nav.irrenx,  Basses-Pyrénées,  en  regard  de  Navarra,  prov.  de 
Novare-;  Scriuciis  (961),  ancien  mas  des  environs  de  Rodez '; 
*Albenca,  aujourd'hui  l'Albenque,  Aveyron,  et  l'Albenque,  Lot; 
Anonenca  (xii=  siècle),  Nonenque,  Aveyron;  Gavalenca,  localité 
détruite,  Dordogne^;  *Scrvencas,  Servencbas  (xiir  siècle),  Ser- 
vanches,  même  département  ^  ;  Boaria  U^^onenca  (xiu^  siècle), 
Boaria  Talhafcrenca  (xiv=  siècle),  Boaria  Raymondencha  (  i  3 1 8),  au j . 
la  Raymondie,  même  département^;  r^//6'«frt  (1060),  ancienne 
localité  du  Rouergue^,  en  regard  de  Valenca,  prov.  de  Brcscia 
et  de  Valinco,  nom  d'un  golfe  de  Corse; —  Toerencs (\\\'  s\hc\c\ 
auj.  Toerenx,  fontaine  de  Bordeaux*. 

Auvergne,  Forez,  Lyonn.ms  et  Bresse.  — *  Arhorenctim,Arho- 
renc  et  Avexencus  (x^  siècle),  localités  du  Brivadois  depuis  long- 
temps disparues  ^,  des  gentilices  A  r  b o  r  i  u  s  et  A  v  e c  t  i  u  s  ;  Are- 
lencus  sur  une  monnaie  mérovingienne,  Ariane,  Puy-de-Dôme, 
du  thème  Arelo-,  qui  est  dans  Arel-ica,  auj.  Peschiera;  Bodcn  ■ 
eus,  Boencus,  Buencus,  Boën,  Loire  '°  ;  Hermencus,  Ermetic,  Her- 
men(t),  Puy-de-Dôme,  du  thème  hydronymique//(?;7;/o-,quiest 
dans  Heniientiô  (828),  l'Armançon,  affl.  de  l'Yonne";  Loinin- 
eus  (970),  ancienne  villa  du  Lvonnais'^;  Ronuencus  (966), 
Ronencs(io22),  Ronnens,  auj.  Saint-Georges  de  Reneins,  Rhône''; 
TorencHS  (1075),  localité   disparue,  Rhône,  et  ""Torenca,  Torcn- 


1.  A.  Longnon,  Atlas  historique  de  la  France,  texte,  p.  190. 

2.  P.  Raymond,  hc.  cit.,  p.  122. 

3.  D.  Bouquet,  t.  IX,  p.  764. 

4.  De  Gourgues,  îoc.  cit.,  p.  576. 

5.  Ibidem,  p.  3:4. 

6.  Ibidem,  5.  v. 

7.  G.  Desjardins,  Ioc.  cit.,  p.  41. 

8.  Brutails,  Cartul.  de  Saijit-Seiiriu,  p.   30. 

9.  H.  Doniol,  Cartul.  de  Brioude,  n°^  138,  231. 

10.  A.  Bernard,  Cartul.  de  Scn'igtiy,  p.  1055. 

11.  A.  Chassang,  5/)/V/%m;»   Brivaleusc,  p.  62,  223-226,  255;  Boutiot   et 
Socard,  Diction,  topogr.  de  l'Aube,  p.  5. 

12.  D.  Bouquet,  t.  IX,  p.  593,  600  et  412. 

15.  A.  Bernard   et    A.  Bruel,  Rfc.  des  chartes   de   Vabbaye   de   Cluny,  t.  II, 
no  12 18  ;  A.  Bernard,  Cartul.  de  Savigny,  n°  437,  et  p.  916,  962,  1026. 


6  E.     PHILIPOX 

chi  (1120),  auj.  Toranche,  même  département';  *Calencns, 
Challencs  (1223),  Challeins,  Ain;  Rodcnenciis,  Bocnoics,  Buénans, 
Ain;  Lasniuciis  (y  17),  localité  disparue,  Ain;  Moianincus  (923), 
pour  un  plus  ancien  * Modiaiiinciis,  auj.  Mogneneins,  Ain; 
*Roniaiiincns,  Romaneins  et  Romanans,  Ain,  à  côté  de  Roina- 
nens,  district  de  Gruyère,  c°"  de  Fribourg;  —  aqua  Monienca, 
Moiirncfis  (^=  *Moiiicnais),  auj.  le  Moignans,  Ain;  *  Urerenca, 
U y ei euchi (ï 220),  sourcede  la  commune  de  Villebois,  dans  l'an- 
cien plions  de  Lyon. 

Comté  de  Bourgogne,  Bugey  et  Suisse  romande.  —  A 
l'époque  de  la  conquête  romaine,  ces  pays  étaient  occupés  par 
les  Scqtiani,  peuple  dont  le  nom  seul  suffit  à  attester  l'origine 
pré-celtique^;  les  noms  de  lieu  en  -inctis,  franc,  -ans  y  sont 
fréquents  5  :  Ausiniuciis  (854),  Oisenans,  Jura,  du  cognomen 
*Ausinus  postulé  par  Ausinius'*,  DuhJincus  (xi^  siècle), 
Domblans,  Jura  >  ;  Lovincus  (x^  siècle),  Louhans,  Saône-et- 
Loire^;  Volninciis  (963),  localité  disparue  qui  était  située  au 
même  département";  Morinctis  (854),  Moirans,  Jura  ^,  et  quan- 
tité de  noms  en  -ans  tels  que  Salans,  Passenans,  Oitnans,  Jura; 
Lanihenans,Do\ihs,tn  regard  de  Lanthenay  Lentenacum,  Loir- 
et-Cher;  Bouhtins,  Haute-Saône,  à  coté  de  Bohans  (=  Bodencus^, 
Ain;  Alhcncus,  Albcins,  Arbenc,  Arben(t);  BovencusÇyAn"  sÀbdo), 
Bouvens,  Bouven(t);  Dorlincus  (S^^),  Dortencs,  Dortens,  Dortans, 


1.  A.  Bernard,  Cartulaire  de  Savigny,  nos  y6i,  659. 

2.  Ainsi  que  leur  nom  l'indique,  les  Séquanes  habitaient  primitivement  le 
bassin  de  la  Seine  ;  c'est  sans  doute  la  grande  invasion  belge  du  m^  siècle 
avant  notre  ère  qui  les  refoula  dans  le  massif  jurassique.  La  faculté  qu'ils 
avaient  conservée  de  prononcer  la  gutturale  vélaire  labialisantc  explique  la 
présence  dans  leur  onomastique  du  suffixe  -inco-  qui,  comme  nous  le  verrons, 
remonte  à  -tiquo-. 

3.  Ces  noms  se  différencient  nettement  des  noms  en  -ajigcs  (rrgerman. 
-iugas)  de  la  Lorraine,  qu'il  faut  se  garder  de  confondre,  comme  le  fait 
M.  Grôber,  avec  les  formations  romanes  en -rt«^^<;(-= -anica)  ou  -inge  (= 
-janica). 

4.  D.  Bouquet,  t.  VIII,  p.  393. 

5.  Dunod,  Histoire  des  Scquanois,  t.  II,  pr.,  p.  598. 

6.  Juénin,  Xouv.Ile  histoire  de  V  abbaye  de  Toiinins,  pr.,  p.  102,  109-112. 

7.  Bernard  et  Bruel,  loc.  cit.,  t.  II,  r\°  1145. 

8.  D.  Bouquet,  loc.  cit.,  t.  VIII,  p.  393. 


PROVENÇAL    -ENC  ;    ITALIEN    -ISGO,  -ENGO  J 

Dortan  ;  *Cnqnencus,  Ciiquencs,  Cuqnens,  Cuquën  ;  * Modhicus, 
Moëns  ;  * Miissin'uicns,  Musinens,  au  département  de  l'Ain; 
*  Cliirinciis,  Clarens,  au  canton  de  Vaud  ;  *  Liipiiicits,  Lovens,  au 
canton  de  Fribourg,  en  regard  de  Loubens,  Ariège  et  Haute- 
Garonne  ;  *5o/7//r//.s-,  Sorens,  au  canton  de  Fribourg,  à  côté  de 
Soreui^o^  au  canton  du  Tessin. 

Des  exemples  que  l'on  vient  de  citer  et  que  l'on  pourrait 
aisément  multiplier,  il  ressort  qu'il  existait  dans  la  France  du 
Sud  et  dans  l'ancien  pays  des  Séquanes,  un  suttixe  -i)ico-  qui  a 
servi  à  former  des  adjectifs  dénominatifs  employés  par  la  suite 
comme  noms  d'hommes,  de  lieux,  de  rivières,  de  montagnes, 
de  vallées  ou  de  régions  naturelles.  Que  ce  suffixe  se  confonde 
avec  celui  auquel  nous  devons  les  formations  provençales  du 
type    albenc,  unenca,  c'est  ce  dont  personne  ne   saurait  douter. 

Le  suffixe  -iiico-  qui  s'explique  comme  nous  le  verrons  bien- 
tôt par  un  indo-européen  -nqijo-,  était  naturellement  inconnu 
de  l'onomastique  gauloise,  et  de  fait_,  si  l'on  fait  abstraction  de 
deux  ou  trois  noms  pré-celtiques,  comme  par  exemple  celui 
à'AgedincNDi,  il  n'apparaît  ni  dans  la  Gaule  Belgique,  ni  dans 
la  Gaule  Celtique,  à  l'exception  de  l'Auvergne  et  du  Lyonnais 
où  nous  en  avons  signalé  plusieurs  exemples.  Par  contre  nous 
le  retrouvons  en  Espagne  :  podenco  «  chien  courant  »,  Paulencà 
prov.  de  Grenade,  en  regard  de  l'ital.  Polin^o,  Barrinco,  prov. 
de  Santander,  Lehinco,  prov.  d'Oviedo  ',  Trevmca,  montagne 
d' Asturie  ;  en  Portugal  :  Cavenca  ;  en  Corse  :  Bevinco  et  Saninco, 
rivières,  Valinco,  golfe,  Revinco et  Stavolinca,  montagnes,  Bisinchi, 
Campinca  et  Casinca,  localités  habitées,  et  en  Sardaigne  où  il  a 
servi  à  former  des  ethniques  :  Bosiuku,  habitant  de  Bosa,  Sorsinku, 
habitant  de  Sorsa,  cf.  Breysseiicus,  en  roman,  Breissens,  c.  suj., 
Breissenc,  c.  rég.  (Guigue,  Cartitl.  lyonnais,  t.  I,  p.  i6,  284), 
auj.  Bressan,  habitant  delà  Bresse,  Brixia^. 


1.  Les  formations  en  -itico-  sont  rares  dans  ronomastique  de  la  péninsule 
ibérique,  par  contre  celles  en  -auco-  y  sont  fréquentes;  on  sait  que  l'ibère 
répondait  par  -anquo-  au  lat.  -inquo-  et  au  ligure  -euquo-. 

2.  La  même  formation  ethnonymique  se  retrouve  en  balto-slave  ■.Lêluvin- 
iiiha-s  «  Lithuanien  »;  à  la  vérité  le  balto-slave  -/hA-i/- s'explique  aussi  bien 
par  *-nqo-  que  par  *-nqHO-,  mais  la  comparaison  avec  les  autres  langues  de  la 
famille  postule  *-}iquo-. 


H.     l'HlLll'ON 


Dans  l'Italie  Supérieure  le  suffixe  -iiico-  n'est  pas  rare  :  Boliti- 
CU5  et  Beiiencii,  noms  de  citoyens  de  Gênes  au  xiii*^  siècle  ',  cf. 
les  cognominaButtus  ctBënus:  Biencn,  Terrinca,  et  Mnreiichi, 
prov.  de  Gt'ues,  Jllcma  (1230),  localité  voisine  de  Gênes, 
Galt-nai,  prov.  de  Turin,  Valiuca,  prov.de  Brescia,  On««co,  prov. 
d'Udine,  Lurcnco,  Cnpincuco,  au  canton  du  Tessin,  Landarcnta, 
à  celui  des  Grisons-;  mais  la  forme  -///.i^o,  -oi^^o  est  de  beau- 
coup la  plus  usitée.  C'est  en  tout  cas  à  peu  près  la  seule  que 
paraisse  connaître  le  lexicon  :  iiia^i^iorin^^o,  miiiorinî^o,  cnsalinf^o 
..  de  la  maison  »,  .s()//;/,<^''()  «  solitaire  »;  milan,  maç^genh  i<.  du  mois 
de  mai  »,  nuir-nigh  «  du  mois  de  mars  »,  uiverneiigh  (<■  d'hiver», 
nuirciigh  «  vento  marino  »,  hhhnga  «  escarpolette»;  bergam. 
Ihîlcngh  «  traballante  balordo  »,  mais  aussi  iorlenc  «  boccale  »'. 

Dans  l'onomasticon  la  forme  -ingo-,  -engo-  est  de  règle  :  Bati- 
ningiis  fiiihiiis  (920),  Farcsingns  fundus  (965),  Aufoningtis 
fiindus  (966),  auj.  Ortanengo,  prov.  de  Crémone-*,  Alhenin- 
gum  (1022),  Calviueugum  (1182),  Cicimngnm  (1038),  Picetiin- 
giim  (1038)  et  PrimoUngum  (1022),  anciennes  localités  du 
diocèse  à^-  Crémone  %  des  noms  d'hommes  latins  Albénus, 
Calvin  us.  Ceci  nu  s,  Picênus  et  Primulus,  Joaningum 
(1037),  au).  Zanengo,  même  diocèse^,  du  nom  d'hom.me 
biblique  Joannes,  Cucingiim  (075),  au  diocèse  de  Novare', 
de  Cuccius,  Cavarengum  (1173),  au  diocèse  d'Asti*^,  du  nom 
d'homme  gaulois  Cavarus,  Man-ellenguiii  (i  181),  au  même 
diocèse 9,    de    Marcellus,    Luvimngo,    prov.     de    Turin,    de 


1.  Historiae  patriae  iiiotiiimenla,  t.  II,  chartes.  Index. 

2.  Les  cantons  du  Tessin  et  des  Grisons  se  trouvent  compris  dans  l'an- 
cienne Relie  et  l'on  sait  que  les  Rètes  étaient  très  prochainement  apparentés 
aux  Ligures. 

3.  Diez,  GriiviiH.  îles  himrttes  roiihuies,  t.  II,  p.  550;  J.  Etienne  Lorck,  Alt- 
bcrgamaskische  Spnichdenkinâlcr,  p.  46. 

4.  FIPM,  série  II,  t.  XXI,  p.  51  et  34;  cf.  sur  la  table  de  Veleia  :  fiiiidus 
Aurelianiis,  fuit  Jus  Catuniiaciis,  fiuuhis  Areliascus,  pagus  Monimis  {CIL.,  XI, 
1147)  et  Curtis  Miirinca,  auj.  Cormaranche,  Ain. 

5.  Ibidem,  t.  XXI,  p.  58,  154,  68,  59. 

6.  Ibidem,  p.  260. 

7.  HPM,  t.  I,  chartar.,  c.  246. 
.S.   Ibidem,  c.  «76. 

9.   Ibidem,  c.  3 06. 


PROVENÇAL    -/:.VC  ;    ITALIEN    -IS'GO,  -ES'GO  9 

Lupinus,  MauringiDH  (1046),  Morengo,  prov.  de  Bergame, de 
Maurus',  Toruitigum  (947),  au  diocèse  de  Novare,  de  Tur- 
nus-,  Toriiic^o,  prov.  de  Lu  ce  a,  de  Tau  rus,  Varengo,  prov. 
d'Alexandrie,  de  Varus,  Albenc^a,  prov.  de  Gênes,  Bodeiigo, 
nom  d'une  vallée  de  la  prov.  de  Sondrio,  en  regard  de 
Bodincus,  nom  ligure  latinisé  du  Pô.  De  même  dans  la  Suisse 
italienne  :  Amoreni^o,  Barbeiitro,  Mariiieiii^o,  Polmengo,  Prima- 
dingo,  Soreiigo,  Torîengo,  au  canton  du  Tessin,  Misanenga  à  côté 
de  Landurenca,  au  canton  des  Grisons'. 

La  concordance  entre  le  v.  prov.  -oic  et  l'italien  dialectal 
-ingo,  -eiigo  est  complète  :  v.  prov.  orteuc  «  de  jardin  »  :  ital. 
cûsalingo  «  de  la  maison  «  ;  v.  prov.  monihnbenc  «  de  la  mon- 
tagne »  :  milan.  luarengJ)  «  de  la  mer  »  ;  v.  prov,  estivenc  «  d'été  »  : 
milan,  invernengh  «  d'hiver  ».  De  même  dans  Tonomastique  : 
v.  prov.  Peyronnenc,  Bansetic  :  ital.  Martinengo,  Pastrengo,  noms 
de  personnes  ;  France  :  Curtis  Marinca  :  Italie  :  Fuudus  Marcel- 
Jengns  ; 

Gaule  Albem  :  Italie  Albenga. 

Arinc  :  Aringo. 

Baiienc-s,  Baneins  :  Banengo. 

*Bodeuciis,  Boencs,  Bohans:  Bodengo. 

Bol  eues  :  BoUengo. 

Chareuc-s,  Chareius  :  Carengo. 

Meirenc-s  :  Marengo. 

Moreiie-s  :  Morengo. 

*Pellene-s,  PeUeins  :  Pellengo. 

*Scaknc-s,  EchaUens  :  Sealengke. 

Soreuc-s  :  Sorengo. 

*  Roiiia)ienc-s,  Romaneius:  Romanengo. 

*Rossenc-s,  Rosseius  :  Rossengo. 

Toreuc  :  Toringo. 

Cette  concordance   si    suggestive  n'a  pourtant  pas  empêché 


1.  HPM,  série  II,  t.  XXI,  p.  72,  104. 

2.  HPM,  t.  I,  chartar.,  c.  160,  213. 

3.  Girte   topographiqiie  de  la  Suisse  à  i  :  100,000,  f'^s   i^  et  24,  et  Manuel 
lexique  des  localités  suisses. 


10  H.     PHII.IPON 

Diez  d'expliquer  l'ital.  -iiii^o  par  le  germanique  -///.i," ',  tandis 
qu'il  rattachait  le  prov.  -eue  au  lat.  -inquo-'.  La  légitime 
autorité  dont  jouit  l'auteur  de  la  Gnwimaire des  laiii^'nes  romanes 
a  entraîné  sur  cette  piste  suspecte  tous  les  romanistes  qui  se 
sont  occupés  de  la  question.  C'est  d'abord  Flechia  qui,  dans  sa 
savante  étude  sur  les  noms  de  lieu  de  l'Italie  Supérieure,  ne  met 
pas  en  doute  l'origine  germanique  de  la  dérivation  du  type 
Miirtiiit'iii^o  \  puis  M.  C.  Salvioni  qui,  tout  en  reconnaissant 
l'origine  latine  ou  du  moins  pré-germanique  des  thèmes  de 
dérivation,  voit  dans  le  suffixe  -ingo,  -eiis^^o  le  germanique  -ing^. 
J.  Etienne  Lork,  dans  son  étude  sur  le  vieux  bergamasque,  a 
recours,  lui  aussi,  à  l'hypothèse  germanique  pour  expliquer  les 
formes  dialectales  en  -eng '\  M.  Meyer-Lûbke  lui-même  ne 
résiste  pas  à  la  tentation  ;  seulement,  à  la  différence  de  Diez, 
il  réunit  dans  la  même  explication  le  prov.  -eîic  et  l'ital.  -iiigo, 
ce  qui  est  proprement  tomber  de  Charybde  en  Scylla^.  M.  Grô- 
ber  ne  se  contente  pas  d'emboîter  le  pas  à  ses  devanciers  :  il 
surenchérit  sur  eux,  et  nous  le  voyons,  non  sans  surprise,  faire 
appel  au  germanique  -ing  pour  expliquer  les  formations  pure- 
ment romanes  en  -iugc  du  tvpe  Presinge,  Corsinge,  sans  paraître 
se  douter  que  dans  les  dialectes  auxquels  il  se  réfère,  1'/  de  -inge 
ne  peut  pas  représenter  un  /  primitif'. 


1.  C'est  avec  raison  que  Die;:  s'est  refusé  à  voir  dans  le  prov.  -eue  le  résul- 
tat du  durcissement  d'un  soi-disant  primitif  -*f"i,'',  et  dans  -eiica,  un  fémi- 
nin refait  sur  le  masculin. 

2.  Grammaire  des  huii^nies  romanes,  t.  II,  p.  349. 

5.  Di  alcune  forme  de'  iiomi  locali  delP  Italia  superiore.  Torino,  1871  (Mém. 
de  l'Ac.  des  se.  de  Turin,  2^  série,  XXVII).  Il  a  été  fait  de  cette  étude  un 
tirage  à  part  :  Torino,  Stampcria  reale,  1871,  pet.  in-fol. 

4.  Dei  nomi  locali  lefeutinesi  tu  -éngo  e  d'altro  ancora  per  Carlo  Salvioni, 
Bellinzona,  1899  (extrait  du  BoUetitto  storico  deV:i  Swi^^era  Italiana,  vol.  XXI). 

5.  J.  Etienne  Lork,  Allher^amaskisdie  Sprachdeukmàler,  1893,  p.  46. 

6.  .VIeyer-Lûbke,  Grammaire  des  langues  romanes,  t.  II,  5  51  S-  Si  nous 
n'avions  affaire  qu'à  la  forme  provençale  -enc,  on  pourrait  à  la  très  grande 
rigueur  y  voir  un  durcissement  roman  de  -en^,  bien  que  la  réfection  de  tous 
les  féminins  sur  le  type  du  masculin,  soit  fort  difficile  à  admettre,  surtout 
dans  le  domaine  de  la  toponomjstique,  mais  nous  avons  les  formes  corses  et 
espagnoles  en  -inco,  -enco  qui  s'oppjsent  nettement  à  cette  explication.    . 

7.  Grundriss  der  romanischen  Philologie,  I-,  p.  546. 


PROVENÇAL    -EKC  ;    ITALIEN    ISGO,  -ENGO  I  I 

Aucune  des  nombreuses  objections  que  l'on  peut  élever  contre 
l'origine  germanique  de  rital.  -im^o  ne  paraît  avoir  été  soup- 
çonnée par  les  savants  auteurs  que  l'on  vient  de  citer  ;  aucune, 
en  tout  cas,  n'a  été  envisagée  par  eux,  et  pourtant  on  va  voir 
qu'elles  étaient  diurnes  de  considération. 

La  première  qui  se  présente  à  l'esprit,  c'est  l'impossibilité 
absolue  où  l'on  est  de  séparer,  sans  arbitraire,  les  formes  corses 
en  -iiico  des  termes  italiennes  en  -ingo;  or  il  va  de  soi  qu'il  ne 
saurait  être  question  de  suffixe  d'origine  germanique  en  Corse, 
d'autant  mieux  que  la  présence  du  suffixe  -iiico-  dans  la  topono- 
mastique  de  cette  île  est  attestée  par  Ptolémée  qui  y  mentionne 
une  ville  nommée  "A^'-yv-î-v  (3,  2,  8). 

La  seconde  objection  est  d'ordre  sémantique  :  c'est  un  tait 
bien  connu  que  dans  l'onomastique  germanique  le  suffixe  -itig 
a  eu  pour  unique  fonction  de  former  des  patronymiques  ou  des 
ethniques  qui  sont  en  réalité  d'anciens  patronymiques  '  ;  avant 
de  prétendre  qu'une  fois  transplanté  sur  le  sol  gaulois  ou  ita- 
lique, ce  suffixe,  rompant  tout  à  coup  avec  ses  anciennes  habi- 
tudes, s'est  mis  à  former  non  seulement  des  noms  de  lieux, 
mais  même  des  noms  de  rivières,  de  vallées  ou  de  montagnes, 
il  faudrait  apporter  à  l'appui  de  cette  conception  nouvelle  autre 
chose  qu'une  simple  pétition  de  principe.  Dire  que  le  nom  de 
lieu  Martinengo  dérive  du  nom  d'homme  latin  Marti  nus  à 
l'aide  dn  suffixe  patronymique  germanique  -iug,  c'est  chose  bien- 
tôt faite,  mais  encore  faudrait-il  nous  montrer  que  cette  for- 
mation, à  la  fois  hybride  et  insolite,  ne  choque  pas  la  vraisem- 


I.  Les  noms  de  lieux  germaniques  en  -ing,  -inges  latinisés  en  -inga,  -ingas, 
franc,  -an^e,  -anges,  ne  sont  pas  autre  chose  que  des  noms  de  personnes  passés 
à  la  fonction  de  noms  de  lieux,  après  la  chute  du  second  terme  du  nom  com- 
posé dont  ils  faisaient  originairement  partie  :  Bruuinges-Jorf,  Baldings-heim, 
Pahhings-dorf,  Billinges-dorf,  Bertiuga-heim,  Bettikinga-husen,  en  regard  de 
GeroJdinges  auj.  Guirlanges,  Moselle,  Ptitlinga  ((^O"]),  Putleiiges  (1^12)  pour 
un  primitif*  So(///;//^É'5,  auj.  Puttelange,  germanisé  en  Pitlingen,  même  dépar- 
tement, cf.  Foerstemann,  AUdeutsches  Nameiihiich,  2^  éd.,  col.  322  :  Bodilo, 
Puti'Io  et  le  nom  de  lieu  .  moderne  Budilitigen  qui  montre  bien  le  caractère 
factice  de  la  forme  Pitlingen.  Les  noms  de  lieux  en  -iiigo  s'expliquent  de  toute 
autre  façon;  ce  sont  d'anciens  adjectifs  dénominatifs  tirés  du  nom  du  pro- 
priétaire et  passés  par  la  suite  au  rang  de  substantifs  :  Fundiis  Marcellingus y 
«  la  propriété  de  Marcellus  »,  puis  Marcellingus  tout  court. 


12  E.     PHILIPOK 

blance;  or  il  me  parnît  bien  difficile  qu'on  v  puisse  parvenir. 
Essayons  de  nous  rendre  compte  des  difficultés  du  problème. 
Nous  sommes  à  la  fin  du  ^■I'•■  siècle,  c'est-à-dire  à  une  époque 
où,  en  Italie  comme  en  Gaule,  l'état  civil  de  la  propriété  est  si 
solidement  établi  que  les  invasions  germaniques  glisseront  sur 
lui  sans  presque  l'entamer.  C'est  le  moment  où,  quittant  la 
vallée  du  Danube,  les  Lombards  envahissent  les  riches  contrées 
auxquelles  ils  devaient  laisser  leur  nom.  Parmi  les  envahisseurs, 
un  tout  petit  nombre,  -  mettons  neuf  ou  dix  par  mille  pour 
leur  faire,  comme  on  dit  au  Palais,  reste  de  droit  ',  —  portait 
un  nom  du  type  Bertin^^.  Si  l'hypothèse  de  Diez  était  fondée, 
les  vaincus  auraient  distingué  dans  ce  nom  de  Berlin^  le  radi- 
cal Berl-  du  suffixe  -in^,  puis  contrairement  à  l'usage  i^ermanique, 
ils  auraient  ajouté  ce  sutfixe  si  merveilleusement  découvert,  à 
des  radicaux  latins  ou  latinisés  pour  former  des  noms  de  lieu, 
de  rivière  ou  de  montagne,  alors  que  depuis  des  siècles,  ils 
avaient  cà  leur  disposition  pour  cet  usage  un  nombre  de  suffixes 
d'origine  ligure,  gauloise  ou  latine  largement  suffisant  pour 
répondre  à  toutes  les  nécessités  de  la  toponomastique.  C'est 
tout  à  fait  invraisemblable,  d'autant  mieux  qu'il  y  avait  dans  le 
latin  vulgaire  de  l'Italie  Supérieure  un  suffixe  -i}igo-  venu  de 
-inqno-  qui  était  employé  dans  la  nomenclature  géographique 
concurremment  avec  les  suffixes  -âno-,  -âco-,  -asco-  et  -âti-. 

Ceci  m/amène  à  entrer  dans  de  brèves  explications  au  sujet  de 
l'origine  indo-européenne  du  suffixe  -inquo-,  var.  -inco-y  -ingo-, 
explications  qui  auront  le  double  avantage  de  montrer  que 
l'emploi  de  ce  suffixe  dans  l'Italie  Supérieure  et  dans  la  France 
méridionale  est  de  beaucoup  antérieur  à  l'époque  des  invasions 
germaniques,  et  d'indiquer  pourquoi  on  ne  le  rencontre  pas 
dans  la  toponomastique  de  la  France  du  Nord  où  il  est  rem- 
placé par  son  équivalent  gaulois  -apo-. 

Il  existait  dans  l'indo-européen  primitif  un  suffixe  -nqijo-  ^, 
qui  est  représenté  en  arien  par  -ak-,  -ank-,  en  grec,  en  illyrien 


1.  Sur  les  cinq  ou  six  mille  noms  d'homme,  d'origine  burgonde,  mention- 
nés dans  les  trois  premiers  volumes  du  Recueil  des  chattes  de  Cluny,  c'est  à 
peine  si  l'on  en  compte  une  vingtaine  en  -ing  ou  en  -/(//i,^ 

2.  Sur  ce  suffixe,  voy.  Brugmann,  Grundriss  der  l'ergieichenden  Gravnuatik 
der  iudojyermauische»  Spracbeii,  P  402,  408,  598,  et  F.  Stolz,  Historische  Graui- 
niatik  der  lateinischen  Sprache,  p.  515;  sur  son  emploi  dans  l'onomasticon,  on 


PROVENÇAL    -ESC;    ITALIEN      IXGO,  -EKGO  13 

et  en  gaulois  par  -npo-,  en  latin  par  -iiiqtto-,  en  ligure  par 
-enqiio-,  en  ibère  par  -tunjuo',  en  germanique  par  -utiga-,  -ini!;ii- 
et  en  balto-slave  par  -inka-.  Cette  forme  suffixale  a  eu  dans  les 
différentes  langues  européennes  des  fortunes  diverses  :  rare  en 
arien,  en  grec  et  en  latin,  elle  a  pris  une  certaine  extension  en 
gaulois  et  surtout  en  ligure,  en  ibère  et  en  germanique.  Comme 
de  raison,  je  ne  m'occuperai  ici  que  des  formes  latine  et  ligure, 
les  seules  auxquelles  on  puisse  songer,  quand  il  s'agit  d'expliquer 
les  noms  en  -inquo-,  -inco-,  -ingo-  mentionnés  dans  des  textes 
de  l'époque  impériale.  L'usage  excessivement  restreint  du  suffixe 
-inquo-  en  latin  où  il  n'a  produit  que  loiiginquus  et  propiiiquiis-, 
nous  oblige  à  le  mettre  hors  de  Cour,  si  bien  que  nous  restons 
en  présence  du  suffixe  ligure  -enquo-,  ce  qui  n'est  pas  pour  nous 
surprendre  puisque  l'aire  des  formations  romanes  en  -eue,  -cugo 
coïncide  exactement  avec  celle  des  pays  occupés  par  des  peuples 
de  race  réto-ligure  à  l'aurore  des  temps  historiques'.  Le  plus 
ancien  exemple  que  nous  ayons  de  l'emploi  du  suffixe  -enqiio- 
nous  a  été  conservé  par  Polyhe,  c'est  *Bodenqtws,  nom  ligure 
du  Pô,  que  l'historien  grec  a  transcrit  par  Bsosy/.o;'*,  -  avec 
une  n  vélaire  et  un  •/.  tenant  lieu  de  la  gutturale  vélaire  labiali- 
sante  qn  qui   manquait,  comme  de   raison,  à  l'alphabet  grec, 


me  permettra  de  renvoyer  à  un  travail  que  je  compte  faire  paraître  bientôt 
sur  la  dérivation  onomastique  dans  les  langues  indo  européennes  du  groupe 
occidental. 

1.  Je  n'ai  pas  besoin  de  dire  que  la  langue  des  Ibères,  ou  du  moins  ce  que 
nous  en  font  connaître  les  inscriptions  et  les  auteurs  anciens,  n'a  rien  à  démê- 
le»* avec  la  langue  basque;  il  v  a  longtemps,  en  effet,  que  la  thèse  de  Humbolt 
a  été  condamnée  par  les  linguistes  qui,  comme  M.M.  Van  Eys  et  Vinson, 
ont  fait  de  l'escuara  une  étude  spéciale,  et  M.  Hùbner  lui-même  en  a  montré 
la  faiblesse  dans  les  prolegomena  des  Monumenta  liiiguae  ibericae,  p.  xxiv  sqq. 

2.  Et  peut-être  aussi  ant-lqtiii-s  pour  * ant-iiiquu-s . 

3.  Polybe  2,  16,  2.  Cinq  mss.  de  Ptolémée  écrivent  de  même  Axojiyxov  le 
nom  de  la  ville  que  l'Itinéraire  d'Antonin  appelle  Aquinquum  (Ptol.  2,  15, 
3,  éd.  Mûller,  et  lA.,  p.  245,  j,  éd.  Pinder  et  Parthey);  cf.  'ApyevôjjLeaxov 
dans  Ptolémée  (2,  6,  50)  en  regard  d'Onrenoniesqui  dans  Pomponius  Mêla 
(3,  15);  ceci  nous  autorise  à  transcrire  par  A sinquuni  le  nom  d"'AaiYxov  que 
Ptolémée  donne  à  une  ville  de  la  Corse  (3,  2,  8). 

4.  C'est  à  tort,  suivant  moi,  que  M.  d'Arbois  de  Jubainville  a  proposé  de 
corriger  BôScyxo;  en  Bdotyxo;  ;  la  nuance  vocalique  en  est  attestée  non  seule- 


14  li.     l'IllLlPON 

—  et  que  Pline  a  latinisé  en  Bodincus  pour  *  Bodiuijuiis.  Suivant 
un  procédé  dont  les  auteurs  grecs  ou  latins  nous  otirent  de 
nombreux  exemples,  les  Romains  ont  remplacé,  dans  leurs  tran- 
scriptions, la  forme  ligure  -cnquo-  par  son  correspondant  latin 
-inquo-^  :  Fiip-inguit-in-,  Aqu-inquu-tu' ,  As-inqiiu-ni  postulé 
par  "Asi-'y-iv  (Ptol.  3,  2,  8);  puis  conformément  à  une  loi* bien 
connue  de  la  langue  latine,  la  vélaire  labialisante  qn  a  passé  à 
c  :  Vapincum^,  Aquincum  (T  F),  *  S  avUicus  om  *Savinca,  rivière 
qui  avait  donné  son  nom  aux  Savincàles,  peuple  ligure  des 
Alpes  Cottiennes  %  Businca,  rivière  mentionnée  par  Eugepius 
(Vila  Severini  15,  i),  Sabatinca,  ville  du  Norique  (Itin.  d'An- 
tonin,  p.  276),  du  thème  ligure  5^/7^/0-,  Matrinca  (jhid.,  245)  et 
'A7.:j;j.ivy.;v  (Ptol.),  villes  de  Pannonie,  Elliuciini,  localité  de 
la  Viennoise  célèbre  par  ses  vignobles  (Plin.  14,  18),  Leniin- 
cum  à  côté  de  la  forme  ligure  Lemenciun,  auj.  Lemenc  ou 
Lemens  (=  Z/;»f«<://5),  faubourg  de  Chambéry^,  Dîirôtiiicum, 
localité  située  au  département  actuel  de  l'Isère  (T  P),  Alisiii- 
cuniy  première  station  sur  la  route  d'Autun  à  Paris",  Ai^cdin- 
cum,  nom  pré-celtique  de  Sens'%    Grininciim,  Sainte-Colombe, 

ment  parle  Roocvy.o;  de Polybe,  mais  encore  par  Leineiicus,  au].  Lemens (Itiné- 
raire d'Antonin,  p.  346),  et  par  les  noms  d'homme  Demenc-eld  (CIL.,  V,  7885, 
Nice)  et  Estcuc-ô  (Bulletin  de  la  Société'  des  nntigiiaires  de  France,  ib8o,  p.  220). 

1.  C'est  ainsi  qu'Hérodote  ayant  à  transcrire  des  noms  d'iiomme  iraniens 
remplace  le  h  (=  *  hh)  du  v.  perse  par  9  (-^:  *hh)  et  que  le  suffixe  ibère  -amo- 
(=:  *-;«wo-)  est  transcrit  en  latin  par  -iino-  (=  *-mmo-'). 

2.  IA.,p.  357,7;  387,  5;  342,  3;  cette  forme  Vapinqninn  est  employée 
par  16  mss.  sur  20. 

3.  lA.,  p.  245,  5  :  Aqninqno  sur  15  mss.,  Aqnunqno  sur  4 et  Aquiunqno  sur 
I  ;  on  voit  que  la  graphie  avec  -nquo-  est  constante,  ce  qui  montre  bien  la 
nature  labialisante  de  la  vélaire.  duant  à  la  nature  vélaire  de  la  nasale,  elle 
est  attestée  par  les  graphies  'Axojiy/'.ov  (Ptol.  2,  15,  5,  éd.  Mùller,  p.  299, 
n.  6)  et  Aquiqq[iiuiii]  (CIL.,  III,  3492). 

4.  L4.,  p.  357,  7;  387,  5,  342,  5  ;  la  forme  Vapincuin  est  spéciale  au  ms. 
Z);  les  Vases  ApoUinaires  écrivent  Vapinquo,  Vappinquo,  Vappinciiiu,  Fappincv, 

5.  C1L.,V,  7231;  XII,  80. 

6.  L4.,  346,  5,  et  J.  Marion,  Cartul.  de  VÈglise  de  Grenoble,  p.  292,  294,  366- 

7.  [A.,  366,  7  ;  460,  7.  Si  l'identification  d'Alisincum  à  Anisy  (*  Alisiacum) 
est  exacte,  elle  nous  montre  que  dès  l'époque  mérovingienne,  au  plus  tard, 
Alisincum  avait  troqué  son  suffixe  primitif  contre  un  suffixe  d'origine  celtique. 

8.  César,  B.  G.,  6,  44;  7,  59  et  62;  Ptolémée  2,  8,  9;  lA.,  585,  4,  ms. 
D;  TP.  :  «  Agetincvm  ». 


PROVENÇAL    -HS'C  ;    ITALIEN    -ISGO,  -ENG  O  15 

près  Vienne,  Isère ',  Labiiicus,  nom  d'homme  sur  la  Table  de 
Veleia  (CIL.,  XI,  1147,  c.  5,  90),  Lavincia  {CIL.,  V,  2773), 
Deminca,  DemincUla  en  regard  de  Demeticelô,  Jovinca,  Esleucô, 
noms  de  personnes  -  ;  cf.  pour  le  passage  de  Vapiuquum  à  Vapin- 
cum,  le  lat.  propincus,  var.  de  propiiiquiis,  hircus  à  côté  àlnrquus, 
sabin.  hirpus,  oculiis,  en  regard  du  grec  :z-to-a,  corpus  (==*qur- 
po-s),  gv.  -pi~u),  etc. 

Les  transformations  subies  par  le  suffi.xe  -enquo-  ne  s'en  sont 
pas  tenues  là;  sous  l'influence  de  la  nasale  vélaire  antécédente, 
la  sourde  s'est  changée  en  sonore  :  Fapinguiii  sur  trois  mss, 
de  ritinéraire  d'Antonin,  W/.cj'.';-;y^  à  côté  d'Ay.cyiY/.;v 
sur  les  mss.  de  Ptolémée,  Dnrotingum  dans  l'Anonvme  de 
Ravenne  (4,  27)  en  regard  du  Durotinciim  de  la  Table  de 
Peutinger,  Vorocingus  pour  un  plus  àncii^n  *  Vorocincus ,  localité 
mentionnée  par  Sidoine  Apollinaire  (car m.  24,  52)  et  qu'on 
croit  avoir  été  située  au  département  actuel  du  Gard,  ^'Bodingus, 
auj.  Bodengo,  nom  d'une  vallée  de  la  province  de  Sondrio,  en 
regard  de  Bodincus,  nom  ligure  latinisé  du  Pô  (Plin.  3,  122). 
De  même  Marincus  (x'^  siècle)  et  Marengum  (ii-jj),  localité 
voisine  de  Pavie,  en  regard  de  Marengo,  prov.  d'Alexandrie, 
Bolincum  (1042)  et  5o/m^?iw  (1044),  auj.  Bollengo,  prov.  de 
Turin.  Comme  bien  on  pense,  ce  changement  de  ne  en  ng  n'est 
pas  spécial  à  l'onomastique,  ni  même  au  \2Ltm  :  angulus  :  gx . 
ày/SKoz,  d'une  racine  anq;  ombr.  iuvengar  :  lat.  juvencae^  ; 
gr.  G-f^k\)y-(-oq  gén.  :  lat.  dia\ect:x\  spclunca;  got.  jugg-s  :  lat. 
juvcncus,  etc. 

On  voit  par  là  que  le  passage  de  -inco-  \  -ingo-  est  un  phéno- 
mène pré-roman  qui  s'est  produit  sporadiquement  (ombr. 
Iuvengar"^  :  ht.  jiivencae)  et  qui  a  tini  par  tout  envahir  dans 
l'Italie  septentrionale,  à  l'exception  du  Frioul  (Orvenco,  prov. 


1.  Sidoine,  epist.  7,  17,  3  :  «  Grinincenses  patres  ». 

2.  Holder,  Alt-celtischer  Sprachschati,  s.  v. 

3.  R.  von  Planta,  Grammatik  der  oskisch-umbrischen  Diahkte,  \.  II,  p.  39. 
Dans  juvcncus  (=  *iunn-ko-s),  nous  avons  affaire  à  la  gutturale  palatale,  mais 
au  point  de  vue  où  je  me  place,  cela  est  indifférent;  quant  à  la  nature 
vélaire  de  Vu,  elle  est  attestée  par  le  %oi.  jugg-s. 

4.  Sur  l'âge  des  Tables  Eugubines,  voy.  M.  Bréal,  Les  Tables  Eugubines, 
p.  XXIV,  227,  307,  et  De  Planta,  loc.  cil.,  t.  I,  p.  27,  5S-36. 


lé  H.     PHILIPON 

J'Udine),  et  de  la  Ligurie  (^Botmcus,.  nom  d'homme  génois, 
BicHca,  Terrinca,  à  côté  d\4lhenga,  prov.de  Gènes).  Par  contre, 
la  forme  -inco-  s'est  maintenue  en  Sardaigne,  en  Corse,  en  Gaule 
et  dans  les  régions  de  la  péninsule  ibérique  qu'on  croit  avoir  été 
occupées  par  les  Ligures'  :  Lclnnco,  Paiilcnca. 

Ainsi  s'explique  l'alternance  prov.  -enc  :  ital.  -engo,  sans  qu'il 
soit  besoin  de  foire  intervenir  le  germanique  -ins^  qui  bien  cer- 
tainement n'a  rien  à  voir  dans  les  formes  en  -ingiis  du  temps  de 
l'Empire  romain,  telles  que  Fapingus,  Durflti)igus,  etc.,  non  plus 
que  dans  les  noms  de  rivière  ou  de  montagne  en  -enc  ou  -cnca. 

Le  suffixe  germanique  -ing,  que  nous  venons  d'exclure  de  la 
dérivation  provençale  et  italienne,  n'aurai  1  pas  du  moins  droit 
de  cité  dans  la  dérivation  française  ?  A  priori,  la  chose  ne  serait 
pas  impossible,  la  germanisation  ayant  agi  plus  profondément 
au  nord  qu'au  midi  de  la  France.  Je  ne  crois  pas  cependant  à 
l'existence  d'un  suffixe  -irjo  d'origine  germanique  dans  la  déri- 
vation française.  Mais  entendons-nous  bien,  je  ne  prétends  pas 
dire  qu'il  n'existe  pas  en  français  de  mots  formés  au  moyen 
du  suffixe  -ing  :  on  rencontre  dans  la  France  du  nord-est 
des  noms  de  lieu  en  -ange,  -anges  qui  ne  peuvent  s'expliquer 
que  par  le  germanique  et  je  ne  songe  nullement  à  contester 
l'origine  germanique  des  noms  français  du  type  chambellaji. 
Seulement,  ces  noms  sont  des  mots  d'emprunt,  transplantés 
tels  quels  sur  le  sol  français  et  Ton  ne  saurait,  à  aucun  titre, 
les  considérer  comme  des  exemples  de  dérivation  romane.  Il 
y  a  bien  eu  dérivation  au  moyen  du  suffixe  -ing,  mais  cette 
dérivation  est  le  fait  des  Germains;  les  Français  n'ont  rien  à  y 
prétendre.  Au  surplus,  il  tombe  sous  le  sens  que  pour  que  l'on 
soit  en  droit  de  parler  de  dérivation  romane,  il  faut  nécessaire- 
ment que  le  thème  de  dérivation  soit  roman  ou  romanisé;  or 
aucun  des  exemples  cités  par  Diez  ou  par  le  Dictionnaire  général  - , 


1 .  Sur  la  présence  des  Ligures  en  Espagne,  voy.  Avienus,  Ora  maritima, 
V.  196-199,  et  d'Arbois  de  Jubainville,  Les  premiers  habitantsde  FEurope,  t.  I, 
p.  375-382.  Notons  qu'-ûHi/uo-,  -anco-,  le  correspondant  ibère  du  ligure  -enqiio- 
et  du  lat.  -inquo-,  s'est  également  maintenu  :  Ao'jayxol,  Caecanqiis,  noms 
ethniques,  Turancus  nom  d'homme.  S ept imanca  {I A.,  ^■^'^),  3.u].  Simancas, 
prov.  de  Valladolid,  Toranco,  prov.  de  Burgos,  en  regard  de  Torin^o,  prov.  de 
Lucca,  Italie,  et  de  Torenc,  Alpes-Maritimes. 

2.  Diez,  loc.  cit.,  I,  296,  et  II,  349;  Dictionnaire  général ,  s.  v.,  et  Traité  de  la 
formation  de  la  langue  française,  p.  66. 


PROVENÇAL    -ENC  ;    ITALIEN    -IKGO,  -EKGO  ij 

SOUS  le  prétendu  sutlixe  roman  d'origine  germanique  -in<^,  ne 
remplit  cette  condition  essentielle.  Il  n'y  a  pour  s'en  convaincre 
qu'à  en  parcourir  la  liste  :  v.  tV.  chainbrelenc  :  v.  h.  a.  chaiiier- 
ling  ;  V.  fr.  fraisseni^uc  :  v.  h.  a.  vn'sking;  v.  fr.  brelcnc  :  v.  fi.  a. 
*brdling';  fr.  hareng,  prov.  areiic,  ital.  aringa  :  v.  h.  a.  hâring; 
V.  fr.  espcrlenc  «  éperlan  »  :  v.  h.  a.  spcrling-;  v.  fr.  merlenc 
«  merlan  »  :  v.  h.  a.  * nierling  '  ;  fr.  escalin  :  angl.  shilling,  néer- 
land.  schelling,  et.  v.  h.  a.  shilling^  ;  v.  fr.  et  v.  prov.  csterlin  : 
angl.  sterling;  m.  fr.  guildin,  guilktlin  :  angl,  gelding;  —  v.  fr. 
Lorrenc  «  Lorrain  »  :  german.  Lotharing;  v.  fr.  Flamenc  «  Fla- 
mand »  :  german.  Vlaeming;  —  de  même  dans  la  toponomas- 
tique  >  :  Dourdan  (Seine-et-Oise)  ;  v.  h.  a.  Durding,  patrony- 
mique de  Dard-,  lati  Vsé  en  Dordingiim  au  ix*  siècle,  cf.  Dor- 
dinga  (955),  localité  inconnue  d'Allemagne;  Denain  (Nord), 
anciennement  Donaing,  v.  h.  a.  Duninc,  latinisé  en  Donin- 
cum  ^,  cf.  Tunningas,  Dunningtharpa,  Dunningen,  localités  d'Al- 
lemagne"; Marange  (Moselle)  :  Mairinga  (1121),  v.  h.  a. 
Màring,  patronymique,  d.  Maring,  Prusse  Rhénane;  Bening 
(Moselle):  v.  h.  a.  5<';/;«"«o' patronymique.  Beninga  (xui"  siècle), 
Benninca  (1275),  Bénange  (12^^),  en  regard  de  Benninghausen , 


1.  Ce  mot  qui  paraît  être  un  dérivé  du  v.  h.  a.  hret  n'a  pas  été  enregistré 
par  Schade  ;  il  s'explique  par  le  suffixe  german.  -linga-  sorti  de  mots  où  17 
appartenait  au  thème,  tels  que  v.  h.  a.  sidil-iiig,var.  sidel-ing  «  der  wcrange- 
siedel'  ist  ». 

2.  Du   V.  h.  a.  spër  «  lance,  dard  »,  cf.  sp'érilïn    «  petite    lance  ». 

3.  Cf.  le  m.  h.  a.  merJÎHK  merle  »,  mot  d'emprunt,  et  pour  la  déviation  de 
sens  l'ital.  mcrla  «  merle  »  et  «  merlan  »,  ainsi  que  l'allem.  sperling  «  passe- 
reau »,  à  côté  de  spierling  «  éperlan  ». 

4.  Cet  emprunt  et  les  deux  suivants  sont  de  beaucoup  postérieurs  aux 
précédents,  comme  le  montre  le  maintien  du  vocalisme  germanique;  escalin 
paraît  être  une  forme  picarde  sortie  d'*cscelin  ou  plutôt  *escellin,  cf.  l'ital. 
scellino;  s'il  en  est  ainsi,  le  prov.  escalin  serait  emprunté  au  français. 

5.  Les  noms  cités  le  sont  d'après  les  ouvrages  suivants  :  De  Bouteiller, 
Diction,  topogr.  de  la  Moselle;  Longnon,  Allas  historique,  texte  (époque  caro- 
lingienne); Œsterley,  Historisch-geographisches  ÎVorterhuch  des  deutscbcn  Miltel- 
alters;  Fôrstemann,  Alldeutsches  Namenhuch,  Personennamen,  2^  éd. 

6.  Voir  pour  Donincum  =  Denain,  identifié  à  tort  avec  Doullens, 
Romania,  XXXII,  585,  et  la  nouvelle  édition  des  Annales  de  Flodoard,  par 
M.  Ph.  Lauer,  p.  49. 

7.  Rien  n'est  plus  fréquent  que  la  réduplication  de  Vn  dans  l'onomastique 
de  la  Gaule  :  Calarôna,  var.  Calaronna  «  la  Chalaronne  »,  Matrona  «  la  Marne  », 
en  regard  de  Matronna  «  la  Meyronne  »  pour  *Mayronne,  etc. 


l8  E.     PHILIPON 

Westphalie  et  de  Benningen,  Bavière;  Algrange  (Moselle)  :  v.  h. 
a.  Alchermg,  patronymique  à'Alcher,  Akercngis  (875),  Alhringes 
(11 39),  ci.  Alkcrin^en  (1180),  localité  inconnue  en  Autriche. 

Cormoran,  où  l'on  a  voulu  voir  le  german.  -ing  ',  s'explique 
par  morinnum,  variante  insignifiante  de  morinum,  du  celtique 
mort  «  mer  »,  d.  Morvimium,  Morvan  ;  bongran  est  un  emprunt 
à  l'italien-;  quant  au  v.  fr.  ja:^erant,  c'est  soit  un  emprunt 
au  germanique,  tout  comme  le  nom  à'osberc  «  haubert  » 
qu'il  qualifie,  soit  une  transcription  du  provençal  jw^erenc,  si, 
comme  le  croyait  Diez,  ce  mot  se  rattache  à  l'arabe,  auquel 
cas,  c'est  en  Provence  qu'on  devrait  placer  le  marché  des 
«  osbercs  jazerencs  ».  Pour  ce  qui  est  du  franc,  tisserand,  on 
peut  soit  le  rapprocher  du  prov.  teis^erenc  \  qui  s'explique  par 
-inco-,  cf.  îtiaréchal-ferrand  en  regard  du  prov,  ferrenc,  soit  y 
voir  une  formation  en  -andu-,  du  type  ital.  adorando,  esp. 
baranda  «  garde-fou  »,  prov.  talband-ier,  franc,  marchand, 
lavand-ière,  v.  lyon.  bnyand-îri,  etc.  ^tsitwi  paysan,  que  dans 
leur  Traité  de  la  formation  de  la  langue  française  (p.  66),  les 
auteurs  du  Dict.  général  expliquent  par  un  primitif  hypothétique 
*paiscnc,  et  boulanger,  où  ils  voient  un  dérivé  d'un  non  moins 
hvpothétique*/'o»/c«c.La  formation  *païsenctstivo^  hétéroclite 
pour  qu'on  puisse  l'admettre  sans  autre  preuve  ;  on  peut  en 
dire  autant  de  boulanger  pour  *boulancer  que  postulerait  *boulenc. 
Ce  sont  là  deux  mots  dont  l'explication  est  encore  à  trouver. 

Ainsi,  on  ne  rencontre  pas  env.  franc,  un  seul  exemple  certain 
de  dérivation  romane  au  moyen  du  suffixe  germanique  -ing, 
tandis  qu'en  provençal,  en  espagnol  et  en  italien  les  forma- 
tions en  -enc,  -engo  sont  extrêmement  fréquentes,  aussi  bien 
dans  l'onomasticon  que  dans  le  lexicon.  Si,  comme  on  le 
prétend,  ces  formations  avaient  une  origine  germanique,  il 
est  clair  que  loin  d'être  inconnues  du  v.  franc.,  elles  y  seraient 
plus  nombreuses  qu'en  provençal  et  en  italien.  C'est  Là  une 
raison  de  plus  d'écarter  l'hypothèse  d'une  dérivation  romane 
au  moyen  du  suffixe  germanique  -ijig. 

E.  Philipon. 


1.  Voy.  Romania,  XXIV,  115. 

2.  Voy.  le  Dictionnaire  général,  bougr.'KN. 

3.  Cf.  le  nom  de  famille  Teisserenc  de  Bord. 


PROVENÇAL    -ES'C  ;    ITALIEN    -INGO,  -E\GO  19 


NOTE    COMPLÉMENTAIRE 

Je  crois,  comme  M.  Philipon,  que  la  forme  féminine  du  provençal,  -enca, 
est  inconciliable  avec  le  type  germanique -in  g  :  non  seulement  le  masc. 
lare  <  lat.  largum  n'a  pas  donné  naissance  à  une  forme  féminine  *larca,  au 
lieu  de  lai-ga,  mais,  pour  nous  limiter  strictement  aux  mots  germaniques,  les 
masc.  cilherc  <r  germ.  ha  ri  b  erg,  ■<  renc,  germ.  ring  n'ont  pas  donné 
naissance  à  des  formes  féminines  *alherca,  *renca  :  le  prov.  dit  régulièrement 
albergii,  retiga,  etc.  Il  faut  donc  admettre  l'existence  d'un  suffixe  -inco  -inca 
en  Gaule  et  dans  le  nord  de  l'Italie,  indépendamment  de  toute  influence 
germanique.  Je  constate  d'ailleurs  que  M.  Salvioni  en  est  arrivé,  dans  ces 
dernières  années,  à  une  opinion  à  peu  près  analogue  '. 

Ce  suffixe  pré-germanique  -inco  -inca  est  aussi  non  seulement  pré- 
roman mais  pré-latin,  j'en  demeure  d'accord  avec  M.  Philipon;  mais  est-il 
ligure?  Je  n'en  sais  rien  et  je  ne  sais  même  pas  si  on  en  peut  rien  savoir.  Je 
tiens  seulement  à  constater  que  l'habitat  de  ce  suffixe,  en  tant  que  suffixe 
toponymique,  est  notablement  plus  étendu  dans  le  centre  de  la  Gaule  que 
M.  Philipon  ne  le  dit.  Il  le  refuse  à  la  Celtique  «  à  l'exception  de  l'Auvergne 
et  du  Lyonnais  »  ;  mais  il  oublie  qu'il  a  cité  des  noms  de  lieux  du  Rouergue, 
du  Querci  et  du  Périgord,  et  il  ignore  que  -inco  a  plusieurs  représentants 
chez  les  Bituriges  Cubi  (que  nous  appelons  communément  Berrichons),  par 
exemple  Croyant  (Creuse),  au  confluent  de  la  Creuse  (Crosa)  et  de  la  Sédelle, 
au  XF  siècle  Croseiic;  Culan  (Cher),  écrit  Cuslenc  dans  le  cartulaire  d'Aureil 
(Bull,  de  la  Soc.  hist.  du  Liviousin,  XLVIII,  202);  Le  Blanc  (Indre),  jadis 
Ouhlen'-,  d'un  type  Oblincus.  Il  n'en  reste  pas  moins  que  les  mots  de 
cette  sorte  sont  relativement  rares  dans  cette  direction. 

Passant  des  noms  propres  aux  noms  communs,  je  dois  attirer  l'attention 
sur  le  substantif  tarin ca,  dont  je  me  suis  occupé  jadis  -  et  dont  la  filiation 


1 .  Cf.  ce  qu'il  a  écrit  dans  sa  brochure  intitulée  :  Dei  twtni  locali  leventinesi 
m -engo  e  d'altro  ancora  (Bellinzona,  1899),  P-  6>  "•  ^  •  "  Ma  è  sicuro  -énco 
in  più  appellativi  (p.  es.  valmagg.  remenca  «  raminga  »,  ecc;  e  Landarenca 
nome  locale  di  Mesoicina;  vedine  Stiidi  di  fil.  rom.,  VII,  251);  e  io,  Arch. 
gloll.  it.,  IX,  258,  e  il  Meyer-Lûbkc,  Rom.  Gramm.,U.,  §  515,  propendevamo 
a  vedervi  una  estensione  dell'  -ênk  mascolino.  Non  so  se  l'illustre  cattedrati- 
co  di  Vienna  la  pensi  ancora  in  tal  modo.  Quanto  a  me,  debbo  confessare 
d'avere  ora  qualche  dubbio,  suggeritomi  dal  -eue  -ca  provenzale,  e  dal  veder 
una  taie  estensione  limitata,  o  quasi,  ai  nomi  formati  col  nostro  suffisse.  » 

2.  Romania,  XXIX,  198;  cf.  mes  Mélanges  d'étym.  fr.,p.  149.  Je  n'avais 
alors  aucune  donnée  sur  l'habitat  de  ce  mot  qui,  je  le  rappelle,  figure  dans  nos 


20  E.     PHILIPON 

avec  le  français  dialectal  taranche  ne  peut  être  mise  en  doute".  Il  se  décom- 
pose clairement  en  un  thème  tar-,  qui  figure  aussi  dans  le  gaulois  latinisé 
ta  rat  ru  m,  prototype  de  notre  mot  taricre',  et  en  un  suffixe  -inca.  Or  il 
semble  que  les  parlers  celtiques  actuels  ne  connaissent  (au  sens  de  «  clou  >>) 
que  les  représentants  de  *taranga  ou*tarangia.  Faut-il  croire  que  le 
gaulois  est  l'obligé  du  ligure  pour  la  désinence  de  tarinca?  Voilà  un 
«  clou  »  que  je  ne  me  charge  pas  de  river. 

En  ce  qui  touche  le  suffixe  germanique  -ing,  il  est  clair,  comme  le 
remarque  M.  Philipon,  que  l'emprunt  par  le  français  et  le  provençal  de  mots 
germaniques  dans  lesquels  ce  suffixe  a  été  mis  en  œuvre  ne  prouve  pas  sa 
vitalité  en  roman  '.  Mais  tous  les  efforts  que  fait  l'auteur  pour  l'éliminer  de  la 
dérivation  française  ou  provençale  ne  me  paraissent  pas  également  heureux. 
Plusieurs  mots,  qu'il  n'a  pas  remarqués,  sont  inexplicables  sans  l'hypothèse 
d'une  extension  analogique  de  ce  suffixe  :  franc,  coustenge  (picard  costenghe., 
coustcngué),  marsoinge,  quarteroinge,  sisterange,  prov.  lausenga,  etc.  Même  en 
admettant  que  le  franc,  et  le  prov.  -enc  sont,  dans  la  plupart  des  cas,  les 
héritiers  d'un  pré-germanique  -inco,  je  crois  que  cet  héritage  est  de  pure 
forme,  et  que  le  suffixe  germanique  a  contribué  à  l'enrichir  de  sa  substance. 
Je  suis  de  plus  en  plus  frappé  des  phénomènes  d'hybridité  que  nous  offre 
l'histoire  du  langage,  et  j'en  puis  citer  ici  un  exemple  topique.  Personne  ne 
niera  que  le  provençal  camarlenc  soit  emprunté  du  germanique  chamar- 
ling,  lui-même  de  fo/mation  hybride.  Or,  dans  les  comptes  du  mistral  de 
Vienne  en  Dauphiné,  nous  trouvons  le  substantif  féminin  chamarlenchi,  et  non 
*chamarlengi*.  Donc,  une  fois  romanisé,  le  mot  germanique  a  été  coulé  dans 

grands  dictionnaires  avec  le  sens  de  «  grosse  cheville  de  fer  qui  sert  à  tourner 
la  vis  d'un  pressoir  ».  J'ai  relevé  depuis  une  intéressante  indication  : 
M.  Madelaine  a  trouvé  tarencf  dans  les  comptes  de  la  fabrique  de  Moritchamp 
(Calvados),  année  1652;  il  définit  le  mot  par  «  levier  en  fer  pour  ajuster  et 
pendre  les  cloches  »  et  déclare  qu'il  est  aujourd'hui  vivant  sous  la  forme 
rance  (Revue  des  parlers  pop.,  II,  75).  Est-ce  le  type  *tarincia,  allongement 
de  tarinca? —  D'autre  part  on  trouve  en  Bas-Poitou,  région  de  Chef- 
Boutonne,  étalanche  «  écharde  »  (Beauchet-Filleau,  Essai  sur  le  palois  poitevin). 

1.  Je  me  borne  à  rappeler  l'existence  de  arinca,  mot  mentionné  par 
Pline  comme  le  nom  d'une  céréale  particulière  à  la  Gaule  (Hist.  nat., 
XVIII,  81),  et  qui  n'a  laissé  de  trace  dans  aucun  parler  roman. 

2.  Primitivement  tarere,  du  genre  masculin;  cf.  mes  Essais  de  phil.  fr., 
p.  295,  n.  3. 

3.  En  tout  cas,  et  à  plus  forte  raison,  Gaston  Paris  a-t-il  eu  tort  de  parler 
d'un  suffixe  -lenc  emprunté  par  les  Romans  de  Gaule  aux  Germains  et  de  le 
mettre  sur  la  même  ligne  que  les  suffixes  -ard  et  -aiid  (Litt.  franc,  au  moyen 

dge,  S  M- 

4.  Cf.    Devaux,    Essai  sur  la  langue  vulgaire   du    Dauphiné  septentrional. 


PROVENÇAL   ^ES'C  ;    ITALIEN    -ISGO,   -E.\'GO  21 

une  flexion  romane  préexistante  en  -etic  -enca  ;  serait-il  juste  de  dire  que 
le  suffixe  germanique  -Hng  n'est  pour  rien  dans  le  dauphinois  chamarkuchi} 
M.  Philipon  déclare  que  le  suffixe  germanique  -ing  «  a  eu  pour  unique 
fonction  de  former  des  patronymiques  ou  des  ethniques  qui  sont  en  réalité 
d'anciens  patronymiques  »  :  c'est  là  une  exagération  contre  laquelle  protestent 
des  formations  fort  anciennes,  comme  le  ganiingus  des  lois  Visigotiques,  les 
deux  variétés  de  pommes  mentionnées  par  Charlemagne  dans  le  capitulaire  De 
Villis  (formai  inga  et  geroldinga),  les  trois  termes  musicaux  cités  par  M.  Suchier 
dans  son  étymologie  si  pénétrante  de  l'anc.  franc,  rotrotienge'  (carelmanninc, 
liehinc,  ottiuc),  etc.  La  prédilection  des  langues  germaniques  pour  le  suffixe 
-ing  dans  les  noms  de  monnaies  est  connue  :  est-ce  une  simple  coïncidence 
que  la  présence  du  suffixe  provençal  -eue  dans  les  noms  de  monnaies  comme 
arnaudenc,  caoneiic,  guillelmenc,  otonenc,  quintinenc,  raimondenc,  etc.?  Et  le 
français  lui-même  n'a-t-il  pas  *estevenenc  dans  la  région  bourguignonne? 
Ayant  constaté  que  les  Germains  ont  donné  le  nom  de  cheisuring  -  à  une 
monnaie  d'or  romaine  à  l'effigie  de  l'empereur  (Caesar),  je  me  demande  si 
les  Ligures,  voire  les  Gaulois,  en  ont  fait  autant  et  s'ils  ont  vraiment  contri- 
bué à  l'extension  monétaire  du  suffixe  roman  -eue  dans  le  sud  et  dans  l'est 
de  la  Gaule.  Il  est  permis  d'en  douter. 

A.  Th. 


p.  72,  n.  6.  L'auteur  croit  que  l'z  final  représente  le  suffixe  roman -/a  accen- 
tué ;  j'y  vois  \\i  féminin  atone  cliangé  en  /  conformément  à  la  phonétique 
du  dialecte  de  Vienne  :  pour  moi  //'  ehamarlenchi  signifie  la  femme  du 
chamarlenc,  et  serait  en  provençal  propre  la  caniarlenca. 

1.  Zeitschr.  fm  rom.  PMI.,  XVIII,  283. 

2.  Voy.  H.  Paul,  Grundriss  der  german.  Philol.,  2^  édit.,  I,  328. 


FRAGiMENTS  DE  MANUSCRITS  FRANÇAIS 


I.  —  FRAGMENT  D'UNE  CHANSON  DE  GESTE  RELATIVE 
A  LA  GUERRE  D'ESPAGNE 

Feuillet  isolé  à  deux  colonnes  par  page  et  à  40  vers  par 
colonne,  275  mm.  sur  220.  Il  iait  partie  d'un  recueil  factice 
contenant  des  fragments  divers,  et  conservé  à  la  Bibliothèque 
de  l'Université  de  Cambridge  sous  le  n°  addit,  3303.  L'écriture 
est  française  et  de  la  fin  du  xiii^  siècle. 

Je  crois  que  la  chanson  de  geste  de  laquelle  ce  feuillet  a 
été  détaché  est  jusqu'ici  inconnue.  S'il  en  est  ainsi,  c'est 
assurément  un  morceau  digne  d'être  étudié  de  près.  Voici,  en 
résumé,  ce  que  contient  ce  fragment.  La  scène  se  passe  en 
Espagne.  Charlemagne  voit  les  Sarrasins  approcher.  Il  divise 
son  armée  en  cinq  divisions  (échelles),  à  la  tête  desquelles  il 
place  ses  principaux  chevaliers.  Le  combat  s'engage.  Le  roi 
Agolant,  qui  commande  les  Sarrasins,  attaque  Ogier  le  Danois, 
qui  le  désarçonne  et  prend  son  cheval.  Agolant  est  secouru 
par  les  siens  qui  lui  donnent  un  autre  cheval.  Le  duel  recom- 
mence et  le  fragment  s'arrête  au  moment  où  de  nouveau 
Ogier  se  mesure  avec  son  adversaire.  Voici  maintenant  le 
texte,  auquel  je  joins,  pour  faciliter  les  références,  un  index  des 
noms  : 

Et  dit  li  rois:  «  Ce  ne  refus  je  mie, 
«  Ainz  me  plest  et  agrée.  » 

Li  emperere  a  l'estandart  veû  ; 
Estout  apele  qui  fu  preu  et  membru   : 
5        «  Amis  »,   dist  il,  «  vostre   los  est  creû. 
«  Mes  or  me  dites,  por  Dieu  le  roi  Jhesu, 
«  Se  de  l'alcr  vos  iestes  porveu  ? 
—  Oïl  voir,   sire  »,  Estouz  a    respondu 


FRAGMENTS    DE    MANUSCRITS  FRANÇAIS  23 

«  Je  et  li  mien  i  somes  csleû. 
10       «  Ainz  que  pa.   nos  aient  parceù 

«  Covient  qu'il  soient  par  engin  deceù, 
«  Se  nos  le  poons  fere. 

«  Droiz  empereres  »,  dist  Estoz  en  riant, 

«  Aler  i  vueil  quant  ai  vostre  conmant. 
15       —  Alez  »,  dist  K.,  «  a  Dieu  le  roi  amant; 

«  O  vos  iront  .xx^.  combatant 

«  Et  Olivier  et  mon  neveu  Rollant.  » 

Dist  Estouz  :  «  Sire,   je   l'otroi  et  créant.  » 

Atant  s'em  partent    haut  et  lié  et  joiant  ; 
20       Delez  .j.  bruel  vont  pa.  costoiant; 

Nés  aperçurent  li   félon    mescreant  ; 

Et  l'emp.  o  le  guernon  ferrant 

Vet  ses  eschieles  gentement  ordenant. 

Li  dus  Og.  fu  en  sele  devant, 
25        .X™.  Danois   le   vont   au   dos  suiant; 

Hoiax   de    Nantes   vet  l'autre  conduisant. 

Et  avec  li  furent  li  Alemant 

O  .X™.  homes  qui  bien  sont  combatant. 
Qui  bien  fièrent  d'espée. 

30       Rois  Arestanz  ot  le  conte  Engelier 

Et  de   Boorges  Lambert  le  Berruier 

Firent  la  tierce  o  .x.  mile  chevalier. 

La  quarte  [fist]  dant  Hernaut  au  vis  fier 

Et  de  Brabant   Bernart  au  cors  legier 
35       Et  dant  Guerin  d' Anseùne  le  fier  : 

De  chevaliers  moinent  .xv.   milier. 

La  quinte  fist  de  Bordele  Gaifier 

O  .x™.  hommes  qui  moût  font  a  prisier  ; 

Et  Ganelon  n'i  vueil  mie  lessier  : 
40       .Xni.  en  ot  qu'il  ot  a  justicier. 

Tuit  pelle   melle  vont  li  autre  derrier,        (b) 

Avec  lo  roi   qui  France  a  a  baillier. 

Tût  soavet  prennent  a  chêvauchier, 

Li  uns   lez  l'autre,  sanz  cri  et  sanz  noisier. 
45       Rois  Ago.  les  choisi  tôt  premier 


15  Koi  amant  est  une  forme  corrompue  qui  se  rencontre  en  beaucoup 
de  textes  (Oison  de  Beauvais,  3207;  Mort  Aynicri,  4087,  etc.)  pour  raeniant, 
rédempteur  (voir  le  vocabulaire  de  Raoul  de  Cambrai).  —  24  sele  pour  celé. 
—  44  lei,  ms.   let. 


24 


p.     MKYER 

Qui  durement  s'em  prist  a  merveillier  ; 
A  soi  nieïsmes  se  prist  a  conseillier  : 

«  Par  Mahomet  qui  tôt    a  a  jugier, 

«  Je  croi  c'est  K.  l'emperere  au  vis  fier  ; 
50       «  Sus  li  aloie,  or  se  velt  avancier. 

«  S'encui  n'i  muert  ne  [me]  pris  .j.   d.  » 

Ses  Sarr.  emprist  a  aresnier  : 

«  Seignor  »,  dist  il,  «  nobile  chevalier, 

«  Sus  Mahomet   vos  pri   et   vos  requier 
55       <c  Que  vos   pensez  de   ma  honte  venchier. 

«  Au  départir  vous  en  avrai  plus  chier.  » 

Et  cil  responent  :  «  Ce  fet  a  otroier.  » 

Lors  conmença  sa  gent  a  aresnier  : 

Et  devisa  liquel  iront  premier, 
60       Liquel  après  et  liquel  darrenier. 

Quant  les  ot  fez  bien  et   bel  atirier, 

Lors  est  montez    desus  le  blanc  destrier , 

O  .xm.  Turs  conmence   a  chevauchier  : 

Ogier  encontre    le   nobile  guerrier 
65       Sus  Broiefoit  le  preu  et  le  legier. 

Il  li  escrie  tant  com  il  puet  huchier  : 

«  Qui  es  tu,  va  ?  Gardes  nu  me  noier.  » 

Dist  li  Danois  :  «  Apelez  sui  Ogier  ; 

«  De  Danemarche   ai   la  terre  a  baillier. 
70       n  Hom  sui  Kallon,  l'emperere  au  vis  fier, 

«  Qui  tote  Espaingne  velt  a  force  essillier.  » 

Dist  li   pa.  :  «  Je  la  vieng   chalangier; 

«  Ja  ne   l'avra,    a    celer  nu   vos  quier, 

«  Tant  com  je  soie   sainz   et  sauf  et  entier.  » 
7)       Er   dist   li  dus   :    «  Par  le   cors  saint  Ligier, 

«  S'il  l'avoit  lors,  mentir  ne   vos  en  quier, 

«  Soe  seroit  ainz  lieure  de  couchier.  » 

Lors  esperonne  sanz  plus  de  delaier. 

Branle   la  hante   dont  li    fers   fu  d'acier, 
80       Granz  cox  se  fièrent,  sanz  plus  de  menacier. 

Sur  les  targes  dorées.  (c) 

Entre  Ago.  et  Ogier  li  Danois 
Sus  les  escuz  se  fièrent  demanois. 
La  lance  au  duc  est  peçoïe  en  trois 


76  Le  premier    hémistiche  parait  corrompu,    ou    peut-être    y  a-t-il   une 
lacune.  En  tout  cas  la  suite  des  idées  est  obscure. 


FRAGMENTS    I)H    MANUSCRITS   IRANÇAIS  2$ 

5        Et  celé  en  .ij.  au  Sarr.  cortois. 

Si  s'entrehurtent  li  clicvalier  norrois 
Petit  s'en  faut  ne  chient  u  cliaumois. 
Ogiers  passe  outre;  tret  le  branc  vianois, 
Et  Ago.  le  suen  sarradinois  ; 
Granz  cox  se  donnent  li  chevalier  cortois 
Sus  les  escuz  ou  reluist  li  orfrois, 
Que  flors  et  pierres  abatent  u  chaumois. 
Mes  nés  empirent  la  montance  d'un  pois. 
Og.  le  voit,  n'ot  tel  corrouz  des  mois  : 
95       Dieu  en  jura  et  ses  saintismes  lois 
Miex  velt  morir  n'ocie  les  Persois. 
Adonc  le  fiert  par  merveilleus  bofois, 
Si  l'estordra  que  il  chiet  u  chaumois 
Jus  du  destrier  qui  fu  blans  comme  nois, 
loo  Puis  le  prist  par  la  resne. 

Quant  Ago.  fu  del  cheval  cheû, 

Grant  maltalent  et  grand  duel  a  eu. 

En  estant  saut  et  tint  le  branc  tôt  nu  ; 

Et  Ogier  a  le  cheval  retenu, 
105       Derrières  soi  l'a  maintenant  rendu 

A  .]'.  suen  homme  qui  moût  près  de  li  fu. 

Puis  s'est  es  Turs  fièrement  embatu. 

Ago.  fiert,  ne  l'a  pas  mesconneû, 

Que  tôt  envers  le  ra  jus  abatu  ; 
iio       Ilec  l'eûst  ou  mort  ou  retenu, 

Mes  de  pa.  i  a  tant  acoru 

Que  toz  en  est  couvert  le  pré  herbu. 

Ago.  ont  par  force  secoru, 

Mes  ainz  i  ot  maint  chief  sevré  du  bu 
115       Et  maint  paien  ocis  et  confondu, 

Por  quant  tuit  ont  le  chaple  maintenu 

Qu'a  Ago.  ont  .j.  destrier  rendu  : 

N'est  pas  le  blanc,  dont  moût  fu  irascu  ; 

A  ceste  foiz  d'ore  l'a  il  perdu, 
120       Ne  onques  puis  nul  jor  sesiz  n'en  fu. 


87,  92,  98  On  rencontre,  en  rime,  au  cas  rég.,  chaunioi  et  chaumois:,  la 
première  forme  paraît  être  la  seule  étymologiquement  correcte,  mais  la  seconde 
s'est  bientôt  généralisée.  On  peut  faire  la  même  remarque  sur  ho/ois,  v.  97. 
—  96  Jes  corr.  le  —  98  Corr.  estordi}  —  108  Le  vers  est  trop  long; 
suppr.  pas  ? 


2  6  p.     MEYER 

De  ce  a  il  duel  et  corrouz  eu,  '  (d) 

Car  n'ot  meillor  u  monde. 

Agolant  fu  sus  .j.  cheval  monté 

Qui  moût  fu  fiers  et  plains  de  grant  bonté  ; 
125       N'est  pas  le  blanc  que  il  ot  tant  amé  : 

Ogier  l'en  ot  par  force  descroé. 

L'escu  embrace  et  trest  le  branc  letré, 

Es  crestïenz  se  fiert  moût  adolé  ; 

Maint  en  a  mort,  ocis  et  afolé. 
130       Et  Sarr.  s'i  sont  bien  esprouvé  : 

Maint  chief  i  ont  fors  du  bu  dessevré 

Ogier  le  voit,  près  n'a  le  senz  desvé  : 

Entr'  eus  se  fiert  comme  home  desené, 

Destre  et  senestre  a  féru  et  chaplé. 
135       Voit  le  Ago.  si  a  le  chief  crollé; 

Dist  a  ses  hommes  :  «  Moût  avon  mal  erré 

«  Qant  cil  f.  a  tant  longues  duré. 

«  Se  il  vit  gueres,  par  Mahomet  mon  Dé, 

«  Tuit  i  seront  ocis  et  desmembré. 
140       «  O  vis  deable  fu  tel  home  trové. 

«  Je  cuit  qu'il  soit  ou  sauvage  ou  faé, 

«  Car  de  nule  arme  ne  puet  estre  entamé, 

«  S'a  li  ne  joins,  dont  n'aie  je  dahé  !  » 

Lors  esperonne,  s'a  l'escu  acolé 
145       Et  tret  le  branc  qui  d'or  estoit  letré 

Et  fiert  Ogier  sur  son  hiaume  gemé  : 

Le  cercle  tranche  qui  fu  a  or  ouvré. 

Ne  fust  la  coiffe  du  brant  d'acier  letré 

Jusques  es  denz  li  fust  le  fer  coulé. 
1 50       En  contreval  est  le  branc  dévalé, 

El  braz  senestre  l'a  .j.  petit  navré  ; 

Jusques  a  terre  en  est  le  sanc  coulé. 

Et  li  Danois  en  a  le  sens  mué  : 

Dieu  en  jura,  lo  roi  de  majesté, 
1 5  5       Que  celui  coup  sera  chier  comparé. 

Il  tint  Cortain  qui  giete  grant  clarté, 

Fiert  .j.  pa.,  moût  l'a  bien  assené. 

Parmi  le  bu  l'a  en  travers  coupé, 
Si  le  trébuche  a  terre 

160       Moût  fu  dolenz  Ogiers  et  courrouciez... 

130  La  lecture  du  dernier  mot  (qui  est  très  eflfacé)  est  conjecturale. —  137 
/.  =françoi. 


FRAGMENTS    DE    MANUSCRITS    FRANÇAIS  27 

TABLE  DES  NOMS 

Agolant,  45,  82,  89,  117,  125,  etc.    Gaifier  de  Bordeaux,  37. 

Alemands,  27.  Ganelon,  39. 

Arestanz,  30.  GuERiN  d'Anseûne,  55. 

Bernart  de  Brabant,  34.  Hernaut,  33. 

Broiefort,  cheval  d'Ogier,  65.  Hoel  de  Nantes,  26. 

Charlemagne,  I,  15,  42,  49.  Lambert  de  Bourges,  51. 

Danemarche,  69.  Ogier,  24,  64,  68,  82,  88,  etc. 

Danois,  hommes  d'Ogier,  25.  Olivier,  17. 

Exgelier,  le  comte,  —  30.  Persois,  96. 

Espagne,  71.  Rolant,  17. 

EsTOUT.  4,  8,  18.  Turcs,  63. 
France,  42. 

L'action  se  passe  en  Espagne,  et  Ganelon  figure  parnii  les 
fidèles  de  Charlemagne.  Donc  le  poème  prend  place,  dans 
l'histoire  légendaire  du  grand  empereur,  avant  le  désastre  de 
Ronce\aux.  Or  on  sait  depuis  longtemps,  qu'il  a  existé  des 
poèmes  français,  actuellement  perdus,  où  étaient  contées  une 
'ou  plusieurs  expéditions  en  Espagne  avant  Roncevaux.  Sans 
parler  de  la  Prise  de  Nobles,  épisode  auquel  font  allusion  la 
Chanson  de  Rolant  et  d'autres  poèmes,  et  que  raconte  en 
abrégé  la  Karlamagnus  Saga^,  nous  avons  dans  le  Pseudo- 
Turpin,  un  résumé,  probablement  assez  infidèle,  mais  toute- 
fois très  précieux,  de  récits  épiques  relatifs  aux  premières 
guerres  de  Charlemagne  en  Espagne,  et  nous  y  voyons 
paraître  un  bon  nombre  de  personnages  de  notre  fragment  ^  : 

1°  Une  première  expédition  a  lieu.  L'empereur  s'empare  miraculeusement 
de  Pampelune,  détruit  des  idoles  sarrasines,  tonde  des  églises  (chap .  n-v). 

2°  Rentré  en  France  il  est  obligé  de  repartir  pour  l'Espagne  qu'un  roi  afri- 
cain nommé  Agolant  vient  de  conquérir,  massacrant  les  garnisons  laissées 
par  Charlemagne  (ch.  vi). 

30  L'empereur  remporte  sur  Agolant  une  victoire  chèrement  achetée. 
Quarante  mille  chrétiens,  au  nombre  desquels  Milon  d'Anglers,  le  père  de 
Rolant,  sont  tués.  Agolant  prend  la  fuite  et  Charlemagne  rentre  de  nouveau 
en  France  (ch.  viii). 


1.  G.    Paris,   Hist.  poe't.  Je  CharlcDiagne.,   p.   253  ;   Demaison,  Aynieri  de 
Narhonne,  p.  ce. 

2.  Je  me  sers  de  l'édition  du  baron  de  Reiffenberg,  dans  l'appendice   de 
Philippe  Mousket,  t.  I. 


28  p.     MEYER 

4°  Mais  Agolant  rassemble  une  armée  innombrable,  pénétre  en  Gascogne 
et  prend  Agen.  Après  un  siège  de  sept  mois.  Charlemagne  reprend  la  ville. 
Agolant  réussit  à  s'échapper.  Il  se  retire  à  Saintes  et  est  battu  de  nouveau 
par  Charlemagne,  mais  réussit  encore  à  s'échapper  (ch.  ix,  x). 

5°  Agolant,  battant  en  retraite,  passe  les  Pyrénées  et  s'arrête  à  Pampelune. 
Charlemagne  rassemble  une  armée  de  cent  trente-quatre  mille  combattants 
et  pénétre  en  Espagne.  Les  principaux  chefs  de  cette  armée  sont  Turpin» 
Rolant.  Olivier,  Estout  de  Langres,  Arastain  {Arastagmis)  roi  des  Bretons', 
Engelier  duc  d'Aquitaine,  Gaifier  roi  de  Bordeaux,  Galenis,  GaJimis,  Salo- 
mon,  Baudouin  iVére  de  Rolant,  Gondebuef  {Gddehodtts)  roi  de  Frise, 
Hoel  (Oilliis)  comte  de  Nantes,  Lambert  de  Bourges,  Sanson  duc  de 
Bourgogne, ....  Ganelon  (Ganeloniis  qui  postea  traditor  extitil).  Un  peu  plus 
loin  sont  nommés  Ernaut  de  Beaulande  et  Ogier  (ch.  xi). 

6°  Après  divers  épisodes  contés  dans  les  chapitres  xii  et  xiii,  nous  arri- 
vons à  la  victoire  finale  des  chrétiens,  suivie  d'un  massacre  général  des  Sarra- 
sins (ch.  xiv). 

Nous  n'avons  pas  besoin  de  pousser  l'analyse  plus  loin  :  le 
rapport  de  notre  fragment  avec  les  récits  du  Pseudo-Tur- 
pin  sont  évidents.  Presque  tous  les  personnages  du  fragment 
sont  mentionnés  dans  le  ch.  xi  de  Turpin;  il  n'en  manque 
que  deux  :  Bernart  de  Brabant  et  Garin  d'Anseùne.  Ce  sont 
deux  personnages  épiques  connus  par  des  témoignages  fort 
anciens;  toutefois  je  ne  vois  pas  à  quel  titre  ils  hgurent  dans 
une  expédition  en  Espagne  conduite  par  Charlemagne,  puis- 
qu'ils sont  présentés  partout  comme  fils  d'Aimeri  de  Narbonne 
et  appartiennent  par  conséquent  à  une  autre  période  deThis- 
toire  légendaire  de  Charlemagne-. 

Si  l'on  peut  affirmer  qu'il  y  a  un  rapport  entre  les  chapitres 
de  Turpin  ci-dessus  analysés  et  la  chanson  de  geste  dont  nous 
n'avons  plus  que  i6o  vers,  la  nature  de  ce  rapport  n'apparaît 


1 .  Ce  personnage,  qui  est  nommé  dans  notre  fragment  (v.  50),  ne  figure 
pas,  à  ma  connaissance,  dans  l'épopée  française.  M.Langlois  ne  le  mentionne 
pas  dans  sa  Table  (le  roi  Aristani,  dans  les  Narhonnais,  est  un  Sarrasin). 
Cependant  il  est  mentionné  par  Raimon  de  Miraval  (Roiiiaiiia,  VII,  452, 
Orestains)  et  par  B.  de  Born,  Studi  di  fihl.  romania,  VIII,  429  ;  cf.  Rom., 
XXXI,  161,  note  2),  mais  peut-être  d'après  Turpin. 

2.  Voy.  sur  ces  deux  personnages  la  table  des  noms  de  l'édition  à'Aymeri 
de  Narbonne  par  M.  Dcmaison.  Il  y  a  bien,  dans  le  ch.  xi  de  Turpin,  un  Ber- 
nard, mais  c'est  Bernard  de  Nublis,  et  un  Garin,  mais  c'est  Garin  duc  de  Lor- 
raine (cf.  Philippe  Mousket,  vv.  5220  et  5230). 


FRAGMENTS    DE  MANUSCRITS    FRANÇAIS  29 

pas  tout  d'abord  avec  évidence.  La  chanson  est-elle  le  poème 
ou  l'un  des  poèmes  que  l'auteur  des  premiers  chapitres  de  la 
Chronique  dite  de  Turpin  a  eu  sous  les  yeux,  ou,  inversement, 
le  trouvère  à  qui  est  due  notre  chanson  a-t-il  suivi  Turpin  ?  Je 
crois  qu'on  peut,  sans  hésiter,  rejeter  la  seconde  hypothèse. 
L'épisode  important  que  relate  notre  fragment,  à  savoir  le 
combat  d'Agolant  et  d'Ogier,  n'existe  pas  dans  Turpin.  Nous 
n'avons  donc  aucune  raison  de  supposer  que  notre  chanson 
dérive  de  Turpin.  Quanta  la  première  hypothèse,  elle  ne  peut 
non  plus  être  admise  sans  réserve.  La  langue  et  la  versification 
du  tragment  conduisent  à  placer  la  rédaction  du  poème  au  plus 
.tôt  vers  hi  tin  du  xii'-'  ou  au  commencement  du  xiii''  siècle. 
C'est  à  peu  près  le  temps  où  écrivait  Bertrand  de  Bar-sur-Aube, 
auteur  de  Girarl    de  Vienne  et  d'Aynieri  île  Narhonne  ^. 

L'hypothèse  qui  se  présente  le  plus  naturellement,  et  à 
laquelle,  pour  ma  pan,  je  me  tiens  jusqu'à  plus  ample  informé, 
est  que  la  chanson  de  geste  représentée  par  le  feuillet  de 
Cambridge  est  le  rajeunissement  d'une  chanson  beaucoup  plus 
ancienne,  sans  doute  en  assonances,  que  l'auteur  de  Turpin  a 
eue  sous  les  yeux.  Que  ce  remaniement  ait  été  tort  libre,  je 
l'admets  volontiers  ;  et  je  conviens  que  les  noms  de  Bernart  de 
Brabant  et  de  Garin  d'Anseûne  ne  pouvaient  guère  figurer  dans 
le  récit  primitif.  Mais  il  n'en  est  pas  moins  très  probable  que  le 
fond  doit  être  emprunté  à  un  très  ancien  poème. 

Si  on  pouvait  s'en  rapporter  à  l'auteur  italien  de  VEntrée 
d'Espagfte,  des  poèmes  sur  la  conquête  de  l'Espagne  par  Charle- 
magne  auraient  été  composés  par  deux  trouvères  ou  jongleurs 
appelés  Jean  de  Navarre  et  Gautier  d'Aragon  -.   G.  Paris  dit  à 


1.  M.  Demaison  admet  qu' Ayiiieri  de  Narboime  a  été  composé  au  com- 
mencement du  xiiie  siècle,  après  1205  (Introduction,  p.  LXXXix-xcr). 
G.  Paris,  dans  le  tableau  chronologique  qui  fait  suite  à  sa  Littérature  fran- 
çaise au  moyen  âge,  5=  éd.,  p.  276,  place  la  composition  des  deux  poèmes  de 
Bertrand  de  Bar-sur-Aube,  Girart  de  Vienne  et  Aynieri  de  Narhonne,  entre 
1210  et  1220. 

2.  Le  passage  a  déjà  été  cité  par  L.  Gautier  (/JfW.  de  l'Ec.  des  ch.,  4e  série, 
IV,  221)  ;  le  voici  d'après  l'édition  sous  presse  de  M.  Ant.  Thomas  : 

2775         Se  dam  Trepin  fist  bref  sa  lecion 

E  je  di  long,  blasmer  ne  me  doit  on  ; 
Ce  que  il  trova  bien  le  vos  canteron. 


30  p.     MEYER 

ce  propos  que  l'auteur  de  V Entrée  «  donne  ici  l'exemple,  si  sou- 
vent suivi  par  ses  compatriotes,  d'alléguer  de  fliusses  autorités 
en  preuve  d'aventures  de  pure  invention  '  ».  je  ne  sais  si  ce 
jugement  un  peu  sommaire  est  tout  à  tait  acceptable.  L'auteur 
de  y  Entrée  mentionne  d'abord  Turpin,  qu'il  a  en  effet  suivi  assez 
hdclement  ;  puis  licite  Jean  de  Navarre  et  Gautier  d'Aragon, 
indiquant  avec  assez  de  précision  les  limites  de  leur  oeuvre.  Je 
veux  bien  que  ces  noms  soient  imaginaires,  mais  il  m'est  diffi- 
cile de  croire  que  tout  soir  controuvé  dans  l'assertion  tormelle 
de  l'écrivain  italien.  Il  se  peut  bien  que  cet  écrivain  ait  eu  en 
effet  sous  les  yeux  quelque  chanson  de  geste  perdue;  mais  rien 
ne  prouve  que  ce  fût  la  nôtre.  M.  Thomas,  dans  la  préface  de 
son  édition  de  VEntrée,  nous  dira  ce  qu'il  en  pense  -. 

Quelques  mots  maintenant  sur  la  versification  et  la  langue. 
Le  poème  est  en  vers  de  dix  syllabes,  chaque  tirade  étant, 
comme  dans  les  poèmes  du  cycle  de  Guillaume,  terminée  par 
un  petit  vers  à  finale  féminine.  Les  tirades  masculines  y 
dominent  ',  car,  sur  neuf  tirades,  une  seule,  la  première  (dont  il 
ne  reste  que  les  deux  derniers  vers)  est  féminine.  Le  poème 
est  rimé  fort  exactement,  mais  au  prix  de  nombreuses  infrac- 
tions à  la  correction  grammaticale.  En  effet,  l'écrivain  n'hésite 
pas,  pour  taire  sa  rime,  à  employer  la  forme  du  régime  au  lieu  de 


Bien  dirai  plus,  a  clii'n  pois  e  chi  non, 

Car  dous  bons  cierges,  Çan  Gras  et  Gauteron, 
2780         Çan  de  Navaire  et  Gauter  d'Aragon, 

Ces  dos  prodomes  ceschuns  saist  (dist  ?)  pont  a  pont 

Si  corne  Caries  o  la  fiere  façon 

Entra  en  Espaigne  conquere  le  roion, 

La  començaile  trosque  la  fînisun 
2785         Dejusque  ou  point  de  l'euvre  Guenelon. 

D'iluec  avant  ne  firent  mencion. 

1.  Hist.  poét.  de  Charl.,  p.  175 . 

2.  On  pourrait  se  demander  si  Girart  d'Amiens,  qui  conte  aussi  la  con- 
quête de  l'Espagne,  n'avait  pas  conservé  quelque  souvenir  d'une  chanson  de 
geste  sur  ce  sujet,  mais  vérification  faite,  il  paraît  n'avoir  eu,  pour  cette  par- 
tie de  son  Charlewapie,  d'autre  source  que  le  Pseudo-Turpin,  bien  qu'il  soit 
loin  de  le  suivre  exactement.  Voir  G.  Paris,  Hist.  poct.  de  Chart.,  p.  481. 

3.  Comme  dans  Ayvicii  de  Narhonue  (voir  l'introduction  de  M.  Demaison, 
p.  cvi),  mais  dans  une  proportion  plus  grande  encore. 


FRAGMENTS   DE  MANUSCRITS   FRANÇAIS  3I 

celle  du  sujet,  et  ce  cas  est  très  fréquent.  On  pourrait,  à  la 
vérité,  supposer  qu'il  admettait,  par  exemple,  la  rime  d'-és 
avec  -é;  ce  serait  une  assonance  que  le  copiste  aurait  corrigée 
en  mettant  partout  -é,  même  au  détriment  de  la  grammaire.  De 
même,  aux  vers  ici,  107,  112,  l'auteur  aurait  écrit  che lis, 
cmbatus,  herbus,  au  cas  sujet  conformément  à  la  grammaire,  et 
le  copiste  aurait  introduit  la  forme  du  régime,  pour  la  rime. 
Cette  supposition  serait  admissible  pour  un  poème  d'une  allure 
plus  ancienne,  mais  au  commencement  du  xiii*^  siècle,  époque 
où  on  recherchait  les  rimes  exactes,  il  est  plus  probable  que 
c'est  la  grammaire  qui  a  été  sacrifiée  à  la  rime.  Ajoutons  que  si 
l'auteur  avait  toléré  les  assonances,  il  n'aurait  pas  admis  seu- 
lement celles  que  comportait  l'application  des  règles  de  la  décli- 
naison. Par  exemple,  il  aurait  laissé  passer  quelques  finales  en 
-/Vdans  une  tirade  en  -ier,  ou  inversement. 

Il  V  a  une  rime  en  -ant  pur,  la  troisième,  ce  qui  donne  à 
cn)ire  que  l'auteur  distinguait  -ant  et  -ent,  selon  un  usage  qui, 
dans  les  chansons  de  geste,  ne  paraît  guères  antérieur  au 
XIII'  siècle.  Mais  il  n'est  peut-être  pas  prudent  de  tirer  une 
conclusion  ferme  d'une  tirade  unique  qui  ne  contient  pas 
plus  de  seize  vers. 

En  somme,  comme  je  l'ai  dit  plus  haut,  l'examen  de  la  ver- 
sification et  de  la  langue  ne  permet  pas  de  faire  remonter  la 
rédaction  au  delà  des  dernières  années  du  xii"  siècle,  et  j'incli- 
neraii,  plutôt  à  la  fixer  au  commencement  du  xiii^. 

II.  —  FRAGMENTS  DE  LA  VIE  DES  PÈRES 

La  collection  de  légendes  pieuses  en  vers  français  connue 
sous  le  titre  assez  impropre  de  Vie  des  Pères,  ou  Fie  des  anciens 
Pères,  est  certainement  l'une  des  oeuvres  du  xiii^  siècle  qui 
eurent  le  plus  de  succès.  En  1884,  lorsque  feu  E.  Schwan  lui 
consacra,  dans  la  Roinania  (XIII,  233  et  suiv.)  un  article  impor- 
tant, on  en  avait  signalé  3  i  manuscrits^  dont  quelques-uns,  à  la 
vérité,  sont  incomplets.  De  plus  on  en  connaît  deux  anciennes 
éditions,   l'une  de   i486  ',   l'autre  de  1495.  Depuis    1884,  de 


I.  Celle  de  i486  est  indiquée  par  Schwan,  dans  le  mémoire  précité (i?ow., 
XIII,  240)  d'après  le  Catalogue  des  manuscrits  des  Bibliothèques  des  départements 
(série  in-40)  :  «  t.  I,  p.  340  ».  Au  lieu  de  «  t.  I  »,  il  faut  lire  «  t.  IV  ». 


32  p.     MEYER 

nouvelles  copies,  les  unes  complètes,  les  autres  consistant  en  de 
simples  fragments,  sont  venues  s'ajouter  à  la  liste,  à  savoir  : 

Un  ms.  à  La  Haye  {RomauiiJ,  XIV,  130). 

Deux  mss.  dans  la  collection  Ashbiirnham,  Appendix,  174  et  175.  Le 
n°  174  appartient  maintenant  au  Fitzwilliam  Muséum  (Cambridge),  voir 
Ronianid,  XXXIV,  492  ;  le  no  175  a  été  acquis  par  la  Bibliothèque  nationale, 
N.  Acq.  fr.  6855.  Ce  sont  deux  copies  du  xv^  siècle  dont  la  valeur  est 
médiocre. 

Quelques  extraits  transcrits  dans  le  ms.  B.N.fr.  Sï8  (Ro»ia>iia,  XIV,  585). 

Un  fragment  conservé  à  Cheltenham  dans  la  Bibliothèque  Phillipps 
(Romania,  XIV,  585). 

Un  autre  fragment  à  l'Arsenal,  ibid.,  586. 

Présentement  je  me  propose  de  faire  connaître  quelques 
feuillets  isolés  du  même  ouvrage  qui  n'ont  pas  encore  été  signa- 
lés. Assurément  ces  débris,  détachés  d'anciennes  reliures,  sont 
d'une  valeur  minime,  mais  d'abord  il  convient  que  tout  manu- 
scrit ou  fragment  de  manuscrit  appartenant  à  une  bibliothèque 
publique  soit  identifié,  et  d'autre  part,  si  de  simples  fragments 
ne  peuvent  pas  contribuer  pour  beaucoup  à  l'établissement 
d'un  texte  dont  on  a  d'excellentes  copies  complètes,  il  est  du 
moins  utile  de  les  classer,  car  il  n'est  pas  indifférent  de  savoir 
selon  quelle  proportion  les  manuscrits  d'un  ouvrage  se  répar- 
tissent entre  diverses  familles.  Faire  le  classement  des  nombreux 
manuscrits  complets  ou  fragmentaires  que  nous  avons  de  la  Vie 
des  Pères,  est  actuellement  impossible.  La  tentative  de  Schwan 
(^Romania,  XIII,  242  et  suiv.),  toute  méritoire  qu'elle  est, 
n'aboutit  qu'à  des  résultats  provisoires '.  Il  appartiendra  à  un 
futur  éditeur  de  la  Vie  des  Pères  de  la  recommencer  et  de  la 
mener  à  bonne  fin.  La  présente  notice  lui  fournira  quelques 
éléments  nouveaux. 

I.    —    BIBLIOTHÈQUE    DE    l'iNSTITUT    DE    FRANCE 

On  a  récemment  détaché  de  la  reliure  d'un  vieux  livre  de  la 
bibliothèque  de  l'Institut  trois   feuillets  de  parchemin  où  j'ai 


I.  Le  travail  de  Schwan  est  complété  sur  quelques  points  dans  la  petite 
préface  que  M.  Salverda  De  Grave  a  mise  en  tète  de  l'un  des  contes,  le 
no  38,  voir  Romama,  XIX,  370. 


Fragments  de  manuscrits  français  33 

facilement  reconnu  des  fragments  des  contes  5,  16,  et  17,  selon 
l'ordre  habituellement  suivi  '.  L'écriture  est  de  la  seconde 
moitié  du  xiii"  siècle.  De  ces  trois  feuillets,  deux  sont  entiers 
(sauf  quelques  déchirures  qui  enlèvent  des  bouts  de  vers).  Il  y 
a  deux  colonnes  par  page  et  trente  vers  à  la  colonne.  Le  troi- 
sième feuillet  est  rogné  en  haut  et  en  bas,  de  sorte  que  chacune 
des  quatre  colonnes  ne  contient  plus  guère  que  22  vers,  dont 
le  premier  et  le  dernier  sont  plus  ou  moins  endommagés.  C'est 
ce  petit  fragment  qui  contient  un  morceau  du  conte  5.  Ce  conte 
ayant  été  publié  en  entier  par  A.  Weber  avec  les  variantes  de 
nombreux  manuscrits-(p.  60  et  suiv.  de  la  dissertation  citée 
ci -dessous  en  note),  il  peut  être  utile  de  transcrire  ici  une  partie 
de  notre  fragment,  tout  en  reconnaissant  que  la  comparaison 
avec  le  texte  imprimé  ne  fournit  pas  le  moyen  de  le  classer 
d'une  façon  sûre.  L'édition  ne  donne  pas,  à  beaucoup  près, 
toutes  les  variantes.  —  Je  donne  tout  le  recto^  plaçant  en 
marge  les  numéros  des  vers  d'après  Weber  : 

Col.  I  D'un  preudome  qui  se  vivoit 

T-  ,        ,  ,1  De  ses  terres  qu'il  laboroit. 

tt  vos  le  volez  resembler  .   _        . 

76  Et  a  Deu  tolir  et  embler 

Voz  âmes?  c'est  trop  grant  folie. 

Si  lo,  tant  com  vos  avez  vie 
^  .,.,-,  ,  .  Sa  compaigne  en  fist  et  s  amie 

Cjue  vos  noz  vilains  tez  amendoiz  ^    ° 

o     T-       1;  T>  1  ■  (Q-ui  a  son  droit  la  earde  et  tient 

80  Et  a  1  amor  Deu  entendoiz,  ^^  ^ 

„   ,.,  ,  .  ^  ^  02  A  la  joie  des  cielx  en  vient) 

Qu  il  en  est  bien  seson  et  tens  :        ^  \  / 

^  .    ,  ,  .  r  Tant  c'un  ior,  por  esbanoier, 

Qui  plus  se  haste  si  tet  sens.  1     >  r 

S'en  torna  ses  terres  voier; 

Por  avoir  place  en  paradis    .  Si  aperçut  en  mi  son  blé 

84  Un  autre  conte  vos  devis  9^  Corpiaiis  qui  furent  aune... 


79  Corr.  O.  iv^  vilains  —  93-4  H  est  visible  que  nous  avons  ici  la 
bonne  leçon,  car  esbaneoir  veoir,  admis  par  Weber,  est  inadmissible, 
comme  du  reste  il  l'a  lui-même  remarqué  dans  sa  note  sur  ces  deux  vers 
(p.  80)  ;  esbanoier  et  voier  lui  étaient  fournis  par  des  mss.  qu'il  cite  aux 
variantes.   —   96  Le  mot  en  italiques  est  coupé;  plus  loin  (v.    107)  il   y  a 

I.  C'est  l'ordre  du  ms.  B.N.fr.  1546,  pris  pour  type  par  Alfred  Weber  dans 
sa  dissertation  sur  la  Vie  des  anciens  Pères  (Handschriftl.  Shtdien,  Frauenfeld, 
1876),  et  de  beaucoup  d'autres  mss.  Voir  aussi  la  table  des  contes  dressée 
par  G.  Paris  dans  une  note  jointe  à  l'article  deSchwan  (Ronmnia,  XIII,  140). 

Komania,  XXXV  2 


A  Deu  de  tôt  son  cuer  se  tint 
Et  en  toz  bons  fèz  se  maintint. 
Confession  n'oblia  mie, 


34 


MEYER 


Col.  II 


Cil  tost  au  prcudome  s'en  vint, 
Quant  sa  terre  despoiller  vint, 
Des  corspiaux  qu'il  avoit  trovez, 

io8  Et  cornent  il  les  ot  gitez 
En  autrui  blé  corne  vilains 
Et  de  grant  covoitise  plains  ; 
Si  avoit  ce  fet  a  autrui 

1 12  Q.u"il  ne  volsist  qu'en  feïst  lui. 
Moût  s'en  blasma,  moût  s'en  re- 
[prist, 
De  maintenant  confès  s'en  fist. 
Mes  li  chapelains  li  dist  bien  : 


1 16  «Amis,  vos  n'avez  forfet  rien  ; 
«  De  noient  estes  esgarez . 
«  Se  vos  atant  ne  m'en  créez, 
«  Alez  parler  a  un  hermite 

120  «  Qui    la    maint;    tost  vos  avra 

[dite 
«  La  vérité  de  ceste  chose. 
«  S'il  vos  en  blasme  ne  ne  chose, 
«  Si  fêtes  ço  qu'il  vos  dira, 

124  «  Droit  par  mi  le  voir  s'en  ira.  » 

Li  preudons  s'en  parti  atant 
Son  pis  de  ses  paumes  bâtant... 


Le  verso  contient  les  vers  135  à  15e  et  165  à  186. 

Les  deux  feuillets  entiers  ne  se  suivent  pas  ;  ils  devaient  être 
séparés  par  deux  ou  trois  feuillets.  Ils  contiennent,  je  l'ai  dit 
plus  haut,  des  morceaux  des  articles  16  et  17.  Du  n°  16 ', 
nous  avons  les  né  premiers  vers.  Voici  le  début  : 


Dex,  de  qui  tote  bontez  ist, 
Par  l'evangeliste  nos  dist  : 
Honore  ton  père  et  ta  mère 
4  Por  eschiver  la  mort  amere  '  : 
Si  vivras  longuement  sor  terre. 
Chascuns  doit  bone  vie  querre 


Et  li  fol  par  tôt  se  déçoivent  ; 
Li  fox  son  preu  fuit  et  refuse 
12  Et  quiert  son  pis,  ainsi  s'amuse. 
Si  a  moût  entre  fol  et  sage. 
Bien  doit  comparer  son  folage 
Qui  a  son  hoir  doner  entent 
Par  bien  penser  et  par  bien  querre,    16  Tant  qu'après  a  son  don  s'atent  ; 
(plere-  Mielz  li  vaudroit  morir  que  vivre 

8  Tant  qu'a    Deu  puissons  si  bien  Quant  a  sa  marende  se  livre, 

Li  sage  font  bien  ce  qu'il  doivent  Norris  bien  et  aime  ton  hoir, 


corspiaux.  Dans  les  deux  cas  le  ms.  1546  a  coipiax.  L'étymologie  de  ce  mot, 
qu'on  rattache  soit  à  couper  (Littré,  avec  doute,  et  Dict . général')  soit  à  cuspis 
(Diez,  II  c),  est  douteuse.  Au  moyen  âge  on  écrit  coipcau.  copeaus,  copiaus,  et 
cospeaus  corpeotis  (Godefroy,  Complément,  copel  ;  cf.  Du  Cange  ;  coipellus, 
COPELLUS,  coRPELLus)  ;  ces  deux  dernières  formes  semblent  être  les  plus 
anciennes.  Contrairement  à  l'opinion  de  M.  Thomas  (Mélanges  d'étymologie, 
p.  54),  je  crois  que  notre  copeau  et  l'anc.  fr.  coispel,  «  pointe  »,  sont  deux  mots 
distincts.  —  105    La  bonne  leçon  est  Tantost  au  p.  soi'int 

1.  Du  boterel,   dans    le  ms.  fr.    1546  (fol.   40  c).    Ailleurs  (voir  par  ex. 
Jahrb.f.  roman,  u.  cnglische  Literatur,  VU,  410),  le  titre  est  plus  long. 

2.  M.\TTH.  XV,  4;  Marc.  "VU,  10. 


FRAGMENTS    DE    MANUSCRITS    FRANÇAIS  35 

20  Et  il  le  suen  ;  saches  por  voir,  Mort  d'enfer  sor  le  fil  au  père 

Qiie  por  le  suen  t'oubliera  Qui  mal  fet  a  père  et  a  mère. 

Si  que  mendier  te  fera,  Qui  ceste  maldiçon  gaaigne 

Et    por    ce  vaut  mielz   mien  que  40  Ame  et  corsconfont  et  mehaigne: 

nostre,  L'amc  en  enfer  le  cors  el  monde 

24  Foi  que  doi  saint  Père  l'apostre.  Covient  que  cist  péchiez  confonde. 

Qui  a  ennor  velt  vivre  el  monde  Si  s'en  doivent  cil  prendre  garde 

Ge  lo  que  come  fox  se  tonde  44  Qui  père  et  mère  ont  en'lor'garde. 

Ainz  que  de  son  bien  se  deinete  (/')  Qui  de  .ij.  jeus  le  pieur  prent 

28  Ne  qu'en  bai/  de  son  fiu:^  se  mete,  A  son  escient  moût  mesprent. 

Car  si  vilaine/Hcw/  se  preuvent  Cis  prologues 'a  vos  ai  tret 

Li  plusor  que  veoir  ne  veullcnl  48  Por  essample  prendre  en  .j.  fet 

Père  ne  mère,  ainz  les  eschivent  Que  ci  emprès  vos  voil  conter  ; 

32  Quant  en  viellesce  povre  vivent,  Gueres  ne  couste  a  escouter. 

Et  quant  riche  sont  si  les  cuent.  Et  tel  le  porroit  bien  oïr 

Tant  que  de  lor  biens  les  desnuent.  52   Qui  au  loing  en  porroit  joïr 

Gels  qui  ce  font  Dex  les  maudit.  S'il  amoit  leauté  ne  bien 

36  Tesmoing  l'Escripture  qui  dit  :  Et  Damedeu  cremoit  de  rien 

Le  second  feuillet  contient  la  fin  du  conte  17,  intitulé  dans 
le  ms.  fr.  1546  (fol.  42)  :  De  celi  qui  espoiisa  rymcigc  de  pierre. 
Ce  conte  a  été  publié  deux  fois  :  par  Méon,  Nouveau  recueil,  II, 
295,  et  par  M.  Castets,  qui  n'a  pas  connu  l'édition  de  Méon', 
Revue  des  langues  romanes,  3^  série,  t.  IV,  p.  60.  Voici  les  pre- 
miers vers,  en  regard  desquels  je  place  les  numéros  de  la  der- 
nière édition  : 

Sa  pareil,  si  l'orent  plus  chiere 

Por  ce  que  c'estoit  la  première.  [484] 

Fox  est  qui  aime  sanz  amie; 
Li  borjois  qui  l'ot  establie 
Eu  bien  amez,  et  bien  anni... 

Les  derniers  vers  du  conte  proprement  dit,  tel  que  M.  Castets 
l'a  publié,  sont  : 


27  Les  parties  italiques  sont  enlevées  par  une  déchirure.  Je  les  rétablis 
d'après  le  ms.  1546  —  33  Ms.  1546  :  si  les  sieuent  —  57  Ms.  1546  :  El  jeu 
d'enfer  chicr  lo  compère  —  38  ^Mathieu  et  Marc,  /.  c.  —  52  Ms.  1546  :  Qui 
après...  et  les  deux  vers  suivants  manquent. 

I.  Cf.  Romania,  IX,  620-1. 


3  6  V.     MEYER 

Et  maint  niusart  et  maint  preudome 
Tant  com  en  estant  sera  Rome.         [5^6] 

Mais  il  y  a  à  la  suite,  dans  les  manuscrits,  une  série  de 
maximes  morales  formant  environ  72  vers,  dont  les  14  pre- 
miers se  trouvent  sur  la  seconde  colonne  du  verso  de  notre 
feuillet.  Les  voici  : 

Qui  ocvre  sanz  conseil,  bien  sache  Et  en  leu  de  beste  se  met 

Qu'a  poines  s'em  part  sanz  domache,  Qui  ordure  gitc  en  son  puis 

Et  qui  conseil  trueve  et  le  croit,  Et  de  l'eve  dedenz  boit  puis  : 

Son  preu  fet  et  s'onor  acroist.  Se  mal  li  fet,  c'est  a  bon  droit 

—  Qui  le  bien  voit  et  le  mal  prent  Quant  l'ordure  a  escient  boit. 
N'est  merveille  s'il  s'en  repent  '.  Moût  i  a  de  cels  qui  le  font 

—  Del'amor  de  Dieu  se  démet  Qui  bien  sevent  qu'il  se  mesfont. 


2.  —  FRAGMENT  DE  MAÇON 

Dans  le  t.  XLII  du  Catalogue  général  des  manuscrits  des  Biblio- 
thèques publiques  de  France,  qui  est  le  troisième  tome  d'un  sup- 
plément aux  catalogues  publiés  dans  les  tomes  I  à  XXXIX,  se 
lit  un  article  ainsi  conçu  : 

156.  Fragment  d'une  traduction  française  de  la  Vie  des  Pères,  chapitres  de 
l'Impératrice  et  de  la  Sacristaine. 

xnie  siècle,  parchemin,  2  feuillets  à  2  col.  mutilés  du  haut.  195  sur  150 
millim.  Initiale  bleue  et  rouge  (don  de  M.  Lex,  bibliothécaire,  1906). 

Ce  fragment  m'avait  été  communiqué  par  M.  Omont,  il  y  a 
quelques  années,  avant  l'impression  du  tome  XLII  du  Cata- 
logue général ,  et  j'en  avais  facilement  reconnu  le  contenu.  Il  a 
fait  partie  d'un  manuscrit  qui  devait  contenir  36  vers  par 
colonne  ;  actuellement  il  n'y  en  a  plus  que  29  ou  30,  les 
5  ou  6  vers  du  haut  ayant  été  coupés.  Le  premier  feuillet 
contient  une  partie  du  conte  de  l'Impératrice,  n"  11  de  la  liste 


I.  C'est  le  proverbe  dont  le  second  vers  se  trouve  ordinairement  sous  cette 
forme  :  //  se  foloie  a  escient  (Le  Koux   de  Lincy,  Livre  des prov.,   2»=  éd.,  II, 
394).  C'est  aussi  à  peu  près  le  début  du  conte  74  de  Weber  : 
Cil  qui  bien  soit  et  le  mal  prent 
C'est  a  bon  droit  s'il  s'en  repent. 


FRAGMENTS    DE    MANUSCRITS    FRANÇAIS  37 

de  Weber.  Le  second  feuillet  donne  un  fragment  du  conte  de 
la  Sacristaine,  n°  13  de  la  liste  de  Weber.  La  lacune  entre  ces 
deux  morceaux  peut  être  évaluée  à  trois  feuillets.  Le  conte  du 
Meurtrier  (Weber,  n°  12)  manque  entre  les  deux.  La  Sacris- 
taine est  publiée  dans  Méon,  Nouveau  Recueil,  II,  154.  Le  conte 
de  l'Impératrice  est,  autant  que  je  puis  croire,  inédit.  C'est  un 
récit  qui  a  été  compris  par  Gautier  de  Coinci  dans  ses  Miracles 
de  la  Vierge.  Mussatia  en  a  indiqué  deux  rédactions  latines,  sans 
déterminer  laquelle  de  ces  deux  rédactions  Gautier  avait 
suivie  ' . 

Il   suffira,  pour  donner  un  échantillon   du  ms.    de  Màcon, 
d'en  transcrire  une  quarantaine  de  vers  : 

Point  ne  se  senti  travaillie 

«  Si  te  dirai  dont  ele  sert  :  De  la  dolor  qu'ele  ot  eue, 

«  Tuit  H  mesel  qui  en  bevront,  Ainz  fu  replenie  et  peûe, 

«  Qui  de  bon  cuer  confès  seront,  Si  qu'ele  n"ot  ne  soif  ne  fain. 

«  Maintenant  seront  respassé  L'erbe  qu'ele  tint  en  sa  main 

«  Qu'il  en  avront  le  col  passé,  Mist  a  sa  boche  et  a  ses  euz  ; 

«  Et  saine  char  recoveront,  Molt  l'ot  chère  et  moll  l'ama  meuz 

«  Si  q'un  et  autre  le  verront.  Que  ne  feïst  l'onor  de  Troie. 

«  Mes  toz  jors  maintien  ma  mémoire  ;    Que  que  de  l'erbe  fesoit  joie, 

«  Si  saches  ceste  chose  a  voire  Si  vit  venir  une  galie  - 

«  Que  [a]  la  bone  fin  vendront  Devers  l'ile  de  Satalie 

«  Qui  ma  mémoire  maintendront.  «  Qui  venoit  vers  la  roche  a  force 

Une  nuit  et  .j.  jor  entier  Del  vent  qui  se  feroit  en  l'orce, 

Dormi  celé  sanz  esveillier,  Si  que  pleine  en  estoit  la  voile 

Et  qant  ele  fu  esveillie  De  bouqueran  fête  et  de  toile. 

Au  haut  de  la  col.  suivante  manquent  six  vers  que  je  rétablis 
d'après  le  ms.  fr.  1546  fol.  31  ^  : 

Dames  i  ot  et  autre  gent  Quant  paour  orent  de  l'orage 

Qui  a  .j.  mostier  simplement  Et  du  vent  qui  ci  les  prenoit 

Aloient  en  pèlerinage,  Qui  vers  la  roche  les  menoit. 


1.  Ueber  die  von  Gautier  de  Coiticy  be7iût:{ien  Ouellen  (Wien,  1894),  p.  28 
(Denkschriften  d.  K.  Akademie  âer  JVissenschaften  in  W-^c;/,  Philos. -hist.  Classe, 
t.  XLIV). 

2.  Ce  vers  et  les  quatre  suivants  sont  cités  par  Godefroy  sous  orge. 


38                                                          p.  MEYER 

Puis  notre  frai^ment  poursuit  ninsi  : 

Imil  que  par  Jorce  i  anncrercnt  '.  Totcvois  celc  part  alerent 

Quant  la  dame  seule  avisèrent  ■  Et  virent  celé  bcle  et  simple 

Mo!t  en  furent  esmervellié.  Qui  fu  en  chemise  et  sanz  guimpe. 

Bien  quidcnt  estrc  essillié,  Molt  eurent  grant  pitié  de  li, 

Quar  de  fantôme  se  doutèrent;  Que  bien  conurent  son  ennui. 


3.    —    FRAGMENTS   DE    CAMBRIDGE 

Ces  deux  fragments  consistent  en  deux  morceaux  de  parche- 
min, restes  de  deux  feuillets  d'un  manuscrit  exécuté  vers  le 
milieu  du  xiii'  siècle,  ou  peu  après.  Ils  forment  les  gardes  d'un 
livre  de  petit  format  appartenant  à  la  Bibliothèque  del'Univershé 
de  Cambridge  \  C'est  le  bas  des  feuillets  quia  été  rogné  :  le  haut 
est  intact.  Il  y  a  deux  colonnes  par  page,  conséquemment  quatre 
par  feuillet  :  en  tout,  huit  colonnes,  réduites  à  13  vers  chacune. 
Par  la  comparaison  avec  les  autres  mss.  on  voit  qu'il  manque 
18  vers  au  bas  de  chaque  colonne.  Je  commence  par  transcrire 
le  texte,  qui  appartient  au  conte  39  de  Weber,  le  demi  ami. 
Puis  je  présenterai  sur  l'origine  de  ce  conte  quelques  observa- 
tions. 

FEUILLET    I    RECTO 

Li  granz  avoirs  et  li  trésors  «  Por  mon  profit  et  por  mon  bien 

Que  l'en  pot  de  chascun  jorhors  «  Sei  ge  que  vos  me  chastiez, 

Ou  l'en  ne  met  pas  nule  chose.  «  Mes  vos  devez  estre  moût  liez 

Musarz  est  qui  conmencier  ose  «  Que  je  ne  sui  pas  truniellieres  >, 

Chose  qu'il  ne  puet  parfiner.  «  Ivroins*  ne  mellis  ne  lierres 

Reulement  se  doivent  mener  «  Ne  femmene  maintieng  ge  mie. 

Genz  qui  el  monde, voelent  vivre  c  Je  n'ai  acointe  ne  amie 

Porlor  conmencement  parsivre.  «  Dont  pleinte  ne  noise  vos  viegne. 


1.  Ce  vers  est  en  partie  coupé. 

2.  In  Psahnos  aliqiiot  David icos  Philippi  Melanchtonis  narrât iones  doclissime. 
Haganoe,  per  Johan.  Sac,  anno  mdxxviii.  In-8°.  Voy.  Panzer,  Annales 
typogr.,  VII,  p.  10 1  (no  270). 

5 .  Godefroy  cite  de  ce  mot  un  exemple  du  xve  siècle  et  le  traduit,  avec 
doute,  par  «  femme  joueuse  ».  Mais  c'est  le  cas  sujet  de  tranelcor,  inscrit  à 
son  ordre  alphabétique  avec  plusieurs  exemples.  Il  v  a  tri  bon  lier  es  dans  le 
ms.  1546  et  dans  le  ms.  de  l'Arsenal  cité  par  Godefroy  sous  triboleor. 

4.  Exemples  moins  anciens  de    ce   mot  dans  Godefroy. 


FRAGMENTS    DE    MANUSCRITS    FRANÇAIS 


39 


Qui  tant  despent  en  sa  joenece 
Que  poures  est  en  sa  veillece, 
Honte  et  mesese  le  sorprcnt; 
Si  est  fox  qui  garde  n'i  prent, 
Qui  a  bien  fere  vcult  entendre 


«  Se  mon  cors  bone  vie  tiegne, 
«  En  tote  la  cité  de  Rome 
«  Ne  sai  enfant,  femme  ne  home 
«  Qui  ait  vers  moi  corroz  ne  ire. 
«  Einsi  le  jurre  por  voir,  sire. 


FEUILLET    I    VERSO 


«  Que  j'ai  de  bien  parlanz  amis 
«  Jusqu'à  la  montance  de  dis. 

—  Voire,   biau  filz?  —  Voire,  voir, 

[père, 
«  Foi  que  je  doi  l'ame  ma  mère. 

—  Biau  filz,  se  vos  me  dites  voir, 
«  Bien  avez  assis  vostre  avoir. 

«  Filz  j'ai  vescu  moût  longuement, 
«  Si  sachiez  vos  certainement 
«  Conques  tant  ne  poi  esploitier 
«  Que  j'en  parfeïsse  .j.  entier. 
«  Si  ai  ge  meint  home  servi  ; 
«  Tôt  adès  en  ai  .j.  demi 
«  Qui  par  tôt   mon  voloir  feroit 


«  Si  vos  pri  ge  com  a  ami 

«  Que  vos  aveuques  moi  viegniez 

«  Et  que  la  voie  m'anseigniez 

(I  Par  qoi  je  puisse  cstre  sauvez, 

«  Si  com  vos  fere  le  devez. 

«  Lors  si  orroiz  q'il  vos  diront 

«  Et  quel  aïde  vos  feront. 

—  Sire,  «  fet  il  »,  je  cuit  savoir 

«  Que  por  mètre  cors  et  avoir 

«  Ma  volenté  ne  defferoient, 

«  Ne  honte  avoir  ne  me  lerroient  ; 

«  Et  totes  voies  i  vueil  aler  '  ; 

«  N'est  pas  grant  peine  en  l'esprover. 


FEUILLET    2    RECTO 


«  Que  vos  par  tôt  m'aïdessiez 

«  La  ou  mon  besoing  seûssiez 

"  Et  vos  me  failliez  por  si  po. 

«  Or  sei  je  bien,  par  saint  Niqo, 

«  Ke  tel  ami  fet  fol  amer 

«  Qui  est  sanz  miel  e  plein  d'amer.  » 

De  lui  se  parti  meintenant, 

Si  s'en  ala  por  fol  tenant, 

Car  il  aperçut  bien  et  sot 

Que  son  servise  perdu  ot. 

A  l'autre  ami  revint  après 

Que  de  celui  manoit  bien  près; 

Si  li  conta  ce  qu'il  pensoit. 

Si  come  a  l'autre  fet  avoit. 


«  Qui  m'aime  ma  bouche  le  set, 

«  Et  qui  ne  m'aime  ne  li  chaut 

«  Se  je  muir  de  froit  ou  de  chaut.  » 

A  celui  plus  ne  sejorna  ; 

Sanz  congié  prendre  s"en  torna. 

Car  s'amisiié  pas  ne  li  sist. 

A  son  père  vint,  si  li  dist 

Les  responses  qu'il  ot  eues, 

Conques  ne  li  furent  teûes. 

Li  pères,  qui  bien  l'entendi. 

En  souriant  li  respondi  : 

«  Biau  filz,  je  le  savoie  bien 

«  Qu'en  tex  gent  n'avoit  nule  rien 

«  Fors  la  parole  seulement. 


I.  Ms.    v.,  ialer. 


40 


p.    MEYER 


FEUILLET  2    VKRSO 


Il  vint  a  son  père  et  H  dist 

La  rcsponse  qui  bien  H  sist. 

Lors  aperçut  que  bons  estoit 

Li  chastiz  que  fet  li  avoit. 

D'amis  volages  se  garda 

Et  de  trop  doner  se  tarda. 

Li  pères,  qui  moutfu  tendriers 

De  son  fill,  et  qui  volentiers 

A  bone  voie  l'atornast 

Et  de  mau  fere  destornast, 

Li  dist  :  «  Biau  filz,  or  entendez 

«  Et  par  bien  entendre  aprenez  ; 

«  L'en  ne  puet  s'a  bien  non  venir 

«  De  bons  exemples  retenir 


Les  biens  terriens  et  semé 
Sor  pierre  dure  et  en  tel  leu 
Ou  nos  ja  n'avrons  fruit  ne  preu. 
Cil  bien  au  besoing  nos  faudront, 
Aveuques  nos  pas  ne  vandront 
Devant  Deu  por  nos  délivrer. 
Ja  ne  les  i  porrons  mener  ; 
En  la  berele  nos  lerront 
Et  au  grant  besoing  nos  faudront. 
Li  seconz  amis  qui  est  nus, 
Qui  dist  que  jusq'a  l'uissanz  plus 
Copaignie  nos  portcroit, 
Mes  dedenz  mie  n'enterroit 
Por  amor  qu'il  eùst  a  ame. 


Pour  faciliter  l'intelligence  de  ces  fragments,  où  la  suite  des 
idées  n'apparaît  pas  très  clairement,  et  aussi  pour  la  clarté  des 
explications  qui  vont  suivre,  je  vais  analyser  le  conte.  La  scène 
se  pa.-^se  à  Rome.  Un  prudhomme  adresse  de  sages  avis  à  son 
fils,  jeune  homme  de  quinze  ans,  qui  dépensait  largement;  il 
lui  remontre  que  les  biens  de  ce  monde  sont  périssables,  et  que, 
à  dépenser  trop  en  jeunesse,  on  risque  d'être  pauvre  en 
vieillesse.  C'est  une  sorte  de  «  chastoiement  ».  Le  fils  reçoit 
avec  déférence  les  conseils  de  son  père,  et  excuse  sa  vie  dépen- 
sière en  disant  qu'il  espère  ainsi  acquérir  de  nombreux  amis. 
«  Combien  en  avez-vous  ?  »  dit  le  père.  —  «  Dix  »,  répond  le  fils. 
—  «C'est  beaucoup  »,  reprend  lepère:  «bien  que  j'aie  longtemps 
vécu,  je  n'ai  jamais  pu  en  avoir  plus  d'un  demi,  qui,  je  crois, 
ferait  tout  pour  moi.  Mettez  vos  nombreux  amis  à  l'épreuve. 
Dites  au  premier  que  vous  avez  commis  un  meurtre,  que  vous 
devez  vous  présenter  devant  l'empereur  pour  vous  défendre, 
et  demandez-lui  de  vous  accompagner  et  de  vous  tirer  de  ce 
mauvais  pas.  »  Le  fils  consent.  Il  se  rend  chez  un  premier  ami 
qui  refuse  absolument,  puis  chez  un  second  qui  s'ofire  à  l'ac- 
compagner jusqu'à  la  porte  de  l'empereur.  Le  fils,  sans  pousser 
plus  loin  l'expérience  (ce  qui  ne  laisse  pas  de  surprendre), 
retourne  auprès  de  son  père  et  lui  fait  part  des  réponses  qu'il 
a  reçues.  Le  père  lui  conseille  d'aller  trouver  le  demi-ami,  sur 


FRAGMENTS   DE    MANUSCRITS    FRANÇAIS  4I 

lequel  toutefois  il  n'ose  pas  beaucoup  compter,  lui  ayant  fait 
peu  de  bien.  Le  fils  fait  encore  cette  démarche  :  le  demi  ami  se 
met,  par  amour  pour  le  père,  à  sa  disposition  et  fera  tout  pour 
le  sauver.  Le  premier  ami,  ce  sont  les  biens  du  monde  ;  le  second, 
qui  nous  abandonne  à  l'instant  où  nous  aurons  (après  la  mort) 
à  paraître  devant  le  juge  souverain,  ce  sont  les  parents  qui 
assistent  aux  obsèques,  en  pensant  à  l'héritage,  la  femme,  qui 
déjà  songe  à  se  remarier.  Le  demi-ami  ce  sont  nos  bonnes 
œuvres,  les  aumônes  que  nous  avons  faites,  etc. 

Quel  est  le  type  original  de  ce  conte  ?  Il  y  a  deux  paraboles 
auxquelles  on  peut  songer,  et  qui,  bien  que  fort  analogues,  au 
point  qu'il  paraît  légitime  de  leur  supposer  une  origine  com- 
mune, diffèrent  cependant  beaucoup  dans  les  détails,  et  ont  été 
l'une  et  l'autre  maintes  fois  reproduites, avec  des  variantes,  dans 
les  littératures  du  moyen  âge  :  ce  sont  la  parabole  du  demi- 
ami,  dans  la  Disciplina  clericalis  de  Pierre  Alphonse,  et  la  para- 
bole des  trois  amis  dans  Barlaaii!  et  Josaphat  \  Voici  d'abord  le 
texte  de  h  Disciplinadericalis,  que  je  transcris  d'après  l'édition  de 
l'abbé  Labouderie  (Société  des  bibliophiles  français,  Paris,  1824, 
1. 1),  le  corrigeant  çà  et  là  d'après  le  ms.  B.  N.  latin  5397  (fol. 
147  0: 

Arabs  moriturus,  vocato  filio  suo,  dixit  :  «  Die,  fili,  quot  tibi,  dum  vixisti, 
«  acquisieris  amicos?  »  Respondens  filius  dixit  :  «  Centum,  ut  arbitrer,  acqui- 
«  sivi  amicos.  »  Dixit  pater  :  «  Quia  philosophus  dixit  :  <(  Ne  laudes  amicum 
«  donec  probaveris  eum.»  Ego  quidem  prior  natus  sum,  et  unius  dimidieta- 
«  tem  vixmihi  acquisivi  ;  tu  ergo  centum  quomodo  tibi  acquisisti?  Vade  igitur 
«  probare  omnes,  ut  cognoscas  si  quis  hominum  tibi  perfectus  erit  amicus.  » 
Dicit  filius  :  «  Quomodo  consulis?  »  Dicit  pater  :  «  Vitulum  interfectum  et 
«  frustatim  comminutum  in  sacco  repone,  ita  ut  saccus  forinsecus  sanguine 
«  infectus  sit,  et  cum  ad  amicum  veneris,  die  ei  :  Hominem,  care  mi,  forte 
«  interfeci  ;  rogo  te  ut  eum  secreto  sepelias  ;  nemo  enim  te  suspectum  habe- 
«  bit,  sicque  me  salvare  poteris.  »  Filius  fecit  sicut  pater  imperavit.  Primus 
amicus  ad  quem  venit  dixit  :  «  Fer  tecum  mortuum  super  collum  tuum  : 
«  sicut  fecisti   malum,  patere  satisfactionem  ;  in  domum  meam  non  introi- 


I.  Voir  l'article  de  M.  G.  Huet  intitulé  La  parabole  des  faux  amis,  dans  la 
Romatiia,  XXXIII,  87.  —  La  parabole  des  trois  amis  a  été  plus  d'une  fois 
mise  en  vers  français  d'après  Barlaam,  en  dehors  des  traductions, qui  nous  sont 
parvenues  de  ce  roman.  Citons  la  pièce  Bien  deicssons  essample prendre  (Zeitschr . 
J.  roui.  Pbil.,  XXII,  64,  et  Jean  de  Condé,  éd.  Scheler,  II,  m). 


42  p.    MEYER 

«  bis.  ))  Cum  autem  per  singulos  amicos  suos  sic  ecisset,  eodem  responso 
omnes  responderunt.  Ad  patrem  rediens,  renunciavit  quae  fecerat.Dixitpater  : 
«  Contigit  tibi  ut  dixit  pliilosophus  :  Multi  sunt  duni  numerantur  amici,  sed 
«  in  necessitate  pauci.  Vadc  ad  dimidium  amicum  queni  habeo,  et  vide  quid 
«  dicat  tibi.  »  Venit,  et  sicut  aliis  dixerat,  hiiic  dixit,  qui  ait  :  «Intra  domum; 
«  non  est  hoc  secretum  quod  vicinis  debeat  propalari.  »  Emissa  igitur  uxore 
cum  omni  familia  sua,  sepulturam  fodit.  Cum  autem  ille  oninia  videret  parata, 
rem  prout  erat  disseruit,  gratias  agens.  Deinderetulit  patri  quefeccrat.  Pater 
vero  dixit  :  «  Pro  tali  amico  philosophus  ait  :  «  Hic  est  vere  amicus  qui  te 
«  adjuvat  cum  tibi  substantia  déficit.  » 

Il  existe  un  rapport  évident  entre  ce  récit  latin  et  notre  récit 
français.  D'abord  l'idée  du  demi-ami,  pais  le  fait  que  le  fils, 
abandonné  par  ses  propres  amis,  rencontre  enfin  un  accueil 
favorable  chez  ce  demi-ami,  qui  est  celui  de  son  père  et  non 
pas  le  sien  ;  enfin  cette  circonstance  importante  que,  dans  l'un 
et  l'autre  texte,  le  crime,  qui  motive  l'épreuve,  est  supposé, 
tandis  que  dans  la  parabole  de  Barlaam,  dont  le  texte  latin  sera 
publié  plus  loin,  l'homme  qui  a  recours  à  ses  amis,  au  nombre 
de  trois,  est  sous  le  coup  d'une  accusation  réelle.  Il  y  a  aussi 
des  différences,  les  unes  secondaires,  les  autres  capitales.  Je 
considère  comme  secondaire  la  localisation  du  récit  :  chez 
Pierre  Alphonse  il  s'agit  d'un  Arabe,  dans  le  conte  français,  le 
père  est  un  bourgeois  de  Rome.  Que  le  jeune  homme  ait  (ou 
croie  avoir)  cent  amis,  comme  dans  le  latin,  ou  dix  comme 
dans  le  français,  il  n'y  a  pas  lieu  d'attribuer  grande  importance 
à  ce  détail.  Mais  il  est  plus  intéressant  de  remarquer  que  dans 
le  français  le  père  avoue  qu'il  n'a  jamais  montré  à  son  demi- 
ami  une  bienveillance  particulière,  aveu  qui  manque  dans  la 
Disciplina,  et  qui  au  contraire  se  retrouve  dans  le  conte  français 
et  âiins  Barlaam.  Enfin,  la  moralisation  qui  termine  le  récit 
français  n'existe  pas  chez  Pierre  Alphonse  et  est  exactement  celle 
que  nous  présente  Barlaam.  Il  paraît  donc  certain  qu'il  y  a 
dans  le  conte  français  une  fusion  des  deux  paraboles.  La  seule 
question  qui  se  pose  est  de  savoir  si  cette  fusion  doit  être 
attribuée  au  poète  français  ou  si  elle  existait  déjà  dans  un  texte 
latin  inconnu.  Je  pose  la  question  sans  la  résoudre.  D'une  part 
en  effet  il  est  certain  que  l'auteur  de  la   Vie  des  Pères  '  traitait 

I.  Plus  exactement  des  42  premiers  contes.  On  sait  que  la  suite  est  d'un 
autre  écrivain. 


FRAGMENTS    DE  MANUSCRITS    FRANÇAIS  43 

avec  liberté  les  matières  qu'il  mettait  en  vers;  et  sans  doute  il 
eût  été  capable  de  fondre  ensemble  deux  contes  analogues, 
originairement  distincts'.  Mais  d'autre  part  nous  connaissons 
plusieurs  récits  où  la  parabole  de  Pierre  Alphonse  et  celle  de 
Barlaam  sont  combinés  de  façon  variable  \  Les  deux  hypothèses 
exprimées  plus  haut  sont  donc  a  priori  aussi  admissibles  l'une 
que  l'autre.  Aucun  des  récits  combinés  qu'on  a  signalés  jusqu'à 
présent  ne  paraît  être  la  source  du  conte  de  la  Vie  des  Pères, 
mais  il  n'est  pas  impossible  que  l'on  trouve  un  jour  une  rédac- 
tion latine  où  les  types  fournis  par  la  Disciplina  et  par  Barlaam 
soient  combinés  comme  dans  la  Fie  des  Pères  K 

Afin  de  permettre  la  comparaison  entre  les  deux  types,  je  tran- 
scrirai maintenant  la  parabole  de  Barlaam,  où  il  n'est  pas  ques- 
tion d'un  demi-ami,  mais  qui  doit  être  intitulée  «  les  trois 
amis  ».  On  la  cite  ordinairement  d'après  le  texte  grec,  qui, 
naturellement,  n'a  pas  été  connu  en  Occident,  ou  d'après  la 
traduction  latine  de  Jacques  de  Billy  (1602),  réimprimée  par 
Rosweyde,  dans  ses  VitcB  Patrum  (161 5  et  1628)+,  mais  il  y  a 
tout  avantage  à  citer  l'ancienne  traduction  latine,  dont  on  a 
des  manuscrits  dès  le  xii^  siècle,  et  par  laquelle  la  fabuleuse  his- 
toire de  Barlaam  et  Josaphat  a  pénétré  dans  les  pays  romans^. 
Je  transcris    le  texte   d'un  ms.    du    Musée    britannique,  Add. 


1.  Peut-être  inconsciemment,  car  bien  souvent  il  parait  avoir  écrit  de 
mémoire,  sans  avoir  le  texte  sous  les  yeux. 

2.  Par  exemple  celui  des  Gcsla  Koinaiiorutn,  ch.  129.  Dans  ce  récit  il  y  a 
trois  amis,  comme  dans  Barlaam  ;  la  moralisation  aussi  est  à  peu  près  sem- 
blable. Mais  d'autre  part  l'épreuve  est  la  même  que  dans  la  Disciplina,  c'est-à- 
dire  que  le  jeune  homme,  sur  le  conseil  de  son  père,  feint  d'avoir  commis 
un  meurtre  et  se  présente  chez  ses  trois  amis  portant  dans  un  sac  un  porc  qu'il 
vient  de  tuer,  et  qu'il  prétend  être  le  cadavre  de  sa  victime.  Cette  rédaction 
ressemble  assez  à  celle  de  la  Vie  des  Pires,  où  toutefois  certains  traits  de  la 
Disciplina  sont  mieux  conservés.  —  Ce  qui  prouve  combien  la  teneur  de  ces 
récits  est  flottante  et  variable,  c'est  que,  dans  une  forme  particulière  des 
Gesta  Romanorum  (éd.  W.  Dick,  1890,  n°  196),  la  même  parabole  se  présente 
sans  moralisation  et  avec  une  fin  toute  différente,  et  d'ailleurs  absurde. 

3.  Il  faudrait  retrouver  la  source  de  la  rédaction  des  Gesta.  Mais  on  n'a  pas 
encore  étudié  avec  méthode  les  sources  de  cette  compilation. 

4.  Aussi  dans  la  Pat rologie  latine  de  Migne,  tome  73. 

5.  Je  l'ai  déjà  citée  à  propos  d'une  autre  parabole,  Romania,  XIII,  593.    . 


44  P-     MEYER 

17299  (fol.  37),  de  la  fin  du  \ir'  siècle".  Je  le  publie  d'autant 
plus  volontiers  que  j'aurai  à  m'}'  référer  à  propos  d'un  autre 
fragment,  en  français  d'Angleterre,  que  je  ferai  connaître  plus 
loin. 

Senex  vero  disit  :  Rursus  similes  sunt  amatores  secularium  delectationum, 
et  qui  harum  dulcedine  illiciuntur  atque  futuris  et  stabilibus  fluida  et  fragi- 
lia  preferunt,  homini  qui  très  amicos  iiabuit,  quorum  quidem  duos  precor- 
dialiter  et  affectuose  honorabat  ac  vehementer  eorum  caritate  afficiebatur, 
usque  ad  mortem  pro  ipsis  agonizans  et  periclitari  desiderans.  Adversum 
tercium  vero  multo  ferebatur  despectu,  neque  honore  neque  decenti  eum 
aliquando  gratificans  dilectione,  nisi  modicam  quandam  et  exiguam  ad  cum 
simulans  amiciciam.  Venerunt  ergo,  die  quadam,  terribiles  quidam  ac  preci- 
pui  milites,  festinantes  celeritate  multa  liuncad  imperatoremducere,  rationem 
redditurum  pro  debito  decem  millia  talentorum.  Coartatus  vero  ille  quere- 
bat  adjutorem  ad  subveniendum  sibi  in  terribili  rationis  positione  apud 
regem.  Currens  igitur  ad  primum  suum  et  pro  omnibus  aliis  carissimum 
amicum,  dicit  ei  :  «  Nosti,  o  amice,  quomodo  animam  meam  semper  pro 
«  te  posui;  nunc  autem  indigeo  auxilio  tuo  in  die  ista,  detinente  me  necessi- 
«  tate.  Quomodo  ergo  promittis  michi  nunc  auxiliari,  et  que  apud  te  reposita 
(  michi  spes  est,  dilectissime  ?  »  Respondens  ergo  ille  ait  :  «  Non  sum  ami- 
«  eus  tuus.  o  homo,  neque  scio  quis  sis.  Habeo  enim  alios  amicos  cum  qui- 
«  bus  oportet  me  hodie  letari,  et  amicos  istos  a  modo  possidebo,  Prebeo 
«  tamen  ccce  tibi  (Jol.  ^S)  ciliciola  duo  ut  habeas  ea  in  via  qua  ambulas, 
«  que  tamen  nichil  tibi  proderunt,  et  nullam  aliam  spem  a  me  prestoleris.  » 
Hec  audiens  ille  et  diffidens  de  auxilio  quod  speraverat  ab  eo,  ad  secundum 
perrexit  amicum.  Cui  et  ait  :  «  Recordare,  amice,  quantum  a  me  recepisti 
«  honoris  et  gratie.  Hodie  vero,  in  tribulationem  corruens  et  adversitatem 
«  maximam,  auxiliatore  opus  habeo.  duantum  vero  ^  vales  michi  subvenire 
«  nunc  indica  michi.  »  Ille  vero  ait  :  «  Non  vacat  michi  hodie  ut  tecum 
n  subeam  agonem.  Curis  enim  et  ego  ac  sollicitudinibus  circundor,  et  in 
«  tribulatione  sum.  Modicum  tamen  tecum  pergam  quamvis  non  tibi  sit 
«  profuturum.  »  Et  statim  domum  reversus  et  undique  destitutus,  lamenta- 
batur  se  ipsum  de  vana  spe  ingratorum  suorum  amicorum  et  de  inutilibus 
laboribus  quos  pro  illorum  sustinuit  dilectione.  Pergit  etiam  ad  tertium 
amicum  de  quo  nunquam  curam  habuit,  nec  socium  Içticie  suç  advocavit,  et 
ait  ad  eum,  confuso  et  in  terram  vultu  demisso  :  «  Non  habeo  os  loquendi 


1.  Acquis  en  1848.  Ce  ms.  paraît  avoir  été  fait  en  France.  La  reliure 
(xviiie  siècle)  est  française.  —  Le  Musée  possède  deux  autres  copies  de  la 
même  version  (voir  Ward,  Catalogue of  romances ,  II,  125-7),  ^^  ^"  outre  divers 
abrégés. 

2.  Ailleurs  er^o. 


FRAGMENTS    DE    MANUSCRITS    FRANÇAIS  45 

«  ad  te.  Cognosco  enim  diligenter  quia  nunquam  tibi  benefèci  nec  amicabi- 
«  liter  erga  te  me  habui  ;  sed,  quoniam  adversitas  apprchendit  me  durissima 
«  et  nullam  spem  salutis  in  ceteris  amicis  meis  repperi,  veni  ad  te  rogans  : 
«  Si  est  tibi  possibile  quodlibet  auxilium,  vel  modicum,  impendere,  ne 
«  tardes,  memor  ignorantiç  meç.  »  Tune  ille  respondit  ei  hylari  ac  sereno 
vultu  :  «  Certe  amicum  meum  carissimum  confiteor  te  esse,  et  modici  illius 
«  tui  beiieficii  non  immjmor,  cum  usura  retribuam  tibi.  Ne  timeas  ergb 
«  neque  formides.  Ego  enim  precedam  te,  ego  interveniam  pro  te  apud 
M  regem,  et  non  tradam  te  in  manibus  ininiicorum  tuorum.  »  Confide  ergo, 
«  dilectissime,  et  ne  tristeris.  »  Tune  compunctus  ille  diccbat  cum  lacrimis  : 
(vo)  «  Heu  michi  !  quid  prius  lamentabor  aut  quid  potius  plangam  ?  Vanum 
«  affectum  meum  reprehendam  quem  ingratis  illis  et  falsis  exhibui  amicis, 
«  an  amentiam  meam  plangam  que  huic  vero  et  germano  amico  nullam 
«  ostendi  familiaritatem?  » 

Josapliat  auteni  et  istum  cum  ammiratione  sermonem  suscipiens,  exposi- 
tionem  requirebat. 

Tune  Barlaam  ait  :  Primus  amieus,  utique  est  divieiarum  possessio,  et 
amor  pecuniarum  pro  quibus  homo  multis  subjacet  periculis,  et  plurimas 
sustinet  miserias.  Veniente  vero  ultimo  mortis  termine,  nichil  ex  omnibus 
illis  nisiquç  ad  sepulturam  pertinent  inutiles  accipit  panniculos.  Secundus  autem 
amieus  voeatur  uxor  '  et  filii  et  eeteri  cognati  et  amici  quorum  affectui  adhé- 
rentes inseparabiliter  tenemur,  ipsam  animam  et  corpus  propter  illorum 
spernentes  amorem.  Sed  nullam  aliquis  ex  eis  utilitatem  consequitur  in  hora 
mortis,  nisi  quod  tantummodo  usque  ad  monumentum  seeum  pergunt.  De- 
inde  mox  revertentes  suis  vacant  curis  et  sollicitudinibus,  non  minus  obli- 
vioni  memoriam  quam  corpus  aliquando  amici  operientes  sepulchro.  Ami- 
ens vero  tertius,  despeetus  et  gravis,  non  faniiliaris,  sed  exosus  et  quasi  aver- 
sus,  justorum  operum  chorus  est,  videlicet  fides,  spes,  caritas,  elemosina, 
humanitas  et  eçtera  virtutum  congregatio  quç  potest  precedere  nos  cum  exi- 
mus  de  corpore  et  pro  nobis  apud  Deum  intervenire  et  de  inimicis  et  crude- 
libus  exaetoribus  liberare,  qui  calumniam  et  amaram  rationis  exactionem 
nobis  commovent,  in  aère  nos  eomprehendere  temptantes.  Iste  est  gratus 
amieus  et  bonus  qui  et  modicum  bonum  opus  nostrum  in  memoriam  fert 
et  cum  usura  nobis  integrum  restituit. 

Il  a  été  fait  de  cette  version  divers  abrégés  qu'il  n'est  pas 
utile  de  prendre  ici  en  considération.  Mais,  ce  qui  est  vérita- 
blement intéressant  c'est  que,  parmi  les  exempla  de  Jacques  de 
Vitri.  il  s'en  trouve  un  qui,  bien  que  visiblement  identique 
par  le  fond  à  la   parabole   de   Barlaaiii,    en   diffère  cependant 


I.  Je  rétablis,  d'après  les  autres  mss.,  uxor  qui  manque  dans  l'Add.  17299. 


4^  p.     MEYER 

par  les  circonstances  du  récit  '.  Il  ne  s'agit  plus,  comme  dans 
le  texte  précédent,  d'un  comptable  appelé  inopinément  à  rendre 
ses  comptes,  mais  d'un  serviteur  (scrvicns)  qui  n'a  pas  craint 
d'accueillir  les  ennemis  de  son  seigneur  dans  le  château  dont 
la  garde  lui  avait  été  confiée.  Autre  différence  :  le  troisième 
ami  est  le  Christ,  et  non  plus,  comme  dans  Barlaani  un  groupe 
de  vertus  ^  Ces  récits,  passant  de  bouche  en  bouche,  subis- 
saient de  perpétuelles  modifications.  C'était  comme  une  matière 
malléable  que  chacun  accommodait  à  sa  guise. 

4.    —    BIBL.     NAT.     LATIN      IO769. 

Ce  ms.  est  classé  dans  le  fonds  latin  parce  que  le  premier  des 
ouvrages  qu'il  renferme  (ff.  1-121)  est  en  latin.  Mais  du  fol. 
122  au  fol.  179  il  contient  une  copie  de  V Image  du  monde, 
seconde  rédaction,  qui  se  termine  par  cet  explicit  où  le  copiste 
se  nomme  : 

Chi  fenist  l'Image  du  monde 

Dont  vos  avez  oï  la  somme, 

Escrit  l'an  d'incarnation 

Mil  et  trois  chens  et  .x.  en  son. 

.1.  clerc  l'escrit  de  poi  d'afere, 

Car  autre  cose  ne  pont  fere  : 

On  l'apele  Raol  Crisnon 

Par  sen  droit  non  et  par  sournon. 

Jesucrist  5  otroit  bon  repos 

A  s'ame  quant  ira    du  cors  !  Amen  '. 

A  la  suite  de  Vliiiage  du  monde  est   copié,   d'une  écriture 


1.  Crâne,  The  exeiiipla  oj  Jacques  de  Vitry  (London,  1890),  n"  cxx.  C'est 
le  no  108  des  Latin  stories  de  Th.  Wright. 

2.  Une  rédaction,  qui  est  au  fond  celle  de  Jacques  de  Vitri,  mais  qui  s'en 
écarte  sur  certains  points,  est  copiée  isolément  dans  le  ms.  1249  (fol.  80)  de 
la  Bibliothèque  Sainte-Geneviève.  Là  les  amiS  sont  au  nombre  de  quatre,  le 
troisième  est  le  diable,  conception  qui  ne  se  trouve  nulle  autre  part;  le  qua- 
rième  est  le  Christ. 

5.  Il  ne  semble  pas  que  ce  manuscrit,  dont  la  valeur  est  médiocre,  ait  été 
signalé  dans  les  travaux  que  nous  possédons  sur  V Image  du  inonde. 


FRAGMENTS    DE    MANUSCRITS    FRANÇAIS  47 

fine  et  serrée  le  conte  38  de  Weber.  Je  me  borne  à  en  trans- 
crire  le  début  : 

De  la  noiuiaiii  en  qui  le  diable  se  tnist  pour  sa  viande  qu'elle  ne mie. 

Mauvez  est  qui  ne  gucrredonne  Son  serviche  pert  et  sa  pêne 

Et  ne  désert  che  c'onli  donne.  Qui  du  maufé  servir  se  pêne  ' 

Pour  che  deserf  que  bien  me  faciles,  Q.u'en  tel  manière  et  en  tel  guize 

Non  pas  pour  che  que  tu  me  haches.  Rent  a  son  serjant  tel  servise  : 

Vilein  guerredon  me  rendroit  Premièrement  cheli  honist 

Qui  pour  bien  servir  me  batroit.  Q_ui  plus  le  sert  et  obeïst.  .  . 


III.  —  FRAGMENT  D'UNE  RÉDACTION    DE  LA  PARABOLE 
DU  DEMI-AMI  FAITE  EN  ANGLETERRE 

Ce  fragment  se  compose  de  deux  feuillets  de  parchemin, 
rognés  du  haut,  qui  servent  de  feuillets  de  garde  à  un  manu- 
scrit de  la  Bodléienne,  fonds  Bodley  82  ^.  Le  manuscrit  pro- 
prement dit_,  qui  a  de  lintérèt  pour  l'histoire  de  la  littérature 
française  en  Angleterre,  sera  de  ma  part,  l'objet  d'une  pro- 
chaine notice. 

Revenons  à  nos  deux  feuillets.  Il  y  a  bien  des  années  que  je 
les  ai  transcrits.  Je  ne  me  pressais  pas  de  les  publier,  ne  déses- 
pérant pas  de  trouver  un  texte  complet  du  poème  auquel  ils 
appartiennent.  Mais  cet  espoir  ne  s'est  pas  réalisé  et  j'arrive  à 
un  moment  de  la  vie  où  il  est  prudent  de  ne  pas  reculer  indéfi- 
niment l'achèvement  des  travaux  commencés.  L'écriture  est  de 
la  première  moitié  du  xiv^  siècle.  Elle  est  disposée  sur  deux 
colonnes,  à  vingt-six  vers  par  colonne.  Les  feuillets  ayant  été  très 
rognés,  pour  s'accommoder  au  format  du  livre,  le  premier  vers 
de  chaque  colonne  est  plus  ou  moins  entamé.  Le  poème,  qui 
peut  être  attribué  au  milieu,  environ,  du  xiii''  siècle,  est  en 
strophes  de  six  vers  disposés  selon  une  forme  {a  ab  c  c  F)  qui  a 
été  fort  usitée  dans  la  poésie  latine  rythmique  et  dans  la  poésie 
vulgaire.    Elle    est    surtout    fréquente    dans   les    compositions 


1 .  Lire  mauvais  et  non  rnaufé.  C'est  un  proverbe  bien  connu  :  Le  Roux  de 
Lincy,  II,  174,  392  ;  Tristan  de  Thomas,  éd.  Bédier,  v.  1955,  etc. 

2.  Ancien  N.  E.  E.  127;  no  2274  des  Catalogi  de  Bernard  (1696). 


4S  l'.     MEVER 

françaises  d'Angleterre  et  dans  la  poésie  anglaise  du  moyen 
âge  '.  Ce  qu'il  y  a  ici  de  notable,  c'est  que  le  sens  se  continue 
parfois  d'une  strophe  à  l'autre  (voir  str.  11,  14,  26,  27,  29), 
tandis  que,  dans  les  autres  exemples  qu'on  a  de  cette  forme,  la 
fin  de  la  strophe  est  en  même  temps  celle  de  la  phrase.  La 
langue  est  dans  un  état  avancé  de  déchéance  phonétique  ;-/ et 
-ic  riment  ensemble;  de  même  -er  et  -ère,  etc. 

Nos  fragments  appartiennent  à  une  rédaction  dans  laquelle, 
de  même  que  dans  celle  de  la  Fie  des  Pères,  le  récit  de  la 
Disciplina  clcricalis  a  été  combiné  avec  celui  de  Barlaaiii. 
En  voici  le  résumé  :  Un  prince  (probablement  un  roi),  avait 
pris  son  fils  pour  sénéchal.  Mais  ce  fils  remplissait  fort  mal  sa 
fonction.  Il  était  «  volage  »  et  passait  son  temps  à  jouer. 
Même,  il  dissipait  en  orgies  les  sommes  qu'il  recevait  au 
nom  de  son  père.  C'est  du  moins  ce  qui  semble  ressortir  des 
premières  strophes;  nous  avons  dit  que  l'ouvrage  était  incom- 
plet du  début.  Le  père  se  montra  d'abord  indulgent  :  il  envoya 
à  son  fils  des  messagers  chargés  de  lui  adresser  des  représenta- 
tions; mais  voyant  qu'il  n'en  était  tenu  aucun  compte,  il  jura 
que,  si  le  jeune  homme  ne  lui  rendait  pas  un  compte  exact  des 
sommes  perçues,  il  le  ferait  pendre.  Le  fils  demanda  un  répit  de 
huit  jours  qui  lui  fut  accordé.  Il  alla  demander  conseil  à  sa 
mère.  «  Beau  fils  »,  lui  dit  celle-ci,  «  du  temps  que  vous  étiez 
homme  puissant,  avez-vous  su  vous  faire  un  ami  lo3'al  qui 
puisse  vous  venir  en  aide  ?  »  Le  jeune  homme  répondit  qu'il 
avait  deux  amis  et  un  demi.  La  dame  lui  conseilla  d'aller  les  trou- 
ver. Le  fils  se  rend  auprès  du  premier  ami.  —  Ici  lacune.  —  Quand 
le  texte  reprend,  au  second  feuillet,  le  récit  est  terminé  :  évi- 
demment, commedans  les  autres  r-édactions  de  la  parabole,  le  fils 
n'avait  trouvé  aucun  secours  chez  les  deux  amis  qu'il  chérissait 

I.  M.  Naetebus  n'en  cite  que  trois  exemples  français,  tous  fournis  par  des 
poèmes  écrits  en  Angleterre  (Die  nicht-lyrischeii  Strophenfornieu  des  Alt/ran- 
:{osischen,  art.  LXiii  (pp.  152-3).  Mais  il  y  en  a  d'autres,  et  jusqu'aux  derniers 
temps  du  moven  âge.  C'est  une  des  formes  du  rythme  que  Fabri  {Le  grand 
et  vrai  art  de  plaine  rlietoriqiie,  éd.  Héron,  II,  50)  appelle  «  deux  et  art  »  et 
qu'il  serait  plus  correct  d'appeler  «  deus  et  as  »,  comme  le  remarque  l'éditeur 
dans  sa  note  sur  ce  passage.  C'est  du  reste  le  nom  adopté  dans  un  des  arts 
de  seconde  rhétorique  publiés  par  M.  E.  Langlois  (p.  225).  —  En  anglais, 
c'est  la  forme  des  proverbes  de  Hending  (voir  Romania,  XV,  534)  et  du  Sir 
Thopas  de  Chaucer. 


FRAGMENTS    DE    MAMUSCRITS    FRANÇAIS  49 

le  plus  et  pour  qui  il  s'était  dévoué,  tandis  que  le  «  demi- 
ami  »  avait  plaidé  sa  cause  devant  le  roi  et  l'avait  sauvé.  Le 
second  feuillet  contient  la  morale  de  la  parabole  et  autre  chose 
encore.  Cette  autre  chose  est  intéressante,  et  nous  permet  de 
nous  former  une  idée  de  ce  que  devait  être  le  poème  dont  ces 
deux  feuillets  nous  ont  conservé  un  fragment.  La  parabole  expo» 
sée,  nous  voyons  intervenir  un  interlocuteur,  du  nom  de 
William,  qui  remercie  le  narrateur,  lui  disant  :  «  Sire,  mille  fois 
merci  :  vous  m'avez  appris  comment  je  dois  aimer  le  monde 
et  quels  sont  les  amis  à  qui  je  dois  faire  part  des  biens  que 
Dieu  m'a  donnés  :  ce  que  j'ai  donné  à  des  amis^  à  des 
parents,  est  perdu.  »  Sur  quoi  le  narrateur  reprend  son  exhor- 
tation morale  :  «  Il  n'est  pas  d'enfant,  dit-il,  qui  aime  son  père 
autant  que  son  père  l'aime.  Le  père  mort,  il  ne  pense  qu'à  l'héri- 
tage. Ce  n'est  pas  amour,  c'est  haine  évidente,  quand  on  souhaite 
la  mort  de  son  père  pour  avoir  son  bien.  Aussi  doit-on,  quand  on 
en  a  le  loisir  en  cette  vie  mortelle,  dépenser  son  bien  en  telle 
manière  qu'on  en  sache  rendre  compte  au  jour  du  Jugement; 
et  si  on  attend  qu'autrui  le  dépense,  on  est  trahi  vilement.  Que 
personne  ne  se  fie  aux  exécuteurs  [testamentaires],  car  ce  sont 
les  plus  terribles  traîtres  qui  soient  en  terre.  Ils  promettent  de 
faire  droit  '  quand  vous  leur  confiez  le  soin  de  vos  affaires  ; 
mais  aussitôt  que  vous  serez  mort,  ce  droit  se  changera  en  tort. 
Pas  une  maille  ne  sera  donnée  là  où  vous  l'aviez  assignée,  à 
moins  qu'il  se  trouve  un  témoin  du  legs  ou  que  le  souverain 
intervienne  et  impose  sa  volonté....  Dieu  n'y  aura  pas  sa  part. 
Les  exécuteurs  prendront  tout  à  leur  discrétion  et  feront  le 
jugement  :  «  Partageons,  diront-ils  :  tout  cela  est  à  nous.  » 
Telle  est  la  patenôtre  qu'ils  en  disent.  Peu  leur  chaut  de 
l'àme,  où  elle  aille,  mais  ils  s'occupent  activement  à  partager  les 
biens  entre  eux  en  parts  égales  ^.  » 

Il  n'est  pas  facile  d'étudier  dans  le  détail,  cette  rédaction  oii  le 
début  manque  et  dont  les  deux  fragments  sont  séparés  par  une 
importante  lacune.  Toutefois  on  peut  relever,  comme  venant  de 
la  Disciplina  clérical is,  la  mention   du    «  demi-ami  »,  Pour  le 

1.  Faire  droit,  au  sens  du  moyen  âge,  payer  ce  qui  est  dû. 

2.  Ces  imputations  contre  les  exécuteurs  testamentaires  sont  fréquentes  au 
moyen  âge.  Voir  par  ex.;  William  de  Waddington,  éd.de  l'-E.  £.  T.  5.,  p.  202 
et  suiv.  (cf.  Hist.  lilt.  de  la  Fr.  XXVIII,  280);  Coules  de  Boion,  pp.  103  et  1 56. 

Romania,  XXXy  A 


50  1'.    MEYER 

reste  c'est  bien,  semhle-t-il,  la  rédaction  de  Barlaam  qui  est  sui- 
vie. Ainsi  l'homme  qui  se  voit  obligé  de  recourir  à  ses  amis  a  com- 
mis une  faute  réelle  :  il  ne  s'agit  pas,  comme  dans  la  Disciplina 
d'un  crime  imaginaire.  Mais  il  y  a  pourtant  une  divergence 
notable.  Dans  toutes  les  rédactions  que  je  connais  l'homme 
accusé  et  le  souverain,  empereur  ou  roi,  ne  sont  unis  par  aucun 
lien  de  parenté.  Ici  c'est  à  son  père  que  l'accusé  doit  rendre  ses 
comptes;  c'est  son  père  qui  le  fera  pendre  s'il  n'arrive  pas  à  se 
justifier.  C'est  là  une  modification  peu  heureuse  du  type  primitif. 

Il  y  a  encore  une  autre  remarque  à  faire.  Le  fragment  d'Ox- 
ford semble  appartenir  à  un  ouvrage  moral  où  la  parabole  était 
citée  à  titre  d'exemple.  La  parabole  se  termine  avec  la  strophe 
23.  A  la  strophe  24  le  texte  continue  comme  suit  :  «  Sire, 
dis-je,  merci  mille  fois.  Vous  m'avez  sagement  appris  et  ensei- 
gné comment  je  dois  aimer  le  monde,  à  quels  amis  je  dois 
faire  part  des  biens  que  Dieu  m'a  donnés...  » 

C'est  le  langage  d'un  disciple  s'adressant  à  son  maître,  d'un 
fils  parlant  à  son  père.  Et,  à  la  strophe  26,  le  père  ou  le  maître 
reprend  son  exhortation  morale  en  nommant  William  celui 
dont  il  fait  l'éducation.  Nous  avons  donc  peut-être  ici  les  débris 
d'un  poème  moral,  d'une  sorte  «  d'enseignement  »,  qui,  je  le 
répète,  m'est  complètement  inconnu.  Voici  le  texte  : 

I . . dépendre  Pur  quant  que  fust  en  ceste  vie, 

D'autri  bens  senz  acunte  rendre,  Tant  fu  de  mal  su.spris. 

Kar  celi  .  r\       ^  •  •. 

4  Quant  son  père  iceo  vit, 

Qui  volunters  vult  acuntcr  «  u       1        j  j-. 

^  A  un  son  chevaler  ad  dit 


Dreit  vult  fere  z  dreit  aver 
Et  ren  d'autri. 


K'il  out  nurrie 
Ke  il  auge  a  son  fiz 


z  k'il  le  chastie  par  beaus  diz 
2  Son  père  esteit  un  hom  sage,  j^^  ^^  ^^jj^ 

Ne  trop  hastifs  ne  trop  volage  ; 

Si  s'aperçust  bien,  5   Cil  chevaler  se  mist  avant, 

z  quidout  ben  ke  amender  Amunt  z  aval  l'ala  querant. 

Se  devereit  ;  pur  ceo  chastier  ^^  '^^>  ""  "i^tin> 

Nel  volt  de  rien.  ^^"^  ^  ""^  ^'^^^  marchant;  (/;) 

Entre  ribauz  le  trova  juant 

5  Un  grant  secle  issi  passa  ;  tntur  le  vin. 

Le  senescha!  tuz  jurs  déclina  5  a  sei  l'apela  priveement, 

De  mal  en  pis.  Si  le  mist  mult  ducement 

Ne  voleit  lesser  sa  folie  \  resun 


FRAGMENTS    DE    MANUSCRITS    FRANÇAIS 


51 


De  part  son  pore  ki  mult  l'ameit 
z  le  plus  haut  hom  fet  l'aveit 
De  sa  meson. 

7  «  Beaus  sire  »,  dit  li  chevaîer, 
«  Vus  avez  un  hom  a  père 

«  Mult  vaillant, 
«  Qui   mult  vus  aime  de  bone  fei 
«  z  fere  vus  vult,  ben  le  sei, 
('  Honur  mult  grant. 

8  K  Ducement  par  mei  vus  prie 
«  Que  vo  ribaudie 

«   Des  ore  lessez. 
«  Venez  !  si  le  criez  merci  : 
«  Tuz  vos  trespaz,  jeo  vus  affi, 

«  Vus  serrent  pardonez. 

9  —  Sire  »,  dit  il,  «  jeo  vendrai 
«  Ja  quant  parjué  avérai  ; 

«  Alez  devant.  » 
Cil  s'en  ala  z  cil  renva 
Q.ui  tantost  en  ubli  li  mist 

Le  covenant. 

10  Ne  voleit  a  son  père  aler,  (c) 
Einz  se  délita  en  son  juer 

Plus  que  ainz  ne  fist. 
Plusors  fee  enveier  le  père 
Gent  a  lui  pur  lui  chastier, 

Mes  ren  ne  profist. 

1 1  Tuz  jurs  se  tint  a  la  folie. 
Le  père,  quant  ceo  ad  oye, 

Si  ad  juré 
Que  il  le  fra  a  furches  pendre 
S'il  ne  sache  acunte  rendre, 

Tant  est  iree, 

12  De  chcscun  dener  z  maille 
Et  par  escrit  et  par  taille, 

Senz  ren  tnentir, 


Puis  icel  primer  jur 
Que  il  fu  fet  rece\'vur 
De  l'empire. 

1 3  Le  fiz,  quant  ceo  ad  oy, 
Mut  fu  dolent  z  marri 

Et  ben  si  dust, 
Ke  de  son  père  ben  saveit 
Que  sa  parole  ne  retrereit 

Pur  ren  ke  fust. 

14  Umblement  son  père  priast 

Que  huit  jours  de  respit  li  donast, 

Et  il  le  granta. 
Et  cil  qui  respit  quis  aveit  {à) 
A  sa  mère  ala  tut  dreit. 

Si  l'acunta 

I  )  Cum  son  père  pendre  le  voleit 
S'il  acunte  rendre  ne  savereit 

Déprimes  que  il  fu  senescal. 
«  Beau  fiz  »,  dit  ele,  «   avez  quis, 
«  Tant  com  fustes  hom  poustifs, 
«  Nul  ami  leal 

16  «  En  ki  vus  pussez  affier 

«  Pur  vus  au  busoing  Icaument  ai- 
[der?  » 

Et  il  dist  ke  si, 
Que  deus  amis  entiers  aveit 
Quis,  tant  com  poutifs  esteit, 

Et  un  demi. 

17  «  Beau  tiz  »,  dist  ele,  «  dune  alez 
«  A  vos  amis,  si  les  priez 

«  Par  grant  amur 
«  Qpe  il  od  vus  voillent  aler 
«  Et  del  acunt  vus  aquiter 

«  A  vostre  jur.  » 

18  Et  il  monta  ;  si  s'en  veit 

A  un  son  ami  ke  mult  ameit; 
Si  le  cunta 


6  à  Mult  en  tontes  lettres,  et  de  même  en  qnelqiies  antres  cas\  mais  ordinaire- 
ment ce  mot  est  abrégé  —  j  a  Ms.  cheual'  —  8  /'  vo,  ms.  v?,  c.-à-d.  vus  ;  corr. 
vostre  —  9  i  renva,  corr.  remist  ?  —  10  d  enveier,  corr.  enveia  —  \6  a  vus  vas 
—  17  a  alez,  ms.  aler 


5  2  p.     MEYER 

Corn  son  père  mis  Tavcit  24  -  Sire,  dis  jeo,  mile  féz  mercis.  (/') 

Hors  de  la  poustc  ou  il  esteit  Curteisement  m'avez  apris 

Et  com  il  jura Ht  enscingné 

Cornent  le  mond  dai  amer, 

19   Et  as  queus  amis  doner 

De  ceo  ke  Deu  m'ad  preste. 

Servi  n'ad  nule  des  ore  mes  (f.  2.)    25  Ceo  k'ai  donc  a  ami  ou  parent 
Pur  ceo  le  lessoms  en  pès  Tut  ai  perdu  nettement, 

Senz  remenbrance.  Ceo  m'est  avis. 

N'ainme  pas  meisme  mon  trésor; 

20  Tant  com  l'om  est  en  prosperitez  j^g  13^^  ^^  ^^^[  aperceu  ore 
Par  tut  ad  il  amis  assez,  par  vos  diz. 

Sachez  de  fi  ; 

Mes,  si  tost  com  il  est  enterrée  26  —  Willam,  dit  il,  se  Deu  me  aide, 

Tantost  en  est  ublié  ;  N'est  enfant  orendreit 

N'en  pense  nul  de  li'.  De  mère  nez 

Ki  la  meité,  jeo  vus  affi, 

21  Allas  !  chaytif  dolorus,  Tant  ayme  le  père  com  le  père  li  ; 
Com  failli  avez  a  estrus  Car  sachez 

De  suceurs  quere 
T^  ,  .  ,.  27   Ta  ne  l'ait  le  père  si  suet  nurn. 

De  ceus  ki  amer  sohez  '   ■'  ^      .    ,       . 

T,  .  Si  ben  gardé  ne  si  cherri 

lant  com  poer  aviez  ° 

j^         .    .        1  Deskes  atant 

En  ceste  terre  ! 

Q.ue  il  seit  de  âge  pleinere, 

22  Vos  aumosnes  z  vos  ben  fètz  lut  dis  après  la  mort  son  père 

Vus  esterront  mult  près  Serra  désirant, 

Au  grant  busoing  ; 
u    j-  .     j         •    ^ ,»  28  Pur  aver  un  poi  de  héritage 

Hardiement  od  vus  irront  t^        ,  ^ 

,  . ,  Dunt  le  père  en  tut  son  âge 

z  al  acunte  vus  aideront  .  ,        ,  . 

„  .  Ad  este  mestre  z  sire. 

Senz  assoing. 

Itel  amur  est  mult  amere  (c) 

25  Tant  pur  vus  en  prieront  Qiumt  le  filz  la  mort  son  père 

Ke  Jhesu  z  vus  acorderont  Pur  terriene  chose  désire. 

Si  k'il  après 

Vus  mectra  od  ses  amis  29  N'est  pas  amur  mes  haunge  aperte 

En  la  joie  de  parais  ^1"^"^  ^'0"sit  de  son  père  la  perte 

Ke  ja  ne  cesse.  P^'r  ""1  chatel. 


19  11  manque  à  tout  le  moins  un  feuillet  (plus  probablement  deux)  qui 
contenait  le  récit  de  l'entrevue  du  jeune  homme  avec  ses  trois  amis  et  le 
commencement  de  l'application  morale  dont  nous  avons  la  fin  au  feuillet 
suivant  —  2^  d  Corr.  N'aime  pas  mei,  mais. 


FRAGMENTS    DE    MANUSCRITS    FRANÇAIS 


53 


Pur  coo  chescuiî  se  purpenst, 
Tant  corn  veit  z  liu  z  tens 
En  ceste  vie  mortel, 

30  De  Sun  chatel  issi  despendre 
Que  il  sace  les  acunte[s]  rendre 

Au  Jugement  ; 
Et,  s'il  tant  attent  ke  autri 
Le  despent,  il  est  trahi 
Mult  viliment. 

3 1  Ne  s'affie  nul  en  executurs, 

Ke  ces  sunt  les   plus  fers  travturs 

Ke  sunt  en  tere  : 
Il  promettent  de  fere  dreiture  ; 
Quant  vus  les  durrez  la  cure 

De  vostre  afere  ; 

32  Mes  tantost  quant  vus  serrez  mort 
Serra  cel  dreit  turné  en  tort, 

Si  k'il  n'i  ait 
Une  suie  maille  dune 
La  ou  vus  l'avez  devisé, 

Si  ceo  ne  seit 


53  Pur  pie  de  aucun  ki  veù(?). 
Ou  par  soverein  ki  le  face 
Par  destresce  fere  ; 


00 


34  Ne  ja  Deu  n'en  avéra  part  ; 
Tut  tendrunt  en  lur  agard 

Et  jugement  front  : 
«  Partons  a  dreit,  tut  est  nostre.  » 
Ceo  serra  la  paternostre 

K'en  dirrount. 

35  De  l'aime  ren  ne  lur  en  cliaud 
Cornent  u  en  quele  part  ele  auit. 

Mes  des  chateus 
S'entremettront  vigrusement 
Qu'il  seient  departiz  owelement 

Par  entre  eus. 

56  Mes  certes  ja  n'enjoieront 
Cel  aver  ke  si  quis  unt  : 

Tel  ure  vendra, 
Meimes  la  manere   k'il  l'unt  quis. 
Tut  dreit,  issint  ou  pis. 

S'en  irra; 

37  Ke  chose  que  quise  est  par  péchez 
A  hunte  s'en  va,  ceo  sachez. 

Et  a  dolur, 
Ne  jamès  bien  n'achèvera 
Cil  ki  fausine  amera 
A  nul  jur. 

{Le  reste  manque.') 


IV. 


FRAGMENT  DE   RENART 


Nous  avons  déjà  fait  connaître  deux  fragments  provenant 
de  manuscrits  dépecés  de  Renaît.  L'un,  publié  en  entier  dans 
la  Romania,  III,  373,  avait  été  trouvé  à  Bruxelles  \  l'autre,  dont 
on  s'est  contenté  de  donner  un  extrait  (Rom.,  XXXIV,  455)5 
vient  des  archives  de  Maine-et-Loire.  Ce  dernier  ne  présente 
qu'un  bien   faible   intérêt.  Celui  que  je  vais  publier  a  plus  de 


33  a  Les  deux  derniers  mots,  rognes  par  le  haut,  sont  d'une  lecture  incertaine. 
Il  faudrait  quelque  chose  comme  l'uevre  sace. 


I.  Le  fragment  coté  /;  par  M.  E.  Martin,  Le  Roman  de  Renart,  p.  xxii. 


54  !"•    MHYER 

valeur,  bien  qu'à  vrai  dire  il  appartienne  à  une  famille  qui 
nous  est  connue  d'ailleurs. 

C'est  un  feuillet  qui  forme  l'une  des  gardes  du  ms.  257  de 
la  Bibliothèque  Sainte-Geneviève.  M.  Kohler,  dans  son  cata- 
logue de  cette  bibliothèque  (I,  159)  le  décrit  ainsi  :  «  Le  feuil- 
let de  garde  de  la  fin  du  volume  contient  un  fragment  du 
Roman  de  Renard,  soit  les  56  derniers  vers  de  la  branche  de 
la  Jument  et  d'Ysengrin,  et  les  104  premiers  de  la  branche  du 
Renard  et  de  la  Mésange  (xiV  siècle).  Au  bas  du  feuillet  se 
trouve  le  chiffre  I III'''' et  X  qui  indique  probablement  la  place 
de  ce  feuillet  dans  le  volume  d'où  il  a  été  tiré.  » 

Ajoutons  que  le  feuillet  est  à  deux  colonnes  par  page,  que 
chaque  colonne  contient  40  vers,  qu'il  est  relié  dans  le  volume 
de  telle  sorte  que  ce  qui  paraît  être  le  recto  est  en  réalité  le 
verso,  et  que  l'écriture  est  du  xiV  siècle,  sûrement  du  commen- 
cement, peut-être  même  de  la  fin  du  précédent. 

Le  premier  des  deux  morceaux  qui  se  suivent  dans  ce 
feuillet  (de  la  Jument  et  d'Ysengrin)  appartient  à  la  branche 
XIX  de  l'édition  Martin,  le  second  (deRenart  et  de  la  Mésange) 
est  le  commencement  d'une  branche  qui  dans  certains  manu- 
scrits et  dans  l'édition  de  Méon(I,  i6é)  commence  comme  ici, 
tandis  que,  dans  la  famille  de  manuscrits  que  M.  Martin  a  sui- 
vie, elle  se  trouve  jointe,  dans  la  branche  II,  à  un  récit  tout 
différent,  celui  de  Chantecler  et  de  Renart. 

Voici  le  texte.  Les  numéros  des  vers  sont  ceux  de  l'édition 
Martin  (t.  II,  p.  249).  Pour  le  second  morceau  on  trouvera  la 
concordance  avec  l'édition  à  droite,  entre  []. 

«  No  compaingnie  esteroit  bêle.  «  Car  venez  en  ma  compaignie  ; 

«  Car  vos  porpensez,  damoisele,  «  Si  seroiz  fors  d'autrui  dangier   : 

«  De  ce  vilain  qui  si  vos  tue  48  «  Ne  vos  estovra  charroier 

40  «  Et  vos  fait  traire  a  la  charrue.  «  Ne  ça  ne  la  porter  nul  faiz, 

«  Vos  gaaingniez  trestot  son  bien,  «  Et  toz  jors  mais  vivroiz  en  pais. 

«  Ne  vos  n'en  averoiz  ja  rien  —  Sire  Ysengrin,  se  je  peiisse, 

«  Fors  le  noauz  que  il  porra  52  «  Vos  compaignie  chiere  eusse  ; 

44  «  Et  ce  dont  il  cure  n'avra.  «  Mes  je  ne  puis  corre  n'aler, 

«  Haï  !  Rainsaut,  ma  douce  amie,  «  Por  ce  voil  ge  ci  pasturer. 


42  Martin  iivre-  ce  qui  fausse  le  vers.  —  43  pomi  est  certainement  préfé- 
rable à  uvra,  leçon  suivie  par  M.  Martin. 


FRAGMENTS    DE  MANUSCRITS    FRANÇAIS 


55 


«  De  mon  pic  destre,  par  derrière, 

56  «  Passai  ier  en  une  charriere; 
«  Une  espine  me  feri  enz. 
«  Se  la  me  traïez  aus  denz, 
«  A  nul  jor  ne  seroit  partie 

60  «  De  vos  la  moie  druerie. 

«  Grant  mestier  vos  porrai  avoir, 

«  Car  je  ferai  tôt  vos  voloir  ; 

«  Car,  s'en  vos  velt  gaignon  huer, 

64  «  Je  savrai  très  bien  regcter, 

«  Mordre  des  denz,  ferir  des  piez. 
«  Qui  comsivrai  toz  iert  jugiez  : 
«  Qui  je  porrai  bien  assener 

68  «  N'avra  talent  de  regiber.  » 
Dist  Y.  :  «  Le  pié  mostrés, 
«  Celui  ou  l'espine  sente[z], 
«  Tost  la  vos  avrai  ja  sachie  ; 

72  «  Ja  mar  i  avra  autre  mire.  » 
Le  pié  li  lieve  et  il  s'acrout, 


G  ses  ongles  li  vuide  tôt. 

Que  qu'lsengrin  au  voidier  bron- 
[che, 
76  Et  il  le  pié  netoie  et  furche, 

Rainsaut  le  pié  a  destendu,        (/') 

Et  Y.  si  a  féru 

Entre  le  pis  et  le  musel, 
80  Tôt  quoi  le  geta  el  prael. 

Ransaut  s'en  tome  regibant, 

Queue  levée  va  fuiant  ; 

Et  Y.  tout  quoi  se  gist, 
84  Grant  pièce  après,  et  puis  si  dist  : 

«  Ahi  !  maleûreus  chaitis. 

«  Se  ier  oi  mal,  or  ai  hui  pis. 

«  Ne  me  sai  mes  en  qui  fier, 
88  «  Ne  puis  en  nului  foi  trover.  » 

Ainsi  se  démente  Ysengrin, 

Ici  prent  ceste  branche  fin. 


/(■/  feiiist  de  Rainsaut  et  d'Yseu^riii,  et  co)imence  de  la  nieseiige. 


Renart  se  leva  par  matin  ; 
Se  s'estoit  mis  en  son  chemin, 
Qar  la  fain  durement  l'estraint. 
4  Si  se  démente  et  se  complaint. 
Que  qu'il  se  plaint  de  sa  losenge, 

Seur  la  branche  d'un  chesne  crues 
8  Ou  ele  avoit  repost  ses  oes.  [472] 
R.  la  voit,  si  la  salue  : 
«  Conmere,  bien  soiez  vos  venue  • 
«  Car  descendez,  si  me  besiez. 
12  —  R.,  fet  elle,  or  vos  tessiez, 
«  Voirement  estes  mes  compères, 
«  Se  vos  ne  parfussiez  si  lerres  ; 
«  Car   vos  avez  fait  mainte  guis- 
[che 


16  «  A  maint  oisel,   a  mainte  biche, 

«  C'on  ne  s'en  set  a  quoi  tenir. 

«  Et  que  quidiez  vos  devenir? 

«  Maufévos  ont  si  déserté  [483] 
20  «  Q'en  ne  vos  puet  prandre  a  ver- 

[té. 

—  Dame  »,   ce  respont  le   gorpil. 

«  Si  voirement  com  vostre  fil    (c) 

«  Est  mes  filleus  en  droit  batcsme, 
24  «    Onques    semblant   ne     fis    ne 

[esme 

»  De  riens  qui  vos  deûst  desplere. 

«  Savez  por  quoi  je  nel  doi  fere? 

«  Droiz  est  que  nos  le  vos  disons  : 
28  «  Mesire  Noble  li  lions  [492] 

«  Si  a  par  tout  la  pès  jurée 


5  Ici  commence  le  texte  de  l'édition  Martin,  branche  II,  v.  469  —  6  Le 
copiste  a  passé  un  vers  :  Atant  es  vous  une  mesenge  —  9  l'oit  vaut  mieux  que 
vit  (Martin)  et  c'est  d'ailleurs  la  leçon  de  la  majorité  des  mss,  —  10  Suppr, 
vos 


s6 


p.    MEYER 


«  Q.ui  avra,  se  Deu  plet,  durée. 
il  Par  sa  terre  l'a  fet  jurer 
«  J:t  a  ses  homes  afier,  [496] 

«  Qui  ert  gardée  et  maintenue. 
«  Grant  joie  en  a  la  gent  menue  : 
«  Par  tôt  iront  en  pluseurs  terres, 
«  Que  par   tôt  charront   mortiex 

[guerres,    64  R.  li  conmença  a  rire; 
«  Et   les   hestes  granz  et   petites.  Si  li  a  geté  .j.  abai.  [531] 

[501I 
«  La  merci  Deu,  seront  bien  qui- 


La  mesenge  li  escria  : 
«  Haï!  R.,  quel  pés  ci  a? 
«  Tost  eussiez  la  pès  enfrete 
60  «  Se  ne  me  fusse  aricres  trete. 
«  Vos  disiez  que  afiée  [527] 

«  Estoit  la  pès  et  bien  jurée      {d) 
«  Et  jurée  l'avoit  vo  sire.  » 


«  Certes  »,  fet  il,  «  gc  me  gabai  : 
K  Ce  fis  ge  por  vos  poor  fere. 


[tes.  n    68  «  Vos  qui  chaut? Or  soit  a  réfère; 


La  mesenge  respont  errant  : 
40  «  R.,  or  m'alez  vos  gabant, 

«  Mes,  s'il  vos   plest,  bessiez  au- 
[trui. 


«  Je  reclignerai  autre foiz.     [535] 

—  Or  dont  »,  fet  elle,  «  c'est  tôt 

[drois.  » 

Cil  clingne  qui  molt  sot  de  bole  ; 


K  Que  moi  ne  beseroiz  vos  hui.  »    72  Celi  li  vint  près  de  la  goule 
[506]         R.,  mes  ne  vint  pas  dedenz  ; 


Quant  R.  ot  que  sa  comere  [509] 
44  Ne  fera  rien  por  son  compère, 
«  Dame,  fet  il,  or  escoutez  : 
«  Por  ce  que  vos  me  redoutez, 
«  Les  elz  cliniez  vosbeserai.  [515] 
—  Par  foi!  »  fet  ele,  «  et  je  l'o- 
[troi. 
«  Clingniez  donqucs.  »  Il  a  clin- 
[gnié. 
Et  la  mesenge  a  empoingnié  [516] 
Plain  son  poing  de  mousse  et  de 


48 


Et  R.  a  geté  les  denz;  [54o] 

Prendre  la  quide,  mes  il  faut. 

76  «  R.,  »  fet  ele,  «  ce  que  vaut? 

«  Ce   n'iert    mie  q'en    croire  vos 

doie. 

«  En  quel  manière  vos  querroie  ? 

«  Se    mes    vos    croi    le   m  au  feu 

[m'arde  !  » 

80  Ce  dist  R.  :  «  Trop  ies  coarde. 
«  Ce  fis  ge  por  toi  esmaier, 
«  Que  je  te  voloie  essaier,     [548] 
«  Car,  certes,  je  n'i  entent  mie 


[fueille  ;    84  «  Ne  traïson  ne  felonnie  ; 


52  N'a  talent  que  besier  le  veille. 
Les  guernons  li  conmence  a  tor- 
[dre, 
Et  quant  R.  la  cuide  aherdre, 
Ne  trueve  se  la  mosse  non    [521] 

56  Qi  li  fu  remese  el  guernon. 


«  Mes  or  revenez  autre  foiz, 
«  Tierce  foiée,  c'est  li  droiz.  [552] 
«  Par  non  de  sainte  charité 
88  «  Par  bien  et  par  humilité. 
«  Bêle  conmere,  sus  levez  ! 
«  Par  celé  foi  que  me  devez  [556) 


42  II  manque  ici  (comme  dans  C  M)  deux  vers  assez  peu  utiles  au  sens  : 
Ne  jci  por  n'en  que  vos  clie:;;^  |  Icirt  besiers  nerl  otroie:^.  —  53  tordre,  corr.  ladre. 

—  71  Ce  vers  est  répété  :  la  seconde  fois  le  copiste  a  écrit  Celé  cligne  —  73 
quide,  ms.  quile  —  73  II  y  a  comme  ici  R,  dans  les  mss.  CAf;  Martin  raiant 

—  77  mie,  corr.  ja. 


FRAGMENTS    DE    MANUSCRITS    1-RANÇAIS  57 

«  Et  que  devez  a  mon  filluel,  96  Mes  celé  fet  oreille  sortie  [561] 
92  «  Que  j'oi  chanter  sor  cel  tillucl.  Q.ui  n'est  mie  foie  ne  lorde, 

«  Si  refaisomes  ceste  acorde  :  Ainz  siet  sor  la  branche  d'un  che- 

«  De pecheor  miséricorde.     [560]  [ne. 

«Guidiez  vos  donc    que  je    vos  Que  que  R.  si  se  desrene, 

[morde?  »  100  Atant  ez  vos  les  veneors.     [565] 

Il  suffit  de  comparer  ce  fragment  avec  les  variantes  conscien- 
cieusement relevées  par  M.  Martin  dans  le  tome  III  de  son 
édition,  pour  lui  reconnaître  une  étroite  parenté  avec  les  mss. 
CMn  '.  Ainsi,  pour  ne  citer  qu'un  seul  détail,  dans  le  second 
morceau,  entre  les  vers  42  et  43,  les  autres  mss.  ont  deux  vers 
de  plus.  Je  ferai  une  autre  remarque.  On  voit  que  dans  notre 
fragment,  la  branche  de  Renart  et  de  la  mésange  fait  immédia- 
ment  suite  à  la  branche  de  Renart  et  de  la  jument.  Il  en  est  de 
même  dans  le  ms.  C  (voir  Martin,  préface,  p.  viii).  Dans  le 
ms.  M,  il  y  a  cette  différence  qu'entre  les  deux  se  trouve 
intercalée  la  branche  du  Prêtre  Martin.  Le  ms.  n  ne  contient 
pas  la  branche  de  Renart  et  de  la  jument.  Ces  trois  mss. 
forment  un  groupe  que  M.  Martin  désigne  par  y  et  qui,  selon 
lui,  «  contient  un  texte  qui  combine  d'une  façon  arbitraire 
ceux  des  classes  a  et  (i^  ».  Je  n'en  suis  pas  convaincu.  Cette 
famille,  me  paraît  indépendante  d'à  et  de  .3,  et  a  certainement, 
en  beaucoup  de  cas,  conservé  la  bonne  leçon.  Elle  a  notamment 
le  mérite  d'avoir  fait  du  récit  concernant  la  mésange  une 
branche  à  part,  tandis  que  dans  les  mss.  suivis  par  M.  Martin, 
ce  récit  est  soudé,  bien  à  tort,  à  d'autres  morceaux  de  sujets 
très  différents.  Remarquons  en  terminant  que  ce  groupe  7 
acquiert  une  plus  grande  autorité  par  ce  seul  fait  qu'il  ne  con- 
tient pas  seulement  les  trois  mss.  avec  lesquels  M.  Martin  l'a 
constitué  :  il  y  faut  joindre  maintenant  notre  fragment  et  aussi 
le  fragment  trouvé  à  Saluces,  que  j'ai  signalé  tout  récemment 


95  Ce  vers,  qui  est  évidemment  de  trop,  se  trouve  à  cette  même  place 
dans  plusieurs  mss.,  notamment  dans  C  M. 

T.  C  =  B.  N.  fr.  1579;  ^  =  Turin,  Bibliothèque  du  roi,  151;  ;/ = 
Vatican,  Regina  1699,  seconde  partie  du  ms.  ;  voir  la  préface  de  M.  Martin, 
pp.  VII,  XV,  XX.  J'ai  coUationné  moi-même  le  fragment  de  Sainte-Geneviève 
sur  le  ms.  de  Paris  et  sur  celui  de  Turin. 

2.  Observations  sur  le  romun  Je  Renart  (1887),  p.  30. 


58  p.     MHYEK 

d'après  une  publication  italienne  '.  Il  y  a  là  une  question  qui 
le  recomininde  à  l'attention  d'un  futur  éditeur  du  Roman  de 
Renart  -. 


V.  —  FRAGMENT  D'UN  MS.  DU  ROMAN  DE  JULES  CÉSAR 

PAR   JaCOT   D1-:    FOREST 

Je  passais  un  jour  par  la  rue  du  Vieux-Colombier,  lorsque 
mon  attention  fut  attirée  par  un  feuillet  de  parchemin  exposé 
à  la  devanture  d'un  marchand  de  curiosités.  M'étant  approché, 
je  vis  que  ce  feuillet,  écrit  à  deux  colonnes  vers  la  fin  du 
xiii^'  siècle  ou  au  commencement  du  xiv%  contenait  un  fragment 
de  poème  français,  et,  en  ayant  lu  quelques  vers,  il  ne  me  fut 
pas  difficile  d'y  reconnaître  le  poème  de  Jules  César  par  Jacotde 
Forest.  Or  on  n'a  signalé  jusqu'à  présent  que  deux  copies  de  ce 
poème  encore  inédit  :  l'un  à  Paris  >  et  l'autre  à  Rouen  ^  :  le 
fragment  que  le  hasard  mettait  sous  mes  yeux  offrait  donc  un 
certain  intérêt.  J'en  fis  l'acquisition  et  je  vais  en  transcrire 
le  commencement  et  la  fin,  l'importance  du  morceau  ne  me 
paraissant  pas  justifier  une  publication  complète. 

Ce  feuillet  contient  44  vers  par  colonne.  Il  a  fait  partie  d'un 
ms.  exécuté  avec  un  certain  luxe  :  les  lettres  initiales  et  finales 
sont  alignées,  et  il  y  a  dans  les  marges  du  haut  et  du  bas  des 
enjolivements  rouges  et  bleus.  L'écriture  est  très  soignée.  On 
en  jugera  par  le  fac-similé  ci-joint,  qui  reproduit  le  haut  de  la 
première  colonne  du  verso.  Le  livre,  dont  ce  feuillet  est  proba- 
blement l'unique  débris,  était  fort  volumineux  et  devait  conte- 
nir bien  d'autres  ouvrages  que  le  Jules  César  en  vers,  car  on  lit, 
à  la  partie  supérieure  du  recto,  les  chiffres,  .CCC.  .xj.  Il  y  a  un 
espace  vide  entre  le  premier  nombre  et  le  second,  de  sorte  que  je 


1.  Roiinviia,  XXXIV,  624-5. 

2.  G.  Paris  a  déjà  fait  remarquer  (Rom.,  III,  374-5)  que  M.  Martin  n'avait 
pas  apprécié  à  sa  valeur  le  ms.  C. 

3.  B.  N.  fr.  1 457.  M.  Settegast  en  a  extrait  de  nombreux  vers  qu'il  a  insé- 
rés dans  les  notes  de  son  édition  du  Jules  Ci'sor  en  prose,  de  Jean  de  Thuin 
(voir  RotiHinia,  XII,  380). 

4.  Romania,  XV,  129. 


FRAGMFA'TS    DE    MANUSCRITS    FRANÇAIS 


59 


ne  sais  s'il  faut  entendre  fol.  311  ou  fol.  300,  onzième  article. 
Pourtant  la  première  interprétation  paraît  la  plus  probable. 


^ 


fi 


■•'4 


imcm  sfStaiVLsmù  i^nb&t  &Cw0  iim^Ut    n 

i:«lretant  '  que  la  gent  Cesare  fait  cesser 
Za  fain  qui  les  souprant,  et  qu'il  cuide  ester 
A  pais  et  a  repos  et  asseùr  garder, 
A  lor  murs  par  defors  dévoient  arester, 
5     Si  com  César  i  vot  ses  homes  ordener 
Por  les  murs  détenir  et  les  tors  detenser, 


I.  Les  deux  premières  lettres  sont  coupées. 


60  p.     MKYER 

Pompeus  est  venus  as  murs  soudainnement, 
due  nuns  de  ceus  de  la  nulle  garde  n'an  prant, 
Et  tantost  ces  enseingnes  fait  dcsploier  a  vent 
lo     Et  commande  a  sonner  ces  grailcs  erranment 
Et  buisines  et  cors  a  vois  concordament  ; 
Et  il  ont  fait  trestuit  lors  son  conmandement, 
Et  se  lievent  trestuit,  que  meut  grant  fiertci  rent 
La  grant  noise  et  dou  hu  et  des  cors  encement. 

15     La  grant  noise  c'on  a  en  Fost  Pompé  menei, 
Et  li  hus  et  li  cris  c'on  i  a  eslevei 
De  celle  part  ou  il  a  son  ost  anienei 
Les  chevaliers  César  ont  si  espoentei 
Ke  par  paour  sont  tuit  près  en  fuie  tornei, 

20     Et  li  hardi  son  près  de  deffendre  aprestei  : 
Cil  sont  sor  les  dcfois  remeis  mors  ou  navrez. 
Tantost  a  on  as  murs  a  grans  hics  hurtci 
Et  moût  fort  assailir  cil  qui  l'a  craventei 
En  a  moût  grant  partie  a  la  terre  boutei, 

2  5     Et  lors  a  ens  es  tors  le  feu  ardent  getei, 

Dont  li  marrien  sont  tuit  esprins  et  embrasez. 

Ja  avoit  fait  Pompé  des  murs  acraventer  ; 
Grant  partie  des  tors  en  avoit  fait  verser  ' 


I.  Voici,  en  prenant  le  texte  un  peu  plus  haut,  pour  plus  de  clarté,  le 
passage  correspondant  de  Jean  de  Thuin  (édit.  Settegast,  p.  92-3).  On  sait 
que,  d'après  M.  Settegast,  le  poème  de  Jacot  Forest  serait  la  mise  en  vers  de 
la  prose  de  Jean  de  Thuin. 

Quant  Pompeus  voit  en  tele  manière  morir  se  gent  de  jour  en  jour  et 
amaladir,  il  dist  k'il  ne  veut  plus  demorer  laiens.Dont  commanda  privéement 
a  tous  ses  homes  k'il  s'apareillaissent  pour  assalir,  et  les  a  fait  tourner  celée- 
ment  par  .j.  couviert  chemin  viers  les  chastiaus  ke  César  faissoit  frumer; 
et  entretant  k'il  quidoient  iestre  em  pais  a  lor  defois,  et  César  i  voloit 
ordener  ses  homes  peur  desfendre  les  tors  et  garder,  atant  es  vous  Pompée 
venir  si  soudainement  ke  la  gent  César  ne  s'en  prendent  garde,  si  les  voient. 
Et  Pompée  fait  ses  enseignes  desploiier,  et  commanda  cors  et  buisines  a  sou- 
ner  ;  dont  lieve  II  hus  et  la  criée  par  toute  l'ost  de  celc  part,  et  en  furent  si 
esfraét  li  chevalier  de  César  c'a  poi  qu'il  ne  s'en  torncrent  en  fuies;  et  cil  ki 
plus  se  firent  hardit  demorerent  au  defois  sour  les  murs  et  i  furent  ocis. 
Dont  commenchierent  a  hurter  et  a  hier  as  murs,  et  tant  assalirent  k'il  en 


FKAGMKNTS   DE    MANUSCRITS    FRANÇAIS  6l 

Entrcuint  '  que  Sceva  devant  lui  regarda 

Por  aviser  sor  coi  trebuchier  se  laira, 
170     Por  ce  que  desoz  lui  par  destroit  l'ocirra, 

.1.  bons  archiers  de  traire  son  dart  aparila  ; 

Si  lansa  a  Sceva,  si  a  droit  l'ascna 

due  parmi  l'orilliere  dou  hiaume  li  lansa 

Le  dart  si  que  il  l'oil  senestre  li  creva  ; 
175     Mais  maintenant  retrait  et  regeta  (sic) 

Le  dart  lors  de  son  chief  et  avoec  en  osta... 

Pour  qu'on  puisse  juger  de  la  relation  de  ce  texte  avec  les 
deux  autres,  je  vais  transcrire  les  mêmes  vers  d'après  le  ms.  de 
Paris,  plaçant  à  la  suite  les  variantes  du  ms.  de  Rouen 
(fol.  éo  v°)  : 

Entretant  que  les  gens  Cesare  fet  cesser  (/.  66  v") 
La  fains  quilles  souprent,  et  qu'il  cuident  ester 
A  pais  et  a  repos  et  asseùr  garder 
Lor  murs  ou,  por  defois,  dévoient  arrester, 
5     Si  com  César  volt  ses  homes  ordener 
Por  les  tors  détenir  et  les  murs  detenser. 

Pompée  est  si  venus  as  murs  soudainement. 
Que  nus  de  cels  de  la  nule  garde  n'i  prent, 
Et  tantost  les  enseignes  fet  desploier  au  vent 
10     Et  conmende  a  soner  les  grailles  erraument 
Et  buisines  et  cors  a  vois  concordaument  ; 

12  Et  lors  ont  il  trestout  fait  son  conmandement, 
la^is  Et  buisinent  et  cornent  a  vois  et  plainement, 

13  Et  si  lieve  li  huz  qui  moût  grant  friente  rent, 
I3'''s  Si  que  luie  (sic)  et  demie  l'oïst  on  amplement, 

La  grant  noise  du  hu  et  des  cors  ensement. 


abatirent  a  tiere  une  grant  partie.  Apriès  jetèrent  feu  grigois  k'ilorent  àppa- 
reillét  es  tours  pour  ardoir  les  et  en  firent  vierser  pluisours.  Puis  fist  Pompée 
mètre  ses  enseignes  sour  les  murs. 

Voir  Lucain,  VI,  iiSetsuiv, 

I.  Jean  de  Thuin  (p.  99)  :  Et  en  cou  k"il  esgardoit  a  cou,  uns  archiers  de 
Grèce  l'avise  et  li  lance  .j.  dart  et  le  fiert  en  l'oel  seniestre,  droit  parmi  l'oe- 
lierc  dou  hiaume,  et  li  crievc.  Et  Sceva  trait  errament  a  lui  le  dart  atout 
l'oel... 

Voir  Lucain,  VI,  214  et  suiv. 


62  1'.     MEYER 

1 5     La  grant  noise  c'on  a  en  l'ost  Pompe  mené 
Et  H  hiis  et  li  cris  c'om  i  a  eslevé 
De  ccle  part   ou  il  a  son  ost  amené 
Les  chevaliers  César  ont  si  espoenté 
Que  par  poor  sont  prés  tuit  a  fuie  torné, 

20     Et  li  hardi  qui  sont  de  deffendre  apresté  : 
Cil  sont  sor  lor  defois  remez  mort  ou  navré. 
Tantost  a  on  as  murs  a  granz  hies  hurté 
Et  moût  fort  assailli  si  c'om  acraventé  (/.  6'j~) 
En  a  moût  grant  partie  et  a  terre  bouté, 

2)     Et  lors  a  on  as  tors  le  fu  ardant  geté, 

Dont  li  mairien  sont  tost  espris  et  embrasé. 

Ja  avoit  feit  Pompée  des  murs  acraventer  ; 
Grant  partie  et  des  tors  plus  d'une  fet  verser 


Êntretant  que  Sceva  devant  lui  regarda 
Por  aviser  sor  cui  trebuchier  se  laira, 

170     Por  ce  que  desGuz  lui  par  destroit  l'ocira, 

Uns  bons  archiers  de  Grèce  son  dart  apareilla 
Sa  lance  a  Scevain,  et  si  droit  l'ascena 
Que  très  parmi  l'oilliere  dou  hiaume  II  lança 
Le  dart  si  que  il  l'oeil  senestre  li  creva  ; 

175      Mais  maintenant  Sceva  retrait  et  regeta 
Le  dart  fors  de  son  chief  et  avec  en  osta 
L'oeil  qui  au  dart  pendoit,  et,  de  l'ire  qu'il  a, 
L'oeil  et  le  dart  emsamble  desouz  ses  plez  froissa. 

Var.  de  Koiicn  :  2  qui  les  —  4  par  defors  —  7  Toutes  les  finales  des  vers  sont 
écrites  ant.  —  8  n'en  —  9  sez  e.  —  10  a  sonner  tost  et  apertemant  —  lia 
vois  bien  concordant  Et  cil  lievent  la  noise  qui  retentist  formant.  Par  consé- 
quent le  V.  12  bis  manque.  —  ijb's  plainemant  —  14  ausemant  —  15. 
P.  levé  —  16  démené  —  17  il  ot  —  18  La  gent  au  ber  C.  —  19  en  f.  — 
21  lesd.  ou  ocis  ou  n. —  25  es  t.  le  feu  grigois  —  168  Cevals,  ici  et  ailleurs 
—  169  Por  esgarder  —  172  S'a  lanciét  a  Ceval. 

Si  l'on  compare  les  trois  textes,  on  reconnaîtra  qu'ils  sont 
indépendants.  Il  y  a  bien  au  v.  4  une  foute  commune  au  frag- 
ment et  à  R  Çdefors  au  lieu  de  dejois),  mais  elle  est  acciden- 
telle, les  deux  mots  ne  différant  que  par  une  seule  lettre  :  il  est 
facile  de  prendre  /  pour  r.  Pour  le  reste  le  fragment  s'accorde 
tantôt  avec  P  et  tantôt  avec  R.  Souvent  aussi  il  offre  des  leçons 


FRAGMENTS    DE  MANUSCRITS    FRANÇAIS  6} 

particulières  qui  sont  généralement  mauvaises.  V.  2  caide, 
fragm.,  est  fautif;  il  faut  cuidenî,  comme  dans  les  deux  autres 
textes.  La  leçon  du  v.  4  est  corrompue  dans  le  fragment.  Les  vers 
11-14  diffèrent  notablement  dans  les  trois  textes.  Le  fragment 
omet  les  vers  12  bis  et  13  bis  de  P,  et  de  ces  deux  vers  le  premier 
manque  aussi  dans  i^;  au  v.  13,  friente,  de  P,  est  certainement 
la  bonne  leçon  que  le  fragment  a  corrompue  enjiertei,  et  que 
R  a  modifiée  arbitrairement.  Les  vv.  23  et  24  sont  évidemment 
corrompus  dans  le  fragment  :  les  deux  autres  mss.  ont  la  leçon 
correcte.  Au  v.  25  on  peut  hésiter  entre  grigois  de  R  et  ardent 
des  deux  autres  textes.  V,  171  Grèce,  PR,  est  sûrement 
préférable  à  traire.  V,  172  le  cas  régime  Scevain,  de  P,  est 
intéressant,  mais  ne  se  trouve  que  dans  ce  ms.  V.  173,  orilliere, 
fragm.,  au  lieu  d'oilliere,  est  évidemment  fautif. 


VI.  —  FRAGMENT   D'UN  POEME  SUR  LA  THEOLOGIE   MORALE 

COMPOSÉ   EN   ANGLETERRE 

Je  serais  heureux  si  quelqu'un  de  nos  lecteurs  pouvait  nous 
apprendre  de  quel  ouvrage  le  fragment  qui  suit  est  tiré.  Je 
crois  bien  ne  pas  m'aventurer  beaucoup  en  supposant  que  c'est 
le  débris,  peut-être  unique,  de  quelque  poème  théologique  ou 
moral,  mais  je  suis  obligé  de  m'en  tenir  à  cette  vague  indica- 
tion. 

Il  fait  partie  du  recueil  tactice,  coté  à  la  Bibliothèque  de 
l'Université  de  Cambridge  Additional  3303,  qui  renferme  le 
fragment  de  chanson  de  geste  publié  ci-dessus  (p.  22).  C'est 
un  feuillet  de  parchemin  (19  cent,  sur  14)  à  deux  colonnes  par 
page  et  à  34  vers  par  colonne.  L'écriture,  visiblement  anglaise, 
est  des  environs  de  l'an  1300.  La  langue  et  la  versification  ne 
fournissent  pas  d'indices  suffisants  pour  déterminer  une  date, 
même  simplement  approximative  ;  mais  on  peut  du  moins  affir- 
mer que  le  poème  n'est  pas  plus  ancien  que  le  milieu  du 
xiii^  siècle.  Je  le  placerais  volontiers  vers  la  fin  du  règne  de 
Henri  IIL  Le  poète  fiiit  rimer  -é  avec  -ié  (39,  40,  51-2,  59-60, 
61-2,  etc.),  u  avec  ou  15-6,  45 -6,  127-8).  Il  admet  volontiers 
quatre  et  même  six  vers  sur  la  même  rime  (27-31,  35-40,  59- 


64  !••    MHVHR 

62,  85-8,  II 1-4),  ce  qui  est  fréquent  dans  les  poèmes  compo- 
sés en  Angleterre'.  La  grammaire  est  mauvaise  :  il  y  a  de 
nombreuses  fautes  d'accord  attestées  par  les  rimes. 

On  trouve  dans  ce  fragment  la  Hn  d'un  récit  et  le  commen- 
cement d'un  autre.  Le  récit  dont  nous  avons  la  fin  est  l'his- 
toire de  Tarsilla  et  de  ses  deux  sœurs,  contée  d'après  saint  Gré- 
goire, Homélies  sur  les  Evangiles,  II,  xxxviii  (Migne,  Patr., 
lût.,  LXXVI,  1291).  Je  joins  en  note  la  partie  correspondante 
du  texte  latin,  plaçant  de  temps  à  autre,  entre  parenthèses, 
des  renvois  à  la  traduction  en  vers  2. 


1.  Voir  mon  édition  des  Fraj^nncnts  il' une  vie  de  saint  Thomas  de  Cantoihery , 
p.    XXXV. 

2.  Quadanivero  nocte  huic  Tharsillœ  amitit  mea:,  quce  inter  sorores  meas 
virtutc  continuce  orationis,  afflictionis  studiosce,  abstinentiœ  singularis,  gra- 
vitate  vita;  vcnerabilis,  in  honore  et  culmine  sanctitatis  excreverat,  sicut  ipsa 
narravit,  per  visionem  atavus  meus  Félix,  hujus  Romaniv  ccclesia;  aniistes 
apparuit,  eique  mansionem  perpétua  ciaritatis  ostcndit,  dicens  :  «  Veni, 
quia  in  hac  te  lucis  mansionesuscipio  »  (f.  12).  Qua;,  subsequenti  mox  febre 
correpta,  ad  diem  pervenit  extremum.  Et,  sicut  nobilibus  feminis  virisque 
morieniibus  multi  conveniunt,  qui  eorum  proximos  consolentur,  eadem  hora 
hujus  exitus  multi  viri  ac  femina;  ejus  lectulum  circumsteterunt,  inter  quas 
mater  mea  quoque  adfuit  (z'  22)  ;  cum  subito  sursum  illa  respiciens,  Jesum 
venientem  vidit,  et  cum  magna  animadversione  cœpit  circumstantibus  cla- 
mare,  dicens  :  ««  Recedite  1  recedite!  Jésus  venit!  »  Cumque  in  eum  inten- 
deret  quem  videbat,  sancta  illa  anima  a  carne  soluta  est,  tantaque  subito 
fragrantia  miri  odoris  aspersa  est,  ut  ipsa  quoque  suavitas  cunctis  ostcndcret 
illic  auctorem  suavitatis  vcnisse  (i'.  J4).  Cumque  corpus  ejus,  ex  more  mor- 
luorum  ad  lavandum  esset  nudatum,  longo  orationis  usu  in  cubitis  ejus  et 
genibus,  camelorum  more,  inventa  est  obdurata  cutis  excrevisse,  et  quid 
vivens  ejus  spiritus  semper  egcrit,  caro  mortua  tcstabatur  (z'.  42).  H;ec 
auteni  gesta  sunt  anteDominici  natalis  diem.  Quo  transacto,  mox  .^îlmilianiv: 
sorori  sux  per  visionem  nocturna:  visionis  apparuit,  dicens  :  «  Veni  ;  ut 
quia  natalem  Dominicum  sine  te  feci,  sanctum  Theophaniii;  diem  jam  tecum 
faciam  »  (r  )2).  Cui  illa  protinus,  de  sororis  sue  Gordianie  salute  sollicita, 
respondit  :  «  Etsi  sola  venio,  sororem  nostram  Gordianam  cui  dimitto  ?  » 
Cui,  sicut  asserebat,  tristis  vultu  iterum  dixit  :  «  Veni  ;  Gordiana  etenim 
soror  nostra  inter  laicas  deputata  est  »  (z'.  6;).  Quani  visionem  moxmolestia 
corporis  secuta  est,  atquc  ita,  ut  dictum  fuerat,  ante  Dominica;  apparitionis 
diem,  eadem  molestia  ingravescente,  defuncta  est  (z'.  66').  Gordiana  autem, 
mox  ut  solam  remansisse  se  reperit,  ejus  pravitas  excrevit,  et  quod  prius 
latuil  in  desiderio  cogitationis,  hoc  post  eflfectu  prav^e  actionis  exercuit,  narn 


FRAGMENTS     DE     MANUSCRITS    FRANÇAIS 


6^ 


Le  second  morceau  est  la  vie  de  Malcus,  moine  captit.  L'ori- 
ginal est  la  Fitû  Malchi,  nionachi  caplivi,  de  saint  Jérôme,  qui 
est  comprise  dans  le  premier  livre  des  Vitœ  Patrum  de  Ros- 
weyde  (réimpression  dans  Migne,  Patr.  lût.,  XXIII,  55).  Cette 
légende  a  été  plusieurs  fois  traduite  en  prose  française  —  je 
donne  sur  ces  versions  d'abondants  renseignements  dans  le 
t.  XXXIII  (sous  presse)  de  V Histoire  littéraire  —  mais  je  n'en 
connais  aucune  traduction  en  vers,  sinon  l'imitation  de  La 
Fontaine. 

Faut-il  croire  que  l'ouvrage  dont  le  feuillet  de  Cambridge 
parait  être  le  seul  reste  était  un  recueil  de  vies  de  saints  en  vers? 
je  ne  le  crois  pas.  Les  deux  morceaux  ne  sont  pas  indépen- 
dants l'un  de  l'autre  :  ils  sont  reliés  par  quelques  vers  de  tran- 
sition qui  se  trouvent  à  la  fin  du  premier.  Je  crois  donc  que 
les  deux  légendes  de  Tarsilla  et  de  Malchus  ont  été  introduites 
dans  l'ouvrage  à  titre  d'exemples.  Cet  ouvrage  devait  être  une 
compilation  de  théologie  morale,  à  l'usage  des  laïques.  On  sait 
qu'il  a  été  composé  en  x\ngleterre  plusieurs  de  ces  compilations 
versifiées.  On  peut  citer  le  Manuel  de  péchés  de  William  de 
Waddington,  la  Lumière  as  lais  de  Pierre  de  Peckham,  les  Evan- 
giles des  Doinées,  le  Corset,  etc.  Mais  il  a  dû  en  exister  bien 
d'autres  qui  ne  nous  sont  pas  parvenues. 


Une  noyt  mut  avej-t  vel\'é 
E  en  ureyson  travalié  ; 
Sumoyl  prisl,  si  li  fust  vis 

4  Ke  un  apostolie  Félix 

(Ke  a  le  père  saynt  Gregorie, 
Ke  Deus  eyt  en  memorie, 
Père  esteyt)  z  si  parla 

8  A  Tarsille  ke  la  trova, 
E  la  joye  le  ad  mustré 
Ki  jamniès  ne  ert  terminé, 
Sy  li  dist  :  «  Venez  a  moy; 


12   «  En  ceste  joye  vus  receveray.  » 
Celé  tost  esteyt  esprise 
De  une  fevere  ke  en  fere  guise 
La  anguissa  dekes  ele  morust 

16  Corne  nus  covendra  trestut. 
Mes  quant  ele  morir  deverevt 
Grant  assemble  i  esteyt 
De     prodeshomes,    de     femmes 
[seyntes 

20  Ke      pur     Iv    fesayent    pitust[s] 
[pleyntes. 


7  Corr.  issi  p.  ? 

oblita  Dominici  timoris,  oblita  pudoris  et  reverentiiE,  oblita  consecrationis, 
conductoreni  agrorum  suorum  postmodum  maritum  duxit.  Ecce  omnestres, 
uno  prius  ardore  conversse  sunt,  sed  non  in  uno  eodemque  studio  perman- 
serunt,  quia,  juxta  Dominicam  vocem,  «  niulti  sunt  vocati,  paucivero  electi  » 
(Matth.  XX,  16). 

Romania,  XXXV  ir 


a 


t.   MEYER 


La  nicre  saynt  Gregoric  i  fu 

Ke  la  chose  ad  oy  e  veu, 

Ke,  quant  e!e  devereyt  morir, 

24  Jhesu  Crist  vceyst  venir, 
Dunt  ele  ad  mut  haut  criez  : 
«  Jhesu  vent  !  car  dcpartez  !  » 
E  si  corne  garda  sus  ver  ly 

28  Le  esperit  noble  rcndi 
E  le  aime  s'en  départi 
Ou  ly  sire  ke  vint  pur  ly, 
E  si  aveyt  tant  de  fleyrur 

52  Ke  bien  fu  mustré  ke  auctur 
De  duceor  i  fust  venu, 
Ly  noble  sire,  ly  duz  Jesu. 
Or  esteyt  le  cors  liveré,  (/') 

36  Corne  manere  fust,  ke  fust  lavé; 
Lors  esteyt  le  quir  trovc 
A  eûtes  e  a  genuz  enflé 
Corne  de  chamel  ust  esté, 

40  Tant  aveyt  geu  e  genulic  ; 
Dunt  la  char  morte  tesmonia 
Quele  fust  la  vie  ke  ele  menad. 
Si  esteyt  par  un  dimeyne  le  jor 

44  Devant  la  nativité  NostreSegnior. 
Après  tost  si  aparust 
A  Emiliane  ke  ele  ama  mut  ; 
Si  ly  dist  treducement 

48  Parole  bêle,  ky  le  entent  : 
«  Pur  ceo  ke  jeo  ay  en  joye  u 
«  La  nativité  Jesu 
«  Sanz  vus,  la  Tiphaine,  sachez, 

52  «  Ou  grant  joye  ou  mey  avérez.  » 
Quant  Emiliane  ceo  oy  a, 
E  ele  tantost  demanda 
Ke  Gordiane  serreyt, 

56  E  si  ele  suie  demureyt. 

Ou  murne  chcre  la  respuiidist 
Sa  soer  Tarsilla,  si  la  ad  dist  : 
«  Bone  soer,  avant  venez, 

00  <i  Car  Gordiane,  ceo  sachez. 


«  Entre  seculers  est  alugnié, 
«  Par  la  vie  ke  ad  mené.  » 
Emiliane  se  esvelia, 

64  La  avision  nent  ne  ublia, 
E  la  maladie  la  prist 
Dunt  un  poy  de  ure  languist, 
Ke  devant  la  Tiphaine  fini 

68  La  vie  ke  out  mené  ici. 

E  Gordiane,  quant  aparceyt  (c) 
Ke  ele  suie  remaneyt, 
Tost  ad  apertement  mustré 

72  De  quel  curage  ele  out  esté, 
Car  ele  prist  tost  un  barun 
Ke  il  valeyt  set  Deus  u  nun  : 
Un  vassal  ke  sout  semer 

76  Sun  semayl  pur  son  luer. 
Bien  vey  treben  comencerent. 
Tûtes  une  corde  tirèrent 
E  esteyent  en  fin'  amur 

80  De  paer  lur  creatur. 

Pur  ceo  di  ke  nul  ne  deyt 
De  sey  fier,  quey  que  il  ^^yx. 
Car  cil  ke  set  que  il  est  uy 

84  Car  est  si  demeyn  seyt  issi  : 
Pur  ceo  covent  ke  seyt  gardé 
Le  quer  en  bon  e  en  chasteté. 
Par  le  quer  est  checon  nomé 

88  Net  u  ord  devant  Dé 

Ki  set  les  privetés  de  quer 
E  les  fèz  de  checon  ber. 
Il  set  ke  eyme  chasteté, 

92  Ky  lecherie  e  foleté. 

Ke  ceo  seyt  veyrs  je  vus  dirray 
Un  example  ke  jeo  trovay. 
Jeo  le  trovay  en  escrist 

96  De  un  seynt  home  ke  laie  mist. 

De  Mako  nionacoaliquando  captiva. 

Si  dist  ke  un  jevenes  hom  esteyt- 
Ke  Nostre  Sire  treben  ameyt, 


74  Ce  vers  est  peut-être  corrompu.  Le  latin  n'est  ici  d'aucun  secours,  la  tra- 
duction étant  très  libre — 84  Corr.  Corn  sel...} —  86Corr.  en  boue  chasteté.  — 
yi  ke,  corr.  ki. 


Fragments  de  manuscrits  français 


67 


De  quer  net,  de  pur  curage. 

100  Ccl  siècle  tint  tut  a  folage, 
Ke  pur  Deu  gerpi  père  e  mère 
E  héritage  de  grant  manere 
E  se  rendi  en  moniage,  (</) 

104  Car  a  ceo  tret  sun  corage, 
En  Syrie,  en  une  cité 
Ke  Marok  esteyt  clamé. 
Sun  abé  esteyt  mut  prodhom, 

108  Se  i'reris  de  grant  religion. 
Il  meymis  esteyt  debuneyre 
A  tuz  e  de  bon  affere. 
Malcus  esteyt  apellé, 

112  De  se  freris  mut  amé. 

Quant  longement  i  out  esté, 
Une  novele  i  est  levé 
Ke  sun  père  mort  esteyt 

116  E  il  autre  heyr  ne  aveyt, 
For  ke  ly,  si  fu  riches  hom 
De  terres  e  de  pocession. 


Ly  jevenes  hom  de  ceo  pensa 

120  E'son  quer  ne  chastia, 

Corne  mut  de  altre  gent  ne  funt 
Quant  en  pensé  entré  sunt, 
Mes  pensa  ke  fereyt  grant  damage 

124  Si  issi  noble  héritage 

Par  defaute  de  heyr  irreyt 
Issi  ke  nul  pru  n'i  avendreyt, 
E  pensa,  si  il  i  fust, 

128  Le  affere  amendereyt  trestut. 
Car  d'une  pose  le  tendreyt 
E  puys  trestut  le  vendreyt 
E  durreyt  as  orphanins, 

152  A  vewes  e  a  pèlerins, 
E  sa  mère  purvereyt 
Si  ke  defaute  n'i  avereyt. 
Deu  1  come  ici  out  grant  queyn- 
[tise  '• 

1 56  Car  ly  diables  quant  en  sa  guise. . . 


Paul  Meyer. 


108  Corr.  Li  Jrere  ? 


AN   EARLY  MS.  OF  GUI  DE  WARWICK 


The  library  ot  the  late  Sir  Henry  HopeEdwardes,  which  was 
dispersed  by  an  auction-sale  at  Christie's  in  May  1901,  includ- 
ed  two  mss.  which  hâve  formed  the  subject  of  articles  in 
Roniania  \  The  first  of  thèse  contains  a  Life  of  St.  Margaret, 
not  known  elsewhere,  togetherwith  a  copy,  unique  in  parts,  of 
Adgar's  Miracles  of  Our  Lady;  butin  point  of  interest  and 
importance  it  is  completely  eclipsed  by  the  second,  which  is  no 
other  than  the  now  famous  Chançun  de  Willame.  A  third  nis. 
in  Old-French  was  acquired  at  the  same  sale  by  the  discerning 
iand  fortunate  bibliophil  to  whom  thèse  two  treasures  fell;  and 
through  his  kindness  I  am  now  enabled  to  introduce  it  (but  not 
ts  owner,  for  lie  still  prefers  that  his  anonymity  should  be 
respected)  to  the  readers  of  Romania.  It  does  not  add  a  new 
epic  to  the  language,  like  the  Chançun  de  Willame,  nor  does  it 
even  rival  the  Adgar-ms.  in  giving  us  fresh  texts  of  minor 
importance;  but  it  deserves  some  notice  at  least,  being  certainly 
one  of  the  oldest  —  if  not  indeed  actually  the  oldest  —  of  the 
ex  tant  mss.  oi  Gui  de  Wanuick. 

Though  still  inedited,  the  poem  is  well  known  from  the 
varions  English  translations  and  the  15'''  cent,  version  in 
French  prose,  as  well  as  from  many  articles  devoted  to  the 
study  of  one  or  more  of  the  mss.  A  useful  summary  of  the 
bibliography  of  the  subject  may  be  found  in  Dr.  Oscar  Winne- 
berger's  inaugural-dissertation  %    or   in  Dr.  Max  Weyrauch's 


I  XXXII,  394,  597. 

2.    Ueher  dus  Handschnjtenverhàltnis  des  all/r.  Guy  de  JV^imnch,  Marburg, 
1889. 


AX    EARLY    MS.    OF    GUI  DE  U'ARinCK  G<) 

more  récent  work  '.  It  will  perhaps  be  convenient  to  repeat 
hère  the  lisu  of  mss.,  adding  their  dates  when  possible,  so  as 
to  show  more  readily  the  sii^nificance  of  the  addition  which  is 
now  to  be  made  to  their  number.  Following  Dr.  Winneber- 
ger's  enumeration,  those  known  hitherto  are  : 

1.  WoLFENBÛTTEL,  Cod.  Aug.  87,  4.  Impcrfect.  Assigned  by  C.P.C. 
Schôiiemann  -  to  the  end  of  the  13''^  cent.;  dated  "  13-14  Jahrh.  "  by 
Dr.  O.  von  Hcinemann  in  his  récent  catalogue  '. 

2.  Paris,  Bibl.  Nat.,  fr.  1669  (anc.  7656.  3,  Colbert  1289).  Complète. 
Analysed  by  Littré  in  Hist.  litt.  de  la  Fr.,  XXII,  841-851,  who  describes  it 
as  "  une  transcription  faite  manifestement  par  un  copiste  anglais,  à  la  fin  du 
xiiie  siècle  ou  au  commencement  du  xive  ".  The  Cat.  des  mss.  français, 
tome  I,  1868,  p.  284,  savs  merely  "  xiiie  siècle  ".  The  fîrst  28  Unes  were 
printed  hy  M.  Paul  Me\-er  in  the  Bulletin  de  la  Soc.  des  anc.  textes  fr.,  1882, 
p.  62. 

3.  LoxDON,  Collège  of  Arms,  Arundel  27.  Complète.  Beginning  of  the 
xiv'th  cent.  See  the  Cal.  of  the  Arundel  mss.  in  the  Coll.  of  amis,  by  C.  G.  Y. 
(i.  e.  Sir  Charles  Young),  1829,  p.  38. 

4.  Cambridge,  Corpus  Christi  Collège,  50,  art.  6  in  Nasmith's  Catalogus, 
^777'  PP-  32-3,  where  't  is  dated  "  seculo  xiii  ".  Complète.  Through  the 
courtesy  of  Mr.  C.  W.  .Moule,  fellow  and  librarian  of  Corpus,  I  was  enabled 
to  procure  the  photograph  of  the  fîrst  page,  which  accompanies  the  présent 
notice.  Dr.  Warner  and  the  other  experts  whom  I  hâve  consulted  agrée 
with  me  in  assigning  it  to  the  latter  half  of  the  xiii'h  cent.,  though  Zupitza  + 
put  it  as  late  as  the  xivt'i.  The  first  28  Unes  were  printed  by  M.  Meyer  in 
the  Bulletin,  p.  65,  and  the  last  20  are  printed  below  from  his  transcript, 
which  he  kindly  p!aced  at  mv  disposai. 

5.  LoN'DON,  Brit.  Mus.,  Harl.  3775,  ff.  15-26  b.  Imperfect.  Circa  1300. 
See  H.  L.  D.  Ward,  Cat.  of.  Romances,  i,  471-484;  the  first  28  lines  printed 
in  Bulletin,  p.  63. 

6.  LoNDON,  Brit.  Mus.,  Roy.  8  F  ix.  ff.  105-159.  Imperfect.  Early  xiv^h 
cent.  See  Ward,  I,  485-7. 

7.  Oxford,  Bodleian,  Rawl.  D  913  (formerly  Rawl.  Mise.  1370), 
ff.  86-89.  Fragments.  Beginning  of  the  xiv*  cent.  ;  see  W.  D.  Macray, 
Cat.  Codd.  mss.  Bibl.  Bodl.,  pars  V,  fasc.  IV,  1898,  col.  141. 

1.  Die  mittelengl.  Fassun^en  der  Sa^e  von  Guy  oj  War-iuick  und  ihre  alffr. 
Vorlage,  Breslau,  1901,  forming  Heft  II  of  E.  Kôlbing's  Forschungtn  ^tir  engJ. 
Sprache  und  Litteratur. 

2.  Serapeum,  111(1842),  p.  355. 

3.  Die  Hss.  der  Her^ogl.  Bibl.  i^n  JVolfenbïittcl,  VU  (1900),  p.   109. 

4.  Ziir  LiteratiirgescJ}ichte  des  Guv  von   Wanvick{i%']-Ç),  p.  8. 


70  J.-A.    HERBERT 

fWinncbcrgcr  countcd,  as  No.  8,  two  sniall  fragments  at  Oxford,  which 
Mr.  Madan  kindly  identified  for  me,  not  without  trouble,  as  ff.  88-89  of 
Rawl.  D.  913  (sec  No.  7  above).  Thev  were  first  printed  in  1814,  by  the 
Rev.  J.  J.  Conybeare  '  .] 

9.  Marske  Hall,  Yorkshire,  library  of  Mr.  d'Arcy  Hutton.  Imperfect.  Des- 
cribcd  by  M.  P.  Meyer  (Bulletin,  pp.  43-60),  who  says  «  Il  a  été,  sans 
aucun  doute,  exécuté  en  Angleterre.  L'écriture  est  normande  et  paraît  appar- 
tenir aux  dernières  années  du  règne  de  Henri  III.  » 

[«  Ms.  Howard,  Coll.  Arm.  14  ist  nirgends  zu  finden.  »  So  Winneberger, 
having  evidently  taken  the  référence  from  «  A  Clerk  of  Oxenforde  » ,  who 
States'  that  «  three  copies  certainly  exist  in  England,  vi\.  one  in  ms.  Harl. 
3775.  2;  the  second  in  ms.  Howard,  Coll.  Arm.  14;  and  the  third  in  Ben- 
net  Coll.  Camb.  No.  50.  6  ».  On  making  inquiry  at  the  Collège  of  Arms, 
I  was  assured  that  no  Howard  mss.  were  preserved  there,  tl'ough  that 
name  might,  of  course,  hâve  been  applied  with  propriety  to  what  is  known 
as  the  Arundel  collection;  and  there  can  be  no  doubt  that  «  A  Clerk  of 
Oxenforde  »  meant  to  refer  to  Arundel  27  (No.  5  above),  which  was  for- 
merly  numbered  154.] 

10.  Cheltenham,  Phillipps  8345.  Winneberger  says  «  Ueber  Lùckenhaf- 
tigkeit  ist  nichts  bekannt  ».  But  heprobably  overlooked  a  notice  of  this  ms. 
by  C.  Sachs =,  w^hich  would  hâve  escaped  me  but  for  a  timely  word  from 
M.  P.  Meyer;  no  hint  is  given  there  of  any  imperfection,  so  it  may  be  pre- 
sumed  to  be  complète.  Sachs  assigns  it  to  the  thirtcenth  century.  The  first 
28  lines  are  printed  in  the  Bulletin,  p.  62. 

1 1 .  Cambridge,  University  Library.  A  single  leaf,  found  by  Mr.  Jénkin- 
son  in  an  old  book-cover.  Described  at  a  meeting  of  the  Cambridge  Anti- 
quarian  Society,  on  Mar.  7,  1887,  by  Prof.  Skeat,  who  savs'.  «  The  writing 
is  perhaps  as  early  as  the  thirreenth  century  »  :  but  the  beginning  of  the 
fourteenth  century  isamore  probable  date.  We  shall  return  to  this  fragment 
further  on. 

The  Edwardes  ms.  was  numbered  565  in  Christie's  sale- 
catalogue,  where  it  is  described  as  foUows-*    : 

1.  ne  Brilish  Bibliognipher,  by  Sir  Egerton  Brydges  and  Joseph  Hasle- 
wood,  IV,  268.  See  an  article  in  the  Gentleman's  Magasine,  XCVIII.  II  (Dec. 
1828),  495,  over  the  signature  «  A  Clerk  of  Oxenforde  »,  which  Mr.  Ma- 
dan tells  me  was  a  pseudonym  used  by  Sir  Frederick  Madden. 

2.  Beilràge  :(iir  Kunde  alt-fr.,  engl.  und  profen^.  Literatur  (Berlin,  1857), 
pp.    50-54. 

3.  See  Academy,  XXXI,  224-5. 

4.  Catalogue  of  the  choice  and  mluahle  library  of  Sir  Henry  Hobe  Edwardes, 
Bart.ydeceased,  p.  68. 


AN    EARLY   MS.    OF    GUY  DE  IVARWICK  ']\ 

Roman  de  Guy  Comte  de  Warwick,  manuscript  of  tlie  xiv'h  century,  on 
vellum  (80  leaves)  bnnun  niorocco  extra,  hy  Bedfonl. 

It  contains  80  leaves  of  vellum,  measuring  230  by  156  milli- 
mètres, in  ten  quires  of  eight  leaves.  The  script  is  in  double 
columns  of  40  Unes,  written  throughout  in  one  hand,  proba- 
bly  towards  the  middle  of  the  thirteenth  century.  At  the  begin- 
ning  is  a  large  ornamental  initial  in  red,  white,  blue  and 
green  ;  the  sections  of  the  poem  are  marked  by  smaller  ini- 
tiais, red  with  green  flourishes,  or  blue  with  red  flourishes. 
From  the  accompanying  photograph  the  hand  will  be  readily 
recognised  as  that  of  the  Cbançun  de  Willauic  ;  and  there  can 
be  no  doubt  that  thèse  two  mss.  and  the  Adgar-ms.  were  in 
one  volume,  along  with  other  pièces,  at  some  time  not  long 
before  the  Edwardes  sale.  AU  three  were  bound  uniformly 
by  Bedford,  probably  in  the  latter  half  of  the  nineteenth  cen- 
tury, and  the  numbers  (3),  (4)  and  (é)  were  pencilled,  appa- 
rently  about  the  same  time,  at  the  top  of  the  first  page  of  Giii, 
Willanie  and  Aâgar  respectively.  There  is  nothing  to  show 
what  N°'  (i),  (2)  and  (5)  were,  nor  how  many  pièces  fol- 
lowed  Adgar.  The  présent  owner  tells  me,  however,  that  he 
remembers  seeing  another  volume,  similarly  bound,  and  pen- 
cil-numbered  in  double  figures,  at  the  Edwardes  sale  ;  he  also 
finds  indications  that  Adgar  was  not  originally  bound  up  with 
Gui  and  IVillamc,  but  that  it  joined  them  at  some  unknown 
period  before  the  middle  of  the  fifteenth  century.  However  this 
may  be,  let  us  hope  that  the  missing  numbers  will  some  day 
corne  to  light,  and  prove  not  unworthy  of  their  whilom 
companions. 

The  poem  contains  12^762  Unes  in  this  ms.,  part  of  fol.  80  r° 
and  the  whole  of  fol.  80  v°  being  left  blank,  while  many  ol 
the  other  pages  hâve  more  than  80  Unes  of  verse,  Unes  acciden- 
tally  omitted  having  been  inserted  in  the  margins  by  the  ori- 
ginal scribe.  As  I  hâve  not  had  an  opportunity  of  studying 
Dr.  Winneberger's  article  in  the  Frankfurter  neuphilologische  Bei- 
tràge,  1 887,  where  he  explains  the  principles  on  which  he  classifies 
the  mss.,  no  attempt  is  made  hère  to  assign  to  the  Edwardes 
ms.  its  proper  place  in  his  scheme.  The  foUowing  extracts  wiU 
however,  it  may  be  hoped,  be  of  some  service  towards  this 
end. 


1 

V 
3 


fk   ,2f^^iezlmi»^aiCtOi 


4 


ticoïc  «w  Ut  p*tr  ^Httnt^ 
mtfC^4lhrtff?ttW!ratiSi 

^  1)itMrtta^mF<mte 


1^  tf£^4(kl^:^d'ri?gm<^'. 
t  4r^î«ftmrî3i^i^ti2ô;0 


Ms.  Edwardes 


A\    FAKI.Y    MS.    OF    GUI  DE  irARtVlCK 


5      «^ 

5  0  3 
§  ^    - 


C.C.C.  Cambridge,  50 


74  J.-A.    HERBERT 

The  opening  Unes  are  : 


Puis  cel  tens  que  Deu  fu  néd, 
■    E  establi  fu  la  crestientéd, 

Multcs  aventures  sunt  avenues 
4  Q.ue  a  tuz  homes  ne  sunt  seùes. 

Car  (/.  Pur)   ço  deit  l'om    niult 
enquere 

E  pener  sei  de  ben  faire, 

E  des  boens  prendre  esperemenz 
8  Des  faiz,  des  diz  as  anciens 

QliI  devant  nus  esteient. 

Aventures  bêles  lur  aveneient 

Pur  ço  qu'il  ameient  vérité, 
12  Tut  dis  fei  e  lealté. 

D'els  deit  l'om  ben  sovenir 

E  lor  bons  faiz  dire  e  oïr. 

Ki  mult  ot  e  ço  retient 
i6  Sovent  mult  sage  devient; 

Iço  est  tenu  a  bêle  mestrie 

Ki  fait  le  sen  e  laist  la  folie. 

De  un  cunte  voluns  parler 
20  Ki  mult  fait  a  preiser, 

E  de  un  sun  seneschal 

Ke  preuz  ert  e  leal, 

E  de  Sun  fiz,  un  damaisel, 
24  Qui  mult  par  ert  e  gent  e  bel, 

E  cum  il  amat  une  pucele, 

La  fille  al  cunte,  que  mult  ert  bêle. 

En  Engletere  uns  coens  esteit, 
28  En  Warewic  la  cité  maneit. 

Riches  ert  e  de  grant  poeir, 

Cointes  e  sages,  bon  chevaleir  ; 

Riches  ert  d'or  e  d'argent, 
32  De  dras,  de  seie,  de  veisselement. 

De  forz  chastels,  de  riches  citez  ; 

Par  tut  le  règne  ert  mult  dotez. 

N'aveit  home  en  tote  la  tere 
56  Ki  vers  lui  osast  prendre  guère, 

Que  par  force  tost  nelpreïst(f.  ih) 

E  en  sa  chartre  le  meïst. 

Bons  chevalers  mult  ama, 
40  Riches  dons  sovent  lur  dona; 


Pur  ço  fud  cremu  e  doté 

E  par  tut  le  règne  preisé. 

Coens  esteit  de  mult  grant  pris, 
44  Sires  ert  de  tut  le  pais  ; 

De  Oxeneford  tote  l'onur 

Sue  esteit  a  icel  jur; 

De  Bokingeham,  de  tut  le  cunté, 
48  Sires  en  icel  tens  esteit  clamé. 

Li  coens  Roalt  out  a  nun  ; 

Mult  par  esteit  noble  barun. 

Une  fille  aveit  de  sa  moiller  ; 
5  2  Sa  grant  belté  ne  puis  cunter, 

Pur  la  plus  bêle  l'unt  choisie. 

Ore  est  raisun  que  l'um  vus  die 

Un  petitet  de  sa  grant  belté  : 
56  Le  vis  out  blanc  e  coluré, 

Long  e  traitiz  e  avenant, 

Bêle  bûche  e  nés  ben  séant, 

Les  oilz  veirs  e  le  chef  bloi, 
60  De  lui  veer  vus  semblast  poi. 

Bien  faite  de  cors,  de  bel  estature. 

Tant  par  ad  dulce  la  regardure; 

Curteise  ert  e  enseigné, 
64  De  tuz  arz  ert  enletré  ; 

Ses  meistres  esteient  venuz 

De  Tulette,  tuz  blancs  chanuz, 

Ki  l'aperneient  d'astronomie, 
68  D'arismatike,  de  jeometrie; 

Mult  par  ert  fere  de  corage. 

Pur  ço  qu'ele  ert  tant  sage 

Dux  e  cuntes  la  requereient, 
72  De  multes  teres  pur  lui  veneient  ; 

Mais  nul  d'els  amer  ne  voleit 

P'ir  ço  que  tant  noble  esteit. 

Felice  fud  la  bele  apelée  ; 
76  Pur  sa  belté  fud  mult  amée. 

De  totes  beltez  ert  ele  la  flur  ;  (f.  ic) 

Tant  bele  ne  fud  a  icel  jur. 

Ki  totes  teres  dunques  cerchast 
80  Une  tant  bele  n'i  trovast. 

Ki  tote  sa  belté  contereit 

Trop  grant  demorance  i  freit. 


De  la  pucele  larrum  ester  ; 
84  Del  seneschal  voldrum  parler, 


AN  EARLY    MS.    OF    GUI  DE  WARUICK 

« 

Ki  mult  crt  cortcis  e  sage. 


75 


This  may  be  compared  with  11.  1-85  oftheMarske  ms.,  print- 
ed  in  the  Bulletin,  1882,  pp.  46-9. 

The  following  lines  correspond  to  the  first  six  Unes  of  Royal 
8  F  IK  (cf.  Ward,  Cat.  of  Romances,  I,  485)  : 


Ore  s'en  va  Gui  del  estur;  (f.    ic) 
Mult  demeine  grant  dolur. 
Le  cors  Heralt  od  lui  porta, 


Sun  compaignun,  qu'il  tant  ania. 
Tut  dreit  s'en  va  a  un  abbeie 
Qu'il  vit  ester  près  de  la  veie. 


The  passage  in  which  Harl.  3775  breaks  off  (Ward,  I,  484) 
is  hère  : 


Gui  dit  a  ses  compaignuns  (f.  1 9  c) 
«  Seignurs,  ore  tost  nus  armuns, 
Les  Sarazins  irruns  assaillir.  » 
Chescun  se  peine  de  bien  ferir  : 
Hastivement  se  sunt  armez, 


En  lur  destrers  sunt  puis  muntez. 

Ferir  les  vont  erralment, 

N'i  ad  mes  esperniement. 

Gui  va  ferir  l'amirail  ; 

Escu  ne  halberc  ne  li  valt   un  ail. 


The  passage  in  which  the  Marske  ms.  is  defective  (see  Bulle- 
tin, p.  49)  begins  : 


«  Deus  !  Dunt  m'est  venu  cest  en- 
[combrer?  (f.  64  /') 
«  Ja  ne  combati  jo  pas  pur  luer 
«  Ne   pur  chastel  ne  pur  dungun, 

and  ends  : 

Venuz  sunt  par  devant  l'empereur 

(/•.  65 .0- 

Li  quons  Terri  n'est  pas  asseur. 
«  Sire  enpereres  »,  ço  ad  dit  Gui, 
«  Veez  ci  le  bon  cunte  Terri  ». 
Li  empereres  le  regarda, 
E  Terri  sun  chef  enbruncha, 


«  Ainzfispur  mun  bon  compaignun 

«  Que  de  péril  voleie  délivrer 

«  Dunt    il  out  mult  grant  niester. 


Car  deli  grant  pour  aveit. 

E  li  empereres  li  diseit  : 

«  Este  vus  ço  li  quons  Terri 

«  De  Guarmeis,  li  fiz  Alberi? 

—  OU  sire  »,  fait  il,  «  ço  sui  mun  ; 

«  Ore  sui  chaitif,  ia  fui  barun.  » 


The  story  of  Guy  ends  with  the  death  of  Felice  : 


Qu'ele  après  la  mort  sun  seignur 

[(f.  72  c) 
Morut  al  cinquantime  jur  ; 
Après  li  se  fist  mettre,  par  amur, 
Sevelie  fu  a  grant  honur. 


Ensemble  sunt  en  la  compaignie 
De  nostre  dame  sainte  Marie  ; 
E  issi  nus  doinst  Deu  servir 
Ke  en  sa   glorie   puissum  venir. 
[Amen. 


76  J.-A,    HERBKUT 

Tlie  poem  ends  at  this  point  in  the  Royal  ms.  :  sce  Ward,  I, 
487.  The  Edwardes  ms.  lias  a  two-line  space,  and  then  goes 
on  with  the  usual  continuation,  ofwhicii  Guy's  son  Rainhrun 
is  the  hero  : 


Ore  avez,  seignurs,  de  Gui  oï 
Cum  il  sa  vie  en  ben  feni  : 
Fei  e  lahé  tut  dis  ama, 
Sur  totes  riens  Deu  honura, 
E  Deu  le  gueredun  li  rendi, 
Cum  vus  avez  ici  01. 
Totes  buntez  en  li  csteient, 
Aventures  bêles  li  aveneient, 


En  bataille  ne  \-int,  ne  en  estur, 
U  il  ne  fust  tenu  al  nieillur. 

Q.uant  li  quons  Terri  oï  aveit 
Ke  Gui  sis   compainz  morz  esteit, 
Al  rei  vint  d'Englctere 
Le  cors  sun  compaignun  requere. 


The  concluding  section  is  : 

Quant  iloec  unt  scjurné  (f.  80) 
Tant  cum  lur  est  venu  a  gré, 
Al  cunte  unt  puis  congié  pris, 
Aler  voldrunt  en  lur  pais; 
Desoremès  ne  finerunt, 
A  la  mer  si  vendrunt. 
Quant  a  la  mer  venuz  sunt 
Hastivement  passer  se  funt  ; 
A  Lundres  sunt  tut  dreit  aie, 
U  le  rei  Adelstan  unt  trové. 
Le  reis  encontre  els  est  aie, 
Od  li  le  mi'jlz  de  la  cité. 
Mult  durement  les  ad  honuré  (f. 
[80  b) 
E  del  suen  assez  doné  ; 
A  Rainbrun  rent  sun  cunté, 
E  si  li  acreist  mult  sun  fé. 
Treis  jurs  i  sunt  sejurné, 
Al  quart  unt  pris  lur  congié. 
A  Warewic  vont,  a  la  cité; 
Cil  del  pais  en  sunt  mult  lié. 
Rainbrun  prentdeses  homes feltez; 


Mult  par  est  entr'els  amez. 
Heralt  s'en  va  a  Walingeford, 
A  sun  chastel  qui  est  bon  e  fort  ; 
Desore  i  voldra  sejurner 
Od  sa  femme,  la  bone  moiller. 
Car  mult  ad  sun  cors  travaillé 
En  plusurs  terres,  pur  sa  lealté. 
De  ceste  estorie  voil  fin  fere  ; 
Plus  ne  voil  des  ore  retraire. 
Bel  essample  i  puet  l'um  prendre, 
Qui  ben  le  set  e  velt  entendre  : 
De  prouesce  amer  e  lealté  tenir. 
De  tuz  bens  faire  e  mais  guerpir, 
Orguil  e  richesces  aver  en  despit. 
De  Guiun  nus  aprent  l'escrit  ; 
Ço  fu  la  sume  de  sa  valur. 
Qui  tut  guerpi  pur  sun  Criatur. 
E  cil,  qui  en  la  sainte  Trinité 
Uns  Deus  est,  par  sa  pité 
Nus  doinst  en  tere  lui  servir. 
Que  a  lui  en  glorie  puissums  ve- 
[nir.  Amen. 


The  last  twenty  lincs  may  be  compared  with  the  following 
extract  from  the  Corpus  ms.,  for  which  my  thanks  are  due  to 
M.  P.  Mever  : 


AN    EARLY    MS.    OF 

Heraud  s'en  va  a  Walingeford,  (f. 
[182) 
A  son  chastel  bon  e  fort  ; 
Des  ore  i  vodra  sojurner 
Od  sa  femme,  bone  mulicr, 
Kar  mult  ad  son  cors  travaillé 
En  plusurs  lius,  por  sa  beauté. 

De  ceste  estorie  voil  fin  faire; 
Plus  n'en  voil  des  ore  traire. 
Bel  ensaumple  i  peut  em  prendre, 
Qui  bien  la  siet  e  veut  entendre  : 


GUI  DE  WARWICK  77 

De  pruesce  amer,  leauté  tenir. 
De  tuz  biens  faire  e  mal  gerpir, 
Orguil,  richesces  aver  en  despit, 
De  Guion  nus  aprent  le  escrit  ; 
Ceo  est  la  sumnie  de  la  valur 
Ke  tut  guerpi  pur  sun  Crcatur. 
E  cil,  qui  en  la  sainte  Trinité 
Un  Deu  est,  par  sa  pité 
Nus  doint  en  terre  si  servir, 
Ke  a  li  en  glorie  puissums  venir. 
[Amen. 


The  Cambridge  fragment  '  consists  of  a  single  leaf  of  vellum, 
rneasuring  205  by  149  millimètres,  in  double  columns  of  30 
Unes;  each  section  begins  with  a  large  red  initial,  in  the  other 
lines  the  first  letter  is  touched  with  red.  The  text  deals  with 
Guy's  victory  over  the  dragon  and  bis  betrothal  to  Felice,  ans- 
wering  to  11.  6947-7078  of  the  fifteenth  century  English  ver- 
sion -  ;  the  corresponding  passage  in  the  Edwardes  ms.  runs 
from  fol.  46  d,  1.  7,  to  fol.  47  c,  1.  20.  The  Cambridge  text  is 
as  follows  : 


La  beste  chet,  ne  puet  avant, 
Crie  e  brait,  grant  doel  fesant. 
Gu:  se  retret  atant  arere 
4  Pur  la  puur  5  que  est  si  fere. 


Puis  que  beste  ^  mort  estoit 
De  5  lungur  trente  pez  avoit. 
Gui  lui  va  le  chef  couper, 
8  Ensemble  od  lui  le  fet  porter. 
Si  vient''  a  ses  compaignons 


1.  No  II  in  the  foregoing  list.   I  am  greatly  indebted  to   Mr.  Jenkinson 
for  his  courtesy  in  sending  it  to  the  British  Muséum  for  my  use. 

2.  The  Romance  of  Guy  of  IViirwick,  éd.  Zupitza,  Early  Engl.  Text  Soc, 
1875-6,  pp.  199-203. 

5.   Ediu.  pulence.  Echu,  bas  iwo  addilional  lûtes  after  l.  4  : 
Ne  i  osa   dune  adeser, 
En  loinz  s'en  ala  reposer. 

4.  Ediv.  la  beste. 

5.  Ediv.  En.  For  //.  y-iS',  Edw.  bas  : 

Pur  merveille  l'unt  tuit  mesurée 
La  gent  qui  erent  de  la  contrée; 
La  teste  puis  trencher  ala. 
Ensemble  od  sei  la  emporta. 

6.  Edw.  Revenuz  est. 


7^  J.-A. 

Que  pur  lui  sunt  '  en  afflictions. 

A  Everwyc  puis  s'en  ala, 
r  2  Al  roi  le  chef  présenta  ; 

Lui  rois  mult  heité  se  fet  ' 

Quant  seine  heité  le  veit. 

A  Everwic  unt  le  chef  pendu, 
i6  A  grant  merveille  l'unt  tenu. 

Gui  al  roi  ad  cungé  pris, 
Si  s'en  vet  '  en  sun  pais. 
A  Wailigfort  ■♦  s'en  est  aie  ; 

20  Ceus  '>  del  honur  i  ad  trové. 
Que  pur  lui  grant  joie  firent, 
Meitit  jors  de  lui  ren*  n'oïrcnt, 
Quar  sis  pères?  mort  estoit, 

24  Autre  eir  de  lui  n'en  avoit*. 
Heralt  sun  mestre'  dune  apella; 
Tout  cel  honur  lui  dona  '°, 
[E]  a  cels"  qui  l'ont  servi 


HERBERT 

28  Lur  g[uari]sun  mult  ben  rendi  ". 
A  Warvvic  puis  s'en  ala, 
Al  cunte  que  mult  le  honura, 
E  tout  cil  '5  de  la  cuntré  (ro  /') 

32  Si  sunt  pur  lui  mult  heité'-». 

Lui    quoens    l'eime   e    mult    ho- 
[nure'5, 
Sanz  lui  ne  volt  estrc  nul  hure, 
Ensemble  vont  en  bois  chascer 

36  E  en  rivcre  pur  riveicr. 
A"'  sa  amie  parler  ala, 
Toute  sa  vie  lui  ■'  cunta, 
Cum  riches  rois  e  emperors 

40  Lui  unt  offert  '^  mult  grant  honurs, 
E  cum  ert  amé  des  puceles, 
Finies '9  as  princes,  que  mult  sunt 
[bêles, 
Mes  nul  amer  ne  voloit; 


3- 
4. 
5- 
6. 

7- 
8. 

9- 
10. 
II. 
12. 


14. 

15- 

16. 

17- 
18. 

19- 


Edw.  erent. 

Edw. 

Li  reis  joius  e  lez  se  fait 
Quant  Gui  sain  e  haite  veit. 

Ediv.  Aie  s'en  est. 

Edw.  Walingford. 

EdzL'.  Ses  homes. 

Edw.  novele. 

Edw.  sun  père. 

Edw.  dune  n'aveit. 

Édw.  Heralt  d'Arderne. 

Edw.  Tote  l'onur  puis   li  dona. 

Edïu.  E  a  ses  homes. 

Edii-,  Lur  guareisun  ben  lur  rendi.  Tben  Iwo  additional  lines 

As  chevalers  e  as  serganz 

E  as  petiz  e  as  granz. 
Edw.  icil. 

Edw.  Pur  lui  unt  joie  démenée. 
Edw.  l'onure. 
Edw.  Puis  a. 
Edw.  mustré  lui  ad. 
Edw.  Offert  li  unt. 
Edw.  Des  filles. 


AN  EARLY    i\lS.    OF    GUI  DE  IFARJriCK 
44  Altre  de  lui  jamès  n'averoif. 


79 


«  Amis  '  »,  fet  de,  «  vostre  merci 
«  E  jo  verraiment  vus  di  ' 
«  Que  mult  requis  ai  esté 

48  «  Des  plus  riches  del  régné, 

«  Mes  nul  de  eus  amer  4  ne  voloie, 
(c  Ne  a  nul  jur  mes  ne  feroie. 
«  A  vus  me  doins  q>  si  me  otroi. 
52  «  Vcstre  pleisir  fetcs  de  moi.  » 
Gui  de  joie  l'en  ad  beisé; 
Unkes  mes  ne  fu  si  lé'^ 
Joie  demeine  e  î  nuit  e  jour 

56  Quant  est  asseur  de  ?  sa  amur. 

Lui  quoens  un  jour  sa  fillieapele^  : 


«  Felice  »,  fet  il,  «  fillie  bêle, 
«  Pur  Deu,  quar  pernez  baron; 
60  «  Nous  n'avom  cir  si  vus  nun. 
«  Dux  e  cuntes  vus  unt  requis  (vo) 
«  Quevenuz  sunt  de»  autre  païs; 
«  Nul  de  eus  ne  volez'°  prendre. 

64  «  Cumben  volez"  vus  atendre? 
—  Sire  )),  fet  ele,  «  jo  en  penserai, 
(i  Deci  que  al  terz  jor  vus  dirrai  •^  » 
Cum  il  avint  '5  al  tierz  jor 

68  Lui  quoens  apele  par  '*  amor 

Sa  fillie   que  tant   par  est  sage  '5  : 

«  Dites  moi  »,  fet  il  '^,  «  tun   co- 

[rage. 

—  Sire  »,  fet  ele,  «  jo  vus  dirrai  '7 

72  «  Cum  en  mun  quor  purpensé  ai  '». 


Edîu.  ne  ja  n'amereit. 

Edîu.  Sire  Gui. 

Edw.  le  vus  di. 

Edw.  Mais  amer  nuL 

Edzu.  omits  e. 

Edw.  Une  mes  de  rien  ne  fu  tant  lé.  Then  two  additional  Unes 

A  s'amie  prist  puis  congié, 

Si  est  a  sun  ostel  aie. 


Edw 
Edw 


9- 
10. 

II. 
12. 

13- 

14. 

15- 
16. 

17- 
18. 


Edw. 
Edw. 
Ediu. 
Edw. 
Edw. 
Edw. 
Edw. 
Edw. 
Edw. 
Edw. 


.  del  suen  amur. 

.  bas  for  11.  ;  y -60 

Li    quons  sa  fille  apela, 
Devant  sa  mère  l'areisona  : 
Fille,  fait  il,  pernez  barun; 
N'avums  nul  heir  si  vus  nun. 

d'estrange  païs. 

Nuls  d'els  ne  voliez  vus. 

voldrez  fille  atendre. 

Deci  al  tierz  jur  le  vus  dirrai. 

vint. 

par  grant  amur. 

Felice  sa  fille  qui  tant  ert  sage. 

Fille  di  mei. 

ben  vus  mustrai. 

corage  purposé  l'ai. 


gQ  J.-A.    HERBERT 

«  Ne  VUS  en  pcist  si  jo  le  vus  di,  «  Son  -  corage  saver  voudrai.  » 
«  Beau  duz  sire,  jo  vus  pri  '  : 

«  Ceo  est  Gui,  vostre  chivaler,  Un  jor,  cum  il ■'  repeira  (vo  b) 

76  «  En  le  niunde  ne  ad,  ceo  croi,  sun  92  De  la  rivere,  ou  il  pris  a 

[  per  ^  Volatil  a  grant  plentc, 

«  Si  jo  certes  '  lui  n'en  ai  Gui  ad  a  soi  apellé  '+. 

«  James  autre  n'en  amerai*.  «  Gui  »,  fet  il,  «  entendez  '5  ça. 

—  Fillie  »,  fet  il,  «  ben  avez  dist.  ^(^  „  Vostre  corage  me  dirrez  ja  'S 

80  «  Dampnedeu  vus  en  ait  5,  „  Quant  vus  femme  prendre  vou- 

«  Quant  vus  or  lui  '  desirez  [drez  ? 

«  Par  ki  serom  honurez^  ;  ^^  Q^\^y  ^.^ç,  ne''  me  deviez. 
«  Jo  l'amasse  ceste  cité 

84  «  Que  il  venist  Gui  a  gré  ».  _  «  Sire  ,.,  fet  il,  jo  ■»  vus  d.rrai  : 

«  Tarn  ad  refusé  puceles,  100  «  En   le   munde  "  n'ad   femme 

,           ,1  loue  jo  sai 

«  Filliesasrois, que  multsunt  bêles,  l  .      ) 

«  Que  plus  de  vus  valent  d'assez ..            «  Que  jo  preisse,  si  une  nun 
88  «Mes  quant  vus. o,  fillie  taml'amez            «    Pur    nent    me    metre.ez^^^  a 
«  Volunters  en"  parlerai, 

1.  Edw.  ço  vus  en  pri. 

2.  Edw.  El  mund  n'en  ad  ço  qui  sun  per. 

3.  Edu\  Certes  si   jo. 

4.  Ediv.  A  nul  jur  mes  barun  n'avrai. 

5.  Edw.  Beneie  vus  ore  qui  une  ne  mentit. 

6.  Ediu.  celui  (omitting  or). 

7.  Edw.  tuz  honorez. 

8.  Edw.  Que  de  vus  prendre  li  venist  a  gré. 

9.  For  11.  Syj,  Edw.  bas  : 

Pucele  amer  une  ne  deignat. 
Tantes  puceles  refusez  ad, 
Filles  de  reis  e  de  empereurs. 
Qui  mult  erent  de  greignur  valur^ 
Que  n'estes  vus,  jamès  serrez. 

10.  Ediv.  bêle. 

1 1.  Edw.  a  lui  en. 

12.  Edw.  Tut  sun. 

13.  Edic.  li  quons. 

14.  Edw.  Guiun  par  sei  ad  apelé. 

1 5 .  Ediu.  ça  entendez. 

16.  Edw.  car  me  diez. 

17.  Edw.  nel  me  devez. 

18.  Edw.  jol. 

19.  Edw.  El  mund 

20.  Edw.  mettreit  hom. 


An  early  ms.  of  gui  de  ivarwick 


8i 


—  Gui  »,  fet  il,  «  ore  entendez. 
104  «  Une  fillie  ai,  cum  vus  savez  ■  ; 

«  Autre  eir  nen  ai  -  si  lui  nun  ; 
i<  Grant  terre  l'atent  cî  environ  5 . 
«  Jo  la  vus  doins  si  la  pernez, 
108  «  De  toute  ma  terre  sire  soiez  *. 

—  Sire  »,  fet  Gui,  «vostre merci. 
«  Grant  honur  me  mustrez  ci  5. 
«  Vostre  fillie  melz  voudroie 

112  «  Od    Sun  cors,    melz    que    ne 

feroie  ^ 


«  La   fillie  al  emperor   de  Ale- 

[maigne 

«  Od    toute    sa     terre    cham- 

paigne7.  » 

Lui  quoens  l'en  ad  mult  *  mercié 

1 16  Al  col  le  prent,  si  l'ad  beisé'. 

«  Gui  »,  fet  il,  «  ore  sai  j[o]  bien 

Que  vus  m'amez  sur[tu]te  ren  '°. 

Si  voil  des  hui  a  quin[ze]  jors  " 

120  Teignoms'^  les  noces  a  grant  ho- 

[nurs.  » 


J.-A.  Herbert. 


I. 

Edw. 

2. 

Ediv. 

?• 

Ediv. 

4. 

Edw. 

5- 

Edw. 

6. 

Edw. 

7- 

Edu: 

8. 

Ehu. 

9- 

Edw. 

10. 

Edw. 

II. 

Edw. 

12. 

.  Edw 

bêle  ben  le  savez. 

N'ai  altre  heir. 

Jo  la  vus  durrai  sire  Guiun. 

adds  t-wo  liiics  : 

De  chastels  e  de  citez, 
Vostre  plaisir  de  tôt  facez. 
Mult  ad  grant  honur  ici. 
Sul  od  Sun  cors,  que  jo  ne  freie. 
la  tere  si  k'en  Espaigne. 
sovent  baisé. 

De  mult  bon  quor  mercié. 
,  adds  two  Unes  : 

Quant  ma  fille  prendre  volez 
E  tantes  bêles  guerpi  avez. 
,  D'icest  jur  dune  a  ait  jurs. 
.  Seient. 


Romania,  XXKV 


JAMETTE    DE    NESSON 
ET    MERLIN    DE    CORDEBEUF 


Le  bagage  littéraire  de  Jamette  de  Nesson  n'est  pas  lourd  : 
on  n'aura  garde  de  le  confondre  avec  celui  de  Cristine  de  Pisan. 
Nous  connaissons  d'elle  un  rondeau  amoureux  adressé  à  Tanne- 
guv  du  Chastel  (qui  y  répondit  galamment),  et  c'est  tout'. 
iMais  on  peut  tenir  pour  certain  qu'elle  avait  beaucoup  écrit. 
Autrement,  on  ne  s'expliquerait  pas  la  place  d'honneur  que  lui 
a  accordée  indirectement  Martin  Le  Franc  dans  son  Champion 
des  Dames,  en  faisant  reprocher  par  «  l'Adversaire  »  à  «  Franc- 
Vouloir  »,  panégyriste  enthousiaste  de  Cristine,  d'avoir  passé 
sous  silence  «  la  belle  Jamette  »  : 

Et  m'esbahis  que  mot  ne  son 
N'as  fait  de  la  belle  Jamette, 
Niepce  de  Pierre  de  Nesson  : 
Ele  vault  qu'en  rench  on  la  mette, 
Car  n'est  rien  dont  ne  s'entremette. 
Et  l'appeU'on  l'aultre  Minerve  ^ 

Sa  qualité  de  nièce  de  Pierre  de  Nesson  est  tout  ce  que  la 
postérité  a  su  jusqu'ici  de  sa  biographie.  M.  Gaston  Raynaud 
a  conjecturé  qu'elle  était  fille  de  Jamet  de  Nesson,  officier  de 
Charles  VI  '  :  les  documents  complémentaires  que  j'ai  publiés 
récemment    sur  Pierre  de   Nesson  •♦  et  ceux    que   je  vais  faire 


1.  Gaston  Raynaud,  Rondeaux  et  antres  poésies  du  XV^  siècle  (Paris,  iJ 
Soc.  des  anc.  textes  français),  p.  59-60. 

2.  Vers  cités  par  G.  Paris,  Romania,  XVI,  417. 

3.  Rondeaux,  p.   xxviii. 

4.  Romania,  XXXIV,  540  et  s. 


JAMETTE    DE    NESSON    DT    MERLIN    DE    CORDEBEUF  83 

connaître  confirment  cette  hypothèse  et  fournissent,  directe- 
ment ou  indirectement,  beaucoup  de  détails  sur  la  carrière  mon- 
daine de  famette  deNesson.  Espérons  que  l'avenir  nous  réserve 
des  découvertes  plus  intéressantes  encore  sur  son  activité  litté- 
raire. 

Mais  avant  de  parler  de  notre  «  Minerve  »,  il  est  bon  de 
déblayer  le  terrain  et  de  prévenir  le  lecteur  qu'il  a  existé,  dans 
la  première  moitié  du  xV^  siècle,  une  Jamette  de  Nesson  qu'il 
faut  se  garder  de  confondre  avec  elle.  Cette  Jamette  était  veuve 
d'Etienne  Souchet  ou  Sochet  et  plaidait,  à  Poitiers,  le 
29  novembre  1423,  devant  le  parlement  de  Charles  VII,  contre 
le  célèbre  Pierre  de  Giac,  ainsi  qu'en  fait  foi  l'extrait  suivant'  : 

Entre  Jamette  de  Nesson,  veuve  de  feu  Estienne  Sochet,  en  son  nom  et 
comme  administrateresse  du  filz  d'elle  et  du  dit  défunt  et  héritier  d'icelui 
défunt,  demanderesse  et  complaignant  en  cas  de  saisine  et  de  nouvelleté  et 
aussi  sur  excès,  d'une  part,  et  messire  Pierre  de  Giac,  deffcndeur  et  oppo- 
sant, d'autre  part. 

Pour  la  dicte  Jamette,  Rabateau  dit  que  son  dit  feu  mary  estoit  notable 
homme  et  que  le  dit  Giac  et  sa  mère,  l'an  IIII'^  XI,  pour  le  douaire  de  la 
suer  du  dit  messire  Pierre  paier  et  autres  leurs  affaires,  vendirent  et  trans- 
portèrent au  dit  feu  mary  de  Jamette  le  chastel  ou  lieu  de  Brion-. 

Les  registres  du  Parlement  parlent  souvent  de  la  veuve 
d'Etienne  Souchet,  entre  1423  et  1427,  soit  à  propos  de  ce  pro- 
cès, soit  à  propos  de  deux  autres  affaires'.  Mais  nous  n'avons 
pas  à  la  suivre  plus  loin.  Il  nous  suffira  de  dire  que  son  mari 
était  un  notable  marchand  de  Clermont,  en  Auvergne +,  et  qu'il 
avait  obtenu  pour  lui,  sa  femme  et  ses  descendants,  des  lettres 
d'anoblissement  dans  les  dix   dernières  années  du  xiv^  siècle^. 


1.  Arch.  Nat.,  X'  a  9197,  f°  266  v». 

2.  Brion,  c"''  de  Compains,  co"  de  Besse  (Puy-de-Dôme).  Il  y  a  un  hom- 
mage de  cette  terre,  en  1494,  au  comte  de  Montpensier,  par  quatre  frères 
Souchet  (Noms  fi'ochiux,  II,  914  :  on  a  lu  Brioii). 

3.  Arch.  Nat.,  X'.\  9197,  fo  278,  284,  302,  307  ;  9198,  f°  230,  233,  308, 
314  ;  9199,  f°  8,  etc. 

4.  L'avocat  de  la  partie  adverse.  Me  Jouvenel,  dit  de  lui  :  «  Souchet  estoit 
marchant  soutil  et  faiiiosiis  de  nsiiris,  vel  quasi  »  (plaidoirie  du  31  janvier 
1424,  Arch.  Nat.,  X'a  9197,  f"  284). 

5.  Bibl.  Nat.,  Nouv.  acq.  franc   7745,  fo  103,  vo  :   «  Nobilitatio  Stephani 


84  A.     THOMAS 

L'acte  le  plus  ancien  que  je  connaisse  relativement  à  Jamette 
de  Nesson  la  poétesse  est  un  acte  immédiatement  consécutif  à 
la  célébration  de  son  mariage  qui  eut  lieu  à  Paris  le  25  janvier 
143 1  (nouv.  style).  Le  baron  de  Joursanvault  en  possédait 
l'original,  qu'il  céda  à  un  descendant  de  la  famille  dans  laquelle 
était  entrée  par  alliance  Jamette  de  Nesson  '  ;  je  ne  sais  ce  qu'il 
est  devenu.  Heureusement,  il  s'en  conserve  à  la  Bibliothèque 
Nationale  une  copie  presque  complète,  faite  au  .wnr'  siècle,  et 
qui  suffit  pour  le  but  que  nous  poursuivons  -.  Dans  cet  acte, 
reçu  par  deux  notaires  du  Châtelet,  Jaques  de  Vaux  et  Jean 
François,  Jamette  est  dite  fille  de  feu  Jamet  de  Nesson,  écuyer, 
et  de  demoiselle  «  Ysabel  de  Nesson  »  ;  son  mari  est  nommé 
Huguet  de  Cordebeuf,  dit  Merlin.  On  y  voit  intervenir  le  mari 
de  Guillemette,  sœur  ainée  de  Jamette,  Jaques  Falle  ',  bourgeois 
de  Paris.  Voici  d'ailleurs  la  partie  essentielle  du  document  : 

...Disans  et  affcrmans  les  dites  parties  que  comme  ce  jour  d'uy,  par  lettres 
faictes  et  passées  avant  les  espousailles  et  solemnité  du  mariage,  qui  au  jour 
d'uy  avant  le  passement  de  ces  présentes  a  été  faict,  solemnizé  et  célébré  en 
sainte  Eglise,  dudit  Huguet,  dit  Merlin,  et  la  dite  dam^'e  Jamette  de  Nesson, 
entre  les  autres  choses  contenues  au  dit  traittié,  les  dis  Jacques  Falle  et 
dam"e  Guillemcte  eussent  et  aient  transporte?  et  délaissé  a  tousjours,  par 
forme  de  partaige  sur  ce  faict  entre  eulx,  aus  dis  Huguet,  dit  Merlin,  et  a  la 
dite  Jamette  a  cause  d'elle,  lors  sa  fiancée  et  a  présent  sa  femme  espousee, 
tous  les  droits...  etc.  qui  a  la  dite  Guillemete  pourroient  appartenir  a  cause 
de  feu  Jamet  de  Nesson  escuier,  son  père,  etc.,  combien  que  par  convention 
faite  entre  eulx  paravant,  comme  ils  disoient,  les  dis  Huguet  et  sa  femme  ne 
dévoient  avoir  que  le  droit,  part  et  portion  que  a  cause  de  ce  la  dite  Jamete 
seulement  et  de  son  chief  y  avoit  et  pouvoit  avoir,  sans  avoir  le  droit  des  dis 

Socheti,  Jacobitie  uxoris  et  prolis,  febr.  139  ?  ;  Chambre  des  comptes,  reg.  3, 
fo  95.  »  Le  chiffre  de  l'année  manque;  le  registre  visé  a  été  détruit,  comme 
tant  d'autres,  dans  l'incendie  de  la  Chambre  des  comptes  de  1737. 

1.  Le  catalogue  manuscrit  de  la  collection  de  Joursanvault,  que  j'ai  vu  à 
Londres  (British  Muséum,  Add.  Mss.  ii539)en  octobre  1903,  porte  à  la 
p.  30,  en  marge  de  l'analyse  de  ce  contrat,  la  note  suivante  :  «  Cédé  à  M.  de 
Cordebeuf,  marquis  de  Mongon.  » 

2.  Franc.  27337,  fo  15  v"-i7  v°  (série  dite  des  Pièces  originales,  ancien 
Cabinet  des  titres,  dossier  CordeheuJ). 

3.  J'ignore  s'il  faut  prononcer  Fdlle  ou  Fallc  et,  dans  le  doute,  je  m'en 
tiens  à  la  graphie  ambiguë  du  moyen  âge.  Le  premier  secrétaire  de  la  Cour 
atnotireiise  étudiée  par  M.  Piaget  était  Jean  Ftillc,  sommelier  de  corps  du  roi 
(Roiiiiiiiia,  XX,  1891). 


JAMETTE    DE    NESSON    ET    MERLIN    DE    CORDEBEUF  bj 

Falle  et  sa  femme...,  et  sans  ce  aussi  que  es  héritages...  du  dit  feu  Jamet, 
estans  a  Paris  et  environ  et  ailleurs  par  deçà  la  rivière  de  Loire,  icelle 
Jamete  peust  avoir  ou  demander  aucun  droit  lors  ne  ou  temps  advenir,  pour 
ce  que  par  le  dit  traictié  et  partaige  ilz  dévoient  demeurer  a  dam'l'^  Ysabel  de 
Nesson,  leur  mère,  et  aux  dis  Jacques  Falle  et  sa  femme...,  néanmoins  a  la 
vérité  le  dit  transport  du  dit  droit  et  part  d'icelle  dam'ie  Guillemete  des  dites 
choses,  heritaiges  et  biens  qui  furent  au  dit  feu  Jamet,  estans  par  delà  la  dite 
rivière  de  Loire,  avoit  et  a  esté  ainsi  fait,  comme  les  dites  parties  disoient, 
pour  et  affin  que  les  dis  Huguet'  et  Jamete,  sa  femme,  peussent  et  puissent 
plus  valablement  en  leurs  noms  saulver  a  la  dite  dam"e  Guillemete,  son 
dit  droit  et  part...  Pour  quoy,  en  usant  de  bonne  foy,  les  dis  Huguet  et  sa 
femme...  consentent  et  accordent  que  le  dit  transport  et  délaissement  ainsi 
a  eulx  fait  par  la  dite  forme  de  partaige  et  au  dit  traictié  de  mariage  d'iceulx 
heritaiges  et  droits  de  la  dite  Guillemette,  situez  aud.  lieu  d'Aiguespersez  et 
ailleurs  par  delà  la  rivière  de  Loire,  n'ait  aucun  effet. 

Dans  l'acte  en  question,  la  mère  de  Guillemette  et  de  Jamette 
de  Nesson  est  appelée  «  Ysabel  de  Nesson  »,  du  nom  de  famille 
de  son  mari;  mais  en  réalité  elle  s'appelait  Marcadé  ou,  selon 
l'usage  populaire  de  mettre  le  nom  de  flimille  au  féminin  en 
l'appliquant  aux  femmes,  usage  que  nous  constatons  dans  un 
acte  du  23  décembre  1440,  transcrit  aux  registres  du  Conseil 
du  parlement  de  Paris,  «  la  Marcadee  »  :  elle  était  morte  à 
cette  date  et  sa  succession  était  litigieuse  '.  Nous  savons  par 
ailleurs  qu'elle  avait  épousé  en  secondes  noces  Jean  Lamy  ^  et 
qu'elle  vivait  encore  le  23  août  1438  ^  Elle  appartenait  à  une 


1.  Reg.  du  parlement  de  Paris,  Conseil,  Arch.  Nat.  X'a  1482,  fol.  155  vo 
(23  déc.  1440)  :  «  Entre  damoiselle  Anthoinete  de  Maignac,  vcfve  de  feu 
maistre  Guillaume  Lamy,  tant  en  son  nom  comme  ayant  le  gouvernement 
des  enfans  du  dit  Lamy  et  d'elle,  soy  faisant  fort  de  maistre  Hugues  Lamy, 
et  damoiselle  Guillemette  de  Nesson,  en  son  nom  et  soy  faisant  fort  de 
Merlin  Cuerdebuef  (^r/V)  et  de  Jamette  de  Nesson,  sa  femme,  filles  et  héritières 
de  feu  Isabeau  la  Marcadee,  jadix  femme  de  feu  Jamet  de  Nesson...  » 

2.  Reg.  du  pari.,  Arrêts,  Arch.  Nat.  X'a  69,  fol.  65  \°  (12  janvier  1437, 
nouv.  st.)  :  «  Cum  lis  mota  fuisset...  inter  Johannam  Bourbeline,  defuncti 
Guillermi  Mercadé  viduam,  et  Guillermum  Mercadé,  ipsorum  defuncti  et 
Johanne  filium,  actores,  ex  una  parte,  et  magistrum  Jacobum  Tiessart,  Ysa^ 
bellim  Mercadee,  Johannis  Lamy,  uxorem  ab  eo  separatam,  Gei-aldam 
Raguiere,  defuncti  Jacobi  Mercadé  relictam,  defensores .  .  .    » 

3.  Reg.  du  pari.,  Arrêts,  Arch.  Nat.  X'A  69,  fol.   185  v°  (23  août  1438). 


86  A.    THOMAS 

hiiiiillc  qui  n'ctait  peut-être  pas  parisienne  d'ori*;inc,  mais  qui 
était,  en  tout  cas,  fixée  à  Paris  depuis  longtemps  et  en  posses- 
sion d'olHccs  de  la  maison  du  roi.  Le  dossier  Marcadé  de  la 
série  des  pièces  originales  de  l'ancien  Cabinet  des  Titres  de  la 
Bibliothèque  Nationale  (aujourd'hui  coiéficuiç.  283  i9)contient 
un  certain  nombre  d'actes  concernant  les  uns  Jaques  Marcadé, 
qualifié  écuyer,  d'abord  serviteur  de  François  Chanteprime  ' 
dont  il  devint  gendre,  puis  valet  de  chambre  du  roi,  dès  1383, 
les  autres  un  homonyme,  premier  sommelier  du  roi  en  1403, 
fils  du  valet  de  chambre  :  ce  sont  respectivement  le  père  et  le 
frère  de  notre  «  Ysabel^  ».  Le  testament  de  Jaques  Marcadé  père, 
daté  du  6  août  1409,  a  été  transcrit  dans  un  registre  du  parle- 
ment de  Paris  et  le  texte  nous  en  est  parvenu  grcâce  à  cette 
trancriptiôn  5.  Nous  y  apprenons  que,  par-devant  les  notaires 
au  Châtelet  Jehan  Hure  et  Toussains  Badoulx,  «  Jaques  Marcadé, 
escuier,  varlet  de  chambre  du  roy...  eslut  sa  sépulture  et  voult 
estre  enterré  en  l'église  Saint  Gervais  a  Paris,  dont  il  est  par- 
roissien,  en  une  chapelle  par  lui  nagaires  taicte  édifier  et 
ordener  en  ycelle  église  »  et  qu'il  choisît  comme  exécuteurs 
testamentaires  «  damoiselle  Jehanne  Chanteprime,  sa  femme, 
honnorable  homme  et  saige  maistre  Estienne  de  Vray, 
conseiller  du  roy  nostre  sire  et  maistre  en  sa  Chambre  des 
Comptes  a  Paris,    maistre  Guillaume  de   Neauville,  secrétaire 


1.  François  Chanteprime,  originaire  de  Sens,  fut  un  des  plus  gros  bonnets 
des  finances  sous  Charles  V  et  Charles  VI  ;  voyez  la  notice  développée  que 
lui  a  consacrée  M.  Maurice  Roy  dans  son  livre  intitulé  :  Le  Chcsnoy  le:^  Setis 
(Sens,  1901),  p.  37-64. 

2.  Aucun  indice  de  cette  parenté  ne  se  trouve  dans  les  pièces  du  dossier  ; 
mais  les  actes  judiciaires  visés  .ci-dessus  et  le  testament  analysé  plus  loin  ne 
laissent  aucun  doute  à  ce  sujet. 

3.  Arch.  Nat.  X'  a  9807,  fol.  261  \°.  M.  Tuetey  a  tiré  de  ce  registre  la 
matière  de  sa  publication  intitulée  :  Tcstaiiients  eiircgistn's  au  parlement  de 
Paris  sous  le  règne  de  Charles  FI,  qui  a  paru  en  1880  dans  la  Collection  des 
documents  inédits  relatifs  à  l'histoire  de  France,  Mélanges  historiques,  t.  III, 
p.  241-704;  mais  il  a  fait  un  choix  parmi  ces  testaments,  et  celui  de  Jaques 
Marcadé,  qu'il  a  indiqué  à  sa  place  sans  le  publier,  est  toujours  inédit;  il 
n'offre  d'ailleurs  rien  qui  sollicite  particulièrement  la  curiosité.  Jaques  Mar- 
cadé survécut  peu  de  temps  à  son  testament  :il  ét;iit  mort  avant  le  17  octobre 
suivant  (Reg.  cité,  fol.  15  vo). 


JAMETTE    DE   XESSON    ET    MERLIN'    DE    CORDEBEUF  87 

du  roy  nostre  dit  seigneur,  Albert  du  Moulin,  maistre  Pierre 
Marcadé,  secrétaire  du  roy  nosrre  dit  seigneur  ',  et  Jaques  Mar- 
cadé,  premier  sommelier  de  corps  du  roy  nostre  dit  seigneur  ». 

Mais  laissons  les  Marcadé  ^  pour  revenir  à  Jamette  de  Nesson 
et  à  Huguet  de  Cordebeuf  dit  Merlin. 

Comme  on  le  sait  par  les  documents  déjà  publiés,  Jamette  de 
Nesson  et  son  mari  poursuivirent  énergiquement  la  revendica- 
tion de  leur  part  des  biens  de  Jamet  de  Nesson  contre  leur 
oncle  Pierre,  le  poète,  frère  cadet  de  Jamet,  et,  après  sa  mort, 
contre  ses  héritiers  :  le  parlement  de  Paris,  par  arrêt  définitif 
du  5  juillet  1453,  leur  donna  satisfaction  '.  Il  est  à  croire  que 
la  sœur  de  Jamette,  Guillemette  de  Nesson,  avait  conclu  un 
arrangement  particulier  au  sujet  des  droits  qui  devaient  lui  reve- 
nir de  la  succession  paternelle,  car  il  n'est  pas  fait  mention  de 
son  intervention  dans  le  procès  soutenu  par  sa  sœur  et  par  son 
beau-frère.  "Veuve  dès  1434,  elle  mourut  au  mois  de  septembre 
1466,  sans  enfants  +.  Jamette  de  Nesson  ne  parait  pas  avoir  sur- 


1.  Resté  à  Paris  sous  la  domination  de  l'Anglais,  P.  Marcadé  mourut  peu 
avant  le  18  mai  145 1,  date  où  le  Parlement  évoqua  la  connaissance  de  l'exé- 
cution de  son  testament  (Arch.  Nat.  X'  a  9807,  fol.  27  v). 

2.  Il  est  probable  que  c'est  ce  nom  de  famille  qui  s'est  perpétué  dans  celui 
d'une  rue  et  d'une  cité  du  18=  arrondissement  de  Paris  dites  aujourd'hui  Mar- 
cadet.  Mon  ami  Fernand  Bournon,  si  familier  avec  l'histoire  de  la  capitale  et 
de  ses  environs,  me  signale  dans  les  Curiosités  du  vieux  Montmartre  de 
Ch.  SeUier  (Paris,  1904),  p.  298,  un  acte  de  la  fin  du  xvii^  siècle  par  lequel 
«  Charles  Ruelle  de  Marcadé  »  vend  une  terre  sise  au  territoire  de  La  Cha- 
pelle, «  lieu  dit  la  Marcadé  »,  et  lui-même,  dans  ses  Additions  à  Vliistoire 
de  Paris,  p.  544,  a  fait  mention  d'un  «  lieu  dit  la  Marcadé  »  qui  était,  en 
1540,  dans  la  censive  de  l'abbaye  de  Saint-Denis.  —  Soit  dit  en  passant,  je 
n'ai  trouvé  aucune  trace  de  parenté  entre  les  Marcadé  auxquels  se  rattache 
Jamette  de  Nesson  et  Eustache  Marcadé  ou  Mercadé,  auteur  du  mystère  de 
la  Voigeance  de  Jésus  Christ,  à  qui  je  consacrerai  prochainement  une  notice 
biographique. 

3.  J'ai  publié  le  texte  de  l'arrêt,  Roniania,  XXXIV,  549-558. 

4.  On  lit  dans  les  extraits  des  registres  du  Chàtelet  de  Du  Fourny  (Bibl. 
Nat.,  coll.  Clairambault,  764,  p.  6),  à  la  date  du  2  juin  1467  :  «  Merlin  de 
Cordebeuf,  escuier  d'escuierie  du  roy,  héritier  à  cause  de  sa  femme  de  damoi- 
selle  Guillemette  de  Nesson,  sœur  de  la  femme  dudit  Cordebeuf....,  jusques 
au  mois  de  septembre  1466,  qu'icelle  damoiseile  est  alée  de  vie  a  trespas.  » 


88  A.     THOMAS 

vécu  très  longtemps  à  sa  sœur,  et,  comme  elle,  elle  mourut  sans 
entants,  entre  1467  et  1476. 


II 


Le  mari  de  Jamette  de  Nesson  a  fourni  une  bien  plus  longue 
carrière. 

Je  dois  résumer  ici  les  renseignements  essentiels  que  nous 
possédons  sur  lui,  non  seulement  parce  que  le  rang  social  d'une 
femme  dépend  surtout  de  celui  de  son  mari,  mais  parce  que 
Merlin  de  Cordebeuf  a  droit,  lui  aussi,  à  une  petite  place  dans 
l'histoire  littéraire  de  notre  pays. 

Son  nom  patronymique  était  Regnaud.  La  généalogie  de  la 
famille  ne  remonte  qu'au  père,  Durand  Regnaud  de  Cordebeuf, 
écuyer.  Hugues,  dit  Merlin, "était  son  fils  puîné:  l'aîné,  Guil- 
laume, qualifié  chevalier,  épousa,  le  12  avril  143 1,  Louise  de  la 
Roche,  vicomtesse  de  La  Mote  ',  et  mourut,  semble- t-il,  .sans 
enfants  \  Cordebeuf  est  le  nom  d'un  ancien  fief  situé  dans  la  com- 
mune de  Parai-sous-Briailles,  canton  de  Saint-Pourçain,  Allier  K 

Son  mariage  avec  Jamette  de  Nesson  est  le  premier  acte  de 
Merlin  de  Cordebeuf  dont  la  connaissance  nous  soit  parvenue, 
et  vraiment  ce  mariage  n'est  pas  banal.  Il  faut  se  rappeler  que 
le  jour  où  il  fut  célébré  à  Paris,  le  25  janvier  143 1,  Paris  était 
aux  mains  des  Anglais  et  reconnaissait  Henri  VI  comme  roi  de 
France,  tandis  que  Merlin  de  Cordebeuf,  à  n'en  pas  douter, 
était  un  fidèle  de  Charles  VII,  alors  livré  corps  et  âme  à  son 
favori  La  Trémoille  et  cantonné  dans  son  château  de  Chinon, 
pendant  que  s'ouvrait  à  Rouen  (12  janvier  143  i),  le  procès  de 
l'héroïque  Pucelle  qui  avait  assujetti  la  couronne  de  France  sur 
son  front.  Il  est  fâcheux  que  les  documents  ne  nous  renseignent 
nas  sur  les  moyens  employés  par  Merlin  de  Cordebeuf  pour  for- 


1 .  Sans  doute  La  Motc,  co»  de  Brioude,  H»e-Loire. 

2.  En  1441,  il  exerçait  l'office  d'élu  dans  la  H'^  Auvergne;  voy.  mes 
Etals  pnn'iiiciaiix  de  la  France  centrale,  I,  203,  pièces  J  et  B. 

3.  Ambr.  Tardieu,  Dict.  des  anc.  familles  de  V Auvergne,  col.  113.  —  Cha- 
zaud,  Dict.  des  noms  de  lieux  habités  de  l'Allier,  écrit  Cordebcvuf  ;  il  indique 
sous  ce  nom  une  ferme  et  un  moulin. 


JAMETTE    DE    NESSON    ET    MERLIN    DE    CORDEBEUF  §9 

ccrle  blocus  delà  capitale  et  obtenir  ainsi  cette  curieuse  trêve 
nuptiale  ;  mais  nous  ne  saurions  suppléer  à  leur  silence. 

Nous  ne  retrouvons  notre  personnage  que  quelques  années 
plus  tard,  lorsque  l'autorité  de  Charles  VII  est  rétablie  à  Paris, 
et  alors  nous  le  voyons  au  service  du  duc  de  Bourbonnais  et 
d'Auvergne,  son  suzerain  direct.  Le  15  février  1439,  il  donne 
quittance  d'unesomme  de  50  livres  tournois  que  lui  ont  allouée 
les  gens  d'église  et  nobles  de  la  Basse-Auvergne  '  ;  aux  côtés  du 
Dauphin  et  du  duc  de  Bourbonnais,  il  prend  part  à  la  Praguerie, 
et  bénéficie  du  pardon  général  qui  termine  cette  échauffourée, 
le  15  juillet  1440  2.  Au  commencement  de  1445,  il  est  avec 
la  Cour  à  Nancy  :  le  roi  et  le  maréchal  de  La  Fayette  le 
dépêchent  en  Auvergne,  sans  doute  pour  préparer  la  grosse 
aftiire  du  casernement  des  gens  d'armes  dans  la  province,  et  il 
reçoit  pour  ses  bons  offices  une  allocation  de  50  livres  tournois  ^. 
Il  fut  retenu  pour  servir  lui-même  dans  les  nouvelles  compa- 
gnies d'ordonnance,  et  honoré,  peu  après,  du  titre  d'écuyer  de 
l'écurie  royale  :  nous  voyons  en  effet  que  le  roi,  l'autorisant  à 
fortifier  son  lieu  de  Beauverger,  au  mois  de  mars  1449  (nouv. 
style),  le  mentionne  en  ces  termes  :  «  nostre  escuier  d'escuie- 
rie  servant  en  ordonnance  Merlin  de  Cordebeut,  seigneur  de 
Saint-Pont  et  de  Beauvergier  ^.  » 

Les  comptes  royaux  de  la  fin  du  règne  de  Charles  VII  qui 
ont  échappé  à  la  destruction,  contiennent  de  curieux  témoi- 
gnages sur  le  degré  d'intimité  et  de  faveur  dont  jouissaient 
auprès  du  vieux  roi  Merlin  de  Cordebeuf  et  sa  femme  Jamette 


1.  Bibl.  Nat.,  franc.  27337,  f°  ^7  v°  (copie). 

2.  Du  Fresne  de  Beaucourt,  Hist.  de  Charles  Vil,  III,  133,  n.  4. 

3.  Woy.  mts  Etats  provinciaux,  W,  222. 

4.  Arch.  Nat.,  JJ  179,  no  339.  Le  ms.  porte  Saint-Porl,  mais  il  s'agit  cer- 
tainement de  Saint-Pont,  commune  du  canton  d'EscuroUes,  Allier.  Quant  à 
Beauverger,  ce  lieu  est  dit  situé  dans  la  paroisse  de  «  Soset  en  Bourbonnois  », 
qui  est  Saul^et,  canton  de  Gannat.  Étonné  de  ne  pas  trouver  Beauverger 
dans  le  Dict.  des  noms  de  lieux  Ijahites  de  F  Allier  de  Chazaud,  je  me  suis  ren- 
seigné auprès  de  M.  F.  Chambon,  bibliothécaire  de  la  Sorbonne,  très  au  cou- 
rant des  choses  du  Bourbonnais  :  le  château  de  Beauverger,  rebâti  vraisem- 
blablement par  Merlin,  est  fort  bien  conservé  ;  il  fait  partie  intégrante  du 
bourg  même  de  Saulzet,  ce  qui  explique  qu'il  n'ait  pas  d'article  spécial  dans 
le  dictionnaire  de  Chazaud. 


90  A.    THOMAS 

deNesson,  intimité  qui  s'explique  si  Ton  se  rappelle  lesemplois 
qu'avaient  occupés  à  la  cour,  auprès  de  Charles  VI,  le  père,  le 
grand-père  et  les  oncles  de  Jamette.  Du  Fresne  de  Beaucourt  y 
a  fait  allusion  '  ;  en  voici  le  texte  exact,  d'après  le  compte  des 
être  unes  de  1453  et  1454  conservé  à  laBibl.  Nat.,  franc.  10371  : 

A  Merlin  de  Cordcbeuf,  escuier  J'escuierie  J'.i  Roy  nostre  sire,  lequel  a 
donne  au  Roy  ungz  avan:braz  garniz  d'or,  en  x.  aulnes  damas,  que  le  Roy 
lui  a  données,  en  xxxv  escus,  la  somme  de  XLViij  1.  11  s.  vi  d.  t.  a  lui 
paies  par  vertu  dud.  rôle,  pour  ce  ci...  xlviii  1.  11  s.  vi  d.  t. 

A  la  femme  dud.  Merlin,  laquelle  donna  aud.  seigneur  led.  jour  unes 
caries  bien  riches,  en  xx.  aulnes  de  damas,  que  icellui  seigneur  lui  donna  led. 
jour,  Lxx escus,  qui  valent  liii'"'  xvi  1.  v  s.  t.,  a  ellepaiez  parvenu  dud.  rôle, 
pour  ce  ci iiiix"  xvi  1.  v  s.  t.  (fol.  24  r»,  étrennes  de  1455). 

A  Merlin  de  Cordebeuf,  escuier  d'escuierie  dudit  seigneur,  lequel  donna 
led.  premier  jour  de  l'an  a  icellui  seigneur  des  estrietz^  de  madré,  en  xxxv 
escuz,  la  somme  de  xlviii  1.  11  s.  vi.  d.  t.,  pour  dix  aulnes  damas,  que  le 
Roy  nostred.  seigneur  lui  a  ced.  jour  donnée,  laquelle  somme  lui  a  esté  paiee 
par  led.  commis  par  vertu  [dud.]  premier  rôle,  pour  ce  cy....  XLvni  1.  11  s. 
VI  d. 

A  la  femme  dud.  Merlin,  laquelle  a  donné  aud.  seigneur  ung  tablier 
divisé  led.  premier  jour  de  l'an,  en  lxx  escus,  que  icelui  seigneur  lui  a  don- 
nez pour  avoir  xx  aulnes  damas,  la  somme  de  iiu''''  xvi  1.  v  s.  t.  a  lui  (sic) 
paiee  parvertu  dud.  premier  rôle....  Iiii'"^  xvi  1.  v.  s.  t.  (fol.  34  vo  et  35  v», 
étrennes  de  1454). 

En  1459,  Merlin  de  Cordebeuf  représente  le  duc  de  Bourbon 
à  l'assiette  d'un  impôt  sur  la  Basse-Auveri^ne  K 

Au  commencement  du  règne  de  Louis  XI,  il  prend  part  à  la 
campagne  de  Roussillon  (1462-1463)  sous  le  commandement 
de  Jaques  d'Armagnac,  duc  de  Nemours  et  comte  de  la 
Marche  ■». 

Il  resta  fidèle  au  roi  pendant  la  ligue  du  bien  public,  bien  que 
son  suzerain  direct  le  duc  de  Bourbonnais  et  le  duc  de  Nemours 


1.  Hist.  (le  Charles   Vil,  V,  8j,  81. 

2.  Des  étriers  et  non  des  écrins,  comme  le  conjecture  Du  Fresne  de  Beau- 
court,  qui  lit  cscrieli. 

3.  Thomas,  États  prov.,\,  172. 

4.  Voy.   Vaesen,  Lelt.  missives  de  Louis  XI,  II,  p.  65,  et  Calmette,  Louis  XI 
et  la  révolution  catalane,  p.  164,  no  2. 


JAMETTE    DE    NESSON    ET    MERLIN    DE    CORDEBEUF  91 

fussent  parmi  les  révoltés  '.  C'est  pour  cette  raison  que  le  duc 
de  Bourbonnais  le  révoqua  de  sa  charge  de  gouverneur  de  Can- 
nât :  il  la  lui  rendit   d'ailleurs  un  peu  plus  tard,  le  8  février 

1467'; 

Louis  XI  paraît  lui  avoir  toujours  maintenu  sa  confiance  : 
le  6  février  1470,  il  le  charge,  conjointement  avec  i'échiinson 
Merlin  de  Nerenx,  de  passer  en  revue  les  troupes  du  sire  de 
Lescure  destinées  à  faire  campagne  en  Catalogne  '  ;  le  2  sep- 
tembre 1472,  il  autorise  l'imposition  sur  la  Basse-Auvergne 
d'une  somme  de  trois  cents  livres  tournois  dont  les  États  de  ce 
pays  lui  avaient  fait  don  4. 

Merlin  de  Cordebeuf,  veuf  de  Jamette  de  Nesson,  se  remaria 
avec  une  demoiselle  Antonie  Blanche,  dont  le  nom  est  men- 
tionné, conjointement  avec  le  sien,  dans  une  concession  d'autel 
portatif  faite  aux  deux  époux  parle  légat  pontifical,  à  Tours,  le 
jour  des  ides  de  janvier  1476  (15  janvier  1477,  nouv.  style),  tt 
dont  il  eut  la  joie  d'avoir  une  postérité.  Il  parvint  à  un  cage 
très  avancé,  car  nous  le  voyons  encore,  le  21  juin  1499,  de 
concert  avec  sa  seconde  femme,  ratifier  le  contrat  de  mariage 
de  son  fils  Robert  et  de  Françoise  de  la  Garde  ;  il  n'était  plus 
de  ce  monde  en  15 10  >. 

Un  seul  opuscule  a  été  signalé  jusqu'ici  comme  portant 
expressément  le  nom  de  Merlin  de  Cordebeuf.  Il  se  trouve  dans 
un  m-muscrit  de  la  fin  du  x\^  siècle,  le  n°  1997  ^^  fonds  français 
de  la  Bibliothèque  Nationale,  page  8r,  et  y  débute  ainsi  : 

Ici  après   s'ensuit    par  chapitres  rordonnance  et    manière    des    chevaliers 
errants  comme  je  MerHn  de  Cordebeuf  me  suis   pensé  estre  chose  de  grant 


1.  C'est  ce  qu'on  peut  conclure  d'une  pièce  du  21  mai  1465  citée  par 
M.  Vaesen,  Lettres  missives,  II,  92. 

2.  Copie  des  lettres  de  provision  dans  le  dossier  Cordebeuf  (Wo\.  Nat., 
franc.  27337,  fol.  19  vo);  elles  ne  furent  enregistrées  que  le  13  décembre 
1471. 

3.  Copie  ihid.,  fol.   20  r°. 

4.  Copie //'/W.,  fol.  22  vo.  — lime  paraît  inutile  de  citer  tous  les  documents 
groupés  sur  lui  dans  le  dossier  Cordebeuf;  je  me  borne  aussi  à  dire  que  son 
nom  revient  plusd'une  fois  dansles  extraits  des  registres  du  Châtelet(vol.  763  et 
764  de  la  collection  Clairambault),  ainsi  que  dans  les  registres  du  Parlement. 

5.  Dossier  Cordebeuf  ciré,  fol.  24. 


92  A.    THOMAS 

bruit  et  de  grant  plaisance  pour  esbattrc  les  seigneurs  princes,  chevaliers  et 
L'scuiers  de  ce  royaulnie.  Et  premièrement  la  faczon  des  armes  de  leurs  per- 
sonnes ;  secondement  celle  de  leurs  chevaulx... 

^Ordonnance  et  nmnicre  des  chevaliers  errants  occupe  sept 
feuillets  dans  le  manuscrit,  lequel  est  de  petit  format;  malheu- 
reusement les  deux  derniers,  déchirés  de  gauche  à  droite, 
n'offrent  qu'un  texte  tronqué,  dont  voici  la  fin,  Ljui  est  celle 
même  du  manuscrit  : 

[toujtes  les  choses  davant  dictes  je 

Cordebeuf  davant  nommé  faiz 

nostre  sire  et  a  messeigneurs  de 

blanche  ou  du  serement  de 

fin  que  de  sa  maison  ysse  nouveaux 

en  armes  qui  pieça  ne  furent  faiz 

[tjemps  du  règne  du  roy  Artus  sobz 

....  correction  du  roy  nostre  d.  seigneur,  de  mesd.  seigneurs 

et  de  tous  ceulx  qui  y    sauront  mieulx 

re  chose  ad  ouster  etc.  {sic'). 

René  de  Belleval,  dans  un  livre  illustré  intitulé  !)/<  costume 
viilitairc  des  Français  en  1446  (Paris,  Aubry,  1866;  in-4°, 
VI11-91  pages  et  7  planches),  a  parlé  de  cet  opuscule  de  Merlin 
de  Cordebeuf  :  «  Il  y  avait  encore,  curieux  vestiges  d'un  autre 
âge,  quelques  chevaliers  errants  dont  le  costume  offrait  des  par- 
ticularités assez  remarquables  pour  que  Merlin  de  Cordebeuf 
ait  songé  à  les  réunir  sous  le  titre  de  :  V ordonnance  et  matière 
[sic]  des  chevaliers  errans.  C'est  ce  petit  traité  très  court  et 
entièrement  inédit  que  nous  publions  ci-après  '.  »  Malgré  cette 
déclaration  catégorique,  Belleval  n'a  donné  au  public  que  la 
première  partie  du  traité  de  Cordebeuf.  Son  texte  s'arrête 
après  ces  mots  :  «  donner  cop  qui  grève  ou  face  mal  »,  qui  se 
lisent  au  bas  de  la  page  86  du  manuscrit.  \'oici  le  titre  et  le 
sommaire  de  la  seconde  partie  que  l'éditeur  a  négligée  sans 
prévenir  son  monde  : 

Icy  après  s'ensuivent  les  formes  et  manières  comment  les  chevaliers  errans 
querront  leurs  adventures. 

Premièrement,  quelles  armes  il/,  porteront  en  leurs  cscuz. 


I.  Op.  laud.,  p.  78. 


JAMETTE    DE   XESSOX    ET    MERLIN    DE    CORDEBEUF  93 

Secondement,  comment  ilz  seront  acompaignez  tant  de  gentilz  hommes 
comme  de  variez. 

Tiercement,  la  forme  et  manière  comment  ilz  devront  quérir  leur  herber- 
gement. 

Quartement,  la  forme  et  manière  comment  ilz  devront  envaïr  '  et  courre 
sus  l'un  a  l'autre. 

Quintement,  la  forme  et  manière  comment  ilz  devront  chevaucher  par  le 
pais. 

Sixtement,  les  sermens  qu'ilz  auront  a  faire  pour  estre  chevaliers  errans  et 
en  quel  main. 

Setieme[ment],  coment  dames  et  damoyselles  yront  par  pais  avecques  les 
diz  chevaliers  errans. 

Huitieme[ment]  -,  ce  que  herault  et  poursuivant  auront  a  faire. 

La  publication  intégrale  de  l'opuscule  de  Merlin  de  Cordebeuf 
pourrait  tenter  quelque  bibliophile;  mais  il  sera  sage  d'attendre 
qu'on  mette  la  main  sur  un  manuscrit  qui  ne  soit  pas  lacéré 
comme  le  1997  de  la  Bibliothèque  Nationale.  René  de  Belleval, 
dans  son  introduction,  déclare  posséder  un  manuscrit  iden- 
tique à  ce  manuscrit  et  de  la  même  époque,  mais  il  ne  s'explique 
pas  sur  l'état  des  derniers  feuillets,  et  même  l'on  peut  se 
demander  si  ce  manuscrit  contient  bien  l'opuscule  de  Cordebeuf 
ou  seulement  le  traité  anonyme  qui  le  précède  dans  le  1997, 
traité  auquel  est  spécialement  consacrée  la  publication  de 
Belleval''.  Voici  les  premières  lignes  du  traité  anonyme  (page  63 
du  manuscrit  1997)  : 

Icy  après  s'ensuit  la  façon  comment  les  gens  de  guerre  du  royaume  de 
France,  tant  a  pié  comme  a  cheval,  sont  habillez  et  +  la  manière  et  usance  de 
leur  5  guerroier  qu'ilz  font  contre  leurs  ennemis. 

Item  aussi  la  faczon  comment  oud.  royaume  tant  hommes  que  femmes  se 
habillent  en  vestemens  auiourduv 


1.  Ms.  en  voyc;  mais  la  correction  s'impose  d'après  le  passage  correspon- 
dant du  traité. 

2.  Le  ms.  a  un  ^  initial  en  bleu,  au  lieu  d'une, H. 

5.  Ce  traité  a  été  utilisé  par   M.  Jusserand  dans  son  livre  récent  intitulé 
Les  Sports  et  les  jeux  d'exercice  dans  rancienne  France  (Pa.ns,  Pion,  1901). 

4.  Ms.  en. 

5.  Belleval  lit  le  pour  n'avoir  pas  remarqué  le  sigle  abréviatif  de  ur. 


94  A.    THOMAS 

Ce  traité  anonyme  a  été  composé  aux  alentours  de  1448 
puisqu'on  y  lit  la  déclaration  suivante  (p.  69  du  manuscrit)  : 

En  Fan  mil  IIII'-"  XL\'I,  XL\'II,  XLVIII  portoient  tant  gentilz  hommes  que 
gentilz  femmes  en  teste  et  sur  leurs  corps  la  propre  forme  et  faczon  en  telle 
manière  comme  cy  davant  est  paint  ;  si  me  en  tays  atant,  car  par  la  painture 
le  pourrez  aussi  bien  comprendre  '. 

Belleval  s'est  demandé  si  la  paternité  pouvait  en  être  attribué 
à  Antoine  de  la  Sale,  dont  le  manuscrit  1997  contient,  en  tête, 
le  Traité  iIcs  tournois  et  le  poème  intitulé  Journée  d'onneur  et  de 
prouesse  :  il  a  sagement  conclu  que  non.  On  ne  voit  pas  pour- 
quoi il  ne  s'est  pas  posé  la  même  question  au  sujet  de  Merlin 
de  Cordebeuf.  J'avoue  qu'il  me  paraît  très  vraisemblable  que 
les  deux  traités  qui  terminent  le  manuscrit  1997,  et  dont  l'objet 
témoigne  de  préoccupations  d'un  ordre  si  spécial,  doivent  avoir 
le  même  auteur,  c'est-à-dire  Merlin  de  Cordebeuf*.  L'étude  de 
la  langue  et  du  vocabulaire  —  si  l'on  veut  prendre  la  peine  de 
la  faire  —  confirmera  probablement  cette. hvpothèse  qui  a  pour 
elle  toutes  les  apparences. 

A.  Thomas. 


1.  Le  manuscrit  n'a  malheureusement  ni  peintures  ni  dessins. 

2.  Quoi  qu'en  dise  Belleval,  l'écriture  n'est  pas  identique  dans  tout  le 
manuscrit  1997  :  il  y  a  deux  mains  distinctes,  celle  qui  a  copié  les  deux  opus- 
cules d'Antoine  de  La  Sale  et  celle  qui  a  copié  les  deux  traités  sur  le  costume 
qui  terminent  le  manuscrit. 


MÉLANGES 


ENCORE  FLOÎRE  ET  BLANCHEFLEUR 

Ces  quelques  mots  ont  pour  objet  de  compléter  et  de  justi- 
fier ce  que  j'ai  écrit  jadis  sur  ce  sujet  dans  le  tome  XXVIII 
(année  1899)  de  la  Romania,  p.  348  et  suiv. 

I.  Au  moment  où  je  préparais  mon  article,  je  n'avais  pas 
encore  lu  un  ouvrage  qui  venait  alors  de  paraître,  V Hh'toirc delà 
lilh'rûlinrnéerlandaise de  feu  le  professeur].  TenBrink'.  Quelle 
ne  fut  pas  ma  surprise,  en  consultant  ce  livre,  il  y  a  quelque 
temps,  pour  un  tout  autre  objet,  de  voir  que  Ten  Brink  avait 
fait  (p.  115,  né  de  son  ouvrage)  une  partie  des  rapproche- 
ments pour  lesquels  je  croyais  avoir  la  priorité  !  Il  compare  en 
effet  à  Floire  et  Blancheflciir  trois  des  quatre  récits  que  j'ai  cités 
dans  la  seconde  partie  de  mon  étude  (ceux  que  j'ai  désignés  par 
les  lettres  A,  B  et  C),  et  conclut,  comme  moi,  contre  l'origine 
byzantine  et  en  faveur  de  l'origine  arabe  du  récit-  Je  note  ici 
le  fliit  pour  constater  d'abord  la  priorité  de  Ten  Brink  et  lui 
accorder  ce  qui  lui  est  dû,  ensuite,  pour  faire  observer  qu'un 
rapprochement  qui  se  présente  à  l'esprit  de  deux  chercheurs 
entièrement  indépendants  l'un  de  l'autre  peut  ne  pas  corres- 
pondre à  la  réalité  des  faits,  mais  mérite  de  n'être  pas  repoussé 
à  priori. 

IL  L'épisode  de  l'amoureux  qui  se  déguise  en  marchand  pour 
aller  rejoindre  sa  bien-aimée  (voir  p.  354  de  mon  premier 
article)  se  trouve  dans  un  conte  des  Mille  et  une  nuits,  celui 
intitulé  Taie  of  Taj  al  Muli'ik  and  the  Princess  Diinya  dans  la  tra- 
duction de  Burton  (III,  i2-32;il  manque  dans  Galland),  bien  que 
les  circonstances  ne  soient  pas  tout  à  fait  les  mêmes  :  il  ne  s'agit 


I.  Gcschicdcnes  derNederlaiulsche  letterkunde,  Amsterdam,  1897,  p.  115,116. 


9é  MÉLANGES 

plus  de  retrouver  une  amante  perdue,  mais  d'un  voyage  inco- 
gnito pour  une  demande  en  mariage.  Cette  observation 
répond  à  une  critique  de  M.  Reinhold,  p.  159  de  l'article 
dont  je  vais  maintenant  parler. 

III.  Sous  ce  titre  :  Quelques  n'iitarqnes  sur  les  sources  de  Floire  cl 
Blanceflor,  M.  J.  Henry  Reinhold  publie,  dans  h  Revue  de  phi- 
lologie française,  t.  XIX,  2*=  et  y  semestres  1905,  p.  152-175, 
un  article  destiné  à  combattre  les  conclusions  de  mon  travail  et 
à  leur  substituer  une  autre  hypothèse.  Rejetant  l'idée  d'une 
origine  arabe  aussi  bien  que  d'une  origine  byzantine,  M.  R. 
voit  dans  Floire  la  libre  invention  d'un  romancier  français  se 
servant  d'éléments  empruntés  à  la  Psyché  d'Apulée^  à  Théagène 
et  Chariclée,  à  Apollonius  de  Tyr,  au  livre  à'Esiher,  au  livre  des 
Nombres,  à  Partonopeu  de  Blois  et  enfin  au  Roman  d'Eneas, 
auquel  serait  empruntée  la  ruse  de  Floire  pour  s'introduire  dans 
la  tour  (le  panier  à  fleurs  serait  une  imitation  du  cheval  de 
Troie,  p.  170).  L'auteur  aurait  joint  à  ces  éléments  divers  des 
notions  sur  l'Orient,  qu'il  tenait,  «  soit  d'un  voyageur,  soit 
d'un  croisé  venu  d'Orient,  soit  de  ses  lectures  »  (p.  165)  et 
l'idée  d'une  Tor  as  puceles  qui  se  retrouve  ailleurs. 

A  ce  système,  ingénieux  mais  complique,  je  n'opposerai 
qu'une  objection  fondamentale.  Je  crois  qu'il  serait  difficile  de 
trouver,  dans  la  poésie  française  du  moyen  âge,  un  récit  mieux 
suivi  (à  quelques  détails  fantastiques  près,  qui  sont  évidem- 
ment adventices),  plus  logiquement  construit  que  le  récit  des 
aventures  de  Blanchefleur,  depuis  le  moment  où  elle  est  vendue 
comme  esclave,  jusqu'à  celui  où  l'on  découvre  ses  amours  avec 
Floire  ;  en  outre,  ce  récit  suggère  irrésistiblement  l'idée  d'un 
harem  ;  cela  est  si  vrai  que  Jonckbloet,  qui  croyait  pourtant  à 
l'origine  byzantine  du  thème,  se  sert  du  mot  dans  l'analyse  du 
poème  {Geschiedenis  der  Nederl.  letterkunde,  y  éd.,  I,  p.  337),  et 
signale  une  foule  de  détails  qui  coïncident  avec  ceux  qui  se 
trouvent  dans  des  contes  arabes  où  il  est  question  de  harems. 
Pour  moi,  je  me  déclare  incapable  de  comprendre  comment  un 
homme  prenant  pour  point  de  départ  le  thème  purement  fan- 
tastique de  la  Tor  as  puceles,  et  y  mêlant  une  foule  de  traits 
hétérogènes  pris  à  droite  et  à  gauche,  aurait  pu  construire 
un  récit  aussi  réel,  aussi  net  et  précis  que  cette  seconde  partie 
du  roman.   Au  contraire,  cette  logique  et  cette  précision    du 


ENCORE    FLOIRE  ET  BLANCHEFLEUR  Cjj 

récit  s'explique  si  ce  récit  est  réellement  d'origine  orientale, 
arabe. 

Je  ne  m'arrêterai  que  sur  un  point,  où  M.  R.  me  reproche 
une  erreur  de  méthode  et  qui  touche  à  une  question  d'ordre 
général.  D'après  M.  R.  je  n'avais  pas  le  droit  de  me  servir,  pour 
mes  démonstrations,  des  Mille  et  une  nuits  :  «  On  place  les  ori- 
gines des  Mille  etune  nuits  aux  temps  de  Haroun-al-Raschid,  mais 
ce  ne  sont  que  pures  hypothèses.  Ce  qui  est  certain,  c'est  que 
leur  forme  actuelle  remonte  au  xV^  siècle  et  qu'elles  se  répandent 
en  Europe  pour  la  première  fois  au  xviii^  siècle...  Un  poème 
du  second  'tiers  du  xii^  siècle  ne  doit  pas  être  expliqué  par  des 
contes  du  xV'  siècle,  à  moins  qu'on  démontre  leur  existence 
antérieure  et  qu'on  prouve  qu'ils  ont  été  connus  dans  les  pays 
où  se  développa  la  littérature  du  moyen  âge.  « 

D'abord,  le  recueil  des  Mille  et  une  nuits  est  certainement 
antérieur  au  xv*=  siècle,  vu  que  M.  Zotenberg  a  signalé  un 
manuscrit  qui  ne  peut  être  plus  récent  que  la  seconde  moitié 
du  xiY^  {Notices  et  extraits  des  mss.,  t.  XXVIII,  p.  1 68  et  171). 
En  outre,  le  prot.  A.  Mûllera  montré,  par  des  arguments  très 
forts  et  très  probants  (voy.  son  article  dans  les  Beitrâge  ~iir 
Kunde  der  Indo-Genn.  Sprachen,  XIII)  que  les  parties  les  plus 
anciennes  de  l'ouvrage,  notamment  la  plupart  des  contes  où 
figure  le  calife  Haroun,  ont  dû  être  composées  à  Bagdad,  dans 
un  temps  où  cette  ville  était  encore  riche  et  florissante,  par 
conséquent  bien  avant  le  xV  siècle.  Burton,  dans  le  Terminal 
Essay  placéà  lasuitedesa  traduction(édit.  1885, t. X,  p.  93-94), 
place  la  composition  de  la  partie  la  plus  ancienne  de  l'ouvrage 
au  dixième  siècle.  C'est  remonter  encore  plus  haut,  peut-être 
trop  haut'. 

Mais  des  £iits  spéciaux  montrent  bien  que  nous  ne  pouvons 


I.  On  peut  voir  encore,  sur  la  question,  Oestrup,  Studier  over  looi  Nat, 
Copenhague,  1891,  in-80  (dissert.  d'Université),  un  article  de  M.  Blochet, 
dans  la  Revue  eucyclopcdique  Larousse,  année  1900,  I,  p.  7-10  ;  une  étude 
pour  le  grand  public  du  prof.  A.  Mùller  dans  la  Deutsclic  Ruudsclmu,  année 
1887  (vol.  LU),  p.  77  suiv.),  et  un  art.  de  M.  Carra  de  Vaux  dans  la  Revue 
des  Deux  Mondes  du  i^r  janvier  1906.  Très  divergents  dans  les  détails,  ces 
orientalistes  se  prononcent  tous  contre  l'hypothèse  d'une  origine  récente 
de  l'ensemble  des  Mille  et  une  nuits. 

Romania,  XXXV  J 


C)8  MELANGES 

pas  fliire  descendre  la  composition  des  Mille  et  une  nuits  à  une 
date  aussi  basse  que  le  xv^^  siècle.  M.  De  Goeje,  après  un  exa- 
men détaillé,  conclut  que  les  Voyages  de  Sindbad  ont  dû  être 
composés  au  x"^  siècle  ;  en  tout  cas,  des  récits  qui  semblent 
bien  empruntés  à  ces  voyages  étaient  connus  en  Europe  dans 
le  dernier  quart  du  xii'  siècle  (revue  D<?  Gids,  1889,  III,  p.  288  et 
suiv.).  Un  des  contes  que  j'ai  comparés  pour  le  fond  à  Flaire 
et  Blanchefîcur  se  trouve,  sous  une  forme  légèrement  différente, 
chez  un  historien  arabe,  mort,  selon  M.  De  Goeje,  en  l'an 
1200  (voir  mon  premier  article,  p.  355),  et  qui  dit  le  tenir  de 
la  tradition  orale.  Un  épisode  essentiel  du  conte  de  Qamar-al 
Zaman  est  le  fond  du  Roman  de  l'Escoufle,  composé  avant  l'an 
1204  (voir  l'édition  de  M.  P.  Meyer,  dans  l'Introd.  de  son  édi- 
tion p.  xxxv).  Je  cite  ce  fait  plutôt  pour  mémoire,  vu  que 
l'épisode  utilisé  dans  VEscoufle  peut  parvenir  d'un  conte  diffé- 
rent, dans  son  ensemble,  du  conte  actuel  de  Qamar-al- Zaman; 
il  n'en  est  pas  moins  curieux  comme  preuve  de  l'antiquité  rela- 
tive de  ces  sortes  de  récits".  Autrement  important  est  le  fait  que 
le  conte  du  Cheval  de  bois  d'ébcne  (trad.  de  Burton,  éd.  1885, 
tome  V,  p.  I  et  suiv.)  est  évidemment  la  source  de  deux 
romans,  Ciéomadès,  d'Adenet  le  Roi,  et  Méliaciu,  de  Girard 
d'Amiens,  composés,  le  premier  dans  les  dix  premières  années 
du  dernier  quart  du  xiii^  siècle,  le  second  avant  1291-.  Ici  on 
ne  retrouve  pas  seulement  un  épisode  isolé:  la  structure  com- 
plète du  récit  est  reproduite  par  les  deux  imitateurs  occidentaux 
avec  une  fidélité  telle  qu'ils  peuvent  servir  de  garants,  pour  le 
fond,  sinon  pour  le  style,  de  l'antiquité  du  récit  arabe.  Comme 
nous  devons  admettre  un  intervalle  assez  long  entre  la  compo- 
sition de  ce  conte  dans  les  régions  orientales  du  monde  musul- 


1.  Le  conte  de  Oa ma r-al-Ziniia  11,  dans  sa  forme  actuelle,  a  certainement 
fourni  des  épisodes  au  roman  de  Pierre  de  P.crveuce,  ainsi  qu'au  poème  italien 
d'Oltiitellp  e  Giiilia  (xv^  siècle);  il  aurait  donc  pénétré  en  Europe  à  deux 
reprises. 

2.  G.  Paris  dans  Histoire  littèr.  de  la  France,  XXXI,  190,  ainsi  que  l'article 
de  M.  V.  Chauvin  sur  Pacolet  dans  la  revue  IVallonia,  t.  VI,  p.  i  et  suiv.  — 
M.  Chauvin  a  bien  montré  que  les  deux  poèmes  dérivent  d'une  version 
occidentale  perdue,  mais  cette  version  peut  difficilement  être,  comme  il  le 
croit,  une  traduction  espagnole  des  Mille  et  une  nuits  ;  comp.  les  observations 
de  G.   Paris,  /^(w/.,  XXVIll,   325-326. 


ENCORE   FLOIRE  El    BLAKCHEFLEUR  99 

man  (le  héros  est  persan),  et  sa  première  apparition  en  France, 
en  1275  ou  plus  tôt,  nous  sommes  de  nouveau  obligés  d'ad- 
mettre les  dernières  années  du  xii^  siècle  comme  terme  extrême, 
et  le  conte  est  probablement  bien  plus  ancien  (d'après  le  prof. 
A.  Millier,  ce  récit  pourrait  être  un  de  ceux  qui  ont  fait  partie 
des  Mille  et  une  nuits  primitives,  rédigées  en  persan  ou  en  pehl- 
vi').  Ce  fait  est  d'autant  plus  important  pour  le  sujet  qui  nous 
occupe  que  j'ai  cité  un  certain  nombre  d'analogies  entre  le 
conte  du  Cheval  de  bois  d'cbène  et  Floire  et  Blancheflenr . 

Les  autres  contes  que  j'ai  cités  pour  des  détails  de  mœurs  ou 
d'analogies  du  récit  sont  de  ceux  où  figure  Haroun-al-Raschid. 
Le  conte  du  Dornieur  Eveillé,  bien  que  Haroun  y  joue  le  rôle 
principal,  pourrait  bien  ne  pas  appartenir  au  noyau  le  plus 
ancien  des  Mille  et  une  nuits  à  cause  de  la  place  qu'il  occupe 
dans  les  manuscrits;  on  ne  peut  cependant  le  faire  descendre 
très  bas  :  on  trouve  le  conte,  plus  ou  moins  défiguré,  chez 
l'humaniste  L.  Vives  ^,  qui  le  donne  comme  une  anecdote  his- 
torique, rattachée  au  duc  Philippe  le  Bon  de  Bourgogne  :  il  a 
donc  pénétré  en  Europe  au  xv^  siècle  et  pourrait  avoir  été  rédigé 
au  xiV^  siècle  au  plus  tard.  Vu  le  caractère  traditionnel  et  per- 
manent des  mœurs  orientales,  j'avais  le  droit  de  m'en  servir 
pour  un  détail  d'étiquette  (la  présence  d'odalisques  au  lever  du 
calife). 

En  somme,  si  quelques-uns  des  rapprochements  de  M.  R. 
ont  de  la  valeur  5,  s'il  a  eu  le  mérite  de  fixer  l'attention  sur  la 


1.  Article  cité  dans  les  Beitnii^e,  p.  241. 

2.  Voy.  Vives,  Openi,  édil.  de  Valence,  1788,  VII,  p.  144-145.  Un  début 
de  conte  espagnol  fort  semblable  à  celui  de  Vives  a  été  publié,  d'après  un 
manuscrit  (xv»  siècle)  du  Coude  Liicanor,  par  Amador  de  los  Rios,  Historia 
critica  de  la  literatiira  espanold,  IV,  618.  Comp.  V.  Chauvin,  /.  c,  fos  18-19. 

3.  Celui  avec  Apollonius  de  Txr  est  frappant  (tombeau  érigé  pour  faire 
croire  qu'une  personne  est  morte)  ;  cependant  la  ruse  n'a  pas  pour  but,  dans 
Apollonius,  de  tromper  un  amoureux,  ainsi  que  cela  est  le  cas  dans  Floire  et 
dans  le  conte  de  Ganem  ;  il  est  possible  que  l'auteur  de  Floire  ait  ajouté  cet 
épisode,  ou  bien  qu'il  ait  combiné  le  récit  très  connu  au  moyen  âge  d'Apollo- 
nius avec  les  données  du  conte  arabe  ;  du  reste,  je  n'avais  pas  présenté  le 
rapprochement  avec  Ganem  en  première  ligne.  —  En  revanche,  je  crois  qu'il 
faut  faire  les  plus  expresses  réserves  sur  les  rapprochements  avec  la  Psyché 
d'Apulée  ;  il  est  fort  peu  probable  qu'on  ait  connu,  en  France,  au  xii^  siècle, 


rOO  MELANGES 

donnée  de  la  Tor  aspiiceles',  je  persiste  i  croire  l'hypothèse  d'une 
origine  arabe  du  roman  plus  probable  que  toute  autre, 
plus  surtout  que  celle  de  M.  Reinhold.  Je  reconnais  du  reste 
que  mon  hypothèse  n'est  que  vraisemblable,  tant  qu'on  n'aura 
pas  trouvé  un  conte  arabe  qui  serait  à  Floire  ci  Blaiichejîeur  ce 
que  le  conte  du  Cheval  ifchàw  est  à  Clcoiiiadcs  et  à  Méliacin  ^. 

G.    HUET. 

GUENELOX  —  GJXELON 

Dans  son  étude  sur  le  Carmen  de  prodicione  Guenonis,  Gaston 
Paris  a  prétendu  que  la  forme  Ganelon  était  postérieure  à 
Giienclon  et  n'était  apparue  qu'après  la  chute  de  1'//  du  groupe 
giiK  C'est  très  certainement  une  erreur. 

Le  célèbre  archevêque  de  Sens,  prototype  du  traître,  a  été 
de  son  vivant  appelé  Ganelon  et  s'est   lui-même  ainsi  désigné. 

Les  «  Annales  »  dites  «  de  Saint-Bertin  »,  dans  la  partie 
rédigée  par  Prudence  (mort  le  6  avril  86 1),  évêque  de  Troyes 
et,  par  suite,  suffragant  de  la  métropole  senonaise,  signalent  à 
l'année  859  que,  au  concile  de  Savonnières,  Charles  le  Chauve 
porta  plainte  contre  l'archevêque  :  «  libellum  accusationis 
adversus  Guaniloneni  Agcd'mci  Senonum  metropolitanum  +  ».  Et 
un  peu  plus  loin  elles  rapportent,  avec  un  blâme  discret,  que 


le  roman  de  iin'ldiiiorphoscs  dont  Psycbc  tait  partie.  Mais  cette  question  serait  à 
examiner  à  part. 

1.  Cette  mention  de  la  l'or  as  piicclcs  n'est  du  reste  pas  décisive.  Dans  le 
système  de  M.  R.,  si  je  le  comprends  bien,  l'idée  d'une  lor  as  pucelcs,  mêlée 
à  des  détails  pris  d'ailleurs,  a  conduit  l'auteur  de  Floire  à  une  conception  qui 
présente  une  ressemblance  extérieure  avec  un  harem.  Mais  il  est  tout  aussi 
possible  que  l'auteur  ait  appliqué  le  nom  traditionnel  de  Tor  as  piicdcs  au 
harem  qu'il  trouvait  dans  un  récit  venu  d'Orient. 

2.  Bien  des  points,  dans  l'histoire  du  roman,  sont  encore  à  élucider. 
M.  R.  raisonne  perpétuellement  comme  si  l'auteur  du  poème  I  de  Du  Méril 
avait  été  le  premier  à  traiter  le  sujet  en  français  ;  c'avait  été  aussi  mon  opinion  ; 
mais  G.  Paris  a  conjecturé  que  tous  les  récits  conservés  dérivent  d'un  origi- 
nal français  ^^/ï/»  et  il  a  donné,  en  faveur  de  son  hypothèse,  des  raisons  qui 
ne  sont  pas  à  négliger  (Koiii.,  XXVIII,  445). 

3.  Roinanid,  XI,  486-487. 

4.  Annales  Bertiniutii,  éd.  G.  VVaitz  (Hannoverae,  1885,  in-80),  p.  52. 


G  UE\ELOX  —  GANELOK'  I O I 

le  roi  se  réconcilia  avec  le  prélat  qui  l'avait  trahi  :  «  Guanilo 
episcopus  Senonum  absque  audientia  episcoporum  Karlo  régi 
reconciliatur  '  ». 

On  pourra  objecter,  il  est  vrai,  que  nous  n'avons  (pour  cette 
partie  des  Annales)  qu'un  seul  manuscrit,  lequel  semble  de  la 
fin  du  x*"  siècle  =,  et  que,  par  suite,  cette  graphie  pourrait  être  le 
fiait  non  de  Prudence  mais  du  scribe  ;  d'autant  que  le  LiheJlus 
proclamatkmis  doiiini  Karoli  régis,  auquel  fait  allusion  Prudence, 
nous  a  été  conservé  par  plusieurs  manuscrits  anciens  ;  or  ce  Lihel- 
lus  est  certainement  l'œuvre  d'Hincmar,  archevêque  de  Reims, 
etil  porte cà plusieurs  reprises  JVcnilo,  jamais  Giiûiiilonï  WaniloK 

Mais  l'épître  synodale  envoyée  de  Quierzy  à  Louis  le  Ger- 
manique en  novembre  858  et  conservée,  elle  aussi,  par  des 
manuscrits  anciens,  porte,  à  côté  du  nom  de  l'archevêque  de 
Rouen  JVenilo,  celui  de  l'archevêque  de  Sens  Wanilo'^.  Et  cette 
forme  se  retrouve  dans  l'épître  synodale  du  concile  de  Soissons 
de  866  adressée  à  Nicolas  P""  :  «  Uanilo  archiepiscopiis  ^  yK  Celle-ci 
est  au  fol.  78  verso  du  ms.  407  de  la  Bibliothèque  de  la 
ville  de  Laon,  manuscrit  du  ix*^  siècle,  exécuté  à  l'instigation 
d'Hincmar  de  Reims  (mort  en  décembre  882)  et  portant  des 
annotations  de  sa  main^. 

Enfin  l'archevêque  de  Sens  lui-même  a  signé  deux  diplômes 
synodaux  dont  les  originaux  existent  encore  aujourd'hui.  Dans  le 
premier,  en  faveur  de  l'abbaye  de  Saint-Denis,  donné  en  862  ou 
peu  après,  on  lit  :  «  -[ego  Fuajiilo  munere  divino  Sennençis  (m') 
episcopus,  prius  per  advocatum,  postea  per  memetipsum  sub- 
scripsi.»  Son  représentant,  lediacre  Baumond, avait  souscrit  tout 
d'abord  :  «  -f  Baltmundus  diaconus,  ad  vicem  domni  et  patris  mei 
Vuanilonis,  Senonum  urbis  archiepiscopisubscripsi  "  »  ;  le  second 

1 .  Ihid .,  p.  53. 

2.  Conservé  à  la  Bibliothèque  de  la  ville  de  Sainî-Omer,  r\°  "06.  Les 
passages  que  nous  venons  de  citer  se  trouvent  aux  fol.  188  verso  et  189 
recto. 

3.  Capittilaria,  éd.  Boretius  et  Krause,  II,  430-453  (Moinimciita  Gcniia- 
niiv  hislorica,  série  in-40). 

4.  Capitulaiia,  éd.  Boretius  et  Krause,  II,  427. 

5.  L'initiale  est  bien  line  lettre  simple. 

6.  Voy.  Le  Moyen  Age,  année  1902,  p.  438. 

7.  Tardif,  Moiiiiiiients  bistcn\]ues,  Caiioits  des  rois,  n"  ïi'i'j,  p.   121. 


102  MELANGES 

en  faveur  de  l'abbaye  de  Saint-Germain  d'Auxerre,  donné  en 
864  porte  :  «  -j-  Vnanilo  munere  divine  Sennensis  episcopus  hoc 
privilegium  recognovi  et  ;subscripsi' '  ». 

Il  est  donc  bien  établi  que  l'archevêque  de  Sens  était  appelé 
et  s'appelait  Ganelon. 

Mais  cette  prononciation  était-elle  générale  ?  N'était-ce  pas 
un  cas  particulier?  Au  premier  abord  on  serait  tenté  de  le 
croire  en  voyant  dans  un  exemple  rapporté  plus  haut  le  nom 
de  l'archevêque  de  Rouen  écrit  Wenilo  tandis  que  celui  d'un 
homonyme  sénonais  est  mis  sous  la  forme  Wanilo.  Comme  ce 
dernier  est  étranger  au  royaume  de  Charles  et  est  venu  du 
royaume  de  Lothaire%  on  pourrait  se  laisser  aller  à  imaginer 
soit  une  influence  germanique  soit  un  reflet  de  quelque 
prononciation  romane  dialectale. 

Il  n'en  est  rien.  En  efl'et  l'archevêque  de  Roiien  reçoit  en  863 
une  lettre  du  pape  Nicolas  P''  adressée  «  Wanihmi  Rotoma- 
gensi'  ».  Et  lui-même  a  souscrit  en  862  au-dessous  de  son 
homonyme  dans  le  même  diplôme  synodal  pour  Saint-Denis: 
«  Y  Vuanilo  humilis  Rotomagorum  episcopus  subscripsi'*  ». 

D'autres  exemples  pourraient  facilement  être  réunis.  Ceux-ci 
suffisent  pour  montrer  que,  dès  le  milieu  du  ix=  siècle,  la 
prononciation    Guanelon,   Ganelon,  coexistait  avec  Guenelon'^. 

^  Ferdinand  Lot. 

FRANC.     ÉPAULE 

Dans  son  Lat.-rom.  J^tV/^rZ'.,  à  l'article  s  pat  ula,  Kôrting, 
déclare  que  le  changement  phonétique  de  l'anc.  franc,  espalle 
es  pale  tn  franc,  mod.  épaule  n'est  pas  encore  éclairci.  Dans  les 


1.  Max.  Quantin,  Cartulaire  général  âe  T Yonne,  I,  86-87  (^vcc  fac- 
similé). 

2.  Audradus  Modlcus,   Révélât iones,  dans    Historiens  de  France,  VII,   291. 

3.  Annales  Bertiniani,  p.  63. 

4.  Tardif,  op.  cit.,  p.   121. 

5.  [La  coexistence  de  Wanilo  et  de  Wenilo  au  milieu  du  ix=  siècle,  n'est 
pas  douteuse.  Wanilo  est,  linguistiquement,  la  forme  la  plus  ancienne 
et  IVenilo  offre  un  affaiblissement  de  l'a  en  c  dû  à  l'action  de  Vi  du  suffixe 
hvpocoristique  -ilo,  action  qu'on  désigne  ordinairement,  à  l'allemande,  sous 


FRANC.    EPAULE  IO3 

lignes  qui  suivent,  nous  nous  efforcerons  de  donner  l'explica- 
tion de  ce  changement. 

Nous  n'insistons  pas  sur  le  développement  irrégulier  de  tl  en 
ill,  II,  qui  indique  que  spat(u)la  =  espadle,  espaUe  de 
même  que  rot(u)lus  =  anc.  franc,  ro/û',  bien  que  très  anciens, 
n'appartiennent  pourtant  pas  au  fonds  premier  de  la  langue 
comme  veclus   vet(u)lus  ou   *secla  sit(u)la. 

M.  Mever-Lùbke  {Gramm.  d.  roui.  Spr.,  I,  p.  449-450) 
affirme  que  le  groupe  //,  s'il  est  de  formation  récente,  devient 
-//-en  franc.  ;  c'est-à-dire  que  la  première  des  deux  /devient une/ 
vélaireetparsuitese  vocalise,  tout  comme  si  elle  se  trouvait  non 
pas  devant  une  /  mais  devant  une  autre  consonne.  M .  Foerster  (Z. 
/.  10m.  Ph.,  XXVI,  430)  refuse  à  bon  droit  d'admettre  l'explica- 
tion de  M.  Meyer-Lùbke  ;  il  n'y  a  pas  en  effet  d'autre  exemple 
où  la  première  liquide  du  groupe  -//-  se  soit  vocalisée'.  Quelques 
lignes  plus  bas,  M.  Foerster . suggère  une  autre  explication: 
espalle,  espale  serait  devenu  espaiile  dans  un  dialecte  de  l'Est  où 
a  passe  régulièrement  à  an  devant  /,  et  le  français  du  Centre 
aurait  ensuite  emprunté  à  l'Est  cette  forme  dialectale.  Il  a  soin 
pourtant  d'ajouter  aussitôt  :  «  Mais  pourquoi  la  forme  de 
l'Est  aurait-elle  pénétré  en  français  et  de  si  bonne  heure  ?  »  Et  en 
effet,  on  nesaurait  admettre  que  le  nom  d'une  partie  du  corps  soit 
un  emprunt  fait  par  le  français  à  un  dialecte  tout  comme  un  terme 
techn'que  ou  un  mot  désignant  une  chose  originaire  de  telle 
contrée  ou  plus  abondante  là  qu'ailleurs.  Si  l'on  tient  compte 
encore  de  ce  que  la  forme  épaule  paraît  au  commencement 
du  xiii^  siècle  et  qu'à  cette  date  le  bourguignon  —  qui  n'a 
presque  rien  fourni  au  vocabulaire  commun   —  était  le  seul 

le  nom  d'«  umlaut  »  ou,  à  la  grecque,  sous  celui  de  «  métaphonie  »,  recom- 
mandé par  M.  Victor  Henry.  Ce  nom  germanique  remonte,  d'après  l'opinion 
généralement  reçue,  au  thème  gothique  vën-s  «  espoir  »  ;  mais  il  ne  saurait 
y  avoir  de  rapport  direct  entre  l'i^  gothique  et  Ve  de  la  forme  carolingienne 
Wenilo,  Vê  gothique  s'étant  changé  en  â  dans  tout  le  domaine  allemand. 
Comme  la  métaphonie  de  ]'<;  n'apparaît  en  haut-allemand  qu'au  ixe  siècle, 
la  forme  JVenilo  doit  provenir  des  pays-bas  allemands  où  le  phénomène  est 
beaucoup  plus  ancien  :  cf.,  sur  ce  point  de  chronologie  linguistique,  Roiiiaiiia, 
XXXI,  495.  —  A.  Th.] 

I.  L'exemple  soulier  (sotlar,  soller)  que  M.  L.  cite  à  côté  de  épaule  est  peu 
concluant  vu  que  Vo  est  atone. 


104  MÉLANGES 

dialecte  de  l'Est  auquel  le  français  eût  pu  prendre  ce  mot,  on 
voit  le  peu  de  vraisemblance  de  cette  supposition  '. 

Dans  la  Grainni.  de  ranc.  franc,  de  Schwan-Behrens  (4"^  édit. 
p.  72-73),  on  trouve  une  autre  explication  qui  n'est  pas  plus 
heureuse  que  la  précédente:  à  cause  du  lieu  et  de  la  date  de 
l'emprunt,  l'atone  pénultième  ne  serait  pas  tombée  et  n'aurait 
pas  mis  en  présence  la  dentale  et  la  liquide  dans  épaule  de 
même  que  dans  7)ieiile  <metula,  roule  <  rotulat  et  viouh' 
<modulus;  la  dentale  intervocalique  aurait  disparu  et  Vu  aurait 
formé  diphtongue  avec  la  voyelle  tonique  précédente.  Mais 
aucun  des  exemples  allégués  n'est  probant  :  meule  ne  vient  pas  de 
metula,  qui  n'a  pas  donné  de  dérivé  dans  les  langues  romanes, 
mais  de  môla  (pour  le  sens,  voy.  le  Dict.  général  de  Hatzfeld- 
Darmesteter-Thomas)  ;  Von  de  roule  est  dû  à  l'influence  ana- 
logique exercée  par  le  verbe  roeler,  roueler  {dérivé  de  roele. 
rouelle)  sur  le  verbe  roller,  roler  (*rotulare);  quant  à  molle, 
moule,  et  à  épaule,  affirmer  l'existence  en  latin  vulgaire  des 
types  *moulus,  *spaula,  c'est  négliger  complètement  les 
formes  romanes:  esp.  molde,  roum.  inodru  ;  catal.  espattla, 
prov.  espatla,  ainsi  que  les  formes  de  l'anc.  franc.  :  modle,  molde 
et  espalde,  espaude. 

Espalde  est  sorti  par  méthathèse  d'espadle  qui,  par  l'assimila- 
tion du  ^  à  /,  a  donné  naissance  à  la  forme  espalle,  espale,  la 
plus  usitée  en  anc.  franc.  Néanmoinsdans  quelques  textes  de  la 
première  moitié  du  xii^  siècle,  écrits  dans  le  dialecte  du  Centre 
ou  en  anglo-normand,  on  rencontre  assez  souvent  espalde'. 
Quatre  Livres  des  llois  29,  35,  61,  141,  370,  377;  Psautier 
de  Cambridge  20,  12;  80,  6;  90,  4;  Psautier  d'Oxford  90,  4. 
Enfin,  dans  un  texte  du  xiii^  siècle,  avec  la   vocalisation  de/, 

espaude  : 

En  l'espaude  as  denz  l'aert 
Que  l'os  remaint  tut  descuvert-. 


1.  Le  lorrain  du  xiv^  siècle  ne  présente  encore  que  d'une  manière  spora- 
dique  le  changement  de  «  devant /en  au:  loial,  e  spécial  z.  côté  de  loiaul, 
ailles  (Apfelstedt,  Introduct.  del'édit.du  fta/zZ/Vr/o/n//;/,  p.  x)  ;  et  en  wallonce 
phénomène  ne  fait  son  apparition  que  dans  les  dernières  années  du  xin« 
siècle  (Wilmotte,  Étiuies  Je  tlialecloloi^ie  walL,  dans  Rom.  XVII,  554-55,  et 
XVIII,  211-212).  Voy.  d'autre  part,  pour  le  bourguignon,  Gôrlich,  Z)^;- 
biirgiiiul.  Dial.  iiii  XIII  u.  XIV  Jahrh.,  p.  15. 

2.  Fragment  d'At?iadas  ci  Ydoitie  publié  d'après  le  ms.  de  Gotha  par 
Andresen  (Z.  /'.  roiii.  PJjil.,  XIII,  92,  vers  23).  Dans  le  manuscrit  575  de 


TRANÇ.    ÉPAULE  IO5 

Il  est  à  remarquer  que  la  iormc  espaude  '  a  dû  être  d'un  usage 
courant  au  xii*^  siècle,  à  côté  de  la  forme  espalle,  espale. 
Les  formes  autres  et  aiifei  des  Qiiatre  Livres  des  Rois  prouvent 
que  la  graphie  cspahh-  de  ce  texte  cache  une  prononciation  « 
espdude  (cf.  Schlôsser,  Die  Laiiiverhàlinisse  der  QLD R,p.  6-7); 
d'autre  part  les  formes  Hairaiid,  Teihaud  etc.  du  Liber  censna- 
lis  de  Guillaume  le  Conquérant  (voy.  Hildebrand,  Ueber  d. 
fran:^.  Sprachelement  ini  L.  Cens.  Wiih.,  \,  39,  P-  361)  qui 
témoignent  de  la  vocalisation  de  /  suivie  de  consonne  et  précé- 
dée de  a  dès  1086,  permettent  d'aflirmer  qu'on  a  prononcé 
cspaude  pour  espalde  à  partir  du  commencement  du  xii^  siècle 
en  franc.,  norm.  et  anglo-norm.  et  que  les  Psautiers  repro- 
duisent, en  dépit  de  la  prononciation  de  leur  temps,  l'ortho- 
graphe surannée  de  l'original  du  xi^  siècle  ^. 

Vers  la  fin  du  xir  siècle,  espalie,  espale  et  espaude  créèrent 
par  croisement  une  forme  nouvelle.  Le  résultat  de  ce  croise- 
ment entre  des  mots  très  rapprochés  au  point  de  vue  de  la  forme 
et  identiques  au  point  de  vue  de  la  signification,  fut  l'ancêtre  dii 
franc,  mod.  épaule,  lequel  supplanta  les  formes  anciennes  qui 
lui  avaient  donné  naissance  :  espaude  -\-  espale  =  espaule,  épaule. 

Il  faut  donc  enrichir  de  cet  exemple  la  liste  des  croisements 
cités  par  M.  Suchierdans  Le  franc,  et  le  prov.,  p.  145  :  anc.  franc. 
oreste  (orage)  =:  orage  -\~  tenipeste;  anc.  franc,  triers  =  très 
<trans-f-  fier  <  rétro,  etc.,  et  par  M.  Meyer-Lûbke  dans  sa 
Grammaire  des  l.  rom.,  II,  §  466,  notamment  l'anc.  ùanç.peiir, 
sorti  du  croisement  des  suffixes -6  re  et  -iira  :  pavore-j-  pavura 
=  peiir. 


la  B.Nat.,  que  Hippeau  a  suivi  pour  son   édition  de  ce  poème,  espaude  est 
remplacé  par  espaulle,  v.  181 1. 

1.  La  forme  espaude  est  attestée  une  seconde  fois, ''dans 'un  document 
de  1590  cité  par  Carpentier,  dans  Du  Gange,  spondalis,  et  par  La  Curne 
de  S'e-Palaye  à  l'art,  espaude  :  «  Le  suppliant  lia  sa  femme  à  l'espaude  de  son 
lit  et  la  feri  d'une  cognée.  »  Mais  M.  Thomas  croit  qu'espaiide  est  ici  une 
simple  faute  de  copiste  pour  espoiide  «  bord  du  lit  ». 

2.  La  langue  de  l'original  des  Psautiersqueles  copies  du  xii^  siècle  repro- 
duisent laisse  déjà  voir,  par  la  diphtongaison  de  la  terminaison  -t'/5  =:  eaîs 
(cfmîeuieaJsybeallet  dans  le  Fs.d'Oxt'.,oiseaIs,  ruisseah,  dans  le  Ps  de  Cambr.), 
une  tendance  à  la  vocalisation  de  /,  notamment  après  a,  e  (cf.  Harseim, 
Voc.  H.  Cous,  iiii  Oxf.  Ps.,  p.  320). 


I06  NltLANGES 

Quant  à  la  ÇormccspaiiiUi'(hcc  scapula  '  :  espaudle)  du  Glos- 
saire anglo-normand  publié  dernièrement  par  M.  Priebsch  % 
il  V  faut  voir  une  fiiute  de  scribe  plutôt  qu'une  hésitation 
de  langage  entre  la  forme  ancienne  espaude  et  la  nouvelle 
espaith'.  Le  copiste,  ayant  présente  l'esprit  la  désinence  du 
mot  latin,  a  ajouté  une/  devant  la  lettre  finale  du  mot  français 

.qui  était  en  regard. 

Ch.  Drouhet. 


«  GIRAUT  DE    BORNEIL    »  OU   «    GUIRAUT    DE  BORXELH    >,  ? 

M.  le  Docteur  Adolf  Kolsen,  qui  va  enfin  publier  le  premier 
fascicule  de  son  édition,  depuis  longtemps  annoncée  ^  du  célèbre 
troubadour  Giraut  de  Borneil,  m'a  tait  l'honneur  de  me  con- 
sulter sur  les  raisons  qui  m'ont  amené  à  écrire  récemment,  à 
propos  d'une  étude  de  M.  René  Lavaud  :  «  L'origine  du  trou- 
badour étant  parfaitement  établie,  il  y  aurait  tout  avantage  à 
l'appeler  comme  il  s'appelait  lui-même,  Giraut,  et  non  Guiraut  : 
c'est  ce  qu'a  fait  M.  Chabaneau...  ^  « 

Voici  mes  raisons. 

Le  nom  propre  germanique  que  les  documents  mérovingiens 
et  carolingiens  latinisent  ordinairement  en  Ga i roald us  ^  est 
devenu  plus  récemment,  en  Limousin  comme  ailleurs,  Geral- 
dus  et  Giraldus^.  Il  est  certain  que  le  g  germanique,  placé  à 
l'origine  devant  un  a,  a  passé  du  son  explosif  au  son  chuintant, 
de  même  que  leiijdeGauciobercthus  (plus  récemment  Gauz- 


1.  Scapula  remplace  dans  les  Gloses  de  Cassel  spatulaet  traduit,  de 
même  que  humérus,  le  germ.  ahsla.  Dans  le  Gloss.  d'Évreux  on  trouve 
quatre  synonymes  lat.  pour  «  épaule  »  :  biniienis,  vel  ariiius,  vel  scapula  ■= 
espauîe  54  et  spaltûa  —  cspaiilc  44  (Petit  vocab.  lat. -franc,  du  xiiie  siècle,  p. 
p.  Chassant). 

2.  Dans  les  Bausteine  (icr  rom.  Phi'.  Ft'stgahef.  A.  Mussafia,  p.  536. 

3.  Cf.  Romania,  XXIII,  496. 

4.  Romania,  XXXIV,  157. 

5.  Cf.  A.  Longnon,  Polypt.  de  Vahbave  de  S. -Germain  des  Très,  I,  311. 

6.  Geraldus  est  de  beaucoup  la  forme  dominante  en  Limousin  ;  mais  il 
y  a  quelques  exemples  de  G  irai  dus  ;  cf.  Viiidex  noviinum  des  Doc.  hist.  con- 
cernant principalement  la  Marche  et  le  Limousin  de  Leroux,  Molinieret  Thomas, 
t.  II,  p.  345- 


«    GIRAUT    DE    BORNEIL    »    OU    «    GUIRAUT    DE    BORNELH    »?       IO7 

bertus);  mais  tandis  qu'on  a  pris  de  bonne  heure  l'habitude 
d'écrire  en  roman  Jausberl ,  ce  qui  rend  manifeste  le  changement 
de  g  en  y  devant  un  a  persistant,  le  son  e  en  i,  qui  avait  succédé 
au  son  primitif^/  dans  les  formes  latinisées  Geraldus,  Giral- 
dus,  a  maintenu  l'usage  traditionnel  du  ^  parce  que  les  nom- 
breux mots  latins  où  g  devant  un  e  ou  un  /  sonnait  ;  (comme 
geii,  de  gentem,  ougirar,  de  gy  rare)  ne  laissaient  aucun  doute 
sur  la  prononciation  du  g  devant  les  voyelles  e  et  /. 

Ce  n'est  qu'au-dessous  de  la  ligne  de  partage  des  sons  ca  et 
ga,  d'une  part,  cha  et  ja  de  l'autre  ^  que  le  g  germanique  a 
conservé  le  son  explosif  primitif,  et  que,  pour  bien  marquer  le 
son  explosif,  on  a  pris  l'habitude  de  faire  suivre  le  g  d'un  //  et 
d'écrire  Gniraiit.  II  est  fort  possible  que  le  troubadour  s'appelât 
réellement  Gérant  plutôt  que  Giraitt,  mais  il  est  impossible, 
étant  donné  qu'il  était  «  de  l'encontrada  d'Esidueill,  d'un  ne 
castel  del  vescomte  de  Lemoges  ^  »  que  le  nom  qu'il  portait  fût 
Giiiraut.  Les  chansonniers  qui  nous  ont  transmis  ses  poésies 
hésitant  entre  Giraiit  et  Guiraiit,  c'est  Giraiit  qu'il  faut  choisir. 

L'exemple  de  M.  Chabaneau  que  j'ai  invoqué  appelle  une 
réserve  importante.  De  parti  pris,  M.  Chabaneau  appelle  Girau 
tous  les  troubadours  dont  le  nom  remonte  à  Gairoaldus, 
quelle  que  soit  leur  patrie  :  mais  dire  Girant  Riquier,  comme  il 
le  fait,  c'est  commettre  une  confusion  inverse  de  celle  que  j'ai 
critiquée  chez  M.  Lavaud.  Il  faut  dire  Gniraut  Riquier  (de  Nar- 
bonne)  et  Giraui  de  Borneil  (d'Excideuil)  :  c'est  une  question  de 
latitude,  c'est-à-dire  de  géographie  linguistique  5. 

Il  est  un  autre  détail  sur  lequel  M.  Kolsen  ne  m'a  pas  consul- 
té, mais  sur  lequel  je  me  permets  d'attirer  son  attention  :  il 
concerne  la  graphie  du  surnom  de  notre  troubadour.  Dans  sa 
thèse  de  1894  et  dans  un  mémoire  qui  foit  partie  du  Festschrift 
publié  en  1905  en  l'honneur  de  M.  Tobler -^j  M.  Kolsen  écrit 

1.  Cf.  l'art,  de  P.  Meyer,  Remania,  XXIV,  529  et  s. 

2.  Aujourd'hui  orthographié  Excideuil,  ch.-l.  de  canton  de  l'arr.  de  Péri- 
gueux,  Dordogne.  —  Cf.  Chabaneau,  Biog.  des  troubadours,  p.  14. 

3.  Même  devant  e  et  i  primitifs,  le  o-  germanique  esftraité  comme  devant 
a,  de  sorte  que  si  Geraldus,  Giraldus  étaient  des  formes  primitives  et  non 
secondaires,  nos  conclusions  resteraient  les  mêmes.  Cf.  ce  que  j'ai  dit,  à  pro- 
pos delà  thèse  de  M"e  Cipriani,  dans  Romania,  XXXI,  455. 

4.  Die  heiden  Kreuilieder  des  Trohadors  Guiraut  von  Bornelh  (pages  205-227 
du  volume). 


io8 


MELANGES 


Bornelh,  contrairement  à  l'usage  suivi  le  plus  généralement  et 
qui  consiste  à  écrire  Borneil,  comme  l'ont  fait  et  comme  le 
font  Diez  et  MM.  Paul  Meyer  et  Camille  Chabaneau  '.  Le  plus 
sage  me  paraît  être  de  s'en  tenir  à  la  forme  Borneil,  car  c'est 
cette  forme  qui  a  le  plus  de  chances  d'être  celle  même  dont  se 
servait  le  poète.  Je  crois  que  le  surnom  du  poète  est  un  nom 
de  lieu  qui  est  à  Born  comme  Monteil  est  ;\  Mont,  c'est-à-dire 
que  Borneil  représente  un  type  étymologique  *Borniculum% 
comme  Monteil  représente  Mont  i  eu  lu  m,  et  par  suite  nous  offre 
dans  sa  désinence  un  e  fermé  suivi  d'une  /  mouillée.  Or  la 
notation  de  1'/  mouillée  par  //;,  que  l'orthographe  provençale  a 
en  commun  avec  la  portugaise,  n'apparaît  pas,  à  ma  connaissance, 
au  moins  d'une  façon  suivie  %  avant  l'extrême  fin  du  xir  siècle  '^. 
Jusque-là,  à  côté  des  cas  nombreux  où  le  mouillement  n'est 
pas  noté,  nous  ne  trouvons  à  la  finale  que  //  (par  exemple  vell 
dans Boeci  235  et  d^ins sancia  Fides  2),  //(par  exemple  oil:(,veil:(, 
meil:;^,  voil,  soil,  broil,  dans  Sanrta  Fides  78,  118,  232,  236, 
260,  264,  266,  273,  286),  ///  (par  exemple  voill,  doill,  foill, 
acoill,  oill,  cahdoiU,  escoill,  orguoii,  troill,   dans   Sancta   Fides, 


1.  Bartsch,  dans  son  Gniiidn'ss,  écrit  BorHt'/// d'après  le  nis.  A  (c'est  ce  que 
fait  aussi  M.  Crescini  dans  son  Maniialctto),  dans  sa  CJirestom.  prov.,  3e  éd., 
Borneil  à  la  col.  79  et  Bonieth  à  la  col.  418  (index).  M.  Appel  écrit  Bonielli 
dans  sa  Prov.  Crestovi.  Émeric-David  {Hist.  litt.  de  la  France,  XVII,  447), 
se  sert  de  la  (orm^Bomeilh,  qui  s'accorde  bien,  dans  sa  graphie  pléonastique, 
avec  la  forme  Girauld,  qu'il  donne  au  nom  du  poète.  Enfin, s'il  m'est  permis 
de  faire  en  public  mon  examen  de  conscience,  je  dois  avouer  que,  dans  mon 
édition  de  Bertran  de  Born,  j'ai  maladroitement  flotté  entre  Borneil 
(p.  wxm),  Bornelh  (p.  18,  n.  i)et  Borneilh  (p.  165,  art.  Alamanda). 

2.  Il  est  vraisemblable  que  cet  ancien  Borneil  est  aujourd'hui  Bonrnei, 
hameau  de  la  commune  de  'Nantiat  (Dordogne),  qu'on  écrit  avec  un  x  final 
sans  valeur  phonétique  (Chabaneau,  Biogr.  des  Iroithuhnrs,  p.  145)  ;  malheu- 
reusement les  formes  anciennes  manquent  qui  pourraient  seules  relier  Bourneix 
à  Borneil  et,  à  première  vue,  le  Bonrneix  actuel  peut  être  un  ancien  Bornés  ou 
Bornesc. 

3.  Voyez  quelques' exemples  sporadiques  anciens  dans  Diez,  Grannn.,  trad. 
franc.,  I,  375,  n.  3. 

4.  Je  ne  sais  sur  quel  fondement  M.  Crescini  a  écrit  :  a  Si  fa  quindi  dalla 
meta  del  dugento  più  fréquente  e  comune  il  segno  //;  »  (Manualetto,  2céd., 
P-  47)- 


PROV.    ANC.    ALBUESC.l  ;    PROV.    MOD.    AUBUiCO  I09 

202,    228,  231,  235,  263-272),   OU,    très  exceptionnellement, 
ilh  (par  exemple  lailh  dans    Sancla  Fidcs  205). 

Étant  donné  que  l'usage  dominant  au  xii^  siècle  dans  les 
textes  provençaux  flotte  entre  Bortieil  et  Bonieill,  et  qu'il  nous 
faut  choisir  entre  ces  deux  formes  concurrentes,  notre  préfé- 
rence doit  naturellement  aller  à  celle  de  ces  deux  formes  qui 
est  la  plus  simple  et  qui,  par  surcroît,  concorde  avec  l'ortho- 
graphe française  usuelle,  orthographe  dont  il  est  bien  permis  de 
critiquer  les  défauts  mais  dont  on  ne  saurait  contester  la  grande 
notoriété'. 

A.   Th. 


PRO\'.    ANC.  ALBUESCA  ;  PROV.  MOD.  AUBIECO. 

Le  Trcsor  don  Fdibrigc  de  Mistral  a  l'article  suivant  : 

AuBiECO,  s.  f.  Citrouille  commune,  citrouille  longue,  en  Périgord  ;  sorte 
de  petite  calebasse,  en  Guienne. 

Contrairement  à  son  habitude,  Mistral  n'indique  aucun 
rapprochement  avec  d'autres  langues.  Je  me  demandais  depuis 
longtemps  s'il  ne  fallait  pas  considérer  aubicco  comme  identique 
au  catal.  nlbiidcca,  à  l'esp.  albndeca  et  hadca,au  portug.  albiidieca 
et  paicca,  mots  d'origine  arabe  dont  Diez  s'est  occupé  (Etyiii. 
JVœrteib.jlV-"  pateca  -.)  Cette  idée,  qui  m'était  venue  à  première 
vue,  me  semble  nettement  confirmée  par  un  texte  qui  n'avait 
pas    attiré   mon  attention    jusqu'ici,   le  leudaire   de    Montréal 


1.  On  pourrait  encore  discuter  la  question  de  savoir  s'il  vaut  mieux  écrire 
Giiaiit  que  Giraud.  Bien  que  Giraiit  ait  pour  lui  l'usage  du  xiF  siècle  et  la 
phonétique  (car  le  d  étymologique  a  fini  par  s'assourdir  en  t  à  la  finale),  je 
n'aurais  aucune  répugnance  pour  Giraud,  qui  est  certainement  antérieur  à 
Giraut  (cf.  la  graphie  de  Sancta  Fidcs,  qui  ne  change  pour  ainsi  dire  jamais  la 
sonore  en  sourde  à  la  finale  et  qui  écrit  non  seulement  parled  2,  cervs  8,  prob 
13,  aiidid  32,  unsqiiegs  J^(),  pdg  90,  à  côté  pourtant  de  hrac  86,  laid  166,  sauh 
2^0,  perd  24^,  grand  2^<^,  plaid  112)  et  qui  a  l'avantage  de  distinguer  la 
désinence  -aut  secondaire,  issue  de  -ald,  de  la  désinence  -aid  primitive,  issue 
de  -ait.  Mais  il  ne  faut  peut-être  pas  faire  cette  concession  à  l'orthographe 
étymologique,  car  la  pente  est  glissante  et  on  ne  saurait  où  s'arrêter. 

2.  Cf.  Kôrting,   1440. 


IIO  MELANGES 

(Aude),  rédigé  vers  13206!  publié  par  M.  l'abbé  Sabarthés  dans 
\e  Bnll.  historique  et  philologique  du  Comité,  année  1896,  p.  48e 
et  s.  L'article  3  i  de  ce  leudaire  est  ainsi  conçu  : 

Item,  en  lunh  autre  cos  ressemblant,  ni  coggas,  ni  cogombres,  ni  plantas 
{sic),  ni  anienlas,  ni  albnescas  {sic),  ni  cscaluenhas,  ni  biedas,  ni  cauls,  ni  lunha 
autra  erba,  no  dona  re. 

Dans  cet  alhucsca,  dont  la  désinence  paraît  altérée  sous  l'in- 
fluence du  suffixe  provençal  -esca,  il  est  impossible  de  mécon- 
naître un  emprunt  au  catalan  nlbudeca,  et  il  sert  de  lien  entre 
le  catalan  et  le  provençal  moderne  aubieco. 

A.  Th. 

UN  SENS  RARE   DU  MOT    VOITURE 

Il  y  a  dans  les  archives  communales  de  Bourisp  (Hautes- 
Pyrénées)  un  long  mémoire  de  griefs  d'appel,  rédigé  en  léii 
et  produit  devant  le  sénéchal  d'Armagnac  par  des  habitants  de 
ce  village  et  de  quelques  villages  voisins;  on  doit  la  connaissanceet 
lapublicationpartielledecemémoireà  M.  Labrouche  '.Les appe- 
lants exposent  que  «  sur  le  commencement  du  moys  de  juing 
16 10,  revenantz  d'Espaigne  par  le  port  de  Plan  et  chemin 
royal  et  publicq  qui  conduict  par  la  montagne  de  Rieumajou 
vers  les  dicts  vilaiges  de  Bourisp,  etc.,  comme  leurs  voytures, 
cinq  en  nombre,  feussent  hors  d'aleyne  et  lasses  du  chemin 
(que  la  Cour  remarquera...  sembler  plus  tost  un  chemin  d'en- 
fer que  de  la  terre,  tant  il  est  rabouteux,  estroict,  difficile  et 
dangereux  pour  précipiter  la  voyture  et  le  voyturier  dans  des 
abismes).  ils  auroint.. .voulu  descharger  leurs  bestes  et  les  lais- 
ser un  peu  repaistre...  »  Plus  loin,  le  mémoire  parle  de  «  voytures 
paysans  et  repousans  de  passade  et  nécessité  »  et  il  affirme 
que  «  tous  passants  estrangers  ou  du  pays...  ont  le  privilège... 
de  faire  repaistre  et  descharger  leurs  voytures  en  tel  endroit  que 
|bon|  leur  semble.  » 

M.  Labrouche  a  cru  que  ce  mémoire  prouvait  que  le  port  de 
Plan   était  alors   traversé  par  une  route  carrossable,  et  que  les 


I.  Bultetin    de  ^èograpliie    historique  et    descriptive,    année    1897,    p.    122 
et  s. 


UN    SENS    RARE    DU    MOT    VOITURE  I  1 1 

cinq  «  voitures  »  dont  il  est  formellement  question  étaient  cinq 
«  chars  ».  Il  est  manifeste  que  le  rédacteur  du  mémoire  a 
employé  le  mot  voiture  au  sens  de  «  bête  de  somme  »  :  le  fait 
mérite  d'être  signalé  car  aucun  dictionnaire  français  n'attribue 
expressément  ce  sens  au  mot  voiture.  On  sait  que  le  latin 
classique  emploie  vectura,  type  devoiture,  pour  désigner  soit 
l'action  de  vehere,  soit  le  prix  perçu  pour  faire  cette  action  :  par 
conséquent  vectura  s'applique  aussi  bien  à  l'action  de  porter 
une  chargea  dos,  qu'à  tout  autre  mode  de  portage'.  Par  suite, 
une  fois  vectura  passé  au  sens  concret  et  appliqué  à  l'agent  de 
transport,  il  peut  aussi  bien  désigner  une  bête  de  sonnne  qu'un 
véhicule.  En  fait,  le  latin  du  moyen  âge  emploie  vectura  et  son 
doublet  barbare  vehitura  dans  le  même  sens  où  notre  mémoire 
pyrénéen  emploie  voiture-.  Dans  les  exemples  français  réunis 
par  Godefroy,  art.  veiture  du  Complément ,  il  y  en  a  un,  le 
premier,  où  ce  même  sens  semble  s'imposer '. 

Je  crois  qu'il  ne  serait  pas  difficile  d'établir  quel'ital.  vettura 
s'est  prêté  et  se  prête  peut-être  encore  au  même  emploi.  La 
locution  figurée  dure  iina  âojina  a  vettura  «  prostituer  une 
femme  »  montre  déjà  que  vettura  désigne  l'action  de  «  porter»; 
et  le  sens  de  «  muletier  »,  que  possèdent  vetturale  et  vetturino, 
témoigne  que  vetiura  peut  s'appliquer  à  la  bête  de  somme 
elle-même-*. 

Pour  en  revenir  au  français,  voiture  «  bête  de  somme  »  fait 
tout  de  suite  songer  à  notre  ancien  mot  cbevaucheïire  «  bête 
qu'on  chevauche  »  et  à  notre  mot,  très  vivant  encore,  monture 
«  bête  qu'on  monte  ».  Mais  il  faut  remarquer  que  le  dévelop- 
pement sémantique  n'a  pas  eu  le  même  point  de  départ  :  voiture 
vient  directement  du  latin  vectura,  c'est-à-dire  qu'il  repose  sur 


1.  Cf.  Gellius,  Nocl.  Att.,Y,  3  :  c  Protagoram  aiunt  victus  quœrendi  gratia 
vecturas  onerum  corpore  suo  factitavisse.  » 

2.  Cf.  Du  Cange,  vectura:  «omne  jumentum,  nempe  cquus,  camelus, 
mulus,  asinus,  bos.  » 

3.  «  Cil  firent  prendre  viandes  assez  sur  chamaus  et  en  autres  veictun's  » 
(trad.  de  Guillaume  de  Tyr);  le  texte  latin  porte  (XX,  6)  :  «  Suniptis  ali- 
mentis  ad  iter  necessariis  et  camelis  ad  devehenda  onera  sufficientibus.  » 

4.  hevoitiiricr  de  notre  mémoire  est  donc  le  correspondant  e.xact,  pour 
le  sens,  du  vetturale  ou  vetturino  italien. 


112  MELANGES 


vehcrc  pris  au  sens  actif,  tandis  que  clicvauchciirc  et  vioiiteiire, 
créés  à  une  époque  postérieure,  reposent  sur  chn'aucher  et 
monter  pris  au  sens  passif. 

A.  Th. 


ITAL.  jA\'A,  JANARA 

A  proposito  del  prov.  antico  jana,  che  si  legge  nelle  chiose 
dal  cod.  parigino  Bibl.  Nat.  lat.  7622,  testé  pubblicate  e  studiate 
dal  Thomas,  si  è  ricordato  che  il  sardo  conosce  la  stessa  parola 
jana  nel  senso  di  «  strega  »  '.  Mi  sia  permesso  di  notare  che 
anche  nell'antico  toscano  esiste  la  parola  jana  per  indicare  una 
strega.  lo  credo  di  poter  additare  la  stessa  voce  in  un  passo 
del  Tesoro  versificato  di  Brunetto  Latino,  edito  in  parte  dal 
D'Ancona  nelle  Meniorie délia R.  Accademia de'  Lhicei,  anno  1888. 
Vi  si  parla  di  una  donna,  la  regina  del  reame  di  «  Sizire  «^  che 
aveva  predetto  la  nascita  d'Alessandro  per  astrologia: 

Era  iiana  et  per  sua  sorte  sapea 

Che  d'Olimpiade  uno  Alesandro  nascer  dovea-. 

Il  D'Ancona  postilla  :  «  Perché  naiia  ?  Dubito  debba  leggersi 
iiiaga  »  ;  e  la  sua  congettura  è  stata  approvata  da  W.  Hertz, 
Die  Sage  von  G  if t?nàdchen  (in  Henz,  GesainnicJtc  Abhandlungen, 
Stuttgart,  1905,  p.  176).  E  sta  bene;  ma  basterà  mutare  îiaiia 
in  jana. 

L'esistenzia  délia  parola  janara  nella  stessa  significazione  in 
dialetto  napoletano  è  accennata  dal  Kôrting,  2^ediz.,  n°  2946. 
Non  sarà  inutile  perô  di  citarne  un  esempio  tolto  dal 
De  nucc  maga  beneventana  del  Piperno  (Napoli,  1635),  dove  si 
legge,  a  p.  17  :  «  Retinet  hodie  locus  la  ripa  delk  ianare,  in 
qua  erat  ceu  antrum  aqua  plénum,  qua  aestivo  tempore 
lamiae  etiam  balneantur.  »  Che  la  vccq  sia  viva  ancora  a  Bene- 
viento  risulta  da  A.  de  Blasio,  Iiiciannafori,  iiiagbi  c  sfreghe  di 
Binevento  (Napoïi,  1900),  p.  136,  passim. 

F.    NOVATI. 

1.  Romania,  XXXIV,  201. 

2.  D'Ancona,  //  Tesoro  di  B.  L.  versifie,  Roma,  US89,  p.  29  deU'estratto. 


COMPTES    RENDUS 


Bausteine  zur  romanischen  Philologie.  Festgabe  tûr  Adolfo 
Mussafia  zuni  15.  Fcbruar  '.905.  Halle,  Niemeyer,  1905.  In-8,  xlviii- 
716  pages. 

Nous  avons  annoncé  (Remania,  XXXII,  633,  et  XXXIV,  346  et  489)  la  pré- 
paration et  la  publication  de  ce  volume  collectif,  bouquet  de  fête  que  moins 
de  quatre  mois  ont  suffi  à  transformer  en  couronne  de  deuil.  Nous  ne  revien- 
drons pas  sur  les  circonstances  qui  l'ont  inspiré,  sauf  pour  faire  remarquer 
qu'il  était  destiné  à  célébrer,  en  même  temps  que  le  soixante-dixième  anniver- 
saire de  la  naissance  du  maître,  le  centième  semestre  de  son  activité  univer- 
sitaire. Il  nous  reste  à  faire  connaître  à  nos  lecteurs  les  titres  des  mémoires 
qui  le  composent,  en  insistant  sur  ceux  de  ces  mémoires  qui  nous  touchent 
plus  particulièrement. 

P.  viii-XLVii,  Élise  RiCHTER,  A.  Mussafias  Schriftcn  (1858- 1904).  Biblio- 
graphie très  complète  et  très  minutieuse,  par  ordre  chronologique,  terminée 
par  une  .able  alphabétique  des  noms  propres  et  des  matières. 

P.  1-8.  De  Lollis,  Di  alcune  forme  verhali  nelV  italiano  atitico.  Il  s'agit  de 
formes  rares  de  l'ancienne  langue  qui  correspondent  phonétiquement  et  séman- 
tiquement,  d'une  manière  plus  ou  moins  complète,  au  futur  antérieur  du 
latin;  l'auteur  en  relève  un  certain  nombre,  surtout  chez  les  premiers  lyriques 
et  dans  les  chroniques  d'Aquila,  tout  en  admettant  des  contaminations  de 
sens  et  de  tonne  entre  ce  temps  et  le  passé  du  subjonctif,  voire  avec  le  plus- 
que-parfait  de  l'indicatif.  Il  croit  même,  ce  qui  parait  excessif,  que  l'emploi 
du  futur  antérieur  a  donné  à  l'infinitif  une  vitalité  qui  n'était  pas  dans  sa 
nature. 

P.  9-16.  Wahlund,  Bibliographie  der  frau:iôsischen  Strasslmrger  Eidei'om 
Jdhre  842.  Travail  poussé  à  fond,  avec  cette  minutie  inlassable  dont  l'auteur 
a  donné  tant  de  preuves  dans  ses  précédents  travaux  ;  on  n'a  d'ailleurs  ici  que 
ce  qui  concerne  le  xvie  siècle.  Les  extraits  des  livres  cités  que  donne  M.  W. 
constituent  non  seulement  une  bibliographie,  mais  une  bibliothèque  du  sujet. 

P.  27-45.  Lang,  Ohl  Portuouese  Songs.  [M.  L.  étudie  les  sept  alhas  conte- 
nues dans  le  chansonnier  portugais  du  Vatican  (il  eût  pu  remarquer  que 
quelques-unes   de  ces  pièces  sont  moins  des  albas  proprement  dites  que  des 

Remania,  XXXV  8 


114  COMPTES    RENDUS 

variations  assez  éloignces  du  type  ordinaire)  ;  il  signale  un  nouveau  «  des- 
cort  »,  qu'il  avait  oublié  de  mentionner  dans  son  étude  sur  ce  genre  (voy. 
Romviia,  XXIX,  124),  et  cinq  pièces  se  rattachant  de  plus  ou  moins  loin  à 
Vescoudic;.  Il  publie  avec  traduction  et  notes  neuf  de  ces  morceaux.  Cette 
publication,  faiteavec  le  plus  grand  soin,  fournit  de  nouvelles  preuves  de  l'in- 
fluence des  troubadours  sur  l'ancienne  poésie  galicienne.  —  A.  Jeakroy.] 

P.  46-59.  Philippide,  Aîtgriechische  Elemenleim  Rumànischen .  [Miklosich  a 
montré (5<r///rt^v,  Vocal.  III,  17  :  Cotisou.  I,  78)  que  l'ugrec  pouvait  être  repré- 
senté en  roumain  par  [n.  Ce  phénomène  ne  peut  naturellement  se  présenter  que 
dans  des  mots  empruntés  au  grec  avant  la  transformation  de  l'y  en  i,  c'est-à- 
dire  avant  le  x*  siècle,  mais  il  peut  encore  nous  fournir  le  moyen  de  remon- 
ter plus  haut  dans  l'histoire  des  éléments  grecs  en  roumain  :  c  -\-  i  et  t  -\-  i 
avant  l'accent  passent  en  roumain  à  c  (sauf  devant  d)  dans  les  mots  latins  ;  si  la 
même  transformation  se  produit  pour  c  et  /  devant  iii  <  u,  ce  ne  pourra  être 
que  dans  les  éléments  grecs  d'emprunt  très  ancien,  d'époque  préroumaine. 
M.  Philippide  propose  d'expliquer  ainsi:  1°  Ciuricd,  «  fête  du  15  juillet 
Saint  Cyriaque)  »  <  Kjp'.a/.o;  ;  —  2"  Ciuj-ild,  nom  propre,  ■<  KupiX/oç  ;  — 
5°  *ciumur  (primitif  hypothétique  des  dérivés  ciumdrat  a  fâché  »,  ciunidros 
«  aigrelet  »,  a  ciuiudn  «  devenir  amer,  en  parlant  du  vin  »  ;  a  ciuinurluia,  ciuvitir- 
luiald  «  avoir  un  refroidissement,  courbature,  etc.  »)et  ital.  cimiirro,  «  mala- 
die du  cheval  caractérisée  par  un  écoulement  nasal  »  (mais  avère  il  cimiirro, 
if.  être  en  colère  »  ;  cf.  aussi  esp.  cimorni);  *ciuiniir  représenterait  un  composé 
grec  yuijLou  porj  ;  —  4°  ciuturâ  «  seau,  gourde  »  •<  diminutif  de  -/.jto;  ;  —  5° 
ciuc  «  boucle  de  cheveux,  toupet,  pic  »  et  ciucà  «  cible  »  <  y.jzXo;  ;  —  6"  a  ciidi, 
ciiiciuli,  ciiil  et  dérivés  «  rouler  »  et  sens  analogues  <<  xuXÀô)  ;  —  7°  cimbni 
«  thym  »  <C  *ciiimhnt  (cf.  les  nombreux  doublets  en  -ci-  et  ■ciii-')  <C  Oj|j.[îpov  ; 
—  8°  citiiel,  ciuiitel  etc.  «  devinette  »  dont  le  primitif  *cf//;«  pourrait  représen- 
ter Ou;j.ô:  ;  —  90  cioc,  «  bec,  etc.  »,  ciocan  «  marteau  »  <  Tyzo:.  L'on  ne 
saurait  oublier  que  beaucoup  de  mots  ainsi  expliqués  ont  des  analogues  dans 
les  diverses  langues  balkaniques,  d'où  ils  ont  pu  passer  au  roumain  avec  le  c/- 
initial.  Mais  il  est  intéressant  de  noter  qu'en  même  temps  que  M.  Philippide 
et  indépendamment  de  lui,  M.  S.  Puscariu  proposait  d'ajouter  à  o-/»/-  <  yûpo:, 
outre  l'it.  acciuga  <<  àojr,,  deux  nouveaux  exemples  de  u  >  in  :  1°  xujjia  > 
mac.-roum.  et  megl.  tsuma  «  bosse,  enflure,  abcès  »,  et  roum.  ciiiiiia  fctil 
«  ponmie  épineuse  »  ;  —  2°  xotjÀ»]  >■  *cytola~;>  roum.  ciuturd,  cf.  l'art.  4  de 
M.  Ph.  et  voy.  Puscariu,  Lalcinische  Ti  iind  Ki  int  Rumànischen,  Leipzig, 
1904.  —  M.  RodUES]. 

P.  60.  MuSATTi,  Catranionacia.  Ce  mot  signifie  «  maléfice  »  et  aussi 
«  crasse,  dépôt  sédimenteux  »  en  dialecte  vénitien  :  l'auteur  l'explique  par 
une  locution  grecque  de  la  basse  époque  :  t7,v  /.«Tâpav  u.o-j\i'i-/r^t  «  puisses-tu 
avoir  ma  malédiction  !  »,  mais  il  reconnaît  lui-même  que  c'est  là  une  simple 
conjecture. 

P.  61-76.  MoHL,  La  préposition  eu  m  et  ses  successeurs  en  gallo-roman. 
Cherche  à  montrer  que  la  substitution  de  apud  à  cum  dans  la  langue  vul- 


Bausteiiic  ::^iir  roiiianischcn  Philologie  115 

gaire  de  la  Gaule  n'est  pas  une  évolution  naturelle,  mais  une  réaction  de  la 
langue  savante,  dont  le  grand  facteur  doit  être  cherché  dans  les  écoles  célèbres 
fondées  par  la  politique  romaine  à  Narbonne,  Toulouse,  Bordeaux,  Autun, 
etc.  :  adhère  ii  l'étvmologie  du  prov.  ah  par  apud,  mais  considère  la  variante 
ani  comme  issue  de  la  vieille  particule  italique  amb,  am;  retire  l'adhésion 
qu''il  avait  donnée  antérieurement  à  l'étymologie  du  français  avec  par  le  lat. 
ab  hoc  ,  et  voit  dans  le  mot  français  le  représentant  du  lat.  ad  hoc  au  même 
titre  que  dans  l'anc.  franc,  avollre  le  représentant  du  lat.  adulter(?) 

P.  77-89.  Behreks,  Etyjuohgisches.  Ane.  fr.  bnwien[t'\  :  ne  signifie  pas 
«  barque  »,  comme  le  dit  Godefroy,  mais  «  portefaix  »,  et  vient  du  nordique 
byrja  «  porter  »  +  man  «  homme  »  (cf.  mes  Noiiv.  Essais,  p.  184,  art. 
bniiman.  où  l'on  trouvera  des  renseignements  plus  étendus  sur  l'extension  de 
ce  mot  dans  les  parlers  de  France).  —  Ane.  wall.  by  «  hovau  »  :  du  néerl. 
bik.  —  Fr.  chique  «  bille  à  jouer  »  :  à  rattacher  à  l'aliem.  schicken 
«  envoyer  ».  —  Fr.  orieiu.  Jîingot  «  fusil  »  :  allem.  du  sud  flingge,  variante 
de  flinte.  — Pic. gomiiie  «  réservoir  »  :  allem.  kumme  «  bassin  »,  auquel  se 
rattache  aussi  le  mot  gomer  «  seau  ».  —  Wall,  hanèt,  hènat  «  nuque  »  :  même 
origine  que  le  fr.  hanap  (german.  hnap),  avec  altération  de  la  désinence  par 
substitution  de  suffixe,  comme  le  montre  l'anc.  fr.  hanepier.  —  Wall,  hèder 
«  s'interposer  entre  le  vendeur  et  l'acheteur  »  :  allem.  scheiclen  «  séparer  ».  — 
Wall.  ivie)(e)  «  neige  »  :  appuie  l'étymologie  par  hibernum,  déjà  donnée 
par  M.  Horning  et  à  laquelle  je  me  suis  rallié  d'enthousiasme  (Noiiv.  Essais, 
p.  284).  —  Pic.  h'iiiiiére  «  vache  qui  n'a  pas  eu  de  veau  dans  l'année  »  :  lat. 
vulg.  *annucu  la  ria  :  cf.  mes  Mélanges,  p.  112,  art.  «o/Z/^/t;,  auquell'auteur 
apporte  d'intéressantes  et  convaincantes  additions.  —  Gasc.  mèco  «  moelle  »  : 
même  mot  que  mèco  «  mèche  ».  —  Ane.  wall.  cirselle  «  noir  de  fumée  »  :  flam. 
zwartsel,  déjà  indiqué  par  Bormans  ;  même  racine  dans  ivarsier  (Godefroy) 
et  :5;u'rt/  (Grandgagnage).  Je  remarque,  à  l'art,  ivarsier  de  Godefroy,  un  exemple 
de  la  locution  icairsier  de  ivai:ie  :  or  le  subst.  wai^e  n'est  relevé  ni  par  Gode- 
froy ni  par  M.  Behrens.  —  Ane.  fr.  plete  «  espèce  de  bateau  »  :  est  classé  à 
tort  par  Godefroy  sous  plate  et  omis  par  Kemna  dans  le  mémoire  dont  nous 
avons  rendu  compte  (Roiiiatiia,  XXXI,  ^132)  ;  l'auteur  le  rapproche  du  néerl. 
pleyte,pîeit  sans  se  prononcer  à  fond  sur  l'étymologie.  En  note,  liste  à  ajouter  à 
celle  que  j'ai  donnée  des  mots  omis  par  Kemna.  —  Ane.  fr.  rie[s]  v  botte  d'aulx, 
d'oignons  »  :  néerl.  rije,  correspondant  à  l'aliem.  reihe.  Article  de  sept 
lignes,  manqué,  mais  instructif  ;  au  lieu  du  néerlandais  rije,  c'est  le  lat.  restis 
qui  fournit  l'étymologie  (cf.  l'art,  rest  de  mes  Essais,  p.  378)  ;  il  faut  garder 
Vs  et  voir  dans  ie  la  diphtongue  wallone  régulière  de  Ve  latin  entravé.  — 
Wall,  rivé,  rivis  «  èglefîn,  merlan,  carrelet,  etc.  »  Anciennement  ritivés  :  bas 
allem.  rinfisk,  proprement  «  poisson  du  Rhin  ».  Très  jolie  conjecture  ;  mais 
puisque  c'est  toujours  un  poisson  de  mer  que  le  rive,  le  Rhin,  qui  est  un  fleuve, 
m'inquiète.  —  Biais,  rognon  «  coup  de  talon  donné  par  le  sauteur  sur  le 
derrière  du  patient,  au  jeu  de  saute-mouton  »  :  forme  résultant  de  l'aggluti- 
nation   au  mot    ognon  de  Vs  de   l'article  pluriel    devenu    ensuite  r  ;  rappro- 


Il6  COMPTES    RENDUS 

chemcnts  sémantiques  intéressants,  mais  pas  tous  convaincants.  —  Fr.  sineau 
«grenier  à  fourrage»:  lat.  cenacula  m  ;  étvmologie  déjà  connue,  mais 
qu'il  était  bon  de  remettre  en  lumière,  avec  des  indications  sur  l'état  actuel 
des  représentants  patois  du  mot  latin. 

P.  80-107.  ScHULTZ-GoRA,  Vitr  ifiedierte  Jtiix-parlxs.  [Ces  jeux  partis  sont 
les  nos  1794,  942,  405,  2083  de  Raynaud,  tous  quatre  contenus  dans  /?■  et 
R'  (le  premier  aussi  dans  A  qui  n'a  pas  été  utilisé).  M.  S. -G.  donne  la  préfé- 
rence à  R\  qui  est  en  général  beaucoup  meilleur  ;  mais  il  l'a  néanmoins, 
comme  on  va  le  voir,  suivi  trop  aveuglément  :  ce  ms.  efface  en  outre 
la  plupart  des  nuances  dialectales,  de  sorte  que  le  texte  ici  imprimé  s'éloigne 
sensiblement  de  la  langue  des  auteurs.  Les  notes  grammaticales  sont  un  peu 
maigres  et  n'élucident  pas  toutes  les  difficultés.  Voici  quelques  remarques  cri- 
tiques '.I,  19,  pour  est  une  faute  de  R'  :  le  sens  exige  impérieusement  ^ar,  qui 
est  en  effet  dans  les  deux  autres  mss.  (/>  barré  dans  A). —  20,  désirent  signifie 
pas  grand'chose  ici  ;  lire  avec  /?'  A  :  désert. —  30,  servir  a  dû  être  amené  par 
le  servans  de  la  fin  du  vers  ;  lire  :  furnir  (R'  A). —  40,  la  leçon  de  R'  A  (de  bien 
canter  en  gUse)  est  plus  vive  ;  elle  est  en  outre  appuvée  par  le  rapprochement 
fait  en  note  avec  un  autre  jeu  parti.  — II,  22-3,  la  ponctuation  fausse  le  sens  ; 
effacer  le  point  après  puisant  et  le  reporter  après  prende^.  —  67-8,  le  premier 
de  ces  deux  vers  est  trop  long,  le  second  trop  court  ;  arme  appartient  au  second. 
—  Aux  vers  42,  69  le  ms.  a  souffisant  et  chaîne  '.  — III,  2,  le  ms.  suivi,  au 
lieu  de  pris,  a  sens. —  19  ss.,  il  n'est  pas  question  dans  ces  vers  de  voler  une 
boulangerie  (je  comprends  mal  le  reste  de  l'e.xplication).  Le  sens  me  paraît 
être  :  «  pour  être  un  vrai  ribaut,  il  faut  savoir  jouer  aux  dés  »,  et  ribaus  de  four 
doit  signifier  simplement  «  ribaut  authentique  »  ;  on  sait  que  les  jongleurs  et 
autres  vagabonds  avaient  l'habitude  d'aller  giter  dans  les  fours,  probablement 
les  fours  banaux  (voy.  le  fragment  imprimé  dans  mes  Origines,  p.  506,  note, 
v.  6);  sur  leur  habitude  de  se  rôtir  les  jambes  auprès  des  fours,  vov.  Ronumia 
X,  401  et  591.  —  22,  les  mots^M  mestier  ne  manquent  pas  dans  R'. —  30  ss., 
M.  S. -G.  admet,  si  je  comprends  bien  sa  note  trop  concise,  que  c'est  la  dame 
novice  en  amour  qui  est  comparée  à  un  arbre  transplanté  (puisqu'il  l'oppose  à 
celle  dont  le  cœur  est  déjà  occupé)  ;  c'est  tout  le  contraire  :  l'arbre  qu'on  trans- 
plante, dit  Grieviler,  fleurit  plus  difficilement  :de  même  la  femme  qui  a  déjà 
aimé  est  plus  difficile  à  séduire  que  la  novice. —  46,  au  lieu  de  a,  lire  avec  R' 
lost.  —  50,  au  lieu  de  tost,  trop  (/?').  —  IV,  20  lire  avec  R^  :  on  le  doit  en  gré 


1.  M.  S. -G.,  en  annonçant  (p.  21)  l'intention  de  publier  les  jeux  partis  conte- 
nus dans  R'  R',  ne  s'était  pas  souvenu,  comme  il  a  bien  voulu  me  l'écrire  depuis, 
que  ces  pièces  doivent  faire  partie  de  la  collection  des  jeux  partis  dont  la  publica- 
tion a  été  annoncée  ici  (XXX,  1 5  7).  De  cette  publication  ne  seront  exceptés  que 
ceux  d'Adam  de  la  Haie,  si  M.  R.  Berger  conserve  l'intention  de  les  éditer. 

2.  Le  sujet  de  cette  pièce  est  fort  analogue  à  celui  d'un  jeu  parti  entre 
Simon  Doria  et  Albert,  récemment  publié  par  M.  Bertoni  (Trovatori  niinori 
di  Genova,  p.  15). 


Baiistcinc   :^ur   roitianischcn   Philologie  117 

prendre,  leçon  qui  s'accorde  bien  mieux  avec  le  sens  général  ;  le  se  rapporte 
à  l'idée  —  27  qiw]  quele  (R').  —  51,  l'éditeur  avoue  son  embarras  sans 
nous  faire  connaître  exactement  son  sentiment  ;  cet  embarras  provient  de 
ce  qu'il  a  lu  au  v.  56  mai,  au  lieu  de  mai)!  (—  m  a  ne).  Sens  :  «  de 
même  que  la  lune  rend  les  ténèbres  moins  épaisses,  de  même  l'amour 
fait  sembler  à  la  vieillesse  que  sa  nuit  soit  le  plein  midi  ;  souvent  il  arrive 
qu'il  pleuve  le  matin  et  qu'avant  le  soir  le  soleil  brille.  »  La  métaphore 
signifie  que  l'amour  peut  enflammer  sur  le  tard  un  cœur  de  femme 
et  lui  donner  le  change  sur  l'opportunité  de  ses  désirs.  —  48,  tele]  plutôt, 
ihele  (âviic  R'). —  58,  R-  âh'ien  plesaument;  mais  je  préférerais  la  forme  plus 
correcte  de  R'  plesanment  ;  de  même  plus  haut  II,  58.  —  A.  Jkanroy]. 

P.  108-116.  Von  Weilen,  Eine  deutsche  Stegreifkomôdie.  Imitation  du 
Légataire  universel  de  Regnard. 

P.  1 16-146.  D'An'CONA,  Saggio  di  una  bibliografia  ragionata  délia  poesia  popo- 
hire  itdliatia  a  stampa  del  secolo  XIX.  On  regrette  d'apprendre  que  l'illustre 
maître  renonce  à  écrire  le  livre  caressé  depuis  longtemps  et  dans  lequel  il  aurait 
recueilli  les  traces  de  toutes  les  Storie  imprimées  grossièrement  qui  se  débi- 
taient jadis  dans  certaines  rues  où,  suspendues  à  des  ficelles,  elles  mettaient  le 
long  des  murs  comme  une  floraison  littéraire  ;  puisse  l'ofifre  qu'il  fait  de  céder 
ses  matériaux  à  qui  voudra  et  saura  les  mettre  en  œuvre  sous  sa  direction  ne 
pas  rester  sans  eff"et  !  LeSaggio  qu'il  publie,  limité  au  xix*  siècle  et  aux  lettres 
A  et  B,  est  un  modèle  de  bibliographie  raisonnée,  c'est-à-dire  d'histoire  litté- 
raire résumée. 

P.  147-157.  Appel,  Vermischtes.  [i.  Port«  Pass  ».  On  sait  que  port  a  pris  le 
sens  de  «  passage  »  dans  diverses  régions,  notamment  dans  les  Pyrénées. 
Dans  cette  note,  aussi  érudite  qu'ingénieuse,  M.  A.  combat  l'hypothèse  par 
laquelle  M.  Schultz-Gora  a  essayé  d'expliquer  ce  singulier  changement  de  sens. 
D'après  lui  il  faudrait  en  chercher  l'origine  dans  le  sens  primitif  de  portus 
«  traversée  »  ;  il  aurait  été  favorisé  en  outre  par  l'analogie  formelle  de  porta  '  ; 
l'emploi  du  mot  au  pluriel  s'expliquerait  par  le  fait  que  le  passage  dans  les 
montagnes  s'opère  généralement  par  plusieurs  voies.  —  2.  Huelh  de  veire. 
C'est,  dans  un  petit  bestiaire  provençal  bien  connu  (Appel,  Chrest.,  n°  125), 
le  nom  d'un  oiseau  dont  la  vue  est  censée  percer  les  murs.  M.  A.  pense  que 
cette  absurde  dénomination  vient  d'une  faute  de  lecture;  l'auteur  provençal, 
qui  suivait  Richart  de  Fournival,  aura  lu  l'ius  de  voirre  au  lieu  de  //  li?is  de 
veoir  (début  du  chap.  sur  le  lynx).  Cette  explication  séduisante  ne  résout  pas 


I.  [M.  A.  déclare  ne  pas  pouvoir  contrôler  «  topographiquement  »  l'exemple 
que  donne  Du  Cange  (plus  exactement,  les  Bénédictins,  continuateurs  de  Du 
Cange)  pour  l'emploi  de  portus  au  sens  de  porta  :  le  contrôle  topographique  est 
facile,  car  il  s'agit  de  la  lameuse porte  Mordclaise  (c'est-à-dire  donnant  passage 
à  la  route  de  Mordellcs)  qui  se  voit  encore  aujourd'hui  à  Rennes  ;  c'est  le 
contrôle  «  paléographique  »  qui  est  difficile.  —  A.  Th.] 


Il8  COMPTES    RENDUS 

toutes  les  difficultés  :  la  disparition  de  l'article  n'est  pas  motivée  :  en  outre 
dans  les  mss.  picards  oculus  est  ordinairement  ;V.v  ou  ex,  non  ius  (voy. 
Dits  artésiens,  v.  33).  Il  reste  à  expliquer  pourquoi  le  lynx,  qui  est  un  petit 
ver  dans  les  autres  bestiaires,  devient  ici  un  oiseau  ;  la  conjecture  de  M.  A. 
me  parait  ici  moins  vraisemblable.  —  A.  Jeanroy]. 

P.  158-166.  ViDOSSiCH,  Tre  uoterellf  siutattichc  clal  Tristano  Viucto.  On 
sait  que  ce  texte  est  contenu  dans  un  ms.  de  Vienne  que  Mussafia  a  le  pre- 
mier signalé;  M.  V.  le  croit  traduit  du  français  à  la  fin  du  xiiic  siècle  ou 
dans  les  premières  années  du  xiveet,  en  attendant  une  étude  générale,  il  en 
extrait  beaucoup  d'exemples  (reliés  par  des  considérations  très  sobres)  qu'il 
classe' sous  trois  chefs  :  discours  indirect  et  direct  (Meyer-Lùbkc,  III,  f,  579), 
verbe  suppléant  (ibid.,  §  521),  le  type  ititro  mi  e  ti  (^ibid.,  §  217). 

P.  167-176.  LuiCK,  Ztir  Aussprache  des  Franiôsischen  im  XVlI.Jahrumiert. 
Extraits  de  quatre  grammaires  du  temps,  que  Thurot  ignore  et  dont  Sten- 
gel  ne  connaît  qu'une  ;  la  moins  insignifiante  est  un  remaniement  de  Tl)e 
French  Schoolemaister  de  Claude  de  S'-Liens  (alias  Holybatid)  par  P.  Eron- 
delle,  paru  à  Londres  en  1619. 

P.  177-192.  S.wj-LoPEZ,  La  Jettera  epica  di  Rambaut  de  Vaqueiras  in  un 
nuovo  manoscritto.  Manuscrit  catalanisé  de  la  bibliothèque  Vintimiliana  de 
Catane,  remontant  au  xv^  siècle,  plein  de  fautes  et  d'omissions.;  M.  S.-L.  en 
donne  le  texte  aussi  fidèlement  que  possible,  avec  quelques   notes  critiques. 

P.  193-210.  Kawczyxski,  ht  Apiiteiiis  iin  Mittelalter  bekamil  gewesen? 
Montre  que  Jofrei  de  Monmouth  a  cité  et  utilisé  le  De  Deo  Socratis  d'Apulée 
dans  un  passage  de  son  Hist.  reg.  Brit.  Quant  au  reste,  l'auteur  fait  des  rap- 
prochements intéressants,  sinon  décisifs,  entre  VAmor  et  Psyché  d'Apulée  et 
quelques  poèmes  français  (notamment  Partenopeu  de  Blois,  Erec,  Renaud)  ; 
il  rabroue  M.  Voretzsch,  et  s'efforce  de  répondre  à  cette  remarque  de  G.  Paris 
au  sujet  d'un  de  ses  précédents  travaux  :  «  quant  à  la  vraisemblance  qu'il 
peut  y  avoir  à  ce  qu'un  poète  comme  celui  de  Huon  ait  lu  Apulée,  l'auteur 
ne  prend  pas  la  peine  de  l'établir  »  {Remania,  XXXII,  479). 

P.  211-223.  Ettmayer,  Die  provençal ische  Mundart  von  Vinadio.  Vinadio 
est,  avec  Démonte,  le  centre  de  population  le  plus  considérable  de  la  vallée 
de  la  Stura,  en  Piémont  ;  il  est  d'autant  plus  difficile  de  fixer  les  traits  du  dia- 
lecte local  que  la  plupart  des  habitants  parlent  concurremment  le  piémontais, 
l'italien  et  le  français.  L'auteur  trace  un  tableau  d'ensemble  auquel  des  préoc- 
cupations multiples  (géographie  lexicographique,  étymologie,  etc.)  ajoutent 
de  l'intérêt,  mais  enlèvent  de  la.clarté.  Il  y  a  trop  de  rapprochements  oiseux, 
fertiles  en  inexactitudes.  P.  213,  viege  n'est  pas*vicata,  mais  viaticum  ; 
p.  218,  l'affirmation  que  darboiissieiro  désigne  le  stramonium  à  Limoge  {sic) 
est  une  erreur  :  l'auteur  a  cru  que  le  sigle  /.  de  Mistral  désignait  le  limousin, 
tandis  qu'il  s'agit  du  languedocien;  ibid.,  l'explication  du  prov.  mod.  alabreiio 
«  salamandre  »  par  un  type  *larvina  n'est  pas  sérieuse;  et  que  dire  de 
celle  de  sagno  «  laiche  »  par  y.jotvê'.o;    qui  se  trouve  à  la  même  page  .'' 

P.  224-226.  NiGRA,  Bas-fat.  c  a  m  butta  [  «  crosse  »].  Combat  avec  raison 


Baiisicinc  :[^iir  roiiuniischcn   Philologie  119 

l'opinion  exprimée  par  les  Bénédictins,  continuateurs  de  Du  Cange,  d'après 
laquelle  le  premier  élément  serait  cani  et  le  second  bot  :  le  radical  est  sûre- 
ment camb  «  courbure  ».  La  reproduction  d'une  sculpture  du  ixe  siècle  exis- 
tant dans  l'église  Saint-Tliomas  de  Strasbourg  confirme  (mais  qui  en  doutait?) 
que  le  bâton  pastoral  était  recourbé  au  sommet,  sans  volute,  dès  la  fin  du 
iv^:  siècle.  Il  aurait  été  bon  de  faire  la  critique  des  exemples  accumulés  à 
l'article  cambuta  de  Du  Cange  (au  moins  des  plus  anciens).  D'autre  part  un 
suffixe -ùtt a  ne  va  pas  tout  seul,  et  on  en  voudrait  voir  citer  d'autres 
exemples. 

P.  227-254.  Rajna,  Uiia  ridu-:^ione  quattrocenlistica  in  ottava  rima  del primo 
lihro  ihi  Reuli  di  Frauda.  Manuscrit  du  British  Muséum,  add.  22821,  prove- 
nant de  Libri  et  de  Rinuccini.  C'est  une  oeuvre  anonyme,  indépendante  de 
celle  de  l'AItissimo,  mais  sans  grand  intérêt;  il  est  difficile  d'affirmer  que  la  ' 
date  de  1436,  qui  est  fournie  par  une  des  octaves,  vise  l'auteur  plutôt  que  le 
scribe  (il  s'agirait,  dans  cette  dernière  hypothèse,  d'un  scribe  antérieur  à  celui 
à  qui  nous  devons  le  22821).  M.  Rajna  publie  quelques  fragments  en  plaçant  en 
bas  le  texte  même  des  Reali  :  le  rapport  est  très  étroit.  L'auteur  paraît  origi- 
naire de  ia  Vénétie,  mais  il  a  cherché  à  écrire  en  pur  toscan. 

P.  253-275.  Cloetta,  Grandor  de  Brie  und  Guillaume  von  Bapaume.  Appuie 
d'arguments  solides  et  clairement  présentés  l'opinion  d'après  laquelle  Gran- 
dor de  Brie  serait  bien  (conformément  au  témoignage  de  Guillaume  de 
Bapaume)  l'auteur  de  deux  chanjons  de  geste.  Le  Moniage  Rainoart  et  La 
Bataille  Lokifier,  qui  forment  une  continuation  à'Aliscans  ;  le  rôle  de  Guil- 
laume de  Bapaume  consiste  à  avoir  plus  ou  moins  remanié  non  seulement 
Le  Moniage  et  La  Bataille,  mais  aussi  Aliscans,  dont  il  n'a  pas  fait  connaître 
l'aifteur  parce  qu'il  ne  le  connaissait  pas  lui-même. 

P.  276-288.  Pasini,  Montiaiia.  Lettres  inédites  de  Monti. 

P.  289-308.  Bartoli,  Di  una  metafonesi  )iel  veneto  di  Mitggia  (^Veiie:(^ia 
Giulia).  Il  s'agit  de  l'influence  exercée  par  la  voyelle  finale  sur  la  qualité  de 
Ve  et  de  Vo  en  syllabe  tonique  :  cette  influence  paraît  souveraine  et  tout  à 
fait  indépendante  de  la  qualité"  que  les  voyelles  toniques  avaient  en  latin  vul- 
gaire. Etude  faite  sur  les  lieux  et  qui  repose  sur  une  connaissance  approfon- 
die de  la  phonétique  expérimentale.  L'auteur  proteste  contre  la  confusion 
trop  fréquente  qu-i  fait  voir  du  ladin  en  Istrie  ailleurs  qu'à  Muggia  et  contre 
l'expression  ladino-veneto  employée  encoie  récemment  par  M.  Ive. 

P.  309-512.  Ara,  AppuHti  diversi.  Courtes  étymologies  de  mots  italiens 
dialectaux,  surtout  vénitiens  ;  remarques  sur  a  Torino  en  face  de  in  Asti. 

P.  313-320.  Meyer-Lûbke,  Zur  Geschichte  des  C  vor  helleti  Vokalen.  Série 
d'observations  critiques  et  hypercritiques  sur  quelques  témoignages  d'où  nous 
pouvons  chercher  à  induire  l'époque  où  l'on  a  eu  conscience  de  l'évolution 
du  c  ;  ces  observations  ne  peuvent  être  résumées  en  quelques  lignes,  mais  il 
en  faut  noter  la  conclusion  assez  décourageante,  surtout  si  l'on  tient  compte 
de  l'assurance  ordinaire  de  l'auteur  :  Xr,sî  /.xl  aiavri^o  ir-irs-Ev/. 

P.  321-331.    Subak,  £)fl5    Verbiim  in  Judeiispanischeu.  Classement  métho- 


I  2 O  COM  PT KS     K  EN  DUS 

Jiquc  do  tbriucs  phonétiques  et  niorpliologiqucs  lournies  par  M.  Salvator 
Sefamy  de  Constantinople,  avec  références  au  «  ladino  »,  prononciation 
arcliaïque  conservée  dans  la  traduction  de  la  Bible  en  vielchir. 

P.  552-556.  Braun,  //  caiito  di  Tryni,  do  hi  Sacuiumiar  Edda.  Traduction 
en  vers  italiens. 

P.  357-564.  A.  L.  Stif.fei.,  Ueher  die  Coiiwdia  «  Iii  Espaiiola  de  Floren- 
ciii  ».  [L'auteur  s'efforce  de  montrer  que  cette  pièce,  inspirée  de  la  comédie 
italienne  GF  Iiigatniati  (1537),  et  subsidiairement  de  la  Comedia  de  los  Euga- 
fios  de  Lope  de  Rueda  et  d'une  nouvelle  de  Bandelio,  remonte  à  la  fin  du 
xvi<:  siècle  et  qu'elle  pourrait  être  une  œuvre  de  jeunesse  de  Lope  de  Vega, 
plus  ou  moins  remaniée  au  xvip  siècle.  L'attribution  à  Lope  semble  peu 
vraisemblable  pour  plusieurs  raisons  (dont  une  a  été  indiquée  par  H.  A.  Ren- 
nert,  The  Life  of  Lope  de  ^t^^/,  p.  498);  les  détails  de  costume,  entre  autres, 
et  notamment  l'allusion  au  g.ardainfaute,  renvoient  au  premier  tiers  au 
moins  du  xviie  siècle  et  l'on  ne  peut  les  mettre  tous  au  compte  d'un  rema- 
nieur. —  A.  Morel-Fatio.] 

P.  565-566.  Del  Lungo,  «  Cattività  onorevole  »  nel  MachiaveUi. 

P.  567-568.  Mazzoni,  Ouakhe  appiiuto  sulla  voce  «  Erro  ».  Cet  «  Erro  » 
est  l'allemand  Heu  introduit  au  xive  siècle  par  les  soldats  mercenaires 
d'Allemagne. 

P.  369-585.  Rydberg,  Uber  die  Enhvichhmg  voti  «  illui,  illei  n  aufFran- 
:^ôsischen  Boden  und  dus  Eindritigen  der  Forni  «  lui  »  aïs  schwachtonige  Dativ, 
eiu  Beitrag  :^/(7-  Geschichte  der  Reichssprache.  Recueil  extrêmement  riche  fourni 
par  un  dépouillement  minutieux  des  documents  littéraires  et  diplomatiques 
depuis  l'origine  de  la  langue  jusqu'au  xir*"  siècle. 

P.  586-400.  Ramôn  Menéndez  Pidal,  Sufijos  dloiios  en  espafwl.  [Il  s'agit 
des  suffixes  atones  -aro,  -ai;o,  -atio,  -alo,  et  de  quelques  autres  où  la  voyelle 
n'est  plus  a,  mais /ou  0,  de  formation  analogique.  Le  sujet  a  été  traité  concur- 
remment par  M™e  Carolina  Michaëlis  de  Vasconcellos,  à  propos  du  mot 
ptïcaro,  dans  son  article  intitulé:  Algitmas  piiluvras  a  respeito  de  pùcaros  de 
Portugal.,  voy.  le  Bulletin  hispanique  d''âvnl-]u'Kï  1905.  M.  Menéndez  Pidal 
apporte  beaucoup  d'exemples  nouveaux  tirés  surtout  de  la  langue  provinciale 
actuelle.  Il  a  tout  à  fait  raison  de  rattacher  picaro  à  picar,  verbe  qui  joue  un 
rôle  important  dans  l'art  culinaire  :  le  picaro  a  été  originairement  un  solhistre, 
c.-à.-d.  un  marmiton,  un  gâte-sauce.  —  A.  Morel  F.\tio.J 

P.  401-460.  F.MUNKLLi,  Note  sulla  fortuna  del  «  Corhaccio  y>  nellaSpagna 
médiévale.  [Excellente  étude  de  littérature  comparée,  domaine  où  M.  Farinelli 
est  passé  maître.  Il  a  très  bien  mis  en  lumière  les  emprunts  considérables 
faits  au  Corhaccio  par  le  catalan  Bernât  Metge,  auteur  du  Sonini,  emprunts 
que  n'avait  notés  aucun  de  ceux  (et  j'en  suis)  qui  se  sont  occupés  de  ce 
dernier  ouvrage.  —  A.  Morel-Fatio.] 

P.  461-472.  Crescini,  Di  uua  tcn~one  iniaginaria.  [Excellente  édition, 
fondée  sur  une  rigoureuse  classification  des  mss.  (sauf  deux)  de  la  tenson 
entre  Peirol  et  "  Amors  »,  avec  traduction  et  notes,  grammaticales  et  histo- 


Baiislci)tc   ~iir  roiiianischen  Philologie  121 

riqucs.  Les  allusions  aux  faits  contemporains  ont  permis  à  M.  C.  de  la 
dater  de  11 88  ou  1189.  —  A.  Jeakroy.) 

P.  475-480.  Demsusianu,  Eiii  albaneshches  Suffix  iiii  Riiniânischen.  (Il 
s'agit  du  suffixe  diminutif  -^s,  conservé  en  roumain  dans  un  très  petit 
nombre  de  mots  dont  certains  peuvent  d'ailleurs  avoir  été  pris  directement 
à  l'albanais,  tandis  que  les  autres  (une  demi -douzaine),  tels  que  câcùrea:^à  < 
cdcdrea  -f  -\iï,  sfîrlea:^â  <  s/îrla  -\-  -ea-iâ,  paraissent  bien  être  de  formation 
roumaine.  Ce  serait  là  un  témoignage  fort  important  pour  juger  de  l'intimité 
des  relations  anciennes  entre  l'albanais  et  le  groupe  roumain.  —  M.  RoauEs.] 

P.  481-502.  HerzoG,  Elvinologiscbes.  —  Fr.  «  -cir  »,  prov^.  -«  (e)iir  ». 
Admet  le  ivpe  phonétique  lat.  vulg.  -i  cire,  que  j'ai  proposé,  et  en  explique 
très  ingénieusement  la  naissance  et  le  développement  en  partant  non  de  l'in- 
finitif, mais  du  présent  de  l'indicatif  :  *obscuricare  avant  eu  un  inchoatif 
*o  b  scu  ricisco  ,  la  conjugaison  inchoative  "finisco,  etc.  a  fait  créer  plus 
tard  un  infinitif  *  o  bscurici  re,  d'où  le  franc,  obscurcir.  —  Fr.prov.  k  fin  », 
/7ii/.  «//')/(%  fiiio  ».  Cherche  à  montrer  que  l'on  a  affaire  au  subst.  finis  con- 
struit d'abord  avec  le  génitif  f  i  n  i  s  honoris  équivalant  à  s  u  m  m  u  s  h  o  n  o  s  ; 
plus  ingénieux  que  convaincant.  —  Fr.  «  oaloper  »  prcn\  «  galmipar  »  ; 
itdl,  «  g(u)aîoppare  »  :  german.  wela  ou  wala  +  h  1  au  pan.  L'auteur 
ignore  que  la  même  étymologie  a  été  proposée  par  M.  Grammont,  Bull, 
tk  la  Soc.  de  liiii^uistiqnc,  n"  51,  p.  cv,  séance  du  25  août  1903.  —  Fr. 
(i  paie  »:  adj.  verbal  tiré  de  piilir,  d'après  les  couples  ronge  rougir,  verd 
verdir,  etc.  —  Fr.  «  torche  »,  prov.  «  torca  »,  ital.  «  torcia  ».  Serait  le  lat. 
torques,  qui  signifie  ordinairement  «  collier  »;  et  pour  le  prouver,  l'auteur 
accumule  les  exemples  de  mots  féminins  de  la  3e  décl.  lat.  qui  ont  passé  à 
la  première.  Je  lui  donnerais  volontiers  raison,  bien  que  beaucoup  des 
exemples  qu'il  cite  ne  prouvent  rien  dans  l'espèce.  —  Aiic.  fr.  et  prov.  «  vercii  ». 
Serait  le  lat.  vulg.  *veraius,  formé  d'après  verum  aio   «  je  dis  vrai  ». 

P.  503-512.  Nyrop,  Remarques  sur  quelques  dérivés  français.  Liste  intéres- 
sante de  dérivés  (généralement  très  modernes)  formés  soit  par  addition  soit 
par  suppression  d'une  consonne  du  mot  primitif  :  ba~arder,  de  ba~ar,  d'une 
part  ;  faubourien,  àt  faubourg,  de  l'autre. 

P.  513-532.  Grôber,  Koniaiiisches  ans  niittclalterlichen  Itinerarien.  Etude 
minutieuse  de  l'itinéraire  du  vovage  fait  à  Rome  par  l'archevêque  de  Cantor- 
béry  Sigeric  (-]-  994),  dont  le  manuscrit  est  tout  à  fait  contemporain,  com- 
paré aux  documents  analogues  postérieurs.  Les  noms  de  lieu  offrent  çà  et  là, 
sur  la  prononciation  romane,  des  indices  intéressants  que  Fauteur  commente 
savamment. 

P-  534-556-  Priebsch,  Ein  anglonormannisches  Glossar.  Publication  et 
commentaire  approfondi  de  la  moitié  d'un  Nominale  contenu  dans  le  ms 
Douce  88  de  la  Bodléienne  d'Oxford;  l'écriture  est  de  la  fin  du  xnie  siècle. 

P-  5  57" 562.  Baist,  «  Mutulus  »  «  Butina  ».  Après  avoir  relevé  la  présence 
de  ces  deux  mots,  à  peu  près  svnonymes  de  «  borne  »,  dans  la  Lex  Ripuario- 
ruui,  l'auteur  passe  en    revue  les  formes  romanes  qui  les  continuent  plus    ou 


122  COMPTES    RENDUS 

moins  directement  :  esp.  iiiojon,  catal.  iiiolbo,  Iran*;,  primitif /W;/t',  etc.  11  pro- 
met (Je  revenir  quelque  jour  sur  l'histoire  des  limites  dans  les  langues 
romanes. 

P.  563-580.  CoKXU,  Zii  Commodiiut.  Extrait  d'un  travail  sur  la  versifica- 
tion de  Commodianus  qui  est  sur  le  chantier  depuis  huit  ans. 

P.  581-586.  d'Azevedo,  Dois  Jragmeiitoi  de  luua  vida  de  S.  Nicolau  do  sec. 
XV  en  porluguès.  Proviennent  de  la  couverture  d'un  registre  de  VArchivo 
national  de  Lisbonne  ;  publication  sans  commentaire. 

P-  587-593-  WiCKHOFF,  Der  Apollon  von  Belvédère  als  Frenidlini^  hei  den 
Israelilen.  Étude  sur  une  fresque  de  Luca  Signorelli,  avec  une  planche. 

P.  594-608.  Carolin.\  Michaëlis  de  Vascon'cellos,  Zum  Sprichwôrter- 
schat~  des  Don  Juan  Manuel.  [Il  existe  dans  le  Conde  Lucanor  un  certain 
nombre  de  sentences  morales  dont  l'auteur  s'est  plu  à  faire  des  casse-têtes  en 
intervertissant  l'ordre  des  mots  (cf.  Remania,  XXIX,  601).  Il  faut  rétablir 
l'ordre  logique,  et  c'est  à  quoi  s'est  employée  très  habilement  M™*;  de  Vascon- 
cellos,  qui  a  de  plus  confirmé  ses  essais  de  restitution  en  rapprochant  certains 
passages  des  Bocados  de  010  et  d'autres  recueils  sentencieux  des  praverhios  de 
Juan  Manuel.  —  A.  MoREL-F.vno.] 

P.  609-628.  Freymond,  Eine  hisher  nicht  h'niit~te  Haudschri/t  der  Prosaro- 
mane  Joseph  von  Arimathia  iind  Merlin.  Manuscrit  de  Florence,  Riccard.  2759, 
exécuté  par  un  Italien  au  xiv*  siècle;  l'original  appartenait  probablement  à 
la  région  française  de  l'Est.  L'auteur  publie  quelques  fragments  du  manu- 
crit  et  en  détermine  les  rapports  avec  les  autres  manuscrits  connus  antérieu- 
rement. 

P.  629-640.  Jeanroy,  Un  sirventes  en  faveur  de  Rainion  VII  (12 16).  Publie, 
traduit  et  commente  le  sirventes  Si  col  flacs  niolins  torneja  de  Tomier  et 
Palazi  (Bartsch,  Grundriss,  442,  2). 

P.  641-660.  Thomas,  U évolution  phonétique  du  suffixe  «  -arius  »  en  Gaule. 
Remaniement  d'un  article  paru  en  1902  {Ronninia,  XXXI,  491-498)  :  la 
nouvelle  rédaction  (sauf  un  postscriptum  de  12  lignes)  figure  aussi  dans  les 
Nouveaux  essais  de  philoloi^ie  française,  p.    1 19-147. 

P.  661-668.  SucHiER,  Die  Heinial  des  Leodegarliedes.  S'appuyant  sur  les 
raisons  qu'il  avait  jadis  données  pour  attribuer  au  poème  sur  saint  Léger 
une  origine  wallone  (d.  Roiuania,  Vil,  629),  l'auteur  pense  que  c'est  à 
Brogne,  au  sud-est  de  Namur,  où  des  reliques  du  saint  avaient  été  solen- 
nellement portées  vers  926,  que  l'on  peut  vraisemblablement  en  localiser  la 
composition. 

P.  669-675.  BiADENE,  Nota  etiinohgica  :  u  pa:^io  »  e  aliri  dérivât i  délia 
sua  inedesima  radiée.  Le  mot  serait  un  participe  syncopé  du  verbe  pa-{:^are 
(inusité  comme  simple,  mais  contenu  dans  les  composés  inipa:^:^are,  strapa-{- 
:^are,  spaiiare),  lequel  représente  le  lat.  vulg.  *pactiare,  dérivé  de  pac" 
tum,  supin  de  pan  gère. 

P.  676-682.  Leitede  Vasconcellos,  Dois  textes portuguesesda  Idade  Media. 
Le  premier  est  un  acte  daté  (le  plus  ancien  qui  ait  encore  été  signalé)  de  l'ère 


j.-M.   BURNAM,   Glosseniata  de  Prudoilio  123 

1230  {  -  1192  de  Jésus-Christ);  le  second  est  la  confirmation  d'un  prieur 
par  son  abbé,  en  forme  de  dialogue,  daté  de  l'ère  1351  (=1  1293).  L'auteur 
accompagne  ces  deux  actes  (le  second  seul  est  inédit)  d'un  excellent  com- 
mentaire philologique. 

P.  683-714.  Friedwagner,  Runiànische  Volkslieder  ans  der  Bukcnviua. 
Textes  précédés  d'une  substantielle  introduction  et  accompagnés  de 
remarques  philologiques  et  de  rapprochements  folkloriques. 

P.  715-716,  M.\DD.\LENA,  Pcr  il  hagno  di  Ldiira.  Remarque  sur  la  fameuse 
chanson  Chiaie,  fresche  e  dolci  acqiie. 

A.  Th. 


Glossemata  de  Prudentio  edited  from  the  Paris  and  Vatican  manu- 
scripts  bv  lohn  M.  Burxam.  Cincinnati,  1905  in-8",  102  p.  (Extrait  des 
Uiiivcrsitx  Studh's  pitblisl.vd  bv  tbc  Un.  of  Cinciiniati,  nov.-dec,  1905). 

Les  gloiseniata  que  publie  M.  B.  ne  se  trouvent  que  dans  deux  mss.  rela- 
tivement récents,  Rome,  Vat.  Pal.  lat.  237  (xi<^  s.)  et  Paris,  Bibl.  Nat.  lat. 
13953  (x'^s.),  mais  l'éditeur  croit  pouvoir  fixer  la  date  de  cette  œuvre  entre 
650  et  750,  et  il  estime  que  l'auteur  était  un  Celte,  probablement  moine  à 
Corbie.  Tous  les  mots  nouveaux  ou  rares  qui  se  trouvent  dans  le  commen- 
taire ont  été  soigneusement  relevés  et  discutés  par  M.  B.,  dont  on  ne  saurait 
trop  louer  la  conscience  et  l'esprit  critique.  L'élément  latin  savant  y  prédo- 
mine, mais  on  v  trouve  aussi  quelques  mots  insolites  sur  l'origine  desquels 
on  ne  peut  faire  que  des  conjectures,  par  exemple  :  ahlenoheha,  sorte  d'in- 
secte, p.  3,  où  M.  B.  est  disposé  à  voir  une  altération  de  attelalnis;  clarnus, 
au  sens  de  disciis,  p.  22,  qui  se  trouve  aussi  chez  Papias,  fait  qui  a  échappé 
à  M.  B.,  bien  que  les  Bénédictins  l'aient  signalé  dans  leur  édition  de  Du 
Cange;  ifa,  miel  sauvage,  p.  31,  etc.  La  philologie  romane  a  peu  à  y  gagner; 
notons  cependant  deux  mentions  de  langue  rustique  :  «  vestem  orbiculatam 
quam  rustici  diutinnan^  vocant  »,  p.  49;  «  vocamus  mastrucas  renones  alio 
nomine,  quœ  rustice  crocina  vocantur,  p.  90.  Mais  sommes-nous  en  pays 
roman?  Je  crois  que  non,  car  si  je  ne  sais  rien  de  clintinna,  je  ne  doute  pas 
que fn\/Hi7  soit  l'anc.  haut  ix\\<im.  chrusina  (cf.  l'art,  cruska,  de  Du  Cange,  où 
crotina  doit  être  lu  crocina).  Mentionnons  en  outre  la  glose  :  «  sero,  id  est 
mesio  »,  p.  23.  M.  B.  a  bien  vu  que  ))i:'sio  était  apparenté  au  franc,  et  prov. 
mesgue  «  petit-lait  »,  auquel  on  attribue  une  origine  celtique  ;  mais  je  doute 
que  mesio  soit  une  simple  graphie  pour  niesgo,  comme  il  le  dit,  car  le  patois 
de  la  Corrèze  (débordant  légèrement  sur  la  Creuse)  appelle  le  petit-lait  nu'ii 


I.  Leçon  du  ms.  de  Paris  (lu  clinliniiain  par  Du   Cange);  celui  de  Rome 
a  cUnlint. 


124  COMPTES     RENDUS 

(et  lii-inè^i):  or  wi'^/ remonte  a  un  type  mêsium,  qui  a  pu  être  antérieure- 
ment mes  i  eu  m  (cf.  la  glose  latino-germanique  «  mesico  cbas^L'aner  »  dans 
Steinmeyer,  Altljochil.  Gloss.,  III,  476,  12),  mais  non  à  mèsguni,  quoi  qu'en 
pense  M.  Chabaneau.  Gnuiitii.  liiiiousiiie,  p.  555.  A.    Tu. 

Cartulaire  de  Saint-Vincent-de-Lucq,  pp.  L.  Barrau  DiHicoet 
R.  PocPARDiN.  Pau,  Garet,  19O).  In-cSf^,  52  p.  (Extr.  delà  Revue  du  Bnini 
et  du  Pa\s  Basque.) 

Les  textes  anciens  relatifs  au  Béarn  sont  si  rares  que  la  publication  de  ce 
cartulaire  (ou  plutôt  des  fragments  qui  nous  en  sont  parvenus  dans  une  copie 
du  chanoine  Candomec  qui  ne  remonte  qu'au  début  du  xviie  siècle)  doit 
être  accueillie  avec  reconnaissance.  Les  actes  sont  généralement  du  xic  ou 
du  xiie  siècle,  tous  sans  date  expresse,  sauf  un,  de  1 1 14  ;  il  y  en  a  27.  Bien  que  la 
langue  des  documents  soit  le  latin,  la  philologie  romane  peut  y  faire  quelques 
glanures.  — Charte  VI:  «  accepitpretium  .xiii.  /'/woi  et  duos boves.  »  Une  note 
informe  le  lecteur  que  hiuio  désigne  «  une  chèvre  d'un  à  deux  ans  qui  n'a  pas 
encore  porté  »  ;  suit  un  renvoi  à  G.  Azaïs.  Quand  on  veut  expliquer  un  mot 
latin  du  Béarn  par  le  patois,  ce  n'est  pas  à  Azaïs,  mais  à  Lespy  et  Raymond  qu'il 
faut  s'adresser.  Or,  dans  le  Dict.  Beartiais  de  ces  deux  derniers  auteurs,  je  ne 
trouve  /'////«'qu'avec  le  sens  de  «  génisse»  ;  j'y  trouve  aussi  hiiuat  «  taureau  '  ». 
Il  est  certain  à  mes  yeux  que  biinus  dans  le  cartulaire  de  Luc  (le  mot  revient 
dans  la  charte  XII)  veut  dire  «  taureau  d'un  à  deux  ans  »  :  il  y  a  là  matière  à 
un  article  supplémentaire  non  seulement  pour  Du  Gange,  mais  pour  Lespy  et 
Raymond,  voire  pourGodefroy,  puisque  lefém.  binie  figure  dans  un  texte  fran- 
çais méridional  que  Carpentier  a  bizarrement  mis  en  rapport  avec  l'art,  bima- 
Nis  de  Du  Gange:  "  Sur  chacune  bi me  ou  petite  vache  ^  ».  —  Charte  VII  :  au 
lieu  de  iornatas,  Wm  jonuitas  :  cf.  n°  XXVII.  —  Charte  IX  :  pièce  de  quatre 
lignes  constatant  qu'un  quidan  «  dédit  et  vendidit  pro  sua  anima  et  pro  pretio 
quem  accepit  unam  equam  unum  desnierum  et  vestivit  super  altare  S*'  Vin- 


1.  Mistral  donne  biiuo,  avec  deux  sens  :  1°  jeune  chèvre  d'un  an  à  deux, 
qui  n'a  pas  encore  mis  bas  ;  2°  génisse  en  rut,  génisse  pleine,  en  Velay, 
Gascogne  et  Béarn.  Le  sens  de  «  jeune  chèvre  »  paraît  restreint  à  la  région 
qui  est  entre  le  Rhône  et  les  Alpes  (cf.  le  Dict.  savoyiinl  de  Constantin  et 
Désormaux,art.  BËM.Xet  binma.)  Au  sens  de  «  j^énisse  »,le  mot  n'est  signalé 
par  la  carte  637  de  V Atlas  liiiifuistùjue  de  Gilliéron  et  Edniont  que  dans 
quatre  départements  :  Basses-Pyrénées,  Gers,  Lot-et-Garonne  et  Puy-de- 
Dôme.  Sa  présence  dans  les  environs  de  Clermont-Ferrand  est  constatée 
depuis  longtemps  par  F.  Mège,  Souveuirs  de  la  langue  d'Auvergne  (Paris, 
1861),  art.  Bi.ME. 

2.  Ce  texte  est  extrait  d'une  ordonnance  des  commissaires  rovaux  en  Lan- 
guedoc datée  de  Montpellier,  8  nov.  1443  ;  ordonnance  publiée  d'abord  par 
dom  Vaissete  dans  VHist.  de  Languedoc  (éd.  Privât,  X,  col.  2201),  puis  par 
l'abbé  Douais  (Aun.  du  Midi,  VIII,  422),  qui  a  eu  le  tort  de  Vire  buve  au 
lieu  de  bime. 


STEFFENS,  Dic  Liedcr  d.    Troveors  Pétrin  v.  Aiigicoiirt    125 

centii  »,  ce  que  les  éditeurs  qualifient  de  «  vente  d'une  jument  »,  sans 
s'expliquer  sur  le  sens  de  desnientm.  Il  y  a  quiproquo  :  la  jument  n'est  pas 
vendue  par  le  quidan,  mais  au  contraire  reçue  par  lui  en  échange  de  ce  qu'il 
cède  au  couvent,  à  savoir  un  dcsnier  (il  ne  faut  pas  hésiter  à  lire  desinenim  au 
lieu  dedesnieruni),  c'est-à-dire  un  homme  soumis  à  la  dîme  :  cf.  la  charte  XXV 
et  l'article  de~inari  du  glossaire  du  Recueil  de  M.  Luchaire.  —  Charte  X  :  au 
lieu  de  Aiiieritis,  lire  Aineriiis  (ci.  n°  XIV):  le  tvpe  primitif  est  Asinarius; 
la  représentation  par  /de  Vs  devant  11  est  un  fait  connu.  —  Charte  XXVI , 
quelle  est  la  céréale  mentionnée  à  côté  du  millet  et  du  froment  sous  le  nom 
de /'('/(^rtii/Hw  ?  Je  ne  le  devine   pas.  A.  Th. 


Die  Lleder  des  Troveors  Perrin  von  Angicourt  kritisch 
herausgegeben  und  eingeleitet  von  D''  G.  Steffexs.  Halle,  Niemeyer, 
I905.1n-8o,  x-364  T^agQS  {Rovianische   Bihliotek,  XVIII). 

Ce  volume  est  le  fruit  d'un  travail  considérable;  c'en  serait  un  aussi  que 
de  l'examiner  en  détail  dans  toutes  ses  parties.  Je  laisse  donc  de  côté  la  bio- 
graphie du  poète  et  les  recherclies  sur  sa  langue  et  sur  sa  versification, 
ainsi  que  celles  sur  le  rapport  des  manuscrits,  c'est-à-dire  la  moitié  du 
volume  (p.  1-182).  Je  me  borne,  de  propos  délibéré,  et  sans  prétendre 
épuiser  la  matière,  à  la  constitution  du  texte  et  aux  notes  explicatives.  Je 
ne  me  demanderai  même  pas,  au  moins  en  général,  si  le  texte  est  établi 
conformément  à  la  classification  des  mss.,  mais  s'il  offre  un  sens  satisfaisant  ; 
je  n'examinerai  pas  non  plus  les  questions  accessoires,  étymologiques  ou 
autres,  abordées  dans  les  notes  ;  je  nie  contenterai  de  signaler  et  de  discuter 
les  passages  que  je  comprends  autrement  que  l'éditeur. 

I,  V,  5-6  5e  n  est  plus]  lire  s'en  e.p. 

II,  II,  strophe  inintelligible,  que  je  suis  obligé  de  transcrire  : 

J'tii  servi  toute  ma  vie, 

Onqttes  fioi  un  bel  semblant 

Ou  un  tout  seul  coup  d'escremie 
4  Que  me  fist  en  retraiant 

De  ses  vairs  ieus  en  riant. 

L'eut  Atnors  de  moi  saisie  ? 

Lors  cuidai  avoir  amie  ; 
8  Mais  c'est  noient,  j'ai  failli.  .  . 

La  îM/'/if  lectio  est  donnée  d'une  façon  trop  peu  claire  (ainsi  au  v  5,  deux 
leçons  différentes  sont  attribuées  à  aZ)  pour  que  je  propose  une  restitution 
ferme.  Il  est  évident  que  le  v.  6  ne  peut  être  isolé  :  eut  doit  avoir  pour 
sujet  un. ..seul  coup.Jti  mettrais  un  point-virgule  à  la  fin  du  v.  2  et  lirais  (saut 
correction)  au  v.  3  fors  qti'uns  sens  cous  (leçon  appuyée  par  aZ  -\-  C  U  -\-  R)  et 
au  v.  6  0  ut,  en  supprimant  toute  ponctuation  à  la  fin  du  v.  5. 


126  COMPTES    RENDUS 

Le  sens  serait  :  «  Car  un  seul  regard,  qu'elle  nie  lança  en  se  détournant, 
rendit  Amour  maître  de  moi.  »  Il  serait  séduisant  de  lire  (v.  3)  avec  la 
famille  ,3,  fors  un,  mais  il  faudrait  en  tète  du  v.  6  un  relatif  et  il  serait  bien 
hardi  de  corriger  lent  en  cent  (:=  que  eut). 

III,  II,  5-6: 

.  .  .SiUn  sentir 
Me  Joignent  Ainors  joir... 

c'est-à-dire  qu'il  n'aspire  pas  à  la  possession  :  ce  sens  particulier  de  sentir 
n'est  pas  rare  en  anc.  franc,  (cî.  Erec,  5598)  et  se  retrouve  dans  Perrin  lui- 
même  (XXI,  V,  6  et,  avec  quelque  atténuation,  XXVII,  iv,  5).  —  III,  8  : 
en  joie  en  moi  retenir  \\e  second  en  ne  saurait  s'expliquer  :  il  n'est  du  reste  que 
dans  deux  niss.  voisins;  il  faut  lire  avec  tous  les  autres  et;  l'expression 
technique,  au  reste  bien  connue,  retenir,  était  à  relever  ;  v,  8:  niorir  a  ici  son 
sens  ordinaire  et  non  celui  de  «  tuer  »  ;  il  suffit  pour  obtenir  une  phrase 
limpide,  de  mettre  une  virgu'e  après  ^/a/i/  et  un  point  et  virgule  après  tnorir  : 
«  je  consens  à  languir  pour  vous...  et,  si  vous  le  voulez,  à  mourir.  » 

IV,  IV, 3  :  se  ç'avenoit,  que  par  raison diroie,...  M.  St.  veut  (aux  notes) effacer 
la  virgule  et  donne  une  explication  insoutenable.  Le  sens  me  paraît  être  :  «  Si 
cela  advenait,  chose  que  je  dirais  arriver  avec  raison...  « 

V,  II,  1  :  bien  se  bonist  li  cuers  et  desnature ..  .  M.  St.  veut  prendre  des- 
m//î<rf/- au  sens  intransitif  ;  il  est  bien  plus  naturel  de  sous-entendre  >v  (cf. 
VII,  VI,  4).  —  IV,  I  :  il  est  tout  naturel  de  donner  zfaiture  son  sens  ordi- 
naire et  non  celui  de  «  traits,  au  sens  psychologique  »,  que  je  n'ai  jamais 
rencontré  ;  noH/Wz//(î,  au  v.  10  ne  peut  se  traduire  par  sïisse  Kost;  le  poète 
prie  sa  dame  de  le  laisser  persister  dans  la  douce  habitude  qu'il  a  prise  de 
l'aimer  (cf.  v.  8) . 

VI,  I,  7-8  :  le  régime  de  rendans  n'est  pas  toute  ma  vie  (complément  cir- 
constanciel) mais  une  chançon.  — 11,  2  :  tant  soit  nices,  entre  deux  virgules. 
—  III,  7  ;  vengie  n'a  évidemment  pas  ici  son  sens  ordinaire;  «  elle  sera  punie 
(et  ce  sera  la  vengeance  d'Amour)  en  ce  qu'elle  sera  haïe  de  tous  les  nobles 
cœurs  »  ;il  faut  lire  en  effet,  avec  trois  groupes  de  manuscrits,  si  en  ert;  à  la 
rigueur,  ce  verbe  pourrait  avoir  pour  sujet  Amors  (du  v.  i)  et  l'on  conserve- 
rait à  vengier  son  sens  habituel. 

VII,  II,  3  ;  je  nùibati,  non  «  je  fus  pris  de  découragement  »,  mais  «je  me 
détruisis,  j'allai  à  ma  perte  ».  —  m,  5  ss.  :  le  poète  dit  que  son  cœur  est  pris 
et  qu'il  est  mis  dans  une  tour  : 

.  .  .plus  clere  et  plus  pure 
Que  n'est  li  tens  de  Pascour, 
El  cors  eïist  grant  seigneur 
S'il  fus t  en  autel pasture. 

Par  un  bizarre  quiproquo,  dont  je  ne  me  charge  pas  d'expliquer  en  détail 
les  conséquences,  M.    St.  a  vu  là   une    allusion    au  sacrement    de  ïautel,  à 


STEFFENS,  Die  Licdcr  d.   Troveors  Pétrin  v.  Angicourt    iij 

l'Hucharistie.  Le  sens  est  bien  clair  :  il  s'agit  ici  de  cette  métaphore  sur 
laquelle  M.  Van  Hamel  a  récemment  disserté  (Roniania,  XXXIII,  470),  dans 
laquelle  le  poète  feint  que  son  cœur  l'a  quitté  pour  aller  habiter  chez  sa  dame 
(dans  le  cœur  ou  le  corps  de  celle-ci,  peu  importe)',  c'est-à-dire  dans  le 
plus  agréable  des  séjours:  «  mon  corps  serait  un  grand  seigneur,  c'^st-à-dire 
honoré  autant  qu'heureux,  s'il  pouvait  partager  ce  séjour»;  pastiire  = 
proprement  «  l'endroit  où  paît  un  animal  »,  comme  dans  le  vers  coimu 
d'Adam  de  la  Halle  (Raynaud,  Motets^  II,  iii)  :  (V  esl  Bdiars  en  lapasliire^ 
—  VI,  2:  faire  de  son  paoïir  n'a  pas  de  sens  :  il  faut  corriger  hardiment 
paour  en  pioiir  (le  ms.  est  unique). 

VIII,  I,  2  :  teiis  félon  signifie  ici  «  hiver  »,  comme  chez  tous  les  lyriques  et 
Perrin  lui-même  (XI,  i,  i  :  XVII,  i,  2)  ;  il  faut  bien  se  garder  de  chercher 
là  une  allusion  à  des  événements  historiques.  —  i,  4:  je  ne  comprends  pas 
la  note  sur  novele  chanson  :  cette  expression  a  exactement  le  même  sens  qu'en 
français  moderne.  —  i,  10  :  supprimer  toute  ponctuation  entre  ces  vers  et 
le  suivant.  —  iv,  9  (]iul\  lire,  avec  la  famille  a,  cjni  ;  conquérir  est  pris  abso- 
lument. —  V,  6:  virgule  après  langue.  —  v,  lo-i  :  le  premier  des  sens 
proposés  dans  la  note  est  le  seul  possible  ;  il  est  du  reste  absolument  indiflFé- 
rent  d'écrire  hoin  ou  on.  —  vi,  1-2:  je  mettrais  la  virgule  après  chançon.  — 
2-5  :  chanson  envoie...  seras  a  la  flor  —  des  dames  a  droit  jugier.  Cet  infi- 
nitif, dit  M.  St.,  se  rapporte  à  chanson  et  a  le  sens  passif,  ce  qui  n'est  pas 
clair.  Entendez:  «  à  celle  qui  est,  si  l'on  juge  bien,  la  fleur  des  dames.  » 

IX,  I,  7  :  supprimer  toute  ponctuation  après  ce  vers.  —  m  :  deux  points 
après  le  v.  2,  pas  de  ponctuation  entre  3  et  4,  virgule  après  ce  dernier  vers. — 
V  bis,  )  :  M.  St.  fait  de  faite  (sic)  le  part,  passé  de  fiitier  ;  mais  il  faut  une 
rime  er  é  pur;  corr.  le  faite  du  ms.  (unique) en  chante. 

X,  III,  I  :  assentir,  non  «  se  figurer  »,  mais  «  s'accorder  à  cette  opinion 
que  ».  —  V,  2  :  resleecier,  simplement  «  remettre  en  joie  ».  —  v  bis,  7: 
l'euiUes]  veuillies. 

XI,  I,  7:  a]  en  (avec  O).  —  iv,  4:  servie  ne  doit  pas  être  corrigé. 
XJI,  IV,  5,  bon  est  ici  adverbe,  synonyme  de  buer. 


1.  Aux  exemples  que  j'ai  signalés  à  M.  Van  Hamel,  ajouter  celui-ci, 
particulièrement  précis  : 

Sani  cuer  stii,  deus  en  a  via  dame  ; 
San:^  cuer  sui ,  deus  en  a  od  soi. 

(Scheler,  Trouvères  belges,  II,  143.) 

Perrin  lui-même  reprend  ailleurs  cette  métaphore  (XV,  i  4).  Cf.  encore  : 
En  vo  gent  cucur  prent   son  repaire  (Chansons  du  xv^  siècle,  p.  29). 

2.  La  traduction,  au  reste  très  libre,  que  P.  Paris  a  donnée  de  ce  passage 
(Hist.  litt.,  XXIII,  666)  aurait  dû  mettre  M.  St.  sur  la  voie  du  véritable 
sens. 


128  COMPTES    RENDUS 

XIII,  V,  lo:  aucune  difficulté  :  «  je  lui  impose  ^cela]  en  pénitence  [deses 
fautes]  »,  c'est-à-dire  comme  une  stricte  obligation. 

\IV,  II,  6-7  :  ponctuation  fausse  :  point  après yo/o/V,  virgule  après  doie.  — 
V,  9  :  ilones]  doues. 

XVII,  II,  4  :  pilie\  pitc.  —  m,  2  :  effacer  virgule  après  dame. 

XVIII,  IV,  7  :  cnuie  (iiiodia)  n'existe  pas;  lire  cirvie.  —  v,  4:  plutôt  or^fc 
(F)  que  crevé. 

XIX,  II,  5  :  lûi^c  au  sens  de  «  folie  »  est  fréquent.  —  m,  7  :  vers  trop 
court.  —  VI  :  cet  envoi  a  fort  embarrassé  l'éditeur  (vov.  sa  note  générale);  il 
n'y  a  rien  à  v  changer  ;  il  faut  indiquer  seulement  que  les  trois  premiers  vers 
sont  prononcés  par  le  poète,  les  deux  autres  par  «  Bone  Amour  ».  M.  St.  a 
raison  (mais  trop  longuement)  contre  moi  {Origines,  2t  éd.  p.  54,  n.  i),  en 
pensant  que  «  Bone  Amour  »  est  une  abstraction,  et  non  un  seiibal  de  la 
dame;  j'avais  au  reste  dit:  «  peut-être  ». 

XX,  La  forme  strophique  est  mal  comprise  ;  M.  St.  est  amené  par  sa  théo- 
rie à  supposer,  dans  trois  couplets  sur  cinq,  une  lacune,  qui,  nulle  part,  ne 
nuirait  au  sens.  Le  compas  est  ab  ah  ce,  plus  un  vers  qui  rime  avec  le  refrain  : 
celui-ci  compte  tantôt  un,  tantôt  deux  vers.  —  I,  i  :  5în]corr./«/  ;  nouveliere, 
non  a  inexpérimentée  »,  qui  ferait  ici  contresens,  mais  «  inconstante»,  sens 
ordinaire  du  mot.  —  iv,  3  pUt  est  une  forme  incorrecte;  C  au  moins  a  phi 
(non  indiqué).  —  i\',  9-10  :  mss.  :  Ne  vencs  plus  ^a  (sa),  talensde  bien  faire  ; 
l'en  vous  clorroit  l'uis.  La  coquette  personnifie  et  interpelle  le  désir,  la  velléité 
de  bien  faire  et  le  chasse  loin  d'elle.  Ce  joli  refrain,  que  j'avais  pourtant  impri- 
mé correctement  (Revue  des  langues  rovuvies,  1902,  203),  mais  sans  explica- 
tion, a  eu  bien  de  la  malchance  ;  M.  St.  veut  corriger  ça  en  qua,  qui  ne 
donne  aucun  sens,  et  M.  Schultz-Gora  {Zeitsch.  f.  roui.  PW/.,  XXVII,  378) 
veut  lui  substituer  san~,  ce  qui  est  pis;  car  cette  Schlitumverhesserung  fausse 
à  la  fois  le  rythme  et  le  sens,  la  femme  inconstante  étant  mal  qualifiée  pour 
donner  des  conseils  de  morale. 

XXI,  II,  5  :  pour  vo  chapel.  M.  St.  propose  de  prendre  ces  mots  dans  un 
sens  métaphorique,  c'est-à-dire  obscène.  Nullement  :  «  En  échange  de  votre 
couronne  de  fleurs  je  vous  offre  mon  amour.  » 

XXII,  II,  )  :  virgule  après  m'asseiire;  ce  verbe  signifie  «  se  rassurer  », 
non  «  acquérir  la  certitude  ».  —  iv  :  les  v.  3-4  se  rattachent  à  ce  quiprécède, 
non  à  ce  qui  suit.  —  v,  8  :  la  correction  proposée  est  impossible  ;  il  faut  une 
rime  en  er,  non  en  -ure  ;  peut-être  sd)is  ja  remuer. 

XXIII,  V,  5-6:  la  ponctuation  fausse  le  sens;  lire  jadis,  ce  dit  ou, 
Yvains... 

XXIII»,  m,  4-6.  Et  je  versli  ni'espris  ai,  la  mercii  ïen  prierai  ;  paor  ai  que 
Jailli  n'oie.  Espris  ne  peut  être  le  part,  de  esprendre  :  il  faudrait  moi  ;  lire 
se. .  .  mespris,  sa  merci.  Au  v.  6  noie  n'a  pas  de  sens  ;  Vue  faille  r  doie  (R)  ou 
failli  n'aie  (OX);  la  rime  oi  :  ai  est  acceptable;  vov.  p.  153.  —  v  bis,  i  : 
n'a  nul  besoin  de  correction  ;  eu  est  iude,  comme  l'éditeur  l'a  soupçonné.  — 


STEFFEXS,  Die  Licderd.  Trovcors  Pevr'mv.  Angicourl        129 

7  :  gies,  qui  fausse  la  rime  et  ne  donne  aucun  sens,  doit  être  lu  (ou  corrigé 
en)  ^re's. 

XXIV,  I,  5  :  effacer  la  virgule  après  voloiitc.  —  11,  5-8  :  n'ont  pas  de  sens; 
au  lieu  de  iw  lire  roc,  leçon  de  V  (voy.  l'éd.  Noack  ;  ce  mot  a  été  mal  lu 
ici);  peut-être  :  «une  femme  mal  élevée  a  plus  tôt  donné  son  amour  qu'une 
autre  (c'est-à-dire  une  honnête  femme)  n'écoute  l'amant  le  plus  irrépro- 
chable ». 

XXV,  III,  8:  qu'an]  qu'au  ;  le  passage  est  au  reste  obscur.  —  v,  3  me 
serré  ne  peut  s'expliquer  et  l'éditeur  s'y  efforce  en  vain  ;  lire  iiieserrè. 

XXVI,  M.  St.  fait  un  rapprochement  intéressant  entre  cette  pièce  et  une 
chanson  de  Peire  Raimon  qui  en  a  fourni  l'idée  générale  et,  à  peu  de  chose 
près,  le  rythme  Les  deux  pièces  doivent  être  sur  la  même  mélodie  ;  il  eût 
valu  la  peine  de  le  rechercher.  —  i,  11,  remise  signifie  naturellement 
«  usée,  détruite  »,  et  non  «  remplacée  ».  Si  la  chandelle  est  «  remplacée», 
ce  n'est  plus  elle  qui  «  fait  le  service  ».  —  iv,  8  :  il  me  paraît  plus  naturel  de 
rattacher  creiï  à  croire  qu'à  croistre.  —  ^,7  ■  niesprison,  que  l'éditeur  semble 
rattacher  à  mesproisier,  a  son  sens  ordinaire  de  «  faute  ».  —  vi,  3  :  M.  St.  corrige 
liiigiUice  en  lii^inuice  {}),  qu'il  traduit  par  «  violence  »  ;  corr.  ligeance  (de  lige). 

XXVII,  II,  7  :  (/twtvJM.  Brandin  a  lu  dou:;^,  qui  convient  mieux.  —  iv,  5: 
daigniessie^]  Brandin:  daignissiei.  —  v,  7  :  hienvaillance]  l'éditeur  propose  de 
corriger  tn grant vaillance;  mais  c'est  précisément,  selon  M.  Brandin,  la  leçon 
du  ms.  —  V,  8  :  souvient]  M.   Brandin  a  lu  souvent,  que  le  sens  exige. 

XXVIII,  II,  5  :  celle  =  certainement  s'ele  (si  elle)  ;  M.  St.  a  eu  grand  tort 
de  rejeter  cette  idée,  qui  lui  était  venue. 

XXVIII  a,  II,  6:  /a]  il  faut  le  et  c'est  ce  que  porte  une  copie  de  M.-  St.  lui 
même  (A rchiv,  88,  322). 

XXIX,  I,  I."  contre  a.  son  sens  fréquent  (voy.  Godefroy,  II,  271  b)  de  «  au 
temps  de  >;.  —  11,  i  n'icrt  fausse  le  sens;  lire  n'icrr(M).  —  2  jolis]  Vire  faillis 
(M).  —  Il  ne  faut  pas  de  point  d'interrogation  après  8.  —  m,  3  a]  lire,  tient 
(iVf  )  et  on  aura  un  sens  excellent:  «  une  dame  de  valeur  inspire  à  son  ami 
la  courtoisie.  »  Le  v.  7  se  rattache  à  ce  qui  suit,  non  à  ce  qui  précède. 

XXX,  II,  8  :  c'est  le  sens  indiqué  en  second  lieu  qui  est  le  bon. 

XXXI,  IV,  4:  l'expression  jouir  de  son  cuer  me  paraît  aussi  claire  que 
jolie,  elle  signifie  simplement  «  goûter  de  la  joie,  être  heureux.  »  —  vi,  5  :  ne 
(/H(?f/7.  La  traduction  nicht  n'ie  (.';«(.'/•  fausse  le  sens:  il  faut  entendre  «  non 
[autrement]  que  ». 

Appendice.  —  II,  iv,  7  :  vous]  nous.  —  v,  4,  con]  corne. 
IV,  I,  4  correciê.  —  6-7  :  reporter  le  tiret  à  la  fin  du  second  vers.  —  8  dou] 
corr.  i(.  —  II.  Les  v.  3-6  sont  inintelligibles;  il  suffit,  pour  obtenir  un  sens,  de 
grouper  autrement  les   syllabes  et   de  comprendre  qu'il  s'agit  d'abst.actions 
personnifiées  : 

Li  nit'sdisaut  (lire  mesdisaus),  cant  sa  langue  desloie, 
Contre  son  col[p]  nait  {r=z  n'a)  unie  airme  garant, 

Romania,  XXXV  n 


130  COMPTES    RENDUS 

Et  Anvie  (Envie),  sa  iiieiie,  li  apraiil 
Kc  sor  A  mors  Mcsdil,  son  fil,  aiivoie... 

III,  5  apii'vieul  ne  peut  rester  ;  corr.  afieiuent  au  sens  de  «  assurances  qu'ils 
se  donnent,  cabales  qu'ils  font  entre  eux  »(?).  —  1  :  a  niant.  —  iv,  2  sou  =zsel, 
si  k,  il  ne  faut  donc  pas  corriger  en  sons  ;  c'est  une  allusion  à  un  proverbe 
connu.  — 4  les]  corr.  le.  —  7.  Luiiruenient]  corr.  langue  [(]iii]  nunt  '. 

A.   Je.\nroy. 


Table  des  nonjs  propres  de  toute  nature  compris  dans 
les  chausons  de  geste  imprimées,  par  Ernest  Langlois.  Paris, 
Bouillon,  1904.  In-8",  xx-674  pages. 

En  1899,  l'Académie  des  inscriptions  et  belles-lettres  proposa  pour  le 
prix  ordinaire  de  l'Académie,  à  décerner  en  1901,  le  sujet  suivant  :«  Relever 
les  noms  propres  de  toute  nature  qui  figurent  dans  les  chansons  de 
geste  imprimées  antérieures  au  règne  de  Charles  V.  «  Le  prix  fut  décerné 
à  M.  Ernest  Langlois  (voir  Romania,  XXX,  464),  qui,  on  le  voit,  n'a  pas 
tardé  à  publier  son  travail.  Je  puis  attester  qu'avant  de  l'imprimer,  il  l'a 
revu  et  amélioré,  ce  qui  ne  veut  pas  dire  qu'il  ne  reste  rien  à  faire  pour 
l'amener  à  la  perfection.  Tel  qu'il  est,  cependant,  l'ouvrage  est  d'une 
incontestable  utilité.  Si,  en  général,  les  éditions  récentes  de  vieux  poèmes 
français  —  et  notamment  celles  de  la  Société  des  anciens  textes  français  — 
sont  pourvues  d'index,  les  anciennes  éditions  en  ont  rarement.  De  plus, 
alors  nVéme  que  chaque  édition  aurait  un  index,  il  serait  pourtant  commode 
d'avoir  à  sa  disposition  une  table  générale,  formant  en  quelque  sorte  le 
résumé  de  tous  les  index  particuliers.  Ajoutons  que  les  dépouilkments  de 
M.  L.  paraissent,  autant  que  j'en  ai  pu  juger  par  quelques  vérifications,  exacts 
et  complets.  A  cet  égard  il  n  y  a  qu'à  louer.  Nous  verrons  tout  à  l'heure  que 
certains  articles  auraient  pu  être  disposés  selon  une  méthode  meilleure.  Quant 
aux  textes  qu'il  s'agissait  de  dépouiller,  il  y  a  quelques  lacunes,  dont  je  ne 
veux  pas,  du  reste,  exagérer  l'importance.  M.  L.  a  compris  dans  sa  table  les 
noms  qui  figurent  dans  les  poèmes  relatifs  à  la  croisade.  Pourquoi  a  t-il 
négligé  le  plus  ancien  de  ces  poèmes,  le  fragment,  que  j'ai  publié  en  1884,  de 
la  chanson  provençale  d'Antioche?  Est-ce  à  cause  de  la  langue?  Mais  il  a 
bien  dépouillé  Giiait  de  Roiissil Ion  (d'après  ma  traduction).  Et  le  poème  sur  la 


I.  Voici  quelques  additions  concernant  la  bibliographie  Une  partie  c'a 
no  V  est  reproduite  dans  les  Fac-siniili  de  M.  Monaci,  fol.  16.  La  première 
strophe  de  cette  chanson  est  citée  dans  le  Conte  du  Cheval  defust  (Zeitsch.  f. 
roui.  Ph.  X,  462).  —  Les  nos  XII,  XIV,  XXIV  ont  été  imprimés  par  Noack, 
Der  Strophenausgang,  etc.,  p.  12-14,  24.  —  Le  premier  couplet  du  no  XXVI 
l'avait  été  (d'après  O)  dans  Hist.  lilt.,  XXIII,  823. 


E  LANGLOis,    Tûhle  ries  noms  propres  131 

première  croisade,  dont  j'ai  don  ne  de  longs  extraits  dans  le  t.  Vdela  Roiiiiinia'} 
Sans  doute  il  est  inédit,  mais  les  extraits  publiés  pouvaient  être  dépouillés. 
Pourquoi  aussi  avoir  laissé  de  côté  Matirin,  et  DaitreJ  et  Betoii,  qui  sont  assu- 
rément des  chansons  de  geste?  J'irai  plus  loin  et  je  dirai  que,  à  la  place 
de  M.  L  ,  je  n'aurais  pas  hésité  à  faire  entrer  dans  cette  table  les  noms 
contenus  dans  le  Caiiuen  de  proditioiie  Guauelonis,  dans  le  Fragment  de  La 
Haye,  dans  le  Pseudo-Philomena.  Sans  doute  le  programme  du  prix  proposé 
ne  l'exigeait  pas  expressément;  mais  ce  programme  était  un  peu  bref,  et  il 
fallait  l'interpréter  largement.  —  Pour  le  fragment  du  poème  en  alexandrins 
sur  la  Reine  Sébile,  découvert  et  publié  par  le  baron  de  Reiffenberg,  M.  L. 
a  fait  usage  de  la  réimpression,  améliorée  par  places,  jointe  par  Guessard  à 
son  édition  de  Miicaire,  mais  il  n'a  pas  connu  la  nouvelle  édition  de  ces  frag- 
ments par  Aug.  Scheler^  Or  cette  édition,  outre  qu'elle  présente  un  texte 
amélioré  par  la  collation  du  manuscrit,  contient  76  vers  de  plus  que  celle  de 
Reiffenberg.  Ti  istaii  Je  Xaiileuil  est  inédit  et  ne  sera  sans  doute  pas  publié  de 
si  tôt,  mais  à  peu  près  tous  les  personnages  du  poème,  sont  mentionnés  dans 
les  longs  fragments  que  j'en  ai  publiés  en  1868'.  De  plus,  j'ai  pris  la  peine 
d'en  dresser  la  liste  au  commencement  de  mon  mémoire.  Ces  noms  pouvaient 
donc  prendre  place  dans  la  Table  générale  qu'ils  n'eussent  pas  sensiblement 
allongée.  Je  regrette  aussi  que  M.  L.  n'ait  pas  compris  dans  ses  dépouillements 
les  poèmes  sur  Alexandre  le  Grand,  ou  du  moins  le  principal,  celui  dont  les 
différentes  branches  ont  pour  auteurs  Lambert  le  Tort,  Alexandre  de  Bernai, 
Pierre  de  SaintCloud.  C'est  une  véritable  chanson  de  geste. 

L'une  des  principales  ditîîcultés  du  travail  entrepris  par  M.  L.  consistait 
dans  la  distinction  de  personnages  ayant  le  même  nom  et  le  même  surnom, 
mais  n'étant  pas  identiques.  Ce  cas  n'est  pas  rare,  tout  comme  il  peut  arriver 
que  des  personnages  avant  des  surnoms  différents  soient  identiques.  On 
ne  peut  assurément  exiger  que  l'auteur  d'une  table  générale  donne  la  solu- 
tion de  tous  ces  problèmes,  et  l'on  doit  savoir  gré  à  M.  L.  d'avoir,  en  cer- 
tains cas,  renvoyé  à  des  ouvrages  où  l'on  trouve  la  solution  désirée.  Mais  il 
aurait  pu  le  faire  plus  souvent.  Notamment  pour  les  personnages  historiques 
qui  figurent  dans ies  poèmes  sur  la  croisade,  des  identifications  précises  auraient 
pu  être  faites  en  beaucoup  de  cas  par  la  comparaison  avec  les  textes  latins, 
particulièrement  avec  Albert  d'Aix.  Voici,  à  ce  propos,  quelques  remarques 
de  détail,  l.a  Cannlerie  est  bien  «  un  château  non  loin  d'Antioche  », 
mais  il  eut  été  bon  de  dire  que  cette  forme  était  corrompue  et  qu'il 
fallait  lire  La  Taïuehric  ou  Taleniaiie  (cf.  Albert  d'Aix,  ///.</.  occ,  IV, 
4^1,  note  a).  Rairiicl  est  en  Arménie  et  non  en  Asie  mineure.  Rohais 
(Edesse)  n'est  pas  non  plus  en  Asie  mineure.  Bauduin  de  Mont  ou  de  Mons, 


1.  Cf.  un  autre  morceau  du  même  poème,  VI,  489. 

2.  Bulletin  de  l' Académie  royale  de  Belgique,  2<^  série,  t.  XXXIX  (avril  1875). 

3.  Jabrb.J.  roui.  u.  engl.  Literalur,  IX,  142,  355-398. 


t}i  COMPTES    RENDUS 

qualifie  de  «chevalier  croise»,  doitctrc  Baudouin  comte  de  Hainau.  Casses  de 
Beers  est  le  «  Gastus  de  Beders  »  d'Albert  d'Aix,  «  Gasto  de  Bearn  »  selon 
d'autres  (H/5/,  occ,  III,  516,  n.  y).  Halloic,  Hallilie,  etc.,  a  été  identifié,  voir 
Hoiiniiu'ii,  XVIII,  39.  —  Moiilchtvrel  n'est  pas  «près  de  Rome  »,  c'est  Mon- 
crivello,  entre  Ivrée  et  Verceil  (Réf.  des  1.  rom.,  4<^  série,  VII,  255-6,  n.  6). 
On  pourrait  citer  d'autres  cas  du  même  genre,  mais  j'insiste  d'autant  moins 
que  des  observations  analogues  ont  déjà  été  présentées  dans  un  des  comptes 
rendus  qu'a  suscités  le  livre'.  D'ailleurs  on  conçoit  que  de  telles  erreurs 
sont  inévitables  dans  une  table  aussi  étendue. 

M.  L.  s'est  tenu  en  garde  contre  les  fautes  de  lecture  qui  abondent  dans  les 
anciennes  éditions.  Voici  cependant  un  cas  où  sa  sagacité  a  été  en  défaut.  De 
l'art.  Otiviaus  il  nous  renvoie  à  l'article  Olivier  i,  où  se  trouve  une  citation 
de  Baudouin  de  Seboiirg,  II,  552,  ave;  cette  observation  :  «  texte  Otiviaus  ». 
Or  voici  le  vers  tel  qu'il  se  lit  dans  l'édition  :  Aius  puis  cpCOtiviaus  fisl  le 
champ  contre  Rollaut.  Cet  Otiviaus  n'est  nullement  à  confondre  avec  Olivier  : 
c'est  Oliiiel  (donc  lire  Otiuiaus),  qui,  dans  le  poème  de  ce  nom,  combat  en 
effet  contre  Rolant  (édition  Guessard  et  Michelant,  pp.  10  et  suiv  ).  Il  fallait 
donc  placer  cette  citation  à  l'art.  Otinel  i  . 

Il  est  bien  certain  qu'une  table  de  cette  nature  ne  peut  être  que  provi- 
soire. Comme  le  titre  l'annonce,  M.  L.  n'a  pas  dépouillé  les  chansons  de 
geste  inédites,  et,  parmi  les  éditions  dont  il  a  dû,  faute  de  mieux,  se  conten- 
ter, beaucoup  sont  très  défectueuses  et  donnent,  pour  les  noms  de  personnes 
ou  de  lieux,  bien  des  formes  erronées.  Chaque  édition  nouvelle  apporte 
son  contingent  d'additions  et  de  rectifications.  On  peut  donc  croire  que 
dans  quelques  années  l'ouvrage  de  M.  L.  devra  être  réimprimé.  Je  voudrais 
qu'à  cette  occasion  l'auteur  prît  la  peine  de  refondre  un  certain  nombre 
d'articles,  surtout  les  plus  longs,  qui  sont  vraiment  bien  incommodes  à 
consulter.  L'auteur  devrait  adopter  un  ordre  immuable  pour  le  classement 
des  chansons  de  geste  qu'il  cite,  et  l'indiquer  en  un  tableau  auquel  on  pour- 
rait recourir  pour  chaque  recherche  :  dans  des  articles  (Charletuagne,  Espaone, 
France  etc.)  qui  ont  souvent  plusieurs  pages  on  perd  un  temps  infini  à  recher- 
cher la  place  de  chaque  chanson  de  geste.  Je  n'ai  pas  réussi  à  trouver  le 
principe  du  classement,  qui  varie  pour  chaque  article.  D'autre  part,  le  dépouil- 
lement est  purement  mécanique,  il  s'applique  non  pas  aux  personnages, 
mais  strictement  aux  noms  par  lesquels  ils  sont  désignés.  Ainsi,  à  l'art. 
Charhviagnc,  je  vois  que  ce  nom  figure  dan^  A\e  d'Avignon  aux  pages  i, 
2,  19,  22,  25,  35,  36,  42-5,  52,  53,  125.  Est-ce  à  croire  que  l'Empereur  ne 
figure  qu'à  ces  pages?  Non,  car  il  est  le  plus  souvent  appelé  Charles  ou 
Karles.  Je  me  reporte  à  la  seconde  partie  de  l'article,  celle  qui  est  consacrée 
au  nom  Charles,  et  je  vois  dans  Aye  d'Avignon  ct^ue  simple  mention  c  2  etc.  ». 
M.  L.  a  reculé  devant  le  dépouillement.   Il  a  bien  fait  ;  il  eût    fallu  plus  de 

i.  Voir  Zeitschr.  f.fran-.  Spr.  u.  Litcr.,  XXVII,  Réf.  u.  Recen-.,  p.  13. 


THOMAS  DU  MAREST,  Livre  des  comptes  p.p.  le   cacheux   133 

cinquante  renvois,  et  les  longues  séries  de  chiflFres  ne  servent  à  rien  :  il  est 
plus  simple  de  lire  l'ouvrage.  Je  crois  qu'il  aurait  mieux  valu  fondre  en  une 
seule  série  Chtrlemacrne  et  Charles,  et,  à  propos  d'Aye  d'Avignon,  dire  que  le 
jjersonnage  figure  dans  ce  poème  presque  à  chaque  page  sous  l'un  ou  l'autre 
de  ces  noms,  ou  sous  les  désignations  de  roi  ou  d'empereur,  et  on  se  serait 
dispensé  de  tout  renvoi.  La  même  remarque  pourrait  être  faite  au  sujet  de 
bien  d'autres  poèmes.  Il  est  inutile  de  faire  des  dépouillements  pour  des  per- 
sonnages qui  sont  presque  constamment  en  scène.  Robaslre  ne  paraît  que 
dans  la  fin  de  Doon  ie  Mayence  et  dans  Gaiifrey.  Mais  dans  ce  dernier  poème 
il  est  l'un  des  principaux  personnages.  A  quoi  bon  cinq  lignes  de  renvois? 
Une  ou  deux  auraient  suffi  avec  un  etc.  M.  L.  a  souvent  employé  ce  procédé 
et  personne  ne  l'en  blâmera.  Quant  aux  axùcXqs  Jésus  et  Marie,  je  les  suppri- 
merais entièrement.  Ils  ne  peuvent  évidemment  servir  à  rien.  M.  L.  aurait 
pu  aussi  bien  faire  un  art.  Dieu  :  il  s'en  est  sagement  abstenu. 

Telle  qu'elle  est,  et  bien  que  sur  quelques  points  de  méthode,  je  ne  sois 
pas  d'accord  avec  l'auteur,  cette  table  est  une  oeuvre  de  patience  qui  est  à 
la  fois  très  méritoire  et  très  utile. 

P.  M. 


Le  livre  des  Comptes  de  Thomas  du  Marest,  curé  de  Saint-Nicolas 
de  Coutances  (1397-143  3),  publié  par  Paul  Le  Cacheux,  suivi  de  pièces  du 
xve  siècle  relatives  au  diocèse  et  aux  évêques  de  Coutances,  publiées  par 
Ch.  de  BeauRepaire.  Rouen,  Lestringant  ;  Paris,  A.  Picard  et  fils,  1905. 
In-80,  XL-265  pages  (publication  de  la  Société  de  l'histoire  de  Normandie)'. 

Thoujas  du  Marest  naquit  en  1367,  à  Carentan.  Pourvu  en  1397  du 
bénéfice  de  Saint-Nicolas,  de  Coutances,  il  se  rendit  à  l'Université  de  Paris 
où  il  resta  six  ans  sans  toutefois  obtenir  aucun  grade.  Revenu  à  Coutances,  il 
s'occupa  avec  zèle  de  la  réparation  de  son  église,  qui  se  trouvait  en  un  tel 
état  de  délabrement  qu'elle  ne  pouvait  servir  au  culte.  Son  livre  de  comptes  — 
qui  est  proprement  ce  qu'on  a  appelé  plus  tard  un  livre  de  raisons  —  contient 
en  assez  mauvais  ordre  la  liste  des  dons  qu'il  reçut  et  le  détail  des  dépenses 
faites  en  vue  de  lareconstruction,  le  tout  entremêlé  de  notes  autobiographiques 
qui  ont  permis  à  l'éditeur  de  retracer  la  vie  du  personnage.  Ce  livre  méri- 
tait en  soi  d'être  imprimé  ;  la  publication  en  était  d'autant  plus  désirable  que 
loriginal  appartient  à  un  particulier,  et  par  conséquent  n'est  pas  à  la  portée 
de  tous  ceux  qui  auraient  intérêt  à  le  connaître.  Les  comptes  de  Thomas  du 
Marest  sont  le  plus  souvent  en  français,  quelquefois  en  latin  avec  emploi 
de  mots  français  pour  les  termes  techniques.  C'est  naturellement  en  raison 
de  l'intérêt  linguistique  de  la  partie  française  que  cette  publication  est  annoncée 


I.  Le  présent  compte  rendu  ne  s'applique  qu'au  Jivrc  de  Comptes,   qui   se 
termine  à  la  p.  163. 


134  COMPTES    RENDUS 

ici.  Il  s"v  trouve  en  effet  —  indépendamment  de  termes  de  construction, 
quiont  été  généralement  bien  expliqués  dans  les  notes  —  quelques  particularités 
linguistiques  qu'il  n'eût  pas  été  inutile  de  relever  dans  la  préface.  Thomas 
du  Marest  écrit  à  peu  près  en  français  central  ;  c'était  l'usage  de  son  temps  en 
Normandie,  et  on  a  vu  qu"il  avait  passé  six  ans  à  Paris.  Mais  bien  souvent  les 
formes  de  la  phonétique  locale  se  présentent  sous  sa  plume.  Ainsi  il  écrira 
avhhlle  5  5 ,  canvre  44,  aipi  tir  71,  carectcs  48,  cariage  57,  carier  46, 5  7,  car  leur  78  , 
carpeiitier  ■^(), 40, cartier{c\\2irrc:\(^x')46,casuble  89,  coulx  (chaux) 5  5, 86-7,  quesve 
(chêne)  22,39,  40,  qiieville  61,  clo:jiies,'j();  et,  d'autre  part,  achuta  25,  chanvre 
55,  chaest  (part,  p.)  58,  chayrcnt  5 1,  ch.iricr  44,  chevrons  27.  Les  finales  en  -ie 
se  réduisent  à  /;  inarchi  (marché)  58,  les  part.  p.  masc.  empechi  89,  enchargi 
29,  viihU  25.  Citons  encore  les  inf.  aver  42,  voyer  (voir)' 58.  Notons  que 
hosc,  un  bois,  59,  est  distingué  de  bois  signifiant  le  bois,  charpente'.  L'édition 
est  faite  avec  soin  :  elle  reproduit  très  exactement  l'original,  autant  qu'on  en 
peut  juger  sans  avoir  vu  le  manuscrit,  ce  qui  est  l'essentiel;  çà  et  là  quelques 
fautes  d'interprétation.  Ainsi,  p.  41  :  «  Autres  mises...  coniineiichies  n,  il  faut 
coinnienchies,au  fém. — -P.  64,  il  faut  écriracbevauche,  envoyé  âu  prétérit,  i^^pers. 
du  sing.,  et  non  chevauche,  envoyé.  —  P.  1 30  les  mots  «  quesne  gallice  «  devraient 
être  entre  deux  virgules.  P.  145  (cf.  p.  xij),  «  Item  do...librum  meum  calho- 
//Vi'»...  »  L'éditeur  n'a  pas  compris  qu'il  s'agissait  du  dictionnaire  bien  connu  de 
Jean  de  Gênes  qui  fut  impinné  plusieurs  fois  à  la  Renaissance  (cf.  Hist.  litt.  de  la 
F/-.,  XXII,  13-5,  cf.  33). — -Thomasdu  Marest  n'était  pas  dépourvu  de  littéra- 
ture. Il  aime  à  faire  des  citations:  p.  91,  il  transcrit  des  vers  latins  sur 
Paris  dont  je  ne  saurais  indiquer  la  source  : 

Parisienses  sunt   sicut  enscs  seniper  acuti 
Prelia  iioscunt,  oninia  poscunt,  sunt  bene  tuti... 

On  doit  regretter,  disons-le  en  passant,  que  l'éditeur  n'ait  pas  corrigé  les 
nombreuses  fautes  que  présentent  ces  transcriptions. 

i^illeurs(p.  156)  l'écrivain  cite,  sans  doute  de  mémoire,  en  tout  cas  très 
inexactement,  quelques  vers  de  la  pièce  J'ai  un  cuer  trop  lait,  qui  a  été  si 
souvent  copiée  et  que  plusieurs  manuscrits  attribuent  à  un  certain  Thibaut 
d'Amiens,  lequel,  jusqu'à  présent,  n'a  pas  été  identifié  avec  certitude^. 

Il  peut  être  intéressant  dénoter  que  dans  un  acte  de  14 17  analysé  par  notre 
Thomas  figure  (p.  83)  un  Olivier  Basselin.  sergent  de  la  vicomte  de 
Mortain.  Cette  qualific.ition  exclut  toute  identification  avec  l'auteur  plus 
célèbre  que  connu  des  vaux-de-vire,  mais  le  sergent  en  question  était 
probablement  de  la  même  famille.  Le  seul  reproche  d'une  certaine  gravité 
qu'on  puisse  adres.ser  à  cette  publication  est  qu'il  n'y  a  ni  glossaire  ni  table. 

P.  M. 


1.  Il  faudr.iit   donc  considérer  /'tni;  et /v/.v  comme  deux  mots  distincts,  ce 
que  n'a  pas  fait  Godefrov*,  Cowpl.  Bois. 

2.  Voir  Bulletin  de  la  Soc.  des  anciens  textes  français,  1901,  p.  73. 


CARXAHAN,  ProIoguc  iti  tbe  oJd  french  Mystery         135 

The  Prologue  in  the  Old  French  and  Provençal  Mys- 
tery, by  David  HobartCARMAHAX.—  Ncwhaven.  TheTuttle,  Morehouse 
and  Taylor  Company,  1905.  In-80,  200  p.  (Thèse  de  l'Université  de  Yale). 

Des  deux  parties  —  versification,  analyse  des  prologues  — ,  la  première 
seule  a  été  présentée  comme  thèse  à  l'Université  de  Yale.  On  y  trouvera, 
touchant  un  certain  nombre  de  mystères  (78  français,  9  provençaux, 
quelques  bretons),  des  listes  et  catalogues  des  différents  mètres  employés, 
des  cas  d'élision,  d'hiatus,  de  svnérèse  ou  de  diérèse,  des  rimes  masculines  et 
féminines,  plates  ou  mêlées,  identiques  ou  équivoques,  des  constructions  de 
strophes,  des  rimes  à  cheval  sur  deux  couplets  ou  sur  le  prologue  et  le  mvstère 
lui-même;  dans  la  seconde  partie,  des  passages,  découpés  de  prologues, 
rangés  sous  les  rubriques:  sermons;  proverbes  et  comparaisons  ;  mention  des 
sources;  érudition;  intentions  et  apologie  des  auteurs;  invitations  au  silence; 
analyse  des  mystères  ;  présentation  des  acteurs  ;  indications  de  mise  en  scène, 
par  qui  le  prologue  est  dit  ;  à  qui  il  s'adresse;  les  prologues  doubles  et  les 
formes  irrégulières  (diableries,  discours  du  fou).  Les  appendices  donnent 
(p.  II 7- 190),  juxtaposées  sous  les  mêmes  rubriques,  des  citations  de  prologue 
qui  n'ont  pas  trouvé  place  dans  le  corps  de  la  thèse.  Ils  seront  utiles 
parce  qu'on  peut  y  picorer  des  exemples,  et  le  seraient  davantage  avec  des 
références  précises  aux  manuscrits  et  aux  éditions:  M.  Carnahan  ne  donne 
ni  le  folio  ou  la  page,  ni  le  chiffre  du  vers,  et  il  renumérote  tous  ses  extraits. 
Une  table  des  mystères  assez  sommaire  et  une  bibliographie  terminent  le 
volume.  L'auteur  promet  de  publier  dès  cette  année  des  prologues  inédits  ou 
cachés  dms  des  éditions  rares  de  la  Bibliothèque  nationale,  et  de  poursuivre 
ensuite  ses  recherches  sur  les  épilogues. 

M.  C,  n'ayant  pas  comparé  le  prologue  au  corps  du  mystère,  ne  nous  dit 
pas  s'il  a  des  caractères  particuliers,  tranchés,  ni  quels  ils  sont  ;  les  exemples 
cités  mis  décote,  le  résidu  d'observations  et  de  conclusions  est  bien  mince, 
de  volume  et  de  poids,  et  pourrait  être  encore  réduit.  P.  28,  liste  de  vers  ne 
rimant  pas  :  messagers,  héritages  ;  la  mesure  du  vers  à  elle  seule  exige  la 
correction  tn  messages  ;  inoy,  résurrection,  venant  après  exposicion,  passion,  avant 
toy,  croy,  ne  sont  pas  sans  rime  :  le  tout  est  un  sixain  du  type  aababb;  p.  29, 
«  Pour  les  péchiés  du  premier  jour  De  Adam  que  mangat  h  pome  »,  Jour 
est  visiblement  une  mauvaise  lecture  de  home  ;  même  page,  valoir-religieux, 
ce  dernier  mot  est  impossible  pour  la  mesure  du  vers,  il  faudrait  un  dissyl- 
labe comme /'mz'c'/V(é').  —  Le  chapitre  sur  l'orthographe  et  la  prononciation 
d'après  l'examen  des  rimes  laisse  beaucoup  à  désirer:  on  ne  peut  pas  voir 
des  phénomènes  de  phonétique  dans  les  moindres  divergences  de  graphie 
(p.  45  «  âge  pronounced  aige  »);  p.  50  apostre-  dcuionstre,  rangés  parmi  les 
assonances;  il  eût  fallu  peut-être  lire  demoustre;  même  page  charge  et  vierge 
(chez  Jean  Michel)  donnés  comme  «  rimes  imparfaites  n  ;  l'auteur  se  contente 
d'entrevoir  en  tout    cela    «  the  possibility   of    dialectic    forms  »   (p.    50). 


'36  COMPTES    RENDUS 

P.  72,  «  iid  ce  que  »  noté  comme  mot  latin  inséré  dans  le  français  au 
même  titre  que  item,  illec,  etc.  La  typographie  est  agréable  à  l'œil,  mais 
l'emploi  des  accents  est  bien  capricieux. 

Henri   Chatelaik. 


Der  Huge  Scheppel  der  Gràfln  Elisabeth  von  Nassau. 

Saarbrùcken.  nach  der  Handschrift  der  Hamburger  Stadtbibliothek, 
mil  einer  Einleitung  von  Hermann  Urtel.  Hamburg,  Lucas  Gràfe,  1905. 
In-folio,  25  pages  -f-  57  feuillets,  et  table  non  paginée  de  5  pages — , 
6  pi.  en  couleurs,  hors  texte  ou  fac-similés. 

Le  roman  en  vers  français  du  xive  siècle  dont  Hugues  Capet  est  le  héros 
fantaisiste,  traduit  en  allemand  au  xve  siècle  par  la  comtesse  Elisabeth  de 
Nassau-SaarbrùcT<,  a  joui  dans  les  pays  germaniques  d'une  vogue  assez 
surprenante  mais  indéniable,  étant  attestée  par  au  moins  dix  éditions  qui 
s'échelonnent  de  l'année  1500  à  1794.  En  examinant  un  manuscrit  de  la  tra- 
duction allemande  conservé  sous  le  n"  12  à  la  bibliothèque  de  la  ville  de  Ham- 
bourg, le  distingué  bibliothécaire  à  qui  est  due  la  belle  publication  que  nous 
annonçons  a  pu  établir  que  ce  manuscrit  avait  été  exécuté  pour  Jean  III  de 
Nassau-Saarbrùck,  le  propre  fils  de  la  comtesse  Elisabeth,  et  que  sa  date  se 
place  entre  1455  et  1472.  Il  v  a  donc  les  meilleures  raisons  de  croire  que  ce 
manuscrit  (dont  l'éditeur  nous  donne  une  reproduction  soignée  en  gothique 
allemande)  est  sensiblement  plus  proche  de  l'œuvre  de  la  comtesse  que  les 
éditions  du  xvi';  siècle,  et  c'est  ce  qu'une  comparaison  des  deux  textes  met 
hors  de  doute.  On  sait  d'autre  part  que  la  comtesse  Elisabeth  s'est  appuyée 
sur  une  version  française  qui  diffère  de  celle  que  présente  le  texte  édité  par 
le  M>s  de  la  Grange.  Le  manuscrit  de  son  fils  permet  de  corriger  certaines 
leçons  de  cette  dernière  édition. 

M.  Robert  Schmidt  a  joint  à  l'introduction  de  M.  Urtel  une  intéressante 
étude  sur  les  miniatures  du  ms.  de  Hiige  Scheppel,  et  de  deux  autres  mss. 
renfermant  Lober  nnd  Mallart  et  Herpiii,  lesquels  sont  certainement  du 
même  enlumineur.  Il  arrive  à  la  conclusion  que  ces  miniatures  sont  copiées 
sur  les  manuscrits  français  d'après  lesquels  la  comtesse  Elisabeth  a  exécuté 
ses  traductions.  La  patrie  de  l'enlumineur  (ou  de  l'association  d'enlumineurs) 
français  pourrait  bien  être  Amiens,  et  la  date  de  l'exécution  se  placerait  vers 
1420-1430. 

Ce  splendide  volume  forme  le  premier  fascicule  des  VerôffentUchiingen 
ans  der  Hainlnirger  Stadtbibliothek  et  a  été  imprimé  aux  frais  de  la  municipa- 
lité hambourgeoise,  que  l'on  ne  saurait  trop  féliciter  de  son  zèle  éclairé. 

Ferdinand  Lot. 


PÉRIODIQUES 


ZeITSCHRIFT  FUR  ROMAMSCHF,  PHILOLOGIE,  XXIX,  ^  —  P.  2)7,  O.  Dit- 
trich,  Ueher  Wort:;usavn7ieiiset\iiiii^,  aiif  Gruiid  der  ueufrdn:^ps'nchi'u  Sprache 
(suite).  —  P.  293,  L.  Poulet,  Marie  de  Fiance  elles  Liis  bretons  (suite  et  fin). 
[Dans  la  première  partie  de  son  étude,  M.  F.  montrait  que  les  auteurs  des 
lais  anonvmes  n'ont  connu  les  «  lais  bretons  >■•  que  par  Marie  dé  France;  ici, 
il  soutient  que  Marie  de  France,  à  son  tour,  ne  les  connaissait  que  par  ouï- 
dire,  ('  qu'elle  n'a  jamais  été  en  contact  avec  les  originaux  celtiques  »  ;  qu'il 
faut  reculer  dans  un  passé  lointain  et  presque  mythique  les  anciens  «  musi- 
ciens »  et  surtout  les  anciens  «  conteurs  »  bretons.  «  Marie  n'était  pas  plus 
renseignée  à  leur  égard  que  nous  ne  le  sommes  »,  ce  qui  revient  à  dire, 
puisque  nous  ne  les  connaissons  que  par  son  témoignage,  qu'elle  ne  savait  rien 
d'eux.  M.  F.  arrive  à  ces  conclusions  à  la  suite  de  discussions  parfois  obscures 
(vov.  les  pages  306-7),  très  souvent  ingénieuses  et  fortes,  mais  toujours  si 
complexes,  si  nuancées,  si  subtiles  aussi,  qu'on  ne  saurait,  sans  trahir  sa  pen- 
sée, les  résumer  en  quelques  lignes.  Je  me  bornerai  donc  à  dire  qu'on  peut 
en  contester  le  point  de  départ  même  :  tandis  qu'on  avait  jusqu'ici  bonne- 
ment accepté,  au  même  litre  et  sur  un  même  plan,  tous  les  renseignements 
que  Marie  nous  donne  sur  ses  sources,  M.  F.  estime  qu'il  en  faut  distinguer 
de  plus  anciens  et  de  plus  récents  :  le  sens  que  Marie  attachait  au  mot  lai 
aurait  évolué  au  cours  de  son  travail;  M.  F.  décrit  l'histoire  de  ces  variations 
et  tire  de  là  par  la  suite  maintes  conséquences.  Par  malheur,  nous  ignorons 
tout  à  fait  si  Marie  a  employé  à  la  composition  de  ses  poèmes  plusieurs  années 
ou  quelques  mois  seulement,  en  quel  ordre  elle  les  a  composés,  si  le  lai  de 
Gui(;eiuar,  par  exemple,  bien  qu'elle  ait  visiblement  tenu  à  le  mettre  en  tête 
de  son  recueil,  n'est  pas  néanmoins  le  plus  récent  de  tous,  si  elle  n'a  pas  revisé 
et  remanié  d'ensemble  les  introductions  et  les  épilogues  de  ses  contes  lorsqu'elle 
les  a  rassemblés  pour  en  faire  une  collection,  etc.  Nous  vovons  bien  qu'elle 
a  écrit  en  dernier  lieu  le  Prologue  de  son  ouvrage,  mais  c'est  tout.  M.  Foulet 
rencontrera  sans  doute  plus  d'un  contradicteur ,  mais  ses  adversaires  apprécie- 
ront chez  lui  une  rare  faculté  d'analyse  et  de  combinaison,  et  ce  travail  ori- 
ginal et  hardi  leur  révélera  qu'on  doit  beaucoup  attendre  de  son  auteur.  — 
J.  Bédier.]  — P.  323,  H.  Schuchardt,  Lut.  «  galla  ».  A  propos  du  portug. 
galelo,  M.  Sch.  étudie  la  famille  du  lat.  g  al  la,  «  noix  de  galle  »,  et  en  parti- 
culier l'espagnol  galilh  ;  le  franc,  gattge  et  les  formes  apparentées  ;  l'ital. 
galla,  noce  di  galla,  auquel  il  rattache  le  franc,  noix  de  galle;    les  formules 


138  PÉRIODiaUES 

italiennes  telles  que  leggiero  corne  uiia  galla,  aiuiaie  a  galla  «  venir  à  la  sur- 
face »,  d'où  gallare,  galleggiare,  sources  du  {r.galer,  galoier,  etc. 

Mélanges.  P.  333,  A.  L.  Stiefel,  Zu  Lope  de  Veç;as  «  El  hoiiraJo  heniuvio  ». 
Une  scène  curieuse  de  cette  comédie  nous  montre  Horace  envoyé  en  ambas- 
sade à  Albe  et  ne  trouvant  pas  place  pour  s'asseoir  devant  les  sénateurs  albàins 
qui  ont  concerté  cet  affront  :  il  plie  alors  son  manteau,  le  pose  à  terre  et  s'as- 
sied dessus,  puis,  son  ambassade  terminée,  se  retire  tn  abandonant  son  man- 
teau, car,  dit-il,  «  No  ine  iiiostiniibro  llevar  \  La  silla  en  que  me  iiseutè  ».  L'in- 
vention n'appartient  pas  en  propre  à  Lope  de  Vega  :  l'anecdote  se  retrouve, 
avec  pour  héros  un  ambassadeur  vénitien  à  la  cour  du  grand  Turc,  dans  Juan 
de  Timoneda,  et  des  variantes  se  rencontrent  ailleurs  encore'.  —  P.  336, 
Schultz-Gora,  Eiiie  Gedkhtslelle  hei  Rainion  von  Miraval  (Gr.  406,  j).  Cor- 
rection, appuvée  sur  un  passage  de  Peire  Espanhol,  des  vers  où  il  est  fait  allu- 
sion à  la  façon  dont  la  huppe  lait  éclore  ses  œufs,  ou  plutôt  son  œuf  unique. 

—  P.  337,  Schultz-Gora,  «  Augen  des  Herie?is  »  ini  Proa.'en\alischen  utid  AU- 
frtvuiosischen.  Exemples  provençaux  et  français  anciens  de  l'expression  «  ieus 
del  citer  »,  appuyés  d'exemples  français  modernes  et  italiens  ^our  yeux  de  Tes- 
prit,  de  la  pensée,  etc.  —  P.  340,  H.  Schuchardt,  Ital.  k  pisciare  >^,fr.  «pis- 
ser ».  Il  y  a  bien  à  l'origine  de  ces  verbes  une  onomatopée,  ps  servant,  très 
généralement,  à  noter  le  bruit  d'un  liquide  qui  coule,  ou  qu'on  fait  couler, 
ou  qu'on  veut  faire  couler.  Les  formes  du  tvpe  «  pisser»  se  rencontrent,  avec 
le  même  sens,  chez  les  Germains  et  les  Romans,  chez  d'autres  peuples 
encore,  sans  rapports  avec  ceux-ci,  et  une  telle  extension  ne  se  comprendrait 
guère  pour  un  mot  qui  n'aurait  pas  pour  origine  une  onomatopée. —  P.  343, 
G.  Bertoni,  Appnnti  lessicali  ed  etimologici  :  i.  II.  ant.  lerpo=^  palpebra; 
rattaché  à  l'anc.  haut.  ail.  leffur  ;  —  2.  Ziano  (r=  lio),  archaïque  dans  la 
langue  littéraire,  mais  bien  vivant  dans  l'Italie  du  sud,  a  comme  pendant  en 
Emilie  ;;;//»;;;  d'où  M.  B.  pense  qu'il  faut  voir  dans  :(iano,  \iino  les  représen- 
tants de  types  *thi-anus,  *thi-inus,  dérivés  de  thi us, plutôt  qu'un  reflet 
de  la  déclinaison  en  n  —  due  (barba  —  barbano),  comme  on  l'avait  proposé  pour 
liano:  —r  3.  liai.  «  cafaggiaio  »,  «  garde  champêtre  et  forestier  »,  à  ratta- 
cher au  longobard  gahagi,  bas-Iat.  cahagium  v<  enclos,  bois  »  ;  —  4.  Anl. 
bologn.  «  sagiiradaria  »  ;=  ital.  «  sciagiirataggine  »,  avec  changement  de  suf- 
fixe. 

Comptes  rendus.  —  P.  346,  Andraud,  Li  vie  et  Vœuvre  du  troubadour 
Rainion  de  Miraval  (R.  Zenker).  —  P.  558,  Obras  de  Lope  de  Vega,  t.  X 
(A.  Restori,  suite).  —  P.  365,  Docuvientos  Cervanlinos  hasta  ahora  inedilos, 
recogidos   y  anotados  par   D.  Cristobal  Ferez  Pastor  (W.  von  Wurzbach). 

—  P.  375,  n  La  perfecta  casada  »  por  el  maestro  fr.  Luys  de  Léon,  édit . 
E.  Wallace  (W.  von  Wurzbach).  —  P.  377,  E.  Fischer,  Die  Herkunft  der 
Rumâncn  (G.  Weigand).  —  P.  378,  Bianu  et   Hodo^,  Bihliografia   romdnesuï 


I.  [Cf.  Ro)nania,l\,  5 1 5  et  suiv.  —  Red.] 


PERIODiaUES  139 

feche,  I,  1508-1716(0.  Wcigand).  —  P.  579,  Ri'Z'ista  htsitaua,  ^'-VI  (A.  R. 
Laiig).  —  P.  l'è^,  SUtdj  lU  filologui  ivnniii^a,  IX,  5  (P.  Savj-Lopoz). 

XXIX,  4.  —  P.  385,  L.  Jordan,  Ziir  Eiitirickeliiiii^  des  Gotlesiicn'chtUchcn 
Zweikainpfs  in  Frankreich.  M.  J.  montre  que,  aussi  loin  que  nous  pouvons 
rjmonter  dans  l'histoire  des  Francs  et  des  Burgondes,  le  duel  judiciaire 
apparaît  co  imie  légal  et  ayant  force  probante  entière,  mais  n'avant  originai- 
rement aucun  caractère  sacré  ;  c'est  une  coutume  proprement  franque,  contre 
laquelle  on  proteste  de  bonne  heure  en  Gaule,  mais  que  les  Francs  con- 
servent, sans  avoir  cependant,  sur  cette  matière,  de  droit  écrit.  —  P.  402, 
Mever-Liibke,  JVortgeschichlUchcs.  [i,  prov.  «  heko  »  Biitie.  Wespe.  L'auteur 
ne  connaît  le  mot  qu'il  étudie  que  par  r^//(75  linguistique  de  MM.  Gilliéron  et 
F^Jmont,  où  ce  mot  est  donné  comme  signifiant  «  abeille  »  (carte  1)  au  point 
605  (Saint-Dizier,  Creuse)  et  comme  signifiant  «  guêpe  »  (carte  672)  aux  points 
506  (Châteauponsac,  Haute-Vienne),  606  (Saint  Junien,  ibid.),  607  (Châlus, 
ibid.),  611  (La  Tour-Blanche,  Dordogne),  6)2  Saint-Pardoux-la-Rivière, 
ibid.),  614,  (Excideuil,  ibid.),  615  (Saint-Pierre-de-Chignac,  ibid.),  et  (-24 
(Bourgnac,  ibid.).  Cela  ne  l'empêche  pas  de  partir  du  suns  «  abeille  »  pour 
chercher  l'étymologie,  et  il  fait  un  beau  chapelet  d'hypothèses  :  le  gaulois 
avait  bëcos  «  abeille  »,  qui  a  donné  en  Limousin  hec,  lequel  est  devenu  beca 
d'après  la  désinence  féminine  de  aheJha  ;  ce  beca  a  réagi  à  son  tour  sur 
abelha  en  le  transformant  en  beUia  dans  la  Haute-Vienne,  la  Coirèze,  la 
Creuse,  la  Charente  et  la  Dordogne  ;  on  comprend  très  bien  que  bëcos 
ait  évolué  du  sens  «  abeille  »,  au  sens  «  guêpe  »  etc.  En  fait,  le  sens 
«  abeille  »,  donné  par  l'Atlas,  n'est  qu'une  illusion  d'enquêteur,  comme 
je  m'en  suis  assuré  par  deux  contre-enquêtes  faites  à  Saint-Dizier  même 
(lo-ii  avril  1905  et  20-21  avril  1905)  :  beko  signifie  «  guêpe  »  à  Saint- 
Dizier,  comme  ailleurs  en  Limousin,  mais  il  y  a  partout  des  individus  qui 
répondent  de  travers  ou  qui,  par  imbécillité  d'esprit,  confondent  guêpes  et 
abeilles.  M.  Rolhnd,  Faune  pop.,  Ul,  271,  connaît  Mco  par  les  fables  de  Foucaud 
(l'éJi:.  Ruben,  p.  43,  écrit  bèko),  et  M.  Chabaneau  n'hésite  pas  à  tirer  beko  du 
lat.  ve s  pa  (Gra »/;/;.  lim.,  p.  116)  moyennant  une  métathèse  de  consonnes 
combinée  avec  un  échange  de  degré  qui  de  guespa  aurait  fait  besca  pour  *pesga  : 
il  y  a  de  quoi  donner  à  réfléchir.  Ce  qui  est  sûr,  c'est  que  la  forme  actuelle 
représente  une  forme  romane  bèsca,  car  dans  le  patois  de  la  partie  orientale 
de  la  Creuse  on  a  blèko  (Ahun,  Sannat,  Lépaud),  obïiko  (Chambonchard), 
(^^«('^•^(Chambon),  etc.,  c'est-à-dire  des  témoins  d'un  <;  ouvert  suivi  primitive- 
ment d'une  5  ;  j'ai  '■ecueilli  bïègo  à  Chenerailles  (de  la  bouche  d'une  personne 
née  dans  la  commune  voisine  d'IssouJun),  ce  qui  semble  favoriser  l'hvpo- 
thèse  de  M.  Chabaneau,  mais  je  tiens  que  ce  g  est  un  afTaiblissement  indi- 
viduel et  récent  du  k,  et  non  le  g  de  guespa.  La  désinence  ca  ne  peut  pa.s 
être  primitive,  puique  c  devient  c/;  en  limousin  devant  a  ;  d'autre  part  un  tvpe 
comme  *bësqua,  qui  semble  postulé  par  la  phonétique,  ne  laisse  pas  que 
d'être  bien  étrange.  —  2,  nonifran^.  «  hur  »,  i^enlralfrani.  «  largo  »  IVidder. 


143  PÉRlODiaUES 

Rattache  le  premier  mot  et  son  dérivé  hnrde,  usités  dans  les  Cùtes-du-Nord, 
au  celtique  (corn,  hordh,  etc.),  et  le  second  (Bourgogne  et  Bretagne)  au  ger- 
man.  brui  :  cette  dernière  étymologie  est  bien  invraisemblable  du  côté  phoné- 
tique ;  en  tout  cas,  il  eût  été  bon  de  rappeler  que  Chamburc,  dans  son  Glos- 
saire  du  Morvan,  s'est  longuement  occupé  de  ce  mot  :  dans  le  fatras  de  ses 
articles  leuhiau,  luhiar,  lureai,  lureau,  luria,  luron,  le  rapprochement 
avec  l'anc.  verbe  luire  «  saillir  »  mérite  de  retenir  l'attention.  Finalement, 
l'auteur  jette  un  coup  d'œil  superficiel  sur  les  différents  noms  romans  de  la 
race  ovine  (remarques  intéressantes  sur  l'esp.  carnero)  ;  je  note  en  passant  que 
a  ri  es  était  vivant  au  moyen  âge  dans  l'est  de  la  langue  d'oïl,  cf.  Gloss. 
hébreu-franç.  du  XII[e  s.,  p.  p. Lambert  et  Brandin.  —  i,Jrani.  v  jade  ».  Combat 
avec  raison  l'étym.  j  as  pi  de  donnée  par  M.  Behrens,  et  se  rallie  à  celle  de 
Murray  (iVfU'  EiigJ.  Dicl.)  qui  voit  dans  le  mot  français  un  emprunt  à  l'espa- 
gnol [piedradela]  ijada  :  citation  d'un  passage  de  Monardes,  médecin  de  Séville, 
emprunté  à  ses  Dos  lihros  (1569)  sur  les  vertus  curatives  du  jade.  —  4,  veii. 
«  onfegar  ».  Ce  mot,  qui  signifie  «  tacher,  graisser»,  représente  *olficare 
pour  *oleificare,  plutôt  que  *ungificare  ou  *unctificare  ;  aux 
exemples  de  verbes  en  -ficare  qui  sont  attestés  par  des  formes  romanes  on 
peut  ajouter  le  franc,  oriental  bonijer  <  *bo  ni  ficare  et  turijer  <  turifi- 
care  (Gloss.  hébreu-franç.  du  XIII^  s  ,  p.  p.  Lambert  et  Brandin.  —  4,  ostfrani. 
«  pane  »  kebreii,  Kpanor»  Besen.  Ces  mots  du  patois  des  Vosges  (Atlas  liuiJ.  de 
Gilliéron  et  Edmont,  cartes  107  et  109)  remonteraient  au  lat.  pinna  et  non 
à  pannus;  cf.  auvergnat  pena  «  genêt  »  (Mistral),  etc.  Je  crois  que  l'auteur 
fait  tort  à  pannus  ;  la  présence  de  «  nettoyer  »  au  sens  de  «  balayer  >^  dans 
le  dép.  voisin  de  la  Haute-Marne  me  paraît  faire  le  pont  entre  «  essuver»  et 
«  balayer»  :  or  paner  «  essuyer  »  est  très  répandu  et  vient  incontestablement 
de  pannus  ;  cf.  Godefroy,  et  la  carte  485  de  l'Atlas,  où  l'on  peut  constater  que 
le  verbe  *buxare  cumule  les  sens  «  essuyer  »  et  «  balayer  »  aux  points  548, 
624,  635,  etc.  —  5,  sard.  «  ruskidare  »  schnarchen.  Du  lat.  vulg.  *reoscitare, 
nouvelle  preuve  de  la  survivance  de  oscitare,  à  ajouter  à  celles  qu'ont 
données  Schuchardt  et  Ascoli.  —  6,  Franchecomt.  «  tll  ».  Mot  qui  signifie  à 
Damprichard  «  file  de  monceaux  de  fumier  »  (Grammont  en  déclare  l'origine 
inconnue)  :  du  germ.  *tila  (franc  ou  burgonde),  forme  primitive  correspon- 
dant à  l'allem.  actuel  :(tele  «  file,  ligne  »  ;  peut-être  faut-il  rattacher  à  la 
même  étymologie  le  subst.  tilo  qui,  dans  la  Suisse  romande,  signifie  «  rucher  » , 
c'est-à-dire,  si  l'on  veut,  une  rangée  de  ruches.  —  A.  Th.  ]  —  P.  413,  F.  Sette- 
gast,  Armenisches  un  «  Daurel  e  Béton  ».  C'est  un  complément  aux  Quellen- 
stiidien,  etc.  du  même  auteur  (cf.  Remania,  XXXIV,  524)  et  une  nouvelle  série 
d'exemples  d'identifications  aventureuses  :  Béton  représente  le  nom  patrony- 
mique d'une  famille  princière  arménienne,  Bagratuni  ;  Esmanjarl  =z 
armén.  Pbarand~em,  etc  ;  enfin  l'histoire  de  Daurel  et  Béton  a  une  source 
arménienne.  M.  S.  espère  avoir  rendu  ses  conclusions  vraisemblables;  mais 
c'est  sa  méthode  même  qu'il  faudrait  justifier  :  ces  rapprochements  fondés  sur 
des  analogies  de  forme  et  si  lointaines  sont  plus  que  contestables  —  P.  418, 


PERIODldUES  I4Î 

J.  Subak,  IVeiterekh'ine  Ndchtràge  ^n  Kôrtiiig,  Lateinisch-  lonniniscbes  IVorter- 
Imch  '.  —  P.  429.  Cari  Ollerich,  Der  katahxnischeBrief  mit  Beilageinder  Arhorea- 
Sainmluucr  in  Cdgliari.  Inauthenticité  démontrée  par  l'étude  linguistique. 
Une  note  préliminaire  de  M.  Foerster  fait  connaître  le  point  de  départ  du 
travail  de  M.  Ollerich. 

MÉLANGES,  p.  449,  H.  Schuchardt,  Ahru:;^.  n  ciiixe  »,  etc.  observations  sur 
l'ouvrage  de  M.  Puçcariu,  Lai.  tj-,  cj-  iiii  Riiiii.,  etc.,  à  propos  de  roum.  spîn:;^, 
abbruz.  ciirce,  ital.  go:^io.  —  Port.  «  cai'idar  ».  —  Baskische  Naiiieii  des Ei\ihecr- 
hatinis.  —  Lut.  semen/w  Bask:  basq.  seine  «  fils  i-  <<  lat.  semen,  cf.  anc. 
port,  seniel  «  progéniture  »,et  les  expressions  bibliques  semen  David,  etc.  — 
Altprov.  (c  doha  »  :  observations  sur  l'étymologie  dolsa  <C  dolichus, 
«  fèverole  »,  proposée  par  Mistral,  cf.  A.  Thomas,  Nouveau.x  Essais,  etc., 
p.  245,  où  cette  étymologie  a  été  inexactement  interprétée  '.  —  Wor  . 
«  caieti  »,  Miesmuchel  :  observations  sur  un  article  de  M.  A.  Thomas  (Joiinuil 
des  Débats,  21  mars  1905  ;  cf.  Romania,  XXXIV,  287).  —  Nicdeniiaiii.  «  cosaque  » 
Schoher  :  remarques  sur  diverses  dénominations  de  la  meule  (de  paille,  etc.) 
et  l'intérêt  d'études  comparatives  sur  les  dénominations  de  ce  genre  ;  en 
particulier  on  signale  l'analogie  de  la  forme  cosaque  (Bas-Maine)  avec  le  slav. 
kô:(a. —  P.  456.  P.  Kretschmer,  ItaJ.  «  uiolo  ».  Les  difficultés  qui  empêchent 
de  rattacher  directement  l'ital.  luolo  (d'où  le  fr.  môle')  à  môles  ont  été  déjà 
signalées:  changement  de  déclinaison  et  de  genre,  qualité  de  l'o  (ouvert); 
mais  les  mêmes  difficultés  n'existent  pas  s'il  s'agit  de  rattacher  à  môles  le 
gr.  [xwXo;  (attesté  dès  le  vi^  siècle  parProcope)  :  le  changement  de  déclinaison 
etparsuite  de  genre  est  normal  et  w  représente  p  latin  à  défaut  d'une  meilleure 
transcription;  enfin  aoJÀo:,  emprunté  par  l'italien,  devait  bien  devenir  moJo 
qui  se  rattache  ainsi  à  môles  mais  par  l'intermédiaire  du  grec.  Le  double 
courant  d'emprunts  qu'il  faut  ainsi  admettre  entre  l'Italie  et  la  Grèce  n'a 
rien  qui  puisse  surprendre  pour  un  mot  du  vocabulaire  maritime.  —  P.  458, 

1 .  J'ai  laissé  passer  dans  un  précédent  numiro  de  la  Romania  (XXXIII,  62  3), 
où  je  signalais  un  travail  analogue,  mais  moins  important,  de  M.  Subak,  une 
expression  excessive  («  beaucoup  de  remarques  oiseuses  »)  ;  un  exemple  aurait 
fait  entendre  ma  pensée  et  aurait  permis  de  donner  sa  valeur  réelle  à  une 
épithète  qui  a  paru  un  peu  forte  ;  ex.  :  à  l'article  9973  de  Kôrting^  (VaJeo), 
M.  S.  ajoute  :  Das  Pai  ti-ip  [vaiUaiit]  nocb  in  «  sans  un  sou  vaillant  »  ;  est-ce 
la  une  remarque  fort  utile?  Ceci  dit  sans  vouloir  nier  l'intérêt  d'additions  à 
Kôning  et  la  nécessité  d'une  refonte  du  Lat.-Rom.  IVorterh.  à  l'aide  de 
multiples  contributions;  n;ais  peut-être  n'est-il  point  nécessaire  d'imprimer 
d'abord  dans  une  revue  tous  ces  matériaux,  quels  qu'ils  soient. 

2.  [M.  Sch.  a  tout  à  fait  raison  de  me  tancer  pour  avoir  confondu  le  subst.  lat. 
dolichus,  cité  par  Mistral,  qui  signifie  effectivement  «  fève  »  ou  «  fève- 
role »  (  grec  ooA'./o;),  avec  l'adj.  grec  ôoXr/o;  «  long  »  ;  mais  l'étymologie  du 
prov.  dolsa  reste  toujours  a  trouver,  car  je  ne  puis  croire  que  le  scribe  caro- 
lingien à  qui  nous  devons  le  ms.  "Vat.  Keg.  846  et  qui  écrit  scorcia 
«  écorce  »  ail  pu  écrire  dolsa  si  ce  mot  procédait,  comme  le  dit  M.  Sch., 
d'une  forme  antérieure  *d o  1  c i a,  tirée  du  lat.  *dolcus  pour  dolichus, 
—  A.  Th.]. 


142  PERIODiaUES 

G.  Bertoni,  p-//«/^cn/.  M.  B.  rétablit  par  conjecture  ce  mot  dans  un  texte  ita- 
lien du  xin"^  siècle  où  il  est  question  d'armes  en  s'appuyant  sur  le  bas  latin 
giiavferia  (d'origine  germanique)  attesté  par  deux  documents  de  Modène 
(xive  siècle). 

Comptes-rendus.  P.  460,  Œuvirs  couplètes  irEustache  Deschamps,  p.p. 
G.  Raynaud,  XI,  Introduction  (E.  Hœpffner).  —  P.  469,  L.  Brandin,  Les 
gloses  françaises  {Loaiiiii)  de  Gerscbom  de  M^^;^;  (J.  Subak).  —  P.  472.  Miscel- 
lanea  di  sliidi  critici  édita  monoredi  Artitro  Graf  (P.  Savj-Lopez).  —  P.  476, 
Stiidi  medievali  diiettida  F.  Novati  e  R.  Renier,  I,  i,  1904  (P.  Savj-Lopez  et 
R.  Ortiz).  —  P.  479.  Societù  filologica  roiiuiita.  Sltuli  roiiianii  edili  a  cura  di 
E.  Monaci,  I,  190}  ;  II,  1904  (P.  Savj-Lopez).  —  P.  483,  Stiidi  glottohgici 
italiani  direlti  da  G.  deGregorio,  III  (H.  Schneegans).  —  P.  488,  Zeitschriji 
fïir  fraiii-  Sprache  utid  Litleratiir,  XXV-XXVI  (A.  Schulze).  —  P.  500, 
Revista  hisitana,  VII,  1899,  (H.  R.  Lang).  — P.  502,  Gioruale  slorico  dcUa 
letteratiira  italiaiia,  XLIV,  3  àXLV,  1  (B  Wiese).  —  P.  507,  Revue  de  philo- 
logie Jrançaise  et  de  littérature,  XVIII  (E.  Herzog).  —  P.  509.  Archiv  Jiir 
lateiuische  Lexicographie,  XIII,  4  a  XIV,  2  (E.  Herzog).  —   Livres  nouveaux 

(G.  G.). 

M    R0Q.UES. 

Revista  de  bibliografi.\  catalaka.  Numéro  6.  Janvier-décembre  1905. 
Année  III.  —  P.  5.  A.  Rubiô  i  Lluch,  Notice  de  deux  manuscrits  d'un  Lau- 
celot  cataan.  Il  s'agit  d'un  fragment  relatif  au  combat  de  Lancelot  avec  le 
géant  Karadoc,  retrouvé  dans  une  reliure  à  Majorque,  et  d'un  autre  Lancelot 
catalan  qui  a  été  signalé  à  l'Ambrosienne  et  que  doit  faire  connaître  M.  S;)n- 
visenti.  Dans  son  étude  sur  le  roman  de  Lancelot  en  catalan,  M.  Rubiô 
aurait  pu  citer  la  Tragcdia  ordenada  per  Mosseii  Gras,  la  quai  es  part  delà  gruu 
obra  dels  actes  del  famo;  cavalier  Lançalot  del  Lac,  qui  existe  peut-être  parmi 
les  livres  laissés  par  D.  Mariano  Aguilô  (voy.  P.  de  Gayangos,  Libros  de 
cahallerias,  p.  xi).  —  P.  21.  Matheu  Obrador,  Fragment  d'un  Lancelot  catalan. 
Édition  du  fragment  de  Majorque  étudié  dans  l'article  précédent.  A  en  juger 
par  le  fac-similé,  ce  fragment  est  du  xv-"  siècle  et  non  de  la  fin  du  xiv^.  — 
E.  Aguilô,  Quelques  notes  sur  Ranion  Muntaiier  et  sa  famille.  Documents  tirés 
des  archives  de  Majorque.  —  P.  39.  J.  Pijoan,  Au^ias  March  à  Naples  en 
1444.  Le  docunTent  ici  publié  est  une  lettre  d'Alphonse  V  datée  du  Château 
neuf  de  Naples  le  8  mai  1444  et  qui  a  pour  objet  de  faire  payer  250  sous 
pour  des  oiseaux  de  chasse  apportés  de  Valence  à  Naples  et  qu'avait  dressés 
Auzias  March  :  los  quais  lo  amat  nostre  mossen  Ausias  March,  cavalier,  en  dies 
passats  havia  afaytats  per  ohs  e  servey  nostre.  La  lettre  ne  prouve  donc  pas  du 
tout  la  présence  du  poète  à  Naples  en  1444.  —  P.  45.  J.  Massô  i  Tor- 
rents, Manuscrits  catalans  de  Valence.  I.  Bibliothèque  métropolitaine.  Mss. 
du  Cristid  d'Eximenez  et  de  la  Vida  de  fesu  Christ  du  même.  Sermons  en 
langue  vulgaire  de  saint  Vincent  Ferrier.  Mémorial  de  Francesch  de  Pertusa. 


PERIODIQUES  143 

Lo  Pccador  icinut  de  Felip  de  Malla.  Traduction  des  Psumncs,  différente, 
d'après  M.  Massô,  de  celle  qui  fut  imprimée  à  Venise  en  1490  et  dont 
existent  au  moins  deux  exemplaires,  l'un  à  Madrid,  l'autre  à  la  Mazarine. 
Pour  prouver  que  ces  deux  versions  diffèrent,  M.  Massô  imprime  le  premier 
psaume  d'après  l'une  et  le  dernier  psaume  d'après  l'autre  :  cela  ne  fiuilite  pis 
la  comparaison.  Vies  de  saints,  suivies  de  l'histoire  de  Tobie.  Plant  l'c  saut 
EstfVf.  II.  Archives  de  l'église  métropolitaine.  Règlements  intérieurs  de  la 
cathédrale  en  langue  vulgaire.  —  P.  87.  Joseph  Ribelles  Comin,  Xoticc 
biographique  et  bibliographique  sur  le  lexicographe  Labernia.  —  P.  116.  Angel 
Aguilô,  Index  des  noms  de  personnes  et  des  noms  géographiques  de  la  Chronique 
de  Jacques  I'^^  le  Conquérant  (édit.  de  la  Biblioteca  catalana).  —  P.  168.  Jaunie 
Bofarull,  Manuscrits  catalans  de  la  bibliothîque  provinciale  de  Tairagoiie. 
Recueils  d'Usages  cisterciens  du  xv-'  siècle.  Dialogues  de  saint  Grégoire. 
Recueil  de  sentences  et  de  proverbes;  l'un  de  ces  recueils  intitulé  Ex  pio- 
verbiis  Arabuni  a  été  imprimé  en  1891  dans  la  revue  UAïunç.  Funérailles 
des  rois  d'Aragon.  • —  P.  217.  Bulletin  bibliographique  des  ouvrages  en  catalan 
ou  relatifs  aux  pars  catalans  publiés  en  i^^oj.  Travail  utile  et  bien  fait. 

A.  Morel.-Fatio. 

Studier  I  MODERN  Sphâkvetenskap,  III,  1905.  — P.  6t,  Pon  freno  al 
gran  dolor  che  ti  trasporta,  par  Fr.  Wulff  (en  français).  M.  W.  étudie  les 
rédactions  successives,  conservées  dans  le  ms.  Vat.  3196,  fos  13  et  12, 
de  la  strophe  VII  de  la  canzone  Che  debF  io  far  de  Pétrarque.  —  P-  71, 
Des  locutions  emphatiques,  par  A.  Malmstedt  (en  français).  Remarques  intéres- 
santes sur  les  constructions  :  c'est  lui  qui,  c'est  de  lui  que,  c'est  lui  dont,  etc. 
—  P.  205,  Gaston  Paris;  nàgra  niiniwsblad  af  P.  A.  Geijer.  —  P.  257, 
Aperçu  bibliographique  des  ouvrages  de  philologie  romane  et  germanique  publiés 
par  des  Suédois  depuis  iç}02  jusqu'à  i^oj. 

M.  RociUES. 

Ann'ales  du  Midi,  XVII  (1905).  — Janvier.  P.  27-62,  D''  Dejeanne,  Le 
troubadour  Cercamon.  Monographie  très  méritoire  comprenant  une  édition 
critique,  avec  traduction  française  et  notes,  des  huit  poésies  de  Cercamon 
qui  nous  sont  parvenues,  en  comptant  les  quatre  que  M.  Bertoni  a  fait 
récemment  connaître  d'après  le  ms.  Campori,  de  Modène.  J'y  trouve  bien 
peu  à  reprendre  :  V,  17,  lire  avec  le  ms.  (dont  la  leçon  exacte  n'est  pas 
reproduite  en  note)  domnejador,  et  non  domnej'adors,  car  il  faut  le  nominatif 
pluriel,  comme  pour  ^(/Z  ;  ibid.,  au  lieu  de  corriger  druderau  en  (//;//  se  fan, 
j'aurais  le  courage  de  supposer  un  verbe  driulejar  et  de  lire  drudijan.  —  V, 
19,  pourquoi  ne  pas  garder  reprocher  et  le  corriger  en  reprovier}  —  V,  41,  il 
est  plus  indiqué  de  suppléer  tal  que  lo.  —  P.  63-67,  Steffens,  Fragments 
d'un  chansonnier  provençal  aux  archives  royales  de  Sienne.  Deux  feuillets  du 
xive  siècle  contenant   quatre  chansons  de  Bernard  de  Ventadour   (Bartsch, 


144  PERIODIQ.UES 

Gruihlriss,  6,  lo,  15,  25)  et  la  tin  d'une  autre  (ibid.  3);  M.  S.  reproduit  le 
texte  diplomatiquement. —  P.  71-75,  De  Bartholomaeis,  Une  nouvelle  làlac- 
tion  d'une  poésie  de  Guilbetu  Montanlhn^ol.  C'est  la  pièce  Xuls  oni  no  val,  dont 
Bartsch  a  oublié  de  signaler  la  présence  dans  le  ms.  Vatic.  Barb.  lat.  3953 
(ci-devant  à  la  Barberine,  XLV,  47),  de  sorte  que  M.  Coulet  ne  s'est  pas 
préoccupé  de  ce  manuscrit.  M.  De  15  en  publie  la  leçon,  fait  quelques 
menues  observations  et  conclut  que  le  texte  peut  rester  tel  qu'il  a  été  établi 
par  M.  Coulet.  —  P.  73-77,  Ji-'anroy,  Gascon  «  lanipournè  ».  Adjectif 
employé  surtout  par  D'Astros  et  Ader,  à  côté  du  \-erhe  la nipou ma  et  du  subst. 
verbal  lampor  :  même  famille  que  l'anc.  franc,  raniposne,  raniposner.  —  P. 
77-8,  A.  Thomas,  Encore  le  nom  de  lieu  c  Traviesaigues  ».  Signale  deux  autres 
représentants  de  In  ter  ambas  aquasen  Gascogne,  d'après  des  communi- 
cations de  MM.  Millardet  et  Pépouev;  la  série  n'est  pas  close  (cf.  Revue  de 
Gascogne,  1905,  p.  84). 

Avril.  —  P.  161-217,  Jeanroy,  Poésies  de  Guilhuinic  IX  comte  de  Poitiers. 
Aucun  provençaliste  n'ignore  combien  était  difficile  la  tâche  entreprise  par 
M.  J.  ;  aucun  n'hésitera  à  le  féliciter  de  la  manière  dont  il  s'en  est  acquitté. 
Je  ne  crois  pas  qu'on  puisse  pénétrer  plus  avant  dans  la  connaissance  de  ce 
fantaisiste  troubadour,  qui  ne  fut  pas  un  moins  fantaisiste  homme  d'État 
et  chef  d'armée,  ni  définir  avec  plus  de  finesse  le  singulier  mélange  de 
banalité  et  de  déséquilibrement  de  ses  poésies.  La  langue  et  la  versification 
sont  très  exactement  caractérisées.  Des  onze  poésies  qu'accepte  M.J.  comme 
authentiques,  il  traduit  toutes  celles  qui  ne  défient  pas  trop  audacieusement  la 
traduction  et  annote  abondamment  toutes  celles  qu'il  publie.  Je  ne  relève 
qu'une  inexactitude  vénielle,  qui  est  du  ressort  de  l'histoire  locale  :  p.  216, 
Ucle  Brun  est  qualifié  «  comte  de  Lusignan  »  ;  il  n'y  a  pas  de  comtes  de  Lusi- 
gnan,  mais  un  Uc  de  Lusignan,  IXe  du  nom,  devint  comte  de  la  Marche  en 
1199  (longtemps  après  la  mort  de  Guillaume  IX)  et  transmit  ce  comté  à  ses 
descendants.  —  P.  296-7,  compte  rendu  par  le  D""  Dejeanne  du  livre  de 
M.   Bertoni  intitulé  :  /  trovatori  minori  di  Genova. 

Juillet.  —  P.  361-2,  Bertoni,  Sur  quelques  vers  de  Guillaume  IX.  Au  v.  6 
de  la  pièce  Companho  farai,  lire  :  qui  la  troha  son  taleu,  au  lieu  de  :  qui  la 
troF  a  son  ialeu.  En  note  M.  Jeanroy  communique  quelques  observations  de 
M.  Rajna,  dont  l'une  excellente  sur  le  sens  «  étriller  »  qu'il  convient  d'attri- 
buer au  verbe  ?'i///fl/-.  — P.  362-365,  A.  Thomas,  Sur  la  date  d'un  nu'moran- 
âiim  des  consuls  de  Martel.  Attribué  à  1256  par  l'éditeur,  M.  Teulié  (Revue  de 
plnlol.Jranç.,  VII,  260),  il  est  en  réalité  postérieur  de  peu  à  1275.  —  P.  365- 
385.  E.  Aude,  Les  plaintes  de  la  Vierge  et  les  signes  de  la  fin  du  monde,  d'après 
un  imprimé  toulousain  du  xvie  siècle.  Cet  imprimé,  inconnu  de  tous  les  biblio- 
graphes, est  sorti  des  presses  de  Nicolas  Vieillard,  vers  1 540  et  se  conserve  à  la 
Méjanes  d'Aix  dans  un  recueil  factice.  M.  A.  en  donne  le  texte  entouré  de 
commentaires  fort  instructifs  ;  il  rappelle  quels  sont  les  textes  en  langue  vulgaire 
du  Midi  qui  furent  imprimés  à  Toulouse  au  xvie  siècle.  En  appendice,  notice 
sur  une  version  provençale  du  Chant  de  lu  Sibille  (mieux  vaut  ne  pas  mettre 


PÉRlODiaUES  145 

d'v  que  d'en  mettre  un,  connue  le  fait  le  compositeur  des  Annales  du  Midi, 
dans  la  syllabe  initiale)  d'après  un  nis.  des  archives  de  l'Aude,  signalé  par 
M.  Jeanrov.  —  P.  386-590,  compte  rendu  par  M.  Jeanroy  de  la  6^  éd.  de  la 
Cbrcstoinatbicprov.de  Bartsch  (relbndue  par  Koschwitz),  laquelle  est  bien 
inférieure,  même  sous  cette  forme,  à  celle  d'Appel. 

Octobre.  —  P.  457-489,  Jeanroy,  Poésies  provençales  inédites  d'après  les  inss. 
de  Paris.  En  tout  12  pièces,  dont  les  auteurs  sont  :  Cadenet,  Guiraut  de 
Calanson,  Bernart  Arnaut  Sabata,  Pons  Barba,  Sordel,  Uc  de  Lescura,  Mar- 
cabrun,  Rambaut  d'Orange.  L'éditeur  les  traduit  (sauf  celles  des  deux  der- 
niers auteurs  qu'il  se  contente  de  reproduire  diplomatiquement  d'après  le 
chansonnier  C  de  Bartsch  en  donnant  les  variantes  de  R).  —  P.  517-534, 
.\.  Vidal,  Les  comptes  consulaires  de  Montagnac  (Hérault).  Extraits  d'après  les 
originaux  conservés  aux  archives  communales  :  il  y  a  22  comptes  de  1422  à 
1451  ;  à  suivre.  Nous  reparlerons  de  ces  comptes,  dont  la  graphie  est  très 
curieuse,  lorsque  la  publication  de  M.  V.  sera  parvenue  à  son  terme,  —  P. 
535-6,  compte  rendu  par  M.  Jeanroy  de  Kolsen,  Die  Kreuilieder  des  Trobadors 

Guiraut  von  Boruelb. 

A.  Th. 


Studi  romanzi,  editi  a  cura  di  E.  Monaci.  II,  1904.  In-8,  170  p.  (Publi- 
cation de  la  Societéi  filologica  Roniana.  Rome,  au  siège  de  la  Société,  palais 
Sera)  '.  —  P.  5,  V.  Crescini,  La  redaiiotie  velletrana  dcl  canlare  di  Fiorio  e 
Biaucifiorc.  Remarques  sur  le  texte  du  nouveau  ms.  de  ce  cantare,  qui  a  été 
publié  pour  h  Sociclà  filologica,  par  M.  Crocioni(cf.  ci-dessus,  XXXIII,  126). 
—  P.  27,  R.  Fornaciari,  Uimperfettostorico.  —  P.  41,  A.  F.  Massera,  I sonclti  di 
Cecco  Amriolicri  contenuti  ncl  codice  chigiano  L.  VIII.  305.  Travail  préparatoire 
à  une  nouvelle  édition  de  ce  poète.  M.  Massera  passe  en  revue  les  poésies 
anonymes  transcrites  dans  ce  ms.,  restitue  un  certain  nombre  d'entre  elles 
à  leurs  auteurs  (par  ex.  à  Cino)  et  fait  le  départ  de  celles  qui  peuvent  être 
légitimement  attribuées  à  Cecco.  —  G.  Bertoni,  Ntiove  rime  proveniali  traite 
dal  cod.  Carnpori.  Extraits  faisant  suite  à  ceux  qui  ont  paru  dans  le  tome  VIII 
des  Studi  difilologia  ronian:^a  (cf.  Roniania,  XXXI,  160-2).  Les  textes  publiés 
cette  fois  ne  sont  pas  à  proprement  parler  inédits  :  on  en  possède  d'autres  copies, 
mais  le  ms.  Campori  offre  souvent  des  leçons  nouvelles,  plus  complètes  et 
ordinairement    fort  précieuses  -.   Malheureusement  la   transcription    due   à 


1 .  Les  observations  que  nous  avons  présentées  à  propos  du  premier  cahier 
des  Studi  {Ronumia,  XXXIII,  1 54)  s'appliquent  aussi  aux  fascicules  II  et  III. 

2.  Je  citerai  notamment  le  n»^  XIII  qui  offre  de  bonnes  variantes  au  texte 
unique  (fr.  856)  qu'on  en  avait.  C'est  la  pièce //a  e  dolor  s'es  dins  mon  cor 
assc:;a  (imprimée  dans  mon  Recueil,  n°  20)  ;  pour  le  v.  54  la  leçon  nouvelle  : 
Contrais  Lombarl^  a  Carle[e]  ah  Frances,  vaut  assurément  mieux  que  la  leçon 
Contr  Alamans  ab  Arles  e  Frances  dont  il  avait  fallu  se  contenter  jusqu'ici.  De 

Roman  ta,  XXXV  lO 


14e  PÉRIODIQUES 

Jaques  Tcissier  de  Tarascon",  fourmille  de  fautes,  entre  lesquelles  celles  qui 
consistent  en  une  mauvaise  séparation  des  mots  ne  méritaient  guère  d'être 
reproduites.  La  lecture  des  pièces  éditées  par  M.  B.  est  à  peu  près  impossible 
sans  la  confrontation  avec  les  autres  textes.  Il  est  du  reste  fort  incommode 
d'avoir  à  chercher  en  des  publications  diverses  les  fragments  mis  au  jour  à 
diverses  reprises  par  M.  B.  et  par  M.  Stengel,  et  il  serait  bien  à  désirer  que 
l'édition  complète  que  M.  B.  a  l'intention  de  faire  ne  tardât  pas  trop.  On  v 
joindra  sans  doute  des  tables,  et  aussi  des  notes  offrant  la  correction  des 
fiiutes  de  copie  commises  par  le  copiste.  P.  67,  M.  B.  présente'  un  argument, 
auquel  du  reste  il  ne  paraît  pas  attacher  grande  importance,  en  faveur 
de  l'existeiîce  d'un  recueil  des  poésies  des  troubadours  qui  aurait  été 
imprimé  au  xvi"*  siècle,  et  dont  on  ne  connaît  plus  aucun  exemplaire.  — 
P.  97,  C.  Segré,  Aiicdilotto  hioi^rafico  ciel  Petraica.  C'est  un  acte  de  1324  tiré 
des  Memoriali  d'un  notaire  de  Bologne,  où  Fr.  Pétrarque,  encore  mineur, 
figure  à  côté  de  son  père.  —  P.  105,  A.  Parducci,  Staline  nisticali  iii  dialetto 
lucchese  del  sec.  XVII.  Poésies  tirées  d'un  ms.  de  Lucques  écrit  du  xvii«  au 
xviiie  siècle.  —  P.  123,  P.  Rajna,  La  Jettera  di  frate  Ilario.  Cette  lettre  latine 
à  Uguccione  délia  Faggiola,  ici  imprimée  plus  correctement  que  dans  les  pré- 
cédentes éditions,  nous  a  été  conservée,  comme  on  sait,  par  le  ms.  Plut. 
XXIX,  8,  qui  est  de  la  main  de  Boccace.  M.  R.  ne  pense  pas  que  cette  lettre 
soit  une  fabrication  de  Boccace,  mais  il  ne  croit  pas  pour  cela  à  son  authenti- 
cité ;  en  quoi  il  est  d'accord  avec  la  majorité  des  critiques  (cf.  Rom.,  XI, 
615).  —  P.  135,  G.  Fogolari,  La  leggmda  di  Barlaam  e  Josafat  in  un  codice  del 
ijii.  Sur  un  ms.  du  fonds  Ottoboni,  au  Vatican,  qui  renferme  la  version 
latine  de  ce  roman,  et  dont  le  seul  intérêt  consiste  dans  les  dessins  dont  il  est 
orné.  —  P.  141,  G.  Ferri,  La  prefa:[io)H'  ad  u)i  saltero  del  xij  secolo.  Cette 
préface  se  trouve  dans  un  ms.  de  l'église  Sainte-Marie  /;/  Trastevere, 
à  Rome.  —  P.  149,  P.  Egidi,  Postille  Baiherniane.  M.  P.  Egidi  s'efforce  de 
réfuter  les  critiques  que  j'ai  adressées  (XXXIII,  127)  à  son  édition  du  com- 
mentaire de  Fr.  da  Barberino  sur  les  Dociunenti  d'Aniore.  L'édition  étant 
commencée  d'après  un  certain  système,  il  est  évidemment  trop  tard  pour  en 
adopter  un  autre,  et  par  conséquent  le  débat  entre  nous  est  sans  intérêt  pra- 
tique ;  aussi  ne  chercherai-je  pas  à  le  prolonger.  Je  me  borne  à  dire  que  je 
conteste  la  valeur  des  arguments  que  m'oppose  M.  Egidi.  Je  ne  crois  pas,  par 
exemple,  qu'il  y  ait  utilité  à  conserver  l'emploi  irrégulier  que  fait  l'écrivain 
des  majuscules.  Je  suis  heureux  de  voir  que  M.  E.  a  l'intention  de  joindre  à 
sa  publication  une  série  de  notes  et  de  tables,  mais  il  aura  quelque  difficulté 
à  placer  ses  appels  de  notes.  Si  M.  E.  avait  eu  plus  d'expérience  de  l'art  de 

plus,  tandis  que  ilans  cette  leçon  l'auteur  était  indiqué  vaguement  comme 
étant  «  un  chevalier  du  Temple  »,  le  ms.  de  B.  Amoros  nous  fournit  ce 
nom,  à  la  vérité  en  partie  corrompu  :  «  En  Ricatz  Honomel,  fraire  del 
Temple,  w  II  faut  donc  rejeter  l'hypothèse  de  Milà  selon  laquelle  le  «  Tem- 
plier »  devrait  être  identifié  avec  Olivier  le  Templier  (r/or.a/.  en  Esp.,p.  564). 
l.  \ o'ir  Komania,  XXXI,  160. 


PERIODIQUES  1^7 

faire  une  édition,  il  aurait,  comme  je  l'ai  dit,  entouré  de  guillemets  les  cita- 
tions, de  sorte  qu'on  pût  apercevoir  à  première  vue  où  commence  la  cita- 
tion et  où  elle  finit.  Il  aurait  aussi  numéroté  les  vers  des  Dociiiiienti,  et  repro- 
duit les  numéros  entre  crochets  dans  la  paraphrase  latine  et  dans  le  commen- 
taire, aux  endroits  convenables.  De  cette  façon  on  aurait  pu  sans  aucune 
perte  de  temps  rapprocher  1°  le  texte  italien,  2"  la  paraphrase,  3°  le  commen- 
taire; ce  qui  est  d'autant  plus  difficile  actuellement  que,  par  suite  des  nécessi- 
tés typographiques,  le  commentaire  se  trouve  souvent  à  une  autre  page  que 
le  texte.  Telle  qu'elle  se  présente,  cette  édition  est  d'un  usage  fort  incom- 
mode. —  P.  159,  Noti:(ie. 

—  III,  1905',  155  pages.  —  P.  7,  Ascoli,  Ricordi  concenteiili  la  toponotiuis- 
ticd  italidiia.  Un  vaste  répertoire  des  noms  de  lieux  de  l'Italie  pourrait  être 
tiré  des  fiches  du  dernier  recensement  de  la  population  (1901)-.  M.  A. 
expose  sommairement  comment  ce  travail  devrait  être  exécuté.  Dans  une 
note  préliminaire,  M.  Monaci  explique,  que,  par  suite  de  difficultés  finan- 
cières ou  autres,  le  projet  de  M.  Ascoli  ne  peut,  pour  le  présent,  être  réa- 
lisé. —  P.  15,  E.  G.  Parodi,  La  data  délia  coiiiposi:(ioiie  e  le  teoriepolitiche  delV 
Inferno,  e  del  Purgatorio  di  Dante.  Exposé  peu  clair  d'idées  analogues  à  celles 
qui  ont  été  en  dernier  lieu  soutenues  par  M.  Michel  Barbi,  tendant  à  placer 
avant  1 307  la  composition  de  l'Enfer,  et  celle  du  Purgatoire  dans  la  période 
comprise  entre  1307  et  1312.  — P.  S.  Santangelo,  //  nis. provençale  U.  Sur  le 
chansonnier  provençal  XLI-43  de  la  Laurentienne.  Relevé  des  erreurs  de 
transcription  commises  dans  l'édition  de  Grûzmacher  (Herrig's  Archiv, 
XXXV)  ;  recherches  (qui  ne  donnent  pas  de  résultats  bien  certains)  sur  les 
rapports  du  ms.  en  question  avec  d'autres  chansonniers  qui  sont  aussi  d'ori- 
gine italienne.  —  P.  75,  C.  Marchesi,  La  prima  tradu^ione  in  volgare  italico 
délia  Farsaglia  di  Liicano,  e  una  nuova  reda:(ione  di  essa  in  ottava  rima. 
Signale  une  traduction  en  prose  dans  un  ms.  Riccardi  du  xiv^  siècle,  et  une 
version  en  ottava  rima  dans  un  ms.  de  la  Bibliothèque  Victor-Emmanuel,  à 
Rome.  —  P.  97,  C.  Nigra',  Note  etimologiche  e  lessicali.  —  P.  103,  Ascoli, 
Intorno  ai  continuatori  Corsi  del  lat.  ipsu.  Complète  un  mémoire  publié  dans 
le  t.  XV  de  VArchivio  glottologico  (cf.  Romania,  XXXI,  457).  —  P.  113, 
G.  Crocioni,  Lo  studio  sul  dialetto  marchigiano  di  A.  Neumann-Spallart.  Exa- 
men critique  d'une  dissertation  publiée  dans  la  Zeitschrift  f.  rom.  Pbil., 
XXVIII,  273  et  suiv.  M.  Cr.  refait  à  peu  près  complètement  le  travail  de 
l'auteur  critiqué.  —  P.  134,  G.  Bertoni,  Un  nuovo  testo  volgare  del  sec.  XIIL 
Courte  pièce  en  vers  italiens  copiée  à  la  fin  d'un  ms.  des  Gesta  Francoriim 
Jérusalem  peregrinantium  de  Fouchier  de  Chartres.  —  P.  137,  G.  Bertoni, 
Un  nuovo  accenno  alla  Rotta  di  Roncisvalle.  Cette  mention  est  tirée  du  Chroni- 
con  Estense,  publié  par  Muratori,  non  sans  suppressions,  dans  le  t.  XV  des 
Rerum  Italicarum  scriptcres.  Le  passage  manque  dans  l'édition.  La  date  de  la 
bataille  est  fixée  à  l'année  804,  25  juin,  «  in  die  sancti  Viti  ».  Mais  la  fête  de 
ce  saint   est  célébrée  le  15  juin.  —  P.  143,  Kotii^ie. 

P.  M. 

1.  Le  titre  porte  1905,  mais  la  couverture  1904. 

2.  Pour   un    précédent   travail    de  M.   Ascoli   sur  la   même  question  cf. 
Romania,  XXX,  617. 


CHRONIQUE 


A  partir  du  présent  numéro  la  Romania  parait  à  la  librairie  Champion,  bien 
connue  par  ses  éditions  d'ouvrages  relatifs  à  l'Iiistoire  de  France.  La  maison 
Bouillon  n'existe  plus,  MM.  Champion  ayant  acheté  le  fonds  de  cette  librai- 
rie. Ce  n'est  pas  sans  regret  que  je  vois  disparaître  une  maison  qui,  sous  les 
noms  de  Brockhaus  et  Avenarius,  Franck,  Vieweg,  Hérold,  de  nouveau  Vie- 
weg,  et  Bouillon  (M.  Bouillon  était  le  gendre  de  M.  Vieweg),  a,  pendant  envi- 
ron trois  quarts  de  siècle,  rendu  à  nos  études  des  services  signalés,  et  à 
laquelle  se  rattachent  mes  plus  anciens  souvenirs.  C'est  dans  cette  librairie 
qu'ont  paru  de  1859  à  1862  les  publications  d'Hdelesland  du  Méril,  relatives 
aux  littératures  du  moyen  âge.  C'est  Vieweg  qui  édita,  en  1858,  la  deuxième 
édition  des  Graiimiaires  provençales  de  Guessard,  et,  à  partir  de  1859,  après  la 
chute  de  la  maison  Jannet,  le  recueil  des  anciens  poètes  de  la  France  '.  La 
même  maison  (alors  dirigée  par  Hérold)  publia,  en  1865,  mon  édition  de 
Flamenca.  M.  Vieweg  avant  repris  cette  même  année,  la  direction  de  la  mai- 
son, c'est  chez  lui  que  fut  publiée,  de  1866  à  1874,  la  Revue  critique,  fondée 
par  G.  Paris,  Ch.  Morel,  H.  Zotenberg  et  moi-même.  C'est  lui  enfin  qui 
entreprit,  en  1872,  la  publication  de  la  Romania,  pour  laquelle  nous  aurions 
alors  trouvé  difficilement  un  autre  éditeur.  La  plupart  des  livres  de  G.  Paris, 
à  commencer  par  sa  thèse  sur  le  rôle  de  l'accent  latin  en  français  (1862), 
portent  le  nom  de  Franck  ou  celui  de  Vieweg.  —  La  publication  de  la  Roma- 
nia se  poursuivra  chez  MM.  Champion  dans  les  mêmes  conditions  que 
devant.  —  P.  M. 

—  M.  Gustave  S.\ige,  archiviste  de  la  principauté  de  Monaco  et  correspon- 
dant de  l'Académie  des  inscriptions  et  belles-lettres,  est  décédé  le  5  décembre 
dernier,  à  l'âge  de  soixante-sept  ans.  Ses  travaux,  consistant  principalement 
en  publications  de  textes  diplomatiques  du  moyen  âge,  ont  pour  objet  diverses 
parties  du  midi  de  la  France  et  surtout  la  principauté  de  Monaco,  qui  possède  de 
très  importantes  archives.  Ces  archives  n'ont  pas  un  caractère  exclusivement 
local  :  ce  sont  des  archives  de  famille  groupées  dans  le  même  dépôt  à  la  suite 


I.  Le  premier  volume.  Gui  de  Bourgogne,  etc.,  avait  paru,  en  1858,  dans  la 
Bibliothèque  el:^cvirienHe.  Il  parut  de  nouveau  en  1859,  avec  le  nom  de  Vie- 
vveK. 


CHRONIdUE  149 

d'alliances,  et  par  conséquent  ayant  des  origines  très  diverses.  Saige  en  avait 
entrepris  la  publication  aux  frais  du  prince  de  Monaco.  De  cette  collection  — 
qui,  nous  l'espérons,  sera  continuée  —  ont  paru  neuf  volumes  in-40.  Nous 
avons  rendu  compte  de  l'un  d'eux  qui  contient  le  cartulaire  de  la  seigneurie 
de  Fontenav-le-Marmion  (Calvados),  dans  notre  tome  XXIV,  p.  626. 

—  M.  Achille- Jacques-Arsène  Delboulle,  ancien  professeur  au  lycée  du 
Havre,  né  en  1834  à  Dancourt  (Seine-Inférieure),  est  mort  le  20  décembre  à 
Grandcourt  (Seine-Inférieure),  où  il  s'était  fixé,  après  avoir  pris  sa  retraite  de 
l'Université,  il  v  aune  dizaine  d'années.  Bien  qu'il  ne  fût  pas  un  profession- 
nel de  la  philologie  et  de  la  linguistique  et  que  son  éloignement  constant  de 
Paris  ne  lui  ait  pas  permis  de  pousser  au  dernier  point  de  perfection  tout 
ce  qu'il  a  publié  dans  le  domaine  de  nos  études,  il  a  droit  au  souvenir 
reconnaissant  de  tous  ceux  qui  s'intéressent  à  l'histoire  de  la  langue  française. 
Avec  une  rare  abnégation,  il  avait  mis  à  la  disposition  de  Frédéric  Godefroy 
et  des  auteurs  du  Dictionnaire  gênerai  les  dépouillements  considérables  qu'il 
avait  faits  et  qui  avaient  surtout  porté  sur  les  livres  du  xvr  siècle  conservés  à 
la  bibliothèque  de  Rouen.  Collaborateur  assidu  de  la  Revue  critique,  de  la 
Rotnaniii  et  de  la  Revue  iVhistoire  littéraire  de  la  France,  il  avait  en  outre 
publié  les  ouvrages  suivants  :  Glossaire  de  la  vallée  d'Yères  (Havre,  1876); 
Matériaux  pour  servira  Vhistorique  dti  français (Pa.ris,  Champion,  1880)  ;  Join- 
ville,  Hist.  (/^  .f(//«^ilo»/5,  édition  classique  précédée  d'une  étude  sur  la  langue, 
(Paris,  Dupont,  1882);  Les  Fables  de  La  Fontaine,  additions  à  l'histoire  des 
fables,  avec  notes  littéraires  et  lexicographiques  (Paris,  Bouillon,  1891),  etc. 
Le  Recueil  Je  vieux  mots  qu'il  projetait  (et  auquel  renvoie  souvent  le  Diction- 
naire général)  n'avantpaspu  trouver  d'éditeur,  il  l'avait  réparti  entre  la  Roma- 
nia  et  h  Revue  d'histoire  littéraire.  Nous  donnerons  prochainement  la  fin  de 
ses  Mots  obscurs  et  rares;  il  faut  espérer  que  la  Revue  d'histoire  littéraire  ne 
négligera  pas  la  part  qui  lui  était  échue  et  qu'elle  a  commencé  à  publier  dès 
la  première  année  de  son  existence  (1894),  sous  le  titre  de  Notes  lexicologiques; 
malheureusement,  on  est  loin  de  la  fin  puisque  len«  d'octobre-décembre  1905 
ne  contient  que  les  mots  commençant  par  la  lettre  F.  —  A.  Th. 

—  M.  Bernard  Prost,  ancien  archiviste  du  Jura,  inspecteur  général  des 
bibliothèques  et  archives,  est  décédé  le  8  décembre  dans  sa  cinquante-septième 
année.  Il  est  l'auteur  de  divers  travaux  relatifs  à  l'histoire  de  la  Franche- 
Comté  et  à  l'histoire  des  arts,  dont  plusieurs  fournissent  des  éléments  nou- 
veaux et  importants  pour  la  lexicographie  française.  Nous  signalerons  notam- 
ment i>  Trésor  deVahlmye  de  Saint-Bénigne  de  Dijon,  que  nous  avons  annoncé 
en  son  temps  (XXIII,  492),  et  ses  Inventaires  mobiliers  et  extraits  des  comptes 
des  ducs  de  Bourgogne  de  la  maison  de  Valois  (i  365-1477),  dont  le  tome  1er 
(Philippe  le  Hardi,  1 363-1 377)  a  paru,  en  trois  fiiscicules,  de  1902  à  1904. 
On  y  peut  relever  un  très  grand  nombre  de  mots  qui  ne  figurent  pas  dans  les 
dictionnaires. 

—  M.  H.  L.  Ward,  ancien  conservateur  adjoint  au  département  des 
jlKinuscrits  du  Musée  brit^nnicjue,  où  jl   était  çntré  en   1849,   est  décédé  Iç 


150  CHRONIQUE 

28  janvier  1906  à  l'âge  de  81  ans.  Il  ét::lt  particulièrement  versé  dans  l'étude 
des  légendes  du  moyen  âge.  Il  connaissait  mieux  que  personne  le  cycle  bre- 
ton. II  avait  éludié  de  première  main  les  récits  latins,  gallois,  français, 
anglais  qui  se  sont  groupés  autour  du  roi  Arthur  de  Bretagne  et  des  cheva- 
liers de  la  Table  ronde.  En  outre,  il  s'était  livré  à  des  recherches  approfon- 
dies sur  les  légendes  pieuses  et  sur  les  miracles  de  Notre-Dame,  comme  on 
peut  le  voir  en  certaines  parties  de  son  Qitalogue  of  Romances.  A  ces  études  se 
rattache  sa  publication  de  la  vision  de  ThurkiW,  Journal  of  the  British  Archaro- 
logical  association,  XXXI  (1875),  420-449.  D'un  naturel  timide,  se  défiant  de 
lui-même,  il  se  décidait  difficilement  à  communiquer  au  public  les  résultats 
de  ses  études.  Aussi,  en  dehors  du  mémoire  précité  et  d'un  autre  (Laihkeu 
or  Merlin  Silvesier)  qui  a  été  publié  dans  la  Romania,  XXII,  504,  ne  peut-on 
citer  de  lui  qu'un  ouvrage  :  le  Catalogue  of  romances  in  the  âepartnient  of 
manuscripts  in  the  British  Muséum  (Londres,  1883-1893,  deux  vol.  in-80), 
bien  connu  de  tous  les  érudits  qui  s'occupent  de  la  littérature  du.  moyen  âge. 
G.  Paris  s'en  est  beaucoup  servi  et  y  renvoie  souvent  dans  sa  Littérature  fran- 
çaise au  moyen  âge.  C'est  une  œuvre  inégale,  où,  à  propos  de  certains  manu- 
scrits qui  l'intéressaient  particulièrement,  l'auteur  introduit  de  véritables  dis- 
sertations pleines  de  faits  et  d'idées,  tandis  que  pour  d'autres  il  se  borne  à  de 
sèches  notices.  Depuis  qu'il  avait  pris  sa  retraite,  en  1893,  Ward  n'avait  rien 
publié,  et  il  faut  le  regretter,  car  sur  beaucoup  de  points  de  l'histoire  litté- 
raire, du  moyen  âge  il  avait  fait  des  recherches  dont  les  résultats  seront 
probablement  perdus  pour  la  science.  —  P.  M. 

—  La  GeseUschaft  fïtr  romanische  Literatur  a  mis  sous  presse  une  édition  du 
Libre  de  Alexandre  d'après  le  manuscrit  de  Paris.  L'éditeur,  M.  Morel-Fatio, 
consacrera  ensuite  un  fascicule  de  la  Bibliothèque  de  V École  des  Hautes  Études  à 
l'examen  du  texte  de  ce  manuscrit  comparé  à  celui  de  Madrid  et  reprendra 
toutes  les  questions  traitées  dans  la  dissertation  sur  ce  poème  qu'a  publiée  la 
Romania  en  1875  dans  son  quatrième  volume. 

—  M.  J.  Atkinson  Jenkins,  professeur  à  l'Université  de  Chicago,  connu  par 
son  édition  du  Purgatoire  de  Marie  de  France,  nous  annonce  qu'il  prépare 
une  édition  du  poème  champenois  sur  le  psaume  Eructavit,  d'après  les  qua- 
torze mss.  qu'on  en  connaît  (cf.  Romania,  VI,  9,  et  XXIII,  502). 

—  La  maison  Bailly-Baillière  et  fils  à  Madrid  a  entrepris  la  publication  d'une 
Nueva  Biblioteca  de  autores  espaùoles  destinée  à  continuer  l'ancienne  Biblioteca  de 
autoresespaiioles  de  l'éditeur  Rivadeneyra.  Le  moyen  âge  n'était  représenté  dans 
l'ancienne  collection  que  par  deux  volumes  de  poètes  et  de  prosateurs  anté- 
rieurs au  xyc  siècle,  trois  de  chroniques  du  xiii^  à  la  fin  du  xv^,  un  volume 
de  Livres  de  chevaleries  et  un  autre  consacré  à  la  Gran  conquista  de  Ultramar. 
En  général,  mal  transcrits  et  mal  publiés,  les  textes  de  ces  éditions  ne 
peuvent  pas  servir  à  l'étude  de  la  langue,  et  le  vœu  a  souvent  été  exprimé  en 
Espagne  et  ailleurs  qu'ils  fussent  réédités.  La  Nue-va  Biblioteca,  placée  sous  la 
direction  de  D.  Marcelino  Menéndez  Pelayo  qui  s'est  adjoint  plusieurs 
érudits  qualifiés,  se  propose  d'abord  d'éditer  des  ouvrages  qui  ne  figurent 


CHRONIQUE  151 

pas  dansRivndcnevra,  puis  aussi  de  republier  ceux  dont  le  texte  a  été  particu- 
lièrement maltraité  par  les  précédents  éditeurs.  Parmi  les  ouvrages  sous 
presse  et  qui  intéressent  le  mo\en  âge,  il  faut  signaler  la  Crôiiica  vri'iieral 
d'Alphonse  le  Savant  par  D.  Ramon  Menéndez  Pidal,  et  deux  volumes  de 
Livres  de  chevaleries  par  D.  Aldolfo  Bonilla.  Le  tome  I^r  de  \nNtieva  Bihlioleca 
qui  vient  de  paraître  contient,  sous  le  titre  de  Origenes  de  la  Novela,  une  longue 
étude  de  M.  Menéndez  Pelavo  sur  l'histoire  du  roman  espagnol,  depuis  les 
récits  orientaux  et  le  roman  chevaleresque  jusqu'à  la  nouvelle  pastorale, 
étude  qui  doit  servir  d'introduction  à  un  recueil  de  nouvelles  telles  que  la 
Diana  deMontemayor,  la  Cdrcel  de  Anior  de  Diego  de  San  Pedro  et  d'autres. 
Si  toutes  les  introductions  de  la  nouvelle  bibliothèque  ressemblent  à  celle-ci, 
l'entreprise  sera  certainement  couronnée  de  succès.  —  La  Ntieva  Biblioteca  se 
publie  en  volume  in-40  espagnol,  à  deux  colonnes,  au  prix  très  abordable  de 
12  pesetas  le  volume.  —  A.  M. -F. 

—  D.  Adolfo  Bonilla  y  San  Martin  vient  de  donner  dans  la  Bihliotheca  hispa- 
nka  (t.  XIV,  Barcelone  et  Madrid,  1904)  une  nouvelle  édition  de  la  version 
espagnole  du  xiii^  siècle  du  Sùidihdd,  publiée  d'abord  par  M.  D.  Comparetti 
dans  ses  Ricerche  intonio  al  lihro  di  Svidibdd,  Milan,  1869,  puis,  en  1882, 
par  la  Folk-Lore  Society  de  Londres.  L'éditeur  a  coUationné  à  nouveau  le 
manuscrit  provenant  de  la  bibliothèque  du  comte  de  Puiïonrostro,  qui  fut 
acquis  par  le  libraire  Krapf,  de  Vigo,  et  qu'a  racheté  après  la  mort  de  ce 
dernier  l'Académie  Espagnole.  Ce  manuscrit  est  d'une  très  bonne  écriture 
de  la  première  moitié  du  xv«  siècle  qui  ne  présente  aucune  difficulté  de 
lecture.  Cependant,  M.  Bonilla  ne  l'a  pas  toujours  exactement  transcrit. 
En  comparant  le  fac-similé  du  fol.  73  r°  avec  son  texte,  on  s'aperçoit  qu'il 
n'a  pas  reconnu  la  forme  particulière  et  bien  connue  que  les  scribes  de  cette 
époque  donnent  au  ;^  :  il  l'a  prise  pour  s.  Ainsi  dans  cette  page,  il  faut  lire 
yaiieiido,  faier,  contera,  de^ir,  fiiiestes,fiuia,fai,  etc.,  au  lieu  deyasieiido^faser, 
œiitesa,  etc.  Si  ce  manuscrit  a  été  matériellement  bien  exécuté,  il  nous  offre 
un  assez  mauvais  texte  où  bien  des  phrases  sont  inintelligibles.  Un  lecteur 
du  xvie  siècle,  qui  avait  sans  doute  sous  les  yeux  une  autre  copie,  a  corrigé 
çà  et  là  des  fautes  et  mis  des  leçons  qu'il  estimait  meilleures,  en  interligne. 
M.  Bonilla  a  accueilli  ces  corrections  dans  son  texte,  ce  qui  ne  se  justifie 
pas  toujours.  Ainsi  au  fol.  73  r°  muerto  ne  vaut  pas  mieux  que  matado, 
ni  tnixolo  que  aduxolo.  En  tout  cas,  il  ne  fallait  pas  introduire  dans  un  écrit 
du  xiiic  siècle  des  formes  verbales  telles  que  seayset  sai'eys.  Dans  son  glossaire, 
M.  Bonilla  explique  le  mot  ynchahi  par  l'arabe,  mais  les  mots  arabes  qu'il 
cite  ne  peuvent  donner  le  sens  de  «  menace  «.  Je  crois  le  passage  altéré,  et 
il  y  a  lieu  de  supposer  que  cet  ynchala  répond  au  subjonctif  de  incaJer  qu'on 
trouve  dans  le  Lihro  de  Alexandre  et  ailleurs.  —  A.  M. -F. 

—  M.  W.  Foerster  nous  a  envoyé,  à  propos  de  quelques  observations  de 
la  Romania  (XXXII,  341,  et  XXXIII,  433)  sur  une  communication  faite  par 
lui  au  Congrès  historique  tenu  à  Rome  en  1903,  une  réponse  trop  longue  et 
trop  personnelle  pour  qu'il  soit  possible  dç  l'insérer  ici.  Les  points  essentiels 


152  CHRONIQUE 

de  cette  réponse  sont  les  suivants  :  M.  F.  pense  que  la  présence  de  quelques 
documents  authentiques  parmi  les  taux  d'Arborea  a  une  importance  réelle 
que  j'ai  eu  tort  de  méconnaître;  que  de  plus  ces  documents  sont  par  eux- 
mêmes  fort  intéressants;  enfin  que  c'est  à  lui  qu'appartient  le  mérite  de  les 
avoir  découverts'.  En  même  temps  M.  V.  nous  fait  savoir  que  son  mémoire 
entier  (la  communication  de  Rome  n'était  qu'une  esquisse)  a  paru  dans  les 
Mémoires  de  l'Académie  de  Turin  (2^  série,  t.  LV').  Je  dois  ajouter  que  les 
observations  que  je  résume  sans  les  discuter  ont  déjà  paru  dans  la  Zeitschr.f. 
rom.  PhiL,  XXIX,  250-5.  Comme  j'ai  déjà  eu  l'occasion  de  le  dire,  je 
décline  toute  polémique  avec  M.  Foerstcr.  —  P.  M. 

—  Livres  annoncés  sommairement  : 

Chresloiiiiilhie  de  l' ancien  français  (viii'-'-xvc  siècle)  accompagnée  d'une  gram- 
maire et  d'un  glossaire,  par  K.  Bartsch.  Huitième  édition,  revue  et  corri- 
gée par  A.  HoKKiNG.  Leipzig,  Vogel,  1904.  Gr.  in-S",  744  col.  —  Cette 
nouvelle  édition  ne  diffère  pas  très  sensiblement  de  la  sixième  (voir  Rom., 
XXIV,  63})  et  de  la  septième,  aussi  revues  par  M.  Horning.  Çà  et  là 
quelques  améliorations,  dues,  en  partie,  à  divers  critiques.  Mais  il  y  a 
encore  bien  des  textes  dont  la  constitution  pourrait  être  améliorée. 

//  PoiUglioue  cli  re  Alfonso.  Firenze,  tip.  Galileiana,  1904.  In-8°,  23  pages 
(Nozze  d'Ancona-Cardoso).  —  L'auteur  de  cette  publication  nuptiale  est 
notre  collaborateur  M.  P.  Rajna,  qui  rappelle,  dans  une  lettre  à  M.  Paolo 
d'Ancona,  les  publications  faites  en  1871  à  l'occasion  du  mariage  du  père 
de  celui-ci,  M.  Al.  d'Ancona.  Le  roi  Alphonse  dont  il  est  ici  question  est 
Alphonse  le  magnanime,  roi  d'Aragon,  de  Naples  et  de  Sicile.  La  publica- 
tion de  M.  Rajna  consiste  en  tercets  italiens,  composés  vers  1450,  pour 
être  placés  au-dessous  des  personnages  figurés  sur  un  riche  pavillon  oftert 
au  roi  par  la  cité  d'Aquila.  Le  texte  n'est  pas  toujours  très  clair.  M.  Rajna 
s'est  efforcé  de  le  corriger  et  de  l'expliquer  dans  une  série  de  notes  qui 
occupent  les  pages  19-23. 

Can~one  tParnore  di  un  antico  rimatore  pisano,  édita  da  L.  Biadene.  Pisa, 
Mariotti,  1904.  In-80,  22  p.  (Nozze  d'Ancona-Cardoso).  —  Nouvelle  édi- 
tion, avec  commentaire  détaillé,  de  deux  pièces  assez  difficiles  de  Panuccio 
dal  Bagno  et  de  Meo  Abbraciavacca,  la  seconde  étant  une  imitation  ou  plu- 
tôt un  rifaciinento  de  la  première.  Introduction  en  forme  de  lettre  adressée 
à  M.  Al.  d'Ancona. 

DiNO  COiMPAGNi.  Chronique  des  événements  survenus  de  mon  temps.  Traduction 
annotée  par  Ch.    Weiss.  Paris,   Ch.  Foulard  [1905],  In-80,  166  pages.  — 


1.  Un  savant  professeur  italien,  fort  au  courant  de  la  question,  m'avait  dit 
au  moment  de  la  conférence  que  l'existence  de  ces  documents  était  déjà 
connue,  mais  j'admets  volontiers  l'erreur. 

2.  Ce  volume,  que  je  recevrai  certainement  comme  associé  dç  cçttç  Acadé- 
mie, ne  m'est  pas  encore  parvenu, 


CHRONIQUE  153 

La  traduction  est  faite  d'après  la  petite  édition  de  M.  Is.  del  Lungo;  l'an- 
notation est  empruntée  à  la  même  source,  et  comme  il  n'y  a  pas  de  table 
dans  cette  édition,  il  n'v  en  a  pas  non  plus  dans  la  traduction  de  M.  Ch. 
Weiss. 

Miscelhviea  di  shidi  storici  e  ricerche  critiche  raccolta  per  cura  délia  commis- 
sione  per  le  onoranze  al  patriarca  Paolino  d'Aquileia,  ricorrendo  l'xi  cente- 
nario  dalla  sua  morte.  Milano,  Hoepli,  1.905.  In-40,  129  pages.  —  Cette 
publication,  tirée  à  250  exemplaires,  est  mentionnée  ici  parce  qu'il  s'y 
trouve  (pp.  25-33)  u"  mémoire  de  M.  F.  Novati  intitulé  «  Paolino  d'Aqui- 
leia, la  cura  délia  metrica  ed  il  timoré  délie  censure  ne'  poeti  carolingi  ». 
Les  autres  mémoires  sont  étrangers  à  nos  études. 

Fr.  Novati,  Attravcrso  il  iiiedio  ez'o.  Bari,  G.  Laterza  e  figli,  1905.  In-80, 
415  pages.  —  Ce  volume  est  formé  des  articles  suivants,  qui  ont  tous  paru 
à  diverses  époques  en  différents  recueils  périodiques,  et  dont  quelques-uns 
ont  été  mentionnés  en  leur  temps  dans  la  Roiiiania  :  1.  Un  poema  francescano 
del  dtii;euto.  —  IL  //  Loiidnirdo  e  la  Luiiiaca  (cf.  Roman  in,  XXIH,  628).  — 
III.  Il  pdssato  di  Mcfistofcle.  —  IV.  Il  frannuento  Papafava  (cf.  Romanla, 
XIX,  156).  —  V.  /  detlî  d'anioie  d'nna  coiitessa  pisana.  —  VI.  /  codici 
francesi  dei  Gon^iaga  (art.  publié  d'abord  dans  la  Romania,  XIX,  161).  — 
VIL  Le  poésie  siilla  natura  délie  frutta  e  i  canterini  di  Fireii~e  (cf.  Rom., 
XXIIL  279).  —  VIII.  Unavecchiacan-one  a  hallo  (Madonna  Pollaiola).  Une 
table  des  noms  et  des  matières  termine  cet  intéressant  volume,  qui  est 
dédié  à  la  mémoire  de  G.  Paris.  M.  N.  ne  s'est  pas  contenté  de  réimprimer 
ces  divers  mémoires  :  il  les  a  complétés  et  enrichis  de  notes  nouvelles.  A 
propos  des  vers  sur  la  vanité  des  biens  du  monde,  cités  p.  84  (Si  tibi  pul- 
cra  domus  et  splendida  viensa,  quid  inde  ?...),  on  peut  signaler,  à  titre  de 
rapprochement  une  suite  de  vers  sur  le  même  sujet  et  commençant  de 
même,  publiés  dans  la  Bihl.  de  VÈc.  des  ch.,  LUI,  146,  d'après  un  ms.  de 
Privas.  ■ —  Pour  les  vers  Dicavi  quid  sit  avwr...,  attribués  à  Jean  de  Gar- 
lande,  et  imités  d'un  passage  du  De  plancUi  Natura'  d'Alain  de  Lille,  cf. 
Bihl.  de  TEC.  des  ch.,  LXV,  104.  —  P.  M. 

La  Vierge  Marie  dans  la  littérature  française  et  provençale  du  moyen  âge,  par 
le  chanoine  A.  Lepitre.  Lyon,  E.  Vitte,  1905.  In-80,  43  pages  (Extrait 
àtV  Université  catholique).  —  Conférence  pour  le  grand  public.  L'auteur 
qui  est  bien  informé,  mais  était  obligé  de  se  maintenir  dans  les  généralités 
et  de  se  borner  à  quelques  citations,  commence  à  Wace,  dit  quelques 
mots  des  miracles  de  la  Vierge  et  termine  aux  Puys  Notre-Dame. 

The  farce  oj  Master  Pierre  Pathelin,  composed  bv  an  unknovvn  author  about 
1469  A.  D.,  englished  by  Richard  Holbrook.  Illustrated  with  fac-similés 
of  the  woodcuts  in  the  édition  of  Pierre  Levet,  Paris,  ca.  1489.  Bos- 
ton and  New  York,  Houghton  Mifflin  and  C",  1905.  In-80,  xxxviii- 
116  pages.  —  Cet  élégant  volume,  sorti  de  la  célèbre  Riverside  Press  à 
Cambridge  (Mass.),  nous  apporte  un  nouveau  témoignage  du  zèle  et  de  la 
compétence  avec  lac^uelle  notre  vieillç  littérature  est  étudiée  de  l'autre  côté 


1)4  CHRONIQUE 

de  l'Océan.  La  traduction  est  faite  d'après  l'édition  de  Guillaume  Le  Roy 
(Lyon,  vers  i486)  supposée  la  première,  et  dont  on  ne  connaît  plus  qu'un 
exemplaire  auquel  manquent  quelques  feuillets,  qu'on  a  restitués  d'après 
une  autre  édition.  L'édition  de  Pierre  Levct,  dont  les  gravures  sur  bois 
sont  ici  reproduites  exactement  pour  la  première  fois,  est  également  un 
livre  unique.  Ajoutons  que  M.  H.  ne  s'en  est  pas  tenu  exclusivement  au 
texte  de  Le  Roy,  qui  n'est  pas  exempt  de  fautes  :  sa  préface  et  ses  notes 
montrent  qu'il  est  bien  au  courant  des  travaux  dont  la  célèbre  farce  a  été 
le  sujet.  Sa  traduction  est  aussi  exacte  qu'elle  peut  l'être  si  on  considère 
qu'il  y  a  dans  la  farce  nombre  de  jeux  absolument  intraduisibles. 
M.  R.  Holbroock  a  dû  souvent  recourir  à  des  équivalents.  Peut-être  aurait- 
il  dû  multiplier  les  notes  pour  indiquer  la  valeur  des  expressions  qu'il  ne 
pouvait  traduire.  Ainsi  une  note  n'aurait  pas  été  inutile  pour  les  vers  ; 
. .  n^ouhJiei  ptis  a  boire.  Si  vous  trouve'  Martin  Garaut,  imparfaitement 
rendus  par  «  and  don't  forget  vour  dram,  if  you  can  corne  bv  it  for 
nothing  »  (p.  8);  cf.  Ronhiuia,  XXX,  432.  Mais,  en  somme,  cette  traduc- 
tion est  très  digne  d'éloges.  —  P.  M. 
Le  Folk-hre  de  France,  par  Paul  Sebillot.  T.  II,  La  mer  et  les  eaux  douces. 
Paris,  Librairie  orientale  et  américaine,  1905.  In-80,  478  pages.  —  Le 
tome  h''  de  ce  précieux  recueil  des  croyances  et  superstitions  populaires  de 
notre  pays  a  paru  en  1904  :  nous  l'avons  annoncé  en  son  temps  (XXXIV, 
133).  On  voit  que  le  second  suit  à  peu  d'intervalle.  Ce  volume  est  divisé, 
comme  l'annonce  le  titre  en  deux  livres  :  1°  la  mer,  2°  les  eaux  douces. 
Dans  le  premier  livre  sont  étudiés  en  huit  chapitres  :  I,  la  surface  et  le 
fond  de  la  mer;  II,  les  envahissements  de  la  mer  (étude  approfondie  des 
traditions  relatives  à  la  submersion  de  la  ville  d'Is);  III,  les  îles  et  les 
rochers  en  mer;  IV,  la  ceinture  du  rivage  ;  V,  les  grottes  marines;  VI, 
le  bord  de  l'eau  ;  VII,  les  navires  légendaires;  VIII,  observances  et  vestiges 
de  culte.  Les  cinq  chapitres  du  livre  II  sont  intitulés  :  I,  les  fontaines  ; 
II,  la  puissance  des  fontaines";  III,  les  puits;  IV,  les  rivières  ;  V,  les  eaux 
dormantes.  Les  observations  générales  que  nous  avons  faites  sur  le  premier 
volume  pourraient  être  répétées  à  propos  du  second.  II  y  aurait  aussi  lieu 
à  des  critiques  plus  particulières.  Ainsi  c'est  à  tort  (p.  81,  etc.)  que  la 
Légende  dorée  est  citée  par  volume  et  par  page  :  il  faut  naturellement  indi- 
quer le  chapitre,  puisque  l'ouvrage  est  divisé  en  chapitres,  afin  qu'on  puisse 
se  référer  à  toutes  les  éditions  ou  traductions.  Et  puis  il  vaudrait  mieux 
citer  les  vies  plus  anciennes  publiées  par  les  BoUandistes  ou  d'autres.  Trop 
souvent  M.  S.  cite  des  ouvrages  de  seconde  main  quand  il  serait  facile  de 
recourir  aux  originaux.  Saluons, pp.  197,  225,  l'immortel  «  Robert  Wace  ». 
Quoi  qu'il  en  soit,  ce  recueil  est  infiniment  précieux,  non  pas  seulement 
parce  qu'il  résume  d'immenses  lectures,  mais  surtout  parce  que,  sur  beau- 
coup de  points,  il  donne  le  résultat  de  recherches  personnelles,  principa- 
lement pour  la  Bretagne.  Il  faut  surtout  louçr  la  peine  que  M,  S,  s'çs; 


CHRONIQUE  155 

donnée  pour  vérifier  ou  faire  vérifier  certains  récits  dus  à  des  littérateurs 
d'une  véracité  suspecte.  —  P.  M. 
Chants  et    chansons  popithires  du  Laiii^uedoc,  recueillis   et  publiés,    avec   la 
musique  notée  et  la  traduction  française  par  Louis  Lambert,  tomes  I  et  IL 
Paris,  Welter,  1906  (paru  en  rgoj).  In-8",  viii-389  et  347  pages.  —  Ces 
deux  volumes  sont  le    complément  et  la  suite  d'un  précédent  recueil  de 
«  Chants    populaires  du  Languedoc  »  publié  d'abord   dans  la  Revue  des 
huic^ties  romanes,   puis  à  part  (1880),  par  MM.  A.  Montel  et  L.  Lambert. 
M.   Montel  s'étant  trouvé,  par  suite  de  maladie,  dans  l'impossibilité  de 
continuer  son  concours  à    l'œuvre  commune,  M.    Lambert  s'est  décidé  à 
reprendre  seul   la  publication.  Le  recueil  n'y  a  rien    perdu.  Nous   avions 
annoncé  fiivorablement  (Rom.,  IX,  634)  le  volume  de  1880;  les  deux  tomes 
qui  viennent  de  paraître  méritent  les  mêmes  éloges.  Il   y  a  même  un  cer- 
tain progrès,    en  ceci  que  dans  le  précédent  recueil  il  y  avait  quelquefois 
des  rapprochements  inutiles  ou   non  fondés,  reproche  qui   ne  saurait  être 
adressé  à  celui-ci.  Les  textes  sont  bien  établis,  les  variantes  bien  indiquées; 
la  division  est  judicieuse  et  commode;  de  plus,  presque  tout  est  nouveau, 
car  une  faible  partie  seulement  de  cette  seconde  série  a  paru  dans  la  Revue 
des  langues  romanes.  En  somme,  nous  avons  là  une  des  meilleures  collections 
de  chants  populaires  qui  aient  été  publiées  jusqu'à  ce  jour.  La  matière  ne 
paraît  pas  épuisée,  car  on  lit  à  la  dernière  page  :  «  Fin  du  tome  deuxième  «. 
Nous  espérons  qu'il  v   aura   un  troisième   volume,   contenant  une  table 
générale  des  pièces  indiquées  par  leur  premier   vers. 
La  Poesi'a  popolare  italiana.  Studj  di  Alessandro  d'Ancona,  seconda  edizione 
accresciuta.    Livorno,    Raffaello  Giusti,   1906  (paru  en  1905).  In-12,  viii- 
571.  —  Cette  seconde    édition  d'un   ouvrage   dont  l'éloge  n'est  plus   à 
faire,  sera  bien  accueillie  de  tous  ceux  qui  s'intéressent  à  la  poésie  popu- 
laire en  Italie  et  hors  d'Italie.  Le  caractère  de  l'ouvrage,  qui  se  compose 
d'unesérie  d'études  indépendantes,  comme  l'indique  le  titre,  a  été  conservé, 
mais  les  additions  sont  considérables  et  devaient  l'être,  puisque  la  première 
édition  est  de   1878.    L'une  de  ces  additions  consiste  en  un   recueil  de 
Stramhotli  de  Giustiniani,  qui,  bien  qu'imprimé  plusieurs  fois  (la  première 
édition  est  de   la  fin  du   xv^  siècle  ou  du  commencement  du  xvi''),  était 
devenu  très  rare.  L'ouvrage  serait  plus  commode  à  consulter  si  les  différents 
chapitres  dont  il  se  compose    étaient  précédés   de  titres  sommaires  qui 
auraient   pu  être  reproduits  à  la  fin  du  volume,  en  forme  de  table. 
Le  Tristan  et  le  Palamède  des  mss.  français   du   British  Muséum.   Étude  cri- 
tique par  E.  LôsETH.  Christiania,].  Dybwad,    1905.  Gr  in-80,  38  pages 
(Extrait   de     Vidcnskahs-Selskahets    Skrifter.  Histor.     Filos.  Klasse     1905, 
no  4).  —  Ces    mss.,  déjà  décrits  par  Ward  dans  le  t.  I  de  son  Catalogue 
of  Romances,  sont  au  nombre  de  huit.  M.  L.  les  étudie  en  les  comparant 
aux  mss.  des   bibliothèques  de  Paris   utilisés   dans  ses   recherches  sur  le 
roman  en  prose  de  Tristan  {Bihl.  de  l'Èc.  des  Hautes-Etudes,  1890,  fasc.  82). 
11  reconnaît  «  que  les  mss.  de  Londres  n'apportent  pas  un  contingent  bien 


156  CHRONIQ.UE 

important  à  l'étude  des  romans  de  Tristan  et  de  Palamède  »  (p.  32).  En  termi- 
nant il  présente  diverses  objections  aux  vues  exprimées  par  M.  Parodi  à 
propos  du   Trislano  RiccanJiano  (cf.  Ronniiiia,  XXV,  634). 

Dcr  Soldmr  (soudoyer)  iin  MUtdaltcr,  nach  den  franzôsischcn  (und  proven- 
zalisclien)  Heldenepen...  von  Ernst  Neumanx,  Marburg,  19O).  In  8", 
162  p.  (dissertation  de  Marbourg).  —  Travail  mal  composé  et  pauvrement 
rédigé,  formé  essentiellement  de  citations  dont  un  grand  nombre  n'ont 
aucun  rapport  avec  le  sujet  traité.  L'auteur,  en  commençant,  se  perd  en 
observations  inutiles  (et  d'ailleurs  toutes  de  seconde  main)  sur  la  compo- 
sition des  armées  et  sur  le  service  militaire  au  moyen  âge.  Partout  il  cite 
des  textes  qui  se  rapportent  à  la  guerre,  aux  troupes,  mais  non  aux  sou- 
doyers  proprement  dits.  Ces  textes  il  les  met  tous  sur  le  même  rang,  sans 
tenir  compte  des  différences  de  date.  Le  sujet  est  à  reprendre  et  ne  peut 
être  traité  que  par  un  homme  ayant  la  pratique  de  la  méthode  historique. 
Et  il  ne  faudra  pas  se  contenter  des  témoignages  offerts  par  les  chansons 
de  geste  :  il  sera  nécessaire  d'utiliser  d'autres  textes,  par  ex.  les  poésies  de 
certains  troubadours. 

La  Plainte  d'Amour,  poème  anglo-normand  publié  pour  la  première  fois  par 
Johan  VisiNG.  Gôteborg,  1905.  In-So,  65  p.  —  La  Plainte  d'Amour  est  un 
poème  en  169  strophes  de  six  vers  dont  la  Romania  s'est  occupée  à  plu- 
sieurs reprises  (voir  par  ex.,  XXIX,  4),  signalant  les  mss.  qu'on  en  possède 
et  faisant  ressortir  la  valeur  littéraire  de  cette  composition.  L'édition 
de  M.  J.  Vising,  est  satisfaisante  en  ce  qui  concerne  le  texte,  reproduit 
d'après  le  meilleur  ms.  (Harl.  273),  et  corrigé  çà  et  là  d'après  les  autres 
mss.  dont  les  variantes  sont  soigneusement  données.  Peut-être  eût-il  été 
désirable  d'aller  plus  loin  dans  la  voie  de  la  correction.  Les  13  pages  de 
la  préface  sont  entièrement  occupées  par  une  étude  sur  le  rapport  des  mss., 
qui  —  M.  V.  ne  le  dissimule  pas  —  n'aboutit  à  aucun  résultat  certain. 
Comme  il  arrive  ordinairement  pour  les  ouvrages  souvent  copiés,  un  clas- 
sement précis  des  mss.  est  impossible.  On  aurait  désiré  que  M.  V.  nous 
donnât  son  avis  sur  la  date  du  poème,  qu'il  en  étudiât  le  style  et  la  versifica- 
tion, qu'il  en  fît  ressortir  l'intérêt  ;  qu'enfin  il  expliquât,  en  note  ou  dans 
un  court  glossaire,  certaines  expressions  qui  embarrasseront  tout  lecteur 
non  versé  dans  la  connaissance  des  institutions  anglaises.  —  P.  M. 

Gormond et  Isembart.  Reproduction  photocollographique  du  manuscrit  unique 
II,  181  de  la  Bibliothèque  royale  de  Belgique,  avec  une  transcription  lit- 
térale par  Alphonse  B.wot.  Bruxelles,  Misch  et  Thron,  1906.  In-40, 
xxiii  pages  et  8  planches  (Publication  de  la  Revue  des  Bibliothèques  et 
archives  de  Belgique).  —  Utile  publication  d'un  prix  modéré  qui  pourra 
utilement  servir  de  base  à  des  exercices  paléographiques  et  philologiques 
dans  un  cours  d'ancien  français.  On  y  trouve  d'abord  une  description  du 
ms.,  des  détails  sur  son  histoire  depuis  le  moment  de  sa  découverte  par 
Mgr  de  Ram,  qui  le  confia  à  Reiffenberg  à  qui  est  due  la  première 
cdilion,  puis  la   bibliographie   des    travaux  dont  il   a  été  l'objet  ;  çnfin 


CHRONiaUE  157 

une  transcription  très  exacte  fait  suite  au  fac-similé  des  quatre  feuillets 
dont  se  compose  le  fragment.  Ce  fac-similé  n'est  que  passable ,  mais  il 
faut  dire  que  l'état  du  parchemin,  souillé  par  places,  ne  permettait  guère 
défaire  mieux.  M.  Bavot  eût  augmenté  la  valeur  de  sa  publication,  et  ne 
l'eût  pas  sensiblement  allongée,  en  indiquant  en  note  les  corrections  qui 
ont  été  proposées  par  divers  savants  pour  les  passages  corrompus  qui  ne 
sont  pas  rares  dans  ce  texte.  Les  mots  qui  se  lisent  dans  la  marge  exté- 
rieure du  feuillet  2  v»  (Johunnes  Marcscaîlus...)  ne  sont  pas  du  xvi^  siècle, 
comme  il  est  dit,  p.  m,  mais  de  la  seconde  moitié  du  xiii'^.  —  P.  M. 

Coiiconlaiiia  délie  opère  italiaiie  in  prosa  e  del  caniiotiere  di  Dante  Alighieri, 
pubblicata  per  la  Società  dantesca  di  Cambridge,  Mass.,  a  cura  di 
E.  S.  Sheldox,  coir  aiuto  di  A.  C.  White.  Oxford,  nella  stamperia 
deir  Universita,  1905.  —  In-8°,  viij-740  pages.  —  Cette  concordance, 
oeuvre  qui  fait  le  plus  grand  honneur  à  la  patience  et  à  la  diligence  des 
deux  auteurs,  est  le  digne  pendant  de  la  Concordance  de  la  divine  Comé- 
die publiée  à  Boston  en  1888,  par  E.  A.  Fay.  C'est  un  instrument  de 
travail  sûr  et  commode.  Les  citations  en  vers  et  celles  en  prose  forment 
deux  séries  alphabétiques  qui  se  suivent,  l'une  au-dessous  de  l'autre,  sur  les 
mêmes  pages.  Il  reste  à  faire  le  même  travail  sur  les  écrits  latins.  On 
voit  par  cette  magnifique  publication  que  les  Etats-Unis  rivalisent 
de  zèle  avec  l'Italie,  l'Angleterre,  l'Allemagne  pour  les  études  dan- 
tesques. 

Le  tournoi  de  Chaiivency  en  128^ .  Etude  sur  ht  société  et  les  mœurs  chevaleresques 
au  Xllh  siècle,  pa.r  E.  DuvERNOY  etR.  Harmand.  Paris  et  Nancy,  Berger- 
Levrault,  1905.  In-80,  51  pages  (Extrait  de  \a.  Revue  de'  VEst).  —  La  pre- 
mière édition  (1855)  du  poème  de  Jacques  Bretel  sur  le  Tournoi  de  Chau- 
vency  était  fort  défectueuse  :  elle  reproduisait  le  ms.  de  Mons  supposé 
unique.  Depuis,  un  second  ms.  et  des  fragments  d'un  troisième  ont  été 
découverts  (Rotnania,  X,  593).  Une  nouvelle  édition  était  nécessaire  :  elle 
fut  malheureusement  faite  (Mons  1898-1901)  par  un  éditeur  absolument 
incompétent.  Elle  ne  compte  pas.  Une  édition  vraiment  critique  et  annotée 
au  point  de  vue  historique  serait  tout  à  fait  désirable,  car  le  poème  de 
Jacques  Bretel,  outre  qu'il  a  le  mérite  d'être  daté  (1285)  contient  la  men- 
tion d'un  grand  nombre  de  personnages  du  temps,  sur  plusieurs  desquels  il 
reste  des  recherches  à  faire.  L'étude  de  MM.  Duvernoy  et  Harmand,  qui 
n'est  pas  proprement  un  travail  d'érudition,  met  bien  en  relief  la  valeur 
du  poème. 

Oscar  Grojean,  Notes  sur  quelques  jurons  français.  Liège,  1905.  In-S''. 
(extrait  de  la  Revue  de  l'Université  de  Bruxelles,  1905,  p.  401-41 1).  —  A 
propos  de  l'étymologie  du  nom  propre  Boieldieu,  M.  Grojean  donne  une 
liste  intéressante,  qu'on  pourrait  grossir  encore,  de  nombreux  jurons 
figurant  dans  les  textes  du  moyen  âge,  et  constate,  comme  l'indiquent 
du  reste  les  deux  sens  du  \aùn  jurainentuin,  l'identité  première  du  serment 
et  du  juron.  L'explication   nouvelle  de  l'expression  tudieu  est  bien  invrai- 


158  CHRONIQUE 

semblable.  Pourquoi  ne  pas  en  voir  l'origine  dans  les  mots  Veilu  Dieu, 
suivant  une  opinion  que  M.  G.  qualifie  de  canonique  ?  La  chute  de  la 
première  syllabe  dans  des  cas  semblables  n'est  pas  rare  (cf.  crcuovi,  pour 
idcrc  nom,  etc.).  —  G.  Rayxauu. 

R.  Menéndez  Pid.\l,  Mauiial  eleniental  de  i^ianidtica  hist'jiica  espaùola, 
Scgtinda  edicion.  Madrid,  Victoriano  Sudrez,  1905,^1-8'^,  vii-271  pages.  — 
Ce  manuel,  dont  la  première  édition  (voir  Romania,  XXXIII,  270)  a 
obtenu  un  grand  succès,  nous  revient  aujourd'hui  notablement  augmenté 
et  amélioré.  M.  Menéndez  Pidal  a  tenu  grand  compte  des  observations 
qui  lui  ont  été  adressées  de  divers  côtés;  il  a  de  plus  enrichi  son  livre  des 
résultats  d'un   travail  personnel  toujours  plus  actif  et  compréhensif. 

Rudolf  Thurneysen,  Die  Etymologie\  eine  akademische  Rede.  Freiburg  i.  B., 
Spever,  1905.  In-8",  55  pages.  —  Rapide  coup  d'oeil  sur  l'histoire  des 
principes  étymologiques,  l'origine  des  changements  phonétiques,  la  place 
de  la  recherche  étymologique  dans  l'ensemble  des  sciences.  En  quelques 
pages,  dont  la  portée  dépasse  la  linguistique  romane,  mais  qui  n'en  seront 
pas  moins  précieuses  à  méditer  pour  les  romanistes,  M.  Th.  insiste  sur  ce 
que  l'application  mécanique  des  lois  phonétiques  a  d'insuffisant  comme 
procédé  étymologique  :  bien  des  groupes  de  mots  échappent  à  la  régula- 
rité des  différenciations  phonétiques  entre  générations  successives,  régula- 
rité dont  nos  lois  phonétiques  sont  la  traduction  ;  ainsi  les  mots  très  fré- 
quents, les  articulations  de  la  phrase,  et  aussi  les  mots  rares  :  pour  ceux- 
ci,  il  n'arrive  pas  à  se  constituer,  comme  pour  les  mots  usuels,  dans  chaque 
groupe  social,  une  forme  moyenne,  commune,  où  viennent  se  perdre  ou 
s'unifier  les  différences  individuelles  ;  par  suite  ils  échappent  à  la  régularité 
des  transformations  propres  à  tout  ce  groupe,  et  témoignent  des  phénomènes 
individuels  dont  ils  peuvent  garder  isolément  la  trace.  M.  Th.  donne  ici 
en  exemple  les  noms  d'animaux  non  domestiqués,  et  qui  n'intéressent  pas 
les  hommes  d'une  façon  générale;  il  indique  encore  d'autres  causes  qui 
peuvent  soustraire  des  mots  aux  développements  généraux  ou  généraliser 
des  formes  individuelles.  D'où  la  nécessité  pour  l'étymologie  d'être  moins 
mécanique,  «  plus  humaine  »,  chaque  mot  devant  être  étudié  dans  son 
milieu  propre.  —  M.  Roques. 

H.  Vagaxay,  Le  vocabulaire  français  du  XFl^  siècle  et  deux  lexicographes  fla- 
nuindsdu  même  siklc.  2.000  mots  inconnus  à  Cotgrave.  In-8",  46  pages.  (Con- 
grès pour  l'extension  et  la  culture  de  la  langue  française,  Liège,  10-13  sept. 
1905).  —  La  principale  source  de  M.  V.  est  le  Dictionnaire  Françoys- 
Fhimeng  de  Gabriel  Meurier,  paru  en  1584,  qui  a  fourni  1500  mots  :  300 
viennent  du  D/c//o««fl//'e  f/fl«/f?/-FmHco/i  du  même  auteur  (1563  et  1567); 
200  du  Tiiesaunis  Tbeutonicx  lingux  anonyme  publié  chez  Plantin  en 
1573,  qui  est  un  dictionnaire  flamand-français-latin.  Une  courte  préface 
précède  la  reproduction  des  articles  :  M.  V.  y  republie  le  curieux  avis 
«  A  l'oreille  du  monde  »,  imprimé  par  Gabriel  Meurier  pour  se  défendre 
contre  les  attaques  des  puristes  et  où  le  lexicographe  cite  quelques-unes  de 


CHRONiaUE  159 

SCS  lectures.  M.  V.  pense  que  Cotgrave  a  connu  le  recueil  de  Meurier  et 
qu'il  y  a  beaucoup  puisé  ;  on  aurait  aimé  à  lui  voir  fournir  la  preuve  de 
cette  assertion.  Il  se  borne  à  dire  :  «  Plusieurs  des  mots  auxquels  Cotgrave 
attribue  une  origine  picarde  viennent  de  chez  Meurier  :  pour  Engrand 
et  Hiibir,  les  exemples  sont  identiques  chez  les  deux  lexicographes,  mais 
Cotgrave  a  su  traduire  par  To  haïuiy  at  Tennis  l'expression  Piehender  en  un 
tripot  à  laquelle  Meurier  n'avait  passa  trouver  un  correspondant  flamand  ». 
Que  les  exemples  de  Engrand  et  de  Huhir  soient  identiques,  cela  ne 
prouve  pas  que  Cotgrave  les  ait  pris  à  Meurier  :  il  est  plus  probable  que 
les  deux  compilateurs  ont  puisé  à  la  même  source,  à  savoir  Robert 
Esrienne  revu  par  Jean  Thierry  (éd.  1564)  ou  par  Nicot  (éd.  i  <i73).Q.uant 
à  l'expression  Prebender  en  un  tripot,  elle  ne  prouve  rien  non  plus,  car  elle 
apparaît  pour  la  première  fois  dans  Robert  Estienne,  édition  de  1549.  Des 
2.000  articles  mis  bout  à  bout,  sans  aucune  note  critique,  il  y  en  a  un  bon 
nombre  qui  sont  insignifiants  et  qu'on  aurait  pu  négliger  ;  mais  il  en  reste 
assez  d'intéressants  pour  qu'on  sache  gré  à  M.  V.  de  la  peine  qu'il  a 
prise.  —  A.  Th. 

Le  patois  de  Court i sols  ;  ses  rapports  avec  les  patois  marnais,  par  Emile  GoÉ- 
NARD.  Châlons-sur-Marne,  19O).  In-12,  380  pages.  — •  L'auteur  est  insti- 
tuteur à  Chouilly  ;  il  est  fâcheux  qu'il  se  soit  lancé  dans  i'étymologie,  à 
laquelle  il  n'entend  rien,  au  lieu  de  décrire  exactement  les  sons  et  de  défi- 
nir avec  précision  les  mots  d'un  patois  qu'il  a  parlé  pendant  ses  premières 
années  et  sur  lequel  il  pouvait  fournir  des  renseignements  puisés  à  bonne 
source.  Heureusement,  la  légende  que  l'ignorance  a  créée  autour  du  patois 
de  Courtisols  est  à  peu  près  dissipée,  et  M.  G.  lui-même  reconnaît  que 
«  le  vocabulaire  est  entièrement  roman  »,  ce  qui  ne  l'empêche  pas  d'ex- 
pliquer par  le  radical  germanique  w  ar  d-  le  subst.  fém.  o»(fn/t',  qui  désigne 
l'ivraie  et  qui,  tout  comme  le  mot  français  ivraie,  mais  à  travers  plus  d'acci- 
dents phonétiques,  vient  du  latin  ebriaca.  Après  une  introduction  con- 
sacrée à  la  phonétique  et  à  la  dérivation,  l'auteur  donne  un  glossaire  éty- 
mologique et  comparatif,  qui  occupe  les  pages  59-364,  mais  où  il  y  a  mal- 
heureusement plus  de  remplissage  que  de  fonds.  —  A.  Th. 

Adolf  ToBLER,  Mélanges  de  grammaire  française.  Traduction  française  de  la 
deuxième  édition  par  Max  Kuttner  avec  la  collaboration  de  Léopold 
SuDRE.  Paris,  Picard,  1905.  In-80,  xxn-372  pages.  —  Ce  n'est  pas  à  nos 
lecteurs  qu'il  est  nécessaire  de  présenter  aujourd'hui  et  de  louer  le  recueil 
formé  par  M.  Tobler,  en  1886,  des  articles  qu'il  avait  publiés  dans  les  huit 
premiers  volumes  de  la  Zeitschrift  Jiïr  romaniscbe  Philologie,  recueil  dont  il 
a  donné  une  deuxième  édition  en  1902  (cf.  Roniania,  XV,  441,  et  XXXI, 
649).  C'est  cette  deuxième  édition  de  la  première  série  des  Verniischte 
Beitràge  ~ur  j'ran:^^.  Granimatik  que  M.  Kuttner  a  mise  en  notre  langue 
avec  la  collaboration  de  M.  L.  Sudre  et  sous  le  contrôle  de  M.  Tobler  lui- 
même.  Il  est  probable  que  le  public  français  n'a  pas  attendu  qu'il  existât 
une    traduction  pour   utiliser   le  livre   de   M.    Tobler,  car    les  nombreux 


l60  CHRONIdUIi 

exemples  qui  l'émaillent  facilitent  singulièrement  la  lecture  du  texte  origi- 
nal au  lecteur  qui  n'a  qu'une  teinture  superficielle  de  la  langue  allemande; 
mais  il  est  bon  que  l'on  médite  les  pensées,  toujours  ingénieuses  et  pro- 
fondes, qui  circulent  à  travers  les  exemples  pour  les  animer  en  les  expli- 
quant, et  on  saura  gré  à  MM.  Kuttner  et  Sudre  de  nous  en  offrir  une  ver- 
sion française  aussi  fidèle  que  le  permet  le  rapport  des  deux  langues.  En 
faisant  des  vœux  pour  le  succès  de  ce  volume,  nous  ne  pouvons  qu'encou- 
rager les  traducteurs  à  nous  donner  bientôt  les  autres  séries  des  Veniiischte 
Beitrâge.  —  A.  Th. 
Contribution  à  la  critique  et  à  Vexplication  des  gloses  latines  par  Max  NiEDER- 
MANN.  Neuchatel,  1905.  In-8",  50  pages  (forme  le  ler  fascicule  d'un 
Recueil  de  travaux  publié  par  la  Faculté  des  lettres  de  l'Académie  de  Neu- 
chatel). —  Série  d'observations  détachées  qui  témoignent  d'une  réelle 
connaissance  de  la  grammaire  comparée  des  langues  indo-germaniques  et 
romanes  et  surtout  de  beaucoup  d'ingéniosité.  Les  résultats,  en  ce  qui 
concerne  notre  domaine,  revêtent  malheureusement  un  caractère  très 
hypothétique  qu'explique  en  partie  la  défectuosité  des  matériaux  mis  en 
œuvre.  P.  27,  on  ne  saurait  rapprocher  le  changement  de  a  en  c  dans 
j  enuarius  pour  jan  uarius  ,  de  celui  de  farrago  en  ferrago  :  l'action 
du  /  sur  l'a  de  jan  uarius  ne  peut  guère  être  mise  en  doute.  —  P.  32, 
l'explication  de  niblus  (ital.  iiibbio  «  milan  »)  par*nilblus  <  *milvu- 
lus,  d'après  le  franc.  uWf,  de  *abla  par  *albla  •<  *albula,  est  à 
prendre  ^en  sérieuse  considération.  —  P.  57,  il  ne  faut  pas  partir  de 
*junica  pour  expliquer  le  prov.  jnnega,  jiirga  «  génisse»,  mais  de 
*junïca.  —  P.  37,  l'hypothèse  que  pumella  serait  une  forme  dissimi- 
lée  de  *plumella  et  aurait  donné  naissance  au  lat.  vulg.  *pluma 
pour  pruna,  abondamment  représenté  dans  la  région  franco-provençale, 
est  fort  séduisante,  mais  il  est  difficile  de  s'y  arrêter  en  présence  de  la 
variânxe prutiella  fournie  par  un  autre  manuscrit.  —  M.  N.  s'était  laissé 
entraîner,  à  la  suite  de  M.  Th.  Reinach,  à  rattacher  le  franc,  boucher  à  un 
prétendu  mot  latin  *bucularius  (p.  i),  mais  il  s'est  ravisé  en  s'autori- 
sant  de  ce  qui  a  été  dit  à  ce  sujet  dans  la  Romaiiia,  XXXIV,  342  (p.  47)  : 
il  aurait  dû  renvoyer  directement  à  l'erratum  publié  par  M.  Th.  Reinach 
lui-même,  Bull,  de  la  soc.  de  Vnignislique,  t.  XI,  p.  xxij,  et  où  l'on  apprend 
que  la  véritable  leçon  n'est  pas  *bucularius,  mais  bubularus,  pour 
b ubul a riu s,  mot  connu  d'ailleurs. —  A.  Th. 


Le  Propriétaire-Geraut,   H.   CHAMPION. 


.M.\CON,    PROTAT    1 RERES,    IMPRIMEURS 


LE 


LATERCULUS   DE    POLEMIUS    SILVIUS 
ET  LE  VOCABULAIRE  ZOOLOGIQUE  ROMAN 


J'ai  eu  récemment  le  plaisir  de  foire  connaître  un  manuscrit 
glosé  du  Liber  Dérivât  ion  u  m  d'Ugucio  de  Pise,  qui  a  apporté 
une  contribution  importante  à  notre  connaissance  du  vocabu- 
laire de  l'ancien  provençal  '.  C'est  une  bonne  fortune  analogue 
qui  m'arrive  aujourdui,  plus  importante  peut-être  puis- 
qu'elle a  pour  théâtre  non  le  xiii%  mais  le  v^  siècle,  plus 
piquante,  en  tout  cas,  puisqu'il  s'agit  non  d'une  œuvre  en- 
fouie dans  un  manuscrit,  mais  d'un  texte  publié  depuis  près  de 
cinquante  ans  et  qui  a  échappé  par  hasard  aux  recherches  de 
presque  tous  ceux  qui  avaient  intérêt  à  le  connaître,  ou  qui 
étaient  en  état  d'en  tirer  parti.  Le  nom  de  Polemîus  Silvius,  à 
peu  près  inconnu  jusqu'ici  aux  romanistes,  aura  droit  désormais 
à  une  certaine  reconnaissance  de  leur  part.  Ils  en  reporteront 
une  partie  sur  celui  de  M.  le  professeur  Frédéric  Kluge,  de 
l'Université  de  Fribourg-en-Brisgau,  un  des  rares  germanistes 
de  la  génération  actuelle  auxquels  on  puisse  appliquer  le  vers 
de  Fortunat  : 

Hinc  cui  Barbaries,  illinc  Romania  plaudit. 

C'est  en  effet  dans  la  deuxième  édition  de  son  remarquable 
mémoire  intitulé  «  Vorgeschichte  der  altgermanischen  Dia- 
lekte  »,  qui  fait  partie  du  Grnndriss  der germûnischen  Philologie, 
publié  sous  la   direction   de  M.  le  professeur  Hermann   Paul 


I.   Voir  Romania,  XXXIV,  177  et  s. 

Romania,  XXXV 


l62 


A.     THOMAS 


(2' édition,  1901,  p.  327  et  s.),  que  le  nom  de  Polemius  Sil- 
vius  a  pour  la  première  fois  frappé  mes  regards.  Passant  en 
revue  les  auteurs  de  l'antiquité  qui  ont  cité  des  mots  germa- 
niques (ou  présumés  tels),  M.  Kluge  a  consacré  la  ligne  sui- 
vante à  celui  qui  nous  occupe  : 

PoLKMius  SiLVius  :  /'//'('/•,  visons,  iints,  laxo,  g^intajngardiuvi  '. 

Et  cette  ligne  m'a  inspiré  le  désir  de  faire  plus  ample  connais- 
sance avec  Polemius  Silvius,  désir  facile  à  satisfaire  entre  tous. 
En  effet,  la  seule  œuvre  de  Polemius  Silvius  qui  nous  soit  par- 
venue a  été  publiée  en  dernier  lieu  par  l'illustre  Théodore 
Mommsen  dans  les  Monumenta  Germaniae  historica,  série  in-4", 
t.  IX  des  Auctores  antiquissimi,  paru  en  1892.  Elle  porte  le 
titre  singulier  de  Laterculns.  On  n'en  a  signalé  jusqu'ici  qu'un 
seul  manuscrit,  déjà  utilisé,  au  xviii'^  siècle,  par  les  Bollan- 
distes,  qui  se  trouve  aujourdui  à  la  Bibliothèque  de  Bruxelles, 
n°'ioé9i-io695  ;  ce  manuscrit  ne  remonte  qu'au  xii^  siècle.  La 
publication  des  Monumenta,  qui  laisse  de  côté  le  calendrier 
déjà  édité  par  les  Bollandistes,  n'est  qu'un  remaniement  d'une 
publication  antérieure  de  Mommsen,  parue  en  1857  dans  les 
Abhandlungen  de  l'Académie  des  Sciences  de  Leipzig,  classe 
historico-philologique,  t.  II,  p.  233-278. 

ht  Laterculns  est  dédié  à  Eucherius,  évèque  de  Lyon,  mort 
le  10  novembre  450;  Mommsen  a  prouvé  qu'il  avait  dû  être 
rédigé  au  début  de  l'année  449.  De  l'auteur  on  sait  peu  de 
chose  :  il  est  certain  seulement  qu'il  vivait  en  Gaule,  et  il  n'y 
a  aucune  bonne  raison  de  l'identifier,  comme  on  l'a  fait,  avec 
un  évêque  d'Octodurus  (Martigny,  dans  le  Valais),  qui  s'ap- 
pelait Salvius,  et  non  Silvius. 

Tout  ce  que  Polemius  Silvius  avait  mis  dans  son  LalerciiUis 
ne  nous  a  pas  été  conservé  par  le  manuscrit  de  Bruxelles,  mais 
peu  nous  importe.  Le  seul  morceau  qui  nous  intéresse  est  une 


I.  H.  Paul,  loc.  laiul.,  p.  332.  —  Je  note  ici,  n'avaut  pas  l'occasion  d'y 
revenir,  que  c'est  par  distraction  que  M.  Kluge  a  attribué  bigarJiuiii  à  Pole- 
mius Silvius  :  ce  mot  appartient  à  une  série  de  17  gloses  ccltico-latines 
connue  sous  le  nom  de  «  Glossaire  d'Endlicher  »  et  au  sujet  de  laquelle  je 
me  contenterai  de  renvoyer  à  une  savoureuse  note  de  M.  d'Arbois  de  Jubain- 
v'iWc,  Rei'iic  ci'Jtiiiitc.  XIII,  296. 


LE    L.irnKCULVS   DE    POLEMIUS   SILVIUS  163 

liste  de  noms  d'animaux  répartie  par  l'auteur  en  différents 
endroits  de  son  calendrier  et  dont  Mommsen  a  groupé  l'en- 
semble aux  pages  543  et  544  du  t.  IX  des  Aiictores  antiquis- 
siiiti.  Il  y  a  six  divisions  :  quadrupèdes  {quadrupediwi),  au 
nombre  de  108;  oiseaux  (volucruni),  au  nombre  de  131; 
coquillages  {coriim  que  se  non  tnavencium  [sic|),  au  nombre  de 
1 1  ;  serpents  (coliihrarum),  au  nombre  de  26  ;  insectes  ou  rep- 
tiles {insectoruni  sive  reptantinm),  au  nombre  de  61;  poissons 
(natantium),  au  nombre  de  148.  Au  total  485  mots  '.  De  parti 
pris,  Mommsen  s'est  borné  à  mettre  sous  les  yeux  du  lecteur 
une  reproduction  du  manuscrit,  reproduction  fidèle  jusqu'à  la 
minutie  et  qui,  après  l'édition  de  1892,  soigneusement  colla- 
tionnée  sur  l'original,  rend  inutile  toute  vérification  ultérieure. 
Il  a  indiqué  ses  raisons  dans  les  termes  suivants,  que  je  traduis 
de  l'allemand  des  Abhandlungen,  l'auteur  ne  s'étant  pas  soucié 
de  les  mettre  en  latin  pour  les  Monumcnta  :  «  Ces  listes 
sont  tellement  en  dehors  de  mon  cercle  d'études  que  je  me  suis 
contenté  de  reproduire  le  texte  avec  toutes  ses  fautes,  car  il  est 
possible  qu'un  lexicographe  ou  un  éditeur  de  Pline  y  trouvé- 
quelque  utilité  »  -. 

Il  ne  semble  pas  que  les  éditeurs  de  Pline  aient  songé  à  étu- 
dier le  texte  de  Polemius  Silvius,  et,  à  vrai  dire,  je  crois  bien 
que  Pline  n'y  a  pas  perdu  grand'chose.  Mais  il  en  va  autrement 
pour  les  lexicographes.  Bien  entendu,  la  majeure  partie  des 
mots  recueillis  par  notre  auteur  appartient  au  latin  courant  et 
est  absolument  dénuée  d'intérêt;  les  mots  rares  viennent  ordi- 
nairement de  Pline,  soit  directement  soit  par  l'intermédiaire  de 
Solin.  Il  faut  se  rendre  compte,  en  outre,  que  sur  le  total  de 
485  mots  enregistrés  à  la  suite  les  uns  des  autres,  il  y  a  un 
déchet  considérable  dont  je  vais  indiquer  les  causes  diverses. 

On  constate  dès  l'abord  dans  le  manuscrit  de  Polemius  Sil- 
vius un  certain  nombre  de  doubles  emplois  :  l'éléphant  figure 
à  deux  reprises,  sous  la  forme  elefans,  dans  la  section  des 
quadrupèdes  ;  on  trouve  deux  fois  strix  dans  celle  des  oiseaux, 


1.  Eu  réalité,  il  n'v  a  pas  485  animaux  différents  pour  les  raisons  qu'on 
verra  plus  loin,  et  aussi  parce  que  de  simples  épithètes  ont  parfois  été  prises 
pour  de  véritables  noms  et  fout  double  emploi  avec  ces  noms  eux-mêmes. 

2.  Loc.  laiid.,  p.  238. 


164  A.    THOMAS 

et  deux  fois  scarus  dans  celle  des  poissons.  Biber  et  feber 
constituent  deux  mentions  distinctes,  éloignées  l'une  de 
l'autre,  dans  la  liste  des  quadrupèdes,  et  il  est  clair  qu'il  s'agit 
du  même  animal,  le  bièvre  ou  castor  :  biber  est  la  forme  cel- 
tique ou  germanique  et  feber  (pour  fiber)  est  la  forme  pro- 
prement latine.  Qu'est-ce  que  furmica  dans  la  liste  des  quadru- 
pèdes, sinon  la  fourmi,  que  l'on  retrouve  dans  la  liste  des 
insectes  sous  la  forme  latine  plus  correcte  formica?  On  voit 
avec  surprise  dans  la  liste  des  quadrupèdes  les  mots  suivants  : 
buteo,  epileus,  gallus,  noctua,  pantagatus,  vultur.  Ces 
mots  devraient  figurer  dans  la  liste  des  oiseaux.  Le  prétendu 
poisson  dit  eu  eu  mis  est  probablement  dû  à  une  méprise  sur  le 
texte  de  Pline  qui  mentionne  une  variété  marine  de  con- 
combre. 

Enfin  des  fautes  multiples  ont  défiguré  beaucoup  de  noms 
qui  se  laissent  assez  facilement  corriger  sans  qu'il  soit  besoin 
d'y  insister  longuement  :  ansisbena  est  pour  amphisbaena; 
le  bannacus  de  Polemius  Silvius  est  évidemment  le  bonna- 
cus  ou  bonacus  de  Solin,  le  bonasus  de  Pline  ;  cacoplepa 
doit  être  corrigé  en  catoblepas;  cabarusest  pourcarabus; 
cibinnus  correspond  au  cybin dis  et  ciclamnus  au  cychra- 
mus  de  Pline;  cinnamullis  doit  être  lu  cinnamolgus; 
cirus  est  pour  ciris  et  gradins  pourgladius;  gromis  équi- 
vaut à  chromis  ;  dasipes  est  pour  dasypus;  opips 
semble  une  mauvaise  leçon  pour  epops;  au  lieu  de  terspi- 
cerus  il  faut  lire  strepsicerus;  theus  est  pour  thos  ;  ticris 
doit  être  corrigé  en  tigris;  pectunctus  représente  pectun- 
culus;  vena  fait  bien  l'effet  d'être  le  -j-j-vi-j.  grec,  transcrit 
ordinairement  en  latin  par  hyxMia,  etc.,  etc. 

Toutefois  il  ne  £mt  pas  aller  trop  loin  dans  la  voie  des  cor- 
rections. Agatullis  est  l'oiseau  appelé  ày.xvO'jAAÎç  par  Aristote 
et  que  les  éditions  de  Pline  mentionnent  sous  la  forme  correcte 
acanthyllis  :  mais  les  manuscrits  portent  agathylis  ou  aga- 
tyllis,  et  le  texte  de  Polemius  Silvius  provient  d'une  leçon 
analogue.  Il  est  curieux  de  trouver  côte  à  côte  chez  notre  auteur 
les  deux  noms  d'oiseaux  :  titus,  titiunglus.  Ce  dernier  cor- 
respond évidemment  au  titiunculus  du  Corpus  gloss.  latin., 
II,  347,  12  (cf.  Not.  Tiron.,  102,  12^),  et  certains  philologues 
sont  portés  à  croire  que  dans  Columelle  et  dans  Pline,  malgré 


Lt    LATERCVLVS    DK    POLHMIUS    SILVIUS  1^5 

a  tradition  des  manuscrits,  il  faut  aussi  lire  titiunculus  et  non 
pas,   comme   le   font  les  éditions,   tinunculus^ 

Le  Thésaurus  Un^uae  latinae,  qui  se  publie  en  Allemagne 
sous  le  patronage  de  cinq  académies,  a  fait  état  des  listes  de 
Polemius  Silvius,  mais  d'une  façon  un  peu  capricieuse  et  qui 
manque  parfois  de  la  science  qu'on  s'attendrait  à  y  trouver. 
Voici  un  exemple  notable.  Le  Thésaurus,  ayant  relevé  chez 
notre  auteur  le  mot  arcomus,  se  contente  de  remarquer  que 
ce  mot  est  dans  la  liste  des  quadrupèdes  et  qu'il  y  fait  suite  à 
arcoleon.  Il  aurait  follu  rapprocher  de  Polemius  la  glose 
«  xpyc'fi.j:  m  élus  »  des  Hermeneumala  Valicana  (C.  gloss.  lat., 
III,  431,  45),  que  M.  Immanuel  David  a  fort  justement  corrigée 
en  «  xpv.zu/j;  mêles-  »,  mentionner  un  passage  célèbre  de  saint 
Jérôme  où,  à  proposduchoerogryllus,  il  est  dit  :  «  sciendum 
animal  esse  non  mai  us  hericio,  habens  similitudinem  mûris  et 
ursi,  unde  in  Palestina  y.pv-zy.'j;  dicitur  \..  »,  et  enfin  renvoyer 
à  une  note  érudite   de  Haupt,  réimprimée  dans  ses  Opuscula, 

m,  301. 

En  revanche  il  n'y  a  qu'à  applaudir  à  la  prudence  éclairée  des 
auteurs  du  Thésaurus  qui  leur  a  fliit  écarter  de  leur  recueil  le  mot 
apellion,  enregistré  par  Polemius  Silvius  entre  le  gragulus"* 
(choucas)  et  le  milvus  (milan).  Si  je  ne  me  trompe,  ce  pré- 
tendu nom  d'oiseau  est  sorti  d'une  mauvaise  leçoa  d'un  passage 
de  Pime  où  il  est  question  des  trois  espèces  de  hérons,  à 
savoir  :  leucon,  asterias,  pellos  \  Au  lieu  de  ces  deux  der- 
niers mots,  les  manuscrits  portent  :  suasperia  pelion,  et  l'on 
comprend  comment  une  mauvaise  coupure  a  donné  naissance 
à  un  mot  factice  apelion,  d'où  apellion. 

Ces  quelques  détails  permettent  d'entrevoir  le  fort  et  le  faible 
du  texte  de  Polemius  Silvius  en  tant  qu'il  a  été  puisé  dans  les 
livres  antérieurs  au  Laterculus  ;  mais  je  n'ai  pas  la  compétence 
nécessaire  pour  pousser  à  fond  une  étude  dans  cette  direction. 
Je  déclare  simplement  que  les  listes  de  Polemius  Silvius,  passées 

1.  Cf.  sur  ce  point  une  note  de  F.  Bùcheler  dans  VArchiv  fiir  h:t. 
Le.xicoi;r.,  II,  119.  —  Les  naturalistes  modernes  ont  adopté  ce  dernier  nom 
pour  désigner  la  crécerelle,  Tinnunculus  alaudarius. 

2.  Dans  les  Conimenlaliones  philologicae  Icntnses,  vol.  V  (1894),  p.  218, 
1.  27,  et  p.  235. 

3.  J'emprunte  la  citation  à  l'art,  choerogryllus  de  Forcellini. 

4.  Le  ms.  a  :  gragulis. 

5.  Hist.  mit.,  X,  164. 


i66 


A.    THOMAS 


au  crible  d'une  critique  assez  approfondie,  présentent  un  résidu 
relativement  considérable  qui  ne  correspond  à  rien  de  ce  que 
les  textes  antérieurs  au  Laterculus  nous  ont  transmis.  Je  crois 
utile  d'inventorier  ici  ce  résidu,  section  par  section  et  en  ordre 
alphabétique  dans  chaque  section,  tout  en  souhaitant  que  les 
progrès  de  la  science  lexicographique  en  réduisent  progressive- 
ment le  volume.  J'y  joins  quelques  mots  rares,  sinon  incon- 
nus; enfin,  j'imprime  en  italiques  tous  ceux  qui  seront  plus 
loin  l'objet  de  notices  spéciales. 


adis 

aris 

arpe 

camox 

darpus 

eleia 


acena  {ou  aceua  -) 

barbio  "> 

camotina 

cebena  {ou  cebeua) 

cicisa 

cordolus  • 

cordus 

eumorfus 


QUADRUPEDES 

engistrus  (ou  eugistrus) 

eocle 

fungalis 

furniellaris 

furo 

lacrimusa 

OISEAUX 

gains  (ou  cravis) 

glanda  n'a 

jacolus 

linustaî 

nession 

perseus ' 

plumbio 


lus 

mufron 

mus  monlavus 

oxurincus  ' 

sincirix 

tabla 

taxo 

pumplio  7 

riparia 

senator 

siibter 

suessalus 

titus 

tteniulus 


1.  Transcription  manifeste  du  grec  ôçjopyY/oç  ;  mais  le  mot  grec  s'applique 
à  un  poisson,  peut-être  l'esturgeon  ;  il  se  peut  qu'il  v  ait  une  erreur  de  clas- 
sement dans  le  texte  de  Polemius  Silvius. 

2.  Peut-être  faute  pour    acceia  «  bécasse  »  ;  cf.    Kôrting,  2^   éd.,  84. 

3.  Ci.  la  glose  ■3zop'.i5a|j.o;  barbio  des  Hermeneumata  Vaticaiia  (Corp. 
gloss.  lai.,  III,  455,67)  que  M.  David  a  peut-ê're corrigée  à  tort  en  xopjoaÀXo; 
hivàc-i,  Commentationes  philûlogicae  lenenses,  vo\.   V  (1894),  p.  237. 

4.  Peut-être  pour  coredulus,  forme  populaire  prise  en  latin  par  le  grec 
xopuoaXXd;  :  cf.  une  note  de  M.  Niedermann,  hidogerman.  Forsch.,  X,  237,  et, 
plus  anciennement,  une  remarque  de  M.  Sittl,  Arch.fiir  Lit.  Lexicogr.,  II,  478. 

5.  Peut-être  identique  à  linosa,  donné  par  Papias  comme  synonvme  de 
curuc.a;  chez  Ugucio  (au  moins  dans  le  ms.  B.  Nat.  lat.  7622,  fol.  29b) 
il  y  a  ïinofa. 

6.  Le  grec  -spTEj;  s'applique  à  un  poisson. 

7.  Peut-être  faute  de  scribe  pour  plumbio,   ce    qui  ferait  double  emploi. 


LE    LATERCILVS    Dl-    POLEMIUS    SILVIUS 


167 


COaUILLAGES 


anabiilio. 


SERPENTS 


INSECTES,    REPTILES 


ehlinda 

gristus 

petalis 

acina 

iulus  - 

popia 

asio 

lanarius 

ruscus 

cefenis 

laparis 

sunhons 

ce  mis 

liscasda 

scxpedo  '. 

corgtis 

minerva 

delpa  ' 

musomnium 

POISSONS 

abclindcas 

cuga 

ricinus 

ambicus 

Jactrinus 

rottas 

amulus 

levaricinus 

samanca  (ou  saniauca) 

ancorovus 

lucuparta 

samosa 

auricularius 

nhirisopa 

scai'da 

carahuo 

mirrus 

serpido 

caraulis 

)iaiipri'da 

sofid 

cleomena 

pardus 

tecco 

coluda 

pelaica 

tirus 

culix 

platensis  * 

trocus 

encataria  (ou  cucataria) 

plotta 

vaguris. 

eufratis 

porca  5 

• 

1.  Peut-être  pour  dolba,  dolva  «  douve  »,  sur  lequel  on  peut  voir  mes 
Essais  de  phil.  franc.,  p.  279. 

2.  Transcription  du  grec  l'ouÀo:  dont  on  n'avait  pas  d'exemple  latin  antique 
en  tant  que  s'appliquant  à  un  insecte. 

3.  Cf.  Rabelais,  IV,  64  ;  Cotgrave  identifie  à  tort  sepedon  (qu'il  a  certaine- 
ment emprunté  à  Rabelais)  et  sepe  (=  lat.  seps,  pis),  puisque  Rabelais 
donne  dans  la  même  liste  d'une  part  sepes,  de  l'autre  sepedons.  On  trouve  en 
anc.  ital.  sepede  (mot  savant)  qu'Ant.  Oudin  traduit  par  «  fourmi  »  et  Duez 
par  «  I.  vn  fourmi.  2.  vn  pouil  ».  Sexpes  ou  sepes  est  effectivement 
appliqué  à  la  fourmi  par  Apulée  ;  mais  le  glossaire  interpolé  d'Aelfric  en  fait 
un  synonyme  de  pediculus  et  le  traduit  par  l'anglo-saxon  lus  (éd.  Wûl- 
cker,  col.    122). 

4.  Le  manuscrit  porte  placensis. 

5.  Peut-être  la  dorée  (Zens  faher  L.)  dite  tnûjo  «  truie  »  sur  les  côtes  de 
la  Méditerranée. 


l68  A.    THOMAS 

Les  listes  que  je  viens  de  placer  sous  les  veux  du  lecteur  con- 
tiennent une  centaine  de  mots.  Je  me  propose  de  montrer, 
dans  une  série  unique  de  notices  rangées  par  ordre  alphabé- 
tique, sans  distinction  de  section,  les  rapports  qui  existent  entre 
Polemius  Silvius  et  le  vocabulaire  populaire  des  différents 
peuples  romans.  Les  quatre  cinquièmes  des  mots  précédents  — 
quels  que  soient  en  définitive  leur  origine,  leur  forme  exacte 
et  leur  sens  —  semblent  défier  tout  rapprochement;  mais  si 
nous  ne  pouvons  en  retenir  qu'une  vingtaine,  quelques-uns  de 
ceux  que  nous  retenons  offrent  un  très  vif  intérêt.  Ce  sont  de 
véritables  perles  que  les  Romanistes  me  sauront  gré  d'avoir 
extraites  du  Laterciihis.  Quoique  le  seul  manuscrit  connu  ne 
remonte  qu'au  xii'^  siècle,  il  n'y  a  aucune  raison  pour  y  suppo- 
ser des  interpolations  et  pour  ne  pas  faire  remonter  à  Polemius 
Silvius  lui-même  la  reconnaissance  du  plaisir  que  nous  cause 
la  rencoatre  en  plein  V^  siècle  de  mots  comme  ancoravus, 
camox,  turo,  gaius,  lacrimusa,  marisopa,  etc.,  etc.  Sans 
doute  il  a  beaucoup  emprunté  aux  livres  de  ses  devanciers  et 
dans  sa  laborieuse  compilation  il  y  a  plus  de  zèle  que  d'intelli- 
gence :  mais  il  lui  est  arrivé  parfois  d'interroger  ses  contempo- 
rains et  d'enregistrer  des  témoignages  oraux,  et  de  cela  nous 
devons  lui  savoir  infiniment  de  gré. 

Ablinda.  —  Ce  mot  figure  dans  la  classe  des  insectes  ou  rep- 
tiles, entre  inuolus  ej  liscasda,  termes  complètement  incon- 
nus". A  titre  d'indication  conjecturale,  je  ferai  remarquer  que 
la  salamandre  porte,  dans  le  midi  de  la  France,  entre  autres 
noms,  celui  de  blando  ou  blendo,  que  Mistral  explique  par  l'alle- 
mand bJinci  «  aveugle  »,  ce  qui  n'est  guère  vraisemblable^.  La 
perte  de  Va  initial  en  provençal  moderne  est  un  fait  fréquent, 
et  blendo  peut  remontera  Tablinda  de  Polemius  Silvius. 

Ancoravus.  —  Nom  d'un  poisson  que  le  Thésaurus  lin^iiae 
Jatinae  a  omis.  Il  est  tout  indiqué  de  voir  dans  ancoravus  une 


1.  Le  Tlksaurus  Huguiie  latiiiae  unrcgistre  ahliiida  et  le  rapproclie  de 
ahelindeas  qui  figure  dans  la  section  des  poissons  de  Polemius  Silvius. 

2.  C'est  l'orvet  qui  est  «  aveugle  »  dans  les  croyances  populaires,  et  non 
la  salamandre,  laquelle  passe  pour  ne  pas  entendre  et  porte  le  nom  de 
sourd  dans  beaucoup  de  patois;  voy.  Rolland,  Faune  pot\,  III.  78. 


LE    LATERCULUS    DK    POLHMIUS    SILVIUS  169 

variiuite  de  ancorago,  mot  mentionne  par  Cassiodore  comme 
le  nom  d'un  poisson  du  Rhin  :  «  a  Rheno  vQwvMancorago  enor- 
mis  '  ».  Du  Cange  a  cité  le  texte  de  Cassiodore  et  il  l'a  juste- 
ment rapproché  d'un  passage  de  la  chronique  de  Saint-Trond  où 
il  est  question  d'une  variété  de  saumon  appelée  soit  anchora, 
soit,  d'après  le  manuscrit  utilisé  pard'Acheri,  Spîcilegiuni,  VII, 
507,  anchoraus-.  L'identité  de  l'ancoravus  de  Polemius 
Silvius  et  de  l'anchoraus  du  chroniqueur  saute  aux  yeux  : 
on  sait  que  la  désinence  -avus  se  réduit  normalement, 
dans  la  prononciation  vulgaire  du  latin,  à  -aus.  D'autre  part, 
Carpentier  a  relevé  dans  le  registre  dit  Habncuc  de  l'abbaye 
de  Corbie,  aux  années  1511  et  1512,  la  mention  de  poissons 
dits  ancroeux  et  ancreulx^.  La  filiation  de  ivicreu  <C  ancora- 
(v)u(m)  est  tout  à  tait  normale  dans  le  dialecte  picard,  où 
cla(v)u(m)  aboutit  à  dm,  pour  ne  rien  dire  de  cailleu,  franc. 
caillou,  pour  lequel  le  moment  serait  vraiment  mal  choisi 
d'abandonner  le  type  *cacla(v)u(  m),  dont  j'ai  naguère 
défendu  les  droits '^.  Mais  y  a-t-il  filiation  entre  ancorago  et 
ancoravus?  Ce  n'est  pas  probable  :  il  faudrait  supposer  une 
forme  *ancoragus  non  attestée,  car  il  vadesoi  que  Cassiodore 
devait  décliner  ancorago  ginis.  Il  est  donc  sage  de  considérer 
ancorago  et  ancoravus  comme  deux  tormes  distinctes  et  non 
comme   deux  étapes  phonétiques  d'une  même  forme  ^ 

AuRis.    —  Nom   d'un   coquillage  que  le    Thésaurus   Unf^nae 
latinae  enregistre  uniquement  d'après  Polemius  Silvius  et  qu'il 


1.  Var.,  12,  4,  I. 

2.  Du  Cange,  anchora. 

3.  Du  Cange,  anchora.  —  Godefroy  a  pillé  Du  Cange,  et  a  constitué 
une  forme  artificielle  aiicrel  comme  tête  d'article. 

4.  Voy.  mes  Noufeaitx  Essais,  p.  198,  et  Roviania,  XXXIV,  287. 

5.  Au  dernier  moment,  je  relève  un  exemple  roman  plus  ancien  que  ceux 
qu'a  cités  Carpentier:  dans  une  ordonnance  de  Liège  du  16  mai  1317,  on 
lit  à  deux  reprises  ancrau.'e,  associé  à  samon  (voy.  Recueil  des  ordonti.  de  la 
principLiuté  de  Liège,  p.p.  Stanislas  Bormans,  Liège,  1878,  in-fol.,  fe  série, 
p.  163).  L'f;  de  ancraïue  est  paragogique  comme  celui  de  meire  (<mare),  qui 
se  trouve  dans  le  même  texte.  —  Grandgagnage  cite  ce  texte  de  13 17  et  un 
texte  de  1547  (où  on  lit  acraiL'e,  à  tort  ou  à  raison)  dans  son  Dict.  étym.  de  la 
huigue  wallouiie,  II,  317,  mais  il  est  muet  sur  l'étvmologie. 


lyO  A.    THOMAS 

rapproche  justement  de  l'expression  d'Athénée  :  our  A^pozirr,:. 
Une  note  complémentaire  de  M.  Meyer-Lûbke  dit  :  «  forte 
comparandum  francogallicum  onnier,  id  est  au  ris  maris  ». 
Orniier  est  effectivement  le  nom  que  porte  sur  les  côtes  du 
département  des  Côtes-du-Nord  le  coquillage  que  les  savants 
appellent  Haliotis,  surtout  la  variété  dite  Haliotis  tuberculata. 
A  Guernesey  et  à  Jersey  on  prononce  armer  \  ce  qui  appuie 
Tétymologie  par  au  ris  maris,  que  donne  Littré,  et  qu'accepte 
M.  Meyer-Lûbke-.  Le  terme  français  a  passé  en  breton  sous  la 
forme  orniel,  dans  laquelle  M.  Victor  Henry  a  parfaitement 
reconnu  une  dissimilation  de  Vr  finale  en  IK  II  est  vraisem- 
blable que  la  dissimilation  est  du  fait  du  français,  car  Bernard 
Palissy  emploie  la  forme  hourmeau  ^,  et  ormeau  figure  dans 
Nemnichet  autres  lexicographes  concurremment  avec  ormier  et 
mmet. 

La  survivance,  dans  un  mot  composé  devenu  bientôt  inintel- 
ligible, du  simple  auris,  remplacé  dans  l'usage  général  des 
peuples  romans  par  le  diminutif  auricula,  est  un  fait  intéres- 
sant qui  n'a  rien  d'inadmissible  \  Il  semble  plus  extraordinaire 
qu'on  ait  dit  en  latin  auris  maris  au  lieu  de  auris  marina, 
qui  est  seul  conforme  à  la  syntaxe  classique,  ou  de  auris  de 
mare,  plus  en  harmonie  avec  la  syntaxe  vulgaire  :  on  peut 
cependant  rapprocher  de  auris  maris  l'expression  avis  maris 
qui  est  dans  un  glossaire  ^. 

Camox.  —  Comme  ce  mot  figure  à  côté  de  ibix  (=  ibex) 
dans  la  liste  des  quadrupèdes,  on  ne  peut  refuser  d'y  voir  le 
chamois.  Il  esta  peine  besoin  de  faire  remarquer  que  le  français 


1.  Rolland,  Fiiw«c /o/).,  III,  191. 

2.  A.  Darmesteter  a  omis  ce  mot  dans  son  Traite  de  la  format  ion  des  mois 
composés,  ou  il  est  seulement  question  d':  l'anc.  Iranç.  ormier  <C  aurum 
merum  ;  voy.  sa  première  édition  (1875),  p.  29  ;  2^  éd.,  revue  par  G.  Paris 
(1894),  p.  3). 

3.  Lexique  étymol.  du  breton  moderne,  p.  214. 

4.  Voir  H.  Dupuy,  Bernard  Palissy,  p.  505  ;  le  coquillage  n'y  est  pas 
identifié.  D'ailleurs  hourmeau  manque  dans  Cotgrave. 

5.  M.  Salvioni  reconnaît  auris  dans  l'expression  dar  ora  «  écouter  >;, 
employée  en  Valteline  (Kôrting,  1069). 

6.  Corffus  orloss.  latin.,  V,  297,  ^i. 


LE    LATERCVLUS    DE    POLEMIUS    SILVIUS  IJI 

(et  franco-provençal)  <:/;a///c'/.f  et  le  provençal  fa//WM5,r/;amMfi' (pri- 
mitivement *cainoi,  *  chamoi)  représentent  très  régulièrement 
l'accusatif  camôcem.  L'italien  courant  dit  catnoscio,  pour  le 
mâle,  et  ca}no::;^a,  pour  la  femelle  :  camoixfl  s'explique  bien  par  une 
forme  allongée  à  l'aide  du  suffixe  -ia,  *camôcia  (cf.  cervia, 
nom  de  la  femelle  du  cerf);  mais  camoscio  ne  peut  venir  de 
*camôcius  et  semble  postuler  un  type  *camôsius  (cf.  cascio, 
de  *caseus)dont  la  raison  d'être  n'est  pas  claire,  et  qui  résulte 
peut-être  d'un  croisement  avec  la  famille  à  laquelle  appartient 
l'adjectif  français  camus.  L'espagnol  gamu:^a  ne  doit  pas  être 
autochtone  ;  est-ce  un  emprunt  à  l'italien,  avec  changement 
de  c  initial  en  ^^  sous  l'influence  de  gamo  «  daim  »  ?  C'est 
d'autant  plus  probable  que  l'on  trouve  aussi  camti::^a  en 
espagnol,  et  que  le  portugais  dit  exclusivement  camiiça  ou 
camurça. 

L'hésitation  du  latin  vulgaire  entre  c  initial  et  g  initial  se 
présente  dans  un  certain  nombre  de  mots  :  camba  et  gamba, 
cattus  et  gattus,  etc.  Rien  n'empêcherait  de  supposer  une 
variante  *gamox  à  côté  de  camox,  et  l'on  serait  ainsi  amené 
à  rattacher  l'ancien  haut-allemand  gam'^  à  une  origine  romane  '. 
En  tout  cas,  ceux  qui  tirent  le  français  chamois  et  les  mots  appa- 
rentés de  l'allemand  oublient  qu'il  n'y  a  pas  un  seul  exemple 
d'un  g  germanique  initial  s'assourdissant  en  c  dans  son  passage 
aux  langues  romanes'. 

Cervus.  — Ce  mot  bien  connu  étant  enregistré  par  Polemius 
Silvius  comme  un  nom  d'insecte  (ou  de  reptile),  on  est  fondé 
à  croire  que  les  Romains  l'ont  appliqué  au  cerf-volant,  le  Liica- 
11US  Cervus  des  naturalistes,  fait  en  soi  fort  vraisemblable,  mais 
à  l'appui  duquel  nous  n'avions  jusqu'ici  aucun  témoignage 
directe 

CoRGUs.  —  Nom  d'insecte  (ou  de  reptile),  qu'il  est  tentant 


1.  Cf.  l'art.  GEMSE  de  Kluge,  Etymol.  IVôrterh.  der  deutschen  Spr. 

2.  La  remarque  de  M.  Mackel  que  «  die  Oberdeutschen  die  Media  wie 
stinimiose  Tenuis  sprechen  «  (Die  germaii.  Hlem.  in  der  jran~.  und  proz'. 
Spracbe,  p.  47)  n'est  guère  concluante. 

3.  Cf.  Rolland,  Faune  pop.,  III,  326.  On  y  verra  que  «  cerf  «,  avec  ou 
sans  épithète,  sert  dans  des  régions  très  diverses  à  désigner  cet  insecte. 


Ï7-  A.    THOMAS 

Je  rapprocher  du  latin  classique  curculio,  lequel  se  présente 
aussi,  comme  on  sait,  sous  la  forme  gurgulio.  Le  provençal 
ancien  corgo^on,  le  provençal  moderne  courcoussoiin  (et  courgons- 
sonn)  remontent  manifestement  à  un  type  du  latin  vulgaire 
*corcocionem  (avec  la  variante  *corgocionem);  le  verbe 
conrcoussa  et  l'adjectif  courcoussoiis  prouvent  qu'on  a  dit  aussi 
*corcocius.  Enfin  le  catalan  co/t/;  semble  démontrer  l'existence 
d'un  type  plus  simple  *corcus,  à  côté  duquel  la  variante 
corgus,  fournie  par  Polemius  Silvius,  a  une  place  tout 
indiquée  '. 

Darpus.  —  Dans  la  liste  des  quadrupèdes,  entre  talpa  (la 
taupe)  et  scirus,  pour  sciurus  (l'écureuil),  on  lit  le  mot 
darpus.  Ce  mot  évoque  nécessairement  les  noms  variés  que 
porte  la  taupe  dans  une  région  considérable  qui  embrasse  en 
gros  le  sud-est  de  la  France  et  la  Suisse  romande  :  dorbon, 
drabon,  derbon,  darbou,  derbou,  dreboii,  enderbou,  etc  ^  Parfois, 
des  animaux  voisins  sont  désignés  par  le  même  mot  ou  par  ses 
dérivés,  notamment  la  courtilièreou  taupe-grillon  5,  le  mulot  ', 
la  musaraigne'  et  le  campagnol^;  mais  c'est  un  foit  excep- 
tionnel". Les  étymologistes  se  sont  escrimés  à  l'envi  sur  l'ori- 
gine de  ces  vocables.  En  1874,  M.  Joret  a  cru  pouvoir 
expliquer  par   carbonem  le  nom   de  tharbon  que  l'on  donne 


1.  Cf.  à  ce  sujet  les  observations  de  M.  Schucliardt,  Zeitschr.  fi'ir  nvii. 
PhiloL,  XXVI,  411,  note. 

2.  Vov.  Rolland,  Faune  pop.,  I,  9;  Mistral,  Tn'sor,  art.  darboux  ;  N.  du 
Puitspelu,  Dkt.  iiyviol.  du  patois  lyonnais,  art.  d.\rbon,  etc.  —  D'après  ces 
données,  ce  nom  semble  s'étendre,  sans  parler  de  la  Suisse  romande,  sur 
16  départements  français  :  Ain,  Alpes  (Basses-),  Alpes  (Hautes-),  Alpes-Mari- 
times, Bouches-du-Rhône,  Doubs,  Drôme,  Isère,  Jura,  Loire,  Loire  (Haute-), 
Rhône,  Savoie,  Savoie  (Haute-),  Var  et  Vaucluse. 

5.  Dans  l'Allier  (Rolland,  Faï/nt'^o/).,  III,  296). 

4.  Dans  l'es  Bouches-du-Rhône  (Rolland,  Fai<He /)()/).,  II,  33). 

5.  Dans  le  Tarn,  d'après  Couzinié,   Dict.  patois-franc.   (Castres,   1847), 

art.    KNDKRHOC. 

6.  A  Genève,  d'après  Humbert,  Nouv.  GIoss.  gi^navis,  art.    darbox    ou 

ZARBON. 

7.  J'ai  de  la  peine  à  croire  que  le  subst.  fém.  ahrbonneira,  qui  désigne  l'écu- 
reuil dans  la  région  de  Murât  d'après  l'abbé  Labouderie  (cité  par  Rolland, 
Faune  pop.,  I,  66)  se  rattache  à  la  même  famille. 


LE    LATERCULUS   DE    POLEMIUS   SILVIUS  I73 

à  la  taupe  dans  les  environs  de  Chambéry  d'après  l'abbé  Pont  '  ; 
mais  il  était  mal  renseigné  sur  la  valeur  du  groupe  //;  employé  ici 
par  l'abbé  Pont  pour  désigner  non  pas  le  //;  dur,  mais  le  îh 
doux  anglais.  Le  Dictionnaire  savoyard  de  Constantin  et 
Désormaux  a  les  formes  concurrentes  darhon,  drahon  et  jhar- 
bon.  Quelle  que  soit  l'explication  du  jb  de  jharhon,  cette 
forme  est  certainement  issue  de  darhon  -.  M.  Rolland,  après 
d'autres'',  part  de  *talponem  ;  mais  N.  du  Puitspelu  et,  plus 
récemment,  M.  Horning-*  ont  montré  les  points  fliibles  de 
cette  étymologie  qui,  pour  être  plus  vraisemblable  que  les 
rapprochements  de  Mistral',  n'en  est  pas  moins  fausse.  Dans  le 
patois  de  Vionnaz  (Valais)  talpa  a  subsisté  sous  la  forme  régu- 
lière tarpa,  mais  avec  le  sens  de  «  rat  des  champs  »,  tandis  que 
la  taupe  est  appelée  derbon^:  n'est-ce  pas  un  indice  sérieux  que 
l'on  n'a  pas  affaire  à  un  môme  radical  ?  Je  suis  d'accord  avec 
M.  Horning  pour  repousser  *talponem  et  j'espère  être  aussi 
d'accord  avec  lui  en  laissant  reposer  in  pace  son  étymologie  par 
le  latin  herpès,  etis  ".  N.  du  Puitspelu  rapporte  que  Darmes- 
teter  a  rattaché  darhon  «  à  un  radical  darb-  dont  nous  ne  con- 
naissons pas  l'origine'^  ».  C'est  la  sagesse  même.  Et  il  n'y  a 
plus  aucun  mérite  à  être  sage,  aujourdui  que  l'on  sait  que 
darpus  est  cité  par  Polemius  Silvius  ;  seulement  il  faut 
admettre  que  le /)  est  une  notation  inexacte  pour/',  notation  due 
vraisemblablement    au  voisinage   de    talpa'.   Qu'il    y    ait  eu 


1.  Du  C  dans  les  langues  romanes,  p.  211  . 

2.  J'imagine  que  jharboii  est  dû  à  un  phénomène  de  prononciation  renver- 
sée :  on  a  en  savoyard  (/t'«/a««a,  doli  à  côté  de  j'heiifaiina  (gentiane), /o/i,  etc.  ; 
on   aura    créé  jhaibon  à  côté  de  darhon. 

3.  Notamment  M.  Cornu,  Roinania,  VI,  413,  et  M.  Gilliéron,  Patois  de 
Vionnai,  p.  76. 

4.  Zeitschr .  jiïr  rom.  PhiloL,  XX,  87. 

5.  Avec  le  persan  darvand  «  damné  v  et  l'arabe  djerhoiih  «  gros  rat  »  ; 
notez  que  le  mot  arabe  a  été  francisé  en  gerboise,  jadis  gerbo. 

6.  Voy.  GiWiéron,  Patois  de  la  commune  de  Vionna:(,  p.    145  et  176. 

7.  Zeitschr.  Jïir  rom.  PhiloL,  XX,  87. 

8.  Je  n"ai  pas  réussi  à  savoir  où  ni  à  quel  propos  Darmesteter  s'est  occupé 
de  darbon. 

9.  Le  bas  latin  darbus  invoqué  par  Mistral  se  trouve  dans  les  comptes  des 
consuls  de  Nimes  à  la  date  de  1 479-1480,  date  qui  lui  enlèverait  toute  impor- 


174  •*^-    THOMAS 

contamination  dans  le  langage  parlé  entre  talpa  et  *darbus, 
cela  est  très  vraisemblable  ;  mais  attendons  de  nouvelles  infor- 
mations pour  l'affirmer,  en  souhaitant  que  les  auteurs  de 
VAtlas  linguistique  publient  bientôt  une  carte  consacrée  au  mot 
laupc  '. 

FuRO.  —  Le  mot  latin  furo  onis,  appliqué  à  l'animal  que 
nous  appelons  «  furet  »,  n'est  pas  précisément  nouveau  dans 
l'histoire  de  la  lexicographie  romane,  mais  on  ne  l'a  relevé 
jusqu'ici  que  chez  Isidore  de  Séville.  Or  Isidore  de  Séville  est 
mort  en  636  :  le  témoignage  de  Polemius  Silvius  est  donc  anté- 
rieur de  près  de  deux  siècles,  et  il  mérite  d'être  retenu  comme 
étant  de  beaucoup  le  plus  ancien  qui  nous  soit  parvenu.  Je  rap- 
pelle que  si  l'ancien  français  dit  ordinairement /«/Vo//,  forme  qui 
postule  un  type  *furionem,  l'italien  jurouCy  l'espagnol  hiiron, 
le  portugais  furâo  et  le  provençal  fnro{jï)  remontent  directe- 
ment à  furo  ne  m. 

Gaius.  —  Malgré  l'incertitude  de  la  graphie  du  manuscrit  de 
Bruxelles,  on  ne  peut  hésiter  sérieusement  sur  la  bonne  leçon 
du  nom  d'oiseau  mentionné  entre  le  passereau  (passer)  et  la 
grive  (turdus)  :  il  faut  hre  gaius  et  non  gavis.  Appliqué  à 
un  oiseau,  le  mot  gaius  a  été  recueilli  par  le  glossateur  Papias 
qui  en  fait  un  synonyme  de  pic  us,  et  qui  donne  en  même 
temps  la  forme  féminine  gaia  comme  synonyme  de  pica;  il 
semble  donc  que  pour  Papias,  qui,  comme  on  sait,  écrivait  en 
1053,  très  probablement  en  Lombardie-,  gaius  désigne  le  pic 
et  gaia  la  pie.  En  est-il  de  même  pour  Polemius  Silvius?  Ce 


tance  en  ce  qui  concerne  la  question  étymologique  ;  mais  je  verrais  plutôt 
dans  ce  texte  le  mot  roman  darho  employé  à  l'ace,  plur.  sans  latinisation  :  il 
s'agit  d'une  sentence  d'excommunication  obtenue  par  les  consuls  «  contra 
mures,  darhos  et  talpas  ».  En  tout  cas  le  texte  prouve  que  darho  s'employait 
alors  à  Nîmes  et  qu'il  y  désignait  un  animal  distinct  du  campagnol  et  de  la 
taupe. 

1 .  Il  faut  attendre  aussi  pour  expliquer  les  formes  daœivie,  diavie,  draivie 
de  la  Franche-Comté,  lesquelles  semblent  postuler  une  variante  *darvus  au 
lieu  de  *darbus. 

2.  Voir  dans  les  Sitiungsh.  de  l'Académie  de  Munich,  année  1903,  p.  267- 
286,  le  mémoire  de  M.  Goetz  intitulé  :  Piipias  utid  seine  Quelle. 


LH    LATEKCULUS    DE    l'OLLMIUS    SILVIUS  175 

n'est  pas  probable,  bien  que  la  constatation  de  quelques  doubles 
emplois  empêche  d'arriver  à  une  certitude  absolue  sur  ce  point. 
Toujours  est-il  qu'il  enregistre  picus  immédiatement  avant 
passer,  ctpica  beaucoup  plus  loin,  entre  le  corbeau  (corvus) 
et  la  corneille  (cornix)  :  aussi  peut-on  considérer  comme  vrai- 
semblable que  gains  est  pour  lui  le  geai,  sans  se  laisser  arrêter 
par  la  mention  du  même  oiseau  sous  le  nom  de  glanda ria 
dont  nous  parlerons  tout  à  l'heure. 

Plaçant  uniquement  la  question  sur  le  terrain  linguistique, 
il  faut  affirmer  bien  haut  la  filiation  du  français  geai  et  du 
latin  vulgaire  gains  et  rejeter  absolument  tout  rapport 
étvmologique  entre  le  français  geai,  substantif  masculin,  et 
le  français  gai,  adjectif'.  Le  nom  de  l'oiseau  esi  gai  dans  la 
région  normanno-picarde  comme  dans  la  région  provençale 
située  au  sud  de  la  limite  qui  sépare  les  sons  c[a],  o^[a],  avec 
f  et  ^  explosifs,  des  sons  ch[a\  et  j[a],  avec  ch  et;  continus^  : 
c'est  dire  que,  dans  la  partie  du  domaine  provençal  qui  est  au 
nord  de  cette  limite,  on  a  un  y  continu  pour  le  nom  de  l'oiseau 
comme  en  français  propre.  Aussi  la  phonétique  comparée 
impose-t-elle  à  l'étymologiste  un  type  analogue  à  gai  lus, 
c'est-à-dire  possédant  un  g  initial.  Au  contraire,  l'adjectif  gai 
ne  se  présente  nulle  part  sans  le  son  explosif  :  donc  son  type 
étymologique  (qui  reste  à  découvrir)  doit  posséder  un  w, 
ou  à  tout  le  moins   un  v  initial,  et  non  un^. 

Au  lieu  de  gaius,  M.  Nigra  a  proposé  récemment  un  type 
hypothétique  *gacus  pour  expliquer  le  français  geai,  le  pro- 
vençal gai  et  leurs  congénères  5.  Il  n'a  pas  pris  garde  que  la 
phonétique  provençale  opposait  une  barrière  infranchissable  à 
cette  hypothèse,  car,  au  nord  comme  au  sud  de  la  limite 
linguistique   indiquée    plus  haut,    on  aurait    irréductiblement 


1 .  Ménage  semble  avoir  eu  le  premier  l'idée  que  gai  et  geai  avaient  la 
même  étymologie  (non  pas  dans  ses  Origines,  en  1650,  mais  dans  le  Dict. 
élymol.  publié  après  sa  mort);  toutefois  il  préfère  considérer  le  type  gaius 
«  geai  »  comme  une  altération  de  varias.  C'est  Diez  qui  a  donné  la  vogue 
à  l'étymologie  qui  consiste  à  voir  dans  geai  un  doublet  de  gai,  étvmologie 
acceptée  par  Brachet,  Scheler  et  MM.  Baist,  Mackel,  etc. 

2.  Sur  cette  limite,  voir  l'article  de  M.  P.  Mever,    Romania,  XXIV,  529. 
5.  Arch.  glottolog.,  XV,  285. 


17e  A.    THOMAS 

une  désinence  -ac  et  non  -ai,  soit  *jac  soit  *gac  :  il  suffit  de 
penser  au  traitement  du  suffixe  -acus  dans  les  noms  de  lieux 
pour  s'en  convaincre. 

A  côté  de  gai  us,  le  latin  vulgaire  a  certainement  possédé 
gai  a,  mot  auquel  M.  Nigra  rattache  non  seulement  l'espagnol 
ga\a  et  des  vocables  dialectaux  italiens  ou  ladins  comme  gagia, 
gags^ia,  ga:^a,  mais  l'italien  Wnér aire  ga~:(a  lui-même  :  ces  mots 
s'appliquent  ordinairement  à  la  pie,  mais  parfois  (à  Bellune  et 
dans  la  Soprnselva)  au  geai  '.  Nous  avons  sur  l'existence  de 
gai  a  un  autre  témoignage  direct  que  ne  cite  pas  M.  Nigra  et 
qui  est  probablement  un  peu  antérieur  à  celui  de  Papias.  On 
lit  en  effet  dans  la  version  interpolée  du  glossaire  d'Aelfric 
le  grammairien  :  «  Gaia  vel  catanus,  higere^  ».  Le  dernier 
mot  est  anglo-saxon  et  apparenté  à  l'allemand  actuel  hàher 
«  geai  »;  quanta  catanus,  il  va  de  soi  qu'il  n'a  rien  à  voir 
avec  le  terme  homophone  auquel  j'ai  rattaché  le  français  cadc 
«  genévrier'  »  ;  on  doit  l'identifier  à  cicuanus,  glosé  par 
higrae  dans  le  plus  ancien  glossaire  anglo-saxon  qui  nous  soit 
parvenu^  et  par  higerc  dans  un  recueil  analogue  plus  récent  5. 
Mais  qu'est-ce  en  définitive  que  catanus  ou  cicuan  us  ?  Je  ne 
me  hasarderai  pas  à  le  conjecturer^.  Comme,  d'autre  part, 
h igere  glose  plus  d'une  fois  pi  eu  s,  nous  n'avons  pas  le  moyen 
de  déterminer  avec  rigueur  la  valeur  ornithologique  de  gaia 
chez  l'interpolateur  d'Aelfric.  A  peu  près  à  la  même  époque 
nous  voyons  associer  comme  synonymes  picus,  gagia  (5/V)  et 
binera.  ' 


1.  Zeitschr.  fur  roman.  Pbilol.,W\'U.,  140.  Dans  la  région  de  Cadore, 
c'est  le  diminutif  p^flvo/a  qui  a  le  sens  de  «  geai  ». 

2.  Ait<rlo-saxoii  iiiid  ohl  eiic^lish  Vocahularies  by  Thomas  Wright,  2<i  édition 
by  R.  P.  Wiilcker  (London,  1884),  t.  I,  p.  132.  Je  remarque  au  dernier 
moment  que  la  glose  «  gaia  vel  catanus  higere  »  doit  être  postérieure  à 
Aelfric,  car  elle  ne  figure  pas  dans  l'édition  Zupitza  (Berlin,  1880). 

3.  Voy.  mes  Nom'.  Essais,  p.  188. 

4.  An  eiglh-ceulur\  latin-anglo-saxon  Glossary,  by  J.  H.  Hessels  (Cam- 
bridge, 1890),  p.  33. 

5.  Anglo-saxon  and  old  english  Vocab.,  t.  I,  p.  564  (glossaire  du  xi=  siècle). 

6.  Il  n'est  pas  vraisemblable  qu'il  s'agisse  du  cychramus  ou  cynchra- 
mus  de  Pline. 

7.  Loc.  laud.,  p.  286.  —  J"ai  indiqué  plus  liaut  des  exemples  italiens  et  latins 


LE    L.i'l'EKCULL'S    DE    l'OLEMlUS    SILVIUS  l'J'J 

A  côté  de  CCS  témoignages  directs  il  fiiiit  placer  un  témoi- 
gnage indirect  qui  nous  permet  de  remonter  beaucoup  plus 
haut  dans  le  passé  de  gaia  et  par  cela  même  de  gaius  :  je  veux 
parler  du  témoignage  de  la  langue  roumaine. 

M.  Nigra  a  cité,  après  bien  d'autres,  le  roumain  gaità  «  geai  », 
dont  la  désinence  offre  le  suffixe  diminutif  -{[a  et  dont  le  radi- 
cal se  ramène  à  celui  de  gaie  «  milan,  épervier,  oiseau  de  proie 
en  général  ».  Au  lieu  de  gaità  on  trouve  au  xvr'  siècle  la  forme 
gaica  transcrite  en  caractères  cyrilliques  :  en  la  signalant, 
M.  Ha:jdeu  a  affirmé  avec  raison  sa  dépendance  du  latin  vulgaire 
gaius  gaia'.  Il  est  surprenant  pourtant,  il  faut  l'avouer, 
que  gaie  désigne  exclusivement  les  oiseaux  de  proie  :  M.  Apos- 
tolescu,  un  de  mes  auditeurs  à  TEcole  des  Hautes  Etudes,  à 
qui  je  dois  l'essentiel  de  ce  qui  touche  le  roumain  dans  cette 
notice,  me  déclare  qu'il  a  entendu  appliquer  gaie  à  une  variété 
de  corneille,  ce  qui  peut  servir  de  pont  sémantique  entre  gaie 
et  gaifâ.  De  Cihac  a  vu  dans  ^aie  un  emprunt  aux  langues 
slaves,  mais  ses  rapprochements  n'ont  aucune  portée-.  Plus 
récemment,  M.  Densu^ianu  s'est  adressé  au  latin  gavia 
«  mouette  »  '  ;  mais  j'aime  mieux  de  beaucoup  l'idée  de 
M.  Hasdeu.  En  tout  cas,  on  reconnaîtra  qu'un  témoignage 
aussi  ancien  que  celui  de  Polemius  Silvius  sur  l'existence  de 
gaius  n'est  pas  pour  faire  du  tort  à  cette  idée. 

Et  n:aintenant,  que  faut-il  penser  de  ce  terme  de  gaius 
appliqué  à  un  oiseau  par  le  latin  vulgaire  ?  Il  est  difficile  de  ne 
pas  supposer  un  rapport  originaire  entre  ce  gaius  emplumé  et 
le  nom  de  personne  Gaius,  forme  prise  à  la  basse  époque  par 
Gaius.  Dans  cette  supposition,  deux  idées  diamétralement 
opposées  se  présentent  à  notre  esprit.  Ou  gaius  a  dès  l'origine 


où  le  type  gaia  sert  à  désigner  soit  la  pie  soit  le  geai.  La  confusion  du  geai 
et  du  pic  est  plus  rare  ;  je  note  cependant  le  nom  de  bpouc  porté  dans  les 
Vosges  par  le  geai  (Rolland,  Faune  pop.,  II,  144),  bien  que  le  sens  propre  de 
hpouè  (cf.  Godefroy,  espoit  2)  soit  «  pic  ». 

1.  Cuvente  denhCitrdni,  Bucarest,  1878,  I,  281. 

2.  Il  semble  même  qu'une  forme  roumaine  caie,  citée  par  lui,  n'ait  pas 
d'existence  réelle  et  soit  surtout  due  au  désir  de  trouver  en  roumain  la 
même  initiale  que  dans  les  mots  slaves  invoqués  comme  base  étymologique. 

3.  Hist.  lie  Li  langue  roumaine,  II,  197. 

Romania,  XXXf  j  -7 


IjS  A.    THOMAS 

désigné,  chez  les  Romains,  un  oiseau,  et  ce  nom  d'oiseau  a  été 
ensuite  appliqué  à  un  homme,  comme,  par  exemple,  aquila, 
corvus,  merula,  ou  Gaius  est  essentiellement  un  nom 
d'homme  qui  a  été  appliqué  à  un  oiseau,  comme  on  a  appliqué 
plus  tard  au  geai  lui-même  les  noms  d'homme  Jaques,  Gautier 
(en  France)  ou  Markolf  (en  Allemagne  '),  à  l'étourneau  le 
nom  Sansonnet,  etc.,  etc.  M.  Nigra  ne  se  prononce  pas  délibé- 
rément entre  les  deux  hypothèses,  et  j'avoue  qu'il  me  paraît 
sage  d'imiter  sa  réserve,  non  sans  marquer  cependant  qu'on  en 
saurait  assimiler  l'emploi  des  mots  Aquila,  Corvus,  Merula 
dans  l'onomastique  des  Romains,  où  ils  apparaissent  nettement 
comme  surnoms,  à  celui  de  Gaius,  qui  est  un  prénom^. 

Gl.\kdaria.  —  Pline  parle  d'une  variété  de  pie  (pica)  qui 
se  nourrit  de  glands,  sans  lui  donner  de  nom  particulier';  tou- 
tefois le  sommaire  du  livre  X  emploie  l'expression  de  picae 


1.  Déjà  relevé  par  Albert  le  Graud  dans  la  première  moitié  du  xnie  siècle  : 
«  De  garrulo...  germanice  heher...,  a  quibusdam  Marcolfus  vocatur  »  {De 
animalihus,  XXI,  2,  t.  VI,  p.  640  de  l'édition  des  oeuvres  de  1655).  C'est  donc 
à  tort  que  M.  Kluge,  dans  son  Etyvwl.  Worterb.  der  deutschen  Spr.,  déclare 
que  mj/Â;o// n'apparaît  comme  nom  du  geai  que  dans  le  «  neuhochdeutsch  ». 
Il  est  vrai  que  Du  Cange  n'a  pas  dépouillé  Albert  le  Grand,  et  que  Diefenbach 
ne  remonte  qu'à  1 5 1 7. 

2.  Comme  d'autres  prénoms,  Gaius  se  présente  parfois  en  fonction  de 
surnom,  mais  cela  est  sans  conséquence  ;  les  exemples  sont  d'ailleurs  rares. 
En  voici  un  :  dans  les  Inscriptiones  Graecae  ad  res  Komanas  pertinentes,  recueil 
publié  par  l'Académie  des  Inscriptions,  figure  (no  417)  Màp/.oç  nXâv/.io; 
Kopvr,Xiavo;  Tito;.  Au  dernier  moment,  je  m'aperçois  que  G.  Paris  a  écrit,  à 
propos  de  la  thèse  de  M.  Sudre  sur  les  sources  du  Roman  de  Renard  (extrait  du 
Journal  des  Savants,  1894-95,  p.  27-28)  :  «  L'usage  de  donner  à  des  animaux 
des  noms  d'hommes,  qui  désignent  non  un  individu,  mais  tous  les  individus 
de  l'espèce,  existe  en  dehors  du  Roman  le  Renard...  Tout  ce  qu'on  peut 
noter,  c'est  que  l'antiquité,  si  je  ne  me  trompe,  ne  nous  offre  rien  de  pareil.  » 
L'application  au  geai  du  nom  d'homme  Gaius  irait  à  l'encontre  de  la 
remarque  de  G.  Paris  ;  mais  cette  remarque  ne  constitue  pas  une  objection 
de  principe,  et,  plus  j'y  songe,  plus  ie  penche  à  admettre  comme  un  fait 
acquis  le  passage  de  Gaius,  nom  de  personne,  à  gaius,  nom  d'oiseau,  le 
procédé  inverse  me  paraissant  nettement  en  opposition  avec  les  faits  constatés. 

3.  «  Addiscerc  alias  negant  posse  quam  quaeex  génère  eorum  quae  glande 
vescantur  »   (Hist.   nat.,  X,  §  119,  éd.  Jahn). 


LE   LATERCULUS   DE    POLEMIUS    SILVIUS  I79 

glandares  en  l'appliquant  à  cette  variété.  Il  est  certain  que 
chez  Polemius  Silvius  glandaria  est  une  forme  plus  popu- 
laire de  l'adjectif  gland  aris,  et  que  l'adjectif  s'est  de  bonne 
heure  employé  substantivement  :  l'italia  ghiandaja  «  geai  »  en 
est  le  seul  représentant  très  exact  et  comme  sens  et  comme 
forme'.  Kôrting  enregistre  glandarius,  a  (n°  4258),  mais 
il  ne  mentionne  que  le  subst.  roumain  ghindar  «  chêne  »  et 
l'adj.  provençal  crlandier  (catal.  glander^  «  qui  produit  des 
glands  ».  On  peut  faire  remarquer  que  l'adjectit  latin  a  été 
substantivé  au  masculin  et  au  féminin  dans  la  toponymie  fran- 
çaise {ci.  Le  Glandicr,  Corrèze,  et  Glandiêres,  Aveyron)  et  que 
nos  patois  du  Midi  emploient  encore  aglandler  pour  désigner 
le  chêne  qu'on  destine  spécialement  à  porter  du  gland  et  aglan- 
diero  (gasc.  glandero)  pour  désigner  collectivement  soit  la  pro- 
duction du  gland  soit  un  bois  de  chênes^. 

Jaculus.  —  Polemius  Silvius  a  enregistré  jaculus  dans  la 
classe  des  serpents  :  cette  mention  n'offre  aucun  intérêt  parti- 
culier, car  ce  nom  de  serpent  nous  est  déjà  connu  par  Lucain 
et  par  Pline.  Mais  nous  retrouvons  jaculus  (écrit  j  a  co  1  u  s  , 
d'après  la  graphie  en  usage  à  la  basse  époque)  dans  sa  liste  des 
oiseaux,  et  nous  sommes  amenés  à  nous  demander  si  cette  nou- 
velle mention  correspond  à  une  réalité.  En  fait  le  mot  jacu- 
lus n'a  survécu  sous  aucun  de  ses  sens  dans  les  langues 
romanes,  mais  des  raisons  sémantiques  portent  à  croire  qu'il  a 
pu  être  appliqué  en  latin  à  un  oiseau,  soit  à  cause  de  la  rapi- 
dité du  vol  de  l'oiseau,  comparée  à  celle  d'un  trait,  soit  à  cause 
d'une  certaine  ressemblance  entre  un  oiseau  et  un  trait  empenné. 
Tout  récemment,  M.  Pieri  a  proposé  de  voir  le  mot  «  dard  » 
dans  les  noms  que  porte  le  martinet  dans  la  Haute  Italie  :  dard, 
dardan,  darden,  darder,  auxquels  correspond  l'italien  courant 
balestriiccio"'.  Il  aurait  pu  en  rapprocher  les  noms  que  porte  le 


1.  Le  nom  scientifique  du  geai  est,  comme  on  sait,  Giirridus  glandarius. 
Au  moyen  âge,  Petrus  de  Crescentiis,  qui  écrivait  en  Italie,  emploie 
glaiidiini  :  Du  Gange  a  enregistré  le  mot,  mais  il  l'a  défini  prudemment  par 

«  aviculae  spccies  ». 

2.  Les  dialectes  italiens  ont  probablement  des  mots  analogues  :  cf.  Glan- 
DARETUM  dans  Du  Gange. 

3.  Dans  les  Studj  roman:(i,  I,  40.  —  Gf.  Vidossich,  dans  Zeitschr.f.  rom. 
PhiloL,  XXX,  205. 


l8o  A.    THOMAS 

même  oiseau  dans  différentes  provinces  de   France  :  wallon 
airchcQl  arbalète;  languedocien  hakstric,  aiibaleslric,  etc.  ' 

Lacrimusa.  —  Polemius  Silvius  donne  côte  à  côte,  dans  la 
classe  des  quadrupèdes,  lacerta  et  lacrimusa.  Il  ne  faut  pas 
s'étonner  de  voir  le  lézard  qualifié  de  «  quadrupède  »,  puisque 
la  langue  populaire  du  nord  et  de  l'est  de  la  Gaule  a  monopo- 
lisé au  profit  de  cet  animal  la  même  dénomination  \  Mais 
toute  notre  attention  doit  se  porter  sur  lacrimusa,  mot 
nouveau  dans  les  textes  antiques,  que  nous  sommes  pourtant 
en  mesure  de  définir  sûrement  :  il  désigne  le  lézard  gris,  par 
opposition  au  lézard  vert  (lacerta).  La  Faune  populaire  de 
M.  Eugène  Rolland  donne  une  dizaine  de  formes  modernes  du 
nom  du  lézard  gris  qui  se  rattachent  à  lacrimusa,  à  com- 
mencer par  lagraniuso  et  à  finir  par  laf^ranuc''  ;  dans  le  Trésor 
don  Felihrigede  Mistral,  à  l'article  lagramuso,  on  trouve  vingt- 
trois  variantes  :  lagramuso,  Jagremuso,  Icgramuso,  grainuso, 
langramuso,  regramuso,  larmuso,  larniiso,  kgremise,  legremi, 
legremieu,  regremieu,  lagramuo,  lagramue,  langramue,  largamue, 
longamue,  lagranue,  Jangronue,  grananue,  grairuso,  gratamuo, 
gratamuro.  La  carte  766  de  V Atlas  linguistique  de  MM.  Gilliéron 
et  Edmont  fournit  encore  quelques  autres  variantes  :  agramue, 
agranue,  cataiuu~o,  gramu:{èro,  larinota,  etc.  Mais  ce  qui  lui  donne 
surtout  du  prix,  c'est  que  seule  elle  permet  de  se  faire  une  idée 
précise  de  l'aire  occupée  aujourdui  par  le  type  lacrimusa. 
Cette  aire  chevauche  sur  les  Alpes,  car  dans  les  arrondis- 
sements italiens  de  Suze  et  de  Pignerol  on  agraifiu^e  (972),  lar- 
;y///^o  (982)  et  grainu~a  (992).  En  France,  elle  comprend  toute 
la  région  qui  se  trouve  entre  le  Rhône,  les  Alpes  et  la  mer-^; 
en  plus,  sur  la  rive  droite  du  Rhône,  elle  embrasse  à  peu  près 


1.  Rolland,  Faune  pop.,  II,  525  —  Le  nom  de  falcino,  donné  à  Lucques 
au  martinet,  est  aussi  à  rapprocher  du  Languedocien /joz/rïV,  donné  par  Rol- 
land, îoc.  lauil.,  et  par  Mistral. 

2.  Voy.  Rolland,  FaH«e /)o/?.,  III,  17  et  77  ;  Hôrning,  Zcitschr.  fur  rom. 
Philol.,  XVIII,  226;  Marchot,  ibut.,  XVI,  380,  et  XIX,  102.  Les  noms  de 
«  quatre-pieds  »  et  de  «  quatre-bras  »  s'appliquent  aussi  à  la  salamandre. 

3.  Tome  III,  p.  16. 

4.  M.  Edmont  n'a  pas  rencontré  de  représentant  de  lacrimusa  dans  la 
Haute-Savoie,   bien  que   VAtlas  comporte   huit    points  de    repère  pour  ce 


I.K    I.ATERCULUS    DK    POLHMIUS    SILVIUS  l8l 

tout  le  territoire  des  départements  du  Rhône,  de  la  Loire  et  de 
l'Ardèche  et  une  lisière  de  F  Ain,  de  la  Haute-Loire  et  du  Gard. 
Le  point  le  plus  septentrional  qui  lui  appartienne  est  Tor- 
cieu.  près  de  Saint-Ramhert  (Ain),  où  l'on  prononce  raiiiiiiia  ; 
le  point  le  plus  occidental,  Burzet  (Ardèche),  où  l'on  dit,  au 
genre  masculin,  legremi.  U Atlas  ne  donne  rien  pour  la  Suisse 
romande  :  pourtant  les  (ormes  gretnillettc,  greinelhetta,  gremilhettà 
sont  en  usage  dans  le  canton  de  \'aud',  et  il  n'est  pas  témé- 
raire d'y  voir  notre  lacrimusa  privé  de  sa  tête,  altéré  dans 
son  thème  et  enrichi  d'une  désinence  diminutive. 

Mistral  voit  dans  lagramuso,  etc.,  l'expression  latine  lacer  ta 
mûri;  N.  du  Puitspelu,  dans  son  Dictionnaire  étymologique  du 
patois  lyonnais,  art.  larmisi,  a  rompu  une  lance  courtoise  en 
faveur  de  lacer  ta  mu  ri  ci  u  m  ^;  enfin,  plus  sagement,  M.  Phi- 
lipon  restitue  un  «  type  barbare  lacrimusia  »  5,  dans  lequel 
il  voit  «  le  latin  lacryma  +  usia  »4.  Malheureusement  il 
néglige  de  nous  dire  ce  que  c'est  que  -usia  (le  latin  ne 
connaît  pas  de  suffixe  -usia  ni  -usa)  et  ce  que  les  larmes 
peuvent  avoir  à  démêler  avec  la  dénomination  du  lézard  gris. 
Nous  devons  nous  contenter  de  savoir  que  cet  intéressant  ani- 
mal s'appelait  lacrimusa  dans  le  sud-est  de  la  Gaule  dès  le 
v*^  siècle  et  qu'une  forme  allongée  *lacrimusia  —  postulée 
par  la  forme  Ivonnaise  actuelle  —  a  été  en  usage  par  la  suite. 
La  désinence  insolite  de  ce  mot  a  subi  en  beaucoup  de  points 
l'influence  de  divers  suffixes,  et  il  semble  bien  que  l'étymologie 
populaire  ait  vu  dans  le  thème  celui  du  mot  la  cri  ma  :  mais 
cela  ne  préjuge  pas  le  sens  primitif  et  la  nature  propre  du 
nom  recueilli  par  Polemius  Silvius  >. 

département  ;  mais  on  constate  à  l'aide  du  Diciioiimiire  savoyard  de  Constan- 
tin et  Desormaux  l'existence  de  larmiii:^a  à  Annecy,  de  iiiantiuiia  a  Balme- 
de-Sillingy,  de  laniiota  à  Chambérv  et  à  Leschaux. 

1.  Je  les  prends  dans  Rolland,  Faune  pop.,  III,  i6. 

2.  Muricium  est,  aux  yeux  de  N.  du  Puitspelu,  le  génitif  pluriel  de 
murex;  mais  ce  serait  plutôt  m  u  r  i  c  u  m  . 

3.  Rouiania,  XX,  310. 

4.  Ihid.,  XX,  315. 

5.  M.  le  Dr  Bos  m'apprend  qu'à  Marseille  même  on  dit  lannouso  en  patois 
et  larmetise  en  français  local.  —  A  côté  de  larviuse,  qu'il  qualifie  expressé- 
ment de  «  Dauphinois  »,  Cotgrave  a  îarniol,  qui  doit  venir  aussi  de  la  région 
du  Sud-Kst. 


152  A.    THOMAS 

Lactrinus.  —  Il  est  ditîîcilc  que  le  nom  de  poisson  lac- 
trinus,  enregistré  par  Polemius  Silvius  entre  ricinus  et 
s  a  m  osa  (deux  noms  sur  lesquels  je  n'ai  rien  à  dire),  ne  fasse 
pas  songer  à  l'italien  lattarino  ou  latten'no,  nom  de  poisson.  On 
ne  peut  pvas  penser  sérieusement  à  mettre  en  cause  le  grec 
àOspîvt;,  comme  le  fait  encore  le  Di:^ioriario  délia  lirigua  italiana 
de  Tommaseo  et  Bcllini,  pour  rendre  compte  du  mot  italien. 
Un  humaniste  du  xv*-'  siècle,  Platina,  me  paraît  avoir  vu  la  véri- 
table étvmologic.  Voici  ses  propres  paroles  qui  constituent 
un  témoignage  intéressant  sur  l'italien  latîerino: 

duos  vulgus  hhterinos,  ego  lacleolinos  appcllaverim,  a  lactc  et  albido 
colore,  quo  etiam  translucentem  spinam  integro  de  vivo  licet  cernere,  adeo 
diaphani  sunt.  Mari  et  lacubus  capiuntur.  Fricti  moreto  viridi,  aut  agresta 
suffundi   debent  '. 

Antoine  Oudin  enregistre  concurremment  les  articles  sui- 
vants : 

Latarina,  sorte  de  poisson  appelé  alherina  en  latin. 
Laterina,  une  sorte  de  poisson. 
Laltarini,  poissons  laictez. 

Duez,  contrairement  à  son  habitude^  a  été  mieux  renseigné, 
et  voici  ce  qu'il  nous  apprend  : 

Latarina,  nadelle  %  une  sorte  de  poisson  comme  lattarino. 
Laterina,  nadelle,  comme  lattarino. 

Lattarino,  i .  nadelle  ou  petite  loche  un  peu  large,  petit  poisson  un  bien 
peuplas  petit  que  la  sardelle.  2.  poisson  laicté. 

Reste  à  rendre  compte  de  la  forme  lactrinus' du  manuscrit 
de  Polemius  Silvius  :  on  peut  supposer  que  c'est  une  faute  f)ar 
*lactarinus,  tiré  de  lac  par  l'intermédiaire  de  lactaris  ou 
de  lactarius.  L'existence  ancienne  du  suffixe  double  -arinus 


1.  De  honesta  Voluptate,  livre  X,  fol.  xcv  de  l'édit.  publiée  à  Paris  chez 
J.  Petit  en  1550. 

2.  Nadelle  est  dans  tous  les  grands  dictionnaires  français  depuis  Cotgrave  ; 
il  a  l'aspect  d'un  mot  d'origine  provençale,  et,  en  fait.  Mistral  enregistre 
nadelle  «  sardine  fraiche  ».  Je  ne  trouve  rien  d'analogue  dans  la  Faune  popu- 
laire de  Rolland. 


LE    LATERCULUS   DE    POLF.MIUS    SILVIUS  183 

n'a    rien   en  soi  d'invraisemblable  :  cf.  mon   mémoire  sur  la 
naissance  et  le  développement  du  suffixe  analogue  -aricius'. 

Marisopa.  —  Nom  de  poisson  inconnu  aux  textes  de  l'anti- 
quité, placé  par  Polemius  Silvius  entre  serra  et  rota.  On  ne 
peut  hésiter  à  l'identifier  avec  le  poisson  dont  parle  la  biogra- 
phie de  saint  Filibert,  que  M.  Poupardin  vient  de  rééditer,  et 
qu'il  attribue,  dans  la  forme  qui  nous  est  parvenue,  au  début  du 
ix^  siècle  :  «  Cum  territorium  Pictaviense  coepisset  gravis  inedia 
angustiare,...  multitudo  piscium,  quos  marsuppas  vocant,  vene- 
runt  in  alveo,  qu^e  ducentae  trigenta  et  septem  recedente  mari 
remanserunt  in  sicco  ^  ».  Le  même  mot  figure,  sous  la  forme 
marsupa,  dans  le  cartulaire  de  Redon  et  dans  un  acte  de  11 90 
du  cartulaire  de  Saint-Jean-d'Angeli  '.  Les  Bénédictins  ont  eu 
raison  d'y  reconnaître  le  marsouin,  qui  portait  encore,  au  xvi* 
siècle,  le  nom  de  ninrsoiipe  sur  les  côtes  de  Poitou  et  d'Au- 
nis-*.  Mais  j'avoue  que  je  suis  incapable  de  déterminer 
l'origine  de  ce  nom  de  marisopa,  dont  il  est  permis  cepen- 
dant d'affirmer  que  le  p  devait  être  un  p  double  puisque  dans 
le  cours  des  siècles  il  a  conservé  sa  valeur  d'explosive  sourde. 
Le  premier  élément  est  manifestement  mari-  «  mer  »,  et  il 
est  peut-être  d'origine  germanique  (comme  dans  marsouin)  plu- 
tôt que  d'origine  latine  ;  mais  faut-il  voir  dans  -sopa  le  même 
thème  que  dans  notre  mot  soupe,  à  savoir  le  germanique  sùp-, 
auquel  est  attachée  l'idée  de  «  boire  »  ? 

MuFRON.  —  Parmi  les  quadrupèdes,  Polemius  Silvius  enre- 
gistre   à   la    file    :    ibix,   camox,     mussimus,   sincirix. 


1.  Romania,  XXXII,  177,  et  mes  Xoiiv.  Essais,  p.  62. 

2.  R.  Poupardin,  Monuvients  de  Vhistoire  des  ahhaves  de  Saint -Philihen 
(Paris,  Picard,  1905),  p.  17. 

3.  Voyez  Du  Cange,  marsupa.  Cf.  un  texte  de  1294  publié  par  Marche- 
gay  dans  les  Arcb.  hist.  de  Saiiiiotige  et  d'Ainus,  où  on  lit  :  «  iiiarsupioniin 
(sic)  et  aliorum  grossorum  piscium  marinorum  »  (communication  de 
M.  Etienne  Clouzot). 

4.  Le  mot  manque  dans  Godefroy  et  dans  la  Faune  pop.  de  Rolland  ;  mais 
il  figure  dans  un  texte  de  1529  cité  par  M.  Etienne  Clouzot,  Les  viarais  de 
la  Sk're  Niortaise,  p.  126  (cf.  Romania,  XXXIV,  495),  et  dont  voici  un 
extrait  que   nous  devons  à   son  obligeance  :  «  Si  auchun  pescheur  peschet 


1S4  A.    THOMAS 

mufroii.  Il  est  clair  que  mussiinus  est  une  variante  de 
musimo  ou  musmo,  mot  auquel  les  auteurs  latins  clas- 
siques ne  semblent  pas  tous  attribuer  le  même  sens,  mais  que 
Pline  emploie  pour  désigner  le  ;j.;j-;x'.)v  de  Strabon,  c'est-à-dire 
le  nK)urton.  je  ne  puis  rien  dire  de  si  nci  rix;  mais  il  me  paraît 
infiniment  probable  que  nous  avons  dans  mutron  un  autre 
nom  du  mouflon.  Je  me  fonde  sur  l'existence  en  italien  de 
w«/ro  et  mufrone  «  mouflon  »,  dont  le  rapport  avec  mufron 
est  frappant.  De  plus  une  obligeante  communication  de  M.  Max 
Leopold  Wagner  m'apprend  que  dans  l'ile  de  Sardaigne  le  mou- 
flon femelle  s'appelle  iiiiirva  et  le  mouflon  mâle  murvone  ou 
inurone,  formes  qui  se  concilient  très  bien  avec  l'existence  de 
types  primitifs  tels  que  *mufra  et  *mufrone'. 

Mus  MOXT.wus-.  — L'animal  que  Polemius  Silvius  appelle 
mus  mont  an  us  est  placé  par  lui  entre  la  belette  (mu  s  tel  a) 
et  la  musaraigne  (mus  ara n eus).  Je  ne  crois  pas  que  cette 
expression  de  mus  mont  anus'  se  trouve  chez  les  auteurs 
antiques  ailleurs  que  chez  Polemius  Silvius.  Au  moyen  âge,  je 
la  relève  chez  Albert  le  Grand  qui  l'applique,  si  je  ne  me  trompe, 
au  rat  du  Nord  ou  hamster.  Faut-il  croire  qu'il  s'agit  réelle- 
ment du  hamster?  J'incline  plutôt  à  voir  dans  le  mus  mon- 
ta nus  de  Polemius  Silvius  l'animal  que    Pline  appelle   mus 


ou  prent  en  la  dite  chenau  balayne,  elle  est  myene;  et  si  v  prend  niarsoiippe, 
je  doys  aver  la  teste  et  deux  pieds  emprcs  le  cagouet,  et  demy  pied  devers 
la  quehe  en  sus,  nen  preconté  le  balovs  de  la  dite  queuhe  ».  {Arch.  de  la 
r^;;(/(''t;,  fonds  Talmond,  18;  original).  Le  mot  se  trouve  aussi  dans  un  état  de 
la  seigneurie  de  Lesparre  (Gironde)  de  l'an  1592,  qui  permet  d'en  constater 
le  genre  féminin  :  «  Le  droict  que  mon  dict  sieur  a  et  prend  sur  chacune 
marsouppe  qui  se  trouve  en  la  coste  de  la  mer...  »  {Bihl.  Nat.,  frùiiç.  5516, 
fol.  90  ;  communication  de  M.  Et.  Clouzot). 

1.  Vovez  plus  loin  la  note  de  M.  Wagner  sur  les  noms  sardes  du 
mouflon,  p.  291. 

2.  Le  manuscrit  de  Bruxelles  porte  mus  moiitanis,  mais  la  correction  va 
de  soi. 

5.  De  auimalibus,  XXL  2  (tome  VI  de  l'édition  des  œuvres  complètes  de 
i6ji,p.  597):  «  Emptra,  ut  quidam  dicunt...  hoc  animal  est  quod  nuireni 
montanum  quidam  vocant,  nec  invenitur  nisi  in  montibus,  et  est  major 
mus  qui  visus  est  in  terra  nostra  ». 


LF.    L.4THRCULUS    DE    POLEMIUS    SILVIUS  185 

Al  pi  nus,  à  savoir  la  marmotte,  et  j'estime  que  la  vieille  éty- 
mologie  de  Bochart,  reprise  par  Diez,  laquelle  rattache  mar- 
motte et  ses  congénères  aux  types  latins  mu  rem  montanum 
et  murem  montis  y  gagne  un  surcroît  d'autorité  '. 

Nauprhda.  —  Polemius  Silvius  enregistre  naupreda  dans 
la  classe  des  poissons  :  il  s'agit  certainement  de  la  lamproie.  On 
va  répétant  que  le  plus  ancien  témoignage  de  l'existence  en  latin 
d'un  nom  de  la  murène  analogue  à  lamproie  nous  est  fourni 
par  le  glossaire  attribué  à  Philoxène  où  on  lit  :  «  lampetra 
•x'jpa'.va  »  ;  c'est  une  erreur  ^  Dans  YEpistiiJa  du  médecin 
Anthimus,  M.  V.  Rose  a  adopté  la  leçon  naup  rida,  qui  paraît  la 
mieux  appuyée  par  la  tradition  manuscrite,  mais  il  donne  comme 
variantes  naupreda  et  lampreda'.  Enfin  la  vie  de  saint 
Hermelandus  (vulgairement  saint  Erhland,  abbé  d'Aindre,  au 
diocèse  de  Nantes,  j  vers  720),  publiée  par  Mabillon  d'après  un 
manuscrit  daté  de  777  ^,  donne  la  même  forme  que  Polemius 
Silvius  '.  Toutes  les  langues  romanes  sont  d'accord  pour  attes- 
ter que  la  forme  vulgaire  usuelle  avait  comme  désinence  -prëda 
et  non  -pëtra,  mais  elles  n'offrent  aucune  trace  d'un  premier 
élément  n  a  u  -  au  lieu  de  la  m  -.  S'il  est  assez  difficile  de  rendre 
compte  de  la  forme  naupreda,  sa  présence  dans  trois  textes 
indépendants  n'en  atteste  pas  moins  qu'elle  a  eu  une  certaine 
vo£Tue    dans  le  latin   vulgaire  de  la  Gaule  ''. 


1.  Ceci  dit,  je  me  borne  à  renvoyer  aux  opinions  contradictoires  de 
M.  le  Dr  Bos  (Jiavhviia,  XXII,  550)  et  de  M.  Jeanroy  {ihid.,  XXIII,  236) 
sur  les  rapports  possibles  de  marmotte  et  de  marmot. 

2.  Cette  glose  n'appartient  pas  au  recueil  dit  de  Philoxène,  mais  à  VOno- 
viaslicon  de  Vulcanius,  qui  est  l'œuvre  d'un  savant  de  la  Renaissance  ;  voy. 
Locwe,  Prodromus  corp.  gîoss.  latin.,  p.  194  et  s. 

3.  Pages  16 et  55. 

4.  Cf.  Aug.  Molinier,  Les  sources  de  Vhistoire  de  France,  I,  132,  n°  397. 

5.  Voy.  Du  Cange,  naupreda.  Même  forme  chez  Papias,  non  relevée  par 
Du  Cange  :  «  Naupreda  genus  piscis  ». 

6.  M.  Valentin  Rose  a  tenté  d'expliquer  naupreda  par  le  celtique, 
au  moins  à  titre  d'hypothèse  (.4»mfo/a  graeca  et  graecolatina,  Berlin,  1870,  II, 
S3~55)  •  naupreda  signifierait  «  neuf-taches  »  et  serait  le  pendant  de 
l'allemand  neunauge  «  lamproie  »,  attesté  dès  le  moyen  âge,  proprement 
«  neuf-yeux  ».  Malgré  l'appui  que  l'on  pourrait  trouver  dans  le  fait  (non  cité 
par  M.  Rose)  que  la  lamproie   porte  en  France  le  nom  plus  ou  moins  bien 


l86  A.    THOMAS 

Pelaica.  —  Ce  mot  se  trouve  dans  hi  liste  des  poissons  sans 
que  rien  dans  son  voisinage  en  fasse  préjuger  la  valeur  exacte  : 
il  est  encadré  entre  deux  inconnus,  levaricinus  et  amulus. 
Mais  il  se  dénonce  de  lui-même  comme  une  graphie  négligée 
de  l'adjectif  -iKx-;i.v.i:,  pe  lagicus,  sous  forme  féminine  : 
pelaica  est  pour  pela  g  ic  a.  Comme  le  grec  a-t\ôcy:o:  à  côté 
de  -iXxv-y.iç  et  le  latin  pelagicus'  à  côté  depelagius,  je 
n'hésite  pas  à  reconnaître  dans  le  pelaica  de  Polemius  Silvius 
le  pelagia  de  Pline,  IX,  62,  2,  lequel  est  un  autre  nom  de  la 
pourpre,  coquillage.  Ceci  dit,  et  à  titre  d'hypothèse,  je  me 
demande  si  pelagia  et  pelagica  ne  survivent  pas  aujour- 
dui  dans  les  langues  romanes  pour  désigner  un  animal  tout 
différent,  à  savoir  la  sole.  Mistral  enregistre  palaigo  «  petite 
sole,  poisson  de  mer  »,  et  il  cite  ces  vers  de  Mirèio  : 

Lou  picliot  barquet  fcndic  l'aigo 
Sens  mai  de  brut  qu'uno  palaigo. 

Dans  la  Faune  populaire  de  Rolland,  III,  105,  on  trouve 
palaïga,  nom  de  la  sole  à  Cette,  et  palaja,  nom  sicilien  du 
même  poisson.  L'explication  étvmologique  de  Mistral  (palo 
(fûf/V(7),  difficile  à  admettre,  en  ce  qui  concerne  le  provençal,  au 
point  de  vue  syntactique,  se  heurte  phonétiquement  à  la  forme 
sicilienne.  Rien  n'est  plus  commun  que  l'assimilation  d'un  e 
protonique  à  un  a  tonique,  et  *palagica  (pour  pelagica) 
cadrerait  avec  le  provençal  palaigo  tout  aussi  bien  que  *  pa  lagia 
(pour  pelagia)  avec  le  sicilien  palaja-. 


conservé  de  «  sept-veux  »  ou  de  «  bête  à  sept  trous  »  (Rolland,  Faune  pop., 
III,  97),  je  ne  crois  pas  possible  d'identifier  la  désinence -pre  d  a  et  le  thème  cel- 
tique que  M.  Rose  a  en  vue  et  qui  est  sous  la  forme  ancienne,  brik-.  Je 
note,  d'autre  part,  que  des  formes  surprenantes  du  nom  de  la  lamproie  se 
trouvent  dans  le  Corp.  gîoss.  lat.,  à  savoir  nacopretis  et  nocopretis  ; 
vov.  le  Tl}es.  gloss.  euieudal.  de  M.  Gœtz,  au  mot  lampreua,  où  est  proposé 
dubitativement  un  type  grec  *vazfj-pr,T'.:,  dont  je  n'arrive  pas  à  percer  le 
mystère. 

1.  Pelagicus  est  glosé  par  pi  s  ci  s  dans  un  glossaire  dont  le    manu- 
scrit remonte  au  ixe  siècle  (Corp.  gloss.  latin.,  V,  384,  35). 

2.  A  signaler  aussi  palaia,  nom  de  la  sardine  moyenne  à  Nice  (Rolland, 
III.   119). 


LE    L-iTHRCULUS    DE    POLEMIUS    SIL\IUS  187 

Platensis.  —  Le  manuscrit  de  Bruxelles  écrit  placensis, 
mais  comme  ce  mot  est  dans  la  section  des  poissons  entre 
lutarius  (évidemment  le  mu  11  us  lutarius  de  Pline)  et 
sole  a  (la  sole),  il  n'est  pas  téméraire  d'affirmer  qu'il  s'agit  de 
la  plie  et  qu'il  taut  corriger  placensis  en  platensis.  On 
reconnaît  généralement  la  plie  dans  le  platessa  d'Ausone  '  ; 
la  variante  légère  pi  a  tissa  se  retrouve  dans  un  recueil  de 
gloses-,  mais  on  lit  dans  VEpislida  du  médecin  Anthimus  : 
«  platenses  vel  soleae  unum  genus  est'.  »  L'existence  de 
platensis  n'est  donc  pas  douteuse,  et  Polemius  Silvius  nous 
en  fournit  le  plus  ancien  témoignage  connu.  Toutefois  aucune 
langue  romane  ne  paraît  avoir  conservé  de  représentant  du  type 
platensis,  non  plus  du  reste  que  de  platessa  :  le  provençal 
moderne  a  plaiiisso,  le  portugais  patruça;  l'espagnol  otfre 
concuremment  platija,  forme  usuelle,  et  platuja,  platucha, 
formes  dialectales.  Enhn  le  français  plie,  issu  de  l'ancienne 
forme  plai~  (cf.  l'anglais  plaice),  dont  la  désinence  a  été 
bizarrement  altérée,  suppose  nécessairement  l'existence  d'un 
tvpe  *platicem,  lequel  n'a  pas  été  encore  signalé  dans  les 
textes.  Les  formes  romanes  indiquent  en  outre  que  le  thème 
a  oscillé  entre  *platt-  ei  plat-. 

Plotta.  —  Nom  de  poisson  qui  doit  être  vraisemblablement 
identifié  avec  l'italien  dialectal  piota  (Lombardie)  et  l'engadin 
plotra,  lesquels  s'appliquent  au  Cxprimis  rutihis  ou  Leucisciis  ery- 
îhrophthahnus  ^ .  L'allemand  dialectal  possède  aussi  ce  nom  sous 
la  forme  pldl~e,  et  il  semble  qu'il  faille  aussi  le  reconnaître  dans 
le  xwss^  plotiua  ti  ploti:;a  :  c'est  toujours  la  même  espèce  5. 

Carpentier  a  ajouté  à  Du  Cange  un  article  ainsi  conçu  : 
«  Plota,  piscis  genus.  Tract,  ms.  de  Pisc,  cap.  1  ex  Cod.  reg. 
6838  c  :  Est  et  alia  Aristotelis  et  Plinii  rémora  seu  echeneida,  pis- 
ciciilus  saxis  assuetus...  Diversis  nominibus  appellant .  Narn  plota, 


1.  Epist.,  IV,  58. 

2.  Corp.  gloss.  latin.  V,    582,    19. 

3.  Ed.  Rose,  42. 

4.  Rolland,  Faune  pop.,  III,  141. 

5.  Xemnich,  Catholicoii,  II,  1367;  Cuvier  et  Valenciennes,  Hist.  natur.  des 
poissant,  XVII,  p.  90-91. 


l88  A.    THOMAS 

flula,  vennis  nmr'nius,  astcrias,  hirudo,  viurana  noniinatur.  » 
Comme  on  Ta  dcmontré  ici  même  ',  le  ms.  Int.  6838  c  est  iden- 
tique au  célèbre  traité  de  Rondelet  sur  les  poissons  imprimé 
en  1554-1555,  et  où  la  fin  du  passage  cité  par  Carpentier  se 
retrouve  effectivement-.  Mais  dans  Rondelet  plota  est  la  trans- 
cription du  grec  -X(i)ty;,  que  les  auteurs  latins  anciens  rendent 
par  fluta,  sans  doute  par  étymologie  populaire  d'après  f  lui- 
tare,  flutare^  Le  double  t  du  mot  plotta  enregistré  par 
Polemius  Silvius  et  attesté  par  les  formes  romanes  que  nous 
avons  citées  empêche  tout  rapprochement  avec  le  grec  -aokt,. 

Plumbio.  —  Dans  la  section  des  oiseaux,  entre  querqui- 
du la  (la  sarcelle)  et  falacrocorax  (le  cormoran),  nous  trou- 
vons inscrit  ce  mot  lumineux  pour  tout  romaniste  :  plumbio. 
On  sait  que  le  français  donne  le  nom  de  plonjon  (écrit  plongeon') 
à  divers  oiseaux  aquatiques  des  genres  Colwrbus  et  Podiceps^; 
le  provençal  moderne  emploie  un  terme  analogue,  mais  il  la 
peut-être  emprunté  du  français  à  une  date  récente.  Le  rapport 
phonétique  de  plumbionem  à  ploiijon  est  parfait  :  cf.  cam- 
biare  >  chanjier  {changei-),  et  plus  précisément  encore  cam  - 
bionem  >  chanjon'^.  Le  picard  et  le  wallon  disent  ploinion, 
forme  employée  par  Froissart,  lequel  la  fait  trisylhibique  ^; 
elle  repose  sur  la  variante  *plummus  pour  plumbus,  qui 
est  à  la  base  de  tant  de   mots  d'ancien   français'  :  plomion  est 


1.  Romauia,  VI,  269,  n.  3.  art.  de  J.  Bauquier. 

2.  De  piscibus  niarinis,  lib.  XIII,  cap.  ni  (p.  398  de  l'éd.  de  Lyon,  1554). 

3.  On  trouve  déjà  la  forme  latinisée  chez  Platina,  De  honesta  Voluptate, 
X,  de  Muraena  :  «  Ex  pharo  Siciliae  optimae  putantur  quas  illi  plot  as, 
Latini  flutas  vocant  ».  La  vieille  traduction  française  de  Desdier  Cristol, 
dont  la  première  édition  est  de  1505,  dit  :  «  Les  meilleures  qu'on  sache  sont 
au  phar  de  Cécile  appellees  plotes,  et  les  Latins  les  appellent  fl  e  ut  es  » 
(fol.  89). 

4.  Rolland,  Faune  pop.,  II,  404-406.  —  Le  mot  est  attesté  dès  le  xiie  siècle, 
dans  Fhire  et  Blancheflor,  avec  la  graphie  plongon  (vers  1466  de  la  i^^  rédac- 
tion, éd.  Du  Méril,  p.  59). 

5.  Sur  chtmjon,  voir  ce  qu'ont  écrit  G.  Paris,  7?(i;;/fl;;;a,  XXXI,  351,  et 
M.  Paul  Meyer,  ihid.,  XXXII,  452. 

6.  Voir  la  citation  dans  Godefroy,  Compl.,  art.  plongeon. 

7.  Cf.  Godefroy,  art.  plomm.^rt,  plomm.^s,  plomme,  plommee,  etc. 


LE   LATERCULUS    DE    POLEMIUS    SILVIUS  189 

au  français  classique /i/fn/o/î  comme  le  wallon-picard  gouvion  est 
à  goujon.  D'ailleurs  on  peut  invoquer  le  nom  de  ville  Amiens 
<  Ambianis,  parallèle  à  plomion  <  plumbionem'. 
Il  est  plus  délicat  d'expliquer  la  formation  du  type  latin  dont 
nous  devons  la  connaissance  à  Polemius  Silvius.  Jusqu'ici  on 
rattachait /)/t)«^(W/  2. plonger  (comme  bâillon,  à  bâiller]  bouchon, 'a 
boucher;  torchon,  à  torcher,  etc.).  Il  faut  renoncer  à  cette  manière 
de  voir,  d'autant  plus  que  plonger  représente  *plumbicare , 
puisque  l'ancien  français  oscille  entre  plongier  et  plonchier  (picard 
plonkier).  Mais  le  latin  vulgaire  a-t-il  tiré  directement  plum- 
bio  de  plumbus,  comme,  par  exemple,  campio  de  cam- 
pus? La  sémantique  s'accommoderait  mieux  de  l'hypothèse 
qu'un  verbe,  soit  plumbare  (avec  le  sens  non  attesté  de 
«  plonger  »)  soit  *plumbiare,  a  servi  d'intermédiaire;  mais  il 
taut  dire  que  tous  les  substantifs  en  -io  que  nous  connaissons 
en  latin  reposent  ou  paraissent  reposer  sur  des  noms  préexis- 
tants et  non  sur  des  verbes^,  sauf  peut-être  scelio,  de  scelus, 
qui  est  dans  Pétrone  ,  etmirio,  employé  par  Tertullien  au 
sens  de  «  badaud  »,  qui  se  tire  plus  naturellement  de  mi  rare 
que  de  mirus  '. 

RiPARiA.  —  Pline  mentionne  une  variété  d'hirondelle  dite 
ri  paria  parce  qu'elle  fait  son  nid  sur  les  berges  des  cours 
d'eau,  et  les  gloses  de  Virgile  de  la  Bibliothèque  de  Berne 
connaissent  aussi  l'oiseau  dit  ri  paria  «  quae  in  specu  ripae 
nidificat  ■*».  Le  médecin  Marcellus  de  Bordeaux  emploie  le  dimi- 
nutif ri  pariola,  qui  n'a  pas  été  rencontré  ailleurs  que  chez  lui. 
M.  Chabert,  dans  sa  thèse  De  latinilate  MarceUi,  a  bien  relevé 


1 .  Avec  cette  réserve  toutefois  que  Amiens  n'est  pas  trisyllabique  comme 
plomion,  mais  disyllabique  :  cf.    Renaît,  éd.  Martin,  XIII,  1165  : 

Sire,  je  fui  nés  a  Amiens, 

Mes  quanqu'il  i  a  n'est  pas  miens. 

2.  Cf.  aulio  «  joueur  de  flûte  »,  flagrio  «habitué  au  fouet  »,  mulio 
«muletier»,  pellio  «  pelletier  »,  etc. 

5.  A  plumbus  se  rattache  l'italien /'/('/«/'///o  (Oudin,  Duez),  nom  dia- 
lectal du  martin-pécheur  :  cf.  Bonelli,  Noini  degli  ucceîli  nei  dialetti  loni- 
bardi  dunsStudj  difilol.  roniaiiia,  IX,  402. 

4.  Voy.  les  citations  à  l'art,  riparius  de  Forcel!ini-De  Vit.  —  On  sait 
que  Linné  désigne  sous  le  nom  de  Hirundo  ripana  l'hirondelle  de  rivage. 


190  A.    THOMAS 

chez  son  auteur  le  substantif  ripa  riohi  comme  un  àza;  '  ; 
mais  il  n'a  pas  songé  à  se  demander  si  ce  mot  avait  survécu 
ou  non  dans  le  vocabulaire  roman.  Or  il  a  effectivement  sur- 
vécu :  d'après  M.  Rolland  -,  le  pluvier  à  collier  blanc  s'appelle 
rivicyrôla  dans  l'Hérault,  et,  d'après  Mistral,  l'hirondelle  de 
rivage  porte  aussi  dans  le  midi  de  la  France  le  nom  de  riheirolo, 
rivieirolo,  rebcirolo,  raheirolo.  Il  semble  cependant  que  la  forme 
masculine  ribeirou  <C  ripariolus  soit  plus  répandue  que  la 
torme  féminine'.  Pour  cette  forme  masculine  elle-même,  il  est 
permis  de  remonter  à  une  date  assez  reculée  dans  le  latin  vul- 
gaire :  en  effet,  dans  un  glossaire  de  Cambridge  (Corpus Christi 
Collège  144),  qui  est  attribué  au  viii^  siècle,  on  lit  ripariolus 
avec  en  face  le  mot  anglo-saxon  siaeâsuualpe,  lequel  signifie 
littéralement  «  hirondelle  de  rivage-*  ». 

ScARDA. —  Parmi  les  noms  de  poissons,  entre  se  a  r  u  s  et  m  u  1- 
lus,  figure  le  mot  scarda.  Comme  lescarus,  dont  l'identité 
n'est  pas  établie,  et  le  mu  11  us  (mulet  ou  rouget)  sont  des 
poissons  de  mer,  il  est  probable  que  la  scarda  de  Polemius 
Silvius  est  identique  au  scardo  de  l'interpolateur  d'Aelfric, 
qui  est  le  bar  ou  loup  de  mer  K  Toutefois  c'est  aussi  bien  parmi 
les  poissons  d'eau  douce  que  parmi  les  poissons  de  mer  que  ce 
terme  paraît  avoir  survécu  et  donné  naissance  à  des  dérivés, 
surtout,  sinon  exclusivement,  dans  le  nord  de  l'Italie.  Le 
simple  scarda  (latinisé  en  scarda  parPlatina  dans  le  x^  livre  de 
son  De  honesta  Voluplale  ''  est  encore  vivant  en  Lombardie  où 
il  s'applique,  concurremment  avec  son  dïmmmïï  scardola,  à  la 


1.  Op.  laiid.,  p.  48. 

2.  Faune  pop.,  II,  347. 

3.  Ihid.,  II,  323. 

4.  An  eighth-century  lalin-at:^lo-$a.\on  Glossary,  editcd  hv  J.  H.  Hessels 
(Cambridge,  1890},  p.  103,  no  195.  Dans  le  glossaire  interpolé  d'Aelfric  on 
trouve  r  a  p  a  r  i  o  1  u  s  (faute  manifeste  pour  ripariolus)  glosé  par  fiscere  (éd . 
Wright  revue  par  Wùlcker,  col.  132)  :  c'est  le  martin-pêcheur. 

5.  Cf.  Rcv.  des  laiii^iies  roui  ,  XLVIII  (1905), p.  194,  article  de  M.  P.  Bar- 
bier fils. 

6.  «  Scardae,  quovis  modo  coquantur,  insipidae  sunt,  et  plus  molestiae 
ob  minutissimas  spinas  interedendum  quam  voluptatis  afferunt  »  (fol.  xciv 
v'o  Je  l'édition  parisienne  de  1 530,  la  seule  qui  soit  à  ma  portée). 


LE    LATERCULVS   DE    POLEMIUS    SILVIUS  I9I 

brème  commune'.  Antoine  Oudin  se  contente  de  traduire 
scarda  par  «  sorte  de  poisson  »;  Duez,  plus  savant  ou  plus 
suffisant,  dit  :  «  Scarda  i,  brame  de  mer,  une  sorte  de 
poisson  -».  Il  est  d'accord  avec  Oudin  pour  considérer  scàrdine, 
scàrdola,  scardona  et  scardonc  comme  des  termes  synonymes 
désignant  «  une  sorte  de  poisson  de  mer  comme  une  petite 
carpe  ».  On  sait  que  scardova  a  été  employé  par  Dante,  Inferno, 
29  : 

E  si  traevan  giù  l'unghie  la  scabbia 

Come  coltel  di  scardova  le  scaglie. 

Dans  le  Tessin,  scàrdola  s'applique  au  Leucisciis  trythrophîal- 
mus,  le  Scardinius  erythrophthalmiis  du  prince  Bonaparte'. 

En  somme,  le  témoignage  d'Antoine  Oudin,  dont  Duez 
n'est  que  le  plagiaire,  a  bien  peu  de  poids,  en  présence  des  faits 
contemporains,  pour  nous  persuader  qu'en  italien  scarda  et  ses 
dérivés  désignent  réellement  un  poisson  de  mer. 

Sofia.  —  Le  nom  de  poisson  sofia,  que  Polemius  Silvius 
place  entre  tinca  (la  tanche)  et  alburnus  {Taulmir  de  Béarn, 
Xauhourne  ^Q  Saintonge +),  est  très  répandu  aujourd'hui  dans 
nos  patois  de  l'Est  et  du  Sud-Est.  Dès  le  xvi''  siècle,  Belon  et 
Rondelet  ont  signalé  l'existence  de  sophio  en  Languedoc  et  de 
suiffe  en  Lyonnais  pour  désigner  la  vandoise  >.  Mistral  enregistre 

1.  Rolland,  Faune  pop.,  III,  144  (d'après  Schinz,  Faiitia  Helvetica-,   1837). 

2.  La  brème  est  un  poisson  d'eau  douce,  mais  on  désigne  aussi  sous  le  nom 
de  «  brème  grise  »  et  de  «  brème  de  mer  »,  particulièrement  en  Picardie 
(Rolland,  op.  laud.,  III,  166)  le  Canthants  ou,  selon  d'autres  (voy.  Baudril- 
lart,  DiV/.  des  pèches,  1827,  p.  77)  le  Spams  brama  L.,  dit  aussi  «  carpe  de 
mer  ».  Cf.  Bibl.  nat.,  franc.  25545,  fol.  19  r"  :  «  Ce  sunt  les  menieres  des 
poissons  que  on  prant  en  la  mer...  Brieines,  id  est  besques  (=  becûe?)  ». 
La  lecture  hesquis  (Godefroy,  s.  v.)  est  erronée  ;  c'est  le  même  texte  qui  est 
cité  dans  Godefroy,  besq.ue. 

5.  Rolland,  op.  laud.,  III,  141  (d'après  Pavesi).  Je  vois  dans  Valenciennes, 
Hist.  des  poissons,  XVII,  92,  que  le  prince  Bonaparte,  à  qui  est  dû  le  genre 
Scardinius,  admet  une  variété,  distincte  de  celle-ci,  et  qui  porte  les  noms 
vulgaires  de  scarda,  scardafa,    scaerdova,  etc. 

4.  Cf.  Romania,  XXXIII,  139. 

5.  Belon,  De  Aqaatilibus  (Paris,  1553),  p.  3' 3  •  "  Parisienses  une  vandoise 
...Lugdunenses  siiiffani  vocant  ».  — Rondelet,   Universx  Aqualiliiun  Historix 


1^2  A.    THOMAS 

les  variantes  sofi,  sdjio,  sdujîo,  sôufio,  sufio,  suifo,  souafo,  comme 
s'appliquant,  selon  les  régions,  à  l'ablette,  à  la  vandoise  et  à 
l'ombre'.  N.  du  Puitspelu  donne,  pour  le  lyonnais,  soifi  et  suèfi 
que,  dit-il,  on  francise,  à  Lyon  même,  en  soif,  et  qui  désigne 
spécialement  Tablette.  Littré  a  endossé  une  vieille  coquille 
typographique  lorsqu'il  a  inséré  dans  son  article  suisse  une 
section  ainsi  conçue  :  «  6°  Nom  d'un  poisson,  le  leucisque 
commun,  Cyprinus  kuciscns  /.-.  »  Suisse  est  une  faute  d'im- 
pression pour  siiiffe,  dont  la  responsabilité  première  paraît 
remonter  à  La  Chesnaye  des  Bois,  auteur  d'une  compilation 
publiée  en  1739  sous  le  titre  de  Dictionnaire  raisonné  et  universel 
des  animaux. 

J'emprunte  à  la  Faune  populaire  de  Rolland  l'indication  plus 
intéressante  que  la  vandoise  porte  dans  la  Côte-d'Or  le  nom  de 
scujfe\  et  que  le  Cxprinus  nasus  s'appelle  seufjle,  sojfle  à  Mont- 
béliard,  chije  dans  la  Moselle,  sife,  soife,  soufe  dans  le  Jura-*. 

Tout  cela,  malheureusement,  ne  nous  dit  pas  ce  que  c'est  en 
définitive  que  ce  nom  vulgaire  de  sofia  que  Polemius  Silvius 
nous  a  transmis  :  il  n'est  pas  vraisemblable  qu'il  vienne  du 
grec  (yzz'ix  «  sagesse  '  ». 

SuBTER.  —  Parmi  les  oiseaux,  entre  numidia(pour  numi- 
dica)  la  poule  de  Numidie  ou  pintade,  et  clivia,  terme 
archaïque  qui  désigne  tout  oiseau  de  mauvais  augure  (Pline), 


pars  (il  le  lit  (Lvon,  1555),  p.  191  :  «  A  Gallis  vandoise,  a  Santonis  et  Pictavis 
dard,  a  nostris  sopino,  a  Lugdunensibus  suiffe...  »  Sui^e  a  passé  de  là  dans 
Jean  Thierry,  Nicot,   Cotgrave,  etc.  Ce  dernier  donne  aussi  sophie. 

1 .  Je  ne  sais  où  Mistral  (art.  soFio)  a  pris  l'indication  d'un  mot  «  roman  » 
sopbia;  M.  E.  Levy  m'informe  qu'il  ne  l'a  trouvé  dans  aucun  texte. 

2.  Suisse  est  donné  comme  nom  vulgaire  de  la  vandoise  ou  dard  par  tous 
les  grands  dictionnaires  français  :  Boiste,  Landais,  Bescherelle,  Larousse,  etc., 
sans  parler  des  dictionnaires  français-anglais,  français-allemand,  etc.  Le  Nou- 
veau Larousse  illustre  a  omis  ce  sens;  c'est  bien,  mais  il  aurait  fallu  instituer 
un  article  suiffe. 

5.  Tome  in,  p.  142  (d'après  Vallot,  Ichlhyologie  française,  Dijon,  1857). 

4.  Ibid.,  p.  152-153  (d'après  Sabler,  Géhin  et  Toubin).  —  Mon  collègue 
M.  Seignobos  m'apprend  que  dans  l'Ardèche  sojio  désigne  le  véron. 

5.  Je  dois  à  mon  confrère  M.  Vidier  la  communication  —  faite  au  dernici 
moment  — d'un  article  de  M.  J.   Désormaux  paru  dans  la  Revue  savoisienne, 


LE    I..^TERCULL■S    DV.    POLEMIUS    SILVIUS  I93 

on  trouve  inscrit  dans  le  manuscrit  de  Polemius  Silvius  le  nom 
énigmatique  subter,  sur  lequel  on  ne  peut  que  faire  des  hypo- 
thèses. Peut-être  avons-nous  affaire  à  une  forme  archaïque  ana- 
logue à  infer  et  à  super,  pour  inferus  et  superus,  soit  un 
adjectif  non  attesté  *subterus,  de  même  sens  que  *subtera- 
nus,  lequel  fait  pendant  à  superanus,  et  est  représenté  par 
le  provençal  solra{)i)  «  qui  est  en  dessous  »  '.  Le  provençal 
moderne  connaît  le  verbe  sonta  «  plonger,  nager  entre  deux 
eaux  »,  d'où  soiilairc,  nom  du  grèbe  dans  le  Var  -  ;  le  dialecte 
vénitien  donne  le  nom  de  sottarolo  <<*subtariolus  au  Podiceps 
fluviatilis  ou  plongeon'.  Il  est  donc  probable  que  subter 
s'applique  à  un  oiseau  plongeur. 

Taxo.  —  Voilà  un  mot  qui  n'est  pas  nouveau  pour  les 
Romanistes  et  qu'ils  ne  seront  pas  embarrassés  pour  identifier. 
Polemius  Silvius  le  place  entre  histrix  (grec  OT-rpiç  «  porc- 
épic  »,  peut-être  aussi  «  hériçon  »)  et  ericius-*  (le  hériçon)  : 
c'est  le  blaireau,  en  italien  lasso,  en  prov.  tais,  en  français  dia- 
lectal tesson,  etc'.  Je  relève  ici  la  présence  de  taxo  chez  Pole- 


ler  trimestre  de  1904,  p.  67-70,  sous  ce  titre  :  «  Le  français  local  um-  suif.  » 
J'y  trouve  l'indication  d'un  article  de  Littré  qui  m'avait  échappé  et  que  je 
reproduis  :  «  f  soëf  (so-èf)  s.  f.  Nom  donné  dans  l'Ain  au  chondrostoma 
'/(75«i  Agassiz,  cypriiius  tutsiis,  L.,  dit  aussi  quelquefois  vandoise;  mais  la 
vraie  vandoise  c'est  le  cypriniis  lencisciis,  L.  »  M.  Désormaux  renvoie  aussi  à 
un  article  de  M.  Arnould  Locard,  paru  en  1903  dans  les  Me'iii.  de  VAcad.  des 
sciences,  belles-lettres  et  arts  de  Lyon,  3e  série,  t.  7,  p.  54-60,  article  intitulé  : 
('  La  soafe  et  le  hotu  »,  que  j'ai  lu,  mais  qui  ne  traite  pas  de  l'étj'mologie  du 
«  nom  assez  étrange  de  soafe  ou  seiiflen.  Quant  à  l'opinion  exprimée  et  déve- 
loppée par  M.  Désormaux,  à  savoir  que  le  nom  de  notre  poisson  est  tout 
simplement  le  latin  su  a  vis,  il  n'en  faut  plus  parler  aujourdui. 

1.  Kôrting  donne  *  superanus,  n»  9264,  mais  il  a  omis  *subteranus. 
L'existence  en  latin  vulgaire  de  l'adj.  *subterus  est  rendu  presque  certaine 
par  ce  fait  que  l'anc.  prov.  a  sotror,  lequel  ne  peut  être  que  *subteriorem 
(^omisdans  Kôrting);  cf.  mes  Essais  de phil.  franc.,  p.  107. 

2.  Rolland,  Faune  pop.,  11,404. 

3.  Bonelli,  dans  SludJ  di  filol.  romança,  IX,  407. 

4.  Le  texte  donné  par  Mommsen  dans  les  Momunenta  porte  irioius, 
mais  il  est  à  croire  que  c'est  une  faute  typographique  pour  i  r  i  c  i  u  s ,  qui  se 
lit  dans  le  texte  des  Ahhandlungen. 

S-  Cf.  Kôrting,  2^  éd.,  941 1. 

Romania.    XXXV  j. 


194  '^-    THOMAS 

mius  Silvius,  parce  que,  avant  la  date  où  a  été  composé  le 
Latercitliis,  nous  n'avons  pour  témoigner  de  son  introduction 
dans  le  latin  vulgaire  que  l'adjectif  taxoninus  chez  le 
médecin  Marcellus.  La  forme  concurrente  taxus  se  trouve 
dans  un  commentaire  sur  l'épître  aux  Hébreux  de  saint  Paul 
qui  a  été  publié  en  dernier  lieu  dans  la  Patrologic  latine  de 
Migne,  tome  117,  col.  915.  L'attribution  traditionnelle  de  ce 
commentaire  à  Primasius,  évêque  d'Hadrumète  au  milieu  du 
vi'=  siècle,  paraît  controuvée  :  d'après  M.  Zimmer",  l'auteur 
aurait  écrit  à  la  fin  du  V  siècle  dans  la  Gaule  méridionale. 
Il  est  donc  tout  à  fait  certain  que  le  germanique  *thahs  a  été 
latinisé  dès  le  v"  siècle  en  taxus  et  taxo;  quant  à  chercher 
dans  l'hébreu  l'origine  commune  du  mot  germanique  et  du 
mot  latin,  comme  l'a  fait  Hermann  Rônsch  ^,  c'est  une  idée 
déraisonnable  qui  ne  mérite  pas  d'être  discutée. 

Tecco.  —  Polemius  Silvius  inscrit  tecco  dans  sa  liste  des 
poissons  entre  pectunclus'  (le  coquillage  dit  aujourdui 
pétoncle')  et  coluda  (terme  inconnu).  Il  n'est  pas  douteux 
qu'il  ait  en  vue  le  même  animal  que  celui  qui  figure  dans 
VEpistula  de  observatione  cibonim  du  médecin  Anthimus,  rédigée 
entre  511  et  534  :  «  Tecones  (var.  teciiiiis,  teccuris,  teccones) 
dicuntur  esse  filii  esocum-^  ».  M.  Valentin  Rose,  qui  a  le  pre- 
mier fait  connaître  Topuscule  d'Anthimus',  a  très  justement 
rapproché  ce  terme,  jusqu'alors  non  signalé,  du  français  dialectal 
taco>i.  S'il  s'était  avisé  de  l'existence  de  tecco  dans  le  Latercu- 
lus,  il  aurait  certainement  adopté  la  leçon  tecco nes>  laquelle 
est  d'autant  plus  sûre  que  le  limousin  técoii  «  saumoneau  »  cor- 
respond encore  plus  exactement  à  cette  leçon  que  le  français 
tacon  et  confirme  l'existence  d'un  doubler  dans  le  latin  vulgaire. 
Quel  est  actuellement  l'habitat  des  représentants  de  tecco? 
M.  Rolland  ne  connaît  que  le  bas-limousin  técou  :  son  informa- 
tion est  trop  restreinte.  Littré,  article  tacon,  dit  :  «  Jeune  sau- 

1.  Pelagiiis  in  Irland,  p.  136. 

2.  Zeilschr.  fur  roiii.  Phil.,  I,  420. 

3 .  Le  ms.  porte  fautivement  pectu  nctus. 

4.  Édit.  Valentin  Rose,  p.  16,  ligne  8. 

5.  En  1870,  dans  les  Anecdota  publiés  à  Berlin,  II,  43-62;  voy.  spéciale- 
ment p.  55,  où  est  cité  un  passage  de  Belon  (1555). 


LE   LATERCULUS   DE    POLEMIUS    SILVIUS  195 

moneau,  dans  le  bassin  de  la  Loire  »  :  c'est  trop  de  latitude. 
Mais  à  l'article  TÉcou,  il  s'exprime  ainsi  :  «  Nom,  dans  le  bas- 
Limousin,  de  petits  saumons  qu'on  trouve  dans  la  Vienne  et  le 
Taurion  '  ».  Or  le  Taurion  n'a  rien  à  voir  avec  le  Bas-Limou- 
sin :  il  appartient  à  la  Creuse  (Marche  et  Poitou),  pour  la 
plus  grande  partie  de  son  cours,  et  à  la  Haute-Vienne  (Haut- 
Limousin),  pour  les  derniers  kilonctres,  avant  son  confluent 
avec  la  rivière  de  Vienne;  on  peut  donc  qualifier  técou  de  mot 
du  patois  limousin,  car  il  est  commun  à  une  partie  (qui  reste 
à  préciser)  des  trois  départements  actuels  qui  correspondent  en 
gros  à  l'ancienne  cité  des  Lemovices.  Teccoa  aussi  un  pied 
en  Berry,  comme  en  témoigne  le  Glossaire  du  centre  du  comte 
Jaubert,  où  on  lit  ce  qui  suit  :  «  Sorte  de  petite  truite  que 
l'on  pèche  dans  la  Creuse  aux  environs  d'Argenton  et  au- 
dessus.  On  regarde  mal  à  propos  comme  un  jeune  saumon  ce 
poisson  du  goût  le  plus  délicat;  c'est  \erille-.  Une  observa- 
tion décisive  fait  reconnaître  que  le  tacon  n'est  point  un  petit 
saumon.  11  a  63  vertèbres  et  le  saumon  n'en  a  que  36. 
M.  de  la  Tramblais  a  fait  connaître  ce  fait  il  y  a  une  vingtaine 
d'années  \  » 

Il  ne  faut  pas  confondre  avec  le  nom  fccou  ou  tacon  celui  de 
tacaiid,  ou  iaco,  porté  sur  nos  côtes  de  l'Atlantique  par  quelques 


1.  lia  en  outre  un  article  tocax,  où  il  se  contente  d'une  définition  som- 
maire (vov.  plus  loin). 

2.  Aucun  des  grands  dictionnaires  courants,  ni  Littré,  ni  Larousse,  ni  Bes- 
cherelle,  ni  Sachs,  ne  donne  ce  mot  rilli,  que  le  comte  Jaubert  a  l'air  de 
supposer  connu  de  tout  le  monde.  J'ai  fini  par  le  dénicher  dans  le  tome  45 
(paru  en  1827),  p.  471,  du  Dict.  îles  sciences  naturelles,  où  on  lui  consacre 
cette  notule  :  «  Rille,  i?///ir(Ichthyol.)  nom  spécifique  d'un  poisson  du  genre 
Salmone  ».  Mon  ami  M.  le  D^  Dorveaux  m'apprend  qu'il  remonte  à  La- 
cépède,  Hist.  nat.  des  poissons,  t.  V  (an  XI  de  la  République),  p.  224-226, 
et  qu'il  provient  du  nom  de  la  rivière  de  Rille,  affluent  de  la  Seine.  Il  est 
reconnu  aujourdui  qu'il  v  a  dans  la  Rille  des  saumoneaux  et  des  truites 
mais  pas  de  rilles,  car  le  rille  n'existe  pas  réellement  (voy.  Cuvier  et  Valen- 
ciennes,  Hisl.  nat.  des  poissons,  XXI,  1 51-15  3). 

5.  Je  n'ai  pas  qualité  pour  me  prononcer  sur  ce  point  d'ichtyologie;  je 
crois  pourtant  que  la  vieille  opinion  rapportée  par  le  médecin  Anthimus 
sur  les   «  teccones  »  est  encore  aujourdui  la  plus  autorisée. 


19e  A.   THOMAS 

variétés  de  gades,  Gndiis  ininittus,  Gadus  lusciis  ou  Gadns  harha- 
tus  ' . 

Il  semble  bien,  en  revanche,  qu'il  faille  le  reconnaître  dans 
tocan,  mot  que  Littré  définit  par  «  saumon  qui  a  moins  d'un 
an  »,  mais  sur  la  provenance  duquel  il  ne  fournit  aucun 
renseignement.  Or  tocan  existe  sur  deux  points  très  éloignés 
l'un  de  l'autre  du  territoire  de  la  Gaule,  d'une  part  en  Béarn 
(sous  la  forme  ancienne  tocaa,  rapportée  par  P.  de  Marca  ^), 
d'autre  part  dans  la  Basse-Auvergne,  sur  les  bords  de  TAllier  '. 
En  Béarn,  iocaa  nous  ramène  à  un  type  *  toccânus,  qui  a  pu 
être  primitivement  *teccanus.  Mais  en  Auvergne,  la  présence 
du  son  explosif  c  ne  peut  s'expliquer  que  par  une  substitution 
de  suffixe  relativement  récente;  les  conclusions  de  la  phoné- 
tique historique  sont  d  ailleurs  d'accord  avec  les  faits  connus 
des  naturalistes,  car  c'est  Belon  qui  a  le  premier  signalé  les  tocans 
de  l'Allier,  et  il  les  appelle  tacons  ^. 

Est-il  possible  de  connaître  rét3'mologie  de  tecco?  Je  cons- 
tate que  M.  Holder  a  recueilli  le  mot  dans  Polemius  Silvius 
(sans  faire  mention  de  sa  présence  dans  Anthimus)et  l'a  inscrit 
sans  commentaire  dans  son  Alt-celiischer  Sprachschat':^.  Je  vois 
bien  aussi  chez  lui  un  nom  de  potier  Tecco,  dans  la  région  de 
Trêves,  mais  je  me  demande  s'il  y  a  là  de  quoi  établir  l'origine 
celtique  du  nom  du  saumoneau,  même  en  tenant  compte  du  fait 
que  esoxest  lui-même  un  mot  celtique.  Quant  à  l'idée  émise 
par  Littré  (art.  tacon),  à  savoir  que  l'on  aurait  affaire  à  un  radi- 
cal tac  «  pointe  »,  lequel  est  non  pas  celtique,  mais  germa- 
nique,il  faut  absolument  y  renoncer,  puisque  nous  voyons  que 
la  torme  la  plus  ancienne  du  nom  de  notre  poisson  est  tecco 
et  non  *t acco. 

1.  Duhamel  du  Monceau,  Traite  des  pèches,  2^'  partie,  p.  156;  Rolland, 
Fawie pop.,111,  115  ;  Littré,  Supplément,  tacaud,  etc.  —  Baudrillart,  dans  son 
Dict.des  pêches  (1827),  p.  523,  donne  concurremment  tacaud  et  tacan,  mais 
cette  dernière  forme  semble  être  le  résultat  d'une  coquille  typographique,  n 
pour  n. 

2.  Lespy  et  Raymond,  Dict.  béarnais. 

3.  Duhamel  du  Monceau,   Traité  des  pêches,  2«  section,  p.   223  et  s. 

4.  En  fin  de  compte  je  suis  porté  à  croire  que  tocan,  en  tant  que  certains 
compilateurs  l'appliquent  à  un  poisson  de  l'Allier,  est  sorti  d'une  faute 
d'impression  pour  tacon  ;  je  tiens  de  bonne  source  (communication  de 
M.  FélixChambon)  qu'aujourdui  comme  au  temps  de  Belon  les  riverains 
de  l'Allier  disent  tacon. 


LE    LATERCXJLUS   DE    POLEMIUS   SILVIUS  I97 

Titus.  —  La  latinité  du  mot  titus  <>  pigeon  sauvage, 
ramier  »  n'est  formellement  attestée  que  par  un  scholiaste  de 
Perse,  dont  il  est  impossible  de  fixer  la  date,  et  par  Isidore  de 
Séville  ■  :  le  témoignage  de  Polemius  Silvius,  qui  rapproche 
titus  et  titiunculus  dans  sa  liste  des  oiseaux,  a  donc  son 
intérêt.  Bien  que  Kôrting  ait  omis  ce  mot,  même  dans  sa  seconde 
édition,  il  appartient  au  latin  vulgaire  et  est  représenté  aujour- 
dui  dans  des  régions  fort  éloignées  les  unes  des  autres,  soit 
sous  la  forme  simple,  soit  sous  une  forme  allongée  à  l'aide  du 
suffixe  -onem.  Dès  1879,  sans  connaître,  à  ce  qu'il  semble, 
l'existence  du  mot  latin,  M.  Rolland  avait  rapproché  du  terme 
todc,  usité  dans  les  Pyrénées  orientales,  les  noms  sardes  du 
ramier:  tidus,  tidonc,  tiidone^.  Depuis  lors  M.  Salvioni  a 
signalé  la  présence  du  type  en  -onem  dans  la  Basse-Engadine 
sous  la  forme  tidun  '. 

Tremulus.  —  Nom  d'oiseau  qui  se  retrouve  dans  les  gloses  : 
«  Tremulus  o-cig-ottuy'-?  '^-  »  H  est  certain  que  c'est  lacauda  tre- 
m  u  1  a  qui  figure  aussi  dans  les  gloses,  avec  ces  synonymes  grecs  : 
ï£'.(j:-uYv^  :  r,  ïu^;,  c  ccwoupcç  5.  Le  mot  tremulus  ne  s'est  pas 
conservé  en  roman  avec  ce  sens,  mais  l'italien  connaît  codatre- 
mola,  nom  de  l'oiseau  que  le  français  courant  appelle  bergeron- 
nette, et  auquel  les  patois  du  Nord  et  du  Midi  appliquent  des 
noms  variés  dans  lesquels  figure  le  mot  qtieue  ou  ses  diminutifs 
combinés  avec  les  verbes  battre,  bal Jer,  hausser,  hocher,  lever,  etc.  ''. 

A.  Thomas. 

1.  Cf.  une  note  de  F.  Bûcheler  dans  VArchiv  fur  lut.  Lexicogr.,  II,  118- 
120.  Servius  donne  te  ta  :  «  Columbae  quas  vulgus  tetas  vocant  »  (Eclog.,  I, 
58). 

2.  Faune  pop.,  II,  550.  Cf.  Archiv  fur  ht.  Lexicogr.,  II,  508,  note  com- 
plémentaire de  F.  Bûcheler  où  sont  cités,  d'après  une  communication  de 
M.  W.  Foerster,  les  mots  sardes,  mais  non  le  mot  catalan.  (Ce  dernier  est 
enregistré  dans  le  dictionnaire  de  Labernia  sous  les  formes  concurrentes  todo 
et  ludô).  Dans  son  compte  rendu  de  la  première  édition  de  Kôrting  (Zeitschr. 
fur  (Tsterr.  Gynniasien,  1891,  p.  777),  M.  Mever-Lùbke  a  signalé  la  lacune, 
mais  n'a  cité  que  le  mot  sarde  ttdu. 

5.  Nuoï'e  pastille  italiane  al  vocaholario  latiiio-roi)ian:^o,  dans  les  Reiidiconti 
del  r.  Istituto  Lombarde,  1899. 

4.  Corp.gloss.  latin.,  II,  452,  i. 

5.  Ibid.,  m,  258,21. 

6.  Cf.  Rolland,  Faune  pop.,  II,  224. 


LA    DECLINAZIONE   IMPARISILLABA 
IX  -J  -ÂNE,  -0  -ÔNE,  -E  ÉNE  -ÏNE,  -I  ÏXE  -ÉNE 

NELLE    CARTE    MEDIEVALI    DTIALIA 


Il  titolo  è  lungo;  e  puô  parère  anche  pretensioso  chi  consi- 
deri  che  di  certo  non  ho  io  inierrogate  tutte  le  carte  édite  del- 
ritaha  médiévale  ma  mi  sia  di  nécessita  ristretto  a  un  certo 
numéro  di  raccoltescelte  tra  le  più  copiose,e,  perquestaoquella 
ragione,  più  cospicue'.  Lo  lascio  tuttavia  tal  quale  m'è  inavve- 


I .  Sian  qui  indicati  insieme  alla  sigla  con  cui  s'allegano  :  CDL  =  Codex 
DipUmiaticus  Latigohardiae  (costituente  il  vol.  XIII  degli  Historiae  Patriae 
Monintietita)  ;  CDBe.  =  Codex  dipl.  Civ.  et  EccL  Bergomatis  di  M.  Lupi  (se 
n'è  spogliato  il  2°  vol.  fino  circa  ail'  a.  11 30);  —  CDLod.  ^=  Codice  dipl. 
Landese  â  cura  di  C.  Vignati  (in  Bihliotheca  historica  italica,  vol.  I,  II,  III); 
—  CDR  =  Codice  dipl.  d.  Re~ia  pubblicato  da  F.  Fossati*  in  Periodico 
d.  Societàstor.  di  Como,  vol.  VI-XIII  (spogliato  fin  circa  ail' a.  1200);  — 
DR  =;  Doctim.  d.  Re:(ia  Chiaveniiasca  anteriori  al  sec.  XIV.  pubblicati  da 
P.  Buzzetti  (Como  1903)  ;  —  HPM  =  Historiae  Patriae  monumenla,  e  la 
sigla  rimanda  propriamente  ai  volumi  Chartariim  I  e  II  recanti  i  documenti 
deir  antico  Regno  subalpino  ;  —  M.V  =^  Moniimenta  Novalicensia  vetustiora 
a  cura  di  C.  CipoUa.  Due  volumi  (Ronia,  1898-901);  —  .-^.V  r^  Stoiia  del- 
VAhbaiia  di  Noiuiutola  di  Gir.  Tiraboschi  (vol. II,  che  porta  i  documenti);  — 
MR  =  Monumenti  Ravennati  de'  secoli  di  :ne'{:;o  pubblicati  da  M.  Fantuzzi, 
vol.  I  e  II;  —  CDP  z=  Codice  dipl.  Padovano  dal  sec.  sesto  a  tutto  V iindecimo 
di  A.  Gloria;  —  CDI  =1  Codice  dipl.  Istriano,  dcl  Kandler,  che  si  cita  collo 
indicar  l'anno  del  docum.  ;  —  ML  =  Memorie  e  Docmn.  per  servire  alT  istoria 
del  Ducato  e  délia  Diocesi  di  Lucca,  vol.  IV,  pp.  I  e  II.  vol.  V,  pp.  II  e  III  (v. 
Blanchi,  Arch.  glotl.  it.,  IX  369);  —  RALz^Regesti  del  r.  Arch.  di  Stato  di 
Lucca  (Lucca,  1903).  Vol.  I.  Pergamene  del  Diplomatico,  p.  i"  (daW  a.  "jç^o 
ail.  a.  108 r);  —  DA  =r  Documenti  per  la  storia  délia  Città  di  Are^o  nelmedio 
Evo  raccfllti  per  cura  di  UhMo  Pasqui.  Vol.  I  :  Codice  dipl.  (a.  6jo?-iiSo'). 


DECLINAZIONE    IMPARISILLABA    NELLE    CARTE     D  ITALIA       I99 

dutamente  caduto  dalla  peiina,  perché  forse  posso  lusingarmi 
dioftrireai  lettoriun  quadro  abbastanzacompiuto  del  fenomeno 
morfologico  che  per  l'Italia  ho  impreso  a  studiare,  un  quadro 
che  più  insistenti  ricerche  potranno  peravventura  meglio  colo- 
rire,  potranno  quà  e  là  nellc  linee  secondarie  modificare,  ma  i 
cuicnpitali  contorni  non  potranno  essere  sensibilmente  alterati. 
La  mia  fatica  intende  solo  a  raccogliere  e  a  disporrc  dei 
materiali  e  a  completare  per  questo  lato  i  lavori  sapienti  che  in 
questa  stessa  rivista  son  venuti  pubblicando  il  compianto  Paris 
(Roiiuwia,  XXIII,  321  sgg.),  che  con  mano  maestra  tessè  la 
storia  délia  quistione,  e  il  Philipon  (//'.,  XXXI,  201  sgg.),  il 
quale  ha  intaccata,  con  argomenti,  a  parer  mio,  vittoriosi,  la 
teoria  délia  origine  mediatamente  o  immediatamente  germa- 
nica  délia  flessione  -a  -âne,  -0  -âne,  dimostrandone  invece  la 
genesi  latina^  Per  la  quale  parla  eloquentemente  il  fatto  che  i 
vari  tipi  délia  nostra  flessione  compajano  nelle  iscrizioni  latine 
prima  délie  invasioni  barbariche,  e  dovevano  essere  abbastanza 
diffusi  nel  latino  dell'età  impériale    perché   i  nomi    barbarici 


Firenze,  1899;  —  CDT  =:  Codice  dipl.  Toscano  di  Fil.  Brunetti;  —  RF  =^  Il 
Regesto  di  Far  fa  compilato  da  Gregoriodi  Catino  e  pubhlicato[a  cura  di  I.  Giorgi 
e  M.  Balzani  ;  —  RS  =  Il  Regi";to  Stddacense  delV  iindecimo  secoh  puhblicaio 
du  L.  AUodi  e  G.  Levi  (Roma  1885);  —  CCav.  =.  Codex  dipl.  Cavensis, 
vol.  I-IV  (v.  de  Bartholomaeis,  Arch.  glott.  it.,  XV,  247   sgg.,    527  sgg.); 

—  CCaj.  =  Codex  Cajetanus  (citato  sulla  fede  del  de  Bartholomaeis,  Arch. 
ghtt.  it.,  XVI,  9  sgg.)  ;  —  CDU  =  Codice  diplomatico  Barese,  vol.  I-V  (Bari, 
1897-902). 

Le  seguenti  scritture  sono  solitamente  citate  col  solo  nome  dell'  autore  : 
GlULiNi,  Memorie  spettanti  alla  storia  délia  città  e  campagna  di  Milano,  2»  éd., 
vol.  VII;  —  Bluhme,  Die  Gens  Langohardorum  II  :  Ihre  Sprache  (Bonn, 
1874);  —  MEYER(Karl)  Sprache  und  Sprachdenhniiler  der  Langoharden  (Pader- 
born,  1877);  —  ^KUCK'iiER,  Die  Sprache  der  Langoharden (Slrassburg,  1895); 

—  Wrede,  Ueber  die  Sprache  der  Ostgoten  in  Italien  (Strasshurg,  1891);  —  HoL- 
DER,  Altceltischer  Sprachschat^;  —  Bianchi,  La  déclina^,  dei  nomi  di  liiogo 
délia  Toscana,  in  Arch.  glott.  it.,  vol.  IX,  365  sgg.,  X,  305  sgg.,  ed  è  inteso 
il  vol.  X  quando  il  rimando  avvenga  colla  sola  indicazion  délia  pagina. — 
Ricordo  infine  che  nel  citar  gli  esempi,  adopero  «  5.  »  per  i<  signiim»,  «/.  » 
per  «  fliiis,  -a  -ii  -iae,  ecc.  » 

I.  Alleconclusioni  del  Philipon  s'associa  'ûParis  (Romania, XXXI,  251  n.); 
ma  non  nepajono  intieramente  convinti  lo  Schuchâvdt  (Zeitschr.f.  roni.  Phil., 
XXVI,  638),  che  fugaccmente  propone  una  nuova  dichiarazione  délia  decli- 


200  C.    SALVIOXl 

potessero  senz'  altro  adagiarsi  in  essi.  Gli  esempi  antichi  di  -n 
-niii'  posson  vedersi  presse  il  Paris  e  il  Philipon  (v.  anche  Sittl, 
Wolfflin's  Arch.,  II,  580,  Meyer-Lûbke,  Einf.,  §  153,  Densii- 
sianu,  Hist.  delà  langue  roumaine,  I,  139);  di  -0 -ô»^ abbiamo 
i'unico  ma  prezioso  dativo  Valentioni  in  una  iscrizione  cristiana 
dell'a.  564(v.  Bonnet,  le  lat.  de  Grég.  de  Tours,  227),equanto  a 
'/  -ine  le  iscrizioni  délia  Narbonese  conoscono  i  dativi  Nalalini 
e  Suabini,  che  il  Philipon  (p.  227)  ha  torto  di  ritener  foggiati 
sul  tipo  sanguis  sanguinis,  supponendo  cosl  che  s'abbia  da  leg- 
gtre  Nalalini  ar\7À  che  Natal  lui  '.  Di  -^  -é7ie  diremo  più  in  là. 

Ma  com' è  sorto  nella  lingua  di  Romaquesto  tipo  flessionale? 
Prcmetto  esser  mia  ferma  convinzione  che  bisogna  considerare 
il  tipo,  prescindendo  dalcolore  délia  vocale  tematica,  e  cioè  corne 
un  tipo  unico,  corne  un  solo sistemadi  forme-,  allô  stesso  modo 


nazione  imparisillabica,  e  il  Meycr-Lûbke  (Grôber's  Grundnss,  2*  éd.,  vol.  I, 
p.  485).  Qui  ricorderô  che  già  nel  1877,  un  germanologo,  il  Meyer  (p.  271), 
dubitava  dell'  origine  germanica  délia  declinazione  imparisillaba.  [Xa  impor- 
tante trattazione  del  Suchier,  Grôber's  Gr.,  2^  ediz.,  827-8,  non  mi  è  capitata 
sott'  occhio  che  dopo  avère  steso  il  mio  articolo.] 

1.  È  forse  il  nom.  -ï(s)  che  induce  il  Philipon  a  leggere  -^ini  (=  -?;//), 
dimenticando  che  anche  ad  -âne  corrisponde  il  nom.  -â.  Gli  è  che  abbiamo 
qui  da  fare  con  prodotti  analogici,  che  poco  o  punto  si  preoccupavano  délia 
regolare  fonetica  latina. 

2.  A  due  riprese  il  Meyer-Lûbke  ha  tentato  una  scissione  pur  dentro  ai 
limiti  d'una  sola  categoria.  Nella  Einf.,  par.  153,  distingue  egli  tragliappel- 
lativi  personali  mascolini  del  tipo  barha  -hanis,  —  che  sarebbero  dovuti  al 
tipo  lat.  -0  -onis,  quasi  a  sanare  il  contraste  tra  il  significato  mascolino  e  la 
desinenza-rt, —  e  i  nomi  propri  feminili  e  mascolini  in -a,  ai  quali  si  sarebbero 
associât! degli  appellativi  feminili,  corne  amita  -tanis,  molto  affini  ai  nomi  propri. 
I  nomi  propri,  secondo  il  Mever-Lubke,  sarebbero  d'origine  germanica,  appa- 
rirebbero  nel  sec.  7°,e  si  ritroverebbero  solo  cola  dove  la  mescolanza  tra  latini 
e  germani  è  molto  forte.  1  primi,  s'io  non  l'raintendo  l'autore,  sarebbero  da 
ritenere  romanzo-comuni.  Nel  Grôber's  Gr.,  il  Meyer-Lûbke  mantiene,  non 
senza  qualche  esitanza,  la  distinzione,  soltanto  i  motivi  di  essa  sono  legger- 
mente  modificati  :  i  nomi  délia  prima  categoria  apparirebbero  solo  in  iscri- 
zioni deir  Oriente  neo-latino  e  cosi  il  famoso  fem.  Fortunataiiem  {-ni  nel 
Meyer-Lûbke),  mentre  gli  altri  feminili  d'origine  germanica  e  latina  (nonchè 
i  loro  compagni,  gli  appellativi  del  tipo  amita  -tanis)  apparirebbero  solo  nella 
Gallia,  nella  Rezia  e  nell'  Italia  settentrionale  e  non  prima  del  7°  sec, 
rimanendo  cosi  estranei  aile  iscrizioni  di  queste  regioni.  Tra  il   primo  c  il 


DECLINAZIONE     IMPARISILLABA    NELLE    CARTE    D  ITALIA      201 

che  nellatrattazion  dell'  infinito,  p.  es.  trattiamcome  una  forma 
sola  e  -â-re  e  -Mr  e  -1-re.  Il  che  è  stato  recentissimamente 
anmiesso  anche  dallo  Zimniermann  (Zeilschr.  /.  rom.  Phil., 
XXVIII,  343),  ma  parmi  che  in  definitiva  non  ammetta  il  Phi- 
lipon,  il  quale  cerca  una  spécial  dichiarazione  per  -a  -âne 
(p.  236)  e  un'altra  per  -o  {-us)  -ônc  (pp.  203-4)',  ^^l  quale 
si  concède  solo  che  possa  essere  stato  tra  i  coefficienti  del  primo. 
Alla  diretta  influenza  del  lat.  -0  -onis  di  accezioni  personali 
{lafro-uis,  ecc.)  sui  masc.  in  -a  pure  di  accezion  personale,  e 
poi  di  questi  sui  loro  correlativi  feminili,  pensa  ilDensusianu, 
p.  140,  senza  più  precisamente  spiegarsi.  Il  Meyer-Lùbke  poi 
(Crôber's  Gr.,  2^  éd.,  p.  483  ;  un  p6  diversamente  giudica  lo 


secondo  de"  due  giudizi  del  Meyer-Lùbke  era  apparso  l'art,  del  Philipon  e  ciô 
spieghi  le  varianti  del  secondo.  Ma  objezioni  ne  rimangono  da  fare  e  parec- 
chie:  in  primo  luogo  contro  Fargumentum  ex  silentio  che  poco  o  punto 
vale  quando  si  sa  che  le  iscrizioni  si  sforzavano  di  imitare  il  linguaggio  ele- 
vato  e  che  solo  per  caso  si  lasciano  scappare  i  volgarismi,  tanto  che  molti  e 
molti  fatti  fonetici  e  morfologici  che  noi  dobbiamo  attribuire  al  latin  volgare 
non  hanno  dalle  iscrizioni  nessuna  conferma  ;  ne  per  questo  se  ne  dubita. 
Tiittavia  qualche  esempio  par  proprio  che  le  iscrizioni  délia  Gallia  lo  torni- 
scano,  e  v.  Brunot,  Histoire  tic  lu  langue  françaiae,  I,  80.  Poi  contro  la  limita- 
zion  territoriale  degli  esempi  :  aliliane  e  amitaint  occorron  nella  Toscana,  e 
tiaiiasi  rltrova  pur  esso,  fin  dai  primordi  del  sec.  9°,  a  Lucca,  poco  più  tardi, 
neir  Umbria,  e  nel  sec  11°,  nella  région  méridionale.  Ne  mancano,  perla 
Toscana  e  l'Umbria,  le  traccie  dei  nomi  propri  in  -a  -âne.  Chè  se  anche  taluno 
dei  pochi  feminili  che  più  in  là  si  attribuiscono  a  questi  territori,  potrà  essere 
discusso,  non  v'  ha  dubbio  che  qualcheduno  rimane  superiore  a  ogni  conte- 
stazione.  Q,ijanto  aile  ragioni  geografiche,  non  sarô  poi  solo  a  stupirmi  che  il 
Meyer-Lûbke  chiami  «  orientali  »  gli  esempi  epigrafici  provenienti  da  Taranto, 
da  Pozzuoli,  da  Miseno,  e  circa  aile  cronologiche,  chi  crede  ail'  unità  siste- 
matica  délia  flessione  -a  -âne,  puô  pensare  ragionevolmente  che  la  lacuna 
tra  gli  esempi  epigrafici  e  quelli  del  sec.  70  è  ben  riempita  dai  nomi  gotici  che 
Cassiodoro,  Giordane  e  altri  ci  presentan  rivestiti  délia  flessione  -a  -âne  (v. 
più  in  là,  p.  216,  n.).  E  allora,  —  e  non  solo  per  questo  motivo  del  resto, 
—  non  parrà  una  inutile  violenzi.  yjella  di  separare  l'esempio  Fortiiiiataneui-, 
per  quanto  epigrafico  <;  per  quanto  orientale  dai  suoi  compagni  latini  e  non 
latini  che  compajon  nelle  scritture  occidcirtii  del  sec.  70?  —  SuU'  argo- 
mento  ritorna  il  Meyer-Lùbke  in  Litbl.f.  ^.  ii.  r.  Ph.,  a.  1904,  p.  206. 

I.  La  quistione  s'è  fin  qui  svolta  intorno  ai  soli  due  tipi  -0  -ône  e  -a  -dm. 
Gli  altri  due  furono  prima  d'ora  trascurati  o  menzionati  solo  per  incidenza. 
Se  ne  tocca  più  in  là. 


202  C.    SALVIONl 

stesso  aurore  in  Eiiif.,  §  153),  dichiarerebbe  -a  -ànc  dalla 
iinmissione  del  «  délia  flession  debole  germanicae  insieme  dalla 
influenzadei  masc.del  tipo  Petro  (-us)  -trône,  che  quindi  avreb- 
bero  preesistito  a  quello.  Il  tipo  masc.  è  poi  spiegato,  ma  in 
modo  dubitative,  del  Meyer-Lùbke,  invocando  insieme  ragioni 
fonetiche  e  analogiche  :  nella  Francia  e  nella  Rezia,  cioè,  -e  e 
-(1  venivano  a  coinciderc  in  -e,  e  cosî  nel  vocativo  risultava  una 
identica  forma  tanto  dal  lat.  Peints  -i  quanto  dai  nomi  propri 
in  -0  (jçi.QS., voc*  Lee=  Léo'').  Masiccomea  questo  *L<'c  corris- 
pondevan  gli  altri  casi  come  Leonis  ecc,  cosî  al  voc.  Petrc  si 
creô  un  *  Petronis  qcc.  Questa  congettura  crolla  par  la  conside- 
razione  che  il  tipo  Petro  (-its)  -trône  t  di  tutta  l'Italia  continen- 
tale mentre  solo  nnn  parte  délia  penisola  potrebbe  acconciarsi 
al  fatto  fonetico  supposto  dal  Meyer-Lûbke.  —  Siam  dunque 
sempre  in  alto  mare  e  il  lettore  vorrà  guardare  benigno  al 
nuovo  tentativo  di  guadagnare  la  riva -. 

La  sentenza  che  «  poca  favilla  gran  fiamma  seconda  »  s'avvera 
molto  di  spesso  ne'  procedimenti  d'ordine  analogico.  Ogni 
niomento  è  dato  ail'  indagatore  di  riconoscere  la  straordinaria 
tortuna  di  certi  suffissi,  di  certe  forme,  chiuse  prima  in  assai 
brève  sponda.  Orbene,  è  uno  di  questi  casi  che,  se  l'ipotesi  mia 
coglie  nel  segno,  ci  si  offre  nella  genesi  délia  declinazione 
imparissillaba.  La  chiave  di  volta  dell'  edificio  sarebbe  il  sost. 
barba  barbàne.  Questa  forma  ci  è  attestata  da  una  iscrizione  di 
Taranto,  e  che  fosse  diffusa  su  tutta  Italia  è  esuberantemente 
provato  dair  articolino  che  più  in  là  le  si  consacra.  A  Roma 
adunque  c'era    barba  -bàne.  Se  la  voce    colla  sua  flessione  sia 


1.  L'esempio  non  è  nel  Meyer-Lûbke,  ma  mi  lusingo,  allegandolo,  di  ren- 
der  bene  il  pensiero  dell'  illustre  romanologo. 

2.  La  nécessita  di  descrivere  con  chiarezza  il  procedimento  analogico  quasi 
mi  obbliga  a  prcsentar  qucsto  come  più  semplice,  come  meno  complicato 
che  in  realtà  non  sia.  Poichè  veramente  più  correnti  potevano  incontrarsi, 
confondersi  e  anche  intralciarsi.  Cosi  non  v'ha  dubbio  che  ai  nomi  propri  del 
tipo  Petro  {-us)  -tronis  la  via  era  molto  agevolata  dai  cognomi  in  -0  -otiis 
(v.  Philipon  205,  e  anche  247  n),  e  da  ciô  certo  si  spiega  la  proporzione 
quantitativamente  assai  maggiore  in  cui  ci  si  offrono  i  nomi  propri  personali 
d'origine  latina  in  -0  -one,  di  fronte  agli  altri.  E  d'altra  banda  ail'  incremento 
di  questi  altri  contribuiva  non  poco  il  fatto  délia  forte  proporzione  numerica 
dei  primi. 


DECLINAZIONE    IMPARISILLABA    NELLE     CARTE    D  ITALIA       203 

stata  si  ono  portata  nelle  altri  parti  dell'  Impcro,  non  consta", 
ma  poco  monta,  poiclic  nulla  vieta  di  ritenere  che  il  tipo  -a 
-unis  sia  stato  dall'  Italia  portato  altrove  quando  il  germe  già 
aveva  dato  i  suoi  primi  frutti.  L'origine  di  barba  -bâne  io  poi 
l'attribuirei  alla  spéciale  influenza  di  un  *barbo  -bonis  che  la  tra- 
dizione  non  ci  ha  conservato(c'c  tuttavia  il  nome  Vibideius  Barbo 
allcgato  da  R.  Fisch  in  Wôlfflin's  Archiv,  V,  p.  62),  se  non 
torse  neir  it.  barbonc  «  uomo  dalla  lunga  barba  »,  ma  che  si 
puô  supporre  esistesse  come  allato  a  biicca  e  giila  esistevano 
biicco  -cconis  e  giilo  -lonis.  Venuto  barba  al  significato  personale 
e  mascolino  di  «  barbuto  »  (onde  poi  quello  di  «  uomo  vene- 
rando  »,  di  «  zio  »),  era  ovvio  si  andasse  formalmente  racco- 
stando  a  *barbo  -nis,  ch'  era  in  fondo  un  suo  sinonimo,  e  ciô 
tanto  più  facilmente  quanto  più  viva  doveva  sentirsi  la  néces- 
sita di  distinguere  tra  barba  barba,  e  barba  barbuto.  E  il  rac- 
costamento  si  compl  nel  senso  che  il  masc.  barba,  pur  conser- 
vando  la  sua  vocal  caratteristica,  adotto  la  flessione  e  con  essa 
la  vicenda  accentuale  di  *barbo. 

Ma  barba  -nis  era  un  nome  di  parentela,  apparteneva  a  una 
vasta  categoria  concettuale,  e  cosi  poieva  far  sentire  la  propria 
influenza  in  una  duplice  direzione  :  prima  su  d'altri  nomi 
mascolini  di  parentela  uscenti  essi  pure  per  -a  (p.  es.  su  atta, 
ridotto  a*atla  -nis;  cfr.  latani  dat.  CIL,X,  3646,  e  il  vivo 
attâne  di  cui  più  in  là),  poi  sul  suo  correlativo  teminile,  cioè 
su  amita,  che  venne  ad  avère  il  gen.*  aniitanis  ecc.  Questa 
forma  non  è  attestata  da  nessuna  epigrafe,  ma  la  sua  antichità 
(v.  Sittl,  Wôlfflin's  Archiv,  II,  580)  e  la  sua  diffusione  (per  la 
quale  depone  anche  il  pure  antico  tia  -âne  dcU'  Italia  centro- 
meridionale  e  dcUa  Guascogna)  attraverso  l'Italia  centrale  e 
settentrionale,  la  Gallia,  la  Rezia  ci  guarentiscono  che  il  latin 
volgare  doveva  conoscerla.  E  iala  (e  ^7//^)  da  una  parte,  come 
suo  corrchuivo  mascolino,  anrita  dell'  altro,  come  nome  femi- 
nile  di  parentela,  cospiravano  contro  mania  per  fiirlo  entrare  nel 
comun  tipo  di  flessione  (d.  niamaui  CIL,  X,  2965). 

S'era  cosi  venuto  costituendo  un  nucleo,  qualitativamente 
assai  forte,  di  sostantivi  in  -a  -anis,  mascolini  e  feminili^  un 
nucleo  che  appariva  come  l'antesignano  d'una  spécial  declina- 


I.  Circa  ail' esistenza  di  un  franc,  barbe,  zio,  v.  Paris,  336  n. 


204  C.    SALVIONI 

zione  dei  nomi  aventi  un  significaio  personale  e  che  doveva 
percio  esercitare  una  poiente  attrazione,  prima  sui  nomi  per- 
sonali  \n-a,  fossero  essi  nomi  appellativi  o  nomi  propri,  —  e  noi 
abbiamo  visto  or  ora  che  una  reciproca  influenza  tra  questedue 
catégorie  la  trova  naturale  anche  il  Meyer-Lùbke,  —  fossero  essi 
mascolini  o  feminili,  poi  sui  nomi  di  altre  declinazioni  appar- 
tenenti  alla  stesse  catégorie  concettuali.  Poteva  attrarre  a  se, 
pur  rispettandone  la  vocal  tematica,  dei  nomi  délia  2-'  declinaz. 
come  avus,  nel  quale  il  tipo  flessionale  avo  -vone  si  documenta 
a  Lucca  nel  776,  e  la  cui  ditfusione  e  antichità  insieme  è  provata 
dal  friul.  avon,  dal  nap.  vavone  e  dall'  ant.  sardo  aioni  (Solmi, 
Carte  volg.,  num.  XI,  a.  121 5)',  e  infine  poteva  attrarre, 
sempre  rispettando  la  vocal  caratteristica  dei  nominativo,  nomi 
délia  y  in  -c  ed  -/'  -.  S'era  cosî  costituito  il  sistema  -a  -âne,  -0 
-âne,  -e  -éne,  -i  -ine  ' .  / 


1 .  Un  esempio  che  dimostra  quanto  strettamente  si  tenessero  insieme  le 
diverse  catégorie  délia  declinazione  imparisillaba  è  Vattus  -ttouis,  nonno, 
délia  Lex  Romana  Utinensis  o  Curiensis  (v.  Sittl,  /.  c),  che  sarà  il  lat.  atta 
passato  ad  *atto  (-us)  -ttonc,  grazie  a  *avo-vone,  e  grazie  al  parallelismo 
mascolino  con  niaiiio  -aiie  ecc.,ecc. 

2.  Non  conosco  appellativi  che  entrino  in  quest'  ultima  categoria  [v.  perô 
ora  p.  206,  n.].  Ma  se  gli  appellativi  sono  pochi  nelia  i^  déclin.,  se  sono  in 
minor  numéro  ancora  nella  2»,  non  istupirà  che  il  caso  non  ce  ne  abbia 
conservata  nessuno  nella  y.  I  dialetti  moderni  délie  valli  alpine  lombarde 
hanno  nevoddn  le  nipoti,  ^undn  le  giovani,  ecc,  che  son  forme  metaplastiche. 

3.  Il  sistema  che  in  origine,  come  s'è  visto,  non  era  limitatoai  nomi  propri 
e  anzi  ha  per  punto  di  partenza  degli  appellativi,  fini  poi  per  divenire  quasi  un 
sistema  specifico  délia  flessione  dei  nomi  propri  personali.  In  esso  s'adagiaron 
soprattutto  i  nomi  barbarici,  cosi  i  mascolini  gotici  in  -a,  i  feminili  barba- 
rici  accolti  come  latini  nelia  i»  conjugazione,  i  mascolini  barbarici  in  -0,  i 
mascolini  e  feminili  barbarici  (e  pochi  greci)  in  -e  -i.  Non  vi  mancano  natu- 
ralmente  i  nomi  latini  e  latino-cristiani  ;  ma  quesli  o  in  molta  parte  non 
v'  entrarono  affatto  o.  entrativi,  non  vi  allignarono  troppo.  E  ci6  per  due  cause  : 
perché  la  forma  tradizionale  dei  nome  conservata  ne'  testi  rappresentava  come 
un  continue  correttivo,  e  perché  in  fondo  la  flessione  imparisillaba  non  potè 
forse  mai  svestirsi  d'una  certa  impronta  bassa  e  plebea.  Al  quai  proposito 
è  significantissimo  il  fatto  che  il  nome  dei  santi,  in  quanto  applicati  alla 
persona  stessa  dei  santi,  seguono  inflessibilmente  la  declinazione  classica, 
e  cosi  mentre  nelle  pagine  che  séguono  vedremo  Maria  -ri'aiie,  Pctro  -troue, 
Amhrosio  -sione,  Gaudentio  -tionc,  sempre   applicati  a  pcrsone   di   tali   nom" 


DECLINAZIONK    IMl'AKlSlLLAliA    NELLli    CARTE     D  ITALIA       205 

Si  connette  direttamente  con  questo  sistema  quella  declina- 
zione  in  -ê  -cnis,  che,  per  ritrovarsi  quasi  esclusivamente  in 
nomi  propri  d'origine  greca  ',  fu  maie  chiamata  semigreca 
(v.  Bonnet,  Le  latin  de  Grég.  de  Tours,  380;  Philipon,  237;  Schu- 
chardt,  Zeitschr.  f.  roin.  PhiL,  XXVI,  637-8  ;  Zimmermann,  ib., 
XXVIII,  343)''  ?  Essa  vienesoddisfiicentemente  dichiaratadauna 
mossa  analogica  il  cui  motivo  viene  fornito  dalla  grammatica 
greca  stessa.  Avrebbe  quindi  una  ragione  afFatto  spéciale.  Ma 
cW  essa  abbia  poi  potuto  entrare  nel  sistema  générale  délia  decli- 
nazione  imparisillaba  in  -ne  ed  anche  esercitarvi  un'  influenza. 


chc  non  sieno  i  personaggi  venerati,  mai  non  s' incontra  o  un  sancLac 
MariiUiis,  o  un  sancti  Petroiiis,  Ambrosionis,  Guudentionis  *,  nelle  infinité 
volte  in  cui  il  genitivo  di  saucta  Maria,  sanctus  Petrus  ecc.  ha  occasione 
di  prodursi  quai  déterminante  del  determinato  ecclesia  o  monastciium. 
Questo  per  l'Italia  e  fors'  anche  per  la  Francia.  Una  notevole  eccezione  co- 
stituisce  la  Rezia  iransalpina  tra  i  cui  esempi  délia  declinazione  imparisillaba 
(v.  ^\xc\s.,  Zeitschr.  f.  roin.  PhiL,  XI,  iio,  m)  il  Philipon  (pag.  240)  ta  figu- 
rarela  forma  obliqua  in  -aiie  del  nome  à.\Santa  Regola,\niiix\\.a.  dal  tcd.Kiylen, 
e  dove  il  patrono  5i,'//  G.ï//ii  compar  realmente  al  genitivo  come  Ga//o«/5  (Phi- 
lipon, p.  222). 

1.  Tra  i  nomi  non  greci,  è  notevole  il  lat.  Spes  (=  5/)('5  speranza)  che,  in 
quanto  nome  proprio,  s'incontra  col  gen.  Ispenis  e  col  dat.  Speiii.  Ne  viene 
una  singolar  luce  sull'  it.  speiie,  in  quanto  il  nome  proprio  ben  abbia  potuto 
intluire  suUa  declinazione  dell'  appellativo. 

2.  A  una  categoria  spéciale  di  nomi  entranti  in  questa  declinazione  vorreb- 
bero  il  Bonnet,  il  Philipon,  e  quindi  il  Brunot,  attribuire  la  sviluppo  del  tipo 
-a,  -aiiis.  E  un'  analoga  idea,  ma  movente  da  tutti  i  nomi  délia  flessione 
semi-greca,  parmi  implicita  in  ciô  che  dicelo  Schuchardt,  /.  c.  A  me  si  consenta 
di  qui  accenare  a  una  possibilità  che  riguarda  i  rapporti  tra  il  tipo  semi-greco 
e  il  tipo  -il  -anis  :  Hernies  ha  allato  a  se  Herma  -ae,  e  cosi  "Nice  poteva  avère 
allato  a  se  *Nica;  venutosi  ai  genitivi  //^rA/w^w  (Schuchardt,  /.  c.)  Niccnis 
(v.  Rônsch,  Ilahi  11.  Vulg.,  264),  è  facile  supporre  la  presenza  di  *  Hermams 
*NiCiiiiis  allato  a  Henna  * Nica.  E  s'avrebbe  cosi  un  nuovo  coefficiente  délia 
flessione  -a  -anis. 

»Nel  CDL,  num.  222,  si  legge  il  gen.  sancti  Jngialinni  =  s.  Juliani.  H  ben  proba- 
bile  che  a  voce,  già  altrimenti  deformata,  rappresenti,  come  anche  riticne  l'editore 
uno  sbagho.  —Non  so  poi  che  pensare  di  Sant'  Ilarionc  c  della  curiosa  e  diva  copia 
dei  ss.  DomnweDomnwnc.  Q.ui  avrem  forse  il  caso  retto  e  il  caso  obliquo  presi  corne 
due  nonii  diversi  e  nieriti  quindi  a  due  persone.  Là  è  forse  l'obliquo  <^ià  irri<^i- 
Jito  m  un'  unica  tornia  ail"  atto  del  battesimo  del  santo.  Ma  di  più  e  mealio^'ci 
Jicano  gh  agiologi.  . 


206  C,    SALVIOXI 

soprattutto  sui  nomi  dcl  tipo  Johanne(j),  non  è  chi  non 
veda  ". 

Il  quai  tipo  Johannc  -cnc  (e  con  esso  il  tipo  -/  -iné),  in  quanto 
romanzo,  è  forse  considcrato  la  prima  volta  nclle  pagine  che 
seguono.  Almeno  nessun  accennone  scorgo  ne'  trattati  generali 
di  linguistica  romanza,  nessuno  nelle  monografie  spécial!, 
tranne  che  in  quella  del  Blanchi  sui  nomi  locali  délia  Toscana. 
Manca  esso  fuori  d'Italia?  O  solo  uncurioso  caso  havoluto  che 
su  di  esso  non  si  tissasse  l'attenzione  degli  studiosi  di  altri  lin- 
guaggi  neolatini  ?  Farebbe  specie  soprattutto  che  il  tipo  man- 
casse  alla  Francia,  là  dondc  ci  vcngono  dcgli  esempi  epigrafici 
di  -e  -enis  e  di-z(5)  -mw,  corne  Nalalini  Suavini  ^.  lo  non  ho  i 
mezzi  per  istituire  le  opportune  indagini,  ma  parmi  intanto  che 
Gaiideni  Villa  (Bianchi,  340  n.)  potrebbe  voler  dire  qualcosa, 
e  fors' anche  l'analogico  E t toi ene  d'i  cui  a  p.  252,  n.  2. 

Rimane  che  si  tocchi  di  qualche  traccia  délia  flessione  impa- 
risillabache  si  riscontri  conservata  ne'  volgari  italiani.  E  molto 
non  visarà  da  aspettarsi.  Cominciando  da-a  -â?ie,e  rimandando 
prima  ail'  art.  del  Paris,  a  Meyer-Lûbke,  II,  §  18  e  pag.  v,  //. 
Grainm.,  §  353,  agli  Stiidi  di  fil.  rom.,  VII,  185-6,  rilevo  Vat- 
tàuc  del  dial.  di  Bari  e  di  Taranto  (De  Vincentiis)  e  Vatano  ' 
d'altrevarietà  meridionali(Tappolet,  Dieroman.  Verwandtschafts- 
namen,  24)  cui  fa  bel  riscontro  l'atàii  che,  coi  significati  dove 
di  «  padre  »  dove  di  (<  nonno  »,  vive  nelle  valli  ossolane  aven- 
dosi  accanto,  nella  région  limitrofa,  àta  e  làta  (v.  Rendic.  Ist. 
lomb.,  s.  II,  vol.  XXX,  1501-2).  La  presenza  del  vocabolo  aile 
due  estremità  délia  penisola  ci  guarentisce  ben  antica  in  esso 
la  flessione  atta  -ttâne.  Anche  il  riflesso  di  barbarie  s'ode  nel 
mezzogiorno  e  nel  settentrione  :  barbàne,  zio  paterno,  è  di 
Bari,  e   barbàn,  zio,  è  di  qualche    parte  délia  Venezia  e  délia 


1.  Dircttamente  connessi  colla  declinazione  semigrcca  son  forse  gli  obli- 
qui  gotici  del  tipo  IVacceiunii  di  cui  a  p.  206  n. 

2.  [Ed  ecco,  dopo  scritte  le  parole  del  testo,  balzar  fuori  dal  cartolario 
del  monastero  di  Paunat  (Dordogna)  la  bella  forma  di  genitivo  genitricene 
(ancora  un  nome  di  parentela  !),  sulla  quale  richiama  cortesemente  la  mia 
atten7.ione  il  Thomas.  Vedi  Annales  du  Midi,  t.  XVIII,  cap.  m,  délia  intro- 
duzione  ai  Fragments  du  cartulaire  de  Paujiat,  p.   17]. 

3.  Il  /  scempio  forse  per  influen/.a  di  atavus  o  di  tuta. 


DECLIXAZIONE    IMPARISILI.ABA     XELLE    CARTE     D  ITALIA       207 

Emilia  (v,  Tappolet.  o.  c,  105)  ',  ed  è  da  lui  promosso  liam) 
(Tappolet,  95-6;  Arch.  glott.  it.,  XVI,  397  n.)  ^  Corne  nome 
proprio  è  ben  verosimile  che  qui  spetti  Cholane  (=  Nicola(s) 
-làne)  nella  lettera  zaratina,  che  si  legge  a  p.  166  délia  Altita- 
lienische  Chrcstoinatie  di  P.  Savj-Lopez  e  M.  Bartoli.  Ne'  femi- 
nili,  ricordo  chesempre  vive  nella  Lombardia  tusàn  corne  plur. 
di  t(m  ragazza  \  e  che  ugualmente  nelle  Alpi  lombarde,  miita, 
ragazza,  ha  il  plur.  inaîàn.  Ai  quali  esempi  tanno  ottima  com- 
pagnia,  nel  lombardo  del  Bescapé,  i  plur.  donàn  «  donne  »  e 
inadrànc  «  niadri  »  ■<.  nonana  monaca  (^Fraverbia  super  mit.  fciiii- 
uaniiii)  potrebb'  essere  il  franc,  nonnain.  Ma  hanno  vita  florida 
neir  Istria  (Ive,  117,  132,  ecc.)  plur.  siànne,  netànne  {smo.sia, 
niclo).  Questi  ci  menano  a  dire  di  un  angolo  di  Lombardia, 
costituito  dalle  estreme  vallate  alpine  délia  Moesa  e  del  Liro  ^ 


1.  Cfr.  ancora  il  plur.  barbai  nel  Cavassico  (gloss.),  ev.  plù  in  là  le  note  ail' 
art.  «  barba  -bàne  ».  —  Un  nome  proprio  mascolino  in  -due  parrebbe  essere 
il  gen. /'«/■/'(/«  babdu  (Parodi,  Miscellanca  mc^iale  Rossi-Tetss,  343,  Arch.  glott. 
il.,  XV,  49)  se  avesse  ragione  il  Parodi  di  riferirlo  a  Barabba.  Ma  io  credo  vi 
si  tratti  solo  délia  base  «  babau  »  {Arch.  glott.  it.,  XVI,  566)  munitadelsuffissol 
-aiiii.  Sarà  invece  sicura  la  continuazione  di  Andréa  -drcdne  nel  cognome 
Audreaiii  -driaiii  Laiidriaiii.  I  Landriani  di  Lombardia  dipenderanno  perô 
piuttosto  dal  nome  locale  Landriano,  ma  questo  sarà  esso  stesso  altra  cosa 
che  non  i'obliquo  di  Aiidrea[s]} 

2.  Per  «  barbano  »,  cfr.  ancora  il  lig.  barbàii  (Parodi,  nelle  Illustraz.  aile 
Poésie  in  dial.  tabbiese  ;  in  Giorn.  st.  e  lett.  délia  Lignria,  IV),  il  molfett.  ver- 
véne  (con  aiiejéne  e  altéiie),  e  sing.  barba  plur.  barbdni  nel  l'Istria  (Ive, 
pag.  50,  çcc.)  ;  per  «  ziano  -a  >>,  v.  il  Petrocchi,  p.  infer.,  aile  voci  «  :{^iaiio  »  e 
«  ciana  »,  e  cfr.  l'a.  orv.  tia)ia  nel  Diario  di  ser  Toniaso  di  Silvestro  iiotaro, 
pag.  875. 

j.  Puo  poi  passare  al  sing.,  dando  luogo  a  un  tiisdna  che  houdito,  p.  es., 
nel  Ticino  e  anche  a  Pavia  in  Borgo  Ticino.  Cïr.  puttana,  che  ne'  docum. 
volgari  medievali   dell'  Alta  Italia  compare  ancora  corne piiitan. 

4.  In  madrane  ecc.  è  notevole  il  metaplasma,  che  ritorna  nel  suo  corre- 
ativo  mascolino  padron  di  cui  più  avanti. 

5.  Arbedo,  ch'  è  ail'  entrata  délia  Mesolcina,  già  conosce  il  fenomeno  (v. 
Gloss.  del  dial.  d' Arbedo  di  V.  Pellandini,  lUustr.  24,  dove,  nella  nota, 
son  riportati  gli  esempi  di  S.  Vittore  che,  da  mezzogiorno,  è  il  primo  paese 
délia  Mesolcina).  Subito  a  occidente  délia  Mesolcina,  il  Meyer-Lùbke  ha  poi 
rilevato,  di  su  le  Curiosilà  del  venuicolo  bleuiese  di  L.  Demaria  (p.  25),  i 
plur.    aiidai.  zic,  e  norai.   nuorc,   che    pajon   testimoniare  che  in   antico  i 


208  G.    SALVIONI 

fin  giûallespondc  piùscttentrionali  del  Lario  (p.  es.  a  Domaso), 
incui  ilnostro  tipo  flessionale  si  continua  con  una  vivacilà  e 
tenacità  sorprendenti  '  ;  si  continua,  s'intende,  nel  senso  che 
il  plurale  rappresenti  l'obliquo,  e  il  singolare  il  caso  retto.  Se 
n'è  discorso  con  qualche  abbondanza  in  KciicL  ht.  lonib.,  s.  II, 
vol.  XXXV,  917,  e  qui  son  lieto  di  poter  soggiungere  due 
nuove  série  di  personali  feminili  :  quella  dei  sostantividerivanti 
da  aggettivi  di  patria  (mes.  fraùcesàù,  iiiilanesâi'i,  le  trancesi, 
milanesi,  soa::^onàù,  le  soazzesi,  tcc,  campodolc.  DÛ'sokonni,  le 
mesocchesi,  cavenaskéu,  lechiavennasche,  ecc),  e  quella  rappre- 
sentata  da  esempi  corne  la  Noiâfi,  le  donne  di  casa  Nolli,  le 
Nolli,  la  Moîân,  le  Motto,  ecc.  Da  Campodolcino  ho  poi  un 
altro  nome  zoologico  :  ga^çu,  plur.  di  gâi^a,  gazza,  e  tra  i  nomi 
comuni,  Mesocco  t'ornisceancoraî/'^/^hi,  valli,  ravisân,  radici,  e 
inoltre  i  nomi  locali  La  cotân  (cfr.  sing.  cptay  pi.  -ten,  lastra  di 
sasso,  lomb.  pjôta),  dove  un'  altra  volta  si  vede  conservata  nel 
nome  locale  una  tradizione  morfologica  diversa  da  quella  invalsa 
neir  appellaiivo.  — Venendo  ora  ai  nomi  locali  ^  e  ai  cognomi, 
non  ne  posso  dire  che  quel  po'  che  m'è  risultato  dal  paragone 


tipo  vi  fosse  più  diftuso. —  Non  parrà  irriverenza  verso  la  memoria  di  tanto 
uomo,  se  qui  rilevo  un  abbaglio  in  cui  è  caduto  il  Paris,  p.  337,  a  proposito 
dei  fera.  plur.  in  -an  -en  délia  Bregaglia  e  délia  Mesolcina,  portati  prima  in 
discussione  dal  l'Ascoli  {Arch.  i^lott.  jt.,  I,  270).  Questi  plurali  hanno  la  desi- 
nenza  atona  (portpi  le  porte,  ecc),  corne  giustamente  indicanogli  esempi  del- 
l'Ascoli,  e  nulla  hanno  da  vedere,  come  pure  già  avvertiva  l'Ascoli  stesso 
{Arch.  glolt.  27.,  VII,  443),  coi  plur.  in-f/Vidicui  si  tocca  nel  testo;  ondenello 
stesso  dialetto  si  trovan  di  fronte  pçrlen,  porte,  e  kuùaddh  cognate.  Del  tipo 
pôrtçii  è  poi  ampiamente  ragionato  in  Rcndic.  ht.  lonib.,   s.  II,  vol.  XXXV, 

PP-    905  sgg. 

1 .  Corrisponde  bene  alla  tenacità  c  vivacità  delF  oggi  il  fatto  dei  molti  nomi 
propri  in  -a  -dne  che  ci  oflfre  il  manipolo  relativamcnte  esiguo  de'  docu- 
menti  chiavennaschi  che  più  in  là  si  allegano  sotto  la  sigla  «  DR  ».  —  Le 
condizioni  cisalpine  si  riproducono  o  meglio  si  riproducevano  ne'  paesi  tran- 
salpini  immediatamente  limitrofi,  come  risulta  dalla  csposizione  del  Paris, 
337-8,  dalle  osservazioni  dell'  Ascoli,  Arch.  ghtt.  it.,  VII,  443-4,  dal  Buck, 
/.  c. 

2.  Non  abbiam  nulla  in  Italia  da  porre  a  fianco  de'  molti  nomi  di  corsi 
d'acque  in  -a  -unis  che  per  la  Francia  ha  con  tanto  acume  rivelati  e  studiati 
il  Thomas,  Romania,  XXII,  489  sgg.,  Essais  de phil.  franc.,  pp.  30  sgg. 


DECLINAZIONE    IMPARISILLABA    NELLE    CARTE    D  ITALIA       209 

tra  le  forme  antiche  de'  documenti  da  me  esaminati  e  le 
moderne.  Ed  è  ben  poco  quelle  che  se  ne  ricava,  poichè  Vima- 
gnano  (Lodi)  =  Vico  Magnani,  Cameriano  =  Arca  Mariane, 
Salberirand  =  sala  Berlaui,  Bassignana^^  [terra  de]  Bassiniane, 
dei  quali  ai  relativi  luoghi,  e  forse  Cabricani  (p.  256  n.)  son  le 
sole  risultanze  relativamentesicure,  e  potrem  forse  loro  aggiun- 
gere,  tra  i  mascolini,  Landriano  di  cui  qui  innanzi.  Gli  è  che 
i  possibili  metaplasmi  di  -âne  nel  senso  délia  r^  e  T'  declina- 
zione,  il  suffisso  -anii,  -a  (soprattutto  -ianii  -a),  e  nell'  Alta 
Italia  la  coincidenza  in  -âiï  délie  uscite  -a^ii  -e  -u  \  intorbi- 
nano  singolarmente  i  fatti  e  inceppano  il  lavoro  del  raziocinio 
per  riconoscerne  la  verità  intima.  Come  affermare,  p.  es.,  che 
Mariano,  Lavano,  Bellano  -a  (Rivolta  d'Adda)  sian  piuttosto 
che  altra  cosa  de'  resti  dell'  antico  obliquo  Mariane,  Lnpane, 
BeJlane}  Uguali  o  analoghe  difficoltà  insorgono  per  i  cognomi  : 
Mariani,  in  quanto  non  dipenda  da  un  nome  locale,  puô  si 
rappresentare  l'obliquo  imparisillabo  di  Maria  %  ma  anche 
essere  un  derivato  in  -ami  da  questo  nome,  oppure  da  Marins. 
Riterrei  tuttaviache,  p.  es.,  un  cognome  come  Bcrtani  o  Berfa- 
na  5  rappresenti'  la  continuazione  dell'  obliquo  Bertani  -ne. 

Non  meno  intida  è  la  storia  di  -i  (-f^)  -ine  Ç-éne)-^;  questa 
anzi  ancora  di  più,  se  si  considéra  che^  mentre  il  suffisso  -anu 
ha  nella  nostra  quistione  un  solo  valore,  quello  di  accennare 
alla  pertinenza,  -inii  ne  ha  due  :  quello  di  esprimere  il  dimi- 
nutivo  e  quello  di  indicare  la  dipendenza,  derivazione,  discen- 


1.  Dalla  quale  consegue  la  uniforme  ricostruzione  per  -no;  cfr.  Cameriano. 
—  Soggiungo  qui  che  tavolta  il  -no  potrebbe  ritenersi  giustificato,  in  quanto 
p.  es.  un  campo  Bellani[s]  o  [de]  Bellane  potesse  issofatto,  raediante  l'aggettiva- 
zione  del  sostantivo  di  caso  obliquo,  con  o  senza  l'ajuto  del  suffisso  -anu, 
convertirsi  in  un  campo  Beîlano,  ecc.  V.  più  in  là  s.  «  Blanca  -cane  ». 

2.  In  quanto  alto-italiani,  i  cognomi  come  Mariani  e  Bcrtani  nuUa  per- 
mettono  di  fondare  suU'  -/.  Poichè  questo  è  récente,  introdotto  per  influsso 
toscane. 

5.  Il  nome  Albertano  non  sarà  un  derivato,  ma  molto  verosimilmente 
dipenderà  dal  fera.  Alberta  per  la  via  che  si  descrive  nella  nota  i  (Bellanoy. 

4.  È  difficile  tener  distinto  -i  -ine  da  -e  -c'ne,  v.  pag.  245  n.  ;  anche  perché, 
come  si  vedrà,  è  tutt'  altro  che  infondato  il  sospetto  di  un  mero  rapporto 
tonetico  tra  -in-  e  -en-. 

Romatiia,  XXXV  lA 


210  C.    SALVlONl 

denza  '.  Cosicché  un  cognomc  Giavaiiiiini  teoricamente  puô 
rappresentare  un  [fil  in  s]  Johaiiiuni{s),  un  JohiUDuiiits  (.<■  piccolo 
Giovanni-  »,  o  l'aggett.  Johanninus  «  discendente  da  Gio- 
vanni ».  E  lo  stesso  valga  dei  Dolcini,  Fortini,  Bonfantini, 
Pasqiialini,  Siabilini,  Terribiliui,  Iiiserniini,  ccc.  Onde  non  è 
senza  qualche  trepidanza  che  mi  decido  a  riconoscere  de'  geni- 
tivi  nelle  parentele  venete  Coutarini,  Foscarini,  Lavarini  (v.  più 
in  là,  s.  «  Guntari  »,  «  Fuscari  »,  «  Lupari  »  ;  e  cf.  ancora  Petrus 
Gunlarinus^  ego  Conlaremis,CDI,  aa.  960,  1106),  V-  e  Willare- 
n'r^  (cfr.  WiUari,  Bruclcner,  322,  e  il  cognome  ViUari)^  e  nella 
toscana  Ochini.  Tra  i  nomi  locali,  si  ricordan  più  in  là  Campo- 
dolcino  e  Camorino,  e  mi  domando  se  non  sia  da  considerarsi  qui 
\\  fiindum qui  vocatiir  Ma^ajreni  -frini,  MR.,  vol.  I,  num.  78  (a. 
1004)  e  il  piac.  Rottofreno  (dial.  Altofrdj)  +.  Anche  loco  Viialma- 
rini,  AN,  num.  loi,  112,  par  essere  da  un  *Walmari. 

Su  assai  più  solido  terreno  ci  moviamo  invece  coi  cognomi 
derivati  da  nomi  propri  in  -0  {-us)  -om.  Infatti  il  suffisso  accre- 
scitivo  -âne  è  ben  lungi  dal  farci  qui  la  formidabile  concorrenza 
che  sul  terreno  de'  nomi  in  -/  -înc  ci  apparecchiavano  il  suffisso 
di  discendenza  e  più  ancora  il  diminutivo.  Il  diminutivo,  ch'è 
insieme  vezzeggiativo,  s'attacca  all'uomo  appena  nato  e  lo 
accompagna  molto  di  spesso  attraverso  l'intiera  vita,  quali  pur 
sieno  le  dimensioni  che  la  persona  venga  poi  acquistando.  Onde 
non  di  rado  sorge  un  comico  contrasto  tra  le  reali  proporzioni 


1.  Ne'  nomi  germanici  puô  anche  rappresentare  la  risultanza  meramente 
fonetica  di  -iviii  o  quanto  meno  la  confusione  de'  due  suffissi  (Lupuiitus  e 
Lupiiius,  Liiidiiinus  e  Liitdenus,  e  altri.  Cfr.  Alhino  e  AJhitino,  RF  nnm.  340, 
applicati  alla  stessa  persona). 

2.  Puô  anche  rappresentare,  naturalmente,  un  aggettivo  sorto  dal  caso 
oblique  :  canipu  Johannino  =  c.  Johann  in  i[s]  o  [de]  Johann  ine. 

5.  Era  un'  antica  famiglia  délie  isole  lorcellane  ;  v.  Monticolo,  Cronachc 
vene\iane  anlirhisshne.  Indice,  p.  212.  —  Un  altro  célèbre  cognome  veneto, 
che  potrebbe  con  qualche  du'itto  esser  qui  menzionato,  è  quelle  dei  Morosini 
(Maureceni  -10-  nelle  carte  :  cfr.  Maiiricius  Maureceni  Monticolo,  0.  c, 
p    179),  per  cui  cfr.  il  nomin.  Maurici,  Blanchi,  p.  580. 

4.  Sarebbe  il  primo  una  forma  parallela  a  Mattejrc[ihts],  Bruckner,  249, 
il  secondo  un  *  Roi  fie  composto  di  Rôd-  Rôt-  (Bruckner,  298  sgg.)  e  di  -JriJ. 
La  forma  dialettale  puô  dichiararsi  senza  più  dalla  forma  antica,  che  qui 
rappresenterebbe  una  giusta  tradizione. 


t)ECLINAZ10\E    IMI'ARISILLABA    XIÎLLE    CARTE     O  ITALIA       21  I 

del  soggetto  denominato  mediante  un  diminutivo  e  il  diminu- 
tivo  stesso.  Ben  altrimenti  avviene  dell'  accrescitivo,  il  quale 
non  s'applica  che  nel  caso  concreto  dell'  uomo  che  lo  meriti,  e 
quindi,  rispettoal  diminutivo,  un  numéro  di  volte  infinitamente 
minore.  Poichè  il  diminutivo  per  un  certo  numéro  d'anni  ben 
s'attaglia  a  iiilti  i  figli  d'Adamo,  l'accrescitivo  a  ben  pochi,  e 
anche  questi  pochi,  per  la  consuetudine  contratta  negli  anni 
deir  infanzia,  possoncontinuare  l'intiera  vitaachiamarsi  conun 
nome  di  forma  diminutiva  '.  A  buon  dritto  dunque  riterremo 
che  di  regola  i  cognomi  italiani  risalenti  a  un  nome  proprio  e 
uscenti  per  -oui  (e  -e)  rappresentino  la  forma  obliqua  del  nome 
stesso.  E  non  son  pochi;  assai  più  certo,  —  pure  astraendo  dai 
nomi  barbarici  -,  —  che  non  sian  quelli  registrati  nella  nostra 
Usta,  tanti  di  più  che  il  completo  elenco  de'  nomi  latino- 
cristiani  declinati  sul  tipo  -o  -onis  dovrebbe  farsi  movendo  dai 


1.  In  un  paese  di  mia  conoscenza,  vivevano  due  Karlin  aventi  lo  stesso 
casato.  Per  distinguerli  si  ricorse  ailo  spediente  di  chiamare  Kàrlin  grdnt  il 
più  grande  e  grosso  de'  due. 

2.  Aiioni  (e  Anif,  Ghe-ioni  (e  Ghe^:^),  Opiyioni  (e  Opini),  Boin\ioni, 
Alhii:(Oui  (e  Aïïnni),  Befi~oni,  Gindoni  (e  Guidi),  Figoiii  Gitigoiii  {Wido  o 
JVigo),  Prandoni,  Franconi,  ecc.  ecc.  Sennonchè  ne'  cognomi  troviam  rap- 
prcsentati  in  assai  maggior  copia  che  non  ne'  dccumenti,  —  dove  sono 
invero  assai  scarsi  (dat.  Gendfoni  CDL  num.  230,  a.  864,  gen.  Trogulfoni, 
ih.  num.  356,  a.  886,  gen.  Briineugoni  ib.  num.  8,  a.  737,  gen.  Adehnoni 
ib.  num.  107,  a.  826,  Anselmoiii  161  a.  847,  Antelmom  abl.  -ne  257,  a.  874, 
ace.  Luiionem  [nom.  Liu:^o  HPM.,\'o\.  I,  num.  203]  ib.num.  738,  a.  972,  gen, 
Lamhcrloni  Giulini  p.  72  (a.  1093),  gen.  Leupertoni  TeiiperUvii  Alpcrtoni 
Uucilpetioiii  Koprandoni  Gospraiidoiii,  tutti  nelle  carte  astigianedi  HPM,  vol.  I, 
num.  i68e  169,  a.  990  ;  188,  a.  998  ;  209,  a.  1004;  170,  a.  99i,gen.5d/Yw- 
goiiis  gen.  dat.  Naviiigonis -ne RF  num.  163  a.  799  ;  219,  a.  816,  dat.  Aiisel- 
inoiiiib.  num.  328,  880,  gen.  Rihcrtoiiis  ib.  num.  989,  a.  1069,  gen.  Cailoiiis 
ib.  num.  1504,  gen.  Caroloiii  e  Carîonis  CDR  num.  53,  60,  61.  88,  166, 
negli  aa.  1073-1189,  gen.  e  abl.  Eiirigone  ML  vol. IV, p.  11  App.  num.  100, 
a.  IT22),  —  i  nomi  composti  o  i  non  famigliari  o  ipocoristici  :  Albertoni, 
Arrigoni,  Origoni,  Gilardoni,  Bernaidoni,  Fraiicescoiii,  Gugliehiiotii,  Astolfoiii, 
Lafraiicoiii,  Liiisoiii,  Carloni,  ecc.  ecc. 

*  La  forma  di  caso  obliquo  c  quclladi  caso  retto  si  trovano  insiemc  a  designare  lo 
stesso  santo  in  5.  Lucio  c  S.  Liigiii:ioiu-,  v.  BoUettino  storico  d.  Srincni  iliilinna,  XIII, 
t04-).  Si  traita  d"un  nome  germanico. 


212  C.    SALVIONI 

cognoni  attuali'.  Ma,  per  rimanere  aile  rispondenze  dell' 
elenco  nostro,  ricorderemo,  solo  facendo  appelle  alla  memoria, 
Ambrosoni  -sic-,  Augeloni,  Belloiii,  Cehoiii,  Coslati:^o)ii,  Da:^:{onij 
Donu'uiconi  Menooni  Moiiconi,  Dokioni,  Donaioni,  Giorgioni, 
Fantoni,  Giavanuoni  Vannoni,  Lan:^oni,  Loren:^oni,  La~:^aroni, 
Longoni,  Luvoni,  Maioni,  Mai:^om,  Magnoni,  Marconi,  Marhioni, 
Marioui  Maironi,  Martiîioni  \  Moroni,  Negroni,  Polloni,  Pedroni 
Peroni  Perrotw,  Pt);/-()n/,  Roniaiioni,  Rossone  -ni,  Siefanoni  Steve- 
îioni.  Pcr  quant'  c  de'  nomi  locali,  e  non  facendo  qui  nessuna 
distinzione  tra  nomi  germanici  e  latino-cristiani,  poco  o  nulla 
ha  raccolto  il  Blanchi  (X,  306  sgg.),  ne  io  ho  istituito  in 
proposito  nessuna  ricerca  ;  onde  mi  limito  a  traire  dalla  mia 
memoria  nomi  come  Avmdone  (Soncino-Cremona),  An:^one,  in 
valle  Mesolcina  (cfr.  An::p  nel  Bruckner,  223),  dove  la  fonetica 
locale  non  permette  di  decidere  se  si  tratti  d'un  genitivo, 
mentre  lo  permette  il  valmagg.  Men:^QJ  (il.  Menooni  0^,  che  or  a, 
dopoconosciuta  l'esistenza  d'un  nome  proprio  Mf;/:^^  (Bruckner, 
285,  RF,  num.  553,  835),  non  esito  a  dichiarare  dal  geni- 
tivo  Men:^dm  (=  -)s).  Anche  in  BeUin:(ona  (cfr.  l'accus. 
Bilitioneui  in  Gregorio  turonense;  Holder  sotto  BilïtioÇuy)  è 
da  veder  non  altro  che  il  caso  obliquo,  aggettivato  poi  e 
concordato  con  un  sostantivo  feminile,  del  nome  proprio 
Beliio  (y.  Bruckner,  232)  K  Son  poi  da  ricordare  Liirago  Mari- 
none  (Como\  Mondiigone  (y .  più  in  là  sotto  Liipo  -pone),  Mon- 


1.  Cfr.  Agustoiii,  Agostinoni,  Baldasscroni,  Cesaroiii,  Pasqualoni,  Siroiii, 
Benedettoni,  Filipponi  (il  metaplastico  Phiîiponus  so  d'averlo  letto  in  una  carta 
d'Ivrea  délia  fine  del  sec.  xii  o  del  prlncipio  del  successive),  Gasperoni, 
Isepponi,  Salvioni  (il  nome  Salvio  era  assai  diflfuso  nel  M.  E.,  e  si  continua 
tuttodi  anche  nellaparentela  Saîvi;  cfr.  del  reste  il  toscane  S.  Salvi  ^  Salvio 
Blanchi  IX,  380),  Tommasoiii,  Gervasoni,  Nicoladoni  (cfr.  Nicoîado  in  Krit.  Jah- 
resher.,  VII,  p.  i»,  122),  ecc.  ecc.  ;  dai  quali  esenipi  si  scerge  anche  quanto 
diffusi  fossere  i  metaplasmi.  Qui  noterô  anche  Anirco)ii,  Butlistoni,  che  sono 
analogie!  e  da  giudicarsi  forse  come  Judoni  ecc.  ;  v.  più  innanzi  a  p.  272  n. 

2.  Più  ancora  che  Martinoni  s'ode  Martignoni.  E  siccome  non  par  proba- 
bile  che  Martiuius  avesse  maggior  séguito  di  Martimis,  cosi  gioverà 
ammettere  in  Martimui  la  dissimilazione  di  n-n  per  n-n.  Un  nome  locale 
Martignotie  occorre  nel  Bolognese. 

3.  Sul  nome  di  Belliniona  mi  prepongo  di  riternare  quanto  prima;  per 
ora,  V.  BoUettùio  storico  d.  Svii:(era  ital.,  XV,  22  sgg. 


DECLINAZIONE    IMPARISILLABA    NELLE    CARTE     D  ITALIA       21 3 

teJnpone  (Marche),  Cortai:{one.  (Asti)  ',  Cortandone  (Asti)  = 
«  curte  Tondoni  »  (cfr.  curtetundoni  curtcondoni  curteandoni 
ap.  Bruclcner,  329),  Curtatone  (Mantova)  =  «  corte  Attone  » 
(cfr.  curte  Atoni  AN,  num.  132),  FigOHioneÇPnvh)  e  Vigol^pne 
(Piacenza)  «  vico  Unzone  o  Gunzone  »,  Vimodrom  (Monza; 
cfr.  Vicus  Moderoni  CDL,  num.  868),  Vigan:^me  (Lodi  ; 
=  vico  An:^onis  CDLod.,  num.  35),  Vittadone  (Lodi)  = 
vico  Tadone,  Vittuone  (Pavia)  «  vico  Todone  »,  Vimanone 
(Pavia)  '(  vico  Mannone  »,  Casielro^xp^ic,  Cûsteldidoue,  Castel- 
pon:::p}ic,  tutti  in  provincia  di  Cremona,  Roccavione  (Cuneo;  — 
-vione  =  Widonis)  ^  —  Nel  campo  degli  appellativi,  a  suo 
luogo  son  ricordati  l'a.  sa.  aioni,  il  nap.  vavônc,  il  friul.  avon  e 
von,  avo,  'cheben  richiamano  il  ïranc.îîonnones  (Philipon,  247), 
venuto  pero  al  significato  di  «  monaci  »,  nonchè  i  côvsi  sucerâni 
c  bahçni;  qui  vada  anche  il  roman  frateUonc,  confratello,  del 
quale  è  discorso  in  Stiidi  di  fil.  rom.,  VII,  191.  Nella  Lombardia 
è  comune  sing.  iôs,  ragazzo,  pi.  toiçw  (che  puô  passare  alsing.), 
e  nelle  Alpi  lombarde,  il  suo  sinonimo  mat  pi.  matçn  4,  cosi 
come  neir  Ossola  si  ha  wâtar,  ragazzo,  pi.  luatarôh.  C'è  anche, 
neir  Italia  settentrionale  e  nella  Francia  méridionale,  la  bella 

1 .  Cortaiione  non  è  punto  'corte  Azzone'  come  a  prima  vista  parrebbe, 
ma  «  corte  Sedone  »  (cfr.  Curte  seonis  e  Curte  sedonis  HPM,  vol.  I,  num.  5 18 
e  524,  aa.  1161  e  1164.  Asti).  La  risultanza  ultima  di  questa  base  sarebbe 
stata  *  Corain  o  tuttalpiù  *  Cor feçôiï,  che  avrebbe  dovuto  dare  nella  ricostru- 
zione  aulica  un  * Cortessone ,  o  fois' anche  *  Corte:{ione  ammesso  che  il  :{i;^ 
ricostruisca  falsamente  ss.  Riman  quindi  misterioso  Va. 

2.  A  Pavia  c'era  una  chiesa  di  S.  Maria  Perone  cosi  chiamata  dal  fonda- 
tore  di  nome«  Pietro  ». 

3.  Andrà  con  essi  Yavd,  zio,  di  Valtournanche  (Aosta),  comunicatomi 
dal  dott.  Clem.  Merlo. 

4.  A  proposito  délia  base  radicale  di  questa  voce,  è  notevole  che  a  Cam- 
podolcino  si  abbia  ni^t  (plur.  maton)  di  fronte  a  mat  pazzo,  rat  topo,  gat 
gatto.  Equantoalla  sua  parte  formale,  è  da  rilcvare  come  in  qualche  terra  del 
Novarese  (Cerano,  Marano,  Bellinzago)  s'abbia  mattd  plur.  -ttdi,  mentre  in 
più  altre  terre  dello  stesso  territorio  si  ha  sing.  matt  plur.  mattdi.  Il  territo- 
rio  stà  a  cavalière  tra  la  Lombardia  e  il  Piemonte,  e  perô  vedremo  in  mattd 
l'incontro  di  matt  col  suo  sinonimo  pi'rmontcse  ch'è  masiid,  incontro  che  in 
alcuni  luoghi  s'ù  compiuto  solo  nel  plur.,  ottenendosi  cosi  quella  forma 
più  pesante  che,  in  qualche  dialetto,  é  preferita  per  il  plurale  dei  nomi  di 
parentela  (v.  Rendic.  Isl.  tonih.,  s.  II,  vol,  XXX,  p.  1505). 


214  C.    SALVIONI 

controparte  del  lomb.  madrane,  nel  plur.  padron  ecc.  antenati 
«  padri  »  (v.  Arch.  glott.  it.,  \,  455  n.;  XI,  301,371;  XII,  419; 
e  cfr.  il  lad.  babiins  antenati),  che  pur  pu6  passare  al  singolare 
col  significato  di  «  monaco  »,  di  «  padre  »  nel  senso  mona- 
stico  (v.  Studi  critici  dedicali  ad  Art.  Graf.,  p.  402,  sotto 
«  patron  »).  Rimane  ancora  si  ricordi  un  bel  doppione  deri- 
vato  dalla  declinazione  imparisillaba  di  La:{arus  (v.  più  in  h\) 
e  c'ioè  lai:(arône  allatoa  lâixftrc  '. 
E  passiamo  agli  esempi  délie  carte. 


I. A  -ANE 

A.  —  MASCOLINI. 
a.    Appellativi. 

barba -banc  {CIL,  IX,  6402).  AUato  a  barha  (più  raramente 
a  barbas  ^),  occorrono  promiscuamcnte,  e  senza  distinzione  tra 
caso  retto  e  caso  obliquo',  il  tipo  harbnne  e  il  metaplastico 
barbàno.  Ambedue  sono  ben  antichi,  e  vedine  Bluhme,  30, 
Sittl,  Wôlfflin's  Archiv,  II,  580.  Ora  gli  esempi  délie  carte  : 
barbànc  ecc,  ML.,  vol.  IV,  p.  i,  num.  38  (due  volte  ;  a.  731), 


1.  Circa  alla  continuazione  del  tipo  flessionale  in  nomi  propri  di  batte- 
simo,  è  certo  importante  di  ricordare  che  a  Venezia,  ancora  a  principio  del 
sec.  XIV,  la  stessa  persona  poteva  indifferentemente  chiamarsi  Pero  e  Perun 
(v.  Levi,  I  ynomimenti  del  diaktto  di  Lia  Maior,àovc  un  Pero  Floca,  nominato 
con  molla  frequenza,  compar  due  volte  corne  Perun  :  cf.  20  r,  1.  3-4,  e  f.  27 
r,  1.  so). 

2.  E'  in  questa  forma  che  il  Bruckner,  0.  c,  p.  202,  allega  la  parola 
(ch'egli  persiste  a  ritener  germanica)  nel  suo  glossario.  Anzi,  a  p.,  40,  avanza 
egli  l'ipotesi  che  addirittura  si  tratti  di  un  tema  hirhis-  (v.  anche  Cbarak- 
terisiikd.  ^erw.  Elem.  im  ItaL,  p.  16).  Naturalmente,  si  traita  invece  di  un 
-s  analogico,  proveniente  dai  molti  nomi  propri  in  -as,  forse  anche  da  ahbas 
cui  stà  allato  ahha.  E  v.  Paris,  Romaiiia,  XXIII,  336  n. 

5.  La  quai  confusione  è  tanto  più  curiosa  in  quanto  alcuni  testi  volgari 
ancora  distinguano  tra  il  tipo  nominativale,  adoperato  nel  singolare,  e  il 
tipo  di  caso  obliquo,  adoperato  nel  plurale.  Vedi.  Rendic.  Ist.  lomb.  s.  II, 
vol.  XXX,  505,  e  anche,  ma  con  minor  sicurezza,  Arch.  glott.,  XVI,  418.  Il 
notevoic  fatto  par  che  si  verifichi  tuttora  nelF  Istria  (v.  Ive,  p.  50). 


DECLINAZIONE    IMPARISILLABA     NELLE    CARTE    D  ITALIA       21 5 

54  (tre  volte;  a.  761),  p.  11,  num.  93  (a.  iO)i),  CDT  p.  11, 
nuni.  41  (a.  794;  nom.  pi.  barbanis),  CCav.,  num.  68  (e  v. 
Arch.  glolt.  h.,  XV,  332),  CDL,  num.  78  (a.  804),  206 
(a.  859),  234  (a.  865),  CDP,  num.  7o(a.  985),  HTM,  vol.  I, 
num.  220 (a.  ioio.Novara),Z)i^, num.  25,  CD5t?.,  II,  col. 673-4- 
5-6  (a.  1068);  barbàno  qcc,  RF,  num.  31  (a.  751),  I22(a.  778), 
184  (a.  807),  317,  ML,  vol.  IV,  p.  I,  num.  98  (a.  786),  V 
p.  II,  num.  246  (a.  794),  376  (a.  811),  305  (a.  803),  p.  m, 
num.  1257  (a.  939),  1391  (a.  961),  1545  (a.  893),  vol.  IV, 
p.  Il,  num.  85  (a.  1018),  92  (a.  105 1)',  CDT,  p.  i,  num.  69 
(a.  767),  p.  II,  num.  41  (a.  794),  CDB,  vol.  V,  num.  87 
(a.  1136),  e  si  scorrano  gli  Indici  degli  altri  volumi-,  HPM, 
vol.  I,  num.  334  (a.  1049.  Novara),  358  (a.  1064.  Pinerolo), 
401  (a.  1085.  Genova,  perla  quai  città  v.  anche  Parodi,  Arch. 
glott.  //.,  XIV,  14),  420  (a,  1095.  Monferrato),  CDLod.,  num. 
47  (a.  1090),  III  (a  1145),  CDBc,  vol.  II, col.  961-2  (a.  1131), 
CDR,  num.  123  (a.  1153),  ^  occorre  pur  nelle  carte  trentine 
(v.  Malfatti,  Degli  idiomi  parlati  auticain.  ne]  Trentino,  49).  — 
Direttamente  promosso  da  barbàno  ',  come  ha  ben  veduto  il 
Mever-Lùbke5,  e  insieme  dal  suo  corrispettivo  feminile  tiana, 
è  poi  tiano  e  Zj  zio,  RF,  num.  214  (a.  815),  320  (a.  876), 
CCav.  e  CCaj.,  Arch.  glott.,  XV,  360,  XVI,  27. 


1.  Cfr.  anche  per  qd.  Lopo  Barhano  et  suis  consortibus,  ML,  vol.  V,  p.  m, 
num.  1702  (a.  995). 

2.  Nel  CD5,  è  fréquente  pure  il  derivato  harhaneus. 

3.  Per  quanto  la  cosa  possa  parère  intuitiva,  pure  vi  contraddicono  il 
Tappolet,  Die  rom.  Verwandlschaftsn.,  95  n,  e  il  Bertoni,  Zst.,  XXIX,  344. 
Ma  la  cronologia,  nelle  carte  di  que'  territori  che  conoscono  intieme  bar- 
bàno e  tid)w,  offre  un  dato  oggettivo  a  favore  délia  desi  del  Meyer-Lûbke. 
Infatti,  nel  CCav.,  barbanes  è  in  una  carta  dell'  848,  tianu  in  altra  del  1004, 
nel  RF,  barbàno,  occorre  prima  nel  751,  tiano  nell'  815.  Se  poi  il  Bertoni,  a 
giustificare  la  derivazione  per  -dnit,  pone  su  d'unastessa  linea  ^iano  e  il  franc. 
marraine,  egli  mostra  di  dimenticare  che  mentre  :^/o  e  i^iano  dicono  la 
siessa  cosa,  non  cos'i  mère  e  marraine,  e  che  qui  perô  il  suffisso  ha  una  giu- 
stificazione  spéciale,  quella  stessa  che  ha  nel  fiUana,  figlioccia,  d'una  carta 
pisana  (v.  Blanchi,  0.  c,  p.  410  n),  dove  quindi  non  potremo  ravvisare  la 
declinazione  filia  -liane-  cfr.  il  côrsojigliano  -a,  rum.Jin  -nd,  alh.fijan,  figlioc- 
cio  -a,  Densusianu,  Hist.  de  la  îangu;  rotim.,  162,  Gartner,  Darst.  d.  rum, 
Spr.,  214. 


2l6  C.    SALVIONI 

se  ri  b  a  -banc.  Von  conosco  che  lo  scrivaiw  -nés  allegato  dal 
Bluhmc,  p.  30.  e  dal  Sittl,  Le.  Nclle  carte,  quasi  sempre  scriva, 
più  raramente  il  metaplastico  5Tn7'^;?//5(C/)5,  I,  num.  43,  68, 
70,  ecc). 

h.  N  omi    propri  '. 

Andréa  -edne  :  nom.-  Andréa  dat.  Andreani,  HPM,  vol. 
II,  num.  156.  (a.  982.  Novara),  s.  Andreani,  ib.,  num.  22 
(a.  840.  Asti),  VitaJis  Andriani,  «  Vitale  di  Andréa  »,  CDR, 
num.  211.  E  andramo  forse  corretti  in  Andreani  il  s.  Anderani 
di  DR,  num.  48,  e  il  s.  Andreani  di  HPM,  vol.  I,  num.  148 
(a.  iioi.  Biella)"'. 

1.  Restan  cronologicamente  esclusi  dal  nostro  assunto  i  mascolini  gotici 
in  -(/  -iint\  per  cui  si  hanno  esempi  e  dall'  Italia  e  dalla  Gallia  e  dalla 
penisola  iberica.  V.  Philipon  208  n,  245,  Bonnet,  Le  latin  de  Grégoire  de 
ToM/i,  p.  380,  Meyer-Lùbke,  Z./Wa«.,  XXIV,  413,  Menéndez  Pidal,  Manuaî 
elemental  de  gravidtica  historien  espailola,  2»  ediz.,  pp.  17-8,  A.  de  Azevedo, 
O  territorio  de  Anegia  (estr.  da  O  Archeologo  Porttigiiés,  vol.  IV,  nn.  7-9), 
pp.  7-8,  Wrede,  Ueb.  d.  Sprache  der  Ostgoten  in  Italien,  183,  e  passim,  di 
su  il  quai  ultimo  libro  si  puô  mettere  insieme  questa  lista  :  *  Butila  dat. 
Butilani  p.  113,  *Gattila  gen.  Gattilanis  81,  *Helba  abl.  Helhane,  Ebhvie,  37. 
38  (v.  anche  p.  80),  Manna  gen.  Mannanis  -ni,  156,  Oppa  abl.  Oppane  126, 
Ouidila  ace.  Quidilanevi  i'^o,Sindila  gen.  Sinthilanis,  142,  *  Tataacc.  Tataneni 
124,  Thanca  abl.  Tancane  131,  Triuua  abl.  Triuuane  78,  Tritta  gen.  Trittani 
93,  Vera  dat.  Verani  -no  123.  Saranno  forse  da  aggiungere  Thelidanus  p. 
90,  108  e  Pitiamum  (1.  -numT)']2,  formazioni  metaplastiche  dai  casi  obliqui 
di  Teoda  56  e  Pit^a 'j2. — Il  dott.  AI.  Sepulcri  ha  poi  la  cortesia  di  pormi 
sott'  occhio  le  Vilae  sanctonim  Colunihani,  Vedastis,  Jolkvinis  di  Jona  (ed, 
Krusch;  Hannover  e  Lipsia  1905),  da  dove  si  ricavano  Domiia  gen.  DoDinane, 
Hunna  dat.  Hunnane,  e  abl.  Attilane  ;  v.  gli  Indici. 

2.  Nelle  carte  da  noi  esaminate  il  nominative  puô  comparire  anche  quale 
rappresentante  dell'  accusât,  grammaticale  ne'  costrutti  infinitivali  (constat 
Petrus  fecisse),  e  nella  apposizione  di  altra  parola,  quai  pur  sia  il  caso  in  cui 
questa  si  presenti  (p.  es.  terra  lui  Petriis,  dedi  tibi  Peints,  dédit  viihi  Petriis 
=z  diede  a  me  Pietro,  ecc). 

3.  Andreals],  in  quanto  non  si  declini  secondo  la  i^  decl.,  segue  spesso 
nelle  carte  medievali  il  tipo  Andréas  -die,  di  cui  s'è  toccato  da  ultimo  in 
Krit.  Jahrcsbericht,  VII,  p.  i,  122:  gen.  Andreatis  ace.  -atem  abl.  -ali,  RP 
num.  9  (a.  745),  12  (a.  747),  22  (a.  749),  gen.  Andreade  -di  -ti,  CDI, 
aa.  933,  977,  1074,  nom.  Tumatus  (dai  casi  obliqui),  AN,  num.  14  (a.  789). 
Dello  stesso  tipo  di   flessione  :  Johannace  Helliadi  «  Giovannace  di  Elia  » 


DECLINAZIONE    IMPARISILLABA    NELLE     CARTE     D  ITALIA       21 J 

*Ansi-e*Ansetrida-dane:  s.  Ansifridani  -se- RF,  num.  8 
(a.  745),  20  (a.  748),  33  (a.  752).  La  seconda  parte  del  com- 
posto  va  certamente  col  Fridani  -ne  di  cui  il  Blanchi,  o.c, 
pp.  373,  409,  e  che  si  ritrova  nella  carta  chiusina  (a.  771)  che 
il  Mever  0.  c,  pp.  245,  6,  riproduce  dal  Troya  (v.  anche 
CDT,  p.  I,  num.  77).  Tanto  in  questa  che  nella  carta  lucchese, 
la  forma  obUqua  è  passata  al  nominative,  e  lo  stesso  puo 
forse  presumersi,  ove  pel  nominative  vi  fosse  occasione,  del 
RF.  Per  il  suo  Fridani  -ne  il  Meyer  pensa  a  un  t.  Fridan-,  e  di 
questo  stesso  esempio,  — il  solo  ch'  egli  conosca,  —  il  Bruckner 
(p.  248)  non  pu6  ragionar  bene,  visto  ch'egli  lo  considéra  corne 
feminile.  Ma  un  masc.  Frida,  assai  bene  intuito  dal  Blanchi,  è 
provato  dal  masc.  Ajfreda,  RF,  num.  1280  (p.  272),  dal  fré- 
quent! mascolini  pure  in  -freda  del  CCav.  :  Confreda,  num.  23, 
27,  34,  49,  50,  Pelelfreda  49,  50,  Adelfreda,  38,  52,  Ansfreda, 
34  (questo  dipartlcolar  interesse  per  noi),  Rofrida  1 1  (cfr.  Rof ri- 
da iudice  e  gen.  Roffrede,  RS,  num.  46,  212)'.  V-a  del  quali 
esempi  ha  la  curlosa  conseguenza  dl  far  comparlre  parecchie 
feminefra  1  testlmoni  :  ego  Walfreda  filia...  teste,  CCav.,  16,  27, 
30,  ego  Gaidelfreda  filia...  teste,  lé,  24,  qcc,  —  e  di  far  cre- 
dere  persino  al  de  Bartholomaeis  {Arch.  glott.  it.,  XV,  252) 
che  tutti  quel    noml,  ad    eccezlon    d'uno,  sieno  de'   femlnlli! 

Baronta  -tane  :  nom.  Baronta  gen.  Barontani  ap.  Blanchi, 
0.  c,  pp.  367,  409,  da  carta  dell' a  731;  dove  perô  è  danotare 
che  il  gen.  Barontani  si  referisce  ad  altra  persona  che  non  a 
quella  figurante  al  nom.  e  gen.  come  Baronta  -te  nello  stesso 
documente.  Lo  stesso  nome,  ugualmente  declinato,  compare  in 
una  carta  francese  del  739  (v.  Philipon  211)-. 

CDI,  a.  960,  S.  Mdiiiaduin  S.  Mamma  (v.  Bianchi,  Arcl}.  gtott.  it.,  X,  347 
aggiungendo  un  nuovo  esempo  del  genit.  Andreaii  ML,  vol.  V,  p.  11,  num.  742, 
a.  857),  CDR,  num.  166. 

1.  Cfr.  il  cogn.  Giiifrida. 

2.  Sarà  di  formazione  analoga  a  Baronta  il  Mauninta,  del  RF,  (Bruckner 
285,  s.  'Mauronto')  provato  anche  dal  gen.  Maurunte,  ML,  (Bianchi  580). 
Orbene,  crederei  che  la  traccia  dello  antico  obliquo  in  -âne  si  riscontri  anche 
per  questo  nome  nel  nom.  Morantaniis  (cfr.  Moronio,  Bianchi  ib.),  gen. 
Morentani,  RAL,  num.  77  (a.  1032),  166  (a.  1058),  217  (a.  1069).  E  che 
saranno  Caremtani{s.  C-),  ib.  num.  293  (a.  1079)6  {s.)  Berglilntani,  ib.  num. 
215  (a.  1070)?  Per  la  vocale,  cfr.  Baritita,  RF,  num.  1280  (p.  238). 


2l8  C.    SAI.VIOXI 

*Frida  -  dân  e;  v.  qui  sopra. 

Oliva  (o  -ba?),  -vâne  :  s.  Olivani'  ftlio  RAL,  num.  177 
(a.  1061);  V.  Philipon,  210,  ecfr.  il  derivato  OlivaneJli,  RALt 
num.  139  (a.  1050)  -. 

B.    —    FEMIXILI. 

0.    A  p  p  e  1 1  a  t  i  V  i . 

a  mita  -  tane  .  V.  Sittl,  I.c,  e  per  Lucca  (dove  già  nel  77e 
siamo  al  meiAphsiico  awitana),  ML,  vol.  V,  p.  11,  num.  162, 
a.  776  (v.  Blanchi,  Arch.  glott.  it.,  X,  410  n);  del  resto,  de 
amitaiie,  CDL,  num.  74  (a.  -769). 

aldia-diâne.  Il  sing.  di  questa  voce  quasi  non  ha  occasione 
nelle  carte,  onde  risulta  ben  prezioso  il  solo  esempio  (ahlat. 
aldiane -nevi)  che  ne  offre  il  CDL,  num.  41  (a.  771).  Nel  plu- 
rale ^  invece,  essa  ricorre  in  quasi  tutti  i  diplomatari  délia 
regione  méridionale  e  centrale,  in  parte  colla  sua  schietta  fles- 
sione  in  parte  come  metaplasma  (ace.  pi.  aldianas)"^  :  aldiane 
= -nés  e  aldianis,  DA,  56,  58,  138,  -ncs  ML,  vol.  IV,  p.  i, 
num.  65  (a.  767.  Correggi  perô  aldionibns  et  aldiones  m  ald.  et 


1.  Forse  già  da  un  nomin.  *Ol!vauiis.  C'è  anche/ara  Liha>ii,  Fara  Olivana, 
CDL  (a.  915.  V.  Mazzi,  Corogr.  herg.  246),  ma  non  oso  giudicarne. 

2.  Discuto  in  nota  qualche  caso  singolare.  Nel  RF,  num.  8  (a.-  745),  30, 
34,  compare  un  Lucanus  di  cui  non  so  décidera  se  sia  il  metaplasma  di  un 
Liica  -cane,  ose  continui  il  lat.  Lucanus.  In  MR,  I,  85  (a.  1018),  si  legge  Uga- 
nus,  nel  quale,  se  non  v'ha  una  lezione  o  scrizione  errata  per  Ugonus,  par- 
rebbe  di  vedere  il  metaplasma  di  un  Hnga  -gcine  di  tradizione  gotica.  Cohiiii- 
banus  (cfr.  anche  dai.  Palinnhino,  RF,  num.  1194)  e  Coluiiibu  ci  si  offrono 
insieme,  quali  nomin.,  in  HPM,  vol.  I,  num.  50  (a.  603  ;  apogr.  del  sec.  XIII), 
e  rappresentano  una  tradizione  ben  diffusa,  poicliè  anche  il  nome  del  santo 
compare  nelle  due  forme  (v.  p.  es.  la  vita  bcrittane  da  Jona,  di  cui  in  una 
délie  precedenti  note).  Non  improbabile  certo  che  la  doppia  tradizione  del 
nome  dipenda  da  un  antica  flessione  nom.  CoUmiba  obi.  Cohwibdne.  Lo 
stesso  dicasi  di  Ros:u  e  Rostani  (cfr.  Rostanus,  MN,  vol.  I,  p.  295),  adoperati 
promiscuamente  in  HPM,  vol.  I,  num.  50  (a.  895.  Asti). 

3.  Di  aldianis,  abl.  dat.,  è  difficile  affermare,  viste  le  condizioni  generali 
délia  declinazione,  se  si  riferisca  a  un  nom.  aldianae  o  a  un  nom.  aldiancs. 

4.  Occorre  anche  il  tipo  ahliae  -diariim,  p.  es.,  in  CDL,  num.  454 
(a    914),  231  (a.  864),  553  (a.  938),  RF,  num.  183  (a.  806),  ^cc.  Ne  manca 


DHCLINAZIONE    IMPARISTLLABA    NELLE    CARTE     D  ITALIA       219 

aUiaiii's;  v.  vol.  V,  p.  ii,  num.  roi),  V,  p.  ii,  num.  532 
(a.  836),  -lus  -iiibiis,  CDL,  nuui.  51  (a.  774),  80  (a.  806),  84 
(a.  Soj  ;  proaldianes),  162  (a.  847),  402  (a.  903),  389  (a.  901), 
ecc,  CDBe,  vol.  II,  col.  523-4  (a.  1026),  HPM,  vol.  I,  num.  32 
(a.  874.  Novalesa),  84  (a.  934.Acqui),  180  (a.  99e.  Vercelli), 
WAs  num.  3,  (a.  753;  apogr.),  MR,  vol.  I,  num.  61  (a.  981), 
CDP,  num.  52  (a.  969),  CDl,  aa.  921  e  929;  aldianas  RF, 
num.  276  (a.  831),  371  (a.  920),  ML,  vol.  IV,  p.  i,  num.  114 
(a.  795),  CDL,  num.  377  (a.  898),  381  (aldiaiiabiis ;  a.  898), 
403»  534.  535.  607,  760,  ecc,  CDBe.,  II,  col.  523-4,  537-8, 
(a.  1026),  HPM,  vol.  I,  num.  180  (a.  996.  Vercelli),  256 
(a.  1023.  Novara),  AN,  num.  81  (a.  930),  87  (a.  945),  104. 

a  via  -viàne  nonna  :  gen.  aviani,  più  volte  in  CDL,  num. 
236  (a.  865  ;  apogr.). 

domna-mnane  :  nom.  douma  dat.  donmani,  tre  volte  in 
CDL,  num.  401  (a.  902).  Inoltre,  c'e  a  Pavia  una  chiesa  ancor 
oggi  chiamata  in  linguaggio  forbito  S.  Giovanni  Domnarum,  nome 
che  popolarmente  o  è  ridotto  a  S.  Giuvan  Diinà  o  è  tradotto 
per  S.  Ginvaii  di  don.  Ne'  documenti  la  chiesa  è  pur  detta  Dom- 
narum {ccclesia  s.  J.  qnac  niiiiciipatiir  Domnarum,  CDL,  num. 
57e,  a.  946),  ma  anche  trovo  quac  muncupatiir  Domnan,  CDL, 
num.  507  (a.  924),  qaidiciiar  Domnam,  ib.,  num.  534  (a.  929). 
Il  -m  potrebbe  qui  stare  erratamente  per  -n  o  fors'  anche  per 
-ni,  ma  in  domnan  si  ode  la  schietta  continuazione  popolare  di 
donàn  ==  domnanes  o  -aniim. 

femina-nane.  Si  \egge  defendendi  a  femenanis  «  difendere 
dalle  femine  )),in  un  doc.  del  1163  dell'  abbazia  di  Morimondo 
inserto  nel  cartolario  manoscritto  di  detta  abbazia  ch'è  stato 
procurato  da  Ceiso  Bonomi  e  si  conserva  alla  Nazionale  di 
Brera  in  Milano  (AE.,  XV,  36;  v.  p.  45e,  n.  i6r)  '. 

mo  nach  a -chd  ne  :  de  monachane  'délie  monache'  CDP, 
num.  167  (a.  1054;  ma  apogr.  s.  XII  ex.). 


il  tipo  aUia  -clionis,  di  cui  in  una  dellc  seguenti  note  :  aldiones  CDL,  num. 
215  (h'is), -dionibin  ^4j,  e,  con  meta.phsmo,  iildioiiabiis  561  ahîionas  HPM, 
vol.  I,  num.  256  (a.  1023.  Novara),  aldioiiibiti,  ML,  vol.  V,  p.  m, 
num.  1773  (a.  993). 

I.  L'esempio  nrècortesemente  segnalato  dal  dotto  studioso  Signor  Cons. 
dott.  Gir.  Biscaro,  délia  Corte  d'Appello  di  Milano. 


220  C.    SALVIONl 

scripta  -ptdne.  Si  chiamavano  scriptaues  (nelle  carte 
occorrono  scriptanes  accus.,  scriptanihus,  scriptanaruni)  ne'  doc. 
milanesi  de'  sec.  xi  e  xii,  délie  «  donne  certamente  religiose, 
perché  intervenivano  aile  funzioni  ecclesiastiche,  col  resto  del 
clero,  ma  che  non  abitavano  ne'  monisteri  »  e  i  cui  nomi 
«  erano  scritti  in  alcuni  cataloghi  o  brevi,  onde  furono  chia- 
maie  scriptanes  »  ;  v.  Giulini,  McDiorie  spettanti  alla  storia  délia 
città  di  Milano,  2"  ediz.,  vol.  II,  pp.  193-4,  m^  79 1- 

tia  -idne  zia.  Siamo  già  al  metaplastico  tiana  in  ML,  vol.  V, 
p.  ii,num.  316  (a.Sof),  RF,  num.  285  (a.  843),  337  (a.  890), 
dove  la  voce  è  ripetuta  ben  quatro  volte,  plur.  ~iane,  CCaj. 
(a.  1103),  Arch.  glott.  it.,  XVI,  27. 

h.    Nomi    p  r  o  p  r  i  ' . 

Africa  -cane:  nom.  Africa  gen.  -caui,  DR,  num.  36 
(a.   1068). 

A  ha  -h  âne:  nom.  Aba  dat.  Ahani,  CDL,  num.  214 
(a.  861). 

Aemilia  -liane:  nom.  e  gen.  ImmiJia  gen.  Immiliani, 
CDP,  num.  100  (a.    1015). 

Aida  Auda  Olda  -dâne  :  nom.  e  ace.  y^Wa;  gen.  e  dat. 
Aldani  CDL,  num.  607  (a.  955),  872  (a.  993),/.  Aldani, 
HPM,  vol.  I,  num.  341  (a.  1054.  Novara),  gen.  Aldaîii, 
Parodi,  Arch.  glott.  it.,  XIV,  13;  nom.  Auda  gen.  dat.  Audane 
-ni,  CDL,  num.  892  (a 995);  nom.  Olda  dat.  Oldanis,  CDR, 
num.  58  (a.  iioo),  62  (a.  iioi). 

Amiza  -zâ  ne  :  nom.  Ami^fi,  gen.  Amizani,  DR,  num.  31 
(a.  1062),  34  (a.    1068). 

Antela  -Idne  :  a  sera  Antelani,  CDL,  num.  627  (a.  958). 

Atola  -Idne  :  nom.  e  ace.  Atola  gen.  A  tôle,  gen.  e  dat. 
Aîolani,  DR,  num.  25  (a.  1048),  50  (a.    1087). 

Atta  -ttdne  nom.  Atta,  gen.  e  dat.  Attaui  -ne,  CDL, 
num.  784  (a.  978),  879  (a.  993),  carte  Attani,  ib.,  num.  14 
(a.  753  ;  apogr.). 


I .  Ricordo  in  nota  i  fem.  Leudeherta  abl.  -tane,  e  Wilsinda  abl.  -dane  «  ex 
génère  Saxonorum  »,  nelle  Vitae  di  Jona  ricordate  qui  addietro  (v.  gli  Indici 
del  Krusch),  e  l'abl.  Miisane  in  Paolo  Diacono  (v.  Bruckner,  o.  c,  284  s. 
'Masa'). 


DECLINAZIOXK     IMI'ARISILLABA     NKLLH    tlAKTK     D  ITALIA       221 

Bassinia  (Holder  s.  'Bassiniâcus') -niàne  :  Gregorins  de 
Bascnianc,  HPM,  vol.   I,  num.  88  (a.   940.  Asti)  '. 

Bel  la  -11  âne  :  Marlinus  qui  dicilur  Bellani,  CDP,  num. 
loi  (;a.  1016),  nepoics  Bellani,  RF,  num.  1251   (a.  1094). 

Bellaxia  -xiâne  :  nom.  Bellaxia,  gen.  e  dat.  Bellaxiani, 
CDL,  num.  557  (a.  941). 

Benedicta  -ctdne  :  nom.  Bcncdicta,  gen.  e  dat.  Benedic- 
lani,  CDL,  num.  557  (a.  941),  gen,  -ctani,  num.  993  (a.  1000). 

Berga  -gane  :  torse  villa  que  dicitur  Bergani,  CDP,  num. 
47  (a.  964),  115  (a.  1027),  184,  e  Ursi  Vergani,  RF, 
num.  1230,  p.  265. 

Berta-tdne  :  nom.  Berta,  gen.  dat.  Bertani,  gen.  Bcriane, 
HPM,  vol.  I,  num.  191  (a.  999.  Novara),  272  (a.  1028. 
Torino)-,  273  (a.  1028.  Pinerolo),  274  (a.  1028.  Torino) ', 
gen.  Bcrta  e  Bertani  dat.  Bertani,  CDBe.,  II,  col,  723-4 
(a.  108 1),  Johannis  qui  dicitur  Bertani,  CDE,  num.  104 
(a.  1019),  127  (a.  1033),  171  (a.  1035),  Martino  Berianis, 
ib.  num.  154  (a.  1049). 

Bertilla  -11-  Bertilâne  -11-  :  nom.  e  gen.  Bertilla  -II-  lie 
gen.  e  dat.  Bertilani  -ell-,  CDL,  num,  735  (a.  972),  789 
(a.  972)  682  (a.  964). 

Bertillia  -lliane  :  gen.  Bertilliani,  CDL,  num.  764 
(a.  975),  ma  il  nome  si  confonde  col  précédente,  come  appare  da 


:.  Bascniaiie  puo  qui  essere  direttamente  un  nome  proprio.  Credo  tuttavia 
che  sarà  più  prudente  vedervi  un  nome  locale  derivato  dal  nome  proprio 
([lena  de]  Bascniaiie).  E  il  nome  locale  ci  si  offre  spontaneo  nel  Bassignana  di 
Alessandria. 

2.  Nellostesso  doc.  c'è  anche  Bertani  che  a  me  par  di  dover  leggere  Bertani, 
come  qui  indietro  s.  «  Andréa  »  e  s.  «  Bertillia  »  abbiamo  visto  un  -m  maie 
letto  per  -ni,  e  come  più  altri  analoghi  casi  s'incontreranno.  Gli  è  che  i  tras- 
crittori  di  pergamene,  mal  raccapezzandosi  davanti  a  una  forma  in  -ani,  si 
trovavan  portati  a  leggere  senz'  altro  -ain  ;  e  cosi  lo  stesso  Gloria  deve 
neir  errata  correggere  in  Ciciliani  un  Ciciliani  délia  sua  trascrizione,  e  un 
s.  Livam  è  corretto  per  5.  Lïvani  dal  Philipon  238.  Non  che  in  qualche  caso  già 
l'originale  possa  avère  -m,  ma  questo  sarebbe  in  ogni  modo  molto  insolito, 
e  generalmente  nonandremo  errati,  quando,  imbattendoci  in  un/.  05.  Bertani 
ecc,  leggeremo  -ni.  Cfr.  del  resto  anche  s.  Vilîam  =  s.  Vittani  (da  Villanits) 
RAL,  num.  106,  e  Amicom  =z  Amiconi  più  in  là  a  p.  231  n.  4. 

5.  Qui  anche  il  nome  locale  Satahertani  Salih-  (=  Salbertrand)  HPM, 
vol.  I,  num.  277  (a.  1029),  304  (a.  1038.  Susa). 


222  C.    SALVIONI 

nom.  e  gen.  Bcrtilla  -lie;  gcn.  Bcrlilliaiii  (1.  -ni),  CDLod., 
num.  22  (a.  991). 

Blanca  -cane  :  da  tcrciaBlancani,  DR,  num.  34  (a.  1068), 
cioè  «  J./.  [terra]  5.  »  ',  hoiiiines  qui dicimiiir Blancani,  AN,  num. 
143  (a.  1038).  E  sarebbe  assai  prezioso,  perla  sua  provenienza, 
il  /.  Blancani,  del  CDT,  (v.  Bianchi,  o.c,  409),  ove  non  insor- 
gesse  il  dubbio  accampato  dallo  stesso  Bianchi  e  che  trae  forza 
appunto  da  ciô  che  5/^nrrt/z/ sarebbe  nelle  carte  toscane  quasi 
l'unico  esempio  di  un  feminile  cosi  declinato  -. 

Bon  a  -nâne  :  nom.  Bona,  gen.  dat.  Bonani,  CDL,  num. 
883  (a.  994),  DR,  num.  56  (a.  1094),  abl.  Banane,  DR,  25, 
Ursus  de  Banane,  CDI,  a.  932,/.  Banani  feniina,  HPM,  vol.  I, 
num.  411  (a.  1089.  Biella). 

Bruna  -nane:  nom.  Bnina  e  s.  Bninani  (1.  -ni)  HPM, 
vol.  I,  num.  282  (a.  103 1.  Biella). 

Burga  -g âne  :  nom.  Biir^a,  gen.  abl.  Burgani,  HPM, 
vol.  I,  num.  68  (a.  910.  Asti),  /.  Burgani,  DR,  num.  30 
(a.   1062). 

Caecilia  -liane:  nom.  e  abl.  Cicilia,  gen.  Ciciliani, 
(e  Ciciliam  =-ni),  CDP,  num.  58  (a.  972),/.  Geciliani,  DR, 
num.  41  (a.  1074). 


1.  Tali  formule,  di  cui  si  son  già  visti  più  esempi,  occorrono  con  somma 
frequenza  in  tutte  le  carte  quando  si  tratti  di  descrivere  i  confini  d'una 
proprietà.  Ne  v'  ha  nessun  dubbio  che  il  nome  proprio  vi  stia  al  genitivo. 

2.  E  perô  rinfiancato,  nello  stesso  CDT,  p.  I  (num.  65  ;  a.  765.  Chiusi)  da 
terra  Blancani,  es.  non  so  se  sfuggito  alla  diligenza  del  Bianchi  o  da  lui  volu- 
tamente  negletto.  —  Le  scambio  di  vocale  su  cui  il  Bianchi  appoggia  i  suoi 
dubbi  intorno  a  Blancani,  è  di  quelli  in  cui  gli  editori  di  diplomi  incorrono 
con  una  certa  frequenza;  cosi  leggo  s.  Anihroxiani  per  -oui  o  -wii  in  CDL, 
num.  387,  A'N,r\um.  60,  5.  Doiniuicani,  DR,  num.  42  (si  tratta  di  un  testi- 
monio),  s.  Boni^ani  per  -oni  o  -nui  nel  CDBe.,  .'ol.  II,  col.  525-6,  e  ail'  incon- 
tro  /.  Vidalioni  per  -ani  ib.  col.  565-6,  ecc.  Onde  ben  potrebbe  darsi  che 
anclie  nelle  carte  nostre  qualche  -dni  stia  per  -ôni.  duanto  aile  ML  in  ispe- 
ciale,  noi  perô  già  vedevamo  come  il  Bianchi  avesse  torto  di  dubitare  di 
Fridani.  —  Del  resto,  per  tornare  a  Blancani,  c'é  Rolaudns  de  Bhvicano,  RF 
num.  1067  (a.  1082),  dove  Blancano  e  potrebb'  essore  un  errore  per  Blancane 
(obi.  di  Blanca)  o  anche  rappresentare  un  np.  Blancanus  fondato  su  d'un 
aggettivo  dipendente  alla  sua  volta  da  un  genit.  fem.  Blancani  (cfr.  Contareni 
e  Contarenus  più  in  là,  s.  «  Guntari  »J. 


DECLINAZIONE    IMPARISILLABA    N'ELLE    CARTE     d'iTALIA      22  3 

Celsa  -sa  ne  :  nom.  Cclsagen.,  dat.  e  ace.  Celsani,  gen. 
Celsajiis,  DR,  num.  48  (a.  1084),  58  (a.  1096). 

Crescentia  -tiàne:  nom.  Griscncia  ',  gen.  Crisenciani, 
CDL,  num.  976  (a.  1000). 

Ch  ristina  -nâne  :  nom.  Christina,  gen.  Cristinani,  CDL, 
num.  862  (a.  992),  gen.  Cristinani,  HPM,  vol.  I,  num.  228 
(a.  ion.  Novara),  e  sarà  forse  da  leggere  cosi  pure  il  Cristiani 
dello  stesso  documente. 

C 1  a  V  e  n  n  u  1  a  - 1  d  n  e  :  nom .  Clavcnola,  gen .  Clavenolanis 
-II-,  CDR,  num.  54  (a.  1092),  gen.  e  abl.  CJavenolani,  -nu-,  DR, 
num.  16  (a.  1034). 

Critu  na  -nâne  :  a  meridicvia  cl  Critunani,  CDL,  num.  ^  i  r 
(a.  904). 

Cumperga  -gdne  :  /.  Cuiiiperganis,  DR,  num.  54 
(a.  1092),  57  (a.  1094). 

Dominica  -cane  :  nom.  Doniinica,  gen.  edat.  Dominicani, 
DR,  num.  22  (a.  1041),  da  îcrcia  Domiiiicani,  CDL,  num.  888 

(a.  995)- 

Doda    (RF,    num.    1036)    -dane  :   silva   Dodani,   HPM, 

vol.  I,  num.  353  (a.  1062.  Novara). 

Domna  -mnane  :  Uberti  qd.  Donnane,  ML,  vol.  V,  p.  m, 
num.  181 5  (a.  1121)  e  si  retrova  forse  nel  pure  metaplastico 
Dumnaita  -âiiain,  CDB,  vol.  V,  num.  87  (a.  1136)-. 

Druxa-xâne  :  Laurenciiis  Dnixani,  CDR,  num.  178  (ctr. 
Johannes  Driixa,  ib.). 

Eba  -bdne  :  Ana  f.  Elmiii,  HPM,  vol.  I,  num.  248 
(a.   10 19.  Genova). 

Emma -m md ne  :  occorre  più  volte  l'obi.  Eiiiniaiii  (ïn  una 
cogli  errati  Eiini-  Einiu-)  in  HPM,  vol.  I,  num.  133  (a.  969. 
Novara). 

Ermiza-zdne  :  nom.  e  abl.  Eniii~a,  gen.  Ernnji^ani,  DR, 
num.  32  (a.  1067). 

Ficia  -idne  (=  Officia}  Cfr.   Officia,  ML,  vol.  V,  p.  m, 


1.  Circa  al  G-  di  questa  forma,  v.  s.  «  Crescentio  »  più  in  là,  e  cfr.  Gre- 
xeiicius  Arch.  glott.  it.,  XIV,  8. 

2.  Il  np.  Donaiid  compare  in  HPM,  vol.  I,  num.  463  (a.  1129.  Novara). 
Sarà  certo  un  metaplasma,  ma  non  saprei  dire  se  da  Domna  Donna  o  da  Dona 
fera,  del  nome  proprio  Dow  (Bruckner,  512). 


224  C.     SALVIONI 

num.  141 5,  <t  Ficia,  -ciac,  RAL,  num.  30^,  CDL,  iium.  854)  : 
Joh.  Fitiam -cia-  CDBe.,  vol.  II,  col.  891-2,  e  897-8  (a.  1117). 

Flora  -râne  :  nom.  Florauc,  CDL,  num.  377  (a.  898). 

Framiza  -zâne:  Marcbisi  Fraini:^ani,  CDLod,  num.  128 
(a.  1148). 

Franca  -cane  :  nom.  Franca,  gen.  Frmicani,  CDP,  num. 
42  (a.  954)  /.  Francani,  HPM,  vol.  I,  num.  40  (a.  1085. 
Genova),  s.  Francani  (l.  -ni),  Vcrci,  St.  d.  Marca  triv.  e  ver., 
I,  doc.  4  (a,  954)  '. 

Fraxia  (=  Eufr-Ï)  -xiâne  :  nom.  e  dat.  Fraxia,  gen. 
Fraxiani,  DR,  num.  32  (a.  1067). 

Fusca  -scâne  :  nepos  Fuscani,  CDI  (a.   932). 

Gaiperga    -gdne  :  /.    Gaipergani,   CDI,  a.  932. 

Galla-lldne  :  nom.  Galla,  gen.  Gallani,  CDL,  num.  11 
(a.  745)-  Si  tratta  di  due  diverse  donne,  la  zia  e  la  nipote. 

G  a  u  d  e  n  t  i  a  - 1  i  d  n  e  :  Johannes  Gaudcn~am,  CDR,  num . 
178. 

Gausa.-sane  :  dat.  Gausani,nt\  doc.  104  ap.  Meyer  (o.c, 
p.  180),  che  lo  toglie  dal  Troya  (v,  anche  Fôrstemann,  Alid. 
Nanienb.,  2^  éd.,  s.  Gauda).  L'esempio  è  notevole  in  quanto 
provenga  dal  mezzogiorno  délia  penisola  nostra. 

Gaza  -zdne  :  gen.  Ga:^ani,  v.  Parodi,  Arch.  gloit.  it.,  XIV, 
13,  Petrns  Gha~ane  ML,  vol.  V,  p.  m,  num.  1701  (a.  995). 

Gisa  -sdne  :  valle  Gisani,  CDP,  num.  42  (a.  954)  [cf. 
Johannes  de  Gisa,  ib.,  num.  125,  ecc.]. 

Georgia -gidne  :  Martino  qui  dicitur  Zoriiani,  CDP,  num, 
72  (a.  988),  due   volte. 

Gisla  -sldne  :  nom.  Gisla,  gen.  Gisle  e  GisJani,  CDL, 
num.  76e  (a.  975),  abl.  Gislane,  num.  768  (a.  975),  Mafeus 
Gislaiii,  CDR,  num.  178,  e  spetterà  qui  anche  da  una  parte 
Gixilani,  CDR,  num.  62. 

Grata -tdne  :  nom.  G/vzi/rt,  obi.  Gradane,  CDL,  num.  11 
(a.  745)  ^ 


1.  N'è  forse  il  diminutivo  nel  ni.  vallis  Francolani  (c  Flang-)  CDDLod., 
num.  52. 

2.  lo  qui  porrei  anche  il  Boiiipnuulis  et  Graiii  iin^dliluis  di  HPM,  vol.  I, 
num.  154  (a.  981.  Asti),  nel  cui  Grani  vedrei  un  *Graivn  *Gra[d]ani.  La 
scomparsa  dcl  -/-  si  documenta  ad  .Vsti  già  un  secolo  prima  col  nome  locale 


DECLIMAZIONE    IMPARISlLLABA    NËLLE    CARTE    D  ITALIA      2:2  5 

Grima  -m  âne  :  gen.  Grimaui,  CDL,  num.  215  (a.  861), 
da  istam  Grimaiie  (=  d.i.  [rerra]  G-)HPM,  vol.  I,  num.  194 
(Novara). 

Gunza  -zâne  :  nom.  Giinia,  gen.  Gimxfim,  CDL,  num. 
106  (a.  824),  Jobanues  Giin:(aiii,  CDLod.,  num.  150  (a.  1153). 

Higenza  -zâne:  terra  Higeu~aiii,  CDL,  num.  833  (a.  987). 

Ida-dâne  (cfr.  Iddanue,  ap.  Philipon,  p.  205)  :  gen.  Yda- 
nae,  MR,  \'o\.  I,  p.  404  (a.  1296),  che  rappresenta  forse  un 
metaplastico  îdaita  '. 

Imiza  -zdne  :  nom.  Imi:;a,  gen.  e  abl.  L)ii~am,  CDLod., 
num.  42  (a.  1068). 

Johanna  -nnâne  :  ace.  Johannaue,  CDL,  num.  136 
(a.  840),  gêner  Johannani,  CDI,  a.  932,  e  fors'anche  Petrus  de 
Jauane,  ib,,  a.  933. 

Jus  ta  -stdne  :  Joh  de  Justane,  CDI,  aa.  932,  933,  977. 

Laeta-tdne:  dat.  Ledani,  CDL,  num.  494  (a.  921). 

Laurentia  -tiane:  nom.  Laurencia,  gen.  e  dat.  Lauren- 
ciani,  DR,  num.  23  (a.  1045). 

Lida  -dane  :  forse  /.  Lidani,  RF.  num.  1124  (a.  109 1). 

Longa  -gdne  :  Franco  Longani,  RF,  num.  11 67  (a.  11 13). 

Lucia  -cidne  -./.Lnciane,  HPM,  vol.  l,  num.  457  (a.  1123. 
Asti). 

Lupa  -pdne  :  nom.  Liipa  e  Lupane,  gen.  Lupani,  abl. 
Liipaiw  CDL,  num.  215  (a.  861),  956  (a.  999);  nom.,  ace.  e 
abl.  Luba,  abl.  Liibane,  ib.,  num.  98  (a.  822),  casalis  Lupani 
(nome  loc),  CDLod.,  num.  32  (a.  1039),  35  (a.  1044),  CDBe., 
vol.  II,  col.   599-600,  613-4. 

Magna  -gndne  : /.  Magnaui  CDL,  num.  558  (a.  941), 
Johannes  de  Magnane,  CDI,  a.  932  -. 

Maria  -ridne  :  nom.  Maria,  dat.  Marie,  gen.  Mariani, 
DR,  num.  16  (a.   1034)  '. 

Paerno  (oggi  Perno)  che,  allato  al  tradizionalo  Patenio,  si  legge  anch'  esso  in 
HPM,  vol.  I,  num.  51  (a.  896). 

1.  Dico  forse,  in  quanto  V-ae  potrebbe  rappresentare  quell'  -e  che  vediamo, 
p.  es.,  anche  nel  gen.  Giin:^aiie,  mentre  solitamente  il  gen.  è  in  -ni,  da  giudi- 
carsi  non  diversamente  dal  -;/('  di  genitivo  de'  masc.  in  -0  -onis. 

2.  Vico  Miignaui  CDL,  num.  734  (a.  972),  ed  è  forse  da  ragguagliarvi  il 
Vimagnani  e  Vicomagnano  di  CDLod.,  num.  72  (a.  11 18). 

3.  Archamariane,  Arca  Marianc  -ni  è  ne' docum.  il   nome  di  Canicnaiio 

Rumania,  XXXV  j  r 


226  C.    SALVIOXI 

Nîartlia  -thdne  :  Guidoiiis  Martani  (=  Guido  di  Marta?) 
IIPM,  vol.  I,  num.  138  (a.  972.  Bobbio). 

M  art  in  a  (o  -th-?)  -nâne  :  Joharvm  Bonus  Martinani, 
CDR,  num.  178. 

Maura-rânc  :  camie  Manraiii,  CDL,  num.  892  (a.  995). 

Megenza  -zàne  :  nom.  Megeii:^a,  dat.  Megin::^e,  gen. 
Mci^cn::am,  CDL,  num.  690  (a.  965). 

Obiza  -zdne  :  nom.  Ohi:;ri,  gen.  Obi:^ani,  DR,  num.  lé 
(a.  1034). 

*Passinga   -gane  :  f.  PassiHgaui,  RF,  num.    1285. 

Pau  la  -Idne  :  casale  Paulaiii,  CDL,  num.  14  (a.  753). 

Perenza  -zane  :  f.  Pereti:(ain,   DR,    num.   45   (a.  1082). 

Proba  -bdne  : /.  Proi'mii,  RAL,  num.  72  (a.  1030). 

Rilieza-zdne  :  nom.  Rihe^a,  gen.  Riheianis,  DR,  num. 
52  (a.  1089).  Dalla  stessa  base  forse  :  da  nieridie  Rige^ani,  Giu- 
lini,  O.C.,  VII,  p.  58  (cfr.  Rigc~a,  ib.,  p.  52),  Andrcam  et  Bomi- 
nianniim  gui diciwtiir  Rigi~a}ii,  CDLod.,  num.  147  (a.  1153). 

Rimiza  -zdne  :  Johannis  Rimi:^ani,  CDLod.,  num.  100 
(a.  II 38). 

Roza  -zdne  (v.  Bruckner,  295  s  «  Roccia  »)  :  Fermosa  que 
vocatur  Rocianes,  MR,  vol.  I,  num.  41  (a.  964),  «  Formosa  ' 
ch'è  chiamata  di  Roza  ». 

Tadola-ldne  :  vi)iea  Tadolani,  CDL,  num.  799  (a.   980). 

Teveta-tdne  :  nom.  Teveta,  ace.  e  gen.  Tevetani,  CDL, 
num.  692  (a.  966).  Correggi  poi  in  Tevetane  il  Tevecate  dello 
stesso  documente. 

Una  -nâne  :  castellum  Unani,  CDL,  num.  734  (a.  972); 
cf.  il  nome  proprio  Una  in  ML,  vol.  IV,  p.  I,  num.  54 
(a.  761). 

Unia  -nidne.  E  assai  verosimilmente  un  metaplasma 
VUniana  di  CDR,  num.  84  (cfr.  Uiiia  gen.  -ie,  ib.,  num.  83, 
103). 


(Novara)  :  V.  HPM,  vol.  I,  num.  414  (a.  1091.  Novara),  426  (a.  1094. 
Novara).  Mérita  poi  menzione  anche  qucsto  passo  di  HPM,  vol.  I,  num.  450 
(a.  II 20  circa.  Torino)  :  Villa  Mariana...  et  ecclesiani  Sancte  Marie  in  eadem 
villa  sitam. 

I.  Fermoso  -a  occorre    fréquente  nellc  carte  italiane  e  certo  vi  s' ha  da 
vedere  «  Formoso  -a  >>.  Cfr.  lo  sp.  hcrvioso. 


DECLIXAZIONE    IMPARISILLABA    NELLE     CARTE    d'iTALIA       227 

Ursa  -sdne  :  gen.  metaphistico  Orsaiiac,  RF,  num.  1221 
(data  incerta). 

Ursula  -lane  :  abl.  Orsolaiie,  CDP,  num.   15  (a.  874). 

Warna  -nane  :  nom.  JVarna,  gen.  e  dat.  fVarnani,  CDL, 
num.  993  (a.  1000). 

Wida-dâne  :  nom.  Vuida,  dat.  ace.  Vuidane,  CDLod., 
num.  42  (a.  1068). 

Willa  -lldne(cf.  Giiillo,  Bruckner,  321,  c  Gtiilla,  RF, 
num.  1067)  :  hoiuincs  qui  dicuuiHr  Gnillmii,  AN,  num.  18 r 
(a.  1068). 

Degli  esempi  posti  in  fila  quisopra  qualcuno  potrà  non  essere 
intieramente  sicuro  per  le  ragioni  che  si  dicono  a  p.  222  n 
(per  la  errata  sostituzione  di  a  ad  0,  cfr.  ancora  s.  Gisaiii,  CDL, 
num.  372,  dove  Gisani  è  un  testimonio)  e  per  altre.  Cosi  per 
la  possibilità  che  il  nome  in  -àni,  anzichè  il  genit.  d'un  fem,  in 
-a,  rappresenti  quello  d'un  masc.  in  -anus.  Per  questa  ragione 
anche  non  ho  allegato  esempi  come  fiUa  Clemaiciani,  CDL, 
num.  819  o  Joannes  Alhani  CDI,  a.  960  ',  potendosi  avère  in 
essi  CJeinencianus  e  AJhamts  piutosto  che  Clemeiicia  e  Alha. 
D'altra  parte  è  forse  da  emendare  in  Aiuiane  il  gen.  Antione 
(nom.  Alla  fem.)  di  CDL,  num.  628.  Dico  forse,  perché 
non  mancano  nelle  carte  (v,  Philipon,  p.  204  n.)  le  traccie 
di  una  flessione  masc.  ^  e  fem.  in  -a  -âne,   e  ne  vedevamo  un 


1.  Forse  il  dubbio  era  meno  impellente  per  Joannes  Baffaui  CDI,  a.  960, 
heredes  Fibiini  DR,  num.  25.  V.  Anche  Geranl us  qd.Fralani,  ML,  vol.  V, 
p.  III,  num.  1820  (a.  1151),  Bruni  Ubihane  «  Bruno  di  Ubibana  ?  »,  th., 
num.  1819  (a.  1 156). 

2.  Mascolino  è  il  fréquente  Wala  (cfr.  la  parentela  piemontese  Guala)  che 
ha  l'obliquo  IValone  in  CDL,  num.  619  (v.  ancora  num.  618,  CDBe.,  II  col. 
737-8,  HPM,  vol.  I,  num.  404,  399,  RF,  num.  310,  397,  nella  quai  uhima 
raccolta  perô,  il  nom.  suona  Gualo  num.  396,  e  v.  il  Bruckner,  p.  516),  ma 
il  cui  obliquo  *  IVahne  è  forse  rappresentato  dal  metaplastico  IValanus  che 
s'incontra  talvolta  nelle  carte  («05  Walano  CDP,  num.  270).  Un  Cona  gen. 
Co«ok/5  compare  in  CDLod.,  rwim.  145,  edè  inutile  rammentare  che  è  fre- 
quentissimo  il  nom.  Cono.  Nel  gen.  Judoni  (h\s)  CDL,  num.  724  (a.  970)  abl. 
hidone  HPM,  vol.  I,  num.  56  (a.  799.  Novara),  nell'  abl.  Golione  CDL, 
num.  884  (a.  994),  nel  gen.  Sahbonis  RF,  num.  683  (a.  1025),  1296,  sarà  da 
vedere  un  genit.  analogico  di  Juda  Golia  Sabha,  come  è  dovuto  alla  stessa 


228  C.    SALVIONl 

esempio  qui  indietro  toccando  délia  dcclinazione  dell'  appella- 
tivo  ahiia  ' . 

II.  _  .0  2  ONE. 

La  lista  potrebbequi  farsi  lunga  ail'  infinito  ove  non  prescin- 
dessimo  degli  appellativi  e  dai  nomi  propri  d'origine  germa- 
nica  (del  tipo  di  flessione  -o  -^on)  che,  nel  loro  passaggio  aile 
lingue  romanze,  s'adattarono  al  tipo  flessionale  latino  -o  -âne. 
Una  parte  di  questi,  aventi  uno  spiccato  significato  perso- 
nale,  non  saranno  perô  da  considerare  germanici  che  quanto  al 
teqpa,  chè  la  derivazione  per  -io  -iôiie  accenna  a  una  formazione 
dotta    del    latino     médiévale.     Son    questi    i    sostantivi    aldio 


spinta  analogica  il  rapporte  che  corre  in  Lomhardia  tra  i  casati  Rtisca  e  Riisconi. 
Curioso  è  il  caso  offerte  dal  doc.  212  (a.  959.  Asti)  di  HPM,  vol.  I.  Qui  si 
parla  di  una  terra  Roioni,  ma  insieme,  e  sempre  con  évidente  riferimento 
alla  stessa  persona,  vi  occorre  terra  suprascripti  Ro:(aiii  e  iam  dicte  Ro:iaiii. 
Evidentemente  qui  c'e  uno  sbaglio  e  forse  più  d'uno,  ma  dove  ?  Poichè  la 
quistione  si  coniplica  appunto  per  la  circostanza  che  in  carte  délia  Liguria 
si  trovi  un  Ro^a  mascolino. 

1.  II  Bruckner,  par.  106,  allega  di  su  quello  stesso  doc.  del  CDL,  che  a  noi 
forniva  l'es.  IVarna  -nane,  il  gen.  fem.  IVarnoni.  Ma  l'egregio  germanista  ha 
qui  preso  abbaglio,  poichè  questo  Wanioiii  è  un'  altra  persona,  che  tutto 
induce  a  ritenere  mascolina.  Nel  RF,  num.  144,  c'è  Haleranam  (una  sol  volta) 
e  insieme  Haleroiiam  -runae  (e  -ro)ia  -riuia  pure  ai  num.  148,  213).  Se  la 
prima  forma  non  è  un  errore,  essa  andrebbe  considerata  corne  un  metaplasma 
délia  flessione  -a  -due  e  ci  porterebbe  di  nécessita  a  vedere  nella  seconda  pure 
un  metaplasma,  ma  délia  flessione  -a  -oiie.  E  quesî'  ultimo  (e  cosi  in  Stiroiia, 
RF,  num.  228,  Alderuna  e  Godenina,  num.  1280,  pp.  254,  255,  Auriina, 
CDL,  num.  374,  a.  897)  potrebbe  ammettersi,  anche  supposto  che  Halera- 
nam  sia  da  emendare  in  -ouata  (y.  perô  anche  Bruckner,  301).  —  Tra  i  nomi 
locali,  è  notevole  che  Cavandone  (Novara)  appaja  ne'  doc.  corne  Capiit  de 
Anda;  v.  MN,  vol.  Il,  Indici. 

2.  La  quistione  di  sapere  se  si  tratti  di  Petrus  Petroiiis  o  di  Petro  Petronis 
ha  una  importanza  in  Francia,  ma  non  ha  motivo  d'essere  se  posta  in  Italia, 
dove  in  Petro  si  ritrovarono  ben  presto  e  Petru(s)  e  Petrd.  Solo  i  dialetti  meri- 
dionali,  che  distinguono  tra  -u  e  -ô,  potrebbero  invitarci  a  un  più  attento 
esame  délia  quistione.  E  infatti  i  cognomi  Russo,  Fusco  accennano  piuttosto 
a  Russu  ecc.  che  non  a  Russo.  Ma  giova  tener  conto  che  il  tipo  di  flession 
classico  visse  sempre  accanto  ail'  altro  e  che  le  reciproche  contaminazioni  de' 
due  tipi  non  potevano  mancare.  —  Del  resto,  circa  alla  metafonesi  nelle  carte 


DECLINAZIONE  IMPARISILLABA  NELLE  CARTE  d'iTALIA  229 

-dione  \  gastaldio  -diône,  scario  -riône,  sculdascio  -sciône,  marchio 
-chkvie,  mitndio  mundione,  che  son  rappresentati  tutti,  quali  più 
quali  meno,  nelle  carte  medievali  d'Italia.  Qui  basti  l'avervi 
accennato.  Onde  le  liste  che  ora  seguono  non  conterranno  che 
i  pochi  appellativi  d'origine  latina  e  i  moki  nomi  propri  d'ori- 
gine latina  e  latino-cristiana  -. 

a.     Appellativi. 

avo  -vône  e  avio  -vione  :  nom.  havoni,  ML,  vol.  V, 
p.  II,  num.  93  (a.  776),  avoue,  nella  apposizione  di  un  genitivo, 
ib.,  num.  202  (a.  785),  e  v.  ancora  Blanchi,  0.  c,  410  n.  ;  avioni, 
pure  nella  appos.  d'un  gen.,  ML,  vol.  V,  p.  11,  num.  755 
(a.  861)  avioni  -ne,  CDL,  num.  31  (a.  76e),  plur.  aviones, 
HPM,  vol.  I,  num.  19  (a.  897.  Novalesa),  avionibus,  DA, 
num.  91  (a.  1003). 


meridionali,  e  poichè  siam  venuti  per  incidenza  a  toccarne,  v'  ha  del  vero 
in  ciô  che  ne  dice  il  de  Bartolomaeis  (/4rc/;.  ^/o«.  it.,  XV,  252  sgg.;  XVI, 
1 1).  Ma  i  fatti  sono  ben  lungi  dall'  avère  quelle  proporzioni  assolute  che 
parrebbero  risultare  dalla  esposizione  dello  studioso  abruzzese.  Poichè, 
p.  es.,  da  una  parte  non  è  infrequente  -etu  nel  CCav.  (castanietum,  qtier- 
tiettim,  num.  35,  caitnietii  et  salicetu,  num.  47,  quertietii,  num.  50,  casta- 
nieto  etnseletu,  num.  53,  78,  ecc.  ecc),  e  dall'  altra  parte  ci  sono  esempi  come 
/?o/'w/a  (num.  II).  Anche  qui  dunque  nessuna  possibilità  di  conchiudere. 
Cosi  come  nulla  è  da  inferire  dal  fatto  che  nelle  carte  di  tutta  Italia  s'alter- 
nino  al  nomin.  -us  e  -0. 

1.  Per  aldione  occorre  qualche  rara  volta  alJiauo.  Deve  trattarsi  délia  diretta 
influenza  del  feminile,  il  quale,  come  s'è  visto,  puô  anche  declinarsi  come 
i//t//i7  -ih'otte. 

2.  Per  i  quali  si  tengano  sempre  présente  gli  elenchi  del  Philipon,  pp.  223 
(questo  consacrato  specialmente  ail' Italia),  224-5,  che  forse  abbondano 
neir  ammettere  materia  romana.  —  Parecchi  nomi  naturalmente  potrebbero 
venir  considérât!  come  d'origine  gernianicae  cosi  il  Bruckner  ritien  tali  Amico, 
Caro,  Lupo,  Magno,  Mauro,  Donnolo,  Romolo,  Primo,  Ponio,  Marco,  e  altri.  Se 
anche  si  possa  ammettere  che  qualche  volta  abbia  ragione,  o  meglio,  che  nel 
nome  possan  quà  e  là  incontrarsi  le  due  basi,  penso  tuttavia  che  in  génère  il 
Bruckners'è  lasciato  trascinare  dalla  suatesi.  Per  compenso  ciregalerebbeegli 
(pag.  198)  un  Benedicto  -ctone,  ma  nelle  forme  ridotte  di  Becto  -doue,  Necto 
o  (Ni-)  -ctone,  occorrente  la  prima  una  volta,  la  seconda  numerose  volte 
nel  RF.  Puô  darsi  che  la  prima  sia  da  accogliere,  ma  quanto  alla  seconda  o 


230  C.    SALVION'I 

socro  -crône.  E'  certamente  la  base  socroiie  '  che  si  scorge 
nel  gen.  consocrunii  abl.  plur.  consocrnniis  (=  consoceri  -ris)  che  si 
leggono  in  documenti  napoletani  (v.  la  citazion  de'  passi  nel 
Gloss.  che  stà  in  fondo  al  vol.  II,  p.  2^,  de!  Monumenta  ad  Nea- 
politani  Ducatiis  historiain  pertinentia).  Circa  al  -iiis  di  questo 
consocrunius  si  ricordi  il  pugl.  barbaneus  di  cui  a  p.  215  n. 

*veclo -clone  (=  vêtu  lo  -  lône).  «  Nella  nostra  metro- 
politana  chiamansi  veggiôn  e  veggionn  dieci  vecchi  e  dieci  vec- 
chie,  vestiri  quelli  da  chierici,  e  queste  da  monache,  i  quali 
air  offertorio  délia  messa  capitolare  offrono  il  pane  e  il  vino 
rappresentando  il  popolo  milanese  nelle  offerte  che  antica- 
mente  si  solevano  fare  alla  chiesa,  e  precedono  il  clero  metro- 
politano  nelle  processioni,  ecc.  Il  Du  Gange  fa  memoria  di 
questi  nostri  Veggion  che  veggonsi  chiamati  Vegloiii,  Vegloncs, 
Vegionio  Seiies,  e  délie  nostre  Veggionn  che  si  leggono  da  lui 
dette  Veglonae  e  dal  Giulini  (VIII,  363),  Veglonessae  »  (Gheru- 
bini,  Voc.  mil.,  s.  «  veggiôn  »).  Girca  al  Giulini,  v.  ancora 
vol.  I,  2*  ediz.,  p.  326-7,  dove  compajon  le  forme  gen.  veglo- 
nuni,  dat.  vegJonihus.  —  Non  dubito  di  ravvisare  in  questo  plu- 
rale il  resto  dell'  antica  flessione  -0  -ône  ^ 


sarà  germanica  o,  se  latina,  rispecchierà  un  Nitido  -doue  (cfr.  Fit.  netto).  Il  Br. 
s'appoggia  al  fatto  che  in  un  docum.  (num.  509)  la  stessa  persona  si  chiami 
Nettonem  nel  testo  ma  Betiedictus  nella  firma.  Sennonchè  Xi'tlonein  dev'  essere 
un  soprannome  corne  risulta  dal  num.  471  (Benedictum  qui  pro  tioniine  Nitto 
sproccus  vocor  ;  Benedicti  qui  et  Nitto  vocor),  e  il  fatto  che  il  soprannome 
possada  solo  rappresentare  il  nome  non  è  senza  esempi. 

1.  Questo  *socrone,  o  almeno  *soceroiie,  appar  chiaro  nel  zàrso sucenvii  suo- 
cero.  Il  Guarnerio  {Arch.  glott.  it.,Xl'V,  191)  vi  vedrebbe  veramente  una 
voce  originariamente  diminutiva.  Sennonchè  in  un  tal  nome  la  ragion  del 
diminutivo  non  risulta  chiara,  a  meno  non  si  ritenga  che  nelF  -çmi  abbia  una 
mano  hahoni  nonno.  Ma  e  qui  avremo  realmente  un  diminutivo  o  non  piut- 
tosto  vi  riconosceremo,  a  ciô  confortati  dall'  a.  sardo  aioni,  dal  nap.  z'uvone 
ecc,  l'obliquo  délia  flessione  -0  -ône,  flessione  estesa  poi  a  mamvioni  nonna? 
Certo  «  avone  »  poteva  farsi  valere  in  Corsica  come  s'è  fatto  valere  nel  /'<(/'- 
hone (t  (\umà\.  mamvione')  d'altre  parti  d'Italia  (v.  Tappolet,  Rovi.  Venvu., 
pag.  74)- 

2.  Come  nel  mil.  vegdna,  vecchiaccia,  è  da  vedersi  il  metaplasma  dell'  obli- 
quo  di  *vecla  -cldne  (cfr,  sing.  vega  pi.  -gdh,  sost.,  nella  Mesolcina). 


DECLINAZIONE    IMPARISILLABA    NELLE    CARTE    D  ITALIA      23 1 

/'.     Nonii    propri. 

Adamo-mône'  : /.  Adatiunoiiis,  RF,  num.  82e,  1069 
(a.  1082-3),  terra  Adammojiis,  ib.,  num.  733. 

Aemilio -liône  ""  :  iiiaiiiis  Melioiie,  AN,  num.  17  (a.  800), 
da  maiie  Mclioni,  HPM,  vol.  I,  num.  145  (a.  976,  Novara). 

Albino  -nône  :/.  AUnnoni,  CDL,  num.  49  (a.  773),  665 
(a.  962). 

Amandulo  -16  ne  :  nom.  Aniandolo,  gen.  e  dat.  Aiiiciiido 
loni,  HPM,  vol.  I,  num.  5  (a.  886.  Asti). 

Amato  5  -tône  :  nom.  Aiiiato,  gen.  Ainaionis,  ace.  Arnaio- 
nem,  RF,  num.  498  (a.  1014),  593,  625  (a.  1012),  724,  747, 
751  (a.  lo-jo),  ecc. 

Amb  rosio'  -siône  :  nom.  Aiiibrosius,  dat.  egen.  Auihrosioni 
abl.  Amhrosiom,  CDL  num.  13e  (a.  840),  149  (a.  843),  180, 
484  (a.  919),  Qcc,  CDBe.,  vol.  II,  col.  647-8,  CDLùd.,  num. 
151  (a.  II 53),  HPM,  vol.  I,  num.  119  (a.  963.  Vigevano), 
145  (a.  976.  Novara),  CDP,  num.  53  (a.  969). 

Amico  -cône  :  nom.  Amico  Amiens  ^,  gen.  Aiuiconis  -ni, 
dat.  Amiconi,  ace.  Amiconem,  abl,  Amicone,  RS,  num.  193  (a. 
1013),  i94,2io(a.  993),  i?F,  num.  373  (a.  940),  381,  388,  458 


1.  Aùamo  0-1UUS  in  realtà  non  ni  è  occorso  mai,  bensi  il  gen.  Adami-mmi. 
Il  nominativo  è  solitamente  Adam,  assai  più  raramente  Ada.  Nel  RF  è  fre 
quenteil  gen.  ^Jaegiànoto  al  latino. — Dialtri  metaplasmi,  v.  s.  «  Johanno  » 
e  i<  Victoro  ».  Curiosi  sono  qucsti  :  gen.  Feluni  (e  fors'  anche  gen.  Filoni, 
ML,  vol.  IV,  p.  I,  num.  65,  a.  767)  CCav.,  num.  26  (a.  825),  e/.  Cresconis 
RF,  num.  1030  (a.  1077)  s.  Criscioni,  CDT,  p.  11,  num.  74  (a.  807).  Il  primo 
è  dal  noto  nominativo  Fêle  ^  Félix,  AscoVi  A rch.  glott.  it.,  II,  435,clie 
occorrene'  doc.  declinato  per  lopiù  corne  Fêle -lis,  e  il  secondo  pure  dal  nom 
Crescens  (cfr.  il  tosc.  Crescio  ;  e  nom.  Crescio,  RF,  num.  956,  a.  1092,  gen. 
Crescii,  Ciisci,  CDT,  p.  11,  num.  81,  a.  809;  89,  a.  812,  i?F,  num.  931,  a. 
1062). 

2.  Potrebbe  anche  trattarsi  àiMelio;  v.  Holder,  All-celt.  Sprachschati,  s. 
«  Mclius  ». 

3.  Amato  poteva  fors' anche  rappresentare  il  nom.  Auiator,  se  non  è  per 
errore  che  nel  CDT,  num.  86,  al  nom.  Amato  corrisponda  s.  Amatori,  e  che 
in  RF,  num.  593,  ail' ^wa/o«/5  délia  firma  corrisponda  nel  testo  Amatorem. 

4.  Nom.  Amicom,  HPM,  vol.  I,  num.  305  (a.  1039.  Asti),  che  perô  leg- 
geremo  Amiconi  (cf.  nom.  Opiioni  e  Liii^oni  ib.  num.  252,  339). 


232  C.    SALVIOXI 

479,  590,  615  (a.  ion),  736,  72o(a.  1037),  1050,  CCav.  num. 
421    (a.    990),    terra  Atnigoiii,   CDL,    num.   751,   col.    13 11, 

(a.  974)'• 
Atilio  -liône  :  /.  Alchoni,  -ti-,  CDL,  num.  933  (a.  997), 

HPM,  vol.  I,  num.  139  (a.  973,  Asti). 

Angelo  -lône  :  campo  dicitur  de  Angeloue,  CDL,  num.  845 
(a.  988),  e  fors'  anche  AgiielJoue,  ib.,  num.  ^78  (a.  918). 

*Anticio  -ciône-  :  Leonis  de  Anticioue,  RF,  num.  646 
(a.  1028). 

Arvio  -viône  ''  :  /.  Arvioni,  CDBe,  col.  443-4  (a.  1005). 

*Aucello  -llône:/.  Uccelloiiis,  RF,  ii94(a.  1104). 

Auso  -son  e  :  s.  Ausûni  -iiis,  CDT,  p.  11,  num.  36  (a.  793), 
89  (a  812),  RF,  num.  1280,  p.  267. 

*Ausulo-lône  :  gen.  Ausuli,  dat.  AusuJoni,  ML,  vol.  V, 
p.  II,  num.  102  (a.  767). 

Baroncio  -ciône:  nom  Baroucius  -cio,  gen.  Baronciôni, 
ML,  vol.  IV,  p.  I,  num.  éi  (a.  765),  Blanchi  p.  367,  RAL, 
num.  137  (a.  10-19),  CDL,  num.  866  (a.  992). 

Barucio  -ciône  :  nom.  Bariicio,  gen.  Banidoni,  ML, 
vol.  IV,  p.  I,  num.  39  (a.  737),  e  Blanchi,  p.  367. 

Beato  -tône  :  s.   Biadoni,  CDL,  num.    869  (a.  992),   899 

(a-  995)- 

Bello   -llône    :    nom.    Bellone,    gen.    Bclloni,    -nis,    ML, 

vol.  IV,  p.  II,  num.  91  (a.  1049),  ib.,  App.,  num.  91 

(a.  1099),  106  (a.  1164),  vol.  V,  p.  m,  num.  1813  (a.  1121), 

1816  (a.  1123),  1825  (a.  1177),  RAL,   num.  207  (a.  1068), 

270  (a.  1077),  RF,   num.  1098  (a.  108 1),  1280  (p.  268), 

Giulini,  p.  78  (a.  1098). 

Blandino  -nône  :  Tribnnus  Blandinoni,  CDP,  num.  4 
(a.  673  ;  apogr.  saec.  x). 

Bono  -nône  :  nom.  Boiio  eBomvie,  dat.  e  gen.  Bononi,  ace. 
Bonus  e  Bonone,  ML,  vol.  IV,  p.  11,  num.  81  (a.  1000),  CDT, 
p.  II,  num.  64  (a.  804;  Bimonï),  RAL,  num.  158  (a.  1056), 
CDL,   num.  291  (a.    879),   446  (a.    912),    597,  tcc,  HPM, 


1.  Curioso  Amisone  -nis,  CDBe.,  vol.  II,  col.  597-8,  901-2,  se  da  esso  già 
traluce  il  moderno  amis  (Roniania,  XXIX,  546  sgg.). 

2.  V.  Flechia,  Di  akune  forme,  ecc.  p.  40. 

3.  V.  Holder  s.  «  Arvius  ». 


DECLIXAZIONE    IMPARISILLABA    NELLE    CARTE    D  ITALIA         233 

vol.  I,  num.  129  (a.  967.  Novara),  401  (a.  1085.  Genova), 
CDP,  num.  52  (a.  969),  CDR,  num.  61  (a.  iioi).  Si  emendi 
poi  in  Bononi  il  fréquente  Bonoiii  di  CDLod.,  num.    141. 

Bon'io  (RF,  num.  1280,  p.  267,  ML,  vol.  V,  p.  m,  num. 
1309,  a.  945) -ni 6 ne  :  s.  Boiiioiiis,  RF,  num.  769  (a.   1043). 

Brutio-tione  :  gen.  Bni~oius,  ace.  Bni:^iucm,  RF,  num. 
783  e  78^- (a.  1046). 

Cahallio  -lliône  :  s.  CavaUioui.,  CDLod.,  num.  128 
(a.  1148). 

Caelio  -lié ne  :  gen.  CelUonis,  RF,  num.  854  (a.  1055). 

Calvo  (cfr.  nom.  Calvm,  RF,  num.  1177)  -vône  : /.  Cal- 
vonis,  RF,  num.  732  (a.  1030-31). 

Caesario  -riôneirt  capite  Caesar'wnis,  RF,  num.  597 
(a.  1043). 

Carentio  -tione  :  s.  Carentionis  -cio-  -~o-  CDLod., 
num.  69  (a.  11 17),  129,  130  (a.  1140)  '. 

Ca.ro  -ràne  :  s.  e  f.  Crtnww,  i?F,  num.  457  (a.  10 18),  507, 
654  (a.  ion),  abl.  Caroiie,  ib.,  num.  11 15  (a.  1088),  gen. 
Caronis  e  Cari,  ML,  vol.  IV,  p.  11,  App.,  num.  i  ro  (a.  1 179), 
113  (a.  1181). 

Caruncio  -ciône  :  f.  Caninciouis,  RF,  n um .  630 
(a.  1012). 

Casto  -stône  :  nom.  Casto,  gen.  Castonis,  RF,  num.  736, 
(a.    1034-5). 

Catulo  -lône:/.  Cadoloiiis,  CDI,  a.  10 17  (cfr.  Cadiihis, 
ib.,  a.  1 102). 

Celso-sône  :  nom.  Celso  e  Celsus,  gen.  Celso)u,  dat.  Ccl- 
soni,  ace.  Cehonem,  RF,  num.  119  (à.  778),  CDL,  num.  133 
(a.  839),  291  (a.  879),  376  (a.  898),  450  (a.  912),  674 
(a.  963),  839,  (a.  997),  CDBe.,  vol.  II,  col.  595-é  (a.  1039), 
637-8  (a.  105 1),  HPM,  vol.  I,  num.  21  (a.  836.  Asti),  242 
(a.  1017.  Asti). 

Cinctio  -ctiône  :  /.  Cîntioni,  CCav.,  num.  41  (a.   855). 

Civicio  -ciône  :  /;/  Civicioni  -nis,  HPM,  vol.  I,  num.  no 
(a.  959.  Asti).  E  un  nome  locale,  davanti  al  genit.  è  quindi  da 
sottintendere  un  sostantivo  reggente. 


I.  Anche  5.  CanuiyOnis  e  il  metaplastico  nom.  Caraii:^dnus,  RF,  num.  1047 
(a.  1080)?  Per  il  nome  stesso,  cfr.  poi  il  cognome  pavese  Carentio  e  Sca-. 


2  34  C.    SALVIONI 

Clavennulo  -lônc';  s.  Clavenoloiii,  DR,  num.  44 
(a.   1081). 

Clcmentio  -tiône  :  /.  Clemencioni,  CDL,  num.  817 
(a.  983). 

Concesso  -ssône  .  s.  Concessoiii,  CDL,  num.  86 r 
(a.  992). 

Constantio  -tiône:  a  sera  Cônstancioni,  CDL,  num. 
433  (^-  907), -J-  Cônstancioni,  ib.,  num.  708  (a.  968). 

Corvio  -viône  :  /.  Corvionis,  RF,  num.    1210  (a.  1096). 

Corvo  -vône  :  gen.  Corbonis,  ace.  Corbonem,  RF,  num. 
783,  784  (a.  1046),  856,  1008  (a.  1073),  (ego  Corbo,  ib.   928). 

Crescentio  -  tiôn  e  :  nom.  Grixencius,  Crisentius,  abl.  Cn- 
seniio,  gen.  Gre-  e  Cresencioni,  CDL,  num.  131  (a.  837),  421 
(a.  906),  DR,  num.  32  (a.  1067),  ^-  ^ /•  Crescentionis,  RF, 
num.  418  (a.  1003),  906  (a.  1060). 

Crispio  -spiône  :  s.  Crispionem,  CDLod.,  num.  41 
(a.  1065). 

Damiano-nône  : /.  Damianoni,  CDL,  num.  650  (a.  961- 

Datio  -tiône  : /.  Dationi,  AN,  num.  27  (a.  826). 

Dato  -tône  ^  :  nom.  Dalo,  gen.  Datonis,  ace.  Datonem,  RF, 
499  (a.  1014),  720  (a.  1037),  734,  914,  921,  1256  (a.  1093), 
ecc,  gen.  dat.  Dadoni,  HPM,  vol.  I,  num.  418  (a.  1092),  e 
fors'  anclie  ML,  vol.  V_,  p.  11,  num.  828  (a.  873),  RAL,  num. 
61  (a.  936). 

Decimo-mône  :  Thedaldi  Decinoni  (\.  -nioiii}),  AN,  num. 
117  (a.  1089). 

Dominico  -cône  :  nom.  Domînicus,  gen.  Dominiconi,  ace. 
Dominicone,  CDL,  num.  98  (a.  822),  161  (a.  847),  171 
(a.  851),  229  (a.  864),  487  (a.  919),  603  (a.  933),  707 
(a.  968),  Qcc,  HPM,  vol.  I,  num.  56  (a.  899.  Novara),  [35 
(a.  970,  ib.),  106  (a.  955.  Asti),  Martini  Dominiconi,  AN, 
num.  loé  (a.  ion),  Doniinicus  Mengoni,  CDP,  num.  7 
(a.  829),  s.  Minconis,  RF,  num.  92  (a.  775). 


1.  V.  il  suo  corrispettivo  feminile  qui  indietro  s.  «  Clavennula  ».  Tanto 
il  maschio  che  la  femina  compajono  in  document!  chiavennaschi.  E  di  Bella- 
gio  è  la  signora  Betlaxia  di  cui  a  suo  luogo. 

2.  In  RF,  num.  736  (a.  1034-5),  il  gen.  Dalonis  corrisponde  al  nom   Deo 
datiis. 


DECLINAZIONE    IMPARISILLABA    NELLE     CARTE    D  ITALIA       233 

Domino  -nône  :  nom.  Dominus  -no,  gen.  Doiiiiiii  e  Dotni- 
noui,  CDL,  num.  773  (a.  976),  813  (a.  983),  817  (a.  983), 
862  (a.  992),  873  (a.  993),  DR,  num.  20  (a.  1039),  /.  Don- 
nom',  CDL,  num.  932  (a.  997). 

Domnulo  -16 ne  :  s.  Donnoloni,  CDL,  num.  196  (a.  856). 

Donato  -tône  :  gen.  Donadoni,  dat.  Douatone,  CDL, 
num.  142(3.  841),  207  (a.   859). 

Dulcio -ciône  : /.  Dnlcioni,  CDLod.,  num.   54  (a.   1106). 

Fabario  -rione  :  Martini  Laharonis,  RF,  num.  ^40 
(a.  999). 

Faustino  -no  ne  :  nom.  Fanstinns,  gen.  Fanstinoni,  ace. 
Faustinone,  CDL,  num.  83  (a.  807),  206  (a.  859),  423  (a.  907). 

Februario  -riône  -.s.  Februarioni,  HP  M,  vol.  I,  num.  70 
(a.  911.  Asti). 

Fessucio  (cfr.  il  nome  proprio  Fessus  ap,  Verci,  Storia  d. 
Marca  Triv.  e  Veron.  I,  doc.  14)  -cione  :  ace.  Fessnccione, 
CDT,  p.  I,  num.  70  (a.  768). 

Firmo  -mône  :  nom.  Fernins,  gen.  Fernioni,  CDT,  p.  11, 
num.  6  (a.   775). 

Florentio  -tiône  :  s.  Florent ioni,  CDL,  num.  19  (a.  741), 
per  Florentione,  ib.,  num.  53  (a.  774). 

Fusco  -scône  :  gen.  Fusconis  -ni  abl.  Fuscone  ace.  Fusco- 
neni,  RF,  num.  )i_|  (a.  1018),  698,  763,  765,  853,  1018  (Fo- 
sconis ;  a.  1075),  1051,  1311,  ecc,  CDB,  vol.  III,  num.  71 
(a.  1148),  72,  V,  num.  éi  (a.  1114),  96,  CDP,  num.  79 
(a.  999),  82  (a.  100)). 

Gallo  -llône:  Peints  Gallone,  ML,  vol.  V,  p.  m,  num. 
1778  (a.  looi).  [In  assai  più  tarda  età  e  in  contraddizione  con 
quanto  è  detto  a  p.  205,  gli  Statuti  di  Bormio  offrono  sanctnni 
Gallonuin,  sancto  Gallone.  Si  sente  qui  l'influenza  dcl  Gallo 
-llonis  délia  Rezia  ;  v.  p.  205  n.]. 

Gaudentio  -tiône  :  nom.  Gaudentius  -dus,  gen.  e  dat. 
Gaudentioni  -cio-,  ace.  Gaiidencione,  CDL,  num.  83,  146  (a.  84'») 
325  (a.  884),  613  (a.  956),  866  (a.  992),  869  (a.  992),  956 
(a.  999),  Qcc,  HPM,  vol.  I,  num.  102  (a.  953.  Novara),  ecc, 
CDR,  num.  184,  s.  Gaiiden:^ont  e  Godoi^onis,  DR,  num.  42 
(a.  1076),  56  (a.  1094). 

Germano  -nône:  nom.  Germano,  gen.  Germanoni,  abl. 
Germanone,  HPM,  vol.  I,  num.  69  (a.  910.  Asti),  94  (a.  945. 
Asti). 


23  e  C.    SALVIONI 

Georgio  -giône  :  gen.  Geo-  Gioi\^ioni  -ne,  CDL,  num. 
60  (a.  785),  206  (a.  859),  HPM,  vol.  I,  num.  23  (a.  861. 
Asti),  -j4  (a.  886.  Asti). 

Giso  -sône  :  nom.  Gisus  eGiso,  gen.  dat.  Gisoui,  ace.  Giso- 
nem -ne,  CDL,  num.  207  (a.  859),  RF,  num.  359  (a.  953), 
573  (a.  1032),  ecc,  CDBe.,  vol.  II,  col.  945-6  (a.  ii^o.  Gesoné), 
CDP,  num.  29, 

Gratio  -tiône  :  gen.  Gra:^o  e  Gra~onis,  RF,  num.  1113 
(a.  1085). 

Grato-tône  :  nom.  Grains,  obi.  Gradone,  CDL,  num.  39 
(a.   769). 

Gregorio  -riône  :  gen.  Grigorioni  CDL,  num.  325 
(a.  884),  557  (a.  941). 

Honora  to-tô  ne  :  j.  Onoradoni,  CDL,  num.  390  (a.  901). 

Helleno  :  (cfr.  nom.  Eleniis,  RF,  num.  1280,  p.  258) 
-nône  '  :  nom.  Helleno,  dat.  Hellenoni,  ace.  Hdlenone,  CDL, 
num.  206  (a.  859). 

Infantio -tiône  :  nom.  Fan^one,  DA,  num.  293  (a.  iiio 
circa). 

*Infanto-t6ne-:  terra  Fantonis,  ecc,  HPM,  vol.  I,  num. 
404  e  419  (aa.  1086,  1092.  Novara),  435  (a.  1098.  Biella), 
s.  Fanioni,  RAL,  num.  263  (a.  1076). 

Jobo  -bône  5  :  terra  Jobonis,  RF,  num.  403  (a.  986),  416 
(a.  998),  ecc,  s.  Joboni,  CCav.,  num.  421  (a.  990). 

Johanno  -nnône^  :  5.  Johannoni,  CDL,  nUm.  357 
(a.  892);/.  Johannoni,  CDLod.,  num.  143  (a.  115 1). 

Joviano  -nône:j.  Jobianoni,  DR,  13  (a.  1017),  22 
(a.  1041). 

Julio -liône  :  f.  Julioni,  CDL,  num.  692  (a.  966). 

Justo-stône  :  nom.  Jnstus,  gen.  Justoni  -nis,  abl.  Justoni, 
CDL,  num.  560  (a.  941),  787  (a.  978),  813  (a.  983),  817 
(a.   983),  863 (a.  992),  873  (a.  993),  HPM,  vol.   I,  num.  210 


1.  V.  Bruckner,  p.  267. 

2.  Anche  qui  si  postula  Infanto  senza  che  un  tal  nom.  realmente  occorra,  e 
senza  che  in  fonde  ve  ne  sia  bisogno. 

3.  Cfr.  nom.  Jobo  RF,  num.  402  ;  e  vi  si  traitera  d'i Job  corne  nel  ven.  Giopo. 

4.  Cfr.  Joawto   (ter),  HPM,  vol.  I,  num.  421    (a.  1902.  Asti),  Juaunus, 
CDT,  num.  89  (a.  812),  e  Zaïininii  ap.  Verci,  0.  c,  I,  doc.  13. 


DECLINAZIONE    IMPARISILLABA    NELLE    CARTE    d'iTALIA         23^ 

(a.  roo6.  Novara),   DR,  num.  24  (a  1047),  ML,  vol.  V,  p.  11, 
num.  24  (a.  739). 


Laeto  -tône  :  nom.   Lae-  Leto  -tus  oren.  Lae-  Letonis  - 


&^ 


;// 


-tuui  -doni,  ace.  Lcdo,  dat.  Ledoiii,  abl.  Laetone,  CDL,  num.  54 
(a.  776),  635  (a.  960),  809  (a.  982),  HP  M,  vol.  I,  num.  77  e 
204  (aa.  927,  1003.  Asti),  MR,  vol.  II,  num.  60  (a.  1137), 
RF,  num.  398  (a.  981),  437,  458,  575,  577,  682,  715,  754, 
800,  866,  873,  1046,  1060  (a.  1081),  tcc. 

Lancio  -ciône  (Holder)  :  nom.  Lancius,  gen.  Lnncioiiis, 
ace.  Lancione,  HPM,  vol.  I,  num.  45  (a.  887.  Asti),  /.  Lan- 
:{Oui,  RF,  num.   1253. 

Lato  -tône  :  f rater  Latom's,  RF,  num.  647  (a.  1030). 

Laurentio  -tiône  :  nom.  Laiirencio  -tins,  gen.  Laitrcn- 
cionis  -ni,  dat.  Laiircncioni,  ace.  Laiircnc'w,  Laiirencionem,  abl. 
Laurencione,  CDL,  num.  186  (a.  854),  478  (a.  918),  519 
(a.  926),  540  (a.  931),  819  (a.  983),  866  (a.  992),  tcc.  ecc, 
gen.  LoreriT^onis  -ni,  DR,  num.  56  (a.  1094),  4^  (^-  1084), 
CDR,  num.  61  (a.  iroi).  Qui  andrà  anche/.  Ren:^onis  -ni, 
CDBe.,  vol.  II,  col.  691-2  (a.  1073),  CDLod.,  num.  69 
(a.  1117);  cfr. /.  Rencii,  AN,  num.  161. 

Laurio  -riône  :/.  Laurionis,  RF,  num.  67  (a.  766). 

Lazaro  -rône  :  nom.  La^aro  e  La~ariis,  gen.  La:(aroni  -Z;^- 
CDL,  num.  196  (a.  856),  532  (a.  929),  533  (a.  929),  551 
(a.  938),  565  (a.  941).  624  (a.  957),  778  (a.  977),  ecc,  Giu- 
lini,  p.  94  (a.  11 30),  CDBe.,  vol.  II,  col.  503-4  (a.  102 1), 
591-2  (a.  1036),  619-20  (a.  1045),  945-6  (a.  1130). 

Liminio  -niône'  :  gen.  Li-  Leminoni,  CDL,  num.  149 
(a.  843)  [abl.  Liminiu<;,  ib.]. 

Longicio  -ciône  ^  : /.  Long iioni s,  RF,  nnra.  943  (a.  1065) 
[cfr.  de  Longi~o,  ib.,  num.  971]. 

Longo  -gône  :  gen.  Longoni,  RF,  num.  1267  (a.  1102), 
1297,  de  Longono  in  Verci,  0.  c,  vol.  I,  doc.  14  (a.   11 38). 

Lucido  -dône  -.s.  Lucedoni,  HPM, vol.  I,  num.  i6(a.8i2. 
As,iï)  [dr.  Lncido  -xedo,\h.,  num.  417  (a.  1092.  Ventimiglia)]. 

Lucio -ciône  :  nom.  Liicius,  obi.  Liiciuni  -ne,  CDL,  num. 
73- 

1.  V.  Holder  s.  «  Liminius  ». 

2.  Cfr.  Clariiam,  RF,  num.  975. 


238  C.    SALVIONI 

Lupicino -nône  (cfr.  Lupicinus,  AN,  num.  56)  :  s.  Lupeci- 
non,HPM,  vol.  II,  num.  9  (a.  730.  Novara)'. 

Lupo  -pône  (v.  Meyer-Lùbke,  Altport.  Personuenamcn, 
p.  65)  :  nom.  Lupus  Lupo  Lo-,  gen.  Liiponis  e  Liiponi  -puni 
Zo-,dat.  Liiponi,  ace.  Luponem,ah\.  Lupone  -pune,  ML,  vol.  V, 
p.  II,  num.  18  (a.  736),  534  (a.  837),  626  (a.  84s),  CDT, 
p.  I,  num.  31  (a.  739),  p.  11,  num.  3  (a.  775),  36  (a.  793),  34 
(a.  j^i),  DA,  num.  48  (a.  S8i),  73  (a.  967),  80  (a.  996), 
114  (a.  1021),  147  (a.  1031),  RF,  num,  3  (a.  718),  18 
(a.751),  5o(a.  762),é3(a.  764),  166,167,  191,  204,  205,  217, 
221,  388,  453,  456,  674,  794,  859,  866,  1003  (a.  1072),  ecc. 
ecc,  CDB,  vol.  I,  num.  61  (a.  1188),  71  (a.  1202),  78 
(a.  1210),  94  (a.  1228),  vol.  II,  num.  I4(a.  1234),  vol. III,  num. 
94  (a.  II 64),  219  (a.  1228),  vol.  V,  num.  28  (a.  1099),  78 
(a.  1130),  84  (a.  1135),  87  (a.  1136),  CDI  a.  847,  CDL, 
num.  51  (a.  774),  72  (a.  800),  81  (a.  806),  83,  85  (a.  810 
circa),  ecc.  ecc,  AN,  num.  28  (a.  827),  48  (a.  885),  51 
(a.  890),  gen.  Lobo  e  Loboiii  Lu-  Lob  uni-,  CDL,  num.  64 
(a.  792),  142  (a.  841),  HPM,  vol.  I,  num.  22  e  70  (a.  792, 
841.  Asti),  gen.  Luvoni, ab\.  Lovone,  CDL,  num.  815  (a.  983), 
HPM,  vol.  I,  num.  22  (a.  840.  Asti),  Monte  Lovone,  nome 
locale  (oggi  Mondugone"^),  CDLod.,  num.  124  (a.  1147). 

Maccio  -cciône  ^  :  s.  Maionis  -ni,  RF, num.  170  (a.  801), 
172  (a.  796),  HPM,  vol.  I,  num.  401  (a.  1085.  Genova), 
Albert  us  t  Guidus  Madone,  MR,  vol.  II,  num.  81  (a,  1187). 

Maco  -cône  :  s.  Maconis,  RF,  num.  868,  vico  Maconi, 
CDLod.,  num.  2  (a.  761). 

Magno  -gnône  :  nom.  Magnus,  gen.  Magnoni  -nis,  CDL, 
num.  222  (a.  862),  396  (a.  901),  597  (a.  951),  809  (a.  982), 
RF,  num.  38  (a.  757),  gen.  Mangnuni  CCav.  (v.  Arch. 
glott.  it.,  XV,  261). 

1.  Il  Bruckner,  p.  188,  fà  un  lungo  ragionamento  intorno  a  Liipecinon, 
basandosi  appunto  sulla  desinenza  -on.  Essa  è  tutt'  altro  che  infrequente  al 
posto  di  -ôni  -âne,  ne  credo  occorra  vedervi  una  flessione  longobardica.  Ana- 
logamente  c'è  -aw  per  -dne[5],  e  v.   qui  indietro,  p.  219. 

2.  Il  Philipon,  p.  224,  muove  per  Lob-  da  un  *Lolms  -boni. 

3.  Per  il  0-,  cfr.  il  nome  locale  ferrar.  Cantalôg  Cantalupo. 

4.  Potrebbe  trattarsi  anche  di  Mattio  -ttione,  e  al  postutto  anche  di  Mat- 
thaeo  -tthaeone. 


DECLINAZIONE    IMPARISILLABA    NELLE    CARTE     d'iTALIA       239 

Maio  -iône  '  :  nom,  Maione,  gen.  Maiouis  -ioni  -71e  -iuni, 
dat.  -ione,  ace.  -ionem,  CCav.,  num.  2  (a.  798),  6  (a.  816), 
18  (a.  837),  36  (a.  853),  RF,  num.  735,  1060  (a.  1081),  ML, 
vol.  V,  p.  III,  num.  1708  (a.  996),  1714  (a.  997),  [ego  Maio, 
CCav.,  num.  4,  a.  801]. 

Mancio  -ciône  (Holder  s.  «  Mancius  »)  : /.  Mancioni,  ML, 
vol.  IV,  p.  II,  num.  117  (a.  770). 

Manso  -sône  :  dat.  Mansoni,  CCav.,  num.  167  (a.  940), 
208  (a.  960). 

Marcio  -ciône  ^  :  /.  Marcioni,  ML,  vol.  V,  p.  11,  num.  201 
(a.  785),  s.  Martionis,  RF,  num.  222  (a.  816). 

Marco  -cône  :  nom.  Marcus,  gen.  Marconis  -ni,  dat.  Mar- 
coni, abl.  Marconc,  CDL,  num.  877  (a.  993),  CDLod.,  num. 
42  (a.  1068),  HPM,  vol.  I,  num.  69  (a.  910.  Asti),  CDP, 
num.  7  (a.  829),  RF,  num.  686  (a.  1033),  873,  13 13 
(a.  1104),  CDB,  vol.  III,  num.  148  (a.  1187). 

Marino  -nône  :  gen.  Marini  e  Marinoni,  CDL,  num.  433 
(a.  909),  793  (a.  979),  869  (a.  992). 

Mario  -riône  :  s.  Marionis,  RF,  num.  42  (a.  760),  CDB, 
vol.  III,  num.  222  (a.  1229),/.  Marrioni,  ML,  vol.  IV,  p.  i, 
num.  54  (a.  761). 

Marti  no  -nône  :  nom.  Martino  e  Marti  none,  gen.  Marti- 
noni  -nis  -ne,  ace.  Martinone,  abl.  Martinone,  CDL,  num.  407 
(a.  903),  563  (a.  941),  497  (a.  922),  685  (a.  964),  874 
(a.  993),  881  (a.  994),  900  (a.  995)>956  (a.  999),  CDBe.,  vol. II, 
col.  945-6  (a.  1118),  DR,  num.  20  (a.  1039),  CDLod., 
num.  85  (a.  1125),  HPM,  vol.  I,  num.  271  (a.  1028. 
Novara),  99  e  188  (aa.  949,  998.  Asti),  A::p  Martinomis, 
Giulini,    pag.    93  (a.  11 30). 

Maurico  (Bruckner  284  s.  «  Mauricus  »)  -cône  : /.  Mori- 
coni,RAL,  num.  262  (a.  1076). 

Maurilio   -liône   :   casale    Maiirelioni,    CDL,    num.    14 

(^-  753)- 

Mauritio  -tiône  :  nom.  Mauriccius,  dat.  Maiiricciuni,  CDT, 
p.  1,  num.  24  (a.  730),  p.  11,  num.  3  (a.  775),  s.  Mauricioni, 
ML,  vol.  V,  p.  II,  num.  4  (a.  713),  CDL,  num.  557  (a.  941). 

1.  V.  Holder  s.  «  Maius  ». 

2.  Si  puô  anche  pensare  a  Martio  -tione. 


^40  C.    SALVIONI 

Mauro  -rône  :  gen.Mauroiii  -uis,  acc.Mauromm,ah\.  Mau- 
rone,RF,  num.  12  (a.  747),  44 (a.  761),  ML,  vol.  V,  p.  ii,num. 
167  (a.  777),  270  (a.  798),  CDT,  num.  36  (a.  793),  RAL, 
num.  180  e  181  (a.  1062.  ego  Morone),  CCav.  num.  167 
(a.  940),  208  (a.  960),  CDI,  num.  472  (a.  917),  561  (a.  941), 
578  (a.  946),  Giulini,  p.  72  (a.  1093),  CDLolL,  num.  26 
(a.  1000),  37  (a.  105 1),  HPM,  vol.  I,  num.  419  (a.  1092. 
Novara),  MiV,  pp.  15e,  157,  AN,  num.  125  (a.  1029),  5. 
Moronis  HPM,  vol.  I,  num.  364  (a.  1069.  Novara). 

Maximo  -mène  :  gen.  Masimoni\HPM,  vol.  I,  num.  430 
(a.  1095.  Novara). 

MuHano  -nône  (v.  Olivier!,  Sltidi  gloit.  it.,  III,  88  s. 
«  Mulius  »)  :  uno  stesso  luogo  è  chiamato  in  Molianis  e  in 
Molianoni,  HPM,  vol.  I,  num.  no  (a.  959.  Asti).  V.  s.  «  Ciyi- 
cio  -cione  ». 

Mutelio-llio  (Holder)  -1-,  - 1 1  i  6  n  e  :  fundo  Modelioni,  CDL, 
num.  855  (a.  890). 

Mutio  -tiône  : /.  Muccioni,  ML,  vol.  IV,  p.  i,  num.  42 
(a.  744-5). 

Nazario  -riône  :  nom.  Natiario,  gen.  Natiarioni,  HPM, 
vol.I,  num.  28  (a.  861.  Asti),  e  {ors'2Lnche^,'gen.  Zaronis,  RF, 
num.  181  (a.  806)  [ego  Zaro,  ib.,  num.  125,  a.  779],  dove  il 
Bruckner,  p.  325,  vedrebbe  una  base  germanica. 

Nigro  -grône  :  gen.  Nigroni  -nis  Ne-,  CDL,  num.  639 
(a.  960),  CDLod.,  num.  53  (a.  1104),  120  (a. .  1046)  in 
nota, D^,  num.  23  (a.  1045), //PM,  vol.  I,  num.  401  (a.  1085. 
Genova),  408  (a.  1088.  Asti). 

Nonno  -nnône  :  /.  Nonnonis,  RF,  num.  70  (a.  767), 
[nom.  Nonniis,  ib.,  num.  183,  a.  806].  V.  invece  Bruckner, 
p.  86. 

Otilio  -Ho ne  :  gen.  Otilloni  -dilioui  -de-,  CDL,  num.  723 
(a.  970),  771  (a.  976),  965  (a.  099)  (cfr.  Odelio,  ib.,  num. 
951,  in  funzione  di  abl.  assoluto]. 

Paulinio  -niône  :  gen.  Paulijiioni  in  un  doc.  del  CDP, 
cheora  non  so  più  precisamente  indicare. 

1.  Stà  per  Mass-,  dove  è  da  notare  che  lo  stesso  doc.  ha  più  altri  eseinpi 
per  -s-  r=  ss. 

2.  Cfr.  Natiario  qui  Tiario  vocal  ur  (bis),  H  FM,  vol.  I,  num.  28  (a.  861. 
Asti). 


DECLINAZIONE    IMPARISILLAHA    NELLH    CARTE     D  ITALIA       24 1 

Paulo  -lône  :  nom.  Paiilns  e  Ptiitio,  i^en.  Pauloni  -iiis, 
dat.  Pauloni,  abl.  Paiiloiic  -iicni,  CDL,  num.  loo  (a.  833), 
120  (a.  835),  122  (a.  836),  142  (a.  841),  379  (a.  898), 
689  (a.  965),  708  (a.  968),  809  (a.  982),  tcc.  ccc,  CDBc, 
vol.  Il,  col.  561-2  (a.  1030),  DR,  num.  t2  (a.  1016),  19 
(a.  1039),  HPM,  vol.  I,  num.  16,  154e  173  (aa.  812,  981, 
994.  Asti),  AN,  num.  43  (a.  872),  117  (a.  1021),  CDP,  num. 
40  (a.  950),  100  (a.  1015),  130  (a,  1040),  RF,  num.  903 
(a.  1059). 

Petro  -trône  :  n.om.  Pciro  e  Pclrns,  gcn.  Pcliviii  -uis,  dat. 
Pelroiii,  ace.  Pc l nvw,  àhl.  Pchonc,  CDL,  num.  78  (a.  804),  179 
(a.  852),  194  (a.  8)6),  199  (a.  856),  207  (a.  839),  203 
(a.  86r),  223  (a.  862),  234  (a.  863),  242  (a.  867),  261 
(a.  863),  327  (a.  883),  374  (a.  897),  338  (a.  93  0,  5^6 
(a.  941),  720  (a.  970),  809  (a.  982),  956  (a.  999),  994 
(a.  1000),  ecc.  Gcc,  CDBe,  vol.  II,  col.  473-4  (a.  1014), 
CDLod.,  num.  127  (a.  1148),  137,  144,  HPM,  vol.  I,  num. 
12  (a.  774.  Bobbio),  41  (a.  885.  Novara),  219  (a.  loio. 
Biella),  241  (a.  1013.  Genova),  284  (a.  103 1.  Asti),  401 
(a.  1083.  Genova),  vol.  II,  num.  3  (a.  886.  Asti),  AN,  num. 
43  (a.  872),  50  (a.  890),  54  (a.  896),  36  (a.  898),  161 
(a.  1046),  CDP,  num.  17  (a.  893),  37  (a.  944),  ML,  vol.  IV, 
p.  I,  num.  36  (a.  721),  vol.  V,  p.  11,  num.  372  (a.  810), 
629  (a.  846),  650  (a.  847),  614  (a.  844),  382  (a.  843),  395 
(a.  844),  p.  m,  num.  1289  (a.  942),  1773  (a.  993),  1801 
(a.  1073),  1824  (Pedronis;  a.  1168),  vol.  IV,  p.  11,  App.  num. 
91  (a.  1099),  Qcc,  RAL,  num.  218  (a.  1070),  296  (1079), 
CDT,  p.  II,  num.  2  (a.  774;  ace.  Petnine,  dat.  -uni),  68 
(a.  806),  73  (a.  807),  88  (a.  813),  DA,  num.  10  (a.  752),  27 
6  28  (a.  833),  72  (a.  967),  132  (a.  1028),  tcc,  RF,  num.  92 
(a.  775)>  177  (a.  805),  179(3.  802),  274  (a.  824),  338  (a.  893), 
392  (a.  963),  303  (a.  1017),  644  (a.  1027.  de  Petrono),  863 
(a.  1057),  1027  (a.  1073-6),  1047  (nom.  Pétrone;  a.  1080), 
1133  (a.  1094),  1173  (a-  II 12),  1180  (p.  271  :  nom.  Pefronus; 
273),  ecc,  CCaj.  a.  1047  (de  Petrune;  v.  Arch.  glott.  it.  XVI, 
12),  CDB,  vol.  I,  num.  103  (a.  1255),  vol.  V,  num.  72 
(a.  r  126).  V.  ancora  dat.  Petroni,  gen.  dat.  Petruni,  a.cc.  Petrune, 
ne'  Doc.  modenesi  (aa.  8rr,  816)  pubblicatl  dal  Bertoni,  Dial. 
di  Modena,  pp.  61  sgg. 

Romania,  XXXV  l6 


242  C.    SALVIONI 

Placito  -tône  '  :  a  sera  Placitoni,  CDL,  num.  585  (n.  948). 

Pontio  -tiône  :  gen.  Pon-o  e  Pon-oiii  -ni  s  -cio-,  HP  M,  vol.  I, 
num.  75,  115,  121  (a;i.  926,  961,  965.  Asti),  RS,  num.  i6r 
(a.  967),  RF,  num.  1280  (pag.  264,  274),  1296. 

Primo  -mône  :  gen.  Primo  e  Priinoni,  ahl.  Prirnone,  HPM, 
vol.  I,  num.  28  e  94  (aa.  861,  945.  Asti),  128  (a.  966. 
Novara),  1072  (a.  1072.  Torino).  Qui  fors'anche  nom.  Prcnio, 
ace.  Premoni,  CDP,  num.  42  (a.  954). 

Froho  {dr.  ego  Probus,  RF,  num.  108) -bone  :/.  Proboiiis, 
RF,  num.  720  (a.  1037),  734  (a.  103 1-2),  Job.  Proboni,  num. 
1129. 

Proto  -tône  :  s.  Protonis,  CDLod.,  num.  84 (a.    1123). 

Ravenno -nnône  -  :  gen.  Rav-  e  Rabennonis,  ace.  Ravenno- 
nem,  abl.  Rabenmne,  RF,  num.  20  (a.  748),  144  (a.  787),  159 
(a.  742),  194  (a.  809),  248  (a.  788)  [Cfr.  Rabenno.  RF,  num. 
138,  Ravennus  e  Ravenni,  MR,  vol.  I,  num.  23,  148J. 

Romulo  -lône  :  nom.  Romuh  -mo-,  gen.  Romoloni,  ace. 
RonioJone-nem,  HPM,  vol.  I,  num.  45  e  47  (aa.  887,  892.  Asti). 

Russo  -ssône  :  gen.  Russonis,  dat.  Rnssoni,  ace  Russoneiii, 
CDB,  vol. III,  num.  54,  55,  56,  57  (aa.  1139-41),  72  (a.  1154). 
79  (a.  1158),  vol.  V,  framm.,  num.  9  (a.  1108),  eec. 

Rustieo  -cône  :  Rainuccius  Rusticonis,  RF,  vol.  V,  App. 
num.  1,  Jobannes  Riistigonis,  CDLod.,  num.  108  (a.  1142). 

Sabinio -niône  :  nionastcrinni  Savinionis,  CDL,  num.  318 
(a.  883),  terra  Savinioni,  HPM,  vol.  I,  num.  97 (a.  947.  Asti). 

Secundo  -dône  :  gen.  Secundoni,  HPM,  vol.  I,  num.  75  e 
150  (aa.  926,  984.  Asti). 

Sicco  -ceone  : /.  Sicconis,  RF,  num.  iooo(a.  I07i)[efr.  de 
Sicco,  num.  1023]. 

Silvo  -vône  :  gen.  Silvonis,  RF,  num.  364  (a.  957),  1280 
(p.  265)  [cfr.  Silvo,  ib.,  num.  820,  ece.] 

Stabilio  -liône  :  gen.  Stavelioni  -lotii,  ace.  Slavelioni,  HPM, 
vol.  I,  num.  158  (a.  984.  Asti). 


1.  Cfr.  il  nome  proprio  fem.  Plaihi,  ML,  vol.  V,  p.  11,  num.  94. 

2.  Il  Bruckncr,  291,  vi  veJrjbbj  un  norac  germanico.  Ma  cfr.  il  nome 
proprio  fem.  Ravcuna,  MR,  vol.  I,  num.  58,  132,  vol.  II,  num.  46,  48,  e  qui 
indictro  Claveiiiuilo  ecc. 


DECLINAZIOXH    IMPARISILLABA    NELLE    CARTE    D  ITALIA       243 

Stantio  -tiônc  :  gen.  Stantionis,  RF,  num.  807  (a.  1046) 
[ikSidiitio,  ib.,  num.   1026,  nom.  Stanicio,  AN,  num.  i6i|. 

Stephano  -nônc"  :  nom.  Stefanus  Steff-  e  Stefano,  gen.  e 
dat.  Stefanoni  -nis  -ff-,  abl.  Stefanone,  CDL,  num.  482  (a.  919), 
484  (a.  819),  557  (a.  941),  573  O^-  943),  597  (^-  9)0,  630 
(a.  959),  708  (a.  968),  866  (a.  992),  tcc,  AN,  num.  64 
(a.  905),  HPM,  vol.  I,  num.  33  (a.  875.  Asti),  156  (a.  982. 
Novara),  RF,  num.  1280  (pp.  264,  274),  dat.  Slevmioni -no, 
HPM,  vol.  I,  num.  68  (a.  910.  Asti). 

Syndico  -cône  :  gen.  Sindicoiiis,  HPM,  vol.  I,  num.  239 
(a.  10 14.  Vercelli). 

Talisio  -siône'  :  Talesits  e  Talesoni,  HPM,  vol.  I,  num. 
240  (a.  1014.  Novara). 

Theodoro  -rône"'  :  heredes  Teoderoiii,  CDL,  num.  473 
(a.  917). 

Tiano-nône^  :  gen.  Tianoni,RF,  num.  22  (a.  749). 

Tiberio  -riône  :  îoxst  terra  Teveroni,  HPM,  vol.  \,  num. 
169  (a.  996.  Asti). 

Tito  -tône  :  f.  Titoni,  ML,  vol.  IV,  p.  i,  num.  59  (a.  764). 

Upilio  -liône  :  Opilio,  dat.  Opillioni,  CDP,  num.  4 
(a.  673  ;  ma  apogr.  del  sec.  x),  posiernla  Ovilioni  -nis,  MR, 
vol.  II,  num.  15  (a.  971),  73  (a.  1169). 

Ursacio  -ciône  :  nom.  Ursacio,  gen.  Ursacioni,  CDL,  num. 
288  (..879). 

Urseo-seône  :  nom.  Orseo,  dat.  gen.  Orseoni,  CDL,  num. 

43)  0^-  910). 

Urso-sône  :  nom.  Urso  e  Ursus,  gen.  Ursoni  Or- -nis  -ne, 
dat.  Ursoni  Or-,  ace.  Ursonem,  abl.  Ursone  Or-  -sune  :  ML, 
vol.  \,  p.  II,  num.  10  (a.  722),  IV,  p.  i,  num.  38  (a.  731), 
61  (a.  765),  12  (a.  777),  p.  Il,  num.  100  (a.  1068),  DA,  num. 
121    (a.  1025),    150  (a.  103 1),  168   (a.   1044),  CDT,  p.  11, 


1.  Sarà   un  accorciamento   di    Stephano   lo   Stepho    -phouis   (bis)  dd  RF, 
num.  1024  ? 

2.  V.  Holder  s.  «  Tâlisius  »,  alla  quai  forma   contraddirebbc   pcro  l'c  de 
nostro  Taîesus. 

5.  Con  questa  base  potrebbe  per  avventura  entrare  in  concorrenza  il  germ. 
TTieoderi. 
4.   M'immagino  si  tratti  dell'  appellat.  tiano  dl  cui  qui  addietro. 


244  C.    SALVIONl 

num.  40  (a.  794;  Ursiini),  RF,  num.  98  e  99  (a.  777),  208 
(a.802-15),  num.  1282  (a.  1039-47),  1283,  CD5,  vol.  I,  num. 
îo  (a.  1021),  15  (a.  1028),  23  (a.  1049),  32  (a.  1087),  vol. 
II,  num.  I  (a.  1 124),  vol.  III,  num.  37  (a.  un),  42(a.  1123), 
54  (a.  1138),  vol.  IV,  num.  13  (a.  1015),  41,  vol.  V,  num. 
19  (a.  1094),  53  (1108),  ecc,  CDP,  num.  95  (a.  1013),  m 
(a.  [026),  CDI,  a.  1005,  CDL,  num.  28  (a.  765),  57  (a.  781), 
78  (a.  804),  87  (a.  812),  635  (a.  960),  685  (a.  964),  809 
(a.  982),  ecc,  CDLod.,  num.  31  (a.  1037),  120  (a.  1146),  in 
nota,  //PM,  vol.  II,  num.  113  (a.  1049.  Genova),  vol.  I,  num. 
272,  364  e  401  (aa.  1012,  1069,  1085,  Novara),  313  (a.  1041. 
Genova),  ^A^,  num.  i,  9  (a.  758),  18  (a.  801),  48  (a.  885), 
54  (a.  896),  76  (a.  918),  108  (a.  1014;  Ursono),  MR,  vol.  I, 
num.  74  (a.  looi),  90  (a.  1026),  118  (a.  1068),  vol.  II,  num. 
38  (a.  1056). 

Valentio  -tiône  :  gen.  Falentioni,  ace.  Falciitioncin,  ML, 
vol.  V,  p.  II,  num.  25  (a.  739),  RF,  num.  57(3.  764),  102 
(a.  777),  113  (a.  778),  s.  Varen-oiiis,  Giulini,  p.  72  (a.  1098). 
Vedi  pag.  200. 

Victoro  -rôni'  :  heredes  Victoroni,  CDL,  num.  887 
(a.  992),  /.  Vittoroni,  HPM,  vol.  I,  num.  200  (a.  looi. 
Novara). 

Vigilio  -liône  :  Vitalis  Vigilioni,  CDB,  vol.  V,  num.  68 
[è  un  documento  del  sec.  xii  d'origine  venezianaj. 

Vincentio  -tiône  :  nom.  Vinceniius,  gen.  Vicen-.  Vinccn- 
tioni  -nis  -ne -do-,  CDL,  num.  297  (a.  880),  421  (a.  906),  707 
(a.  968). 

Zacchajo  -a;ône^  :  gen.  Zdccionis,  ace.  Zaccioncni,  RF, 
num.  885  (a.  1052),  13  19. 


1.  Cfr.  nom.  e  gen.  Victoro,  DR,  num.  27  (i.  1054). 

2.  Zaccionis  e.cc.  potrcbbe  per  avventura  leggersi  Zakkioiiis  ccc;  ma  anche 
Zaccio-  non  sarebbe  fuor  di  luogo. 


DECLINAZIONE     IMPARSILLABA    NELLE    CARTE     d'iTALIA       24$ 

m,  —  -E  -ÉNE,  -I  -ÎNE,    -E    ENE  -ÎNE,  -1    -ÎNE    -ÈNE  ■ 

A.  —  NOMI  PROPRI  MASCOLINI  = 

Acerisi  -sine(v.  Bruckner,  218  s.  «  Ageris  »)  :  nom.  Ace- 
risiiti'^  gen.  Acerisini,  RF,  niim.  181  (a.  806),  200  (a.  813), 
208,  234(^.816). 

Aderisi  -sine  (Bruckner,  216  s.  <*  Aderis  »)  :  gen.  Aderi- 
sini,  RF,  num.  29  (a.  794),  158  (a.  802),  164  (a.  799),  206 
(a.  808),  201  (a.  813),  250. 


1.  La  confusione  tra  /  e  e  nella  vocale  caratteristica  trae  origine  da  più 
cause,  non  ultima  quella  per  cui  già  nel  latino  si  confondevano  temi  in  -/  e 
terni  in  consonante.  Circa  alla  realtà  dell' -/,  non  v' ha  da  dubitarne  nella 
maggior  parte  de'  nomi  germanici  e  in  parecchi  nomi  latini  o  latino-cristianl 
(v.  Bianchi,  Arcb.  glott.  it.,  IX,  389  sgg.),  cosi  in  Gio-vaiini  (ib.  391  n;  e  ego 
Johanni  RF,  num.  253)  che  s'appalesa  anche  cisapenninico,  —  e  quindi  di 
tradizione  bon  antica,  —  nell' ossol.  Zvafi  e  nel  bol.  Zan  (ven.  Za/zc)  zanni 
(cfr.  alto-it.  aii  ^nvà,  paù  panni)  e  in  Chinieiiti  (Bianchi,  /.c,  390).  Ne'  casi 
obliqui  era  poi  ovvio  s'inframettesse  -Inu,  vuoi  in  quanto  diminutivo  vuoi  in 
quanto  iormativo  di  aggettivi  di  discendenza,  derivazione.  Ne  la  fonetica 
mancherà  d'avervi  detta  la  sua,  poichè  le  vicende  di  -In-  son  tutt'  altro  che 
chiare  e  assodate,  e  andrebbero  ristudiate  attraverso  tutta  Italia  (v.  intanto 
Planta,  Wôlfflin's  Arch.  XII,  567  sgg.,  Schuchardt,  Voh.  I,  291-3,  II,  70- 
71,  e  qualche  elemento  in  Arch.  glotl.  it.,  XVI,  316  n.,  BolJ.  stor.  d.  Svi^- 
lera  it.,  XXIII,  79,  Krit.  Jahrsh.,  VII,  p.  i,  135  e  nel  Pianto  d.  Marie  in  aiit. 
marchig.,  par.  3  délie  Illustraz.  Ricordo  ancora  il  fréquente  floremim,  fiorino, 
délie  carte  medevali,  nelle  quali  s'incontra  pure  Ticemim  Ticino  ;  ricordo  i 
nomi  locali  tosc.  Selvena  che  è  Silviua  nelle  carte,  v.  Repetti  s.  «  Selvena  »  ;  e 
ricordo  m^ne  caprena  caprina,  e  Lupeniim=zLiipinutn  o  Liipuinum,  CCav.,Arch. 
ghtt.  it.,  335,  344  s.  «  gorga  »,  pariteHÎs  :=  parielinis,  CCaj.,  th.,   XVI,  24. 

2.  Il  solo  appellativo  italiano  che  parrebbe  qui  spettare  sarebbe  spene  spe- 
ranza.  Ma  già  vedevamo  come  esso  vada  forse  giudicato  diversamente. 

3.  Il  nom.  in  -iiis  (e  la  conseguentene  declinazione)  prova  per  -/  essendo 
esso  fatto  direttamente  su  di  questo,  come  Rotharius  su  Rothari,  ecc.  E  cosi 
data  una  base  come  Aceris,se  ne  possono  avère  nella  declinazione  médiévale  : 
nomin.  Aceris,  Acerisi,  Acerisius,  e  anche  Acerisinus,  cioè  un  nominative 
foggiato  sui  casi  obliqui.  Ne'  nomi  in  -ri  s'aggiunge  il  metaplasma  del  tipo 
Sifitiirns. 


2.\6  C.    SALVIOXI 

Al  bine  -jii  -ne  ne  -ni  ne  :  a  nianc  Alhimni  diaconi,  CDL, 
num.  450  (a.  912),  nom.  Albininus^  RF,  num.  199  (a.  813). 
Circa  al  nom.,  cfr.  Alhine,  CDL,  num.  985,  nom.  gen.  dat. 
Albeni,  ib.,  num.  223,  367  (a.  8<^6),  Albini,  CDP,  num.  109, 
113,  e  V.  il  Bruckner,  p.  220,  s.  «  Albeni  ». 

Al  boni  -né  ne  :  da  meridie  Alboneni  eeredes  Alboneni,  CDL, 
num.  707  (a.  968).  Nom.  Alboni,  CDL,  num.  464  (a.  915),  RF 
(^Albimi),  num.  262  (a.  827),  e  frequentissimo  nelle  ML. 

Aldine  Aldeni-néne  :  nom.  Aldeni  t  Aïdine,  gen.  Aldi- 
ncni,  dat.  o  abl.  Aldincui,  HPM,  vol.  I,  num.  36  (a.  880.  Asti). 

Alerisi  -sine  (Bruckner,  p.  222,  s.  «  Alerissi  »)  :  abl. 
Alerisino,  RF,  num.  174  (a.  803). 

Allovisi  -sine  :  gen.  Allovisim,  ML,  vol.  IV,  p.  1,  num.  33 
(a.  686). 

Alpari  -ri ne  -rêne  (Bianchi,  355,  410,  Bruckner,  220,  s. 
«  Alpari  »)  :  abl.  Alparine,  CDT  (aa.  785,  790  ;  v.  Bianchi, 
Le);  nom.  Alpiiriiius, gen.  Alparini,  ace.  Alpareniim,  abl.  Alpa- 
reno,  RF,  num.  26  (a.  746),  30  (a.  747),  165  (a.  801),  s. 
Halpareni,  ap.  Meyer,  num.  181  (a.  760). 

Andemari. -rêne  :  casajn  Andeniareni,  RF,  num.  143 
(a.  786)  [cfr./.  Audemarii,  ib.,  num.  299,  a.  857]. 

Anselmi  '  -mine  :  s.  AuseJmini,  RF,  num.  8  (a.  745),  56 
(à.  764),  167  (a.   801). 

Anserami-     -mine    :    s.     Auserniiiini,    RF,     num.      115 

(a.  778). 

Antelmi  (v.  qui  in  nota)  -mine  :  nom.  Anlehiiini,  ML, 
vol.  V,  p.  III,  num.  r8i6  (a.   1123). 

Aredisi  (Bruckner,  p.  226,  s.  «  Aredîsius  »)  -sine  :  s. 
Ardisiuo,  CDT,  num.  )>  (a.  801),  86  (a.  811),  e  forse  anche 
s.  Ordisino([.  A-}),  ib.,  num.  52  (a.  800). 

Aricisi  -sine  :  s.  Aricisiui,  RF,  num.  31  (a.  751),  269 
(a.  811). 

Arihi  -hêne  :  cnmpo  Aribeni,  CDL,  num.  337  (a.  886). 

Auchi  (ML,  vol.  IV,  p.  i,  num.  5,  a.  762)  -tchi  -chine  : 


1.  Per  V-i,  cfr.  ego  Antelmi,  RF,  num.  263  (a.  827),  nom.  Teiisehni,  Anselmi, 
Roteîmi,  ML,  vol.  IV,  p.  i,  num.  21,  63,  Bianchi,  p.  363,  404. 

2.  Per  Ausemnti  -me  possiamo  invocarc   Alerame,  e   Beitranie  di  cui  a  p. 
247  n. 


DECLINAZIONF.     IMPARISII.L ARA     NF.Ll.F.    CARTF    D  ITALIA       247 

siamo  al  metaplastico  nom.  Occ'nii  -cchini  secondo  il  Bianchi, 
pp.  399,  410,  e  fors'  anche  in  s.  Occini,  RF,  num.  198  (cfr. 
nom.  Occiniiis,  ace.  -nium,\h.  185). 

Auderisi  (Bruckner,  p.  229)  -sine  :  siamo  al  metaplastico 
nom.  Auderisiuus,  gen.  Anàcris'nii,  RF,  num.  1222  (a.  756), 
1224  (a.  757). 

Authari  -rcne  :  fara  Aiiihareui  ;  iioiiiinatiir  ecclesia  Autareni 
ab  Autari  regc;  abl.  Antharene,  CDL,  num.  3  (a.  716),  322 
(a.  883),  364  (a.  895),  /.  e  s.  Autareni,  RF,  num.  67  (a.  766), 
193  (a.  809);  [cfr.  Jevaverunt  sibi  regeni  nomine  Anîarenem,  nel 
Cod.  goth.  délia  Hist.  Langob.,  MGH,  Script.  Rerum  Lang.  et 
Ital.  X,    13  e   14]. 

Autzi  -tzéne  ■  :  gen.  Aut:^eni  -nii^,  CDL,  num.  502 
(a.  923). 

Bertari  -rêne  :  eredes  Bertarii  (cfr.  gen.  Bertari,  CDL,  num. 
866)  e  eredes  Berfareni,  CDL,  num.  83  (a.  807). 

Bertrame  '  -mine  :  s.  Bertraiiiini,  CDLod.,  num.  167 
(a.  II 56). 

Boni  (Bianchi,  p.  404,  RF,  num.  825)  -ni ne  :  questo 
obliquo  si  ravvisa  nel  metaplastico  Boniuiis  -ni,  RF,  num. 
802  (a.  1043-4),  7^9  ^  790  (^-  ^046). 

Brunari  {Arch.  glott.  it.,  X,  356)  -rêne  :  s.  Brnnareni, 
CDL,  num.  83  (a.  807),  707  (a.  968). 

Causari  {Arch.  glott.,  X,  356)  -rêne  -rine  :  ciirte  Cau- 
sareni,  HPM,  vol.  I,  num.  52  (a.  896.  Asti),  /.  Gaiisarini, 
apud  Bertoni,  Dial.  di  Modena,  p.  62  (a.  816). 

Cameri  -rine+:  abl.  Camerino,  RF,  num.  25  (a.  750), 
f.  Chaniariiii,  ML,  vol.  V,  p.  m,  num.  1358  (a.  954)  -no  -ni 
num.  159  4(a.  984),  1688  (a.  993)  [/•  Icaniarini  num.  1671, 
(a.  99i)|. 

1.  Autii  è  inferito  appunto,  e  non  illegittimamente,  dal  genitivo.  Nel 
CDL,  num.  168,  c'è  Aut'^o  provato  dal  gen.  JiU-oiii. 

2.  Aiit^tiiii  dov'  essere  un  errore. 

5.  Cfr.  Bertrame,  CDLod.,  num.  48,  Beltriimme,  ib.,  num.  165. 

4.  Il  Bruckner,  p.  253,  ha  Camero  (cfr.  terrain  Cameronis,  RF,  num.  254) 
e  Caviara.  Il  nome  del  paese  di  Cameri  (Novara),  che  cosi  suona  già  nelle 
carte (Cawjrz  -mmari,  HPM,  vol.  I,  num.  174,  212),  .sarà  o  il  nostro  Cameri 
o  il  genit.  di  Camcrus.  L'obiiquo  di  Cameri  è  poi  forse  nel  ni.  Kamurin 
Camerino  (Bellinzona). 


2-1 8  C.    SAI.VIONI 

Cclere  -rine  :  /.  Cclcritii,  RF,  nuin.  64  (a.  765). 
Clémente  -tine  :  s.  Claementini,  RF,  nu  m.  3  (a.  718). 
Dagari    (Bruckner,    241)    -rine  :    nom.    Dagariiis,   gen. 
Dagarini,    RF,   num.  4j    (a.    761),   95   e    97    (a.   776),    103 

G-i.  777). 

Dulce  -cine.  Nel  CDLod.,  num.  48  (a.  1094),  figura 
(al  nom.  e  al  gen.)  un  personaggio  di  nome  Dulce.  Un'  antica 
chiosa  al  documento  spiega  poi  chi  fosse  questo  signor  Dulce 
colle  parole  :  Nota  Dulcinum  istiiiii  Juisse;  e  vi  occorre  anche  il 
nom.  Dulcinus.  Al  num.  67  compajon  poi,  ambedue  nella  forma 
del  genitivo,  un  Dulci  c  un  Dulcini,  clie  son  zio  e  nipote'. 

Forte  (cfr.  nom.  Forti  -tes,  ML,  vol.  IV,  p.  i,  num.  765, 
V,  p.  II,  num.  489)  -tine  :  s.   Fortini,  CDL,  num.  10 (a.  741). 

Fuscari  (Blanchi,  p.  356, Bruckner,  p.  250)  -rine,  -rêne  : 
Stephanus  Fiiscareni,  nel  doc.  veneto  ^  in  CDB,  vol.  V,  num. 
6S,fundiim  qui  vocatiir  Fuscarini,  MR,  vol.  I,  num.  72. 

*Framari  5  -rine  :  s.  Framarini,  HPM,  vol.  I,  num.  331 
(a.  1047.  Asti). 

Ellari  (Bruckner,  270  s.  «  lllarius  »)-réne-t  :  gen.  Ella- 
reni,  CDL,  num.  413  (a.  905). 


1.  Da  qui  il  ni.  CainpocloJcino  (Kiililnisin),  per  cui  ritiro  l'etimo  proposto 
in  Bail.  st.  d.  Sri^:;^.  il.,  XXII,  87.  Lo  ritiro  anche  perché  una  vecchia  famiglia 
di  Chiavenna  è  quella  dei  Dolciui,  e  risiiha  cosi  hen  antica  in  quelle  parti  la 
tradizione  del  nome  Dulce  -due.  Si  ricordi  ancora  il  nome  dell' ossol.  Frfl 
Dotciuo. 

2.  A  Venezia  si  continua  la  tradizione  del  noniin.  nella  parenlela  Foscari  e 
quella  dell'  obliquo  in  Foscariui. 

3.  Dafram,  di  cui  v.  Bruckner  248.  È  forse  la  nostra  una  forma  longobar- 
dica  corrispondentc  al  got.  Franiirus,  Meyer-Lûbke,  Atport.  Persuu.,  69,  26. 

4.  Qui  veramente  si  puô  pensare  anche  al  lat.  Hilare  (dr.siuicti  Elari,ML, 
vol.  IV,  p.  I,  num.  73,  ch'è  rinfiancato  dal  nom.  Haro,  ib.,  num.  113).  Enoto 
che  Hilare  per  Hilarius  si  dissimula  nel  nome  locale  bolognese  (fraz.  di  Monte 
S.  Pietro)  5i(nC(Tt'/  (italianizzato  mSaiichierlo,  Sau  Chierlo  e  in  Sau  Chiellaro, 
V.  Toni,  Voc.  del  cUal.  bol.,  p.  478),  che  nelle  carte  si  trovacome5.  Ilhuius  -ii 
(v.  F. M.,  Voc.  it.-hit.  il.  uouii  délie  coiuniiiiiità  e  appodiali  delta  proviucia  bol. 
[Bologna,  1829],  p.  13).  Avremodunque  il  gen.  *sauti  Elari[s]*Sautj  Flari[s] 
*  saut  jet-  *5J«f('7-(rapprcsentata,  questa  fase,  in  Sau  Cljiellaro),  poi,  con  meta- 
tesi  reciproca  di  /-/•  in  r-1,  saucèrel. 


DECLINAZIONE     IMPARISILLABA    \ELLK    CARTE    D  ITALIA       249 

Gaidene'  -néne  :  nom.  Gaidcnc,  gen.  Gaidencni,  CDL, 
num.  336  (a.  886). 

Gaiderisi  (Bruckner,  p.  251) -sine  :  gen.  Gaiderisini,  abl. 
Gaiderisino,  RF,  num.  56 (a.  764),  153  (a.  792).  214  (a.  815). 

Gaitari  (Bi-Lickner,  251) -rénc  :  gen.  Gaitari  it  Gaitareni, 
RF,  num.  186  (a.  808),  215  (a.  815).^ 

Gambari  (Bruckner,  253)  -rine  :  hmiincs  qui  dicuuiur 
Gambarini  (cioc  «  di    Gambari   »),  AN,  num.  181  (a.  1068). 

Gauderisi  Go-  (cfr.  Goderis,  RF,  num.  i8é,  Gauderisius, 
gen.  Goderisii,  ib.,  num.  34,  47)  -sine  :  gen.  Goderisiiii,  RF, 
num.  2^  (a.  749),  49  (a.  761),  186  (a.  808),  212  (a.  812), 
nom.  Goder isiniff,  num.  1224  (a.  757). 

Gudifre^  -frêne  :  s.  Giidifreni,  HPM,  vol.  I,  num.  22 
(a.  840.  Asti). 

Guntari  G-  -rine  -rêne  :  gen.  Guuiarini,  CDT,  p.  i,  num. 
44  (a.  752;  V.  Blanchi,  p.  35e),  e  ap.  Bluhme,  p.  29  (a.  752), 
Rohindus  Contareni  e  Cùuiari  Contarenus'',  nel  doc.  veneto  in 
CDB,  vol.  V,  num.  68. 

Herfemarl  (cfr.  nom.  Herfciiiarins  -phc-,  abl.  Hcrfcmaro, 
RF,  num.  107,  135)  -rine  :  s.  Herfciiiarini,  RF,  num.  99  e 
100  (a.  777). 

Infante  -tine  :  forse  i.  Fantini,  RAL,  num.  240  (a.  1073). 

Insari  (Blanchi,  p.  356,  Bruckner,  271) -rêne  :  acc.Insare- 
nem,  RF,  num.  22  (bis.  a.  749). 

Johannaci  -ce  ÇCDI,  a.   960,   977,    ecc.)   -cine   -cène  : 


1.  Cfr.  ancora  il  gen.  Gaidini,  RF,  num.  215  (a.  815).  Riterrei  poi  che 
Gaidene  e  cosi  Aldeiti  -diiie  e  Albine  -béni  rappresentin  ciascuno  doppiamente 
il  tipo  di  flessione  clie  qui  si  studia.  Poichè  dati  Gaidihilfus,  Gaidepeitus  e 
consiniili,  ben  ne  potova  venire  (v.  Blanchi,  pp.  404  sgg.)  l'abbreviato  Gaidi 
(e  Gaidi  postula  il  Bruckner,  p.  251),  e  cosi  Aldi,  di  Ironte  a  Aldiprandii 
Alde/iid,  ecc.  e  AIbi,  di  fronte  a  Alhericns,  i  quali  si  declinavano  Gaidi  -dinc 
ecc,  risultandone  poi  un  nom.  Gaidini  -ne  -déni  -ne,  allô  stesso  modo  che 
Albo  -one  s'irrigidiva  nel  nom.  Alboni  (Blanchi,  p.  405),  da  cui  poi  prendova 
le  messe  la  nuovo  flessione  Alboni  -noie. 

2.  Per  il  nom,  cfr.  Landefre,  itcc.  Il  Bruckner,  p.  259  s.  «  Godefrit  »,  pos- 
tula un  GHdefre[niis],  il  che  naturalmeme  non  è  necessario. 

5.  Contareni  e  Contarenns  sono  equivalcnti.  Solo  che  il  secondo  è  il  geni- 
tivo  concepito  come  un  aggcttivo  c  quindi  fatto  concordarc  col  nome  cui  si 
rifcrisce. 


2)0  C.    SALVIONI 

gen.  Johammceni,  CDP,  num.  7  (a.  829),  CDI,  a.  932,  -n;/;, 
C7J)/,  a.  847,  e  in  ML,  vol.  IV,  p.  i,  num.  34  (a.  718),  si 
legge  in  présent ia...  Jolmnnacini  dove  è  forse  da  emendare/o/7fl«- 
nacini. 

Johanne  -nnénc  :  s.  Joanneni,  HPM,  vol.  II,  num.  12 
(a.  903.  Asti),  vol.  I,  num.  83  (a.  933.  Asti)  '.  Qui  fors'anche 
s.  Joahenes  (1.  Johanencs  o  Joancues),  ib.,  vol.  I,  num.  248 
(a.  1019.  Genova). 

Landari  -ri ne  :  gen.  Laiidarini,  CDT,  p.  i,  num.  66 
(a.  765  ;  V.  Blanchi,  p.   556). 

Landefre  -frêne  :  nom.  e  gen.  Landefre^  gen.  Landefreni, 
abl.  Landefrenc,  HPM,  vol.  I,  num.  29  (a.  861.  Asti). 

Landemari  (Bruckner,  276)  -rine  :  gen.  Landeiimrinis, 
RF,  num.  154  (a.  791). 

Liuderisi  (Bruckner,  279)  -sine  :  gen.  Liuderisini,  abl. 
Linderisino,  RF,  num.  153  (a.  792),  176  (a.  804),  263  (a.  827). 

Lubechi^  -chêne  :  gen.  Lubecheni,  CDL,  num.  350 
(a.  891). 

Luceri  (Blanchi,  356;  e  Bruckner,  281,  s.  «  Luciarius  ») 
-rine  :  gen.  Lucerini,  RF,  num.  296  (a.  856). 

Lupari  (Bruckner,  280,  s.  «  Lopari  »)-rine  -rêne  :  gen. 
Luparini,  RF,  num.  131  (a.  776),  /.  Lu  parmi,  num.  269 
(a.  81  r),  Johannes  Lupareni  [e  Luparenus]  nel  doc.  veneziano 
del  CDB,  vol.  V,  num.  68. 

Octari  (Bruckner,  p.  289)  -rêne  :  loco  nhi  riirte  Oclareni 
dicitur,  HPM,  vol.  I,  num.  36  (a.  880.  Asti). 


1 .  Johannes,  nulle  carte  retiche,  è  declinato  sul  tipo  Johannes  -nnentis,  e  gli 
si  accompagna  il  germ.  IVachari  (Bruckner,  315)  -rcnlis;  v.  Buck,  Zeits.  f. 
rom.  Phil.,  XI,  1 1 1 .  Del  quai  tipo  ha  ragionato  da  par  suc  lo  Schuchardt, 
Vok.,  III,  343  n.  In  Italia,  il  Blanchi,  p.  3')9,  ha  poi  rilevato  il  gen.  Filicenti, 
ML,  (a.  769),  che  perô  non  avrà  -eiitius,  come  ritiene  il  Blanchi,  ma  starà  a 
un  nom.  Felice  -ci  come  Johannentis  stà  a  Johanne  -uni.  E  che  sarà  il  curioso 
gen.  Mabertenti,  CDL,  num.  14  (a.  753)?  Parrebbe  di  vedervi  quel  Bertî  che 
il  Bruckner,  234,  non  è  alieno  dal  porre  a  base  del  gen.  Bertini.  Quanto  alla 
prima  parte,  cir.  Malbertus,  Madelpert,  Magipeil,  Maniperl  ap.  Bruckner, 
p. 235. 

2.  Sarà  Luhechi  una  forma  divariata  da  Lu-  Lopicbi[s]  Bruckner,  280;  cfr. 
Marechis  e  Marichis,  Arch.  glott.  it.,  354-5.  V.  invece  Meyer-Lûbke,  Altport. 
Persnn.,  66. 


DECLIXAZIONE     IMPAKISIIJ.ABA     NRLLH    CARTE     d'iTALIA      2)1 

Paltari  (Bruckner,  p.  23i)-rt'ne  :  /.  Paltaroti,  RF,  num. 
268  (a.  828),  269  (a.  811). 

Pasquale  -léne  -line  :  s.  Pasqitaleni,  HPM,  vol.  I,  num. 
80  (a.  929.  Asti),  c  foiV  anche  vicitm...  Pasqualini,  CDLod., 
num.  5  (a.  883). 

Piciari  (?)  -rené  :  purtinncuJam  Piciareui,  RF,  num.  23 
(a.  749). 

Porcari  (Bruckner,  240)  -rêne:  vinea  Porcarems,  RF, 
num.  291  (a.  854). 

Radari  (Bruckner,  291)  -rêne  :  abl.  Radareiio,  RF,  num. 
104  (a.  809). 

Rimichisi  -sine  :  nom.  Riinirhisi,  gen.  Rimichisini,  RF, 
num.  57  (a.  764). 

Rodimari  (Bruckner,  300)  -ri ne  -rêne  :  /.  Rodiniavini  e 
-lieinairni,  RF,  num.  57  (a.  764),  107  (a.  777). 

Rot  h  a  ri  -ri  ne  -rêne  :  gen.  Roihareni,  ace.  Rolbarcne, 
Bluhme,  p.  29,  RF,  num.  32  (a.  752),  CDL,  num.  179 
(a.  852),  197  (a.  8)6),  ahl.  Rolharino,  RF,  num.  71  (a.  768). 

Santari  (Bruckner,  302) -rêne  :  gen.  Santareni,  RF,  num. 
II)  (a.  778),  164  (a.  799). 

Sintari  (Bruckner,  304  s.  «  Sintarius  »)  -rêne  :  ace.  Sin- 
iarine,  ML,  vol.  IV,  p.  i.  num.  26  (a.  721);  v.  Bianchi,  p.  356. 

So-  e  Sunifre  -fri  -frêne  :  nom.  Sunifre  e  Sunifri,  gen. 
So-  Simijreui,  ace.  Sunifrenee  Sonifrenus,  HPM,  vol.  I  num.  22 
(a.  840.  Asti),  109  (a.  956.  Asti). 

Stabile  -léne  -line:  nom.  Slavele,  gen.  Staveleni,  abl. 
Stavelenc,  HPM,  vol.  I,  num.  31  (a.  872.  Asti),  dat.  Slaveliiii 
in  Bertoni,  Dial.  di  Modena,  p.  61  (a.  811). 

Suave  (cfr.  nom.  Suavis,  RF,  num.  818)  -vine  '  :/.  e  s. 
Suabini,  RF,  num.  190  (a.  808),  199  (a.  813). 

Teudemari  (Bruckner,  310)  -rêne  :  s.  Teudemareni ,  RF, 
num.  37  (a.  752). 

Teuderaci  (Bruckner,  310,  e  ML,  vol.  IV,  p.  i,  num.  32, 
95>  97)  o  meglio  Theodoraci  (Meyer-Lùbke,  Portug.  Persnn. 
75)  -ci ne  :  siamo  al  metaplastico  nom.  Theodoraciniis,  gen. 
-ni,  RF,  num.  119  (a.  778). 


I.  Suave  puô  interpretarsi  corne  un  aggettivo  hitino  (cfr.  Duke),  ma  anche 
conie  cquivalcnte  a  «  Svevo  »  ;  v.  lîruckner,  p.  308. 


252  C.    SALVlON'l 

Teuderisi  (Bruckner,  210,  311,  s.  «  Theoderîcus  »  e 
«  Theoderis  »)  -sine  :  gen.  Tendirisini.  RF,  num.  72  (a.  768), 
198  (a.  811). 

Teudici  (Bianchi,  353,  Bruckner,  308,  s.  «  Theodicius  ») 
-cine:/.  Teiiciicifii,RF,  num.  =^j. 

Theoderi  (Bianchi,  356  «  Teudori  »,  Bruckner,  309, 
s.  «  Teudarius  »)  -rêne  :  ace.  Thcoderenem ,  CDL,  num.  15 
(a.  75)),/.  Teudereni,  CDI,a.  932. 

Valeri  '  -rine  :  s.  Valerim,  RF,  num.  31  (a.  751),  33 
(a.  752),  42  (a.  760),  abl.  Falerino,  ih.,  num.  1096,5.  Vallerini, 
ML,  vol.  V,  p.  II,  num.  108  (a,  768). 

Waltari  -rine  -rêne  :  nom.  Waltari,  gen.  IVallarini,  abl. 
JValtarem  -te-,  ML,  vol.  V,  p.  11,  num.  8  (a.  72o.Vedi  Bianchi 
357,  410),  dat.  Guaharino,  RF,  num.  54 (a.  763). 

B.  —  FEMINILI 

Sono  assai  pochi  ma  tanto  più  preziosi.  Qualche  esempio 
potrebbe  anche  venir  infirmato  in  quanto  nel  nomin.  oftra  -a 
anzi  che  -e  o  -i.  Ma  si  tratterâ  di  una  mera  apparenza,  poichè 
queir  -a  è  metaplastico  (cfr.  Matelda  e  Maîilde,  Geltruda  -de, 
ecc,  e.  V.  Bruckner,  pp.  184,  268,  Philipon,  233)-  e  il  gen. 
in  -eue  depone  appunto  per  V  -e  o  -i  anteriore  ail'  -a.  Ed  ecco 
gli  esempi  : 

Arelda  (cioè  Arelde  o  -di)-déne:  nom.  Areldn,:\h\.  Arel- 
dene,  CDL,  num,  47  (a.  772). 

1.  Suppongo  che  *VaJcyi  sia  Vakrl  =  Valerhi\j.']\  v.Y^'vànch'x  e  .Ascoli, 
Arch.  ghtt.  it.,  IX,  380  sgg. 

2.  La  presenza,  avvenuta  per  tal  via,  nella  lingua  di  tipi  in  -a  eue  o  -a 
-jne,  doveva  poi  promuovere  qualche  analogia  tra  i  feminiH  con  -a  etimolo- 
gico.  Giudico  a  taie  stregua  VEttoIa  -h'ne  allegato  dal  Philipon,  238,  il  gen. 
Ferviwe  (ail.  a  Ferme  gen.  e  dat.,  Ferma  nom.)  di  CDLoiL,  num.  96  (a.  1 1 36), 
e  fors'  anche  (de)  Petrimi,  CDL,  num.  87  (a.  812).  —  Ben  è  vero  che  un 
tipo  di  declinazione  in -a  -ene,  limitato  perô  ai  mascolini,  occorre  in  nomi  délia 
etàgotica,  e  il  Wrede,  p.  185,  la  documenta  con  quattro  esempi  :  Waccenevt, 
Ma:^enis,  Pat^enis,  Cessinis.  Sennonchè  il  vero  nominativo  del  primo  non  è 
]Vaca  ma  Waci  (Wrcde  102-3),  e  si  puô  forse  supporre  che  anche  gli  altri 
abbiano  avuto  una  forma  in  -/  allato  a  quella  in  -a.  E  del  resto  sarà  questo 
un  fcnomcno  morfologico  diverse,  o  dove  avrà  influito  qualche  altra  analogia. 


DKCLINAZIOXE     IMPARISILLABA     NELLE    CARTE    D  ITALIA      253 

*lvochilde  -di  (o  Rochilda?)  -déne  :  abl.  Rochildene, 
CDL,  num.  47(^1-  772)- 

Taneldi  -dîne  :  nom.  r^wW/V,  gen.  Taucldiruv,  àhX.  lanel- 
dina,  RF,  num.  73  (a.  768),  dove  c  notevole  il  metaplasma  ne' 
casi  obliqui. 


* 

*    * 


Le  carte  da  cui  provengono  gli  esempi  délie  précèdent!  pagine 
sono  anteriori,  nella  loro  maggior  parte  al  Mille  ;  relativamente 
poche  si  pongono  tra  il  1000  e  il  iioo,  e  quasi  solo  per  ecce- 
zione  s'allegano  carte  di  data  posteriore  a  quest'  an  no.  Il  CDL 
è  ricco  di  1006  numeri  tutti  anteriori  al  Mille;  il  RF  ne  ha 
1330  e  vanno  fino  circa  al  1 125  ;  le  ML  contengono  circa  2300 
carte,  anteriori  al  Mille  nella  loro  stragrande  maggioranza;  i  DA 
vanno  hno  ail'  a.  i  i8oe  contengono  390  numeri  ;  il  CDP  ha  337 
numeri  di  cui  i  piùgiovani  raggiungono  il  1 100  ;  i  DR  constano  di 
86  numeri,  di  cui  una  parte  pernoi  inutile,  ponendosigli  utili  tra 
il  1000  e  il  iioo.  Quaiito  agli  HPM  ne  ho  spogliato  il  1°  vol. 
fino  al  num.  524  (a.  1164)  e  il  2°  fino  al  num.  148  (a.  iioi), 
Giova  perô  ricordare  che  ho  omesso  di  considerare  tutte  le  carte 
di  questa  raccolta  che  non  riguardin  la  parte  continentale  e 
cisalpina  dell'  antico  Regno  di  Sardegna.  Per  la  guale  limita- 
zione  il  numéro  de'  documenti  esaminati,  soprattutto  nel 
2°  vol.,  si  ristringe  di  molto.  —  Ho  premesso  queste  notizie, 
perché  il  lettore  possa  valutare  con  giustizia  le  proporzioni 
numeriche  degli  esempi.  Infatti,  solo  dopo  risaputo  délie  cifre 
ora  esposte,  si  potrà  riconoscere,  p.  es.,  che  i  dieciotto  esempi  di 
nomi  propri  fem.  in  -a  -âne  forniti  dai  DR  valgano  assai  piii 
dei  trenta  offerti  del  CDL  ',  e  che  i  dieci  esempi  di  -e  (-/')  -eue 
(-ine),  datici  dalle  carte  astigiane  degli  HPM,  soverchiano  in 
realtà  i  quarantadue  del  RF. 

Délie  tre  catégorie,  nelle  quali  abbiamo  diviso  gli  esempi,  la 
più  sicura  in  tutti  i  singoli  esempi  che  le  appartengono,  e  la 
più  ricca  è  quella  de'  nomi  in  -0  {-ns)  -onc.  E  lo  sarebbe  ben  di 
più  chi  v'  aggiungesse  leparecchie  centinaja  di  nomi  propri  sicu- 


I.  Di  questa  abbondanza  e  délie  sue  connessioni  storiche  è  detto  qui  indietro 
a  p.  208  n. 


254  ^-    SALVIONI 

rameute  o  (Jubbiiimcnte  gcrmanici  clie  noi  abbiamo  oniessi". 
Ad  impinguar  la  categoria  concorrono  le  carte  d'ogni  parte 
d'Italia,  e  v'hanno  esempi,  corne  Pt'/ro  UrsoLiipo,  che  occorrono 
innuinerevoli  volte  e  che  son  rappresentati  in  quasi  tutte  le  rac- 
colte.  La  più  ricca  messe  in  senso  assoluto,  ce  la  danno  il  RF  e 
il  CDL,  che  son  rappresentati  in  più  di  cinquanta  dci  più  di 
centoquaranta  articoli  onde  constano  gli  elenchi  nostri  ;  ma  la  più 
ricca  in  senso  relativo  la  si  miete  nelle  carte  astigiane  rappre- 
sentate  in  ventisei  articoli.  Il  CDP  figura  in  dodici  articoli,  il 
CDT  in  nove,  le  ML  in  venti,  e,  tra  le  raccolte  meridionali,  il 
CCav  (ne  primi  quattro  volumi)  in  sei,  il  CDB  in  sette. 
Alla  categoria  de'  nomi  in  -a  -âne  spettano  circa  un  centinajo  di 


I.  Ai  nomi  latini  già  citati  se  ne  possono  aggiungere  altri  germanici  odubbi 
nei  quali  è  pero  latino  il  suffisse  derivativo  :  i".  Pranduloni,  CDT,  num.  90 
(a.  812),  nom.  Macciuhis  gen.  Macciuluvi,  ib.  num.  24  (a.  730),  per  Davin- 
loneiu  et  Lucciolonein,  RF,  num.  12  (a.  747),/.  Mannoloni,  CDL,  num.  707 
(a.  968),  s.  Graiisoloiii,  ib.  num.  863  (a.  992),  /.  Guntuloni,  ML,  vol.  IV, 
p.  II.  App.,  num.  100  (a.  1122);  gen.  Bocacuviis  (nome  reso  poi  célèbre  dal 
et  Boccaccio  »,  ma  un  cui  non  son  certo  che  vada  il  Bocassio  di  DK,  num.  71, 
a.  1276),  DA,  num.  357  (a.  115  3),  e  p.  480  n.,  s.  Grimacionis,  RF,  num.  240 
(a.  819),  gen.  Racttcionis,  abl.  Racucione,  e  gen.  Giiarnucnviis,  RF,  num.  19 
(a.  816),  s.  Albiiccioni,  CDL,  num.  881  (a.  994),  s.  Boniiccionis,  ib.,  num.  900 
(a.  1059.  Nom.  Boniicius,  ib.,  num.  1025),  gen.  Siiavi\oiiis  (cf.  nom.  Siia- 
viio,  RF,  num.  1280,  pp  265,  266),  MR,  vol.  I,  num.  109  (a.  1057),/.  Cor- 
biiotiis,  DA,  num.,  261  (a.  1084),  gen.  Carlicionis,  RF,  num.  1240;  nom. 
Bronecto  gen.  Bruiieclonis,  RF,  num.  458  ;  inoltre,  di  origine  incerta  :  nom. 
Maiirisso,  gen.  Maurissonis,  ace.  Maurissoueiii,  RF,  num.  42  (a.  760),  155 
(a.  792),  casam  Maiirissioni,  ib.,  117  (a.  770),  un  nome  ch' io  non  ni  atten- 
terei  di  senz' altro  mandare,  come  fa  il  Philipon,  225,  con  Maiiritiits,  gen, 
Lanissionis,  RF,  num.  305  (a.  872);  nom.  Melesus,gen.  Melcsoni  abl.  Melesone. 
efors'  anche/.  MeJsoni,  CDL,  num.  249  (a.  870),  861  (a.  992),  696(3.  966), 
V.  forse  l'Holder  s.  «  Melisa  n;  per  MarLone,  CDL,  num.  605  (a.  954; 
e  ancora,  senza  sufïisso  e  con  apparenza  non  germanica  :  nom.  Ferro,  gen. 
Fenon is,  ecc.  Ferroueiii,  RF,  num.  790  (a.  1046).  845;  gen.  Pascoiiis,  abl. 
Pascoiie,  ib.,  790,  992,  iiji,  f.  Latulonis,  ib.,  num.  908  (a.  1059),/.  P'sc'wnis 
(*Pisius?),  ib.,  num.  990,  /.  Sabbioiiis  (da  *Siibbiiis  =z  *  savius  savio?),  ib. 
558,  nom  ProJo  (con  proJe'r  Cfr.  anche  il  gen.  fem.  PioJac,  ib.,  num.  560), 
gen.  Piodonis,  ib.,  num.  550,  416,  gen.  Martonis,  ib.,  num.  449,  1267, 
J.  Caionis  (:=  Catius}  V.  Flechia,  Di  aie.  forme,  ecc.  29),  ib.,  num.  1024, 
gen.  Ulmotii  ace.  Uluione,  CDT,  num.  70  (a.  768);  e  v.  ancora  Philipon,  223. 


DECLINAZIONE    IMPARISILLABA     NELLli    CARTE     D  ITALIA       255 

esenipi  tra  appellativi  '  e  nomi  propri,  tra  mascolini  e  feminili. 
I  nomi  propri  masc.  son  pochi -,  e  provengon  tutti  dall'  Italia 
centrale,  tranne  uno,  che  perô  ha  il  vantaggio  di  non  rivelarcisi 
soltantoattraversoun  mctaplasma.  Gli  appellativi  feminili  sono 
Otto  :  due  di  essi  son  comuni  aile  carte  settentrionali  e  centrali, 
cinque  son  dati  dalle  carte  settentrionali  soltanto,  e  uno  proviene 
da  carte  centrali  e  meridionali.  Ma  il  nucleo  importante  è  dato 
dai  nnpp.  feminili,  in  numéro  di  ottantaquattro,  dei  quali  poco 
meno  délia  meta  sono  d'origine  latina  '  o  latino-cristiana.  Il 
focolare  di  essi  è  la  Lomhardia  ch'è  rappresentata  in  sessanta 
articoli  •*,  e  nella  Lombardia,  corne  s'è  visto,  la  sezione  alpina 
lomharda  che  cade  nel  territorio  dell'  antica  Rezia.  Son  pure 
ragguardevoli,  a  proporzioni  fiitte_,  i  nove  esempi  del  CDP,  e 
più  ancora  i  sei  di  CDI.  Dai  territori  meridionaU  non  s'hanno 
che  due  esempi  (v.  s.  «  Domna  »  es.  «  Gausa  )))dicui  il  primo 
metaplastico,  e  dai  centrali,  sei  esempi  di  su  il  RF',  uno  di  su 


1.  É  da  aggiunger  loro,  fuori  d"Italia,  lo  sp.  hoiiiiciiianes  Grôbers  Gr., 
2"'  éd.,  908. 

2.  Tra  questi  potrommo  dubitare  di  Olivaiii,  in  quanto  potesse  rappresen- 
tare  un  derivato  per  -ami  ;  ma  ci  ha  deciso  ad  ammetterlo  nella  lista  la  non 
trascurabile  circostanza  che  anche  Miitaonta  -tatii  compaja  insieme  a  Lucca  e 
nella  Francia.  Mi  chiedo  poi  anche  se  non  entri  nella  nostra  série  niascolina 
5.  Boi  itini,  RAL,  num.  79  (a.  1034),  cioè  «  di  Borea[s]  »  (cfr.  il  cognome 
Bôrea);  e  il  Blanchi,  409-10,  vi  farebbe  entrare  Siniumu  -no,  CDT,  num.  44 
(a.  796),  e  persino,  s'io  ben  l'intendo,  AJauo. 

3.  Tra  i  nomi  latini  comprendo  pure  le  formazioni  romanze  da  nomi  di 
luoghi,  corne  Bdlaxia,  Clavennula,  e  cosi  Ravennits,  Claveiuudus  ndla.  seconda 
lista. 

4.  Comprendendo  perô  tra  le  lombarde,  come  è  giusto  avvenga  tanto  nel- 
l'ordine  linguistico  che  nel  geografico,   le  carte  provenienti   da  Novara. 

5 .  Una  objczione  che  potrehbe  venir  mossa  agli  esempi  ch'  io  attribuisco 
al  RF  è  questa  :  che  mentre  nella  série  de'  nomi  in  -0  -àll^  il  genitivo  esce  di 
solito  in  -oui!:,  invece,  nella  série  -a  -due,  esce  sempre  per  -ani.  Al  che  rispondo 
che  -iitii  rappresenta  la  flessione  arcaica,  come  la  rappresentano  i  non  iscarsi 
esempi  di  -ont  =z  -ouis,  e  che  gli  esempi  con  -s  in  questa  série  son  dovuti  a 
Gregorio  di  Catino  che  nella  2»  meta  del  sec.  xi  compile  il  regesto.  Ma  a 
quest'  epoca,  la  flessione  in  -a  -dnis  non  era  più  sentita,  e  cosi  Gregorio  non 
poteva  ricostruire  i  genitivi  in  -aiii  come  ricostruiva  quelli  in  -oui,  tanto  più 
poi  che  quelli  si  prestavan  mirabilmente  a  esser  confusi  col  genitivo  di  -anu. 
È  del  resto  éloquente  il  metaplastico  Orsanae  e  anche  il  de  Blancano  di  cui  s. 
«  Elança  »  in  nota,  la  cui  forza  probativa  s'accresce  pel  fatto  délia  sicura  pre- 
senza  di  Bhuca  -cane  nella  Toscana. 


2)6  C.    SALVIONl 

il  CDT  (s.  «  Bhmca  »),  ■  duedi  su  le  ML,  e  uno  di  su  il  RAL 
(s.  «  Proba  »)  ^  Se  anche  qiialcuno  di  questi  esempi  centrali  e 
meridionali  possa  prestare  il  fianco  a  delle  objezioni,  ne  rimarra 
pur  sempre  abbastanza  per  affermare  che  la  declinazione  impa- 
risillaba  de'  nomi  propri  feminili  in  -a,  non  era  sconosciuta  in 
queste  parti  délia  penisola. 

In  nomi  propri  -/  -ine  ecc.  sono  settantacinque  "',  quasi  tutti 
mascolini,  e,  tranne  una  decina,  d'origine  germanica.  Vigoreg- 
giano  essi  vel  RF,  nelle  carte  délia  2'  meta  del  sec.  8°  e  del 
primi  decenni  del  9°,  e  nei  diplomi  astigiani,  corne  già  s'è 
detto.  Il  CDL  offre  quindici  esempi,  e  una  dozzina  d'esempii, 
tutti  di  su  carte  antichissime,  li  offrono  insieme  le  ML  e  ii 
CDT.  Nessun  esempio  dalle  carte  meridionali. 

Nel  suo  assieme,  conchiuderô,  lo  specchio  che  précède 
dimostra  che  la  declinazione  imparisillaba  era  di  tutta  Italia,  e 
un"  altra  fiera  scossa  è  quindi  data  a  uno  degli  argomenti  che  si 
son  fin  qui  allegati  per  l'origine  germanica  d'  essa  declinazione 
imparisillaba  :  quello  del  suo  apparire  soltanto  in  que'  territori 
romanzi  che  confinano  a  popolazioni  germaniche.   Il  regesto  d 


1 .  L'esempio  Bhmcani  mi  par  guarentito  per  ciô  che  occorra  due  volte  e 
per  ciô  che  si  dice  in  fine  della  précédente  nota.  —  Nel  CDT  occorre  anche 
/.  Branculani  e  corie  Braticulani,  nuni.  39  e  64  (aa.  793,  804),  e/.  Fre:^ani  nel 
RAL,  num.  303  (a.  1081).  Non  so  che  pensarne. 

2.  Qui  siano  ancora  ricordati,  perche  il  It^tore  ne  faccia  quel  calcolo  che 
crede,  /'.  Fiuidani,  RF,  num.  774  (a.  1044),  •^"^''/'^  '/'''•••  Melegane  e  pralo  Lohiani, 
CDL,  num.  112  (a.  830),  884  (a  994),  Pelrum  Ruibain  (1.  -ni)  =  Pietro  di 
Rossa?,  Verci,  0.  c,  doc.  14.  —  Un  nome  Brica  (mascolino  o  feminile  ?  Cfr. 
il  masc.  Briao,  Bruckner  239,  e  nom.  Bin'cho,  gcn.  Birkhoui,  CDL,  num.  1 1 1  ; 
e  pure  masc.  Biri  ica  ap.  Gloria.  Dfl  Volgarc  illustre  dal  sec.  VII  fiiio  a  Dante, 
p.  22)  in  casa  iihi  dicitiir  Brica)! i  e  in  prénom inato  loco  Cahricani,  AN,  num.  147 
(a.  1038). 

3.  Tra  cui  pero  parecchi  nominativi  fatti  suU' obliquo  metaplastico,  ma 
non  per  questo  meno  sicuri.  Da  aggiungere  sarrà  forse  ii  nom.  Morcnitinns, 
RAL,  num.  106,  da  paragonarsi  col  Mauronti[s  (lerra  Maiirontis)  di  RF, 
num.  259  (a.  825).  E  cosi  questo  curioso  nome  ci  si  pi-esenterebbe  in  tre 
forme  :  Mauronta  -tani  (v.  p.  217  n),  Matiroiiio  -tone,  Bruckner,  285,  RF, 
num.  577,  622,  e  Mauronti  -tine.  —  Qui  faccio  seguire  un  certo  numéro  di 
genitivi  in  -ini  -eni,\n  talun  de'  quali  saran  forse  da  riconoscere  gliefFeti  della 
nostra  flessione  :  /".  Armeni,  RF,  num.  193  (a.  809), 7'.  Cbristoceni,  ib.,  num. 
1 17  (a.  778),  casarinum  Ageleni,  ib.,  num.  269  (a.  81 1),  s.  Madaliui,  ib.,  309 
(a.  875),  5.  Gensoveni  (o  =  Gensuini  da  *Gensuin  ?),  CDT,  num.  77  (a.  808), 
s.  Adajui,  ib.,  5.  Passerini  (cf.  i  cognomi  Pdsseri  e  Passerini)  RAL,  num.  273 
fa.  lo-j'jy  f.  Lovisino  -ni  (o  =:  Lupiciniï)  AN,  num.  129  e  135  (aa.  1030, 
1033),  i.  Frauceni  (errore  per  -oni }),  HPM,  vol.  I,  num.  294  (a.  1054,  Torino), 
ecc. 


DECLINAZIONE    IMPARISILLABA    \ELLE    CARTK     d'iTALIA       257 

Farfii  e  anche  le  raccolte  toscane  sono  a  questo  riguardo  ben 
éloquent!.  E  benpiù  éloquent!  sarebbero,  e  insieme  adessi  anche 
le  raccolte  meridionali,  ove  fosse  loro  dato  di  contenere  dei 
document!  p!ù  vetust!  d!  quell!,  in  parte  pur  g!à  tanto  vene- 
rand!,  che  in  realtà  c!  oftVono.  S!  pensi  che  se  il  RF  e  le  rac- 
colte toscane  non  ci  dessero  délie  carte  rogate  tra  il  750  e  r850 
e  solo  cominciasseroil  primo  con  carte  dell'  850,  le  seconde  con 
carte  dell'  800,  noi  non  avremmo,  per  la  regione  centrale, 
nessuno  esempio  délia  declinazione  in  -/  (-<')  -ine  Ç-éne)  e  tut- 
talpiù  dovremmo  esser  contenti  di  rintracciarla  irrigidita  in 
qualche  metaplasma.  Il  caso  è  istruttivo,  e  c'insegna,  s'io  mal 
non  mi  appongo  nell'  interpretarlo,  che  assai  più  esempi  noi 
troveremmo,  e  per  ciascuna  délie  catégorie  del  nostro  tipo  fles- 
sionale,  e  per  ciascuna  regione  d'Italia,  ove  più  indietro  nei 
secoli  ci  portassero  i  documenti.  Onde  la  quistione  non  è  più 
di  sapere  se  tutta  Italia  abbia  conosciuto  il  tipo,  bensi  di  ren- 
derci  conto  perché  in  certe  parti,  p.  es.  nel  Mezzogiorno  e  a 
Roma,  esso  già  si  mostri  languente  quando  altrove  o  ancora 
vigoreggiao  quanto  meno  offre  prove  non  dubbie  délia  sua  vita, 
e  perché,  a  seconda  délie  regioni,  l'una  categoria  abbia  ceduto 
prima  délie  altre.  E  s'io  ho  ragione  di  cosi  concepire  l'anda- 
mento  storico,  è  facile  la  conclusione,  alla  quale  già  s'addive- 
niva,  che  in  fondo  non  altro  che  un  fortuito  silenzio,  — 
silenzio  parziale  '  e  di  relativamente  non  lunga  durata,  — 
sépara  la  dechnazione  imparisillaba  médiévale  dai  Fortunataneni, 
Vakntiûni,Suavini  e  Natalini  délia  tradizione  epigrafica  romana  ^. 

C.  Salvioni. 


1.  Dico  «  parziale  »,  in  quanio,  ne'  riguardi  délia  série  -a  -aiiis,  già  s'è 
veduto  cW  io  ritengo  colmata  la  lacuna  temporale  dai  nomi  mascolini  (e  femi- 
nili,  V.  pag.  220  n)  in  -a  -une  del  periodo  barbarico. 

2.  Avrebbero  dovuto  far  séguito  al  mio  studio  délie  considerazioni  suUe 
viccnde  intime  délia  flessione  imparisillaba,  sulla  realtà  e  il  modo  di  sua  vita 
nel  latino  délie  carte.  Ma  ho  già  troppo  abusato  dello  spazio  concessomi  dalla 
Roiihinia,  e  riserbo  le  mie  considerazioni  per  un'  altra  volta.  Non  posso  tutta- 
via  tralasciare  di  avvertire  il  lettore  che  ogni  quai  volta  nelle  nostre  liste 
l'esempio  délia  carte  è  allegato  nella  forma  :  «  nom.  Petro  (o  -its),  gen.  Petroni 
ecc.  »,  cio  vuol  dire  che  in  almeno  uno  de  documenti  citati  compajono  real- 
mente  il  caso  retto  nella  forma  e  nelia  funzione  del  caso  retto,  l'obliquo  iiella 
forma  e  nella  funzione  deir  obliquo.  E  si  tratta  sempre,  salvo  qualche  rara 
eccezione,  délia  stessa  persona  ch' è  nominata  nell'  un  caso  e  nell' altro. 

Romania,  XXXV  I  7 


VIVIEN    ET    LARCHAMP 


Depuis  un  demi-siècle  les  romanistes  d'Europe  et  d'Amé- 
rique ont  tenté  de  retrouver  le  prototype  historique  du  Vivian 
du  cycle  de  Guillaume  d'Orange,  mais  sans  arriver  à  un  résul- 
tat même  problématique.  M.  Hermann  Suchier  croit  avoir 
trouvé  la  clé  de  l'énigme.  Après  avoir  consacré  à  ce  sujet  un 
copieux  article,  véritable  chef-d'œuvre  d'information  ',  il  pousse 
ce  cri  de  triomphe  :  «  Ich  komme  also  zu  dem  Schlusse  : 
Vivien  ist  der  Vivianus  der  Schlacht  von  851  eben  so  sicher 
wie  Roland  der  Hruolandus  der  Schlacht  des  Jahres  778  ist-^.  » 

Donnons  bien  vite  la  solution  :  Vivian  ou  Vivien  n'est  autre 
que  le  comte  Vivianus  qui  joua  un  rôle  important  sous  le 
règne  de  Charles  le  Chauve;  la  bataille  où  il  succomba  sous  les 
coups  des  Bretons  le  22  août  851  doit  être  placée  à  Larchamp 
dans  le  département  de  la  Mayenne,  canton  d'Ernée.  Cette 
localité  représente  le  mystérieux  champ  de  bataille  de  l'Archant 
(pour  Larchamp)  célèbre  dans  le  cycle  de  Guillaume  d'Orange. 

Pour  quiconque  est  un  peu  lamilier  avec  le  règne  de  Charles 
le  Chauve,  les  objections  surgissent  aussitôt.  Quel  rapport  entre 
le  comte  de  Touraine,   duc  en  Neustrie,  pourvu  dès  843  '  des 


1.  Dans  la  Zeitschrijl  fïir  roiiiaiiische  Philologie,  XXIX,  641-682. 

2.  Ihid.,  66^,. 

5.  Les  deux  témoignages  les  plus  anciens  sur  Vivianus  ont  échappé  à 
M.  S.,  et  on  ne  peut  lui  en  faire  un  reproche.  Ce  personnage  figure  comme 
amhasciator  dans  un  diplôme  de  Charles  le  Chauve  donné  sous  Rennes  le 
13  novembre  843.  La  mention  Vivianus  caméra  ri  us  impetravit  (ces  deux  der- 
niers mots  en  notes  tironiennes)  est  dans  l'édition  de  J.  Tardif  (Cartons  des 
rois,  no  144,  p.  96),  mais  non  dans  celle  des  Historiens  de  France  consultée 
par  M.   Suchier,  Dans  son  édition  d'un  acte  un  peu  antérieur,  du  30  août 


VIVIEN    ET    LARCHAMP  259 

tonctions  très  élevées  '  de  chambrier,  lesquelles  ne  sont  compa- 
tibles qu'avec  un  âge  mûr,  et  Tenflmt  Vivian  dont  les  prouesses 
n'offrent  d'intérêt  qu'à  cause  de  son  âge  juvénile  -  ? 

Dans  l'histoire,  les  ennem's  de  Vivien  et  du  roi  Charles  (et 
non  de  Louis  le  Pieux)  sont  des  Bretons,  nullement  des  Sarrasins, 
et  jamais  l'épopée  dans  ses  plus  folles  fantaisies  n'a  confondu 
les  Bretons  avec  les  païens.  Il  est  même  remarquable  que,  en 
dépit  des  désastres  de  845  et  851,  les  Bretons  ne  soient  jamais 
considérés  comme  des  ennemis  '.  Erispoé,  (le  Ripeu  de  nos- 
épopées)  et  Salomon  sont,  au  contraire,  traités  comme  des 
personnages  sympathiques,  et  le  second  figure  même  au  nombre 
des  vassaux  de  l'empereur  +. 

M.  S.  le  sait  bien,  mais,  dit-il,  les  Normands  qui,  eux,  ont 
été  confondus  avec  les  Sarrasins,  se  sont  plus  d'une  fois  alliés 
avec  ceux-ci  contre  Charles  le  Chauve  (p.  660,  67)).  Pas  en 
851  en  tout  cas,  et  les  exemples  cités  portent  sur  865  et  866  : 
et  il  s'agit  de  bandes  de  brigands  bretons,  faisant  le  coup  de 

843  à  Quierzv,  Tardif  (no  142)  lui-même  a  néglige  le  mot  Viujaniis  qui  se 
trouve  écrit  en  clair  dans  l'original  des  Archives  Nationales  au-dessous  du 
recogiiovil  et  stibscripsit  du  chancelier. 

1.  Sur  cette  charge,  vov.  Hincmar,  De  online  pdlatii,  éd.  M.  Prou,  p.  56- 
S8  (Bibliothèque  de  r École  des  Hautes  Éludes,  fasc.  58);  G.  Waitz,  Deutsche 
VerfassuKjsgeschichte,  III,  2^  éd.,  502. 

2.  La  discussion  sur  l'âge  du  Vivian  épique,  que  M.  S.  semble  chercher  à 
vieillir  (p.  665-664)  est  fort  peu  probante.  Si  le  Vivian  épique  avait  dans  les 
vingt-deux  ans,  son  rôle  n'aurait  rien  d'extraordinaire  puisque  les  jeunes  Francs 
étaient  adoubés  aux  environs  de  la  vingt  et  unième  année.  L'âge  minimum 
auquel  l'adoubement  était  permis  étant  quinze  ans,  juste  l'âge  du  frère  cadet 
de  Vivian,  celui-ci,  qualifié  «  meschin  »,  doit  être  envisagé  comme  un  jeune 
homme  de  seize  à  dix-huit  ans.  Sur  les  conditions  de  l'adoubement,  voy. 
P.  Guilhermoz,  Essai  sur  l'origine  de  la  noblesse  en  France  (Paris,  1902),  417- 
421. 

5.  Les  raisons  à  l'appui  de  cette  remarque  m'entraîneraient  trop  loin  et 
sortiraient  du  cadre  de  cette  revue.  Je  crois  bon  cependant  de  mettre  en  garde 
les  lecteurs  non  historiens  contre  les  assertions  d'un  pseudo-Breton,  feu 
.\rthur  de  La  Borderie,  qui  présente  sous  un  jour  faux  les  rapports  des  Francs 
et  des  Bretons  dans  sa  grande  Histoire  de  Bretagne,  déployable  à  bien  des 
égards. 

4.  Il  suffit  de  renvoyer  à  Ernest  Langlois,  Table  des  noms  propres...  compris 
dans  les  chansons  de  geste  imprimées.,  Paris,  1904. 


2éo  F.    LOT 

main  avec  les  barbares,  et  non  d'armées  nationales  commandées 
par  le  duc  ou  roi  des  Bretons  '. 

Que  dire  de  la  tentative  de  rapprochement  entre  Guillaume 
d'Orange,  oncle  du  fabuleux  Vivian,  et  Guillaume,  duc  de  Gas- 
cogne et  comte  de  Bordeaux  qui  fut  fait  prisonnier  dans  cette 
ville  par  les  Danois  en  848?  M.  S.  commence  par  supposer  que 
l'historique  Guillaume  de  Toulouse  (le  Guillaume  d'Orange 
de  l'épopée)  a  été  confondu  avec  son  petit-fils  Guillaume  de 
Gothie.  Puis  il  accueille  avec  complaisance  (p.  661,  675)  une 
hypothèse  qui  assimile  ce  dernier  au  duc  de  Gascogne  homo- 
nyme. Par  malheur,  cette  hypothèse  ne  tient  pas  debout. 
L'année  même  où  Bordeaux  et  son  défenseur  tombaient  au 
pouvoir  des  païens,  le  petit-fils  de  Guillaume  de  Toulouse  était 
fort  loin  de  là,  occupé  à  disputer  la  Gothie  aux  marquis  de 
•  Charles  le  Chauve.  Depuis  l'exécution  de  son  père,  décapité  en 
844  ^,  il  guettait  une  occasion  favorable.  Elle  se  trouva  en  848. 
Le  marquis  Sunifré  venait  de  mourir  et  d'être  remplacé  par  Ale- 
ran,  comte  de  Troves,  étranger  au  pays.  Guillaume  s'empara  par 
ruse  d'Ampurias  et  de  la  capitale  de  la  Marche  d'Espagne,  Barce- 
lone, à  la  fin  de  848,  et  un  instant  il  fit  même  prisonniers  Aleran 
et  le  comte  Isambard.  Le  triomphe  du  petit-fils  de  Guillaume  de 
Gellone  fut  de  courte  durée.  Au  début  de  850,  lui-même  fut  pris 
par  trahison  et  décapité  dans  Barcelone  '.  A  six  ans  d'inter- 
valle, le  fils  subissait  le  même  supplice  que  le  père.  Bernard,  à  la 
mort  de  Louis  le  Pieux,  avait  joué  un  rôle  très  louche,  flottant 


I.  Le  troisième  exemple  ne  signifie  rien  :  de  ce  que  Vivianus,  donnant  le 
monastère  de  Cunauld  (le  27  décembre  845)  aux  moines  de  Saint-Philibert 
de  Noirmoutier,  parle  des  incursions  fréquentes  et  inopinées  des  Normands 
et  des  Bretons,  il  n'en  ressort  nullement  que  ceux-ci  soient  alliés  et  confondus 
les  uns  avec  les  autres.  Disons  à  ce  propos,  que  avant  d'avoir  à  souffrir  des 
pirates  bretons  et  Scandinaves,  l'île  de  Noirmoutier  et  lîle  d'Yeu  avaient  été 
vers  le  viii^  siècle  visitées  par  des  navires  «  sarrasins  »,  c'est-à-dire  des  pirates 
musulmans  d'Espagne.  Voy.  Ermentier,  1.  II,  c.  10  dans  R.  Poupardin, 
Monuments  des  abbayes  de  Saint-Philibert,  p.  66  et  xxv  (Collection  de  textes 
Alph.  Picard,  1905,  fasc.  38). 

2.  Voy.  Calmette,  De  Bernardo  sancti  GuiUelmi  filio  (Tolosae,  1902),  92; 
cf.  le  Moyen  dge,  1904,  p.  149. 

3.  Voy.  Calmette,  Les  marquis  de  Gothie  sous  Charles  le  Chauve,  p.  6  (extr. 
des  Annales  du  Midi,  1902);  cf.  F.  Lot,  dans  la  Romania,  XXXIII,  145-9- 


VIVIEN    ET    LARCHAMP  26 1 

entre  Lothaire  et  Charles.  Il  méditait,  si  l'on  en  croit  une  insi- 
nuation de  Nithard,  de  se  tailler  une  principauté  en  Gothie  où 
son  père  avait  laissé  un  souvenir  inoubliable'.  C'est  en  cette 
contrée  que  le  jeune  Guillaume  pouvait  compter  des  partisans; 
c'est  en  Septimanie  et  dans  la  Marche  d'Espagne  qu'il  dût  se 
tenir  après  la  fin  tragique  de  Bernard.  Croire  que  Charles  le 
Chauve  qui  haïssait  ce  dernier  eût  confié  à  son  fils,  un  tout 
jeune  homme  %  un  poste  de  confiance  comme  était  le  duché  de 
Gascogne  avec  Bordeaux,  c'est  se  méprendre  étrangement. 
Sovons  bien  persuadés  qu'il  n'y  a  qu'un  rapport  fortuit  entre 
le  duc  Guillaume  fait  prisonnier  par  les  Normands  en  848  et  le 
jeune  aventurier  du  même  nom  qui  enleva  Barcelone  à  la  fin 
de  cette  année  \ 

Faut-il  faire  remarquer  que  les  rapprochements  entre  la  topo- 


1.  Voy.  F.  Lot  dans  le  Moyen  Age,  1904,  150. 

2.  Il  était    né  en   826,  comme  nous    l'apprend    le   Mamiale  de  sa  mère 
Dodana. 

3.  Bien  entendu  je  ne  me  fais  aucune  illusion.  Cette  identification  inadmis- 
sible sera  reprise.  Je  puis  même  fournir  une  hypothèse  au  naît  qui  recommen- 
cera à  se  livrer  à  ce  sport  :  Bordeaux  â  été  prise,  ainsi  que  son  défenseur 
Guillaume,  duc  de  Gascogne  en  848,  mais  au  début  de  cette  année,  tandis  que 
Barcelone  a  été  enlevée  par  Guillaume,  fils  de  Bernard,  à  la  fin  de  cette  même 
année,  imaginons  que  leduc  de  Gascogne  n'a  pas  été  tué  par  les  Danois(rien 
ne  certifie  sa  mort)  mais  a  été  racheté  par  le  roi,  et  rien  n'empêchera  d'identi- 
fier les  deux  Guillaume.  Pendant  que  je  suis  en  veine  d'hypothèse  je  conti- 
nue :  la  mention  de  Larchamp  comme  situé  «  sur  mer  »  est  une  fiction  épique 
(cette  thèse  ne  sera  pas  plus  difficile  à  soutenir  que  la  proposition  inverse).  En 
réalité,  le  poète  ignorait  la  position  de  Larchamp.  Les  seuls  traits  «  histo- 
riques »  sont  la  prise  de  Bordeaux,  le  séjour  du  comte  Guillaume  à  Barcelone, 
la  dévastation  du  cours  de  la  Garonne  et  de  l'Aquitaine  par  les  païens  maîtres 
de  Bordeaux.  Mandé  par  Girard,  à  la  requête  des  Aquitains  du  Berry,  le 
comte  arrive  en  toute  hâte.  Où  va-t-il  trouver  l'ennemi?  Non  pas  en  Berry 
(c'est  la  déformation  de  la  légende)  mais  sur  la  Garonne.  Précisément,  au 
tiers  du  chemin  environ  entre  Bordeaux  et  la  frontière  de  la  Septimanie  se 
trouve  un  Larchant  (Lot-et-Garonne,  com.  Saint-Pierre  de  Lévignac,  arr. 
Marmande,  cant.  Seyches).  C'est  là  qu'il  faut  placer  la  première  bataille  de  ce 
nom  de  la  Chanson  de  Guillaume.  Cela  conviendra  aussi  «  remarquablement  » 
que  la  localité  de  la  Mayenne,  propo.sée  par  M.  Suchier.  Il  est  vrai  qu'il 
faudra  établir  que  la  véritable  graphie  est  bien  Larchant  et  non  Larchamp. 
Ce  sera  un  jeu  pour  un  esprit  tant  soit  peu  ingénieux. 


262  F.    LOT 

graphie  du  Larchamp  épique  et  la  description  de  la  commune 
de  la  Mayenne  empruntée  au  Dictionnaire  de  Joanne  sont 
d'une  singulière  fragilité  '.  L'auteur  s'abuse  étrangement  en 
les  croyant,  si  l'on  peut  dire,  topiques. 

Faut-il,  enfin,  observer  qu'aucun  texte  latin  ne  nomme  le 
lieu  où  Charles  fut  battu  et  le  duc  Vivianus  mis  à  mort  et  qu'il 
est  d'une  méthode  plus  qu'aventureuse  de  s'appuyer  sur  des 
poèmes  du  xii''  siècle  dont  la  géographie  est  ultra  fantaisiste  pour 
identifier  un  champ  de  bataille  du  ix*"  siècle? 

A  quoi  bon  ? 

Ces  objections  de  sens  commun,  d'autres  encore,  n'ébranle- 
raient pas  l'imperturbable  confiance  de  l'éminent  professeur  de 
Halle  dans  la  solidité  de  son  système. 

L'étude  d'un  texte  qu'il  n'a  fait  que  signaler  en  passant  aura 
peut-être  un  meilleur  succès.  J'entends  parler  de  la  Vita  sancti 
Conwoionis  abhatis  Rotonensis,  écrite  vers  la  fin  du  ix^  siècle  ^  par 
un  moine  de  l'abbaye  de  Saint-Sauveur  de  Redon  qui  avait 
connu  saint  Conwoion.  Il  nous  raconte  une  anecdote  à  pro- 
pos justement  de  la  lutte  qui  mit  aux  prises  Erispoé  et  Charles 
le  Chauve  en  l'année  851.  L'abbé  de  Redon  avait  à  souffrir  des 
insolentes  revendications  de  quelques  seigneurs  bretons,  notam- 
ment d'un  certain  Risweten  et  d'un  certain  Tredoc,  quand 
ceux-ci  durent  obéir  à  la  convocation  du  prince  Erispoé  ordon- 
nant à  ses  sujets  de  se  réunir  en  armes  «  au  delà  de  la  Vilaine.» 


1.  M.  S.  (p.  659)  trouve  dans  la  commune  de  Larchamp  (Mayenne)  une 
fontaine  de  Saint-Guillaume (commt  si  les  lieux  dits  de  Saint-Guillaume  étaient 
rares  en  France),  une  Fosu'  aux  Sarrasins  (comme  si  toutes  les  fortifications 
antiques  n'avaient  pas  été  attribuées  «  aux  Sarrazins  »).  Qu'importe  l'expres- 
sion «  Larchamp-des-Gaules  »,  nom  «  pop  ilaire  »,  selon  l'abbé  Angot 
(comme  si  le  mot«  Gaule  »  n'était  pas  un  mot  de  fabrication  relativement 
récente)!  Une  ferme  s'appelle  depuis  151 3  au  moins  :  «  la  Viviennière  ».  L'au- 
teur remarque,  il  est  vrai,  prudemment  que  «  es  kann  seinen  Namen  einem 
frùherem  Besitzer  namens  Vivien  verdanken  ».    Sans  doute. 

Que  dire  du  rapprochement  proposé  (p.  663),  avec  doute  je  le  veux 
bien,  mais  singulièrement  inquiétant,  de  la  contrée  épique  Commarcis  (la 
Marche  d'Espagne  selon  G.  Paris)  avec  Cormery,  nom  d'une  abbaye  bien 
connue  de  la  Touraine,  dont  le  comte  Vivianus  fut  le  bienfaiteur  ! 

2.  Sur  la  valeur  et  la  date  de  ce  texte,  voy.  L.  Levillain  dans  le  Moyen 
Age,  1902,  pp.  241  et  suiv. 


VIVIEN    ET    LARCHAMP  205 

Ces  deux  personnages,  comptant  piller  et  se  procurer  des  armes, 
usèrent  du  droit  de  gite  pendant  trois  ou  quatre  jours  dans 
une  villa  (appartenant  à  l'abbaye  ')  nommée  lencglina  %  près 
d'une  église  dédiée  à  saint  Pierre.  Mais,  une  nuit,  les  Francs 
arrivèrent  brusquement  et  se  mirent  à  tout  ravager.  Risweten 
et  Tredoc  se  cachèrent  dans  «  l'aire  '  »  d'un  pauvre  homme, 
sous  la  paille.  Mais  ils  furent  trahis  par  un  des  villageois  qui 
dit  aux  Francs  :  «  Si  vous  cherchez  des  Bretons,  en  voici  qui  se 
cachent  sous  la  paille  ».  Les  misérables,  découverts  et  tirés  de 
leur  cachette,  furent  mis  à  mort  à  coups  d'épée  :  leurs  corps 
furent  jetés  sur  la  place  pendant  que  leurs  têtes  coupées  ser- 
vaient de  trophée  aux  Francs  ^. 

De  ce  texte,   M.    Suchier  n'a  retenu    que  ceci  :  qu'Erispoé 


1.  On  verra  dans  un  instant  que  cette  déduction  est  justifiée. 

2.  Mabillon  a  imprimé  lenegUna,  et  cette  faute  s'est  répétée  dans  les  édi- 
tions postérieures  qui  ne  font  que  reproduire  le  texte  qu'il  a  donné  dans  ses 
Acia  Sanct.,  saec.  IV,  part.  II,  p.  199. 

3.  L'éditeur  des  Mon.  Genn.,  SS.,  XV,  456,  veut  corriger  urea  en  arca. 
Cette  correction  est  inutile. 

4.  Le  ms.  unique,  de  la  fin  du  xi^  siècle,  d'après  lequel  Mabillon  avait 
donné  son  édition  a  été  récemment  acquis  par  la  Bibl.  Nat.,  alors  qu'on  le 
croyait  perdu  depuis  le  xviie  siècle  ;  c'est  le  ms.  des  nouv.  acquis,  lat.  662. 
Il  provient  de  la  vente  du  baron  Jérôme  Pichon.  Voy.  Catalogue  de  la  biblio- 
thèque de  Jeu  M.  le  baron  Jcrânie  Pichon.  Troisième  partie  (Paris,  1898,  gr.  in-80) 
p.  191,  no  5560.  Ce  ms.,  déjà  mutilé  au  xyii'  siècle,  nous  est  malheureuse, 
ment  parvenu  dans  un  état  encore  plus  défectueux  qu'au  temps  de  Mabillon. 
Le  chapitre  qui  nous  intéresse  ne  nous  y  a  pas  été  conservé  en  entier  :  le  fol. 
4  (fol.  8  dans  l'ancienne  numérotation)  ne  nous  offre  ni  le  milieu  ni  la  fin.  Je 
ne  juge  pas  inutile  cependant  de  le  reproduire  en  appendice.  Déduction  faite 
des  fol.  1,3  et  5,  remplis  par  un  sermon  pour  nous  sans  intérêt,  on  constate 
grâce  à  une  numérotation  ancienne  (xvie  siècle  ?)  que  les  Gesta  Sanctorum 
Rotouensiuin  ont  comporté  43  fol.  Il  ne  reste  plus  aujourd'hui  que  les  fol.  8 
(4  de  la  numérotation  contemporaine),  25  à  36  et  38  à  43.  L'original  du 
ixe  siècle,  d'après  lequel  fut  exécutée  deux  siècles  plus  tard  la  copie  représen- 
tée par  le  ms.  662,  devait  être  lui-même  tronqué  à  la  fin  car  la  moitié  infé- 
rieure du  verso  du  fol.  43  est  demeurée  en  blanc  quoique  l'ouvrage  ne  soit 
certainement  pas  terminé  avec  les  dernières  lignes  reproduites.  Une  main  de 
la  fin  du  xvie  siècle,  peut-être  la  même  à  qui  nous  devons  la  première  folio- 
tation,  n'en  a  pas  moins  écrit  au  bas  «  hic  explicit  historia  monasterii 
sancti  Salvatoris  ». 


264  F.    LOT 

donnait  pour  lieu  de  rassemblement  à  son  armée,  une  localité 
de  la  Vilaine.  «  Donc  le  champ  de  bataille  doit  être  cherché 
non  loin  de  la  Vilaine  »,  observe-t-il  judicieusement.  Larchamp 
à  14  kilomètres  de  la  source  et  du  cours  supérieur  de  ce  fleuve 
satistait  remarquablement  aux  conditions  requises  (p.  653). 

Non  !  Car  le  texte  est  plus  explicite.  Il  porte  qu'Erispoë 
ordonne  à  ses  troupes  de  se  porter  au  delà  de  la  Vilaine 
(ultra  Visnonie  fluviiini).  Comme  notre  informateur  réside  à 
Redon,  qui  est  sur  la  rive  droite  du  fleuve,  le  rendez-vous  est 
nécessairement  sur  la  rive  gauche.  Ceci  posé,  on  voit  tout  de 
suite  que  Larchamp  ne  remplit  pas  les  conditions  requises  d'être 
près  de  la  Vilaine  et  en  un  point  où  il  y  a  intérêt  à  dire  qu'on  ira 
sur  l'une  ou  l'autre  rive  de  ce  cours  d'eau.  En  eff"et,  cette  loca- 
lité étant  à  20  kilomètres  au  nord  de  l'Étang-Neuf,  source  de  la 
Vilaine,  n'est  en  réalité  ni  près,  ni  sur  une  rive  du  fleuve. 

Les  mots  essentiels  lencglina,  ecclesia  sancti  Pétri,  M.  H, 
Suchier  les  passe  sous  silence,  sans  doute  parce  qu'il  n'a  pas 
réussi  à  en  retrouver  l'équivalent  sur  la  carte.  Moi  non  plus, 
l'été  dernier,  quand,  à  la  requête  de  M.  J.  Bédier,  je  tentai  de 
rendre  ce  léger  service  à  notre  éminent  collègue,  je  ne  réussis 
point  à  identifier  ces  deux  localités  que  je  cherchai  d'instinct  le 
long  du  cours  de  la  Vilaine  entre  Redon  et  Rennes.  Je  suis 
plus  heureux  aujourd'hui  grâce  à  un  concours  dont  je  parlerai 
dans  un  instant. 

Dans  le  pays  intermédiaire  entre  les  Etats  d'Erispoë  et  la 
Neustrie  carolingienne  les  églises  dédiées  à  saint  Pierre  sont 
fort  rares.  Nous  n'avons  point  l'embarras  du  choix.  Tout 
d'abord  s'offre  à  nous  le  village  de  Langon,  à  25  kilomètres  en 
amont  de  Redon.  Il  appartenait  à  l'abbaye,  et  avait  pour  patron 
s.iint  Pierre;  mais  Langon  est  sur  la  rive  droite  et  il  n'y  a  nul 
rapport,  entre  ce  nom  et  lenci^lina.  Ce  rapport,  au  contraire, 
est  indéniable  avec  Jexgland  ',  hameau  de  la  commune  de 
Fougeray^,  situé  sur  une    petite  éminence  à    i    kilomètre  au 


1.  Le  nom  est  ainsi  écrit  dés  1466  dans  un  aveu  de  la  duchesse  Françoise 
conservé  aux  Archives  de  la  Loire-Inférieure  sous  la  cote  B  1855. 

2.  Chef-lieu  de  canton  de  l'IUe-et-Vilaine,  arr.  de  Redon.  Cf.  Carte  du 
Sjrvice  vicinal,  VIII-18.  On  dit  plus  communément  le  Grand-Fougerav  : 
cette  expression  se  trouve  déjà   au  IX'-' siècle  dans  un   acte  du    14   septembre 


VIVIEN    ET    LARCHAMP  265 

nord-ouest  de  l'église,  laquelle  est  dédiée  à  saint  Pierre.  Et 
si  l'on  ajoute  que  Jengland,  sur  la  rive  gauche  de  la  Vilaine, 
à  cinq  kilomètres  de  la  rivière,  est  bien,  par  rapport  à 
Redon,  ultra  Fisnonie  jîuvium ',  il  apparaîtra  à  tout  esprit  non 
prévenu  que  nous  avons  là  l'identification  désirée.  La  bataille 
du  22  août  851  gagnée  par  Erispoé  sur  Charles  le  Chauve  s'est 
donc  livrée  près  de  la  rive  gauche  de  la  Vilaine,  à  peu  près  au 
tiers  du  chemin  de  Redon  à  Rennes. 

Ecartons  une  objection  possible.  «  Si  vous  cherchez  des  Bre- 
tons, en  voici  qui  se  cachent  sous  la  paille  »,  dit  aux  Francs  un 
des  paysans  de  lencg liiia.  Ni  \in,  m  sans  doute  ses  co-villageois,  ne 
sont  donc  vraisemblablement  sur  un  territoire  breton-  :  ils  sont  en 
territoire  roman.  Cela  n'exclut-il  point  Jengland  ?  Nullement. 
Et  en  effet,  tandis  que  les  finales  en  -ac  de  nombreuses  localités 
du  border,  aux  environs  de  lencglina,  indiquent  une  population, 
bretonne  au  moins  partiellement,  dans  le  haut  moyen-âge  ', 
la  commune  dont  fait  partie  Jengland  était  de  langue  romane, 
pmsque  FulkeriacHS,  nom  de  ce  domaine  relevant  en  majorité  de 
l'abbaye  de   Redon  +,  s'appelle  non  Fougerac,  mais  Fougeray. 

892,  par  lequel  Coletoc  donne  une  dépendance  de  Fougeray  ;  «  ex  Felkeriaco 
majore  ».  Voy.  Cartul.  de  Redon,  p.  221,  n"  272,  et  p.  376.  Cf.  pour  la 
date  A.  de  la  Borderiedans  les  Annale^  de  Bretagne,  XIII,  443  et  606. 

1.  En  888,  le  comte  de  Bro-Erec,  Alain,  faisant  donation  à  l'abbaye  de 
Redon  d'un  tiers  de  la  villa  de  «  Bron  Concar  »,  celle-ci  est  dite  dans  la 
charte  :  ultra  Visiionie.  Or  le  comte  résidait  à  Redon  même  au  moment  où  il 
faisait  cette  libéralité  et  «  Bron  Concar  »  est,  comme  lencglina,  une  des  par- 
ties du  grand  plou  de  Fulkcriac  =  Fougeray  :  «  Alan,  cornes  Warochie 
provintiae,  tertiam  partem  villae  quae  nuncupatur  Bron  Concar,  sitam  in 
plèbe  Felkeriac  ultra  Visnonie...  Factum  est  hoc  in  Rotono  monasterio.  « 
{Cartnlaire  de  Redon,  p.  187,  n"  239). 

2.  Cette  remarque  m'a  été  faite  par  un  Armoricain,  M.  André  Oheix. 

3.  Voy.  J.  Loth,  Uèmigration  bretonne  en  Armorique,  p.  196-198. 

4.  Outre  les  chartes  de  donations  déjà  citées  où  apparaît  Fougeray  (p.  264, 
note  2,  e;  plus  haut,  note  i  ),  ce  nom  se  retrouve  dans  la  date  d'une  charte 
d'époque  indécise  (848-868)  :  -<  factum  est  hoc  in  plèbe  Fulkeriac,  in  domo 
Sigiberti,  coram  Courantgenoepiscopo  et  coram  Pascuueten  aliisque  nobiiibus 
viris  a  (Cartul.  de  Redon, p.  166,  no  215);  dans  une  donation  du  prince  Salo- 
mon  donnant  à  l'abbaye,  le  2  mars  860,  le  «  randremes  nuncupante  Agulac  in 
plèbe  Fulkeriac  •>  (ibid.,  p.  24,  n"  30;  cf.  Annales  de  Bretagne,  XII,  485)  ; 
enfin,  dans  une  donation   d'Erispoë  gratifiant   l'abbuve  de  deux  randremes 


266 


F.    LOT 


Au  surplus,  pour  bien  saisir  l'épisode  de  lencf^litm,  il  importe 
d'examiner  le  chapitre  où  il  est  enchâssé.  Le  but  de  l'hagiographe 
c'est  de  montrer  le  juste  châtiment  infligé  par  le  ciel  à  qui  per- 
sécute le  monastère  de'  Redon  en  la  personne  de  son  saint 
abbé  Conwoion.  Ces  persécuteurs  ne  sauraient  habiter  très  loin 
de  Redon.  En  effet  on  nous  montre  l'un  d'eux,  un  guerrier 
breton  nommé  Risweten  ',  se  rendant,  la  menace  à  la  bouche, 
à  un  plaid  que  le  saint  homme,  tenait  en  compagnie  du  prévôt 
Leuhemel  %  à  Bains,  domaine  du  Saint-Sauveur,  à  8  kilomètres 
seulement  au  nord  du  monastère',   et  lui    extorquant   vingt 


Aguliac  et  Moi  (Mouais  à  8  kil.  au  sud-est  de  Fougères)  sur  le  fleuve  Kaer 
(le  Chère)  :  «  Ego  Erispoe,  princeps  Britanniae  provinciae  et  usque  ad 
Medanum  fluvium,  donavi  sancto  Salvatori  duas  randremes  Moi  et  Aguliac 
in  plèbe  quae  vocatur  Fulkeriac  super  fluvium  Kaer  »  (Cartulaire  de  Redon, 
p.  367,  append.  n.  xxx).  L'intérêt  de  cet  acte,  passé  en  préser.ce  de  l'abbé 
Conwoion,  àTalensac  (Ille-et-Vilaine,  canton  de  Montforl)  réside  dans  sa 
date  :  mardi  25  août  852  (voy.  La  Borderie,  dans  Annales  de  Bretagne,  XIII, 
598).  Cette  date  est  juste  postérieure  d'un  an  et  d'un  jour  à  celle  de  la 
bataille  où  Erispoé  remporta  une  éclatante  victoire.  Or  ce  délai  d'an  et  jour 
est  celui  qui  confère  la  pleine  propriété  à  qui  est  demeuré  en  saisine  paisible 
d'un  bien  fonds  (voy.  Champeaux,  Essai  sur  la  vestiture  ou  saisine,  thèse  de 
la  Faculté  de  droit  de  Paris,  1899).  Ne  serait-il  pas  tentant  de  croire  que  le 
jour  même  de  la  lutte,  Erispoé,  pour  se  rendre  le  ciel  favorable,  avait  donné 
verbalement  au  Saint-Sauveur  de  Redon  deux  randremes  du  territoire  de  Fou- 
geray,  sur  lequel,  ou  bien  près  duquel,  s'engagea  la  bataille?  —  Je  remarque 
que,  à  deux  kil.  au  nord  de  Fougerav,  à  l'est  de  Jengland,  un  hameau  est 
dit  La  Bataillais.  Serait-ce  l'emplacement  rêvé??  —  Bien  entendu  je  ne  crois 
pas  à  la  persistance  de  souvenirs  «  historiques  ».  Les  endroits  appelés  La 
Bataille  doivent  leur  nom  aux  ossements  et  débris  d'armes  qui  ont  fait  sup- 
poser, et  parfois  justement,  aux  habitants  que,  à  une  époque  indéterminée, 
un  combat  a  été  livré  sur  un  point  de  leur  territoire. 

1.  Ce  nom  se  rencontre  parmi  les  listes  des  témoins  dans  une  dizaine 
d'actes  du  Cartulaire  de  Redon.  Vu  les  dates,  il  est  certain  que  plusieurs  per- 
sonnages, parmi  lesquels  il  est  impossible  de  distinguer  le  nôtre,  ont  porté 
ce  nom.  Signalons  cependant  une  charte  du  31  mars  846  où  un  Rithgen 
figure  avec  un  Beatus  (p.  43,  no  53). 

2.  Leuhemel  apparaît  à  plus  d'une  reprise  dans  le  Cirtulaire  de  Redon,  voy. 
pp.  17,  19,  20,  21,  22,  24,  25,  30,  36,  53,  etc. 

3.  Il  s'agit  de  Bains  (lUe-et-Vilaine,  arr.  et  cant.  de  Redon),  domaine  de 
l'abbaye  où  l'abbé  et  le  prévôt  apparaissaient  comme  présidant  un  plaid,  et 


VIVIEN    ET    LARCHAMP  267 

SOUS.  Convoqués  par  Erispoë  peu  de  temps  après,  Risweten  et 
un  autre  «  perfide  »,  Tredoc,  n'ont  rien  de  plus  pressé  que 
d'exiger  l'hospitalité  dans  un  autre  domaine  de  l'abbaye,  à 
lenci^lina,  dans  le  dessein  de  se  procurer  des  armes  et  des  vête- 
ments aux  dépens  des  moines  et  de  leurs  paysans  '.  Leur  but 
était  évidemment  de  s'équiper  gratis  pour  le  service  de  leur 
seigneur  Erispoé  \ 


non  de  Bain-de-Bretagne  (lUe-et- Vilaine,  arr.  Redon,  chef-lieu  de  canton),  à 
40  kil.  au  nord-est  de  Redon  et  où  cette  abbaye  n'avait  de  possession  ni,  par 
suite,  de  juridiction  domaniale. 

I.  L'hagiographe  ne  le  dit  pas  expressément,  mais  cela  saute  aux  yeux.  Si 
leiicgliua  n'appartenait  pas  à  son  monastère,  il  ne  se  soucierait  point  que  Ris- 
weten et  Tredoc  y  prennent  quartier  et  cherchent  à  s'v  procurer  des  vivres 
de  l'argent  et  des  armes.  Pour  prix  de  ses  biens  patrimoniaux  qu'il  accusait 
l'abbé  de  lui  avoir  extorqués,  Risweten,  à  Bains,  avait  demandé  un  cheval 
de  guerre,  un  destrier  (equinji  optimum  mihique  aptniii)  et  un  haubert (/o//("«7;/), 
menaçant  en  cas  de  refus  de  nuire  à  l'abbé  et  à  ses  hommes.  On  l'avait 
apaisé  momentanément  avec  la  promesse  de  vingt  sous  de  deniers  qu'il  alla 
touchera  Redon  le  lendemain.  Mais  il  n'avait  pas  osé  avouer  le  marché  à  son 
parent  Tredoc  qui  proférait  les  plus  grandes  violences  contre  les  moines.  La 
compensation  accordée  à  Risweten  était  bien  insuffisante.  Il  n'obtenait  ni  res- 
titution de  terre,  ni  haubert,  et  vingt  sous  qu'il  toucha  pouvaient  représenter 
le  coût  d'un  cheval  de  labour,  mais  nullement  d'un  destrier,  animal  de  prix, 
évalué,  à  une  époque  postérieure  il  est  vrai,  100  sous,  dix  livres  et  même 
300  sous  (Cartiil.  Je  Redoji,  p.  379,  512,  292,  etc.).  Lui,  et  Tredoc  à  plus 
forte  raison,  en  foulant  les  pavsans  de  Jengland  pour  se  procurer  vivres  et 
armes  mettaient  donc  simplement  leurs  menaces  à  exécution.  Leurs  violences 
s'expliquent  et  se  justifient  jusqu'à  un  certain  point.  Dépouillés  par  la  piété 
inconsidérée  de  leurs  parents  ou  d'eux-mêmes,  du  seul  capital  que  connaisse 
l'époqfle,  la  terre,  les  petits  propriétaires  libres  voisins  d'un  monastère 
célèbre,  sont  hors  d'état  de  s'équiper  pour  le  service  de  leur  prince.  Les 
armes  et  chevaux  de  guerre  coûtaient  horriblement  cher,  et  pourtant  il  fallait 
se  les  procurer  et  n'importe  comment.  De  là  des  revendications  furieuses  et 
sauvages  contre  les  moines.  Si  l'on  admet  la  vérité  de  nos  remarques,  une 
conséquence  importante  s'en  dégage  :  il  faut  que  la  bataille  ait  été  livrée  sur 
ou  près  d'un  domaine  du  monastère  de  Redon.  Larchamp  ne  remplissant  pas 
cette  condition  est  à  écarter. 

2.  On  peut  objecter  à  ce  que  l'on  vient  de  lire  que  l'auteur  place  la  querelle 
de  Risweten  et  de  l'abbé  Conwoion  peu  avant  la  lutte  de  Charles  et  d'Erispoé, 
mais  qu'il  existe  un  intervalle  entre  les  deux,  si  fiiible  soitil  {bis  ita  gestis  parvo 
interviillo  facto,  Karoltis  etc.).  En  réalité,  la  scène  entre  le  petit  propriétaire  bre- 


268 


F.    LOT 


Quand  le  ciel  se  fut  vengé,  Conwoion  en  fut  averti .  En 
sage  administrateur  il  envoya  des  messagers  pour  tâcher  de 
rattraper  ses  vingt  sous".  Ceux-ci  cherchèrent  vainement.  Sur 
ces  entrefaites,  un  certain  Beatus  ^  alla  trouver  l'abbé  et  lui 
dit  :  «  As-tu  retrouvé  les  sous  que  tu  donnas  à  l'impie  Riswe- 
ten  ?»  —  «  Non  »  —  «  Les  voici  »,  reprit  Beatus,  en  les  tirant 
de  sa  poche.  Or  cet  homme  «  prudent  et  juste  »  (l'Histoire 
ne  nous  apprend  pas  malheureusement  par  quels  moyens  il 
avait  l'argent)  venait  du  plou  dit  Poliac,  lequel  n'est  autre  que 
Peillac  à  15  kil.  au  nord-ouest  de  Redon  '.  Risweten  qui  habi- 
tait près  de  Bains,  à  mi-chemin  entre  Peillac  et  Jengland,  avait 
peut-être  laissé  la  somme  chez  lui,  ou  l'avait  confié  à  Beatus 
et  n'avait  pas  voulu  se  munir  d'argent  de  poche.  Conwoion  ne 
pouvait  se  douter  de  la  chose.  Soyons  sûrs  qu'il  envoya  enquê- 
ter au  lieu  où  gisait  le  cadavre  de  l'écornifleur.  Si  le  lieu  de 
rassemblement  de  l'armée  d'Erispoé  avait  été  à  Larchamp,  à 
120  kil.  de  Redon,  le  digne  abbé  eût  passé  ses  vingt  sous  au 
compte  profits  et  pertes. 

L'identification  de  lencglina  eût-elle  été  impossible  que 
Larchamp  n'en  serait  pas  moins  à  écarter  d'une  manière  for- 
melle. Cette  localité   n'est  pas,   n'a  jamais  été  sur  une  route 


ton  et  l'abbé  doit  avoir  été  provoque,  soit  par  la  convocation  d'Erispoë,  soit 
tout  au  moins  par  des  bruits  de  guerre,  d'ailleurs  faciles  à  expliquer  puisque 
Charles  est  resté  longtemps  en  vue  de  la  Bretagne  (voy.  pp.  272-273); 
autrement  on  ne  comprendrait  pas  que  Risweten  réclamât  immédiatement 
un  destrier  et  un  haubert.  Au  surplus,  la  brièveté  de  l'intervalle  entre  la 
remise  des  vingt  sous  et  la  mort  de  Riwesten  ressort  du  fait  que  Conwoion 
fait  rechercher  ses  deniers  (numinos):  il  sait  donc  que  le«  perfide  »  n'a  pas  eu 
le  temps  de  s'acheter  un  cheval  avec  l'argent  qu'il  lui  a  remis  dans  ce  but. 

1.  Il  est  impossible  de  savoir  quelle  somme  représenteraient  de  nos  jours 
20  sous,  ou  plutôt,  car  le  sou  est  alors  une  monnaie  fictive  —  240  deniers. 
Tout  ce  qu'on  peut  dire,  c'est  que  pour  cette  somme  on  pouvait  avoir  un 
cheval  ordinaire,  laboureur  ou  bête  de  somme,  mais  non  un  animal  de  guerre. 
Cf.  page  précédente  note  i . 

2.  Deux  autres  personnages  de  ce  nom,  l'un  diacre,  l'autre  prêtre,  le  troi- 
sième laïque,  semble-t-il,  figurent  comme  témoins  ou  donateurs  dans  le  Cartu- 
hiiie  Je  Redon.  L'un  d'eux  est  évidemment  le  nôtre. 

3.  Peillac,  Morbihan,  arr.  Vannes,  cant.  AUaires. 


VIVIEN    ET    LARCHAMP  269 

Stratégique  '.  Or  le  but  du  roi  Charles  en  85 1  était  de  pénétrer 
en  Bretagne.  Les  sources  contemporaines  s'accordent  toutes  sur 
ce  point'.  Deux  objectifs,  et  deux  seulement,  se  présentaient 
au  roi  :  Rennes,  tombé  depuis  peu  au  pouvoir  des  Bretons  %  et 
Vannes,  éternel  objet  de  conflit  entre  ceux-ci  et  les    Francs +. 


1 .  «  Oïl  ne  signale  aucune  route  ancienne  venant  au  bourg  »  et  les  habi- 
tants en  réclament  une  encore  en  1789.  Voy.  le  Dictionnaire  de  la  Mayenne  de 
l'abbé  Angot  (Laval,  1909-1902),  cité  par  M.  S.,  p.  656-657.  —  Ajoutons  à 
cela  que  Larchamp  éloigné  de  la  baie  du  Mont-Saint-Michel  de  30  kilomètres 
n'a  jamais  pu  être  envisagé  comme  situé  «  de  sor  mer  »  ainsi  que  le  dit 
l'épopée.  Que  dire  des  rapprochements  entre  les  descriptions  banales  de 
champ  de  bataille  de  la  Chanson  de  Giiillannie  (une  champeignc,  le  sablon,  un 
tertre,  etc.),  et  la  configuration  de  la  commune  de  Larchamp! 

2.  Outre  la  Vita  Conwoionis  (Karolus  rex...  putabat  quia  posset  totam  Bri- 
tanniam  armis  capere,  etc.).  Voy.  i"  Annales  Angonmoisines:  «  Karolusquarta 
vice  Britanniam  repetens,  cum  Erispoio,  etc.  »  —  2°  Audradus  Modicus,  Rcve- 
lationes  :  «  scias  te  sequenti  anno,  in  hoc  ipso  mense  qui  nunc  est,  Brittan- 
niam  venturum  ibique  ita  ab  inimicis  tuis  deshonestandum  ut  vix  vivus 
évadas...  inhonestissime  a  Brittania  reversus...  »  5°  Régi  non  :  «  Carolus  cum 
magnoexercitu  Brittanniam  intravit.  »  4°  Chronicon  FontanelJense  :  «  inde  in 
Brittaniam  iter  suum  indixit.  « 

Tous  ces  textes,  M.  S.  les  connaît  et  les  cite.  Ils  prouvent,  non  seulement 
que  Charles  voulait  entrer  en  Bretagne,  mais  qu'il  a  réellement  atteint  au 
moins  la  frontière  de  ce  pays.  Comment  alors  proposer  Larchamp  qui  n'était 
pas  et  n'a  jamais  été  en  Bretagne  ?  Il  ne  faut  pas  oublier  que  ce  nom  de  Bre- 
tagne ne  s'est  étendu  que  tardivement  à  l'ancienne  marche  franque  contre  les 
Bretons.  Au  milieu  du  xi'^  siècle  les  Nantais  considèrent  encore  les  Bretons 
comme  des  étrangers.  Voy.  R.  Merlet,  La  Chronique  de  Nantes,  Introd., 
p.  XXXI.  Rennes,  qui  fut  brittonnisée  de  meilleure  heure,  ne  pouvait  l'être  en 
851,  puisqu'elle  venait  de  tomber  au  pouvoir  de  Nominoe  depuis  quelques 
mois  seulement  (voy.  p.  271,  note  i).  L'auteur  breton  des  Gesta  sanct.  Roto- 
nensium,  racontant,  à  la  fin  du  ix^  siècle,  le  voyage  d'un  certain  Fromond  et 
de  ses  frères  de  Rome  en  Bretagne  (Fromond  termine  son  pèlerinage  à  Redon 
=  Rotonuin,  qui  est  bien  en  Bretagne  pour  l'auteur),  place  Rennes  (Redona)  à 
l'entrée  de  la  Bretagne,  mais  non  en  Bretagne  :  «  cumque  appropinquassent 
Brittanniac,  ad  ReJonam  civitatem  accesseruiit,  receptisque  sunt  hospitio  a 
venerabilii  episcopo  noraine  Electramno...  »  (Bibl.  Nat.,  Nouv.  acq.  lat.  662, 
fol.  20  recto).  Si  Rennes,  bien  que  possédé  par  les  princes  bretons  depuis  85 1 
comme  vassaux  du  roi  de  France,  n'est  pas  en  Bretagne,  que  dire  de  Lar- 
champ! Cf.  J.  Loth,  L'cniigralion  hrelonnecn  Armorique,  p.  184-185. 

3.  Voy.  plus  bas,  p.  271,  note    i. 

4.  A.  de  la  Borderie,  op.  cit.,  1,  506;  II,  6,  8. 


270  F.    LOT 

Les  armées  du  haut  moyen-câge  se  concentraient  en  suivant  les 
anciennes  routes  romaines'  :  pour  gagner  la  Bretagne,  Jeux 
voies  s'offraient  aux  Francs,  l'une  par  la  Beauce  et  le  Mans, 
l'autre  par  la  Loire  et  Tours;  mais  toutes  deux  aboutissaient 
au  même  point,  Angers,  car  il  ne  semble  pas  avoir  existé  de 
route  empierrée  allant  du  Mans  à  Rennes^.  Si  on  voulait 
atteindre  cette  dernière  ville,  ilfiillaitdu  Mans  gagner  Angers 
et  là  rejoindre  la  voie  romaine  unissant  les  antiques  cités  de 
Juliomagus et  deCondate,  en  passant  par  Coiiibaristiim  '  et  Sipia-^. 
C'est  bien  ce  que  fit  le  jeune  Charles  quand,  à  l'automne  de 
843,  il  alla  mettre  le  siège  devant  Rennes  '.   De  même  en  850, 

1.  Il  faudrait  tout  un  mémoire  pour  appuyer  cette  assertion  qui  découle 
de  l'étude  du  règne  de  Charles  le  Chauve  auquel  je  me  consacre  depuis  plu- 
sieurs années. 

2.  En  avril  865,  on  voit  Charles  s'avancer  du  Mans  jusqu'au  monastère 
(ïlnlcramiis  où  le  duc  des  Bretons,  Salomon,  vient  lui  prêter  serment  de 
vassalité  {Annales  Bertiniajii,  éd.  Waitz,  p.  61).  Entrammes  (Mavenne,  cant. 
Laval),  où  se  rencontrent  les  deux  princes,  est  près  de  la  Mayenne,  juste  à  la 
limite  de  leurs  états,  à  rai-chemin  d'une  ligne  droite  tirée  du  Mans  à  Rennes. 
Nous  sommes  en  présence  d'une  véritable  rencontre  diplomatique  et  non 
d'une  expédition  militaire.  L'hommage  qu'y  rend  Salomon  a  le  caractère 
d'un  hommage  «  en  marche  »,  comme  on  dira  beaucoup  plus  tard.  Les  deux 
princes  n'avaient  besoin  que  d'une  escorte  pour  se  rencontrer  à  Entrammes 
et  pouvaient  chevaucher  à  travers  champs.  Au  reste,  même  si  une  route 
existait  à  l'époque  carolingienne  entre  le  Mans  et  Rennes,  elle  laissait  Lar- 
champ  à  dix  lieues  au  nord. 

3.  Châtelais,  Maine-et-Loire,  arr.  et  cant.  Segré.  Vov.  Longnon,  Atlas 
historique,  p.  27. 

4.  «  Le  passage  de  la  Seiche  à  Visseiche  ;>  (llle-et-\'ilaine,  arr.  Vitré, 
cant.  La  Guerche).  Vov.   Longnon,   Atlas  historique,  p.  31. 

5.  En  effet  «  Lauriacum  in  pago  Andegavensi  «  où  Charles  tint  un  concile 
au  mois  d'octobre  843  (Capitularia,  éd.  Krause,  II,  391  et  402)  quelques 
semaines  avant  de  marcher  sur  Rennes,  doit  être  identifié  avec  Loire  (Maine- 
et-Loire,  arr.  Segré,  cant.  Candé),  à  12  kil.  de  la  voie  romaine  d'Angers  à 
Rennes.  Loire  était  une  villa  appartenant  à  Saint-Martin  de  Tours  (voy.  un 
diplôme  de  Charlemagne  dans  les  Historiens  de  France,  V,  737  et  la  rédac- 
tion contenue  dans  la  coll.  Baluze,  t.  76,  fol.  6),  Charles  se  sera  un  peu 
détourné  de  son  chemin  pour  trouver  en  ce  lieu  une  installation  pour  la 
nombreuse  suite  de  laïques  et  d'ecclésiastiques  qui  l'accompagnait. 

C'est  pendant  que  Charles  campait  sous  les  murs  de  Rennes  qu'il  donna 
au  comte  de  Touraine,  Alton,  des  biens  sis  en  Dessin,  par  un  précepte  du 


VIVIEN    ET    LARCHAMP  27 1 

quand  il  reprit  sa  campagne  contre  Rennes  qu'il  arracha  un 
instant  à  Nominoé  '.  L'objectif  des  Francs,  d'ordinaire,  est 
tout  autre.  Au  ix*"  siècle,  le  centre  de  la  péninsule,  couverte  par 
les  landes  de  la  forêt  de  Brécilien,  est  impraticable  aux  armées \ 
Les  princes  bretons  insoumis  résident  au  sud-ouest  de  la  grande 
forêt,  dans  le  Vannetais  ou  plutôt,  comme  ils  disent,  le  Bro- 
Erec,  qui  s'étend  du  Blavet  à  la  Vilaine.  C'est  là  qu'il  s'agit  de 
les  atteindre  '.  Un  premier  obstacle  s'offre  aux  armées  franques 
parties  de  l'Anjou,  le  cours  de  la  Vilaine.  A  son  embouchure 
le  fleuve,    pendant  l'antiquité  et    le    moyen    âge,  était  quasi 


13  novembre  843  (Tardif,  Cartons  des  rois,  no  144).  C'est  dans  cet  acte 
obtenu  par  son  intercession  qu'apparaît,  on  Fa  vu  plus  haut  (p.  258  note  3), 
Vivianus  comme  camerarius.  M.  Suchier  (pp.  666  et  670-671)  attire  l'atten- 
tion sur  la  Bible  offerte  en  845,  à  Charles  le  Chauve  par  ce  personnage,  abbé 
laïque  de  Saint-Martin  de  Tours,  qui,  dans  les  vers  de  la  dédicace,  est  qualifié 
héros  {\'oy.  Bibl.  Nat.,  ms.  lat.  i,  fol.  412  verso).  «  La  tournure  aiite  Brito 
stabilis  fiel  (ibid.,  422  recto),  semble  faire  allusion,  à  une  guerre  contre  les 
Bretons,  à  laquelle  il  avait  pris  partie  »,  et  M.  S.  suppose  que  «  cette  expé- 
dition pourrait  répondre  à  la  seconde  campagne  que  la  chanson  de  geste 
attribue  à  Vivien  ;  car  évidemment  celle-ci  était  dirigée  contre  les  Vikings 
et  leurs  alliés  bretons.  »  Ce  serait  plutôt  une  allusion  à  la  campagne  très 
historique  de  Charles  contre  Rennes  en  novembre  843.  Ces  vers  Anie  Brito... 
sont  à  la  fin  de  la  première  dédicace  et  visent  Charles,  non  Vivien,  lequel 
n'est  nommé  que  dans  la  seconde  pièce  de  vers. 

1.  Chronicon  Foiitanellense  dans  Hisior.  de  Fr.,  VII,  42.  Après  avoir  tenu 
le  plaid  général  à  Verberie,  puis  un  concile  où  son  adversaire  est  condamné 
(lettre  84  de  Loup  de  Ferrières  ;  cf.  Levillain,  Etudes  sur  les  lettres  de  Loup 
de  Ferrières,  p.  136),  Charles  prend  par  l'Anjou  pour  aller  assiéger  Rennes. 
Les  diplômes  le  montrent  :  le  3  août  à  Bonavalle,  c'est-à-dire  Bonnevaux 
près  de  Braisnes-  sur-AUonnes,  à  mi-chemin  entre  Tours  et  Angers  ;  le 
7  août  à  Fedrarias,  c'est-à-dire  Verrières  dans  la  com.  de  Morannes  (Maine- 
et-Loire,  arr.  Baugé,  cant.  Durtal)  ;  le  25  août  à  Canibriliaco,  c'est-à-dire 
Chambellay  (Maine-et-Loire,  arr.  Segré,  cant.  Le  Lion  d'Angers),  bien  dans 
le  sens  de  la  voie  romaine  Angers-Rennes,  par  Combaristuni,  c'est-à-dire 
Châtelais. 

2.  Voy.  La  Borderie,  op.  cit.,  1,  42  sq. 

3.  Nominoë  se  tient  souvent  à  Coetlou  sur  la  rivière  d'Out.  Ses  missi  se 
montrent  à  Langon,  à  Bains,  à  Renac,  à  Sixt,  à  Peillac.  «  Là  était  la  force, 
le  séjour  habituel  de  Nominoé  et  le  siège  de  sa  puissance  :  c'était  donc  là 
qu'il  fallait  frapper  »,  dit  très  justement  La  Borderie  (II,  .170)  à  propos  de  k 


272  F.    LOT 

infranchissable  '.  En  aval  de  Redon,  et  même  à  quelques  kilo- 
mètres encore  en  amont,  le  passage  du  cours  d'eau  était  malaisé. 
Ce  n'est  qu'à  une  dizaine  de  kilomètres  en  amont  qu'il  com- 
mence à  être  praticable.  En  845,  quand  Charles  fit  un  raid 
d'une  folle  témérité  sur  le  territoire  breton,  c'est  à  Langon, 
ou  près  de  Langon  qu'il  dût  passer  l'eau  pour  aller  se  faire  cer- 
ner à  quelques  kilomètres  de  la  rive  droite,  à  Ballon,  dans  la 
commune  actuelle  de  Bains  dont  il  vient  d'être  question  ^. 

En  851,  quel  est  son  objectif  ?  Celui  de  843  et  850:  Rennes? 
Celui  de  845  :  le  Vannetais  ?  Dans  les  deux  cas,  le  point  de 
départ  est  le  même,  l'Anjou '.  En  851  Charles  s'attarde  en 
cette  contrée,  peut-être  pour  y  attendre  les  mercenaires 
saxons  qui  apportent  à  l'ost  des  Francs  d'Occident  l'appoint 
de  l'infanterie  ■♦.  Le  16  août,  il  est  encore  à  Juvardeil  \  Six 
jours  après  il    subit  une  défaite    écrasante    en   une  localité    à 


campagne  de  Charles  de  845.  On  pourrait  reprendre  cette  phrase  et  l'appli- 
quer à  l'expédition  de  8  5 1  :  la  position  respective  des  deux  adversaires  est  la 
même.  Tout  en  croyant  que  la  bataille  du  22  août  851  s'est  livrée  en  Anjou, 
La  Borderie  (II,  71,  n.  4)  a  senti  qu'elle  avait  eu  lieu,  plus  loin,  vers  VOuest. 

1.  A.  de  Courson,  Cartulaire  de  Redon,  p.  759-760;  La  Borderie,  ci/',  cit., 
II,  470. 

2.  La  Borderie  (II,  38,  48,  471,  472)  présente  h  ce  propos  de  bonnes 
observations  topographiques  et  stratégiques.  Son  récit  de  la  bataille  de  Bal- 
lon, où  il  attribue  à  Charles  une  «  immense  armée  «,  alors  que  le  roi  n'avait 
même  pas  encore  levé  l'ost,  est  malheureusement  annihilé  par  une  grosse 
méprise  :  il  applique  à  la  surprise  de  843  le  texte  de  Reginon,  lequel  concerne 
indubitablement  la  bataille  du  22  août  851.  M.  Suchier  n'est  pas  tombé  dans 
cette  erreur. 

3.  La  levée  de  l'ost  avait  coïncidé  avec  \c  placitum  générale  xcnu  'à  Roucy 
(Aisne,  arr.  Laon,  cant.  Neuchâtel-sur-Aisne)  sans  doute  vers  mai  (Chron. 
Fontauell.  dans  Histor.  de  Fr.,  VII,  42-43).  Dès  le  5  juillet,  le  roi  est  en 
Anjou  (vov.  R.  Merlet,  Guerres  d'indépendanc,...,  p.  26). 

4.  Les  Francs  occidentaux  ne  combattaient  plus  qu'à  cheval  depuis  long- 
temps. Voy.  Ch.  Oman,  History  0/  the  art  of  ivat  (London,  1898),  p.  73. 
Il  est  intéressant  de  lire  dans  Nithard  le  récit  des  expéditions  de  Charles 
de  840  à  843  pour  s'assurer  de  son  rovaume  :  ce  sont,  de  la  Meuse  à  la 
Garonne,  de  la  Bretagne  au  Rhin,  des  chevauchées  à  bride  abattue  du  jeune 
souverain  suivi  d'une  poignée  de  cavaliers. 

5.  Gaverdoliuni  où  le  roi  donne  à  cette  date  un  précepte  au  diacre 
Anschier,   moine  de   Saint-Aubin  d'Angers,  est  Juvardeil    (Maine-et-Loire, 


VIVIEN    ET    LAKCHAMP  273 

déterminer.  L'objectif  pouvait  très  bien  être  Rennes.  Nominoé 
avait  repris  cette  cité  au  roi  dès  la  lin  de  850'.  En  ce  cas,  la 
lutte  se  serait  livrée  sur  un  point  de  la  ligne  Juvardeil-Rennes- 
dont  la  longueur  à  vol  d'oiseau  est  approximativement  de 
90  kil.  La  bataille  aurait  eu  lieu  avant  que  Charles  eût  atteint 
Rennes,  et  en  un  point  situé  à  droite  de  la  Vilaine,  soit  vers  La 
Guerche.  Le  désert  de  Larchamp  qui  est  éloigné  de  50  à  60 
kilomètres  au  nord-est  et  à  droite  ne  saurait  convenir. 

Il  n'est  pas  plus  admissible  dans  l'hypothèse  où  Charles  se 
serait  dirigé  à  travers  champs  vers  un  point  un  peu  en  amont  de 
Redon,  Langon  par  exemple,  car,  en  ce  cas,  la  bataille,  livrée 
près  de  la  rive  gauche  de  la  Vilaine,  ne  serait  pas  fort  éloignée 
de  cette  dernière  localité.  Au  siècle  suivant,  les  landes  qui 
s'étendent  dans  cette  direction  serviront  de  champ  de  bataille 
aux  Angevins  et  aux  Bretons.  Conquereuil,  où  périt  un  duc  de 
Bretagne 5,  est  à  15  kil.  au  sud-est  de  Langon,  à  30  kil.  à  l'est 
de  Redon.  Larchamp  à  100  ou  120  kilomètres  au  nord  ne  peut 
entrer  en  ligne  de  compte. 

L'identification  de  lencgllna  avec  Jengland  montre  que  la 
dernière   hypothèse    est    la    bonne,    mais,    on    le   voit,    nous 


arr.  Segrc,  caut.  Châteauneut-sur-Sarthe).  Le  diplôme  est  dans  les  Historiens 
de  France,  VIII,  518,  no  cv,  et  dans  Bertrand  de  Broussillon,  Cart.  de  Saint- 
Aubin,  p.  28,  n°  XVI. 

1.  R.  Merlet,  Guerre  d'indcpendance  de  la  Bretagne,  p.  10.  Remarquer,  en 
outre,  que  la  campagne  de  851  semble  le  calque  de  celle  de  850.  Le  roi,  parti 
après  le  plaid  général  (Verberie,  juin  850,  Roucy,  mai-juin  8)i),  arrive 
bientôt  en  Anjou.  Camhriliaco  où  nous  le  montre  un  acte  (inédit)  le  25  août 
(cf.  p.  271,  note  i)  fait  le  pendant  de  Juvardeil  qui  n'en  est  éloigné  que  de 
10  kil.  et  où  le  roi  parait  le  16  août  851. 

2.  Charles  a  pu  aussi  descendre  la  voie  romaine  de  Juvardeil  jusqu'à 
Angers  et,  de  là,  reprendre  par  Châtelais  (cf.  plus  haut,  p.  270,  note  3)  et 
Visseiche,  près  de  la  Guerche,  pour  aller  sur  Rennes.  Cela  ne  modifierait 
point  sensiblement  notre  hvpothèse. 

3.  Conan,  comte  de  Rennes  et  duc  des  Bretons,  y  fut  tué  le  27  juin  992  : 
«  Anno  DCCCCLXXXXII  secundura  belluni  Britannorum  et  Andegavorum 
in  Concruz,  ubi  occisus  est  Conanus  Britanniae  consul,  V  kal.  julii  »  (voy. 
dans  R.  Merlet,  Chronique  de  Nantes,  p.  132,  note  2).  Onze  ans  auparavant, 
Conan  avait  sur  le  même  champ  triomphé  des  Angevins  et  des  Nantais  (ibid., 
p.  1 19,  note  1). 

Remania,  XXXV  .o 


274  F.    LOT 

n'avions  même  pas  besoin  de  retrouver  sur  la  carte  cette  loca- 
lité pour  écarter  Larchamp. 

Nous  n'avions  même  pas  besoin  de  connaître  vers  quel  point 
précis  de  la  Bretagne  se  dirigeait  le  roi  des  Francs.  Il  suffisait 
de  savoir  qu'il  est  en  Anjou  le  r6  août,  et  qu'il  est  battu  par  les 
Bretons  six  jours  après,  pour  repousser  absolument  l'identifica- 
tion de  M.  Suchier.  Jamais  un  chef  d'armée  dans  la  situation 
où  est  Charles  le  lé  août  n'aura  l'idée,  voulant  attaquer  la 
Bretagne,  de  marcher,  non  vers  l'ouest  ou  le  nord-ouest, 
mais  directement  au  nord  dans  la  direction  d'une  lande 
perdue  du  Maine  où  ne  le  conduit  aucune  route.  Chose  plus 
extraordinaire  encore,  l'adversaire  partagerait  la  démence  du 
roi.  Erispoë,  qui  voit  son  ennemi  séjourner  en  Anjou  un  temps 
fort  long,  six  semaines  pour  le  moins',  au  lieu  de  chercher  à 
protéger  sa  frontière,  aurait  l'idée  folle  d'envoyer  ses  Bretons 
se  concentrer  dans  le  Maine  alors  que  tout  indique  que  les 
Francs  porteront  leur  effort  sur  la  ligne  Redon-Rennes.  Certes, 
les  gens  du  ix^  siècle  étaient  de  piètres  stratégistes,  mais  il  y  a 
à  la  guerre  des  règles  tellement  élémentaires  qu'elles  valent 
pour  tous  les  temps  et  tous  les  pays. 

Le  seul  point  de  contact  entre  la  poésie  et  la  réalité,  Lar- 
champ, étant  écarté,  la  thèse  de  M.  Suchier  s'écroule  tout  entière. 

Je  ne  me  sens  ni  le  goût  ni  le  courage  de  reprendre  mainte- 
nant un  à  un  les  rapprochement  de  l'auteur  et  de  les  renverser 
en  les  touchant  du  doigt.  J'aurais  mauvaise  grâce  à  ce  jeu, 
n'étant  pas  l'auteur  de  la  belle  identification  qu'on  vient  de 
lire  —  le  mérite  en  revient  à  M.  l'abbé  Bossard-  — ,  et  ayant, 


1.  Voy.  plus  haut  p.  272,  note  3. 

2.  M.  l'abbé  Bossard  prépare  depuis  plusieur-.  années  un  Dictionnaire  topo- 
graphique  du  département  d'Ille-et-Vilaitie.  Consulté  à  ma  demande  par  mes 
élèves  et  amis,  MM.  S.  Canal  et  A.  Lesort,  i!  a  bien  voulu,  par  deux  lettres 
des  29  décembre  1905  et  6  février  1906,  leur  fournir  des  renseignements 
dont  j'ai  tiré  grand  profit.  Un  peu  hésitante  tout  d'abord  (M.  l'abbé  B.  subis- 
sait l'influence  du  livre  de  La  Borderie  qui  place  la  bataille  du  22  août  en 
Anjou),  l'opinion  de  notre  correspondant  en  faveur  de  Jengland  s'est  vite 
affermie.  J'espère  que  le  présent  article  lèvera  ses  dernières  hésitations  dans  le 
cas  ou  il  lui  en  resterait. 


VIVIEN    ET    LARCHAMP  275 

moi  aussi,  péché  plus  d'une  fois  sans  doute  contre  le  bon  sens 
en  proposant  des  identifications  fantaisistes  entre  tel  figurant 
épique  et  tel  personnage  de  l'époque  carolingienne.  Mais  n'est- 
il  pas  inquiétant  de  voir  avec  quelle  intrépidité  un  homme 
éminent  s'est  enfoncé  dans  l'erreur,  avec  quelle  allégresse  il  a 
gâché  son  temps  et  sa  peine,  pour  arriver — triomphant  —  aune 
conclusion  absolument  vaine  ?  Puisse  cette  méprise  nous  servir 
à  tous  de  leçon.  Il  est  temps  de  mettre  fin  à  des  recherches 
inspirées  par  les  plus  futiles  analogies,  il  est  temps  de  cesser,  à 
propos  de  fictions,  d'entasser  d'autres  fictions. 

Ferdinand  Lot. 


APPENDICE 

VIII.  —  DE  INTEKFECTIOXE  RISWETEN  ET  TREDOC  ' 

Vas  electionis  et  doctor  gentium  Paulus  apostolus  cunctis  tidelibus  alloqui- 
tur  dicens  :  «  omnes  qui  pie  volunt  vivere  in  Christo  persecutionem  patien- 
turpropter  justitiam  ».  Nam  et  ipse  dominusnoster  Jésus  Christus  in  evange- 
lio  suis  discipulis  dixit  :  «  si  me  persecuti  sunt  et  vos  persequentur,  tamen 
confîdite  quia  ego  vici  mundum  ».  Q.uadam  itaque  die,  cum  sanctus  et  vene- 
rabilis  vir  noniine  Convoion  abbas,  pro  causa  monasterii  una  cum  venerabili 
viro,  nomine  Lehuhemelo  praeposito  pergeret  ad  ecclesiam  suam  quae  nun- 
cupatur  Bain,  ibique  [essent]  et  discussissent  causas  et  jurgia  virorum  inter 
seipsos  et  bene  inter  eos  ordinassent,  repente  adfuit  quidam  tyrannus  atque 
invidus,  nomine  Risweten.  Nam  et  ipse  ex  invidis  erat  qui  sancti  loci  felicita- 
tem  invidebant.  Cumque  nimis  inter  se  multa  jurgia  ille  perfidus  incitaret, 
sancti  viri  dixerunt  :  «  non  est  conveniens  ut  hodie  inter  nos  disceptemus 
sed  consîituamus  tempus,  in  quo  tempore  aut  pacem  habeamus  aut  scanda- 
lum  ».  Quibus  ille  perfidus  respondit  cum  jurgio  et  superbia  :  «  si  vobis  rec- 
tum videtur,  reddite  mihi  hereditatem  meam  quam  injuste  et  sine  lege  possi- 
detis;  sin  autem  non  vultis  hereditatem  meam  mihi  reddere,  saltem  vel  vil- 
lam    iliam   quae  dicitur     Losin  -    mihi    accomodate   et    equum    optimum 


1.  Gfsta  sancloium  Rotoiiensiuiii  ou  Vita  sancti  Coinuoionis  dans  Mab'ûlon, 
Acta  Sanct.  ord.  sancti  Bened.,  saec.  IV,  part.  II,  198,  199;  —  Bibl.  nat., 
Nouv.  acquis.  lat.  662,  fol.  4. 

2.  Peut-être  Lisitt,  donné  au  monastère  le  8  avril  858  par  un  certain 
Rithgen.  Voy.  Cartul.de  Redon,  éd.  A.  de  Courson,  p.  357,  n"  X. 


276  F.    LOT 

mihique  aptum  sed  et  loricam  date.  Si  hacc  quac  dico  non  vultis  implore 
denuntio  vobis  quia  quantum  praevaluero  et  vobis  et  vestris  hominibus 
nocebo.  »  —  Ad  haec  verba  sanctus  et  venerabilis  abbas  Conwoion  respon- 
dit  :  «  haec  verba  quae  tu  loqueris  non  possumus  implcre,  quia  terram  sancti 
Salvatoris  quae  illi  consecrata  est  nulli  liomini  debemus  dare  quia  ad  victuni 
et  ad  vestimentum  monachorum  a  regibus  illis  est  data.  Nam  neque  equum 
optimum  possumus  invenire  neque  loricam,  quia  non  est  noster  usus  his 
armis  indui,  sed,  si  tibi  placct,  viginti  solidos  ab  aliisinveniemus  quia  nos  non 
habcmus.  Hos  '  accipe  et  caballum  de  eis  enie.  »  Quod  ita  factum  est.  Tune 
ille  perfidus  ad  sua  propria  est  reversus,  similiter  et  monachi  ad  mouasterium 
sunt  reversi.  Altéra  vero  die,  ecce  iterum  ille  tyrannus  ad  monasterium  secun- 
dum  suum  placitum  venit  repente  =  solidos  quos  spo[po]nderat  venerabilis 
abbas.  Tune  piissimus  Conwoion  abbas  reddidit  ei  etiam  per  nummos  viginti 
solidos.  Ille  vero  perfidus  cum  in  manu  eos  haberet  ita  prophetavit  dicens  : 
«  quid  mihi  prodest  si  eos  mecum  abstulero?  non  erunt  michi,  in  adjutorium 
sed  in  opprobrium  »,  et  statim  a  sancto  loco  discessit.  Cumque  iter  pergeret 
ecce  alius  perfidus,  nomine  Tredoc,  obviam  ei  advenit,  cui  et  dixit  :  «  unde 
venis,  inveterate  canis  ?  num  hereditatem  nostram  illis  seductoribus  vendi- 
disti?aut  quale  praetium  ab  eis  accepisti  ?  indica  michi.  Non  ita  erit,  sed 
quando  tempus  invenero  omnes  seductores  illos  jugulabo  et  cadavera  eorum 
in  mare  praecipitabo  ».  Ille  vero  respondens  ait  :  «  falsumtu  loqueris,  nec  here- 
ditatem tuam  vendidi,  nec  precium  abeisaccepi  sed  tantummodo  sacramen- 
tum  atque  juramentum  Evangelii  illis  feci  »  —  pro  nihilo  ille  miserrimus 
ducebat  sacramentum  sancti  Evangelii  — ,  et  ita  ab  invicem  discesserunt.  His 
ita  gestis,  parv£)  intervallo  facto,  Karolus  rex  commovit  universum  exercitum 
suum  :  pulabat  enim  quia  posset  totam  Brittanniam  armis  capere  et  strages 
et  sectas  hominum  facere  et  totam  provinciam  in  sua  dominatione  perdu- 
cere.  At  ubi  Erispoe,  qui  tune  Britanniam  regebat,  haec  omnia  audivit,  jussit 
et  ipse  exercitum  suum  praeparari  et  mandavit  ut  omnes  parati  essent 
et  praeirent  eum  ultra  Visnonii^  fluvium.  Statim  cuncti  Brittones  a 
sedibus  suis  surrexerunt.  Tune  et  illi  duo  perfidi  Riswetenus  et  Tredoc 
una  eum  eis  properaverunt  :  putabant  enim  quod  spolia  diriperent  et 
arma  et  vestes  caperent.  Habueruntque  hospicium  in  villa  que  vocatur  lenc- 
glina,  prope  aecclesiam  sancti  Pétri  apostoli.  Cumque  ibi  mansissent  per  très 
aut  quatuor  dies,  subito  irruerunt  Franci  s  per  noctem  et  vastaverunt  totam 
villam.  Quod  illi  audientes  absconderunt  se  in  area  cujusdam  pauperis  sub 
paleis,  ibique  latuerunt  sicuti  quondam  latuerunt  quinque  reges   in  spelunca 

1.  Ici  commence  le  fragment  conservé  dans  le  ms.  des  Nouv.  acquis,  lat. 
662,  fol.  4. 

2.  Sic,  pour  repeleiis. 

3.  Une  main   du  xv^  (?)  siècle  a  ajouté   les  deux  lettres  ci  de  manière  à 
transformer  «  Franci  »  en  «  Francici  »,  les  Français. 


VIVIEN    ET    LARCHAMP  277 

a  facie  Josuc  fugientcs.  Cumque  vero  Franci  villam  circumdarent,  unus  e 
populo  ait  illis  :  «  si  Britones  queritis,  ccce  latitant  in  palcis.  »  Illi  vero 
concito  gressu  ad  aream  pcrgunt  ibique  ces  latitantes  reperierunt,  eductisque 
gladiis  statim  ces  trucidaverunt  et  corpora  eorum  in  piateis  projecerunt  et 
capita  seorsum  posuerunt.  Tune  adinipletum  est  quod  dictum  est  per  pro- 
phetam  dicentem  :  «  qui  foditfoveam  proximo  suo  primus  incidit  in  iilam.  » 
Illi  namque  cogitaverunt  trucidare  sanctos  Dei  monachos  sed  non  potuerunt 
[quia|  Deus  caeli  defensor  eoruni  est.  Per  omnia  benedictus  Deus  qui  (perj- 
didit  inipios.  Post  hoc  factum,  nuntiatum  est  sanctissimo  ■  viro  quod  decol- 
lati  essent  illi  supradicti  perfidi,  misitque  nuntios  ad  perquirendos  nummos 
sucs.  Et  erat  quidam  vir,  nomine  Beatus,  vir  prudens  et  justus,  in  plebe  quae 
vocatur  Poliac.  Ut  autem  audivit  quia  venerabilis  Conwoion  requireret  soli- 
des suos,  venit  ad  eum  et  dixit  ei  :  «  quid  quaeris  ?  utrum  reperisti  nummos 
tuos  quos  dcdisti  iniquo  Risweteno  ?  » —  Ille  autem  respondens  dixit  :  «  non 
inveni.  »  —  Statim  ille  vir  retulit  nummos  de  sinu  suo  et  reddidit  reve- 
rentissimo  viro.  Et  impleta  est  prophetia  superius  perfidi,  ubi  ait  quia  «  non 
in  adjutorium  mihi  sed  in  opprobrium  sunt  isti  solidi  »,  sicuti  quondam  Cai- 
phas,  pontifex  Judaeorum,  dixit  quia  expediret  unum  hominem  mori  pro 
populo  ne  tota  gens  periret.  Hoc  autem  a  seipso  non  dixit,  sed  quia  cum 
pontifex  esset,  coepit  prophetare  de  Christo,  quia  Jésus  pro  salvatione  totius 
mundi  esset  moriturus. 


I.  Le  fragment  du  ms.  fiait  avec  ce  mot  au  bas  du  fol.  4  verso. 


MÉLANGES 


NOUVEAUX  TEMOIGNAGES  SUR  PIERRE  DE  NESSON 

Grâce  aux  deux  très  curieux  articles  de  M.  Ant.  Thomas  ',  la 
biographie  du  poète  auvergnat  Pierre  de  Nesson  a  fait  récem- 
ment un  grand  pas.  Qui  oserait  dire  qu'elle  est,  dès  à  présent, 
complète  ?  Un  document,  dont  on  trouvera  ci-dessous  la  tran- 
scription, d'autres  que  je  vais  indiquer  serviront  peut-être  à 
établir  que  l'auteur  du  Lai  de  Guerre  et  des  Vigiles  des  Morts  ne 
s'est  pas  borné,  comme  on  le  croit,  à  exercer  l'office  d'élu  sur 
le  fait  des  aides  au  diocèse  de  Clermont,  mais  que  l'attention 
de  Charles  VII  s'est  fixée  un  moment  sur  lui,  et  qu'il  a  dû 
faire  partie  d'une  grande  amibassade  chargée  par  le  roi  de 
France  d'une  mission  singulièrement  grave. 

C'était  en  1436.  Il  ne  s'agissait  de  rien  moins  que  de  con- 
jurer le  schisme  prêt  à  reparaître  dans  l'Église  et,  pour  cela,  de 
faire  entendre  raison  successivement  aux  pères  du  concile  de  Bâle 
et  au  pape  Eugène  IV  :  aux  premiers  il  fallait  persuader  que 
quelques  ménagements  à  l'égard  du  Saint-Siège  étaient  indispen- 
sables ;  au  second,  il  fallait  représenter  la  nécessité  des  réformes. 
L'intérêt  de  la  France  n'était  pas  oublié  dans  les  très  longues 
mstructions  dictant  aux  ambassadeurs  le  langage  qu'ils  devaient 
tenir  à  Bâle  d'abord,  ensuite  à  Bologne,  où  résidait  le  pape. 
S'ils  ne  parvenaient  pas  à  se  faire  écouter,  ils  devaient  insinuer 
que  l'Église  de  France  pourrait  être  amenée  à  régler  sa  situa- 
tion elle-même,  en  se  conformant  aux  principes  du  droit  com- 


I.  Notes  et  documents  inédits  pour  servir  à  la  biographie  de  Pierre  de  Nesson 
(Romania,  XXXIII,  540-555;  Nouveaux  documents  inédits  pour  servir  à  la  bio- 
graphie de  Pierre  de  Nesson  (ibid.,  XXXIV,  540-558). 


NOUVEAUX    TEMOIGNAGES    SUR    PIERRE    DE    NESSON  279 

mun  :  on  agitait  ainsi  d'avance  le  spectre  de  la  Pragmatique 
Sanction  qui,  deux  ans  plus  tard,  à  Bourges,  allait  devenir  une 
réalité  fâcheuse. 

Les  personnages  chargés  de  mener  à  bien  cette  double  négo- 
ciation étaient  surtout  connus  jusqu'ici  par  une  pièce  datée  de 
Loches,  le  30  mars  1436,  qu'a  éditée  M.  J.  Haller',  d'après  deux 
manuscrits  italiens.  Leurs  noms  s'y  présentent  sous  les  formes 
suivantes  : 

Svmon  Karoli  ; 
Alanus  de  Cortua  ; 
Guillermus  Charrecius  ; 
Nicolaus  de  Capella  ; 
Martinus  Quostel  ; 
Petrus  de  Nespono. 

Sauf  le  premier  et  le  quatrième,  tous  ces  noms  sont  estropiés  : 
il  est  facile  de  s'en  rendre  compte  pour  le  second,  le  troisième 
et  le  cinquième,  qu'on  retrouve  par  ailleurs.  Alanus  de  Cortua 
n'est  autre  qu'Alain  de  Coëtivi,  le  futur  cardinal;  GuiUelmus 
Charrecius  est  Guillaume  Chartier  ;  Martinus  Quostel  s'appelle, 
en  réalité,  Questel.  Pour  le  sixième  ambassadeur,  on  pouvait 
hésiter  ;  mais  il  existe,  dans  un  registre  des  Archives  nationales 
(K  1711%  fol.  192  r°  et  198  r°),  deux  lettres  de  Charles  VII 
datées  de  Loches,  le  22  et  le  30  mars  [1436],  adressées  l'une 
aux  ambassadeurs  du  roi  de  Castille  à  Bâle,  l'autre  au  concile 
lui-même;  elles  annoncent  l'envoi  de  l'ambassade  française  et 
en  font  exactement  connaître  la  composition.  Or,  le  septième 
nom  inscrit  sur  cette  liste  y  apparaît,  dans  les  deux  textes, 
sous  la  forme  suivante  :  Petrus  de  Nessonno.  Le  qualificatif 
in  legibus  licentiatus,  qui  est  accolé  au  nom  de  ce  Pierre  de 
Nesson,  convient  bien  au  poète,  qui  exerçait,  on  le  sait,  les 
fonctions  d'élu  dans  le  diocèse  de  Clermont,  et  qui,  ainsi  que 
M.  Thomas  l'a  justement  conjecturé  (XXXIII,  54e),  avait  dû, 
comme  la  plupart  de  ses  compatriotes,  fréquenter  la  Faculté  des 
arts  de  Paris  et  prendre  ses  grades  en  la  Faculté  de  droit 
d'Orléans. 

Pierre  de  Nesson  dut  donc  être  désigné  par  le  roi  pour 
accompagner,  à  Bâle  et  à  Bologne,  dans  les  circonstances  que 

I.   Coiicilinin  Basiliensc,  t.  I  (Bâle,  1896,  in-80),  p.  402. 


28o  MÉLANGES 

l'on  sait,  Jean  de  Norri,  archevêque  de  Vienne,  Simon  Charles, 
chevalier,  Alain  de  Coëtivi,  alors  prévôt  de  l'église  de  Tours, 
Guillaume  Chartier,  professeur  de  droit,  Nicolas  de  la  Chapelle, 
doyen  de  Chartres,  et  Martin  Questel,  licencié  en  lois.  Il  est 
nommé  en  dernier  lieu,  à  la  place  du  secrétaire  qu'on  adjoi- 
gnait ordinairement  aux  grandes  ambassades.  Ses  talents  litté- 
raires, non  moins  que  son  expérience  du  droit,  l'avaient  peut- 
être  fait  choisir  pour  tenir  la  plume  en  cours  de  route.  Mais 
fit-il  réellement  ce  voyage  ?  Je  l'ignore. 

L'ambassade,  cependant,  ne  tarda  pas  à  partir.  On  suit  ses 
traces,  à  Lyon,  où  elle  s'arrêta  avant  le  30  avril  '  ;  à  Bâle,  où 
elle  séjourna  au  moins  du  26  juin  -  au  30  juillet  ';  à  Bologne, 
où  elle  se  rendit  ensuite,  et  de  nouveau  à  Bâle,  où  elle  était  de 
retour  le  22  octobre-*.  A  diverses  reprises,  il  est  question  du 
rôle  joué,  au  cours  de  ces  pérégrinations,  par  Alain  de  Coétivi, 
par  Guillaume  Chartier,  par  Nicolas  de  la  Chapelle,  par  Martin 
Questel,  surtout  par  Simon  Charles,  qui,  en  réalité,  fut  le  chef 
et  le  porte-parole  de  l'ambassade.  Sur  Pierre  de  Nesson,  les 
documents  gardent  tous  le  silence.  Il  se  pourrait  que,  comme 
l'archevêque  Jean  de  Norri,  notre  poète  fût  demeuré  en 
arrière. 

Je  ferai  remarquer  pourtant  que  le  silence  des  documents 
n'est  pas  ici  une  preuve  de  l'absence  de  Pierre  de  Nesson.  Son 
rôle,  à  la  suite  de  l'ambassade,  ne  pouvait  être  qu'effacé.  D'ailleurs, 
Nesson  était  laïque  et  marié  :  gnâce  à  M.  Thomas  (XXXIV, 
542),  nous  connaissons  les  noms  de  ses  huit  enfants.  Il  n'eut 
donc  pas  lieu  de  se  faire  incorporer  au  concile  de  Bâle,  comme 
trois  de  ses  collègues  clercs,  Alain  de  Coëtivi,  Nicolas  de  la 
Chapelle  et  Guillaume  Chartier  5  ;   et  il    ne  pouvait    figurer, 

1.  J.  Vaesen,  Un  projet  de  translation  du  concile  de  Bdie  à  Lyon  en  14^6, 
dans  la  Rev.  des  Ouest,  bistor.,  t.  XXX  (1881),  p.  563. 

2.  C'est  à  cette  date,  et  non  le  i^r  juin,  comme  on  l'a  dit  (G.  du  Fresne  de 
Beaucourt,  Hist.de  Charles  VU,  III,  336),  que  Simon  Charles  présenta  au 
concile  ses  lettres  de  créance. 

3.  Journal  de  Pierre  Brunet  (Concil.  Basil,  II,  228);  histoire  de  Jean  de 
Ségovie  (Monumenta  Concihorum  generaliuni  seculi  XV,  t.  II,  Vienne,  1873, 
in-40,  p.  893-894). 

4.  Journal  de  Pierre  Brunet,  p.  305. 

5.  //'/(/.,  p.  212,  320  ;  Jean  de  Ségovie,  p.  894. 


NOUVEAUX    TÉMOIGNAGES    SUR    PIERRE    DE    NHSSON  28 1 

comme  Charrier  et  Qiiestel,  sur  la  liste  des  ambassadeurs  aux- 
quels Eugène  IV  conféra  des  prébendes  de  chanoines  '. 

Au  surplus,  si  le  poète  auvergnat  se  déroba,  ce  que  je  n'ose- 
rais affirmer,  aux  honorables  et  lucratives  fonctions  que  lui 
avait  assignées  la  confiance  du  roi,  il  faudrait  peut-être  en 
chercher  la  cause  dans  un  des  nombreux  procès  qui  tinrent  une 
si  grande  place  parmi  ses  préoccupations.  M.  Thomas  (XXXIII, 
548)  a  signalé  un  de  ces  procès  qui  était  pendant  au  Parle- 
ment à  la  date  du  14  mars  1439.  C'est  peut-être  le  même  qui 
fut  d'abord  engagé  en  la  sénéchaussée  d'Auvergne,  puis  porté 
devant  le  Parlement  à  la  suite  d'un  appel  de  Pierre  de  Nesson, 
et  plaidé  dès  le  6  août  1437  :  la  Cour,  le  surlendemain,  ren- 
voya l'affaire,  quant  au  fond,  au  sénéchal  d'Auvergne.  Les 
lacunes  que  présentent  la  série  des  Matinées  et  celle  des  Après- 
dinées,  dans  les  archives  du  Parlement,  empêchent  malheureu- 
sement de  découvrir  l'objet  de  ce  litige  ^  ;  nous  ne  savons  que 
le  nom  de  l'adversaire  de  Nesson  :  il  se  nommait  Huguet 
Regnault  "'.  On  voit  que,  dès  le  commencement  de  1437  et 
peut-être  l'année  précédente,  c'est-à-dire  au  moment  où  avait 
lieu  l'ambassade  en  Allemagne  et  en  Italie,  Pierre  de  Nesson 
avait  déjà  sur  les  bras  une  affaire  qui  pouvait  l'obliger  à 
demeurer  dans  son  pa3's  d'Auvergne. 

N.  Valois. 


PIÈCES  JUSTIFICATIVES 

I 

1436,  30  mars.  Loches.  —  Lettre  de  Charles  VII  au  concile  de 
Bàle  accréditant  près  des  pères,  entre  autres  ambassadeurs,  le 
licencié  en  droit  Pierre  de  Nesson. 

Sacrosancte  synode  (sic)  Basiliensi  in  Spiritu  Sancto  legittime  congregate, 
Karolus,  Dei  gratia  Francorum  rex,  salutem  et  que  cepta  sunt  opéra  Christi 
finem  inopiatos  (sic)  habeant  et  felices  successus. 

1.  J.  Haller,  I,  142,  note  5. 

2.  L'arrêt  ne  paraît  pas  avoir  été  enregistré  ;  du  moins  il  ne  figure  pas 
dans  le  registre  Xi»  69  où  on  s'attendrait  à  le  trouver. 

3.  II  n'est  pas  douteux  que  l'adversaire  de  Pierre  de  Nesson  doive  être 
identifié  avec  l'époux  de  sa  nièce  Jamette  de  Nesson,  plus  connu  sous  le  nom 


202  MELANGES 

Cum  inter  res  humanas  atque  studia  nil  quicquam  sancius  agere  putemus 
quam  in  vinea  Dei  Sabaotli  et  in  christiane  subsidium  rcligioiiis  decenter 
nostros  interponere  favores,  eapropter,  ad  exaltacionem  fidei  orthodoxe, 
paccm  et  unitatem  fidelium,  ad  vos  et  cetuni  vcstrum  sacerrinium  nostros 
ex  prescnti  transmittimus  oratores  dilectos  et  tidelcs  consiliarios  nostros 
archiepiscopum  Vienensem,  Symonem  Charles,  miiitem,  ac  spectabiles  Ala- 
num  de  Coztvi,  prepositum  Turonensem,  Guiliermum  Quadrigarii,  juris 
professorem,  Nicholaum  de  Capella,  decanum  Carnotensem,  Martinum 
Questel  et  Petrum  de  Nessonno,  in  legibus  Hcenciatos;  et  postmodum  etiam 
profccturi  (sic)  ad  presenciam  beatissimi  patris  nostri  Pape  ;  quibus,  super 
hiis  rébus  que  tantum  saluti  et  rei  publiée  tocius  populi  Dei  attinent,  injun- 
ximus  nostram  piam  vobis  et  devotam  exponere  mentem.  Q.uaniobrem 
maxime  vos  et  majorem  in  modum  precamur  quatenus  ipsis  nostris  ambaxia- 
toribus,  tum  in  hiis,  tum  in  aliis  omnibus  que  vobis  nostra  ex  parte  retule- 
rint,  dignam  adhibere  fidem  velitis,  et  in  agendis  gratam  ac  celebrem  (sic) 
expedicionem  conferre,  ut  denique,  illis  ad  sanctissimum  patrem  nostrum 
transeuntibus  votive  expeditis,  ad  nos,  prout  optamus,  cum  gratia  reddire 
possint  et  debeant.  Magno  enim  hujus  rei  et  majori  quam  videamur  expri- 
mere  tenemur  desiderio.  Proinde,  consecrata  re  et  ipsis  nostris  oratoribus 
decenter  expeditis,  non  parvam  nos  sumus  aut  percepturi  Icticiam  aut  gra- 
ciam  vobis  habituri. 

Datuni  Lochiis,  die  .xxx*.  mensis  marcii. 

Devotus  Ecclesie  filius  rex  Francorum  Karolus. 

Lecta  in  congregacione  generahi  (sic),  .xxvj.  »  junii. 

(Arch.  nat.,  K  1711^,  fol.  192  r°.) 

II 

1437,  8  août.  —  Extrait  des  registres  du  Conseil  du  Parkmeiît  : 
renvoi  au  sénéchal  d'Auvergne  d'un  procès  pendant  entre 
M"  Pierre  de  Nesson  et  Hiiguet  Regnault. 

A  conseiller  sur  le  plaidié  du  .vje.  jour  de  ce  movs  d'entre  M^  Pierre  de 
Nesson,  appellant  du  seneschal  d'Auvergne  ou  de  son  lieutenant,  d'une  part, 
et  Huguet  Regnault,  d'autre. 

Il  sera  dit  que,  l'appellacion  et  ce  dont  a  esté  appelle  mis  au  néant  sans 
amende,  la  Court  renvoyé  les  parties  pardevant  ledit  seneschal  ou  son  lieute- 
nant au  premier  jour  de  septembre  proucham  venant,  pour  procéder  sur  le 
principal,  en  Testât  qu'elles  estoient  avant  l'appoinctement  dont  fut  appelle, 
et  a!er  avant  en  oultre  ainsi  qu'il  appartiendra,  tous  despens  reservez  en  défi- 
nitive. 

Dit  aux  parties  le  .ix^.  de  ce  movs,  Cambray. 

(Arct).  uat.,  Xi»  1482,  fol.   31  vo.) 

de  Merlin  de  Cordebeuf  ;  vovez  la  notice  de  M.  Thomas  intitulée  Jatiictlc  de 
Nesson  et  Mcrtiude  ConWv»/ publiée  ci-dessus,  spécialement  p.  88. 


ESPAGNOL    -.tf.VCO;    FRANÇAIS    -APE  283 

P.  S.  —  Les  lignes  suivantes  sont  extraites  d'une  lettre 
écrite  à  Charles  VII,  de  Bâle,  le  30  juillet  1436,  par  les  ambas- 
sadeurs du  roi  de  Castille  (Arch.  nat.,  K  1711%  fol.  199  r"). 
Elles  prouvent  que  Pierre  de  Nesson  ne  s'est  pas  dérobé  à  la 
mission  que  lui  avait  confiée  le  roi,  et  qu'il  a  accompagné  au 
moins  jusqu'à  Bâle,  en  1436,  l'ambassade  composée  de  Simon 
Charles,  d'Alain  de  Coëtivi,  de  Guillaume  Chartier,  de  Nicolas 
de  la  Chapelle  et  de  Mathurin  Questel.  —  N.  Valois. 

Binas  litteras  vcstre  régie  Serenitatis  recepimus,  quarum  prima  de  .xxiij'». 
mensis  marcii  per  egregios  viros  Symonem  Charles,  niilitem,  magistrum 
Alanum  de  Coztvi  (sic),  prepositum  Turonensem,  Guillermum  Quadrigarii, 
juris  professorem,  Nicholaum  de  Capella,  decanum  Carnotensem,  Maturi- 
num  Questel  et  |Petrum  de  Nessonno,  in  legibus  licenciâtes,  oratores  vestre 
regalis  Celsitudinis,  secunda  de  .xiija.  junii  per  venerabilem  virum  magis- 
trum Roberturn  Magistri,  decanum  ecclesie  Bituriensis,  nobis  tradita  est. 
Quas  gratanti  corda  vidimus,  prefatosque  oratores  libente  animo  audivimus, 
ac,  ut  exposita  per  eos  optatum  sortirentur  effectum,  quantum  in  nobis  fuit, 
operam  dedimus. 

ESPAGNOL  -ANCO-    FRANÇAIS  -APF 
I.   Espagnol  -aiico 

A  côté  du  suffixe  italien  -iîigo,  -cngo,  prov.  -eue,  on  ren- 
contre en  espagnol  le  suffixe  -aneo  qui  ne  diffère  du  précédent 
que  par  la  nuance  vocalique  :  esp.  barraneo,  m.,  barranea  f. 
«  fondrière  »,  d'où  barranquera,  même  sens,  ojanco  «  cyclope  >', 
lavanco  «  canard  sauvage  »,  poîranca  «  pouliche  »,  paJanea 
«  levier  «,  d'où  palanquero  «  manœuvre  »  et  palanquin  «  por- 
tefaix »,  pollan- con  «  gros  poulet  »,  tabanco  pour  tablaneo} 
«  petit  étal  »,  *ialan-  qua  d'où  talanquera  «  barrière  i\  tra- 
baneo  «  sorte  d'entrave  »,  de  traba  ;  catal.  poUanea  «  peuplier 
noir  »,  favaneo  «  sorte  de  fève  ».  ' 

Diez  signale  bien  ce  suffixe  (Gramm.,  trad.  fr.,  II,  348, 
note  i),  mais  il  n'en  indique  pas  l'origine'.  Suivant  moi,  on 
doit  voir  dans  -aneo,  pour  un  plus  ancien  -anquo,  la  forme 
qu'avait  prise  dans  la  langue  des  Ibères  l'indo-européen  -uqijo- 
Ce  suffixe  est,  en  effet,  très  fréquemment  employé  dans  l'ono- 
mastique des  pays  primitivement  occupés  par  des  populations 
de  race  ibérique,  ainsi  qu'en  témoignent  les  exemples  suivants  : 


284  MÉLANGES 

Espagne  et  Portugal  :  Councancus,  Pistelancus  noms 
d'hommes  sur  des  inscriptions  du  ressort  de  Braga  (C/I..,  II, 
2390,  2488),  Turaiicus  nom  d'homme  galicien  (ibid.,  III,  4227), 
\cjx\'7.z'.,  var.  Aiuav-;:!.  peuple  de  Galice  (Ptol.,  2,  6,  45),  Arwan- 
cus,  Contiiciancus,  Ebnvancus,  P.  .igancns,  Caecanqus  noms 
ethniques  sur  des  inscriptions  des  ressorts  de  Braga,  de  Clunia 
ou  de  Carthagène  (CIL.,  II,  2827,  3120,  2806,  2746),  Cara- 
vanca  nom  probablement  ethnique  sur  une  inscription  de  la 
Tarraconaise  {ibid.,  6298)  ;  —  Septimanca  localité  située  sur 
la  route  de  Mérida  à  Saragosse,  auj  :  Simancas,  prov.  de  Valla- 
dolid.  Vieille  Castille(/^.  435). 

Je  relève  dans  des  documents  du  moyen  âge  :  Abiancos  ace. 
plur.,  localité  du  diocèse  d'Oviedo(a.  865)',  Aviaiicos  (j^j), 
Aveancos  (1154)  localité  du  diocèse  de  Lugo-,  Convianca  (569) 
localité  située  non  loin  d'Astorga,  dans  le  royaume  de  Léon  % 
Bisancos  et  Tresancos  archiprêtrés  du  diocèse  de  Saint-Jacques- 
de-Compostelle't,  Coianka  territoire  au  diocèse  d'Oviedo>, 
Duancos  (i  120)  auj.  Santa-Maria-Duancos,  prov.  de  Lugo  "^  ;  — 
Naranciis  mons  (Z'j'Ç),  au  diocèse  d'Oviedo'. 

Dans  la  nomenclature  moderne,  on  peut  citer  :  Abeanca  et 
Abeancos  prov.  de  la  Coruiîa,  la  Cabeanca,  Cusanca,  Bardancos, 
Breancas,  Listanco,  Mayanca,  Tamallancos,  Taraniancos,  Trasan- 
cos  et  son  diminutif  TrasanqueJos  en  Galice  ;  —  Cabianca, 
Luanco,  El  Oyanco,  Naranco  en  Asturie  ;  —  Matanco,  Mijancas, 
Oyancas  dans  les  provinces  basques  ;  —  Alesanco,  LoranquiUo, 
Morancas,  Naranco,  Pera^ancas,  Taranco,  Trabancos,  Tudanca, 
Vivanco  provinces  de  Burgos  ou  de  Santander,  dans  la  Vieille- 
Castille  ;  —  Lcdanca  (Guadalajara),  Loranca  (ibid.),  Tarancon 
(Cuenca)  dans  la  Nouvelle-Castille;  —  Tarancon  et  les  Vivancos 
(Murcie)  ;  —  Bichanca  et  las  Palancas    (Alicante)  ;  —    Bur- 


1.  Espana  Sagrada,  t.  XXXVII,  p.  326. 

2.  Ibidem,  t.  XL,  p.  560,  399  et  t.  XII,  p.  313. 

3.  Ibidew,  t.  XL,  p.  342. 

4.  Ibidem,  t.  XX,  p.  75,  80  et  t.  XL,  p.  343. 

5.  'ibidem,  t.  XXXVII,  p.  335. 

6.  Ibidem,  t.  XLI,  p.  300. 

7.  Ibidem,  t.  XXXVII,  p.  330. 


ESPAGNOL    -ANCO  ;    FRANÇAIS    -APE  iSy 

r lanças   (Grenade)';    —    Cavanca   en    Portugal \    On     peut 
joindre  à  ces  noms  de  lieux  le  nom  d'homme  Carranco. 

La  variante  -ango  est  rare  :  Mijangos  prov.  de  Burgos  :  Mi- 
jancas  prov.  d'Alava,  Caranga  iprow  d'Oviedo  :  Cfl'rawrrt  prov. 
d'Alava.  Cette  variante,  ainsi  qu'on  l'a  vu  plus  haut,  apparaît 
déjà  sur  quelques  mss.  de  Ptoléméc,  mais,  sous  cette  forme,  le 
suffixe  -anco  est  souvent  difficile  à  distinguer  du  suffixe  roman 
-ango  (=  -anico-).  C'est  ce  dernier  qu'il  faut  certainement 
reconnaître  dans  Aranga  (Coruiia)  et  Arangas  (Oviedo)  en 
regard  A'Aranega  (Almeria). 

On  a  remarqué  que  plusieurs  des  noms  qui  viennent  d'être 
cités  ont  des  correspondants  italiens  en  -ingo,  -engo  :  Malanco  : 
Malingo  (1029)  au  district  de  Suse,  Morancas  :  Moreiigo,  Merlan- 
ga  :  Bcrlingo,  etc. 

Languedoc,  Cerdagne  et  Roussillon.  On  sait  que  ces  con- 
trées étaient  encore  occupées,  au  iir'  siècle  avant  notre  ère,  par 
des  populations  ibériques  qui  avaient  survécu  à  la  conquête 
ligure,  comme  elles  survécurent  à  la  conquête  celtique'.  Moins 
fréquentes  qu'en  Espagne,  les  formations  en  -anco  n'y  sont 
cependant  pas  rares  :  Bragaranca  était  au  xi^  siècle  le  nom  du 
Rieutort,  ruisseau  de  l'arrondissement  de  Lodève,  Hérault-^; 
Lissanca  est  le  nom  de  la  source  qui  fournit  Cette  d'eau  potable^  ; 
Bisancas  était  une  villa  de  l'ancien  comté  de  Substantion,  au 
diocèse  de  Montpellier*^  ;  cette  ville  est  mentionnée  dans  un 
acte  du  commencement  du  xi"  siècle,  c'est  aujourd'hui 
Biranques,  ham.  de  N.-D.  de  Londres,  Hérault,  et.  Bisancos 
nom  d'un  archiprêtré  du  diocèse  de  Saint-Jacques-de-Compos- 
telle.  Le  petit  affluent  de  l'Hérault  qui  se  nomme  aujourd'hui 
Againas  (==  -aùs)  par  suite  d'un  changement  de  suffixe,  s'appe- 


1.  Dicciouario  geogrdfico  postal  de  Espana  publicado  por   la  direccion  gêne- 
rai decorreos  y  telegrafos,  Madrid,  1880. 

2.  Dicciouario  chorognxfico  de  Portugal,  Lisboa,  1893. 

5.  Voy.  D'Arbois  de  Jubain ville,  Les  premiers  habitants  de  l'Europe,  t.   I, 
p.  38  sq. 

4.  P.  Alaus,  l'abbé  Cassan  et  E.  Meynial,  Cartulaire  de  Gellone,  n»  253  : 
«  usque  in  fluvium  qui  vocatur  Riutort  vel  Bragaranca.  u 

5.  E.  Thomas,  Dictionnaire  topographiqiw  du  département  de  F  Hérault,  p.  96. 

6.  Cartulaire  de  Gellone,  n°  70. 


286  MÉLANGES 

lait  au  moyen  âge  Againancus\  Citons  encore  :  Bragahnca 
(i  loo)  probablement  pour  *Bracalanca,  auj,  Saint-Julien-de-Bra- 
galanque,  Hérault-,  Mellanca  (xi"  siècle),  ancien  château  fort 
de  la  viguerie  de  Saint-Étienne-du-Valdonnez,  Lozère',  du 
thème  hydronymique  Mella-  qui  a  servi  à  désigner  une  rivière 
delà  Gaule  Cisalpine  (Catulle.  67,  33),  Sinanqua  (1229),  auj. 
Senanque,  Vaucluse^. 

Corse.  Nous  savons  par  Scnèque  que  les  Ibères  ont  occupé  la 
Corse  >  ;  nous  ne  nous  étonnerons  donc  pas  de  trouver  dans  cette 
île  une  localité  du  nom  de  Calanca  ;  conformément  â  un  pro- 
cédé toponomastique  extrêmement  répandu  chez  les  Ibères  et  les 
Ligures,  ce  nom  de  Calanca  dérive  du  thème  hydronymique  Cala- 
qu'on  retrouve  notamment  dans  Calù  (908),  le  Chalon,  torrent 
de  la  Drôme,  et  dans  Calona  (vii^  siècle),  nom  d'une  rivière  du 
département  de  l'Ain. 

Le  suffixe  -anco-  apparaît  sporadiquement  dans  un  certain 
nombre  de  vocables  onomastiques  qui  jalonnent,  pour  ainsi 
parler,  la  longue  route  suivie  par  les  Ibères  dans  leur  marche 
de  l'Orienta  l'Occident^.  Voici  les  noms  dus  à  ce  mode  de 
formation  qui  sont  venus  jusqu'à  nous  :  K3.p\x]oui-{/.x:  (Ptol.  2, 
13,  i),  chaîne  de  montagnes  d'IUyrie  '  (Die  Karaivanken)  en 
regard  de  Caravanca  nom  ethnique  de  Galice,  Baranca  col  de  la 
province  de  Novare,  Aranco,  Bognaiico,  Rnniianca,  Schieranco 
prov.  de  Novare,  Altanca,  Pa:;^~oranco  dans  le  Ttsûn^Almancus 


1.  E.  Thomas,  0/).  cit.,  p.  86:  «  Molendinum  de  Agamanco  (1515)  »  et 
«  ri  vus  de  Agamanco  (i  528)  ». 

2.  Cartulaire lie  Gellone,  n°  300,  et  E.  Thomas,  op.  cit.,  p.   185. 
5.   Cartulaire  de  Gellone,  n°  105. 

4.  B.  Guérard,  Cartulaire  de  Saiiil- Victor  de  Marseille,  n"  909. 

5.  Sénèque,  Coiisol.  ad  Helviatii,  8,  2  ;  cf.  K.  Mùllenhoff,  Deutsche 
Alltrtumshmde,  t.  III,  p.  173,  et  D'Arbois  de  Jubainville,  op.  cit.,  t.  I, 
p.  68. 

6.  Comme  bien  on  pense,  ces  noms  en  -anco-  ne  sont  pas  les  seuls  témoins 
que  l'on  puisse  invoquer  en  faveur  de  l'origine  orientale  des  Ibères  ;  sans  par- 
ler des  auteurs  anciens  qui  l'affirment,  on  peut  alléguer  les  nombreux  noms 
géographiques  qui  attestent  le  passage  de  populations  ibériques  à  travers 
l'Asie  Mineure,  la  Thrace,  l'Illyrie,  l'Italie  et  la  Gaule. 

7.  Ce  nom  ne  peut  pas  être  illyrien,  les  Illyriens  comme  les  Grecs  et  les 
Gaulois  rendant  par  p  la  vélaire  sourde  labialisante. 


ESPAGNOL    -ASCO  :    FRANÇAIS    -APE  iSj 

ancienne  ville  de  Ligurie  qui  était  redevable  de  son  nom  au 
fleuve  Aima  ',  Miisanca,  nom  d'homme,  qui  se  lit  dans  un  acte 
du  XI'  siècle  passé  dans  les  limites  du  département  du  Var-, 
Pernancns  (1327)  Parnans  et  Aulancns  (1386)  Aulan',  dépar- 
tement de  la  Drôme,  Calanca  Chalanclie,  Basses-Alpes,  en 
regard  de  Calanca,  Corse  '. 

Les  formations  espagnoles  en  -anco,  comme  les  formations 
provençales  en  -enc,  nous  apportent  une  preuve  nouvelle  d'un 
phénomène  linguistique  bien  connu  :  la  survivance  des  suffixes 
aux  langues  depuis  longtemps  éteintes  d'où  ils  sont  sortis. 


II.  Français  -ape 

Pour  terminer  l'étude  du  suffixe  indo-européen  -nquo-  dans 
l'onomastique  romane,  il  me  reste  à  parler  du  suffixe  -apo-  qui 
en  est  le  correspondant  gaulois.  Ce  rattachement  de  -apo-  à 
-i}quo-  se  fonde  sur  trois  raisons  également  décisives  :  la  pre- 
mière qui  est  d'ordre  général,  c'est  que  les  suffixes  avec  un  p 
primitif  sont  absolument  inconnus  des  langues  indo-euro- 
péennes'; la  seconde,  c'est  que  ces  suffixes,  existeraient-ils  dans 
les  autres  langues  indo-européennes,  ils  ne  pourraient  pas  se 
rencontrer  en  gaulois,  par  la  raison  que  les  Gaulois  avaient 
perdu  la  faculté  de  prononcer  le/>  primitif^;  la  troisième  enfin, 
c'est  que  les  Gaulois  comme  les  Grecs,  les  Osco-Ombriens 
et  les  lUyriens  rendaient  par  ^  la  vélaire  sourde  labialisante '. 


1.  lA.,  p.  500,  et  Holder,  Alt-celtischer  Sprachschati,  t.  I,  p.  217. 

2.  Cartiilaire  de  Saint-Victor,  n°  542. 

3.  Brun-Durand,  Dictionnnaire  topograpJiique  du  département  de  la  Drôme, 
p.  255,  13  et  3)6.  Pernanti,  gén.  cité  d'après  un  acte  de  1080,  est  évidemment 
une  mauvaise  lecture  pour  Pernaiici. 

4.  Le  vénète  avait  conservé  les  vélaires  labialisantes  :  Piquentum,  Liquentia, 
et  il  rendait  Yn  voyelle  pai  an  :  Voltan-is  gén.,  aussi  retrouve-t-on  le  suflfixe 
-anco-  (^  *??'.«>)  en  Vénétie  :  Fiinancus  nom  d'homme  de  Vérone  (CIL.,  V, 
3664),  Moi^iancus  nom  d'homme  du  Frioul  (ibid.,  1789),  Frisanco  localité  de 
la  province  d'Udine. 

5.  Brugmann,  Gruudriss,  t.  II. 

6.  D'Arbois  de  Jubainville,  Etudes  grammaticales  sur  les  langues  celtiques, 
p.  83*  et  suiv.  ;  Brugmann,  Grundriss,  V,  517. 

7.  D"Arbois  de  Jubainville,  loc.  cit.,  p.  83*  et  suiv.  ;  Brugmann,  P,  605. 


288  MÉLANGES 

Notons  que  sur  les  inscriptions  le  redoublement  du  p  de  -apo- 
n'est  pas  rare  et  que  c'est  là  précisément  ce  qui  explique  le 
maintien  de  cette  consonne  en  roman  avec  sa  valeur  primitive. 
Pour  ce  qui  est  de  la  disparition  de  la  nasale  vélaire  dans  -apo- 
ou  si  Ton  veut,  de  la  représentation  de  ;/  par  a,  elle  n'est  pas 
spéciale  au  gaulois  ;  on  la  constate  également  en  sanscrit,  en 
grec  et  en  illyrien  '.  Ceci  dit,  voici  quelques  exemples  de 
l'emploi  du  suffixe  -apo-,  var,  -appo-,  dans  l'onomastique  gallo- 
romaine. 

Noms  de  personnes  :  Acapa  nom  d'homme  sur  une  poterie 
trouvée  en  Grande-Bretagne  (CIL-,  VII,  1336,  7),  en  regard  du 
nom  d'homme  aquitain  Acinco-vtpiis  (Holder,  s.  v.),  Ganap-ôn 
(Holder,  s.  v.),  Giappa  {CIL.,  XIII,  5774),  Sacrapus  et  son 
dérivé  Sacrap-ôn  (Holder,  s.  v.),  Sacirap-ôn  (Holder,  s.  v.), 
Lucap-etus  sur  une  inscription  de  Milan  (CIL.,  V,  5830), 
Eniapas  dans  un  texte  du  moyen  âge  ^. 

Noms  de  lieux  :  Arelapa  (Ptol.  2,  13,  3),  var.  Arlapa 
(lA.,  234),  ville  du  Norique',  en  regard  à' AreJincus  ^u).  Pes- 
chiera  ;  Cornappo,  prov.  d'Udine,  si  toutefois  ce  nom  n'est  pas 
d'origine  illyrienne;  Andrapa  ville  de  Galatie  (I.  Hieros.  576); 
*  Canappiis  d'où  Kanapi  villa  auj.  Canappeville,  Eure  ^;  Canap- 
ville  Orne  et  Calvados»;  Canaples  *Canapulas  (?)  Somme, 
cf.  Canens  (=  Caninciis),  Haute-Garonne  et  Chaneins,  Ain; 
Gammappus,  Jemmapes,  Belgique,  du  nom  d'homme  gaulois 
Gammus,  Ganappus;  Genappe  même  pays;  * Lnlappits  Lou- 
lappes  Eure-et-Loire  ^  en  regard  de  Loulans  (=  Lnlincus); 
Haute-Saône  ;  Nuapa  ancienne  villa  du  Limousin '. 


1.  F.  de  Saussure,  Mémoire  sur  Je  sxslàiie  primitif  des  voyelles  dans  les 
langues  indo-européennes,  p.  19  et  suiv.  ;  Brugmann,  I  -  392  et  suiv.  Ce  dernier 
auteur  explique  par  n  les  génitifs  gaulois  en  -«jr  des  thèmes  consonnantiques, 
tels  que  Segonion-as,  Suession-as  (t.  II,  §  234).  Il  faut  noter  d'ailleurs  que 
dans  -apo-  Vu  était  bref  :  Mevoc-'.ci-.  (Strab.),  Ménàpl  (Mart.). 

2.  Vâhbé  ChsvâViQr,  Cartulaire  de  Saint-Bernard,   n°  45. 

3.  Arelapa  paraît  avoir  été  située  sur  VArelapus,  auj.  l'Erlat  ;  cf.  Oesterley, 
loc.  cit.,  p.  167. 

4.  De  Blosseville,  Dict.du  dép.  de  Y  Eure,  p.  45. 

5.  C.  Hippeau,  D/c/.  du  dép.  du  Cahhtdos,  p.  57. 

6.  L.  Merlet,  Dict.  du  dép.  d'Eure-et-Loir,  p.  105. 

7.  Pardessus,  Diplont.,x.  I,  n°  177  (an.  570). 


ESPAGNOL   .ANCO;    FRANÇAIS   .APE  289 

Comme  exemple  de  l'emploi  de  notre  suffixe  dans  le  lexique 
gaulois,  on  doit  peut-être  citer  *can-npo-s  «  coupe  »  qui 
expliquerait  le  v.  h.  a.  hnapf'  pour  un  plus  ancien  *hanapf, 
lequel  se  retrouve  dans  l'ital.  anappo,  le  prov.  ciiap  et  le  franc. 
haiiap-.  Cette  forme  hnapf  se  dénonce  d'elle-même,  en  germa- 
nique, comme  un  mot  d'emprunt,  et  de  foit  les  étymolo- 
gistes  allemands  se  déclarent  impuissants  à  l'expliquer  par  le 
germanique.  On  ne  peut  pas  songer,  en  effet,  à  y  voir  le  v.  h.  a. 
kanna  «  pot,  pinte^  »,  puisque  le  k  initial  qui  tient  lieu  d'un 
g  palatal  indo-européen',  n'aurait  eu  aucune  raison  pour  se 
changer  en  h  et  que  d'un  autre  côté,  le  pf  final  représente  bien 
évidemment  un/)  d'origine  étrangère,  cf.  pflan~e=  lat.  planta; 
on  peut  rappeler  aussi  qu'il  n'y  avait  pas  de  suffixe  indo-euro- 
péen avec  p  et  que  s'il  y  en  avait  eu,  ce  p  primitif  aurait  été 
rendu  en  germanique  par  /".  Ainsi,  aucun  doute  n'est  possible  : 
hanapfesl  en  germanique  un  mot  d'emprunt.  La  question  qui 
se  pose  est  donc  celle  de  savoir  à  quelle  langue  ce  mot  a  été  em- 
prunté. Ce  ne  peut  pas  être  au  latin  canna  «  roseau  »,  d'abord 
parce  que  le  sens  ne  convient  pas,  ensuite  parce  qu'à  l'époque 
des  emprunts  du  germanique  au  latin,  les  Germains  avaient 
recouvré  la  faculté  de  prononcer  la  palatale  sourde  initiale  : 
V.  h.  a.  d'emprunt  kirsa  (=  *kirissa)  du  lat.  *ccresea,  var.  de 
cerasea,  en  regard  du  got.  hnnds  :  gr.  y.J(ov,  et  enfin  parce  qu'il 
n'existait  pas  en  latin  de  suffixe  avec  p. 

Que  si  nous  voyons,  au  contraire,  dans  baiulpf  un  mot  em- 
prunté au  gaulois,  toutes  ces  difficultés  disparaissent  :  en  premier 
lieu,  le  suffixe  gaulois  -apo-  explique  à  merveille  le  suffixe  -apf- 
qui  est  dans  hanapf  ;  en  second  lieu,  rien  ne  nous  empêche  de 
faire  remonter  l'emprunt  germanique  à  une  date  éloignée,  les 
Germains   ayant    vécu    pendant    plusieurs  siècles  mêlés    aux 


1.  Il  n'est  pas  besoin  de  dire  que  la  forme  h)iapp  que  donne  Kôrting 
n'existe  pas  en  germanique.  Le  germanique  ne  connaît  que  hnapf,  plur. 
napphii,  napjd,  uaphd;c(.  O.  Schade,  Altdeutsches  Wôrterbuch,  t.  I,  p.  409.  Le 
ph  germanique  a  naturellement  été  rendu  par  p  en  bas-latin. 

2.  Si  toutefois,  ainsi  que  le  pense  Kluge,  ce  mot  est  bien  d'origine  germa- 
nique, ce  qui  ne  nous  parait  pas  absolument  certain. 

5.  Sur  l'étymologie  de  rallem.  Kdiine,  voy.  F.  Kluge,  Elyiiiol.  JVorterh. 
âer  tieiitschen  Sprache,  s.  v. 

Romania,  XXXV  IQ 


290  MÉLANGES 

Gaulois,  à  l'orient  du  Rhin'  ;  en  troisième  lieu,  nous  trouvons 
dans  le  latin  vulgaire  de  la  Gaule  Celtique  un  mot  canna  qui 
avait  le  sens  de  vase  et  qu'on  a  rapproché  du  grec  y.xv-Oapo-ç 
«  coupe  »  -.  Si  cette  explication  est  exacte,  hanapf  serait  l'adap- 
tation germanique  du  v.  gaul.  *canapos  qui  nous  aurait  été  rendu 
sous  son  accoutrement  germanique,  comme  tant  d'autres  noms 
d'origine  latine  qui  nous  sont  revenus  après  avoir  fait  l'école 
buissonnière  de  l'autre  côté  du  Rhin. 

Le  suffixe  gaulois,  -apo-,  a  été  souvent  développé  au  moyen  du 
suffixe  -io-,  d'où  le  suffixe  -apio-,  var.  -appio-  :  Mcnapii,  peuple 
de  la  Gaule  Belgique,  pays  où  les  formations  toponomastiques 
en  -apù-  sont  relativement  fréquentes,  Serapias  nom  d'homme, 
d'où  le  nom  de  lieu  Serapi-aco-s  Strépy  dans  le  Hainaut  Belge, 
et  Strivy,  prov.  de  Liège,  Miunapins  nom  d'homme  {CIL.,  III, 
5997)5  Galapiiis  nom  d'homme  dans  un  texte  du  moyen 
âge'. 

En  roman,  ce  suftîxe  -apio-  a  été  traité  de  deux  façons  diffé- 
rentes :  1'/ s'est  maintenu  à  la  posttonique  :  Gamapius  Gamaches 
Eure+,  Gamapius,  la  Garnache,  Vendée  (Hold.  s.  v.),  ou 
bien  il  a  été  attiré  dans  la  syllabe  accentuée  :  Varappius, 
Varêpe  pour*Varaipe,  c"^  de  Grosiée,  Ain,  Forapiiis,  var.  Vorap- 
pius  Voreppe,  Isère  5,  cf.  Voreppe,  Drôme  qu'en  l'absence 
de  formes  anciennes,  on  pourrait  aussi,  il  est  vrai,  rattacher  à 
-eppo-,  forme  normale  du  suffixe  avec  qij.  Le  gaulois  nous  pré- 
sente, en  effet,  pour  ce  suffixe,  toute  la  gamme  des  couleurs 
vocaliques  :  .-epo-  (=  *-eqijo-)  :  Dorepiis  nom  d'homme  (CIL., 
XIII,  5761),  Eugepius  nom  d'homme,  Caleppio  localité  de  la 
province  de  Milan  ; upo-  var.  d'-opo-  (=  -ôqijo-),  cf.  Tibère 


1.  Sur  les  relations  entre  les  Celtes  et  les  Germains  antérieurement  au 
ni<=  siècle  avant  notre  ère,  ainsi  que  sur  l'hégémonie  celtique  et  le  vocabulaire 
celto-germain,  voy.  la  remarquable  étude  publiée  par  M.  D'Arbois  de  Jubain- 
ville  au  t.  II,  p.  323  sq.  des  Premiers  habilants  de  l'Europe. 

2.  Vilu  Radegundis  i,  19,  44,  citée  par  Holder,  hc.  cit.,  s.  v.  canna.  C'est  de 
ce  canna  que  dérive  le  franc,  cannelle  «  pot  à  bière  ». 

3.  Pardessus,  Diplom.,  1. 1,  n"254  (^n-  631). 

4.  DeBlosseville,  loc.  cil.,  p.  94  ;  D'Achéry,  Spicileginm,  t.  II,  p.  86  ;  Pertz, 
Diplom.,  p.  109  (an.  751). 

5.  J.  Marion,  Carlulaires  de  V  Église  de  Grenoble,  p.  288,  298. 


LES   NOMS   SARDES    DU    MOUFLON  29 1 

Turoqiia  (JA.,  ^T,o):  Calupa,  Tfl!////^/)^,  noms  d'hommes",  Mar- 
supia  (jo^f),  ruisseau  de  la  Meuse,  auj.  Marsoupe  ^,  Anipium  nom 
d'une  ville  de  Lihurnie  qui  est  peut-être  d'origine  illyrienne, 
mais  qui  est  intéressant  à  citer  à  cause  de  son  adaptation  latine 
Arnicia.  var.  Anicia  %  adaptation  qui  prouve  jusqu'à  l'évidence 
que  c'est  bien  à  des  primitifs  avec  qu  qu'on  doit  rattacher  les 
suffixes  gaulois  avec  p. 

En  résumé,  il  y  avait  en  indo-européen  un  suffixe  -nquo- 
qui  a  été  rendu  en  ligure  par  -enqiio-,  en  ibère  par  -anqiio-  et  en 
gaulois  par  -npo-,  var.  -appo-  ;  ces  différents  suffixes  ont  été 
latinisés  respectivement  en  -inco-,  ingo- ;  -anco-,  -ango-  ;  -apo-, 
-appo-,  et  ce  sont  ces  formes  latinisées  qui  expliquent  l'italien -/«fo, 
-ingo,  -cngo,  le  provençal  -enc,  l'espagnol  -anco,  -ango  et  le  fran- 
çais -apc,  -appc.  Quant  au  suffixe  germanique  -inga-  var.  à'-unga- 
qui  représente  le  même  type  indo-européen,  la  dérivation 
romane  n'en  a  pas  fait  usage,  mais  il  apparaît  dans  un  certain 
nombre  de  noms"  empruntés  par  le  roman  au  germanique,  et 
notamment  dans  les  noms  de  lieux  en  -ange  du  nord-est  de  la 
France. 

E.  Philipon. 

LES  NOMS  SARDES  DU  MOUFLON 

Le  Dictionnaire  général  de  la  langue  française  (Hatzfeld- 
Darmesteter-Thomas)  fait  la  remarque  suivante  à  l'art,  mou- 
flon :  «  Paraît  emprunté  du  dialecte  de  la  Sardaigne  :  cf.  l'ital. 
inofola  dans  Oudin  et  i'anc.  franc,  muifle,  nmifleron  dans  Cot- 
grave  ».  Cette  remarque  m'a  engagé  à  étudier  de  près  les  noms 
que  porte  actuellement  le  mouflon  en  Sardaigne,  où  Strabon 
signale  déjà  la  présence  de  cet  animal  qu'il  appelle  ;j.;jc7;;.(i)v  et 
que  Pline  appelle  comme  luimusmo  ou  musimo. 

Spano  et  Porru  donnent  comme  nom  du  mouflon  temelle  : 
niitrva;  comme  nom  du  mouflon  mâle  :  niurvoni,  tnurone. 
Nous    avons    donc    d'une    part   le  campidanien   niurvoni,   de 


1.  CIL.  XIII,  752,  6028,  6116,   looio.   1871  ;  V,  5555  ;  —  III,  5061 
Grégoire  de  Tours,  Hist.  Fr.,  5,  9,  et  Vitx  patnim,  en. 

2.  F.  Liénard,  Dict.  dtidép.  de  la  Meuse,  p.  142.] 
5.  Ptolémée,  édition  Mùller,  t.  I,  p.  213,  n.  i. 


292  MELANGES 

l'autre  le  logudorien  muronc  :  ces  deux  formes  remontent  à  un 
type  commun,  à  savoir  *mufrone,  dans  lequel  il  est  difficile 
de  ne  .pas  voir  le  mufron  signalé  par  M.  Thomas  dans  le 
Laterciihis  de  Polemius  Silvius'. 

I.  En  campidanien  .*mu tronc  a  passé  régulièrement  à 
niiivroni,  car  dans  ce  dialecte  /  +  ''  et  /^  -\-  >'  sont  traités 
comme  /et  b  en  position  initiale  après  une  voyelle  finale  du 
mot  précédent  :  fraxi  <  lat.  falcem  se  prononce  vragi  dans 
sa  vragi  (écrit  sa  fraxi);  ci.  su  yragu,  où  yragu,  est  le  subst. 
verbal  du  lat.  fragrare.  Ce  son  y  est  intermédiaire  entre  /  et 
V,  de  même  qu'il  existe  un  son  b  intermédiaire  entre  b  et  v, 
par  exemple  dans  sa  bracca,  en  italien  la  barca,  ou  dans  sa 
braba,  en  italien  Ja  barba.  Les  sons  ^  et  ^  sont  fort  difficiles 
à  distinguer  l'un  de  l'autre,  et  quand  une  métathèse  se 
produit,  ils  passent  à  v  :  c'est  ainsi  que  plusieurs  dialectes 
méridionaux  disent  layra  «  lèvre  »,  tandis  qu'à  Cagliari 
même  on  prononce  larva.  La  substitution  de  murvoni  à  *muyroni 
est  donc  parfaitement  acceptable,  d'autant  plus  que  la  méta- 
thèse est  pour  ainsi  dire  de  règle  en  campidanien  :  cf.  arbili 
<C  lat.  aprilem  et  manorva  <  lat.  *manopera  auxquels 
on  peut  ajouter  de  nombreux  exemples  analogues  donnés  par 
M.  Hofmann,  Die  logudor.  und  campid.  Mundart,  p.  116. 

2.  Pour  expliquer  la  forme  logudorienne  murone,  il  est  éga- 
lement légitime  de  supposer  une  étape  muyrone.  En  effet  dans 
la  combinaison  yr  intervocalique  le  v  tombe  régulièrement  en 
logudorien  :  on  a  lara  (pour  *layra)  •<  lat.  labra;  colora, 
coloru  (pour  *-yra^  *yrii)  <C  lat.  vulg.  *colobra,  *colobrum. 
A  ces  deux  exemples  donnés  par  MM.  Hofmann^  et  Campus', 
on  peut  ajouter  :  logud.  calarighe  «  aubépine  »  <C  lat.  calabri- 
cem,àcôté  du  campid.  calarvigtt^  ;  logud.  chiliru  «crible  » 
«<  lat.  *cilibrum  pour  cribrum,  à  côté  de  cilivru  (Lanusei, 
Seui)  et  de  ciuliru  (Cagliari)  K  Le  même  phénomène  se  mani- 
feste dans  la  prononciation  vulgaire  des  villages  pour  le  groupe 


1.  Voy.  ci-dessus,  p.   183. 

2.  Op.  laud.,  p.  1 14. 

3.  Fonetica  del (liai.  Logudorese  (Turin,  1901),  p.  56. 

4.  Cf.  ma  note  à  ce  sujet  dans  VArch.  storico  sardo,  I,   145, 

5.  Cf.  Candrea-Hecht  dans  Romania,  XXXI,   305. 


LE    PLUS    AN'CIEN    EXEMPLE    DU    ERANÇ.    ARRIER  293 

initial  br-  précédé  d'un  mot  qui   se  termine  par    une  voyelle; 
ainsi  on  dit  sa  rnha  pour  sa  braha,  en  italien  la  barba. 

Si  l'italien  usuel  dit  iiiufione,  Petrôcchi  enregistre  cependant 
les  formes  concurrentes  mnjfolo  et  iiiiifrone,  et  il  signale  mufo 
au  xv<^  siècle  chez  Luca  Pulci  (Cirijfo  Calvaneo,  II,  44)  et  chez 
son  frère  Luigi  (Morgante,  XIV,  80). 

J'ajouterai,  à  titre  de  curiosité,  que  dans  la  description  de  la 
Sardaigne  de  Sigismond  Arquer,  qui  ligure,  traduite  en  alle- 
mand, dans  la  Cosmographie  de  Sébastien  Munster,  le  mouflon 
est  appelé  iniiefltier  :  ce  nom  est  vraisemblablement  contaminé 
par  wnfel  «  museau  »  ou  par  jiniffeln  «  puer  ». 

Max  Léopold  Wagner 

LE  PLUS  ANCIEN  EXEMPLE  DU  FRANC.  ABRIER 

Dans  son  article  intitulé  :  Glosscs  et  glossaires  hébreux-français 
du  moyen  àgc  ',  A.  Darmesteter  constate  d'une  façon  générale  le 
peu  d'attention  donné  par  les  savants  de  la  Renaissance  aux  lea- 
zim  ^  de  Raschi.  Il  est  donc  intéressant  de  signaler  ceux  dont 
on  a  fait  mention  à  cette  époque  '. 

A  l'article  abri  de  ses  Origim's  de  la  langue  françoise  (1650), 
Ménage,  citant  Pierre  Pithou,  écrit  ceci  :  «  Et  Pierre  Pithou 
en  son  traitté  des  Comtes  de  Champagne  où  après  auoir  dit 
que  la  Brie  a  esté  ainsi  appellée  du  mot  abri,  qui  signifie  couuert, 
il  adjouste  ^  :  (ce)  qui  me  fait  émerueiller  de  ceux  qui  faisant 
profession  de  la  pureté   de  nostre   langue,  interprètent  abri. 


1.  Roinania,  I,  155;  réimprimé  dans  Reliques  scientifiques,  l,  172. 

2.  Si  l'on  emploie  ce  mot  si  commode  pour  désigner  les  glosses  en  ques- 
tion, il  vaut  mieux  lui  faire  suivre  les  règles  de  la  déclinaison  hébraïque, 
c'est-à-dire  employer  loai  au  singulier  et  leaiiin  au  pluriel   ;"îy'l,D'~îr'?|. 

3.  [Biaise  de  Vigenere,  dans  les  annotations  jointes  à  sa  traduction  des 
Tableaux  de  Philostrate,  a  eu  aussi  occasion  de  citer  «  Rabbi  Salomoch  »  ; 
voy.  l'article  es.viail  du  Dict.  étyniol.  de  Ménage.  —  Réd.'] 

4.  Ménage  ne  cite  pas  très  exactement,  comme  je  m'en  suis  rendu  compte  en 
conférant  l'édition  originale  :  Le  /er  livre  des  mémoires  des  comtes  héréditaires 
de  Champagne  et  de  Brie  par  M.  Pithou,  Advocat  en  la  cour  de  Parlement, 
A  Paris,  de  l'imprimerie  de  Robert  Estienne,  1572.  Je  mets  entre  parenthèse 
ce  qu'il  a  ajouté  et  je  place  entre  crochets  ce  qu'il  a  omis. 


294  MELANGES 

car  ainsi  rescriucnt-ils,  lien  décounert  ci  expose  au  soleil,  dédui- 
sans  ce  mot  du  latin  aprictini  :  vcu  mesmc  que  Solomocii,  ancien 
Rabi,  et  comme  aucuns  pensent  Champenois,  qui  s'ayde  bien 
souuent  des  mots  de  ceux  [des  François]  entre  lesquels  il  a 
vescu,  vse  de  cettuy-cy  en  la  première  signification  que  nous 
auons  dite,  exprimant  au  IIP  chapitre  de  loël  ce  que  les  autres 
ont  tourné  operimentum  par  le  mot  d'abri,  qu'encor  en  tout 
euenement  ie  dcduirois  plustost  de  arbre[ou  abre]  selon  nostre 
pronontiation.  » 

Ménage  a  ajouté  plus  tard,  dans  son  Dict.  étymologique  :  «  Je 
remarquerai   icv  en    passant  qu'il    y  a   dans   Solomoch  abriel 

Or  dans  l'édition  princeps  du  Commentaire  de  Raschi,  Venise, 
1525,  nous  trouvons  "'"'\xn2X,  qu'on  pourrait  lire  abrieil  ou 
abriail.  Mais  ni  la  forme  donnée  par  Pithou,  ni  celle  rectifiée 
par  Ménage,  ni  celle  de  l'édition  princeps  ne  correspondent  à 
la  leçon  du  plus  ancien  manuscrit  de  Raschi  que  renferme  le 
British  Muséum.  Le  ms.  Harleyen  150  (daté  de  1257)^  donne 
abriér  "i\s"'l-x.  C'est  cette  leçon  qui  doit  être  la  bonne,  abri  ne 
se  trouvant  pas  dans  Raschi  qui  donne  comme  substantif  la 
seule  forme  abriement  pour  traduire  le  mot  ""''.ï  «  mon  rocher  » 
(II  Samuel,  XXII,  3). 

Outre  l'intérêt  présenté  par  la  place  où  se  trouve  la  mention 
de  ce  loaz,  il  est  encore  curieux  à  deux  points  de  vue.  D'abord 
il  tendrait  à  faire  rejeter  l'opinion  de  M.  Bugge  qui  admet 
comme  sens  primitif  du  mot  a/r/Vr  celui  de  «  réchauffer,  garantir 
du  froid  »  (Romania,  IV,  348),  les  mots  hébreux  que  Raschi 
traduit  par  abriér  et  abriement  n'ayant  aucunement  ce  sens 
ou  un  sens  analogue.  En  second  lieu  il  fournit  contre  l'hypo- 
thèse de  Gaston  Paris  (^Romania,  XXVIII,  434)  qui  y  voit  un 

1.  C'est  ce  qu'on  lit  dans  l'édition  de  1694;  dans  celle  de  1750  il  v  a 
ahrial.  Comme  dans  les  éditions  imprimées  du  commentaire  de  Raschi,  dont 
Ménage  a  pu  se  servir,  il  n'y  a  pas  de  points-N'Oj'elles,  les  deux  lectures  sont 
possibles.  Mais  il  est  probable  qu'il  y  a,  comme  c'est  souvent  le  cas,  une 
confusion  de  1  et  de  1  dans  l'édition  princeps  et  que  abriér  est  la  leçon  à 
adopter. 

2.  Sur  ce  ms.  vov.  Darmesteter,  Rapport  sur  une  mission  en  Am^teterre 
(Archives  des  missions  scientifiques  et  littéraires,  1871),  réimprimé  dans  les 
Retiques  scientifiques,  I,  115. 


FRANC.    DIALECTAL    TP.CUER.   TI-QUER  295 

mot  méridional  ayant  passe  dans  la  France  occidentale  une 
objection  sérieuse.  Cette  objection  devient  encore  plus  forte  si 
l'on  ajoute  que  le  Glossaire  hébreu-français  publié  par  Ma3'er 
Lambert  et  par  moi,  et  qui  est  certainement  dû  à  un  auteur 
de  la  France  orientale,  donne  plusieurs  exemples  de  ces 
mots  :  quelques  formes  du  verbe  abrier,  et  le  substantif  abrià- 
tnoiit  '.  Cependant  je  n'insisterai  pas  trop  sur  ce  dernier  point; 
le  compilateur  a  en  effet  pu  tirer  ces  mots  de  Raschi^,  et  ses 
leazim  proviennent  de  plusieurs  sources  appartenant  à  des 
dialectes  différents. 

Je  remarquerai  en  dernier  lieu  que  les  mots  /  ahriamont  du 
Gloss.iire  hébreu-français,  104,  86  traduisent  l'hébreu  noncSl 
«  et  rt  reluge  ».  Les  mots  suivants  /  a  rekutemont  '  traduisent 
■nnozSi  «  et  à  protection  ».  Dans  les  deux  cas  S  est  traduit 
par  à.  Il  semble  donc  qu'on  devrait  couper  le  mot  abriâvuviî 
ainsi  :  a  briàmont.  Ce  serait  un  autre  exemple  à  invoquer  en 
faveur  d'un  thème  bri-  dont  le  mot  dcsbrier  postule  l'existence». 
Toutefois  on  peut  et  on  doit  remarquer  que  le  scribe  peut 
avoir  oublié  un  a  et  que  la  leçon  originale  a  pu  être  :  a 
abriàmout  \ 

Louis  Brandin. 

FRANC.   DIALECTAL    TÉGUER,    TÈOUER 

Dans  VHistoire  de  GuiUauine  le  Maréchal  le  verbe  tess'ier  se 
présente  deux  fois.  A  sa  compagnie,  qu'il  a  menée  en  recon- 
naissance, et  qui  lui  propose  de  fondre  sur  les  coureurs  enne- 
mis, Guillaume  le  Maréchal  répond  : 

Bien  tost  tcsgereieiit  les  flans 

A  nos  chevals,  se  issi  ert  fait, 

Einz  que  venisson  a  recet  (v.  8472-4). 


1.  L'J  indique  probablement  le  son  e. 

2.  Abriàiiiont  correspond  à  la  forme  ahriewent  citée  plus  haut  :  sur  -mont 
au  lieu  de  -ment,  voir  Glossaire,  Introduction,  p.  xi. 

3.  Mot  que  je  n'ai  trouvé  que  dans  notre  glossaire. 

4.  Cf.  G.  Paris,  Roniania,  XXVIII,  435. 

5.  D'après  M.  Israël  Lévy,  qui  possède  les  notes  manuscrites  de  Darmes- 
teter  sur  les  leazim  de  Rasclii,  on  trouve  dans  les  Psaumes,  102,  18  la  forme 
ahrèment  ;  cette  forme  appelle  évidemment  une  correction. 


2^6  MÉLANGES 

Dans  l'autre  passage,  notre  verbe  a  aussi  pour  sujet  le  sub- 
stantif _//rt«^  : 

Mais  molt  li  tesi^assent  ses  flans  (v.  3978). 

Le  vocabulaire  qui  est  dans  l'édition  de  M.  Paul  Meyer  dit 
que  ce  mot  «  n'est  signalé  nulle  part  ».  Il  est  vrai  qu'il  manque 
à  Godefroy,  mais  il  est  relevé  dans  les  glossaires  du  Roman  de 
la  Rose.  Méon,  se  fondant  sur  l'habitude  de  nos  vieux  auteurs 
d'accumuler  les  synonymes,  a  interprété  «  abattu,  fatigué  », 
parce  qu'il  trouvait,  dans  les  deux  exemples,  tagans  ou  tesgans 
associé  avec  las.  Le  glossaire  de  l'édition  Jannet  traduit  : 
«  haletant,  oppressé,  toussant  »,  se  rapprochant  ainsi  de  ce 
que  nous  croyons  être  la  vérité  beaucoup  plus  que  le  vocabu- 
laire de  Guillaume  le  Maréchal,  où  on  lit  que  le  verbe  «  paraît 
signifier  être  endolori  comme  les  flancs  d'un  cheval  qui  a  trop 
couru  ». 

Voici,  en  effet,  quelle  est,  sur  le  sens  de  ce  mot,  la  déposi- 
tion des  patois  actuels.  En  Normandie,  on  a  téquer  «  tousser  » 
(voy.  A.  Romdahl,  Patois  du  Val  de  Saire,  où  le  mot  est  figuré 
phonétiquement  :  Icqiiic).  En  Picardie,  et  particulièrement  dans 
le  Boulonnais,  téguer  signifie  «  geindre,  faire  effort,  avec  des 
hoquets  dans  la  respiration  »,  d'après  le  chanoine  Haigneré 
{Le  Patois  boulonnais,  vocabulaire^  qui,  assez  inexplicablement, 
écrit  taiguer  et  commet  l'omission  regrettable  de  ne  pas  men- 
tionner l'expression  courante  «  téguer  comme  un  vieux  baudet  ». 
Il  est  donc  naturel  de  mettre  à  côté  des  chevaux  aux  «  flans  tes- 
gans »  de  V Histoire  de  Guillaume  le  Maréchal  les  chiens  du  Roman 
de  la  Rose 

qui  las  de  corre  furent 
Tesgans  ou  ru  du  vivier  burent  (15890,  Méon). 

Au  dernier  moment,  je  relève  le  participe  tesgant  dans  VArt 
de  chevalerie  de  Végèce  traduit  par  ]Q\n  de  Meun,  édit. 
U.  Robert,  p.  105  :  «  Cis  qui  vient  las  et  tesgans  a  la  bataille, 
que  puet  il  faire  ?  » 

La  présence  de  tesguer  dans  des  textes  du  xiii^  siècle  détruit 
la  conjecture  de  l'éd.  Jannet  qui  tire  tesguer  de  tac ,  maladie 
qui  sévit  à  Paris  en  14 14. 

J.    DEROCaUIGNY. 


FRANC.    DIALECTAL    TÉGUER,   TÊQUFR  2^J 


NOTE   COMPLÉMENTAIRE 

Le  verbe  sur  lequel  M.  Derocquigny  vient  d'attirer  l'atten- 
tion est  plus  répandu  dans  les  patois  français  que  sa  notice  pour- 
rait porter  à  le  croire.  On  le  trouve  en  effet,  soit  sous  la 
forme  simple,  soit  sous  des  formes  fréquentatives,  en  -asser, 
-eler,  oter,  en  dehors  de  la  Normandie  et  de  la  Picardie,  dans 
les  départements  suivants  :  Pas-de- Calais,  Nord,  Loir-et-Cher, 
Mayenne,  Sarthe,  Ille-et-Vilaine.  Voici  quelques  extraits  desti- 
nés à  le  fliire  voir  et  aussi  à  montrer  le  développement  séman- 
tique dont  ce  verbe  est  susceptible  : 

Robin,  Le  Prévost,  Passyet  de  Blosseville,  Dict.  du  patois  normainl  de  V  Etire, 
p.  578  :  «  TEiGLER,  TEiCLER,  pour  TOUSSER.  Nc  se  dit  quc  des  animaux  et 
s'applique  surtout  à  la  toux  du  cheval  ». 

Corblet,  Gloss.ctyiiiol.  du  patois  picard,  p.  570  :  «  Teguer.  Faire  des  efforts. 
—  Ne  pas  trouver  aisément  ce  qu'on  veut  dire.  —  S'arrêter  en  parlant, 
bégayer.  —  Balancer  sur  le  parti  qu'on  doit  prendre  ». 

Edmont,  Lexique  Saiut-Folois,  p.  525-6  :  «  TÉGUER  (noté  tége).  Laisser 
échapper  involontairement  une  sorte  de  gémissement,  en  maniant  des  choses 
lourdes,  en  se  baissant  pour  ramasser  quelque  chose,  en  faisant  des  efforts 
pour  pousser  une  selle  lorsqu'on  est  constipé,  etc.  —  Manifester  sa  mauvaise 
hume-jr  par  un  gémissement  de  regret,  d'impatience,  etc.  —  Par  extension, 
parler  avec  difficulté,  trouver  malaisément  ce  qu'on  veut  dire  ». 

Hécart,  Dict.  rouchi-frauçais,  p.  448  et  458  :  «  téguer,  téq,uer.  Onoma- 
topée qui  exprime  les  efforts  qu'on  fait  pour  pousser  une  selle  lorsqu'on  est 
constipé  [et  les]  efforts  qu'on  fait  en  se  baissant  pour  ramasser  quelque  chose, 
ce  qui  oblige  à  rendre  un  son  qui  sort  péniblement  de  la  poitrine.  —  Parler 
difficilement,  avec  hésitation.  —  Se  dit  aussi  des  animaux  qui  sont  essoufflés 
et  qui  respirent  d'une  manière  pénible». 

Vermesse,  Dict.  du  patois  de  la  Flandre  française  ou  u'alloiinc,  p.  479  : 
«  Téguer.  Laisser  échapper  de  l'air  du  gosier  par  de  petites  explosions  fré- 
quentes. —  Parler  difficilement,  avec  hésitation.  —  Se  dit  aussi  en  parlant 
des  animaux  dont  la  respiration  éprouve  de  l'embarras  ». 

Marteilliére,  Glossaire  du  Vendôinois,  p.  303  :  «  Teigler.  Tousser  fort  et 
souvent  ». 

Dottin,  Glossaire  du  patois  du  Bas-Maine,  p.  493  :  «  Teugasser  (noté 
tœgase),  tousser,  à  Château-Gontier.  —  Teuguer  (noté  tœge),  tousser,  à 
Montflours.  —  Teugoter  (noté  tœgote),  tousser  souvent.  —  TeuVer  (noté 
tœye),  tousser.  —  Teungukr  (noté  tàge),  tousser  ». 


298  MÉLANGES 

Qe  de  Montesson,  l'odibnl.  du  Wi/»/-.V/(7/;/(',  5'-c'dit.,p.  506  :  «  Teuili.f.u', 
tousser  avec   force  et  sans  cesse  » . 

Dottin  et  Langouct,  Glossaire  du  parler  de  Plechdlel,  p.  169  :  v<  TiiGUER 
(noté  tè^e),  tousser  à  plusieurs  reprises  ». 

C'est  à  La  Curne  de  Saintc-Palaye  que  revient  en  définitive 
le  mérite  d'avoir  rapproché  le  participe  présent  du  Roman  de  la 
Rose,  qu'il  traduit  justement  par  «  qui  respire  avec  difficulté  », 
du  verbe  «  teguer  en  Picard  ».  Il  semble  d'ailleurs  ne  l'avoir 
pas  pris  directement  dans  le  poème  de  Jean  de  Meun,  mais  dans 
le  Trésor  de  Pierre  Borel,  où  le  vers  14895  est  cité  de  la  même 
façon  inexacte  : 

Vers  lui  s'en  vint  lasse  et  iaygans  ^ 

Quelle  est  l'étymologie  de  léguer,  téquer?  L'idée  qu'a  eue 
Hécart  de  voir  là  une  onomatopée  n'est  pas  soutenable,  bien 
qu'elle  ait  souri  aux  auteurs  du  Dicl.  du  patois  normand  de 
l'Eure.  M.  Joret,  qui  a  signalé  dans  le  Bessin  téquier  et  la  forme 
fréquentative  tégler  (avec  /  mouillée),  voit  dans  notre  mot  un 
type  latin  *tussicare;  son  opinion  est  reproduite  par 
Jean  Fleury,  Essai  sur  le  patois  normand  de  la  Hague,  p.  304 
Qêguiei).  Il  est  certain  que  l'hésitation  du  normand  et  du  picard 
entre  la  désinence  -quer  et  la  désinence  -guer  parle  en  faveur 
du  suffixe  latin- i  car  e;  mais  tûssis  ne  convient  pas  au  thème. 
La  véritable  étymologie  me  semble  avoir  son  point  de  départ 
dans  le  latin  phthïsicus,  transcription  du  grec  sO-.aty.ôç  :  léguer 
ou  téquer,  c'est  proprement  «  haleter,  tousser  comme  un  phti- 
sique^  ».   De  phthisis  Apollinaris  Sidonius  a  tiré  le  participe 

1.  Le  Oe  de  Montesson  emprunte  teuiller  aux  notes  manuscrites  de  feu 
l'abbé  Esnault,  érudit  nianceau  décédé  en  1894  :  il  va  de  soi  que  ///  est  une 
notation  du  son  y. 

2.  La  bonne  leçon  est,  d'après  Méon  : 

Vint  s'en  a  moi  lasse  et  tagans. 

3.  L'idée  de  «  toux  »  et  celle  de  «  phtisie  »  se  tiennent  de  si  prés  qu'il  a  dû 
se  produire  facilement  des  contaminations  :  le  mot  latin  tussicus  est  imité 
de  phthisicus  et  les  deux  mots  peuvent  se  confondre.  Comparez,  par 
exemple,  ces  deux  passages  de  Chiron  et  de  Végèce  qui  dérivent  l'un  de 
l'autre  :  «  Ex  frigore  fiunt  opislotoni,  podagrici,  tiissici  »  {Muloiiiedicina 
Chtronis,  édit.  Oder,  p.  47).  —  «  Ex  perfrictione  fiunt  opisthotonici,  poda- 
grici,/'/;//;;.'>/V/  (P.  Vegetius  Renatus,  Muloiiiedia'iia,  édit.  Lommaizsch,  p. 61). 


FRANC.     DIALECTAL    TlUrUFR,   TI-.QUHR  299 

pluh  isiscens  ;  de  phthisicus  on  peut  avoir  fait  le  verbe 
*p  h  thisicare.  Nous  savons  que  le  peuple  ne  prononçait  pas 
le  pb  initial  dans  les  mots  de  ce  genre. 

Les  plus  anciens  manuscrits  de  VEpistiila  de  observatione 
ciboruiii,  adressée  par  le  médecin  Anthimus,  vers  520,  à  un  roi 
des  Francs,  écrivent  :  tisicus,  tisecus,  tissicus,  tyssecus\ 

Je  ne  vois  pas  que  *tésicare  puisse  donner  un  autre  résul- 
tat en  normanno-picard  médiéval  que  *iesqiuer  ou  tesguier,  ni 
en  français  que  *  tescbier  ou  tesgier^. 

Il  est  surprenant  que  la  forme  française  propre  tesgier,  qui  se 
fait  clairement  jour  dans  le  conditionnel  tesgereient  de  Y  Histoire  de 
Giiillaiiiiie  le  Maréchal ,  ait  disparu  des  patois  actuels.  Comment 
se  fait-il  que  dans  le  Loir-et  Cher,  dans  la  Mayenne,  dans  la 
Sarthe  et  dans  Tllle-et-Vilaine  nous  n'ayons  que  le  g  explosif 
ou  ses  succédanés  >  ? 

L'hypothèse  d'un  emprunt  au  patois  normand  n'est  pas  très 
vraisemblable.  Peut-être  faut-il  admettre  dans  l'ancienne 
langue  l'existence  d'un  substantif  *tesgiic  •<  phthisicus,  qui 
aurait  donné  naissance  dans  le  domaine  français  à  un  verbe 
tesguer,  distinct  de  /(^iO'/Vr  *phthisicare. 

L'ancien  provençal  possède  le  substantif  tesga,  qui  est 
employé  par  Daudè  de  Pradas  ^  pour  désigner  une  maladie  de 


1.  Hdit.  Valentin  Rose  (1877),  variantes,  p.  42  et  45. 

2.  I.'anc.  prov.  tesic  et  le  bas-latin  thesictis  (dans  Du  Cange),  qui  en  est  le 
décalque,  ne  prouvent  pas  que  phthisicus  se  soit  prononcé  *tesecus  en 
latin  vulgaire,  car  ils  sont  d'origine  savante;  mais  on  ne  peut  supposer  que 
phthisicus  a  été  populaire  sans  admettre  qu'il  a  été  prononcé  *tesecus  : 
cf.  tesaiia  pour  pthaiia  dans  des  manuscrits  d'Anthimus,  édit.  V.  Rose 
p.  28. 

3.  Teuyer,  dans  la  Mayenne  et  dans  la  Sarthe,  est  une  prononciation  relâ- 
chée de  teugiiier,  teuguer,  mais  n'a  pas  de  rapport  direct  avec  la  forme  fran- 
çaise normale  en  -gier,  -ger. 

4.  Aii-elscassadors,  vers  53i5etsuiv.  de  l'édition  Monaci  (5///(//  di  jilol. 
lom.,  V,  174-5)  : 

Tesga  es  tais  mais  que  fai    tal  guerra 
Quel  cap  el  fel  el  ventre  serra... 
Sil  tesga  es  per  aventura 
Kl  ventre... 


300  MÉLANGES 

l'oiseau  que  Raynouard  traduit  à  vue  de  nez  par  «  tac  '  »  : 
une  hypothèse  meilleure  consisterait  (bien  que  le  texte  même 
de  Daudè  de  Pradas  n'offre  pas  une  base  pathologique  suffisante) 
à  rattacher  iesga  au  latin  phthisica,  qui  a  été,  à  la  basse 
époque,  employé  comme  synonyme  de  phthisis. 

A.  Th. 

ANC.  NORMAND  ANOIL 

J'ai  déjà  eu  l'occasion  de  dire  que  le  latin  vulgaire  annucu- 
lus  «  âgé  d'un  an  »  était  représenté  sur  le  sol  de  la  Gaule  par 
le  gascon  anoulh,  fém.  anoulhe  «  jeune  bœuf,  jeune  vache  », 
qui  est  donné  et  défini  dans  le  Dict.  béarnais  de  Lespy  et  Ray- 
mond -.  Voici  que  je  crois  maintenant  en  découvrir  un  nouveau 
représentant  à  l'autre  extrémité  de  la  France,  en  Normandie. 
On  lit  dans  l'inventaire  d'un  ménage  fait  à  Saint-Pierre  d'Ar- 
thenay  (Manche)  le  17  juin  1333  : 

Un  greil  ;  une  lanterne  ;  deux  fauchilles  ;  un  quaeril  de  liet  ;  deuz  pouleinz  ; 
troiz  geniches  ;  un  anoil  ;  neuf  pieches  de  fil  de  bruisserons  '. 

Sauf  meilleur  avis,  je  suis  porté  à  expUquer  anoil  comme  fai- 
sant pendant  à  geniche  et  à  poulein,  c'est-à-dire  comme  ayant  le 
sens  de  «  taureau  ».  Le  patois  normand  actuel  n'a  pas  conservé 
le  mot;  mais  il  connaît  encore  anouillère  <  *annucularia 
«  vache  qui  n'a  pas  eu  de  veau  dans  l'année  ». 

A.  Th. 

BRETZEL 

Je  n'ose  dire  que  le  mot  bret:{el  soit  français,  mais  il  est  cer- 
tain qu'il  est  familier  à  tous  les  buveurs  de  bière  de  Paris  et 
des  ijrandes  villes  de  France.  Aussi  le  Nouveau  Larousse  illustré 


1.  Lexique  7-oman,  V,  355. 

2.  Essais  de  philol.  fnwç.  p.  258.  —Sur  le  dérivé  *an  nu  eu  la  ri  a,  voy. 
mes  Mêlaiif^es,  p.  122,  et  un  article  plus  récent  de  M.  Behrens  dans  les  Bati- 
steine  en  l'honneur  de  Mussafia,  p.  83-84. 

5.  L.  Delisle,  Actes  noniiands  de  la  Chambre  des  Comptes,  p.  60.  —  Le  der- 
nier article,  relatif  au  fil  de  bruisserotis,  a  été  cité  ici  par  A.  Delboulle  (Romania, 
XXXI,   366). 


BRETZEL  301 

a-t-il  bien  tait  de  le  recueillir.  Il  le  définit  ainsi  :  «  bretzel  ou 
BREZEL  (mot  allemand)  n.  f.  Pâtisserie  allemande  nouée  en 
forme  de  8,  dure,  saupoudrée  de  sel,  de  graine  de  cumin,  et 
que  l'on  sert  avec  la  bière  dans  les  brasseries  ».  Ce  n'est  pas 
tout  à  fiiit  un  8,  mais  passons'. 

M.  Klugc,  dans  son  £"/v/m)/.  Wœrlcrb.  dcr  deutscbcii  Spr.,  ap\:ès 
avoir  énuméré  les  principales  formes  qu'affecte  ce  mot  soit  dans 
les  anciens  textes  (anc.  haut-allem.  bn\itella,  etc.)  'soit  dans 
les  dialectes  allemands  actuels,  hésite  entre  deux  étymologies,  le 
lat.  brachium,  d'une  part,  l'anglo-saxon  byrgan  «  manger  », 
de  l'autre.  Ce  qui  semblerait  défavorable  à  brachium,  dit-il, 
c'est  l'absence  déformes  romanes  correspondantes;  et  pourtant 
il  remarque  que  l'italien  a  bracciatcUo  -.  La  présente  note  a  pour 
but  d'attirer  l'attention  sur  des  formes  de  la  Gaule  qui 
ont  échappé  à  M.  Kluge  et  qui  me  paraissent  établir  l'origine 
romane  du  mot  allemand. 

L'anc.  prov.  a  hrassadel  \  traduit  par  colobia  {=  lat. 
colyphia,  grec  y.wA'Jî/'.a)  dans  le  Floretiis,  et  Mistral  enregistre 
hrassadêii,  etc.  «  échaudé  aux  œufs,  pâtisserie  en  forme  de 
ganse  »,  en  invoquant  avec  raison  le  latin  du  moyen  âge 
brassadellus,  qu'on  peut  voir  dans  Du  Cange,  appuyé  sur  un 
texte  limousin  (coutumes  de  l'abbaye  de  Solignac),  où,  à  côté 
de  la  forme  latine,  se  trouve  la  forme  vulgaire  brastaden  (lire 
brassadciî).  A  brassadellus  il  faut  joindre  trois  autres  articles 
de  Du  Cange  sur  lesquels  je  n'insiste  pas  :  bracellus  2,brachio- 
LUM  I  etBRACiATUS.  Unefomie  romane  plus  ancienne  que  toutes 
celles  qui  sont  dans  Du  Cange  se  trouve  dans  le  glossaire  compilé 
en  969  par  Ainard  pour  les  élèves  de  l'école  de  Toul.  On  lit  en 
effet  dansles  extraits  de  ce  glossaire  qui  ont  été  publiés  par  M.  Gœtz 
dans  le  Corpus  glossar.  latin.,  Y,  618,  18  :  «  Colliride  bracidelli  ». 
Godefroy  a  recueilli  dans  un  texte  du  xvi'^  siècle  la  forme 
bresseaii,(\\.\\\à,  à  tort  ou  à  raison,  rapprochée  du  mot  bricelet 


1 .  Voir  les  deux  dessins  qui  sont  dans  Gay,  Gloss.  archéol.,  sous  craouelin. 

2.  On  trouve  aussi  bracciello,  qu'Antoine  Oudin  traduit  par  «  craquelin  », 
et,  à  Bologne,  on  a  la  forme  fém.  bra^idela,  déjà  employée  dans  les  statuts 
de  1250-1267  (Du  Cange,  édit.  Favre,  art.  braçadella). 

3.  Manque  dans  Raynouard,  bien  que  Carpentier  Fait  recueilli  et  inséré  dans 
Du  Cange  (sous  Brassadellus);  mais  il  n'a  pas  échappé  à  M.  Emile  Levy, 
proi:  Suppl.-JV.,  I,   162. 


302  MÉLANGES 

«  usité  dans  la  Suisse  romande  pour  désigner  une  sorte  de 
petit  gâteau  ».  En  outre,  il  a  relevé  dans  un  texte  poitevin  du 
xV^  siècle  le  mot  hraieau,  qu'il  ne  s'est  pas  hasardé  à  traduire, 
mais  qui,  se  trouvant  associé  à  oublie,  ne  peut  être  qu'un 
gâteau  :  il  faut  probablement  corriger  braieau  en  hraceau. 

En  résumé,  l'italien  et  le  provençal  sont  d'accord  pour  établir 
l'existence  en  latin  vulgaire  d'un  type  *brachiatellus,  a  : 
ce  type,  au  masculin,  aurait  donné  en  anc.  franc.  *braceel,  d'où 
les  formes  plus  récentes  braceauÇ?)  et  bresseau.  Le  bracidelliis 
du  glossaire  d'Ainard  ne  remonte  pas  à  *brachiatellus,  mais 
à  *brachitellus,  diminutif  de  *brachîtus,  a  :  l'anc.  haut- 
allemand  brCyita  représente  clairement  *brachîta  (avec  c 
métaphonique  pour  a,  sous  l'influence  de  1'/  suivant),  comme 
brczjtella  représen  te   *  b  r  a  c  h  ï  t  e  1 1  a . 

Il  faut  noter  cette  extension  du  suffixe  latin  -îtus,  si  peu 
répandu  en  Gaule.  Il  semble  que  *brachitus  ait  été  fait  par 
analogie  d'après  auritus,  crinîtus,  etc.,  et  signifie  «  qui  a  la 
forme  du  bras  ».  Toutefois  on  peut  penser  aussi  à  la  valeur 
diminutive  du  suffixe  dans  *  cap  rit  us,  dérivé  de  capra,  d"où 
l'ital.  caprito,  le  prov.  cabrit  «  chevreau  »,  etc.  Pour  la  forme  dimi- 
nutive redoublée,  comparez  le  prov.  cabridcl\  qui  représente 
*capritellus  ;  quanta  l'emploi  de  noms  de  parties  du  corps 
sous  forme  diminutive  pour  désigner  des  pâtisseries,  il  y  en  a 
d'autres  exemples,  notamment  le  prov.  aurelJjeta^  et  le  franc. 

vitelot  '' . 

A.  Th. 


1.  Bien  que  le  mot  ne  soit  ni  dans  Ravnouard  ni  dans  Lcvy,  son  existence 
est  certaine  en  ancien  provençal  puisque  le  vicomte  d'Aubusson  Ramnolf  II 
(fin  du  xe  siècle)  reçut  le  surnom  de  Cahridd  (Père  Anselme,  V,  320). 

2.  Sorte  de  crêpe;  cf.  Levy,  Frov.  SuppL-W.,  aurelheta,  et  Mistral, 
Trésor,  auriheto. 

3.  Le  mot  n'est  ni  dans  l'Académie  ni  dans  le  Did.  gênerai  (par  pudeur)  : 
Littré  le  donne  et  remarque  justement  que  c'est  «  une  pâtisserie  longue  et 
menue,  ainsi  dite  par  une  assimilation  obscène  »  ;  mais  comme  il  a  reculé 
devant  l'insertion  du  simple  î'//,  il  faut  pour  le  comprendre  en  savoir  plus 
qu'il  n'en  dit. 


ANC.    FRANC.    MACHET  303 

FRANC.  DIALECTAL  GUITEAU 

Dans  le  Dirlioiiiunrc  des pcchcs  de  Baudrillart,  public  en  1837, 
on  trouve  enregistré,  à  son  ordre  alphabétique,  le  mot  guifeaii 
comme  «  l'un  des  noms  du  tacaud  ».  Le  mot  de  tacaud 
s'applique,  sur  nos  côtes  de  l'Atlantique,  à  différentes  variétés 
de  gades,  Gadusharbatiis,hiscus,  inimitiis^  M.  Rolland,  dans  sa 
FaiDic populaire,  n'a  pas  recueilli  ce  nom  degnileaii,  qui  manque 
aussi  à  la  plupart  de  nos  dictionnaires.  Si  l'on  se  rappelle  que 
le  gade  le  plus  connu,  à  savoir  le  merlan  (Gadiis  iiierJangus), 
s'appelle  en  anglais  whitiiig,  en  néerlandais  zvitiiig,  noms  déri- 
vés de  u'hite,  ivit  «  blanc  »  ^,  et  qu'une  variété  de  pont,  mot 
anglais  que  les  dictionnaires  traduisent  précisément  par 
«  tacaud  »,  porte  le  nom  de  lubiliHg-poiit,  on  pensera  avec 
nous  que  gniteau  se  rattache  sinon  directement  à  l'anglais 
luhiling  ou  au  néerlandais  wUing,  du  moins  au  thème  de  ces 
deux  mots  sous  la  forme  qu'il  présente  dans  le  bas-allemand  : 
norois  hvitr,  anglo-saxon  hvît,  etc. 

A.  Th. 

ANC.  FRANC.  MACHET 

Godefroy  a  relevé  deux  exemples  du  subst.  niachet  qu'il  tra- 
duit par  «  sorte  de  petit  oiseau  »  :  l'un  est  dans  Cligès  6^^2; 
l'autre  dans  les  Déduis  de  la  chace  de  Gace  de  la  Bigne.  Je  n'en 
connais  pas  d'autre.  M.  W.  Fœrster,  dans  son  édition  de  Cligès, 
a  une  longue  note  sur  le  mot  nmchet  :  il  incline  à  voir  dans  cet 
oiseau  une  sorte  de  chouette,  ce  qui  est  peu  vraisemblable.  Le 
niachel  est  rapproché  de  l'alouette  dans  les  deux  passages  où  il 
est  mentionné  et  ce  ne  peut  être  qu'un  petit  oiseau.  Or  le 
Pratincola  rubetra,  dit  communément  en  français  tarier  ou 
traquet,  est  appelé  à  Brescia  et  à  Bergame  maht,  tandis  que 
le  Pratincola  rubicola,  variété  plus  petite,  porte  le  nom  ana- 
logue, à  forme  diminutive,  de  mahti  K  Le  machet  des  textes 
français  du  moyen  âge  ne  serait-il   pas  le  traquet  ? 

A.  Th. 


1.  Voy.  Rolland,  Fini  ne  pop.,  III,  113  ;  cf.  Litirc,  Siipplcnient,  t.^caud. 

2.  Cf.  hreion  giveiiiieJc  «  merlan»,  de  g-weiin  «  blanc  ». 

3.  Bonelli,    Noini  degli   uccelti  nei  dialetti   tomhardi,   dans    Slitdj  di  filot. 
romania,  IX,  40. 


304  MELANGES 


ANC.  FRANC.  OISDIF 


A  côté  de  oisos  (aujourd'hui  encore  bien  vivant  sous  la  forme 
oiseux),  qui  correspond  exactement  au  latin  otiosus,  l'ancien 
français  emploie  dans  le  même  sens  le  mot  oisdif',  dont  l'ét}'- 
mologie  n'est  pas  claire,  et  qui  semble  avoir  disparu  de  l'usage 
au  commencement  du  xiv^  siècle,  en  laissant  comme  témoi- 
gnage durable  de  son  existence  notre  adjectif  actuel  oisif,  sorti 
d'un  croisement  entre  oisos  et  oisciif-. 

Le  Dictionnaire  général  suppose  que  oisdif  correspond  à  un 
type  *otiotivus;  il  n'y  arien  à  objecter  à  cela  du  côté  de  la 
phonétique,  mais  comment  expliquer  la  formation  de  ce  type 
insolite  *otiotivus?  J'avoue  que  je  m'en  sens  incapable  et 
que  je  regrette  d'avoir  admis  à  la  légère  une  hypothèse  qui  n'a 
pour  elle  que  la  caution  d'une  phonétique  purement  matérielle. 

Je  viens  proposer  aujourd'hui  un  type  légèrement  différent^ 
à  savoir  *otietivu  s,  dont  je  vais  m'efforcer  d'expliquer  la 
genèse. 


1.  Le  fém.  oisdive  est  souvent  employé  substantivement,  et  il  a  donné 
naissance  au  verbe  oisiliver  «  vivre  dans  l'oisiveté  ». 

2.  C'est  du  moins  ainsi  que  je  me  représente  la  naissance  de  l'adj.  oisif 
qui  figure  déjà  dans  le  Roiiiau  de  Troie,  v.  14855  de  l'édit.  Constans.  M.  Cohn 
ne  parle  pas  deo/^i/dans  son  livre  intitulé  :  Die  Siiffîxi'aiidltDigeii,  etc.  (1891). 
M.  Meyer-Lûbke  se  borne  à  dire  que  oisif  esi  sorti  de  oisos  par  changement 
de  suffixe  {Grainm.,  II,  §  497).  M.  Tobler  pense  que  le  changement  de 
suffixe  a  dû  se  produire  dans  la  région  où  -i  vu  s  et -os  us  aboutissaient  à 
une  même  forme  française  -eus  (Etyniologisclks,  p.  g,  extr.  des  SUiuiigsb. 
de  l'Académie  de  Berlin,  27  octobre  1904;  cf.  Romania,  XXXIV,  132). 
Diez,  Scheler  et  Brachet  partent  d'un  représentant  hypothétique  deotium, 
qui  serait  régulièrement  0/5  ou  oise,  selon  que  l'on  prendrait  pour  base 
otiumou  otia  :  on  peut  admettre  que  le  français  prélittéraire  a  possédé 
*ois,  puisque  le  provençal  archaïque  ào~  (Sancla  Fides,  59),  mais  l'étude  des 
textes  montre  qu'il  y  a  solution  de  continuité  entre  cet  ois  hypothétique  et 
oisif.  On  ne  peut  accepter  le  type  *otiivus  (Kôrting,  6759),  qui  n'est  pas 
conforme  à  la  dérivation  latine  (remarquons  en  passant  que  Littré  se  figure 
à  tort  que  *otiivus  aurait  pu  donner  oiuiif).  Enfin  mentionnons  l'hypothèse 
de  G.  Paris,  qui  admet  l'existence  en  anc.  franc,  de  viiisif  <  vocivus, 
auquel  il  impute  d'avoir  contribué,  conjointement  avec  oisos,  à  la  transfor- 
mation de  oisdif  en  oisif  (Koniania,  XXVII,  162,  note  2). 


ANC.    FRANC.     OISDII-  30$ 

Les  notes  Tironiennes  nous  ont  conservé  un  mot  singulier  : 
odietas",  dans  lequel  on  ne  peut  guère  voir  autre  chose  qu'un 
renforcement  deodium-.  C'est  un  cas  déformation  impropre, 
les  mots  en  -tas  devant  toujours  avoir  à  leur  base  un  adjectif 
et  non  un  substantif.  L'emploi  de  neutres  substantivés  comme 
dubium,  ni  niium,  propri  u  m  ,  etc.  dans  un  sens  analogue 
à  celui  de  d  u  b  i  e  t  a  s ,  n  i  m  i  e  t  a  s  ,  p  r  o  p  r  i  e  t  a  s  est  sans  doute 
le  point  de  départ  de  cette  création.  Il  est  permis  de  supposer 
dans  les  mêmes  conditions  la  naissance  d'un  substantif  *otie- 
tas  à  côté  de  otium.  Or  les  substantifs  en  -tas  forment  par- 
fois des  adjectifs  où  les  suffixes  -arius,  -ivus,  -osus, 
au  lieu  de  s'ajouter  au  /  des  cas  obliques,  se  soudent  directe- 
ment au  thème  du  nominatif;  exemples  :  aestas,  aestivus  ; 
amaritas,  amaritosus;  *cupidietas,  *cupidietosus 
(prov.  cobciios,  franc,  convoi Icux)  ;  egestas,  egest(u)osus; 
pietas,  pietosus;  plenitas,  *plenitivus  (anc.  franc. 
p}e)itif,  à  côté  de  plenteïf,  <C  *plenitativus);  proprietas, 
proprietar ius;  solitas,  solitarius,  *solitivus  (anc. 
(ranç.  soltif  a  solitaire  »);  tempe st as,  tempestivus,  tem- 
pest  uotus;  volu  ntas,  volun  tarius;  voluptas,  volup- 
t arius,  voluptuosus.  Donc,  de  *oti  etas  le  latin  vulgaire 
aurait  pu  tirer  un  adjectif  *otietivus  auquel  l'ancien  français 
t»/5</// devrait  son  existence'. 

A.  Th. 


1.  Schniitz,  Coniiiieiitarii  nolarntu  Tiion.,  tabula  46,  88*. 

2.  Forcellini  propose  de  corriger  odietas  en  od  iatus;  mais  la  note  Tiro- 
nienne  étant  en  harmonie  avec  la  forme  transcrite  par  le  scribe  en  toutes 
lettres,  cette  correction  n'est  guère  vraisemblable. 

3.  M.  Tobler  pense  que  oisdif  est  sorti  de  oisif  sous  l'influence  des 
familles  de  mots  où  le  thème  hésitait  ou  avait  l'air  d'hésiter  entre  -ois-  et 
-oisd-,  spécialement  :  boisier,  hoisie,  hoisdie,  boisdif,  d'une  part  veisié,  veisos, 
veisdie,  vetsdos  de  l'autre.  Peut-être  veisdos  représente-t-il  *vitietosus 
sorti  d'un  hypothétique  *vitietas,  formé  comme  odietas  et  *otietas  : 
la  coexistence  de  veisos  et  veisdos  serait  alors  le  pendant  de  celle  de  pieux  et 
piteux. 


RomuHiu   XKKl 


306  M  ÉLAN  G  KS 


ANC.  FRAXÇ.    KOJUEL 


Tout  adjectif  latin  en  -ius  -eus  peut  avoir  un  diminutif  en 
-iolus,  -eolus;  l'étude  des  textes  seuls  permet  de  déterminer 
quels  sont  ceux  de  ces  diminutifs  qui  ont  été  réellement  en 
usage  et  dans  quelle  mesure  ils  l'ont  été. 

Nous  n'avons  pas  de  témoignage  direct  de  l'existence  en  latiii 
vulgaire  de  *ru  biolus,  diminutif  normal  de  rubeus  «  rouge  »  ; 
ne  peut-on  pas  suppléer  au  silence  des  textes  antiques  par  le 
témoignage  des  Lingues  romanes?  Contrairement  à  l'opinion 
acceptée  jusqu'ici,  \e  DictioiinairL'  général  considère  le  substantif 
français  rougeole  non  comme  un  dérivé  de  rouge,  mais  comme  le 
représentant  du  latin  vulgaire  *rubiola'  ;  j'ai  avancé,  d'autre 
part,  que  le  terme  dialectal  rouvieii,  qui  désigne  différentes 
maladies  de  l'homme  et  des  animaux,  correspondait  au  mas- 
culin *rubiolus^. 

On  peut  invoquer  à  l'appui  de  ma  manière  de  voir  le  fait  que 
l'italien  dialectal  connaît  roggiola  comme  nom  de  la  maladie 
éruptive,  et  que  le  provençal  moderne  aplique  roujolo  non  seu- 
lement à  cette  maladie,  mais  à  une  plante'  et  à  un  poisson,  et 
roujôuÀ  un  poisson^.  Ce  qui  est  fait  pour  surprendre,  c'est  que 
les  textes  français  du  moyen  âge  ne  nous  aient  pas  encore  livré 
d'exemple  antérieur  au  xv"  siècle  soit  de  la  forme  masculine, 
soit  de  la  forme  féminine».  Voici  un  témoignage  beaucoup  plus 
ancien,  qui  n'a  pas  été  remarqué  jusqu'ici  et  qui  mérite  d'être 
pris  en  considération,  sur  l'existence  en  français  de  la  forme 
masculine  correspondant  à  notre  féminin  rougeole. 


1.  M.  Meyer-Lûbke  place  ioii<^eole  parmi  les  mots  où  -oie  a  été  adapté  à 
un  radical  français  (Grautiii.,  II,  ^  452),  et  il  croit  qu'il  a  été  modelé  sur 
vérole  (ibid.,  §   360). 

2.  Mélanges  d'étym.  fiiiiiç.,  p.  134  et  179;  cf.  Roniaiiiii,  XXXIV,  110,  n.  4. 

3.  Le  Mi'laiiipvntm  arvense,  qui  porte  aussi  le  nom  de  rougeole  en  français  : 
cf.  Romai!ia,X\XlV,  615,   note  5. 

4.  Voy.  le  Trésor  de  Mistral,  roujolo  et  roujau. 

5.  fin  provençal,  roiols  figure  dans  les  rimes  en  ois  «  larg  «  données  par  le 
Donut  et  y  est  traduit  par  «  genus  piscis  »  (Stengel,  Die  beide  xU.  prov. 

Graviiii.,   p.  54). 


ANC.    l-KAXÇ.    KOJUEL  307 

Une  des  branches  les  plus  connues  du  Roman  de  Rcnart  la 
branche  IX  de  l'édition  Martin,  mentionne  souvent  un  bœuf  du 
vilain  Liétard  qui,  par  l'imprudence  de  son  maître,  fiiillit  deve- 
nir la  proie  de  Brun  l'ours.  M.  L.  Sudre,  analysant  cet  épisode, 
appelle  le  bœuf  Rogcl,  adoptant  ainsi  la  seule  forme  que  l'édi- 
teur ait  recueillie  pour  la  faire  fii^urer  dans  sa  Table  alphabé- 
tique des  noms  propres.  Mais  si  la  forme  Roo;cl  est  la  plus  fré- 
quente dans  la  branche  IX,  elle  n'y  est  pas  constante  :  on  y 
trouve  aussi  au  cas  sujet  Rogeus  (y.  41  et  188),  au  cas  régime 
Rogol  (y.  204,  240,  862)  et  Roguel  (v.  63  i).  Pour  choisir  entre 
ces  différentes  formes  celle  qui  appartient  à  l'auteur  du  poème 
(un  prêtre  de  La  Croix-en-Brie,  comme  nous  l'apprend  le  pro- 
logue), il  faut  consulter  les  rimes.  Le  nom  du  bœut  n'y  figure 
que  deux  fois,  dans  les  passages  suivants  : 

Mais  sor  toz  en  i  ot  un  buen 

Qui  estoit  apelés  Rogeus  '  ; 

Mais  tant  l'avoit  par  les  fors  leiis 

A  son  fiens  trere  démené 

E  totes  les  saisons  pené 

Que  lentement  aloit  le  pas  (v.  40-4),  t.  I,  p.  280). 

Tôt  c'a  ge  fet,  amis  Rogel, 

Certes  si  en  ai  molt  grant  ihiel  (v.  383-4). 

Ces  deux  derniers  vers  ne  sont  pas  dans  tous  les  manuscrits 
et  l'éditeur  les  considère  comme  interpolés.  Il  se  peut,  mais 
l'interpolateur  (si  interpolateur  y  a)  était  d'accord  avec  l'au- 
teur sur  la  v:aie  forme  du  nom  du  bœuf  de  Liétard,  celle  qui 
est  attestée  par  la  rime  Rogeus  :  leiis  des  vers  41-42.  Ce  nom 
avait  pour  désinence  non  le  suffixe  -el  <  lat.  -ellum,  mais 
le  suffixe  -uel  <C  lat.  -iolum  :  au  cas  sujet  l'auteur  employait 
vraisemblablement  la  forme  Rogieiis,  qui  est  dans  deux  manu- 
scrits et  qui  rime  fort  bien  avec  liens,  cas  sujet  de  lieu.  Si  donc 
nous  voulions  moderniser  le  récit  du  vieux  conteur,  il  convien- 
drait d'appeler  Rougeol  (cf.  rossignol)  le  bœuf  de  Liétard,  à 
moins  qu'on  n'aime  mieux  l'appeler  Rougeul  (cf.  filleul^. 

A.  Th. 


I.   Variantes  (indiquées  au  t.  III,  p.   285)  :  Koigox,  Roigiifu{,  Rogiens. 


308  MÉLANGES 

ANC.  FRANC.   TENOIL 

On  chercherait  en  vain  le  mot  tenoil  dans  le  Dictionnaire  de 
Godetroy.  Il  figure  partout  dans  la  branche  IX  du  Roman  de 
Reuart,  vers  105 1  de  Tédition  Martin;  mais  comme  pour  ce 
passage  Méon  avait  la  leçon  sans  autorité  estoial,  Godefroy  a 
enregistré  esioial  (art.  estuials)  et  ne  s'est  pas  soucié  de 
consulter  l'édition  Martin.  Voici  le  passage  : 

Le  teiioil  ou  les  piecez  sont 
En  une  huce  le  repont. 

Il  s'agit  manifestement  du  vaisseau  que  l'auteur  appelle  un 
lardier  aux  v.  709  et  934,  et  que  nous  appelons  aujourdhui 
communément  un  «  saloir  »,  c'est-à-dire  un  vaisseau  de  bois 
ou  de  grès  où  l'on  met  les  viandes  à  saler. 

L'anc.  franc,  ienoil  est  encore  très  vivant  en  Berry  (Jaubert) 
et  dans  le  Blaisois  (Thibault)  sous  la  forme  régulièrement  trans- 
formée de  tenon,  mais  il  ne  sert  plus  à  désigner  que  la  cuve  à 
lessive  :  cf.  pour  la  forme  le  berrichon  artou  «  orteil  »,  anc. 
franc.  arteiJ,  arioil,  du  lat.  artïculus. 

Il  est  bien  tentant  de  rattacher  Ienoil  au  lat.  tina,  d'autant 
plus  tentant  que  le  normand  tinette  désigne  «  un  grand  pot  en 
grès  dans  lequel  on  conserve  le  lard  salé  »  (Moisy).  Mais  tina 
a  un  Hong,  et  le  dérivé  *tînïculus  devrait  aboutir  à  tineil, 
linoil  :  je  signale  la  difficulté  sans  prétendre  la  résoudre,  car  il 
ne  me  paraît  pas  légitime  de  postuler  un  lat.  vulgaire  *tïna'. 

A.  Th. 


I.  Godcfrov  a  un  exemple  picard  de  toiinoile,  subst.  féminin,  qui  a  le 
même  sens  que  tenoil,  mais  qui  semble  se  rattacher  à  tunna  «  tonne  »  et 
non  à  tina. 


COMPTES   RENDUS 


Aliscans,  kritischer  Text,  von  E.  Wienbeck,  W.  Hartnacke,  P.  Rasch. 
Halle,  Xicmeyer,  1903.  In-80,  XLvn-544  pages. 

Cette  tentative  à  l'effet  d'établir  un  texte  critique  de  la  chanson  d'Aliscans 
est  due  à  trois  élèves  de  M.  H.  Suchier  :  chacun  d'eux  a  fourni  environ  un 
tiers  du  travail.  Les  éditeurs  donnent  les  variantes  de  douze  mss.,  disent-ils, 
en  se  basant,  pour  une  bonne  partie,  sur  les  variantes  offertes  par  l'édition 
Rolin.  Ils  ont  eu  aussi  entre  les  mains  des  copies  de  certains  mss.  Ils  semblent 
avoir  copié  eux-mêmes  le  ms.  fr.  1449  '^'^  ^'^  Bibliothèque  Nationale.  La  nou- 
velle édition  offre  aussi  des  variantes,  nouvellement  recueillies,  du  ms.  tr. 
1448.  de  la  Bibl.  Nat.,  à  partir  du  vers  2894. 

Les  éditeurs  n'admettent  pas  le  petit  vers  dans  leur  texte,  le  considérant 
comme  une  altération.  Ils  ont  eu  la  regrettable  idée  d'adopter  pour  le  lîis. 
de  Boulogne  la  lettre  m  plutôt  que  J  (désignation  adoptée  par  Guessard). 
Pour  ce  qui  est  de  la  numérotation  des  vers,  ils  ont  eu  raison  de  conserver 
celle  de  Guessard  et  Moutaiglon,  en  attendant  mieux.  Car,  comme  on  le 
verra  par  la  suite,  nous  sommes  tellement  éloignés  de  posséder  avec  exacti- 
tude les  leçons  des  mss.  que  ce  ne  serait  pas  la  peine  d'établir  une  nouvelle 
numérotation  pour  une  édition  qui  ne  saurait  être  définitive. 

Avant  d'aborder  la  question  de  la  valeur  des  variantes,  passons  rapidement 
en  revue  quelques  points  de  l'introduction.  M.  Suchier  annonce  (p.  m)  que 
ses  élèves  publieront  plus  tard,  entre  autres  choses,  une  table  des  noms  propres 
et  un  travail  qui  montrera  que  le  petit  vers  de  la  chanson  n'est  pas  «  primitif». 
Les  éditeurs  se  plaisent  à  considérer  cette  question  du  petit  vers  comme 
résolue.  M.  Wienbeck  dit  qu'il  est  arrivé  au  même  résultat  que  Nordfelt, 
Riese  et  Schultz-Gora,  c'est-à-dire  que  le  petit  vers  est  dû  à  un  rema- 
nieur (p.  xvi).  M.  Hartnacke  aussi  s'élève  contre  l'opinion  de  Jonckbloet, 
Guessard,  G.  Paris,  Gautier,  Ph.  A.  Becker  et  d'autres  ',  qui  ont  vu  dans  le 


I.  Voir,  pour  des  opinions  récentes  :  E.  Stengel,  Kritischer  Jahresbericht 
der  Romaiiischen  Philologie,  vol.  VI  (II,  p.  65),  1905-05  ;  J.  Runeberg,  Etudes 
sur  lu  geste  Raivoitart.  Helsingfors,  1905,  pp.  21  ss.  Ces  messieurs  ne  croient 
pas  que  le  petit  vers  soit  dû  aux  remanieurs. 


310  COMPTES    RENDUS 

petit  vers  une  indication  de  haute  antiquité,  car  il  dit  :  «  Si  le  vers  orphelin 
n'est  pas  originel,  ce  qui  reste  dorénavant  établi...  »  (p.  xix).  M.Rasch  est  du 
même  avis,  comme  on  peut  le  voir  en  lisant  sa  thèse  sous  sa  forme  pre- 
mière '.  Il  est  à  croire  que  le  travail  promis,  où  Ton  cherchera  à  démontrer 
que  le  vers  orphelin  d^Aliscans  n'est  pas  primitif  ne  paraîtra  jamais.  Le  sort 
s'est  joué  cruellement  des  trois  éditeurs  en  révélant,  au  mois  de  juin  1905, 
la  Chanson  de  Guilhuiitte,  où  l'on  voit  que  le  petit  vers  est  le  débris  d'un  refrain 
qu'on  peut  appeler  en  toute  raison  primitif. 

Selon  M.  W.,  la  théorie  de  M.  Rolin,  qui  pense  que  l'original  de  notre 
poème  était  en  assonances,  ne  manque  pas  de  probabilité.  C'est  déjà  une 
concession.  M.  R.  croit  que  la  Chanson  d'AUscans  est  le  travail  d'un  seul 
poète,  dont  il  loue  le  génie  hors  ligne  !  Ce  langage  étonne  à  l'heure  présente, 
et  trahit  une  vue  erronée  sur  l'origine  des  chansons  de  geste  populaires  -. 
Plusieurs  des  critiques  qu'on  adresse  à  M.  Rolin  paraissent  mal  fondées,  si  on 
tient  compte  de  la  Chanson  de  Guillaume.  Ajoutons  que  M.  R.,  en  critiquant 
M.  Rolin  pour  avoir  dit  que  le  poème  fait  ressusciter  Baudus  (pp.  xlvi,  xl) 
ne  semble  même  pas  comprendre  la  portée  de  la  remarque  de  M.  Rolin,  qui 
connaît  parfaitement  le  passage  cité,  à  savoir  les  vers  3106  et  suiv. 

Constatons  avec  plaisir  que  M.  H.  reconnaît  la  grande  valeur  du  ms.  d 
(B.  N.  fr.  2494),  trop  méconnu  jusqu'ici  (voir  p.  xxi). 

Les  procédés  des  trois  collaborateurs  n'ont  évidemment  pas  été  identiques  ; 
aussi  le  travail  manque-t-il  un  peu  d'unité.  La  divergence  se  montre  surtout 
dans  la  préface.  «  L'arbre  des  mss.  »  de  M.  W.,  car  à  tout  poème  publié  en 
Allemagne  il  faut  un  «  arbre  »,  ne  concorde  pas  entièrement  avec  celui  de 
M.  H.,  ce  qui,  atout  prendre,  n'est  qu'une  indication  de  la  bonne  foi  et  de 
la  sincérité  des  deux  éditeurs.  M.  W.  se  rend  compte  mieux  que  ses  deux 
collaborateurs  que  beaucoup  des  leçons  données  en  variante  sont  douteuses  : 
on  n'a  qu'à  regarder  le  bas  des  pages  du  texte  qu'il  a  constitué,  où  l'on  trouve 
à  chaque  instant  des  points  d'interrogation  5.  Ces  honnêtes  points  d'interro- 
gation deviennent  rares  à  partir  du  v.  2894,  où  commence  le  travail  de  M. 
H.  M.  H.,  lui,  affectionne  les  points  d'exclamation,  qu'il  prodigue  à  la  suite 
des  variantes,  procédé  assurément  de  mauvais  goût.  Voici  maintenant  une 
série  de  remarques  de  détail. 


1.  Aliscans  III,  Halle,  1902,  pp.  27-36. 

2.  Voir  à  la  p.  xxxvii.  M.  R.  parle  encore  plus  clairement  dans  la  première 
forme  de  sa  thèse  :  il  y  appelle  le  poème  :  «  Ein  inhaltlich  und  sprachlich  in 
sich  geschlossenes  Ganze,  das  wirdurchaus  berechtigt  sind,  zusammen  mit); 
dem  ùbrigen  Epos  als  das  Werk  eines  Dichters  aufzufassen  »  (p.  22,  Cf.  Ph. 
A.  Becker,  Die  Alifraniosische  IVilhehnsage,  1896,  p.  48,  où  l'on  trouvera 
exprimée  la  même  opinion. 

3.  A  la  p.  20  de  sa  thèse  sous  sa  première  forme  (Halle,  1901),  M.  W.  dit 
qu'on  ne  pourra  établir  un  texte  vraiment  critique  ni  une  filiation  satisfai- 
sante des  mss.  qu'après  une  nouvelle  et  exacte  collation  de  tous  les  mss.  Il  ne 
croyait  peut-être  pas  si  bien  dire. 


Ali  sentis  311 

V.  VIII  de  rintroducticn,  au  premier  paragraphe,  il  faut  lire  apparemnien 
1776  et  1777  au  lieu  de  1775  et  1776.  —  P.  17,  M.  W.  a  raison  de  dire 
que  le  nom  éCAerofle  avait,  à  l'origine,  quatre  syllabes. —  A  cette  même  page, 
à  la  troisième  ligne  d'en  bas,  changer  17  en  xvii.  —  P.  30,  au  sujet  des 
vv.  447,  448  :  Droit  vers  Orem^e  ont  leur  voie  aqueiUie,  Quant  devers  cJestre 
leur  sort  la  gens  haie,  l'éditeur  dit  qu'il  préfère  destre  à  senesire,  parce  qu'il  ne 
serait  possible  qu'à  un  ennemi  venant  de  l'est  d'empêcher  sérieusement  la 
fuite  vers  Orange.  Il  est  clair,  d'après  ce  commentaire,  que  M.  W.  place  la 
scène  de  la  bataille  sur  la  rive  gauche  du  Rhône,  sans  doute  près  d'Arles  '. 
Outre  qu'il  est  impossible  de  décider  ainsi  la  question,  l'emploi  des  deux 
mots  étant  devenu  un  simple  lieu  commun,  ajoutons  que  la  comparaison  des 
mss.  favorise  certainement  la  leçon  :  a  senesire.  —  Au  v.  452»,  l'éditeur 
imprime  :  Dame  Guihorc,  dons  cuer  et  douce  amie,  plutôt  que  D.  G.,  douce 
suer,  douce  amie,  et  explique  son  choix  en  disant  que  le  mot  suer  appliqué  à 
Guiborc  ne  donne  aucun  sens. satisfaisant.  La  bonne  leçon,  à  n'en  pas  douter, 
est  suer,  mot  qui  n'indique,  dans  uii  grand  nombre  de  passages,  rien  de 
plus  qu'un  terme  d'affection  ou  de  politesse  ;  cf.  lesvv.  1936  de  notre  poème,  et 
1014,  1331,  1356,  etc.,  de  la  Chanson  de  Guillaume;  cf.  aussi  le  v.  2931, 
variantes.  L'ordre  préférable  des  trois  vv.  695,  695a,  696,  se  trouve  dans  les 
w.  correspondant  de  la  Chanson  de  Guillaume  :  1987,  1988,  1989.  —  Au 
v.  759,  vostre  est  préférable  à  nosire.  —  La  leçon  pers  du  v.  775  n'est  pas  la 
bonne  comme  on  verra  plus  loin  par  les  variantes  que  nous  donnons. 
Ajoutons  que  le  mot  Aliscans  est  mal  cité  daijs  le  titre  du  livre  de  M.  Gade 
mentionné  au  bas  de  la  page.  —  Au  v.  781,  la  leçon  de  niLda  nous  semble 
la  bonne.  —  Au  v.  904,  lire  rest  au  lieu  de  ret.  —  P.  62,  à  la  dernière  ligne, 
la  variarte  1004  est  tirée  du  ms.  d.  —  Au  v.  loso,  1.  parastre  au  lieu  de 
paralre.  —  L'argument  par  lequel  l'éditeur  justifie  la  ponctuation  des  vv.  1 1 10- 
II 13  n'est  pas  tout  à  fait  convaincant.  —  V.  1705,  lire  :  Qui  vient  O.  —  V. 
1851a,  lire  d'après  les  variantes  :  Sarra^oçans  (voir  Rolin  et  les  variantes  que 
nous  donnerons  bientôt).  —  On  ne  voit  pas  pourquoi  M.  W.  dit,  dans  son 
commentaire  sur  le  v.  2231,  que  la  mort  de  Vivien  n'est  plus  mentionnée  : 
voir  les  vv.  2427,  2672.  Ou  M.  W.  veut-il  dire  que  cette  mort  ne  se 
trouve  pas  mentionnée  ailleurs  dans  la  conversation  avec  Ernaut  ?  —  V.  4655, 
1.  Guibers. —  Au  v.  5233,  il  vaudrait  mieux  lire  Rnistes  que  Jo7ies,  si  ces  mots, 
comme  dans  le  texte,  se  rapportent  à  Guillaume. 

Il  serait  oiseux  de  discuter  avec  plus  de  détail  le  texte  publié.  Quoiqu'il 
y  ait  un  grand  nombre  de  passages  où  on  serait  porté  à  suggérer  une  autre 
leçon  que  celle  adoptée  par  les  éditeurs,  le  texte  est  en  général  correct  et 
satisfaisant.  On  ne  peut  pas  en  dire  autant  des  variantes. 


I.  Ce  commentaire  de  l'éditeur  est  à  comparer  avec  un  passage  de  VAlt- 
franiôsische  Wilhelmsage  de  M.  Ph.  A.  Becker,  à  la  p.  44,  septième  ligue  et 
suiv. 


312  COMPTES    RHNDUS 

Si  l'on  examine  soigneusement  les  variantes,  en  les  comparant  avec  les 
mss.,  on  constate  qu'elles  sont  loin  d'être  au  complet,  et  qu'elles  renferment 
bien  des  erreurs.  C'est  ce  que  nous  allons  montrer  en  vérifiant,  pour  une 
partie  du  poème,  les  variantes  de  plusieurs  des  manuscrits  utilisés  dans  cette 
édition. 

d,  Bibl.  nat.  fr.  2494. 

Le  V.  47  manque.  Au  v.  62,  le  ms.  porte  chcicnl  ;  au  v.  90,  close;  looa, 
Et  desor  li  aiime  ;  102,  Jt'/V  ;  165,  viel;  178,  font;  198,  Fevian^  ;  222,  lampa- 
tris;  239,  Orainges;  303,  ces;  p.  27,  v.  33,  ior,  pas /or;  à  la  même  p.,  v.  36, 
ancloi;  412,  cos;  414,  to  tan:^;  418,  Alarchani  ;  426,  moigne  ;  427,  vivron:^; 
448,  Ior  sort  la  gent  aie;  450,  chasdelle  ;  467,  Daniie  et  de  cors  fist  sevranche  et 
/^a/V/i.' (pourquoi  dit-on  que  le  second  hémistiche  manque  ?);  489, /o/i;  493=", 
le  mot  hou,  écrit  d'une  main  postérieure,  précède  chevaux;  498,  voi:^;  572, 
voiêt  (sic);  -582,  ia  nier  (j=ja  nierl)q.  me  mi  b.  ;  598,  peut-être  faut-il  lire  : 
ainnoiit;  605,  ^er  (==  Jiert)  ;  605,  bannière;  699,  lauvje  ;  702,  Dores  en  antres 
vait  sa  corpe bâtant  ;  ^44,  fusse:-_;  745,  fnse^;  760,  la  variante  mentionnée  se 
trouve  au  v.  774;  765,  larme  santi;  775,  le  mot  à  la  rime  est  f/;£c//t;  ;  827,  tes 
honcles  tu  nés  nul  plus  prochain  (tu  iies  est  écrit  au-dessus,  d'une  écriture  posté- 
rieure); 835,  O.  V.  viete^m.  chief  androit  v.  s.  ;  858',  douer;  859,  Au  le  non 
deu  a  le  col  avaler;  904,  laubre,  rest  ;  928,  A  V.  e.  r.  aries;  1004,  la  dernière 
variante  de  la  p.  est  tirée  du  ms.  d  ;  1107,  les  deux  vers  mentionnés  ne  sont 
pas  dans  (/  ;  \\\^,  de  viaiu  nu  a  nu  ;  1 126,  Lor  p.  e.  b.  s.  a.  c.  ;  1 150,  les  trois 
vv.  mentionnés  ne  sont  pas  dans  le  ms.  d.  ;  11 56,  Desor  le  autne  ;  après  1 1 5  5  : 
Et  de  sa  terre  et  chasier  et  foir  ;  1165,  celle  tere  ;  \2^4,niolt  angoisosemeut. 
Après  ce  V.,  on  trouve  :  Le^  les  coste^  sont  li  fer  aprisant  Pou  le  gardirent 
navre  sont  durement.  A  .ii.  se  hurlent  isi  très  fièrement  Que  a  la  tere  li  uns  laulre 
atant  Aiu~  des  abert  norent  desfaudemant  Le:^  le  coste  sont  li  fer  aprocbaut  Pois 
se  gardirent  navre  sont  dureniant  Ni  a  celui  qui  nuit  laubert  sainglaut  De  rendre- 
cier  ne  furent  mie  huit;  1245,  De  g.  vertu,  urta;  125 1,  O.  p.  1.  boiche  li  des 
san:^  lor  rea;  1253,  ^u  v.  2,  piec  (pour  pièce  a)  ;  1265,  q.  e.  cia  ;  1266  et  1279, 
Dirondar  ;  1286,  lanferit;  1330,  tôt  q.  an  r.  ;  1336,  v.  me  ratandre~  Tant  q. 
j.soie;  1343*,  manque;  1388,  Alachans;  1414,  paladin;  1427,  le  vers  com- 
mence bien  avec  le  mot  5in/,  cL  var.  i645>-";  1434,  le  vers  ajouté  est  le  même 
que  celui  d'à;  1447,  même  leçon  que  celle  du  texte  ;  1520,  après  ce  vers  se 
trouve  un  vers  intercalé,  comme  dans  Bbe;  i)45,/cî  ne  rant  ./.  an  sois  u.  m . 
p.  (.i.  an  sont  écrits  sur  grattage);  1643^,  Rome  fist  G.  Isore^  ;  1643s  loil  sou 
saiclne:((=  Voeil,  ce  sache^),  1643'!,  O.  an  1.  b.  1.  f.  T.  la  cle^;  166"],  Cordus, 
daverse;  1707,  Arlarchant  ;  1778  :  après  ce  vers  le  ms.  porte  Aiquius  et  lam- 
patrei;  181 2,  Seut  G.  sa  c;  181 5,  Gautier  de  P.;  1827,  Eslarchans  ;  1846  : 
après  ce  vers  se  trouve  :  Que  ie  nore  0  moi  plus  de  .vit.  au~;  1849,  Alachan^; 
1863,  aida  Vivien^;  1908,  cuit,  an  resera;  1964  :  même  leçon  que  celle 
du. texte.  Après  197 1  se  trouve  un  vers  intercalé  :  Dedan-  Oreinges  anclose  et 
ansarree  ;  2029,  a  la  crope  e.:  2245,  lee  \  2518,  M.  ni  t.  escucr  n.  g.  ;  2330, 
Cuinte  a  lapée  don  a  or   est  li  pou  ;  2542.  Le  ms.  porte  boce  ;  2364  :   même 


Alise  an  s  313 

leçon  que  celle  du  texte:  2564»,  Y.  c.  m.  nntis  test  fii snliie:;;^;  2389,  Il  santonta 
on  p.  est  iiiotitei  ;  2399,  h\;  2400,  Cui  ci  bel  est  ;  2410,  desranH':(  ;  2457,  Cist 
meuoresseut  et  teuesseut  plus  c.  ;  2487,  L.  cuit  ie  fere  la  t.  reoigitier  ;  2488,  cors 
h.  ;  2551,  (/o»  ».  puise;  2602,  Mac  de  Venis;  2668,  Esleschaiis  ;  2675,  50m/ ; 
2681,  ..VT.,  .v///7.  2685.  Dans  le  vers  intercalé  il  faut  lire  iiiatier  (comme  au 
V.  3205),  c'est-à-dire,  viestier.  Le  scribe  omet  souvent  s  suivi  de  /  au  corps 
d'un  mot.  2764,  même  leçon  que  celle  du  texte;  2840  :  il  est  probable 
que  le  mot  eure  manque  à  cause  d'un  trou  dans  le  parchemin.  2858,  Jil  dor  ; 
2975"  :  le  mot  n'est  pas  teste ^  mais  une  abréviation  pour  trestote. 

e,  Bibl.  nat.  ïr.  1448  . 

V.  5,  Giiichardin  laufent  \  6,  Forq  de  Mellant;  50»,  Efforaou  ;  3_|  :  même 
leçon  que  dans  le  texte;  47,  tos  les  Archans.  Après  le  v.  92  :  Par  inei  hvchanl 
son  vait  esperouiUit  De.x pdiit  do  conte  sa  fin  va  aprochant  \  129,  nies  \  144,  B.  lo 
fier;  160,  manque;  199,  e)i  larchant  ;  221^,  Qui  par  p.  cune  fois  nefoit;  239, 
Cant  il  Orable  par  force  l.  t.  Et  Glor.  l.  palais  seignori  Et  de  sa  tere  lai  del  tôt 
desaisit;  241,  eiisiii  ;  278,  a.  ii.  mains  aceree  ;  331,  Nen  nieront  mie  ansin  del 
palasin;  v.  25,  p.  26,  qtii  ierent  en  larchant;  418  Eslachans;  775,  le  mot  à 
la  rime  est  chaeUes;  843I',  1;  apeleir  ;  844,  porpanser;  856,  le  crient  tiion  ven  quil 
ne  soit  trépasses.  Ce  vers  est  suivi  d'un  passage  intéressant,  où  l'on  ne  man- 
quera pas  de  noter  les  assonances  : 

Et  dist  G.  :  «  Ne  vos  covient  douter; 
Mais  une  chose  vos  voil  ge  demandeir. 
Se  de  Bertran  saves  nulle  vertes. 
Et  de  Guichart  et  de  Gerart  lo  ber, 
Gaudin  lo  brun,  Guielin  lo  membres  ?  » 
Dist  V.  :  «  Nenil,  oncle,  o  non  Des  ; 
Mais  ge  sai  bien  que  paien  defaes 
Les  en  menèrent  a  lor  neis  sor  la  mer. 
Je  n'en  sai  plus,  si  m'eïst  Damedes, 
Mais  de  ce  pain  benoiet  me  doneis  ! 

Au  V.  1109,  «c»;  II 10,  Sancontre;  iiii,  Eiului  ansaidylcs  mais  chascuns 
soit  par  lu  (lui);  1^-^^,  porpattseis;  1520,  dont  li  fer  sont  ijuarre-.  Suit  le  v. 
intercalé  qui  se  trouve  dans  Bbd;  1 560,  ving  ;  1705,  Q.  v.  O.  ;  181 2,  Seust  G. 
sa  conpaigne  a.;  1847a  :  même  leçon  que  dans  le  texte  (cant);  1910,  vis  que 
tu  me  dis;  2245,  loee.  Le  ms.  porte  après  2273'»  :  Ans  Bernait  vigne  a  Saint 
Cruis  en  Brie  Ancoutra  il  Hernieniart  de  Pavie  ;  2285,  Ca  Paris  vint  a  ore  de 
m.  ;  2342,  boce;  2510,  gros  p.  de  glose;  2548,  B.  marier  ;  2549,.  V.  nesien  q. 
tant  v.  d.  a.  ;  2585,  ce  ms.,  aussi  bien  qu'(î,  offre  ce  v.  2602,  a  S.  Mars  de 
Venis;  2605,  contre  les  Arrabis. 

C,  ms.  de  Berne. 

Au  v.  7,  Fouc's  de  Melaiis  ;  9^,  Ju  (erreur  pour  fret);  13,  ne  lui  aiit  (pour 
l'aut);  26,  a;  54,   même  leçon  que  dans  le    texte;  45,  Ouatit  ne  le    t.,   del 


314  COMPTES    RENDUS 

sens,  iscir  ;  46,  Adont  ;  47,  Tout  A.  ;  62,  wa»/ ,  65,  les  mit  ;  64,  sensegue  ;  65, 
restragihuit  ;  69,  la  leçon  de  </;  73,  Tout  sont  i.,  etc.  ;  76,  De  /('«5  /'.  ;  99,  i:/ 
r//i/.  »w.  /<"/.  p.  il  ;  loo»,  biaunw:  loi,  peust-,  105,  srpolir;  109,  e.</;  117, 
aproisniier;  129, /(Jc;  1^2,  enhiacier;  135,  aproisier,  158,  vaiisist;  144,  //h/o- 
«/>/■;  155,  </f  5.  ;  20^,  ereni  ;  220,  fait  ;  233,  «70/ ;  239,  Q.  i.  O.;  331,  p«5;  , 
352a,  îr_  /;ijy.  ;  à  la  p.  25,  V.  9,  z'o/5/  ;  v.  11,  5('  ;>  muir puis  ;  v.  40,  Li qôs  G. 
(=  quons.  Le  copiste  aura  mal  compris  le  vers);  496,  même  leçon  que  celle  du 
texte  (mais  Quels) ,  5  59,  £/  7W  ensegne  de  pale  de  c.  ;  5  52,  T?///  5.  ^.  o^/on-  f»  ?«/ 
païadisiil ;  592,  .xv.  y^o/  /  ot  net  l>.  ;  620,  et;  677,  ne  manque  pas  :  Tous  est  ses 
hrans  et  ses  pnins  sanglentes  ;  702,  vait  s.  souglotant  ;  716,  El  s.  .ii.  puins  va 
forment  regi étant  (erreur  pour  retorgaiit  ?)  ;  739,  tw/;y;775,  caieles;  797,  mal 
Sarr.  0.  ;  798,  guerre;  854,  »?.  /;.  fet  reculer;  862,  prendent  a  vi.  ;  887»:,  Martin 
le  co^'enra  p.  ;  904,  Dedesus  1.  l.  rest  aies  couder;  922,  Li  solaus  baise  (pas  de 
couche);  loiy, frère;  ii07,pour  les  vv  intercalés  de  /'^,lems.  porte  :  Ne  le  lai- 
roiep.p.  V.  d.  molu  J.  c.  e.  le  cief  auras  p.  1 1 26,  la  même  leçon  que  celle  du  texte 
(destrier);  11 30,  le  hranc  m.  Le  passage  cité  dans  les  variantes  se  trouve  ici  : 
D.  1.  g.  q.  car  n.  1.  f.  Que  s.  mius  de  plaiu  asentu  P.  ni.  l.  c.  li  fust  lespius 
cousu;  II 36,  En  son  leliiaume;  1151,  au  lieu  de  Tiebaut,  le  ms.  porte  par 
erreur  W.  =  Vivien  ;  1152,  iscir  ;  les  deux  vers  cités  de  bA  après  11 53  se 
trouvent  dans  le  ms.  C.  A  la  p.  76,  au  v.  14,  penne.  1 198,  tenras;  1 199,  Et  t. 
m.  auraT.  lescle;  121 1,  G.  or  entent  ;  1245,  Par  felair  si  liais  1.  hurla  ;  125 1, 
la  boiice  li  sans  vermaus  r.;  1255,  Uni.  Après  1280,  le  ms.  porte  :  Nen  aura 
ciere  nul  ior  que  il  vivra  ;  1 2S6,  ferist,  recouvra  ;  1332,6.  cuide  qui!  die  vérités  ; 
i}^3, porpenses.  Après  1336,  lems.  intercale  cinq  vers  (le  v.  2  de  fî/» manque)  ; 
1404  manque  ;  1412,  cel  t.  Après  141 3  :  Li  millors  rois  qui  aine  huist  de  vin 
En  tout  le  mont  na  millor  sarr.  ;  1414,  est  li  contes  p.  ;  141 5  manque.  Après  1414. 
Li  sors  b.  1.  s.  t.  esfrain  Vers  A.  e.  celceniin;  1425,  ai  L;  1442,  voisdie. 
Après  1504,  le  ms.  intercale  le  v.  La  h.  d.  1.  confaiion  Jreine;  1508,  R.  a  m. 
sans  plus  caions  joiiste;  1608,  El  tout  1.  voi  son  b.  e.;  1636,  Levé,  ceurt,  sor  : 
1643a,  Q.  d.  Rounie  f.  Guill.  Ysoi-es.  Le  vers  1643":  manque,  et  à  sa  place  le 
ms.  offre  :  Ains  le  verai  si  vie  garise  dex  Que  vous  soit  p.  n.  guiccl  desf renies. 
iS5"/,  Tant,  cors;  1658,  botice  (Vu  exponctué),  ases  mirer.  1667,  Corsus 
ddic  u;  1839a,  manque.  Après  le  v.  1846,  le  ms.  intercale  :  Que  ie  nori 
0  mot  plus  de  .vii.  ans;  1851»,  Mediens,  Sarrisineans  ;  1894,  tous  maris: 
1944,  guerpie;  1964,  même  leçon  que  dans  le  texte.  Pour  le  v.  1977,  le 
ms.  porte  :  Ariere  dos  serai  mise  et  boutée  ;  2 141,  Cil  d.  Gieronde;  2143,  le  p.  ; 
2245,  liuee  ;  2342,  broce;  2364»,  se  trouve  dans  C  (mes  au  lieu  de  si);  2365. 
P.  1.  demande  amis;  2366,  d.  q.  demandes;  2^47,  violt  ciet  en  grant;  2466,  Est 
cou  G.  ;  2487,  L.  cuic  ion  faire  1.  t.  rouegnier;  2488,  /.  cors  b.  2510,  G.  p.  se 
fist  lors  li  qiiens  aporter;  2548,  variante  2  -.Et  la  r.;26o4,  Ainiers  (par  erreur); 
2626,  Courecies  est  et  ires  et  maris  ;  265  ^,  Paris.  Après  2689,  fet  .j.  si  diviers  s.; 
2764,  même  leçon  que  celle  du  texte;  2901,  fendroie  ;  2909»,  en  A.;  2911, 
Del  plus  V.;  3010,  .vii;  3021^,  de  coitier  ;  3028, /hw/;  3031-35  manquent; 
3050,  comme  carbon;  3053,  Est  cou  or  f.  do  Ior  e.  del  mouton  ;  3066,  ce  v.  se 


AU  seau  s  ^15 

irouve  dans  le  ms.  C;  3094,  G.esgarde  qui  molt fist  a  douter-  3095,  Les  ions, 
allumer-  3096,  uen  lait  mie  a  hlaswer;  5098,  If  cief  tint  clin  sic.  ;  3108,  ne  te 
pettc  m.  ;  3 ,  19,  maseoient  ;  3 129,  Oue  m.  ai  ■  3 149,  Et  en  apries  ens  ou  baies  e. 

M,  ms.  de  Venise  : 

Au  V.  3,  .S-.  w.  ayant  lianç-  4,  Bretans;  11,  elenians  :  33,  Lo  ioin;  39,  w"  ; 
100,  saplir;  103,  T^/// ;  105,  Bretram  ;  no,  a>-.w;  r.  ;  119,  Car.;  124,  ^«r- 
/n/M/;  125,  r/Zw-^^;  128,  iustier  ;  i^y8,cbasclmns;  i^,  timonei^  1^2,  Auceher  ■ 
157,  -S'  /ov;  163,  /o/-«^,  w/V  ;  169,  Paians  en  voyt  qi  les  ont  envairir;  175, 
••nsir;  184,  penseç  de  vos  cair;  187,  Las  corne  v.  ;  188,  E  saracin  ne  ponmt  enqe- 
rir;  l^s,  Bertrans;  197,  0„te  nanrai;  201,  Por  dru  H  mand-  222,  oncis  /.;  232, 
/"  toa  ;;/.;  235,  ;raW/ ;  24 1 , .//,  i w;  247,  ro5  non  a.  w.;  248,  L.//  n-^nv»'/  cum 
iimtiel  enimi;  253,  </.a.  knaues;  258,  Icelc;268,  Lauberg,  cani  enramee -,276, 
snite;  282,  D«/m  ^^^  tere  est  la  haça  chinée  ;  286,  voit  ;  289,  Renoani,  lançnee  ; 
290,  .:/«n./v,-;  293,  Molt  e.  ;  295,  San  ;  299,  2,  ^ro/  G.  ont  vos;  3,  T^-/.-  (de 
''|"-0;  5,y'«/"  ;  302,  enfoyrent;  307,  O/zr/.- ;  314,  M.  ;/.'  qcit  m.  q.  n.  paist  a 
).;  3iS,'7''''ï'-;  318,  Alischant;  122,  sein;  323,  F/î'/a;/ ;  324,*';/ /wym-;  328,  r. 
plages  ;  330,  y,<./,^cr,-/;,  ;  33^^  ,,,;.j^  ..  ,,„  ,  .  ,,5^  deschase;iAO,puit  lin;  348,  rf^  51 
qeal  m.  ;  355b,  /o;»,  /i/mo»  :  il  n'y  a  pas  de  mention  de  Paierne  dans  tout  ce 
passage;  366,  carhon;  583,  Lor  enimi  Tiher  (sm\m,  mais  Teulmt,au  v.  238); 
390,  r,V///  /a;-,-/,./»/  ;  391,  Sor  une  stanc  on  deve  Joison  ;  392,  La  (non  pas  Ja); 
39«>  '".?'-;  400,  demeuedeo,  son  gaie  t.  :  401,  E  dolccnwnt  de  ver  r.  (sic).  A  la 
P-  25,  au  V.  2,  hiaus  s.  /.  senhlant  ;  5,  halcciste,  lordans  ;  11,  cantant;  39a,  rot 
lorel  cors  tôt  s.  ;  413»,  414^  wauqnent  ;  429,  ms  c.  w.  ;  434,  San  Sevaor  ;  444 
im',««/;447,  (^colee;  448s  O/;  450,  r/«/o/  .  a.  ;  450e  Cornehusines  mènent  t.  t 
(le  V.  ne  manque  pa.s);  450^,  lègue;  452a,  D.  Gihorge  dnlce  suer  dulcea.  ;  452? 
Qeaie  enstor  (sic)  coardie  a.  m.  s.  traiçon  v.e  bosdie;  453a,  /,;-/.  458b, ^ow/;  463' 
enaudte  ;  480,  paganie  ;  482,  eschie  ;  484,  aidie;  485,  rom"  ;  490,  Avoc;  524,' 
in-o/*-;  593,  a>»055rt«ra,  cropere;  623,  /o;v//£;-;  629,  Cfl»c  n.  pot,  feis  ■  640b,  /^ 
pwst  b.  ;  640c,  £„  s.  g.  la  soe  arme  aseir;  640s  Z.î  suens  b.,  rasir;64oi',  Aine  le 
doit  len  molt  v.  0.  ;  640g,  En  totes  cort  esaucer  e  ioir  ;  640^,  Maint  buen  esemble  i 
p.  hom  r.  Les  trois  vv.  qui  suivent  sont  :  Qi  de  Giell.  set  canter  e.  s.  B   endre- 

Trr'  "  ''^^'"'"'  ^"■'""  '  """'"  '  ^''""*'  ^  ''■  ^^4,  ces  (et  non  pas  ses).  650, 
Mal.  Apres  650  (65  i  manque)  :  i ,  gariroit,  ors  qi  fu  /.  2.  Oe,  suens  cors  n  s. 
dtmembreç  ;  65  3a,  nos  ;  684,  V.  lasoleç  ;  685 ,  adonc  sest  d.  ;  696,  riç.  s.  c  ;  697 
Sets  m.  croyses,  piç.  ;  698,  son.  ;  700,  sa  c.  ;  702,  Dores,  sanglotant  ;  7 1 8,  mai  ]  724' 
Jraue,  mire  n.  tuçans  ;  727,  elemans;  739,  vostre;'j44,  convenians;^^^,  cheeles. 
783S  i"on.  Dans  le  vers  qu'ajoute  le  ms.,  la  leçon  est  mon  petit  ae  ;  784  O  ie 
antre  mes  (erreur  intéressante)  ;  819k,  après  ce  vers:  lel  demandai  por  denZ  un 
at'eit  men  doua  por  deu  de  maieste;  819P,  vosav.;d,6i,  Fors  tant  G.  ■  872 
U  a.escu^  lo  vo.t  escoveter;  887c,  marlir;  904,  Desoç  labre  li  est  aleç  colcber 
993,  la  laisse  finit  avec  ce  vers  1 107,  i  et  2  .•  .V.  t.  lairemes por  un  moy  dor  fondu 
uisque  a  cel  bore  qaurastocef  perdu:  iiix,parseu.  Après  1113,  Onqes  nenblai 
vathsant  un  escu;  1130,1,2,  3  :  ces  vers  se  trouvent  dans  M.  ;  1 153  i  ce 
vers  se  trouve  dans  le  ms.  M.  ;  1251,  E.  p.  l.  b.  li  s.  v.  raya  ;  1258.  /.  e  flam- 


3  lé  COMPTES    RENDUS 

hoia  ;  1 265 ,  cek  spee  cia  ;  1 286,  lo  fenist,  lo  hasta  ;  1330,  en  aureç  ;  1 3  5 1 ,  C.  qen 
p.  1356,  pas  de  ci;  1356,  i,  T.q.  i.  rai;  1414,  pihttin.  Après  1435,  P.  lateti- 
drai  Tiber  rostre  c.  ;  1539,  ^^'^''  'S^o,  laltrier  ;  1643»,  Isoreç  ;  1667,  Corsus 
daverse;  1705,  Oi  vient  a  0.  asiulir  e  preer;  181 2,  Seust  Giell.  ma  compagne 
menée;  1816,  desivree;  1821,  Meis  per  G.  tnolt  en  fn  esfracce;  1863,  Sor  toç  les 
autres  si  sayda  Vivian^;  i85i«,  sarragoçans  ;  1909,  di  cel  iuis  ;  2029»  :  ce  v. 
existe;  2218,  son  escu;  2566,  ce  vers  est  comme  dans  le  texte,  seulement  : 
re:^;  2389,  E  il  sentorne  el  palais  se n  fnonte:^^;  2593,  î'.  1ère  sest  encline^; 
2447,  Q^  ^0  ^on  perd  cheu^  est  in  vilte~;  2487,  ce  v.  se  trouve  dans  le  ms. 
(roogner).  2488,  lo  cors  h.  2510,  5^0-/^.  2739,  De  canes.  2772,  Taiste 
l'impératif) /JM/é-zw  dist  lise  prcn'ee.  3053.  Est  ce  la  fable  de  tor  et  de  nuiton. 
(Ajoutons,  enfin,  que  le  nom  de  Tibaut  s'écrit  aux  vv.  4141,4170,  et  aussi  au 
q.  2773,  Tibaui  de  Rabie  vos  a  soiornee;  et  que  celui  d'Aimer  s'écrit  Kay merise 
lo  caytis  (v.  4178),  Aymeris  li  caitis  (v.  2601),  et  Kaymer  (vv.  4233,  4253, 
4264,  etc.). 

En  voilà  assez  gour  faire  connaître  l'état  du  texte  et  des  variantes  publiées 
d'Aliscans.  Les  jeunes  éditeurs  ont  abordé,  un  peu  à  la  légère  peut-être,  une 
des  plus  lourdes  tâches  qui  s'imposent  à  un  éditeur  de  poèmes  en  ancien 
français.  Si  leur  attente  reste  un  peu  déçue,  la  faute  en  est,  pour  une  part,  à 
autrui,  car  ils  ont  péché  par  un  excès  de  confiance  dans  des  collations  qu'ils 
n'avaient  pas  faites  eux-mêmes.  En  somme,  le  travail  des  trois  éditeurs, 
malgré  les  imperfections  que  nous  avons  dû  v  relever,  témoigne  en  faveur 
de  leur  zèle,  de  leur  diligence  et  de  leur  bonne  loi. 

Ravmond  Weeks. 


Manuel  pour  servir  à,  l'étude    de   l'antiquité    celtique, 

par  Georges  Dottin.  Paris,  Champion,  1906.  In-12,  408  pages. 

Excellent  manuel,  dont  on  ne  saurait  trop  recommander  la  lecture  aux 
Celtomanes  attardés.  L'auteur  montre,  avec  une  critique  aussi  éclairée 
qu'impitoyable,  combien  sont  peu  solides  les  bases  où  s'appuie  notre  con- 
naissance du  monde  celtique  dès  que  nous  voulons  remonter  par  delà  les 
monuments  des  Celtes  insulaires,  c'est-à-dire  antérieurement  au  viiie  siècle 
de  notre  ère.  Le  chap.  11,  consacré  à  la  langue,  sera  particulièrement  utile 
aux  Romanistes,  non  qu'il  s'y  trouve  des  faits  nouveaux,  mais  parce  que 
l'auteur  a  fait  un  effort  méritoire  pour  répartir  en  sections  nettes  les  maté- 
riaux linguistiques  que  l'antiquité  nous  a  transmis  et  les  conjectures  par 
lesquelles  on  a  cherché  à  augmenter  la  somme  de  ces  matériaux.  Il  semble 
cependant  que  M.  D.  soit  trop  porté  à  rabaisser  le  degré  de  certitude  de  nos 
connaissances  en  cette  matière  délicate.  Il  dit  fort  sagement  (p.  96)  : 
«  Les  seuls  mots  celtiques  dont  l'existence  sur  le  continent  puisse  être 
démontrée  sont  ceux  qui  ont  persisté  à  la  fois  dans  les  langues  celtiques  et 
dans  celles  des  langues  romanes  qui  sont  parlées  dans  les  pays  jadis  occupés 


DOTTiN,  Manuel  317 

par  les  Celtes».  Comment  se  fait-il  qu'il  ait  omis  le  mot  vidiibium,  dont  le 
caractère  intrinsèque  accuse  lumineusement  l'origine  celtique,  et  qui  est 
devenu  le  franc,  vottge,  le  prov.  vei^og,  le  gasc.  hedoi,  etc.  ?  Cette  étymologie, 
amorcée  par  M.  Mever-Lûbke.  parachevée  par  MM.  Thurneysen  et  d'Arbois 
de  Jubainville,  me  paraît  une  des  plus  belles  victoires  de  la  philologie  à  la  fin 
du  siècle  dernier;  lesilencede  M.  D.  est-il  une  inscription  en  faux  là  contre, 
ou  un  simple  oubli?  D'autres  omissions  m'ont  aussi  frappé,  quoique  moins 
déconcertantes  ;  mais  ce  livre  se  donnant  surtout  comme  un  livre  de  vulga- 
risation, il  n'y  a  pas  lieu  d'insister  sur  ce  point.  Je  me  borne  à  indiquer 
quelques  retouches  que  j'aimerais  à  voir  introduire  dans  la  prochaine  édition 
que  M.  D.  donnera  au  public. 

P.  25,  Cenomani;  non,  mais  Cenoiiiaiiiii,  car  M.  D.  sait  aussi  bien  que  per- 
sonne que  la  capitale  de  cette  peuplade  gauloise  s'appelle  aujourdui  Le  Mans, 
et  non  Le  Mains.  —  P.  28-29,  les  noms  de  peuples  mentionnés  parce  qu'ils  ont 
survécu  «  soit  comme  noms  de  pays,  soit  comme  noms  de  villes  »  sont  divi- 
sés en  deux  séries,  mais  il  aurait  fallu,  pour  être  logique,  ne  mettre  dans 
la  première  que  ceux  qui  n'ont  pas  de  représentants  dans  un  nom  de  ville 
correspondant  au  nom  de  pays,  tels  que  les  Caîeti  du  paysde Ca?/.v,  les  Medidi 
du  Mèdoc,  les  Arvcnii  de  V Auvergne  (je  rappelle,  en  passant,  que  Auvergne 
vient  de  Arveruicus  et  non  de  Arvernin  ;  cLJourn.  des  Sav.,  1901,  p.  568,  et 
Rcv.  critiq.,  1905,  2'-'  sem.,  p.  57)  etc.,  et  renvoyer  à  la  seconde  les  Andecavi 
(Angers),  Pictavi  (Poitiers),  Peirucorii  (Périgueux)  et  Viromandui  (Vermand). 
—  P.  55,  marga  :  il  n'y  a  aucun  doute  que  luarga,  par  un  diminutif  *  margula, 
soit  la  base  du  franc,  marne,  mais  pour  prévenir  le  doute  que  M.  D.  croit 
devoir  exprimer,  il  fallait  dire  que  marne  est  une  déformation  récente  de 
marie.  —  P.  60,  caio  :  le  mot  quai  est  aussi  à  mentionner,  à  côté  de  chai, 
comme  forme  dialectale  ayant  fait  brèche  dans  le  vocabulaire  général.  — P.  62, 
niarcus  ou  emarcus  :  le  franc,  marc  est  sans  rapport  avec  le  mot  de  Columelle  : 
il  vient  de  marcher,  au  sens  propre  de  «  fouler  ».  —  P.  64,  opulus  et  p.  65, 
viriola  :  ces  mots  figurent  à  tort  parmi  ceux  qui  ne  sont  pas  conservés  par 
les  langues  romanes  :  cf.  ital.  oppio,  franc,  virole,  etc.  —  P.  65,  [iiÀ'.vo'jvTia  : 
cf.  esp.  beleùo  et  mon  mémoire  intitulé  :  Roger  Bacon  et  les  étudiants  espagnols 
dans  le  Bull.  hisp.  de  1904,  p.  26.  —  P.  67,  Ôoj/.'ove  et  odocos  :  cf.  ma  note 
sur  certains  noms  de  l'ièble  dans  le  sud-est  de  la  France,  Mélanges  d\'tym., 
p.  149.  —  P-  7S,  taringa  :  la  seule  forme  à  prendre  en  considération  est 
tarinca,  d'où  le  franc,  dial.  taranche,  cf.  mes  Mélanges  d'étym.,  p.  149.  — 
Ibid.,  mercasius  :  le  mot  est  bien  de  «  ceux  qui  n'existent  pas  en  celtique  » 
mais  il  ne  fiiudrait  pas  le  mettre  avec  «  ceux  qui  n'ont  pas  subsisté  dans 
les  langues  romanes  »  :  c'est  le  franc,  dialectal  marchais  tout  craché  (cf. 
Godefrov,  M.\RCHOis  I). 

A.  Th. 


3l8  COMPTES    RENDUS 

Cartulaire   du  prieuré  de  Saint-Mont  (ordre  de  Cluny), 

publié  pour  la  Socictc  historique  de  Gascogne,  par  Jean  de  Jaurgain, 
avec  introduction  et  sommaire  par  Justin  Maumus.  Paris.  Champion  ; 
Auch,  L.  Cocharaux,  1904.  ln-&°,  xiv-152  pages. 

Cartulaire  de  l'abbaye  de  Gimont,  publié  pour  la  Société  histo- 
rique de  Gascogne,  par  Tabbé  Clergkac.  Paris,  Champion  ;  Auch,  L.  Cocha- 
raux, 1905.  In-80,  xvii-)03  pages. 

La  Société  historique  de  Gascogne,  qui  édite  les  Archives  historiques  de  lu 
Gascogne,  mérite  la  sympathie  et  les  encouragements  de  toutes  les  personnes 
qui  s'intéressent  à  l'histoire,  entendue  dans  le  sens  le  plus  large,  du  sud-ouest 
de  la  France.  Elle  a  mis  au  jour  des  documents  d'une  grande  importance, 
dont  peuvent  tirer  profit  non  seulement  les  historiens,  mais  aussi  les  philo- 
logues. Il  suffit  de  rappeler  que  c'est  à  cette  Société  qu'est  due  la  publication 
des  Comptes  des  frères  Bonis,  dont  il  a  été  rendu  compte  ici-même  (XX,  170, 
XXV,  473),  et  dont  l'importance,  pour  la  philologie  provençale  est  si  grande. 

A  ce  point  de  vue,  les  deux  volumes  que  nous  annonçons  présentement 
sont  assurément  d'un  moindre  intérêt.  Ils  méritent  cependant  d'être  signalés 
à  nos  lecteurs.  Le  cartulaire  du  prieuré  de  Saint-Mont  (Gers,  canton  de 
Riscle)  est  pubUé  d'après  un  manuscrit  jusqu'ici  inconnu,  crovons-nous,  qui 
appartient  à  un  particulier.  Il  en  existe  à  la  Bibliothèque  nationale  (lat. 
5460  a)  une  copie  du  xvie  siècle,  dont  M.  Luchaire  a  extrait  quelques  morceaux 
pour  son  Recueil  de  textes  gascons  (n°  39).  C'est  un  recueil  de  chartes,  et  sur- 
tout de  notices,  rédigées  au  xie  siècle,  en  latin,  naturellement,  mais  où  appa- 
raissent de  temps  en  temps  des  mots  gascons,  tantôt  sous  la  forme  vulgaire, 
tantôt  légèrement  latinisés.  On  y  relèvera  notamment  beaucoup  d'exemples 
de  l'art,  féminin  ~a,  plur.  las,  ce  qui  n'exclut  pas  l'emploi  de  la,  las  :  ^fl 
Costa  71  ',  -afaiirga  123,  :^fl  Jita  127  (la  fita  95),  -«  lana  50  (la  lana,  130), 
la  montaia  71,  116,  -a  Ossera  152,  -J  poiole  134  (la poiola  70),  ^as  cornes  71. 
Les  éditeurs  impriment  en  un  mot  Zacosta,  Zafaurga  Zafita,  Zalana,  etc., 
ce  qui  peut  se  défendre,  mais,  à  la  table,  ces  noms  sont  relevés  sous  la  forme 
actuelle  :  hicoste,  Lafitte,  Laforgue,  Lalanne,  etc.  Il  eût  fallu  du  moins  relever 
aussi  les  formes  des  textes  avec  renvoi  à  la  forme  moderne.  P.  74,  figure  un 
paysan  w  cognomento  Desafontana  «,  ce  qu'il  eût  fallu  écrire  en  trois  mots, 
ou  au  moins  en  deux.  Or  à  la  table  ce  nom  figure  uniquement  zLafontaine. 
On  voit,  par  ces  détails,  que  l'édition  n'a  pas  été  faite  avec  beaucoup  de 
compétence. 

Et  en  eflfet,  sans  rien  retirer  des  éloges  décernés  plus  haut  à  la  Société 
historique  de  Gascogne,  il  faut  avouer  que  le  travail  des  éditeurs  n'a  pas  été 
bien  conduit.  L'annotation,  qui  porte   principalement  sur  les  noms  de  per- 


I.  Je  cite  par  pages. 


Cariulaires  de  Saint-Mont  et  de  Giniont  319 

sonnes,  est  suffisante  ;  on  aurait  désiré  davantage  en  ce  qui  concerne  l'identifica- 
tion des  noms  de  lieux.  La  table  est  médiocre.  Mais  ce  qui  laisse  le  plus  à  dési- 
rer, c'est  d'une  part  la  critique  diplomatique,  et  d'autre  part  l'établissement  du 
texte.  La  critique  des  documents  n'est  pas  faite.  A  cet  égard  l'introduction  est 
nulle,  et  l'annotation  ne  comble  pas  les  lacunes  de  l'introduction.  Voir  d'ailleurs 
sur  ce  point  les  observations  de  M.  Labandc  dans  la  Revue  critique  du  17  octobre 
1904  et  celles  de  M.  Samaran  dans  Le  Moyen  Age,  1905,  p.  87-91.  Q.uant  au 
texte,  il  est  visible  que  les  éditeurs  n'ont  pas  l'habitude  d'imprimer  du  latin. 
Les  fiiutes  tvpographiques  abondent,  et  il  s'en  faut  que  toutes  soient  relevées 
à  l'errata.  Les  mots  sont  souvent  mal  coupés;  ainsi  la  conjonction  qM  est 
toujours  séparée  du  mot  auquel  elle  devrait  être  jointe  :  veiiianl  que,  testibus 
que,  etc.  Citons  encore  soluin  modo,  atite  dictoruni,vice  couus,  et,  inversement 
exquinque.  On  peut  même  se  demander  si  les  auteurs  ont  toujours  su  bien  lire 
le  manuscrit  qu'ils  ont  édité.  J'en  doute.  P.  105  :  «  ut  redimat  quuin  volue- 
rit  ».  11  n'v  a  sûrement  pas  quuiu  dans  le  ms.  ;  je  suppose  qu'il  y  a  l'abrévia- 
tion bien  connue  de  qiuindo.  N'avant  pas  la  possibilité  de  consulter  le  ms. 
original,  j'ai  eu  l'idée  de  comparer  quelques  pages  de  l'édition  avec  la  copie 
de  ce  ms.  que  possède  la  Bibliothèque  nationale  (lat.  5460  a),  et  j'y  ai  relevé 
des  leçons  meilleures  que  celles  du  texte  imprimé  et  qui,  sans  doute,  se 
trouvent  aussi  dans  l'original.  Ainsi,  p.  6  «  cum  uxore  mea...  ac  filiis  vieis  », 
ms.  nostn's.  Même  page,  «  Juraverunt  vero  »,  ms.  ergo.  P.  7,  «  in  circuitu  et 
iiique  »,  ms.  ubique.  Même  page,  «  et  insuper  bannum  comitis  Guasconie 
quart  dampnum  quod  fecit  quadruplicatum  reddat  »,  au  lieu  de  quare  le  ms. 
a  el.  Ibid.  «  meuse  martis  »,  ms.  martio. 

L'édition  du  Cartulaire  de  l'abbaye  de  Gimout  '  est  meilleure,  bien  qu'elle 
ne  me  donne  pas  encore  toute  satisfaction.  L' introduction  —  qui  d'ailleurs  se 
lit  avec  intérêt  —  est  un  peu  maigre.  L'identification  des  noms  de  lieux^ 
donnée  en  note  et  non  répétée  à  la  table,  n'est  pas  poussée  assez  loin.  A  mon 
avis,  et  pour  éviter  de  constantes  répétitions,  ces  identifications  doivent  être 
données  non  en  note,  mais  à  la  table.  Les  noms  que  l'on  ne  peut  arriver  à 
déterminer,  doivent  être  signalés  (toujours  à  la  table)  par  une  note  telle  que 
celle-ci  «  non  identifié  »  :  mais,  en  général,  dans  un  cartulaire,  il  doit  être 
possible  d'indiquer,  au  moins  approximativement,  la  situation  de  chaque 
nom  de  lieu.  De  plus,  je  suis  d'avis  qu'il  faut  identifier  non  pas  seulement  les 
noms  de  lieux  qui  figurent  comme  tels  dans  les  chartes,  mais  aussi  les  noms 
de  lieux  employés  comme  surnoms.  La  table  ne  contient  que  les  noms  de  per- 
sonnes et  de  lieux  :  les  matières  n'y  sont  pas  représentées.  De  plus  elle  présente 
le  même  défaut  que  celle  du  Cartulaire  de  Saint-Mont  :  elle  donne  les  noms  qui 
ont  pu  être  identifiés  sous  la  forme  moderne,  négligeant  la  forme  ancienne. 
Il  y  a  même. des  contradictions  quant  à  l'emploi  des  formes  modernes  :  ainsi 
un   Geraldus  des  (ou   de;)  Broil   figure,   avec  son   épouse   Gazen,   dans    les 

I.  Ch.-l.  de  cant.  de  l'arr.  d'.\uch. 


320  COMPTES    RENDUS 

pièces  I  et  2  du  Cartulairc  (pp.  i  et  3).  A  la  table  (sous  Hrouilh)  ce  person- 
nage est  appelé  une  fois  «  Geraud  du  Brouilh  »  et  une  autre  fois  «  Guiraud 
du  Brouilh  ».  Les  formes  anciennes  que  l'éditeur  n'a  pu  traduire  en  formes 
modernes  sont  insérées  à  la  table,  mais  sans  aucun  effort  pour  rapprocher 
les  variantes.  Ainsi  je  trouve  à  la  table  CotiUiiagas  et  Goliaiiicigas.  Je  suppose 
que  c'est  le  même  nom.  Mais  on  ne  nous  le  dit  pas.  Il  aurait  au  moins  fallu 
un  renvoi  de  l'un  à  l'autre. 

Si  j'insiste  sur  ces  détails,  c'est  parce  que  les  défauts  de  méthode  que  je 
relève  ici  sont  trop  fréquents  dans  les  éditions  de  cartulaires  et  qu'il  est  grand 
temps  que  les  auteurs  de  ces  éditions  se  persuadent  qu'il  ne  suffit  pas  pour 
bien  publier  un  cartulaire,  de  posséder  une  bonne  connaissance  de  l'histoire 
et  de  la  géographie  locales  :  il  y  faut  encore  une  préparation  spéciale  qui, 
malgré  les  progrès  de  la  science  diplomatique,  n'est  pas  encore  assez  répandue. 

Maintenant  quelques  mots  sur  l'intérêt  que  présente  le  cartulaire  de 
Gimont  au  point  de  vue  linguistique.  Ce  recueil  contient  plusieurs  centaines 
de  chartes  réparties,  selon  qu'elles  se  rapportent  à  l'abbaye  ou  à  ses  dépen- 
dances, en  six  séries.  Ces  chartes  se  placent  entre  les  années  1 142  et  1233.  Elles 
sont  en  latin,  sauf  une  (p.  445)  qui  est  en  gascon  et  est  datée  de  1188.  Mais, 
un  grand  nombre  de  ces  documents  latins  contiennent  des  mots  gascons  que, 
généralement,  l'éditeur  a  imprimés  en  italiques.  Beaucoup  de  mots,  affublés 
d'une  terminaison  latine,  sont  aussi  de  purs  mots  gascons,  comme  par 
eii.esdegatutti,  pp.  11,  121,  etc.,  signifiant  «  limité  »  ;  cf.  Lespy  et  Raymond, 
Dict.  béarnais,  sous  ESDEGAMENT.  Je  signale  au  hasard  quelques  faits  intéres- 
sants. Il  parait  v  avoir  des  exemples  du  passage  de  ;ç  à  r  (ou  inversement),  si 
du  moins  Bernart  d'Airraii,  59,  est  le  même  que  le  Bernart  d'Avezan  qui  figure 
ailleurs  (voir  la  table,  mais  la  table  enregistre  Averan  et  Ave~aii  sans  identi- 
fication ')  .  Je  trouve  CasariJs  339,  et  Carerih  432;  je  suppose  que  c'est  l'un 
des  Ca:^aril,  Caiarilh  qu'indique  le  Dictionnaire  des  Postes,  mais  '  l'éditeur  du 
cartulaire  nous  laisse  dans  l'incertitude.  —  Dans  les  pièces  de  ce  cartulaire, 
l'art,  féminin  est,  non  pas  :(a  ou  sa,  comme  dans  le  cartulaire  de  Saint-Mont, 
mais  cba  :  ad  clfartigain  4,  a  cliartiga  8,  de  cUartiga  4,  5,  9  {de  Vartiga  5, 
l'Ç)  de  cba  Br liguera  3,  17,  de  cha  Jorga  135,  411  ;  Je  cha  garda  4,  "j  ;  de  cha 
hna  2,  25  (la  lana  54);  a  cha  nia{era  57,  de  cba  niaiera  8,  13,  16;  au  plur. 
de  chas  laceras  42.  Ces  formes  ne  sont  pas  relevées  à  la  table  ;  pour  parler 
plus  exactement,  l'éditeur  les  a  insérées  sous  une  forme  francisée  :  Artigue, 
iMrtigiie,  Bni^iùre  (de  la),  Forgiie  (de  la),  etc.  L'art,  masc.  est  e^  ou  es  (ou 
peut-être  simplement  i,  s)  :  de:(  Broil,  1,4,  15;  de^  Brolio  8  (aussi  del  Brol)  ; 
des  Biisqiiet  22  ;  dei;^  Casai  53  ;  J^i  Porcelencs  2  ;  de:^  Prad  14,  etc. 

Il  v  aurait  à  faire  d'autres  observations  linguistiques,  mais  je  ne  veux  pas 
allonger  outre  mesure  ce  compte  rendu. 


I.  C'est  Avezan,  Gers,  cant.    de  Saint-Clar.   Il  y  a  un  Averan  dans   les 
H.-Pyr.,  cant.  d'Ossun. 


Comptes  consulaires  d'Albi  321 

Les  cartLiLiircs,  ceux  du  Midi  surtout,  peuvent  fournir  beaucoup  d'informa- 
tions utiles  aux  études  linguistiques.  Les  philologues  se  joignent  aux  diplo- 
matistes  pour  demander  qu'on  les  publie,  non  seulement  avec  soin,  mais  avec 
la  méthode  que  ce  genre  de  publications  comporte. 

P.  M. 


Douze  comptes   consulaires   d'Albi    du   XIV*^  siècle,   par 

Auguste  ViD.\L,  t.  h'\  Paris,  Picard;    Toulouse,  Privât.    1906.  In-8'-',  viii- 
576  pages  {Archives  historiques  de  V Albigeois,  fasc.  VIII). 

La  ville  d'Albi  possède  une  fort  belle  série  de  comptes  qui  commence  en 
1 5)9  et  qui  se  poursuit  jusqu'à  notre  époque,  non  sans  de  nombreuses  lacunes. 
Plusieurs  des  comptes  qui  subsistent  sont  plus  ou  moins  endommagés,  mais, 
tel  qu'il  est,  ce  fonds  n'en  forme  pas  moins  un  ensemble  précieux  pour  l'his- 
toire politique  et  économique,  et  aussi  pour  l'histoire  de  la  langue. 
M.  A.  Vidal  a  entrepris  courageusement  la  publication  des  plus  anciens  registres 
(jusqu'à  la  fin  du  xiv^  siècle)  sans  se  dissimuler  les  difficultés  de  tout  genre 
d'une  aussi  longue  tâche.  Il  eût  été  certainement  désirable  que  ces  documents 
formassent  une  série  unique,  mais  les  circonstances  ne  l'ont  pas  permis. 
iM.  Vidal  a  d'abord  publié,  comme  tome  V  de  la  Tiihliothcque  niàidioiiale,  le 
compte  le  plus  ancien,  celui  de  l'exercice  1359-151^0  ■;  il  annonce  aujour- 
d'hui la  publication  en  deux  volumes  des  douze  comptes  suivants-.  Ceux  que 
renferme  le  présent  volume  se  rapportent  aux  exercices  1 360-1,  1568-9» 
1569-70,  1370-1,  1374-5,  1377-8,  1380-1.  Suit  une  bonne  table  des  matières 
et  des  noms  propres  5.  Un  glossaire  sera  joint  au  deuxième  tome.  Le  texte 
est  en  général  correct  ;  la  plupart  des  fautes  ont  été  corrigées  dans  le  long 
errata  q'ii  termine  le  volume.  Voici  cependant  de  nouvelles  corrections  pour 
les  cent  premières  pages.  P.  i,  art.  8,  «  e  acné,  escrig  »,  suppr.  la  virgule. 
P.  6,  art.  68  botuola  (bouteille),  mais,  p.  45,  art.  415,  botiohi,  et,  p.  55,  art. 
669,  botola.  P.  16,  art.  171,  «  que  so  frangia  »,  lire  sofraiigia  (z=.  sofranhia), 


1.  Voir  Roviaiiia,  XXIX,  447. 

2.  La  publication  n'est  pas  complète.  Ici  comme  pour  le  compte  de  1359- 
60,  M.  V.  a  omis  les  articles  sans  intérêt  ou  qui  font  double  emploi  avec 
d'autres. 

5.  Cette  table  laisse  cependant  à  désirer  sur  certains  points.  Il  n'y  a  pour 
chaque  nom  ou  objet  qu'un  seul  renvoi,  et  souvent  il  en  faudrait  "deux  ou 
trois.  Ainsi  :  «  Ipre  (draps  d')  »,  mais  il  manque  un  article  Ypres  et  un 
article  dr^ips  où  on  aurait  mentionné  non  seulement  les  draps  d'Ypres,  mais 
aussi  ceux  de  France  (p.  46  et  246)  et  de  Fanjeaux  (p.  52),  de  Toulouse 
(p.  280).  M.  V.  classe  les  noms  propres  aux  surnoms  :  «  Cop  (Peire  del)  »  ; 
soit!  mais  il  fallait  faire  un  article  à  «  Peire  del  Cop  ».  Puis  il  y  a,  dans  les 
renvois,  quelques  erreurs;  ainsi,  «  lo  Bore  de  Bertal  »,  est  nommé  p.  96,  et 
non  95  (outre  qu'il  faut,  je  crois,  lire  Bort,  «  bâtard  »  ;  «  Pancaroca,  201  »  ; 
lire  :  «  Pancaroca  (Bernât),  204  ». 

Romania,  XXXV  21 


322  COMPTES    RENDUS 

«  manquait  ».  P.  26,  art.  222,  «  prep  »,  Vireprop'}  P.  54,  art.  640,  lire 
aurpinieiit,  en  un  mot.  P.  59,  art.  782,  la  correction  proposée  n'est  pas  accep- 
table, il  faut  lire  sol  eslar,  en  deux  mots.  P.  65,  art.  889,  loguier,  1.  hi^uier. 
P.  67,  art.  920,  que  faut-il  entendre  par  «  draps  de  vcrvi}  Dans  le  compte 
de  1359-60  Cp-  81,  art.  629)  M.  V.  lisait  «  drap  de  vcnii  »,  et  disait  en  note 
qu'on  pouvait  lire  verm.  P.  88,  art.  641,  ciicro,  1.  anero.  P.  95,  art.  1678, 
tracsiicio,  lire  tacsacio.  P.  98,  art.  1^41,  piinisi,  \.  parisi.  P.  99,  art.  1766,  «  a 
las  processios  de  Koit:;;^os  »,  I.  Roa:^os. 

P.  137,  la  citation  du  poème  de  la  croisade  albigeoise  (vv.  1074-5)  est 
incorrecte.  —  P.  144,  la  note  sur  le  maréchal  Arnoul  d'.\udrehem  est  insuf- 
fisante. Il  fallait  renvoyer  au  mémoire  d'Emile  Molinier  (Acad.  des  inscr. 
et  belles-lettres,  Mémoires  présentes  par  divers  savajits,  2=  série,  t.  VI,  première 
partie).  Ce  personnage  figure  plusieurs  fois  dans  les  comptes  (voir  la  table, 
sous  AuDEN.w,  et  Yerrata).  Plusieurs  de  ces  mentions  peuvent  servir'à  fixer 
divers  points  de  l'itinéraire  du  maréchal.  —  P.  297,  la  note  donne  à  croire 
que  l'éditeur  n'a  pas  compris  le  mot  aquereguda,  part.  p.  d'iUjiierre,  se 
rapportant  à  viiiba  qui  précède. 

Malgré  quelques  imperfections,  cette  publication  est  très  utile  et  on  ne 
peut  qu'en  souhaiter  le  prompt  achèvement. 

P.    M. 


I.  Toutefois  il  v  a  ailleurs  aprep  pour  apiop. 


PÉRIODIQUES 


Zkitschrift  rùR  romanischk  Philologie,  XXIX  (1905),  5.  —  P.  5  i  5, 
A.  Homing,  Lit.  ambitus  im  Romainscbeii.  M.  Horning  étudie  successive- 
ment, jo  le  français  andain  et  les  formes  apparentées,  aude,  aiidon,  aiidèe,  etc.  ; 
2°  le  provençal  amie,  andi,  antc;  3°  les  représentants  de  a  m  bit  us  en  Italie 
et  dans  la  péninsule  ibérique;  40  le  type  *andaginem  ;  5°  les  rapports 
de  l'histoire  de  ambitus  avec  le  problème  andare  ^=  aller.  10  Andahinest 
pas,  comme  Fa  pensé  G.  Paris,  indaginem.  Cette  étymologie  est  impos- 
sible pour  des  raisons  phonétiques  (an-  au  lieu  de  en-,  la  dentale  sourde  des 
formes  telles  que  le  milanais  antelt),  morphologiques  (les  formes  simples 
aude,  ont  ou  dérivées  ande'r,  andd  ;  les  formations  telles  que  andel,  andée, 
andaiue  ;  les  dérivés  desandener,  etc.,  et  non  *  desandaignier),  sémantiques  (le 
sens  d'  «  enjambée  »  et  l'emploi  comme  mesure  d'espace  ou  de  durée  peu 
considérable).  Au  contraire  ambitus  se  présente  avec  le  sens  de  «  bande  de 
terrain  étroite,  de  2  pieds  et  demi  de  large  »  (Festus),  c'est-à-dire  à  peu  prés 
large  d'une  enjambée,  de  là  ande,  puis  andain  et  autres  dérivés,  avec  la  valeur 
primitive  d'  «  enjambée  »,  appliqués  ensuite  à  la  bande  de  pré  fauchée  par 
chaque  travailleur  et  dont  la  largeur  est  égale  à  l'écartement  des  jambes  du 
faucheur.  Sans  prétendre  conserver  l'étymologie  indagine  >>  andain, 
nous  remarquerons  qu'au  point  de  vue  du  sens,  les  objections  de  M.  H.  ne 
sont  pas  toutes  convaincantes  :  G.  Paris  voyait  surtout  dans  Vandain 
sa  longueur,  frappante  par  rapport  à  son  étroitesse,  le  sens  d'  «  enjam- 
bée »  pouvant  être  dû  à  un  développement  secondaire;  pour  M.  H.  c'est 
l'inverse  qui  est  la  vérité  :  Vandain  -doit  son  nom  à  sa  largeur  d'un  pas,  la 
longueur  n'y  est  pour  rien  ;  cependant  si  nous  remontons  au  type  latin  qu'é- 
tudie M.  H.,  nous  y  retrouvons  précisément  la  même  succession  de  sens 
que  M.  H.  rejette  pour  le  français  :  si  ambitus  a  pu  prendre  le  sens 
«  d'espace  de  terrain  de  deux  pieds  et  demi  »,  ce  n'est  qu'après  avoir  dési- 
gné une  bande  de  terrain  beaucoup  plus  longue  que  large  et  cela  me  paraît 
fort  clair  encore  dans  Festus,  «  ambitus...  circuitus  ivdificiorum  patens  in 
latitudinem  pedes  duos  et  semissem,  in  longitiidinem  idem  quod  xdijicium  ». 
Pourquoi  n'en  serait-il  pas  de  même  en  français  ?  L'on  a,  il  est  vrai,  en  Picar- 
die ander,   «  mesurer  par  pas  »,  mais,    les  bandes    parallèles  des   andains 


324  PERIODIQ.UES 

étant  de  largeur  sensiblement  pareille  et  égale  à  un  pas,  leur  nombre  peut 
servir  à  mesurer  un  pré  et  c'est  ainsi  qu'on  peut  mesurer  la  largeur  d'un 
vignoble  au  nombre  de  ses  ratig^s  de  vigne.  Des  expressions  comme  //  y  a 
belle  oiuiaine  =  «  il  y  a  longtemps  à  attendre  »  s'expliquent  par  la  longueur 
de  Vanddin  mieux  que  par  le  sens  d'  «  enjambée  »  (cf.  un  beau  ruban  de 
route,  un  ruban  de  queue).  Andée  atandain,  au  sens  de  «  court  espace  ou  courte 
durée  »,  peuvent  s'expliquer  comme  le  verbe  ander  ;  quant  à  ondée,  dans  l'a. 
fr.  (/  une  ondée  =:  ;<  d'un  seul  trait,  d'un  même  coup  »,  il  s'accommoderait 
aussi  bien  du  sens  de  «  andain  »  que  de  celui  d'  «  espace  étroit  »  (cf.  tout 
d'une  raudoiià\  d'une  seule  course,  d'une  traite).  Je  me  garde  de  conclure  pour 
un  des  deux  développements  possibles,  n'ayant  voulu  que  montrer  l'incerti- 
tude où  me  laissent  certaines  propositions  de  M.  Horning.  Il  faut  consta- 
ter encore  que  nous  n'avons  pas  la  certitude  que  ambitus  ait  perdu  le  sens 
de  «  pourtour,  enceinte,  passage  réservé  »,  pour  se  limiter  au  sens  de 
«  mesure  d'un  pas  ».  C'est  cependant  sur  cette  dernière  valeur  précise  que 
M.  H.  se  fonde  pour  rattacher  à  ambitus  andan  «  palonnier  »,  landon, 
«  bâton  suspendu  au  cou  des  animaux  pour  les  empêcher  de  courir  »,  lande 
«  traverse  de  clôture  »,  andier,  landier,  la  dimension  de  ces  divers  objets 
étant  à  peu  près  celle  d'un  pas.  —  2°  Au  sens  déjà  indiqué  de  ambitus 
«  espace  réservé  autour  d'un  édifice  »,  M.  Settegast  avait  déjà  rattaché  le 
prov.  andc  «  place  ».  M.  H.  précise  cette  idée  et  ramène  par  là  à  ambitus 
les  mots  tels  que  alandd,  alandri,  etc.  «  donner  du  large  »,  landiè  «.  cou- 
reur »  et  aussi  l'a.  fr.  luiidore  «  fainéant  »  et  les  nombreux  mots  apparentés'. 
II  est  impossible  de  citer  ici  tous  les  mots  romans  dont  M.  H.  traite 
dans  la  suite  de  son  étude.  Dans  la  dernière  partie,  M.  H.  montre  les  con- 
clusions qu'on  pourrait  tirer,  pour  la  solution  du  problème  aiidare=i:  aller,  delà 
vérification  de  son  hypothèse  sur  la  vie  florissante  de  ambitus  en  roman,  et . 
des  points  de  contact  entre  ses  représentants  romans  et  des  mots  de  la 
famille  andare,  p.  ex.  prov.  alandd  et  it.  dar  Vandare  :  l'étymologie  andare 
<;  *ambitare  y  trouverait  à  la  fois  un  fort  appui  pour  l'existence  de 
*ambitare  et  de  sérieuses  probabilités  pour  la  grande  extension  de  ce  type. 
—  P.  552,  H.  Schuchardt,  Ibero-romanisches  und  Roniano-baskisches.  Ces  notes 
sont  le  complément  du  remarquable  article  publié  par  M.  Sch.  dans  la  Zeii- 
schrift,  XXIII,  182,  Zunt  Iberischen,  Roniano-baskiscben ,  Ibero-romanischen  (sur 
cet  article,  cf.  Romania,  XXVIII,  457)  et  répondent  aus  observations  présen- 
tées par  M.  Baist  dans  le  Kritischer  Jahresbericht ,  VI,  i,  383  ;  elles  concernent 
les  mots  espagnols  bicerra,  vega  (et  la  double  série  espagnole  vega,  manteca, 
talega  et  portugaise  veiga,  manteiga,  taleiga),  nava,  artiga,  cor:(^o,  garuUa, 
guija,  légamo,  tapia.  M.  Sch.  termine  p?r  la  critique  de  rapprochements  pro- 
posés par  R.  Gutmann  entre  les  mots  basques  sar)ia  «  gale  »,  sarats  «  saule  » 
et  des  formes  analogues  mag}'are  et  finnoise  :  sarna  qui  n'est  pas  connu  des 

I.  Cf.  sur  ce  point,  H.  Schuchardt,  Zeitschrift  fur  roman.  Philologie,XXX,  83. 


PERIODiaUES  325 

basques  français,  appartient  par  contre  au  catalan,  au  portugais  et  à  l'espa- 
gnol, d'où  il  est  sans  doute  passé  en  basque,  saiiits  car.  le  latin  sa  lice.  — 
P.  566,  G.  de  Gregorio,  Il  codice  De  CruyUis-Spatafora  in  antico  siciliano  del 
sec.  XIV  couteneute  «  La  Mascalcia  di  Giordano  Rii/o  ».  M.  de  Gr.  publie, 
sans  les  figures,  le  ms.  qu'il  avait  fait  connaître  dans  la  Rovmnia,  XXXIII, 
368.  —  P.  607,  C.  Michaëlis  de  Vasconcellos,  Enger,  inçar.  Les  explications 
diverses  se  succèdent  pour  l'a.  fr.  aeugier,  mod.  enger  :  après  ingi guère, 
enecare,  *amputa  +  icare,  etc.,  M.  Ulrich  avait  récemment  proposé 
{Zeilschrift ,  XXVIII,  564)  *adamplicare,  il  considérait  donc  comme  primi- 
tif le  sens  d'  «  accroître  »;  M.  Jeanroy  (Komaiiia,  XXXIII,  602)  a  suggéré 
*ad-undicare,  le  sens  primitif  étant  selon  lui  «  remplir  »  ;  M™«M.  de  V., 
qui  n'a  sans  doute  pas  connu  rhvpothcse  de  M.  Jeanrov,  et  en  tout  cas  ne  la 
discute  pas  (la  Zeitschrijt  date  cette  note  du  24,1,1905  et  celle  de  M.  Jeanrov 
a  paru  dans  le  dernier  numéro  de  1904  de  la  i?owi/«/fl),  repousse  l'étymologie 
de  M.  Ulrich  :  étudiant  parallèlement  le  fr.  enger  et  le  port,  inçar,  elle  pense 
que  le  sens  primitif  de  ces  deux  verbes  est  «  faire  des  petits,  se  reproduire, 
pulluler  »  et  elle  les  rattache  tous  deux  par  l'intermédiaire  des  formes  diverses 
*ad  -f-iudicare  >  aengier  et  *indiciare  >  sarde  an-^are,  port,  inçar, 
etc.,  au  lat.  index,  dont  elle  avait  déjà  étudié  {Zeilschrift,  VII,  113)  les 
représentants  portugais  et  italiens,  au  sens  de  «  nichet,  œuf  placé  dans  le  nid 
des  poules  pour  les  exciter  à  y  pondre  »,  cet  o  vu  m  index  étant  considéré 
comme  le  point  de  départ  de  la  couvée  dont  il  a  été  l'occasion.  Pour  le 
sens,  l'on  peut  comprendre  que  ind icare  ait  fini  par  signifier  «  avoir  des 
petits  »,  par  des  intermédiaires  tels  que  «  pondre,  couver,  auprès  de  V index  », 
mais  l'on  se  demande  pourquoi  un  sens  défavorable  s'est  attaché  à  ce  mot  à 
la  fois  er.  France  ou  en  Portugal.  Noter  p.  614-16  de  nouveaux  renseigne- 
ments sur  les  représentants  portugais  de  index. 

MÉLANGES.  —  P.  618,  Ed.  Lidforss,  Zitm  «  Poema  del  Cid  »,  v.  1235-57  : 
modification  delà  ponctuation  du  v.  1235,  Las  niievas  del  caiiallero ,  ya  nedes, 
do  legaiian,  Grand  alegria,  etc.,  et  correction  au  vers  1557,  Los  sos  despendie  el 
nioro,  que  de  lo  so  non  toniavan  nada.  —  P.  619,  V.  Crescini,  Postilla  morfolo- 
gica  al  Ritino  Cassinese.  —  P.  620,  H.  Schuchardt,  Sachen  und  Wôrter. 
M.  Sch.  présente  quelques  réflexions  sur  l'étude  des  objets,  inséparable  de 
l'étude  des  mots,  à  propos  de  la  belle  publication  qu'il  a  dédiée  à  A.  Mussa- 
fia,  des  travaux  de  R.  Meringer  dans  les  Indo-gernianiscbe  Forschungen,  XVII 
et  XVIII,  Wôrter  und  Sachen  et  de  l'étude  de  Gilliéron  et  Mongin,  «  Scier  » 
dans  la  Gaule  romane  du  Sud  et  de  VEst.  Il  fait  un  éloge  mérité  de  ce  dernier 
ouvrage  où  il  reconnaît  une  des  plus  importantes  publications  parues  depuis 
longtemps  dans  le  domaine  de  la  linguistique  romane,  parce  qu'elle  apporte 
une  nouvelle  méthode  de  découverte  et  de  solution  des  problèmes. —  P.  622, 
H.  Schuchardt,  Gn'/Zow.  Courte  remarque  sur  l'art.  d'Ant.  Thomas,  Romania, 
XXXIV,  287  ss  ;  —  Entre  chien  et  loup  :  exemple  hébraïque  de  l'expression, 
nouvelle  preuve  de  son  origine  orientale  ;  —  Roum.  «  scâlànih  »  ;  observa- 
tions sur  l'étymologie  scàldmb  <  *scalambus  =  cjy.aXr|Vo;  -j-  strambus 


326  PÉRIODIQUES 

proposée  par  S.  Pir.cariu.  —  P.  624,  J.  Ulrich,  Fi\  viod.  «  baliveau  «  = 
a.  l'r.  heslif  =z  bis-x'quum  avec  iigglutination  de  l'article,  le  baliveau  étant 
réservé  parce  qu'il  est  mieux  venu  et  se  distinguant  ainsi  des  autres  arbres 
(fort  douteux). —  ËngaJ.  «  tuaschdina»,iiiédicante7it  :  croisement  de  medicina 
et  misci tare. 

Comptes  rendus.  —  P.  624,  J.  Trénel,  Uancien  Testament  et  la  hnicrue 
française  du  moyen  di^e  (Ph.  A.  Becker).  —  P.  626,  J.  Fitzmaurice-Kelly, 
Lx>pe  de  Vega  and  the  spanish  drania  ;  G.  W.  Bacon,  An  essay  upon  the  lije  and 
draniatic  worhs  of  D' Juan  Peie^de  Montalvan;  D.  E.  Martell,  The  dramas  of 
Don  Antonio  de  Solis  y  Rivadeneyra  (W.  v.  Wurzbach).  —  P.  629,  L.  Abeille, 
Idionia  nacional  de  las  Argentines  (P.  de  Mugica).  —  P.  631,  G.  Weigand, 
Zehnter  Jahreshericht  des  Instituts  fur  ruinânische  Spracbe  (S.  Puçcariu).  — 
P.  635,  Le  Moyen-Age,  XVII  (F.  E.  Schneegans).  —  P.  658,  Giotuak  storico 
délia  Litteratura  Italiana,  XLV,  2-3  (B.  Wiese).  —  P.  640,  Livres  nouveaux 
(G.  G.,  H.  R.  Lang,  P.  Savj-Lopez). 

XXIX,  6.  —  P.  641,  H.  Suchier,  Vivien.  [On  a  vu  plus  haut,  p.  258, 
par  l'article  de  M.  F.  Lot,  combien  sont  fragiles  les  bases  sur  lesquelles 
M.  Suchier  fonde  ses  conjectures.  Je  dois  dire  que,  avant  tout  examen  des 
éléments  historiques  de  la  question,  les  hypothèses  de  M.  Suchier,  malgré 
l'assurance  avec  laquelle  elles  sont  présentées,  m'avaient  paru  au  plus  haut 
degré  invraisemblables.  A  tout  le  moins  aurait-il  fallu  commencer  par  prou- 
ver qu'on  s'était  trompé  jusqu'ici  en  localisant  la  lutte  de  Vivien  contre  les 
Sarrasins  soit  dans  le  sud  de  France  soit  dans  l'Espagne  du  Nord.  —  P.  M.] 
—  P.  682,  G.  Michaëlis  de  Vasconcellos,  Randglossen  :{}nn  altportugiesischen 
Liederhuch  (suite).  XV,  Vasco  Martin/,  et  D.  Afonso  Sanchez.  —  P.  712, 
J.  Hadwiger,  Sprachgren:^en  und  Gren:imundarten  des  Valencianischen.  L'au- 
teur cherche  à  déterminer  avec  plus  de  précision  qu'on  ne  l'avait  fait  jusqu'ici 
les  limites  du  dialecte  valencien.  Le  travail  a  été  exécuté  sur  place  et,  à  ce 
qu'il  semble,  dans  de  bonnes  conditions,  mais  il  a  besoin  d'être  encore  con- 
trôlé. Il  est  fâcheux  que  M.  Hadwiger  n'ait  pas  joint  à  son  mémoire  une 
carte,  car  il  mentionne  beaucoup  de  localités  qui  ne  se  trouvent  pas  dans  les 
atlas  les  plus  accessibles. 

Comptes  rendus.  —   P.    752,  B.   Dimand,   Zur  rumànischen  Moduslehre 

(K.  Sandfeld  Jensen). —  P.  744,  W.  Cloetta,  Grandor  ivn  Brie  und  Gitillaunie 

von  Bapaume(P.  A.  Becker).  —  P.  750,  H.  A.  Rennert,  The  life  of  U>pe  de^ 

Vega  (W.  V.  Wurzbach).  —  P.  753,  Livres  nouveaux  (P.  S.-L.,  G.  G.).  — 

Index  et  Tables. 

Mario  RociUES. 

Revue  de  philologie  française  et  de  LrrTÉR.\TURE,  p.  p.  L.  Clédat, 
t.  XIX  (1905),  no  I.  —  P.  I,  P.  Meyer,  La  simplification  orthographique. 
Réimpression  du  rapport  que  j'ai  publié  en  1904  au  nom  de  la  commission 
ministérielle  constituée  pour  préparer    un  projet  de  simplification  de  notre 


PRRlODICiUES  327 

Orthographe.  —  P.  27,  H.  Yvon,  Viih'f  de  l'usage  en  matière  dz  langue  et  d'or- 
thographe. L'auteur  définit  avec  précision  ce  qu'on  doit  entendre  par  le  mot 
«  usage  »  appliqué  à  la  langue,  et  il  n'a  pas  de  peine  à  montrer  que  les  idées 
qui  régnent  à  ce  sujet  sont  fort  vagues  et  que  notamment,  ce  qu'on  appelle 
«  le  bon  usage  »  est  le  résultat  d'une  conception  assez  arbitraire  et  qui  varie 
selon  les  époques.  Il  v  a  cependant,  en  ce  qui  concerne  l'emploi  des  mots, 
la  construction  des  phrases,  un  usage  moyen  qui  doit  être  respecté,  mais, 
pour  l'orthographe,  M.  Y.  établit  sans  peine  que  ce  qu'on  appelle  l'usage 
n'est  qu'un  tissu  de  contradictions  qui  appelle  une  prompte  réforme.  — 
P.  48,  Emm.  Casse  et  Eug.  Chaminade,  Vieilles  chansons  patoises  du  Perigord 
(suite).  — P.  63,  F.  Baldensperger,  Notes  lexicologiques.  Exemples  pour  servir 
à  l'histoire  de  certaines  locutions  de  l'usage  actuel.  —  Mélanges.  P.  69, 
P.  Horluc,  Faire  la  fête;  épaille  r=  spatula.  —  Chronique.  P.  75,  La  péti- 
tion contre  la  réforme  de  Vorthographe.  Cette  pétition,  d'une  rédaction  bizarre 
est  de  la  part  de  M.  Clédat  l'objet  de  sages  critiques  que  malheureusement 
ceux  qui  l'ont  signée  ne  liront  pas.  —  P.  80,  La  réforme  de  M.  Michel  Bréal. 
M.  Bréal,  avant  publié  contre  la  réforme  orthographique,  un  article  singuliè- 
rement rétrograde  et  d'une  logique  douteuse  (Revue  bleue,  18  février  1905), 
M.  Clédat  se  plait  à  lui  remettre  sous  les  veux  d'anciens  écrits  où  il  approu- 
vait ce  qu'il  blâme  aujourd'hui.  L'article  de  M.  Bréal  a  d'ailleurs  été 
complètement  réfuté  par  M.  L.  Havet  dans  un  numéro  suivant  de  la  Rei'ue 
bleue. 

T.  XIX,  nos  2  et  j.  —  p.  89,  L.  Vignon,  Les  patois  de  la  région  lyonnaise  : 
le  pronom  régime  de  la  j^  personne,  le  régime  direct  neutre.  Les  formes  sont 
établies  avec  beaucoup  de  précision,  et  leur  emploi  est  clairement  défini, 
mais  l'oiigine  et  l'histoire  de  ces  formes  n'est  pas  toujours  claire.  En  général, 
c'est  hoc  et  illum.  —  P.  140,  P.  Meyer,  La  simplification  orthographique, 
fin  du  rapport.  • —  P.  155,  J.-H.  Reinhold,  Quelques  remarques  sur  les  sources 
de  «  Floire  et  Blancefior  ».  Contredit  sur  certains  points,  l'opinion  de  M.  G. 
Huet,  qui  a  maintenu  son  point  de  vue  dans  notre  précédent  fascicule,  p.  93 
et  suiv.  Cf  plus  loin,  à  la  fin  de  notre  Chronique,  de  nouvelles  observations 
de  M.  Reinhold.  —  P.  176,  Emm.  Casse  et  Eug.  Chaminade,  Vieilles  chansons 
du  Perigord  (suite).  —  Mélanges.  P.  191,  L.  Clédat,  L  usage  orthographique  au 
XVIIh  siècle.  — P.  194,  P.  Fabia,  «  Malgoirés  »,  une  étymologie  toponymique. 
Le  Malgoirés  dont  s'occupe  M.  Fabia  est  un  pays  de  la  Gardonnenque,  com- 
pris par  conséquent  dans  le  dép.  du  Gard.  M.  F.  croit  en  avoir  retrouvé  l'é- 
tymologie  dans  le  nom  ancien  de  Mauguio,  ch.  1.  de  c.  de  l'Hérault,  à  peu  de 
distance  de  Montpellier.  Ici  il  faut  s'entendre.  Tous  ceux  qui  connaissent 
quelque  peu  la  géographie  ancienne  du  Languedoc  savent  que  Mauguio  (autre- 
lois  Melgueil)  était  le  chef-lieu  d'un  comté,  qui  s'appelait  «  comitatus  melgo- 
riensis  ».  Mais  pourquoi  ce  nom  de  Melgoriensis  a-t-il  été  appliqué,  au 
xvie  siècle,  sinon  plutôt,  à  un  pays  situé  à  quelque  distance  vers  l'est,  et  qui, 
dans  les  documents  anciens,  est  appelé  vicaria  Mediogotensis,  Mediogotvfn, 
Mediogo^es,  etc.  ?  Voilà  ce  qui  est  à  expliquer,  et,  sur  ce  point,  M.  F.  ne  nous 


328      '  PÉRIODIQUES 

apprend  rien  ;  il  ne  semble  même  pas  voir  comment  se  pose  la  question.  Quant 
à  l'assertion,  exprimée  à  la  tin  de  l'article,  que  inediuiii  serait  devenu  le  syno- 
nyme de  podium  ou  de  nions,  je  ne  la  crois  pas  fondée.  —  P.  199,  L.  Clédat, 
Leveibe  v  falloir-faiUir  ».  —  P.  205,  J.  Bastin,  «  Fiiillirai  net  «  défaille  ». — 
Comptes  rendus  '.  P.  205,  G.  Rydberg,  Monosylhiba  im  Franiôslschen  (G. S.). 
—  P.  210,  Etudes  de  philolojrie  moderne,  p.  p.  la  Société  néophiiologique  de 
Stockholm,  t.  III  (H.  Yvon  et  L.  Cl.).  —  P.  220,  J.  Bastin,  Précis  de  phoné- 
tique et  rôle  de  raccent  latin  dans  les  verbes  français,  2^  éd.  (L.  Vignon).  — 
P.  223,  J.  von  den  Driesch,  La  place  de  Vadj.  épithète  en  ancien  français 
(H.  Yvon).  —  P.  228,  Chronique.  Le  rappoit  de  V Académie  française  sur  la 
réforme  de  l'orlhoi^nuiphe.  Critique  détaillée  de  cet  étonnant  rapport  dont  les 
conclusions  n'ont  inspiré  à  personne  plus  de  défiance  qu'au  spirituel  académi- 
cien qui  les  a  rédigées.  —  P.  249,  Ed.  Philipon,  Compte  en  dialecte  lyonnais 
du  XI F^  siècle.  Curieux  document  déjà  publié  en  1879,  par  un  érudit  lyon- 
nais, mais  dont  M.  Ph.  nous  offre  une  édition  infiniment  meilleure  que  la 
précédente  et  accompagnée  d'un  glossaire.  — •  P.  266,  Emm.  Casse  et  Eug. 
Chaminade,  Vieilles  chansons  patoises  du  Périgord  (suite).  — P.  284,  H.  Yvon, 
La  grammaire  française  au  XX^  siècle.  —  Comptes  rendus.  P.  300,  A.  Seche- 
haye,  L'imparfait  du  snbj.  et  ses  concurrents  dans  les  hypothétiques  normales  (sic) 
en  français  (H.  Yvon).  —  M.  Niedermann,  Contributions  à  V explication  des 
gloses  latines  (L.  Vignon;  cf.  ci-dessus,  p.  160).  —  P.  308,  Gilliéron  et  Mon- 
gin,  Étude  de  géographie  linguistique  «  Scier  »  (L.  Vignon)  ;  cf.  Romania, 
XXXIV,  621. 

P.  M. 


I .  Nous  ne  mentionnons  que  les  comptes  rendus  d'ouvrages  qui  peuvent 
entrer  dans  le  cadre  de  la  Roman ia. 


CHRONIQUE 


Le  5  février  dernier  est  décédé  à  l'âge  de  79  ans  M.  Ed.  Boehmkr  qui,  il  y  a 
trente  ou  quarante  ans,  prit  une  part  active  au  développement  des  études 
romanes.  11  possédait,  en  des  branches  très  diverses  de  l'érudition,  des 
connaissances  spéciales.  Ses  idées  étaient  originales,  souvent  ingénieuses, 
parfois  téméraires.  Une  grande  partie  de  son  activité  scientifique  échappe  à 
notre  appréciation.  Théologien  et  orientaliste,  il  s'occupa  d'abord  de  la 
critique  de  l'Ancien  Testament.  Puis,  vers  1865,  il  dirigea  ses  études  vers 
l'ancienne  littérature  italienne,  et  s'occupa  principalement  de  Dante.  En 
1866,  il  écrivit  un  mémoire,  imprimé  à  part,  sur  le  De  Mouarchia.  Peu  après, 
il  publia  sur  le  De  vitlgari  eloqueiitia  une  brochure  intéressante  (1868)  dont 
G.  Paris  rendit  un  compte  très  favorable  dans  la  "Revue  critique  (1869,  II, 
350).  Les  premiers  volumes  du  Jabrhuch  der  Deutschen  Dante  Geselhchaft 
contiennent  plusieurs  articles  de  lui.  En  1871  il  fonda  les  Ronianische  Studieu 
dont  le  premier  fascicule,  où  il  inséra  deux  articles,  est  entièrement  consacré 
à  l'ancienne  littérature  italienne.  Ce  recueil  se  continua,  paraissant  à  des 
intervales  irréguliers,  jusqu'en  1885.  Il  forme  six  volumes  ou  22  fascicules 
que  nous  avons  analysés  régulièrement  dans  nos  tomes  I  à  XV.  Nous  avons 
aussi  rendu  compte  (II,  105)  de  son  édition  de  la  Chanson  de  Roland 
{Rencesir.h)  qui  n'est  pas  ce  qu'il  a  fait  de  mieux.  Du  reste,  ses  travaux  sur 
la  philologie  française  ne  lui  ayant  probablement  pas  donné  beaucoup  de 
satisfaction,  il  se  tourna  vers  une  autre  branche  de  la  philologie  romane  et  fit 
d'utiles  publications  sur  la  littérature  roumanche,  ou,  comme  il  disait,  rhéto- 
roraane,  notamment  une  importante  bibliographie  qui  parut  dans  le  tome  M 
des  Roiihuiische  Studieu.  En  même  temps  il  poursuivait  des  études,  où  ses 
connaissances  théologiennes  pouvaient  Touver  leur  emploi,  sur  l'histoire  de 
la  Réforme  en  Espagne.  Son  œuvre  la  plus  durable  est  probablement  son 
livre  publié  en  anglais  sur  les  Spanish  Rejormers  (1874).  Il  y  peu  d'années 
il  faisait,  en  collaboration  avec  M.  Morel-Fatio,  un  mémoire  sur  l'humaniste 
catalan  Pedro  Valdès,  mort  dans  les  prisons  de  l'Inquisition  en  1595,  qui  fut 
publié  dans  le  Journal  des  savants  (1902).  Ce  fut  probablement  son  dernier 
travail.  Boehmer  avait  été  professeur  à  Halle  de  1866  à  1872.  A  cette 
dernière  date,  il  fut  appelé  à  Strasbourg  pour   v  occuper  la  chaire  de  philo- 


330  CHRONIQUE 

logic  romane.  Il  donna  sa  démission  en  1879  après  avoir  eu,  avec  certains 
de  ses  collègues,  des  querelles  qu'il  s'est  plu  à  conter  dans  sa  Revue  (III, 
626).  Boehmer  fut  un  homme  très  personnel,  ayant  plus  d'intuition  que  de 
méthode.  Il  supportait  mal  la  critique  et  ne  savait  pas  réfréner  son  tempéra- 
ment combatif.  Il  perdait  volontiers  son  temps  en  polémiques  inutiles.  Mais 
ce  n'était  pas  le  premier  venu.  —  P.  M. 

—  L.  Maximilien  K.wvczy.nski,  professeur  de  philologie  romane  à  l'université 
de  Cracovie,  est  décédé  le  12  avril  dernier,  à  l'âge  de  cinquante-six  ans.  Il  avait 
étudié  à  Leipzig,  à  Zurich  et  à  Munich  et  s'était  d'abord  occupé  de  littérature 
moderne;  mais  un  séjour  à  Paris,  où  il  fut  l'auditeur  de  G.  Paris,  en  1887, 
le  tourna  vers  le  moyen  âge.  Il  a  été  rendu  compte  ici  même  (Roiinviia,  XX, 
145-7)  ^^  son  remarquable  mémoire  intitulé  :  Essai  comparatif  sur  l'origine 
et  Vhistoire  des  rythmes.  Dans  ses  dernières  années  il  s'était  particulièrement 
appliqué  à  étudier  l'influence  d'Apulée  sur  la  littérature  française  du  moyen 
âge,  et  une  série  de  publications  se  rapporte  à  cet  ordre  d'idées  :  Les  métamor- 
phoses d'Apidée  (1900)  ;  LAmotir  et  Psyché  (1901);  Parteiiopeiis  de  Blois  (1902)  ; 
Le  Chevalier  au  Cygne  (1903);  Huon  de  Bordeaux  (1905)  ;  Apulée  a-t-il  été 
connu  au  moyen  âge?  (1905,  dans  les  Bausteine  Mussafia).  Sauf  ce  dernier 
travail,  qui  a  été  publié  en  allemand,  ces  mémoires  sont  écrits  en  polonais 
et  ont  été  résumés  en  français  dans  le  Bulletin  de  l'Académie  des  sciences  de 
Cracovie,  dont  l'auteur  faisait  partie  depuis  1902.  —  A.  Th. 

—  Le  10  avril  dernier  M.Jules  Protat,  l'un  des  chefs  de  l'établissement  où 
s'imprime  la  Romania,  est  décédé  à  l'âge  de  54  ans.  Nous  devons  un  souvenir 
à  cet  homme  modeste  autant  qu'instruit  qui  surveillait  personnellement  la  par- 
tie matérielle  de  notre  publication  et  en  assurait  la  correction.  M.  J.  Protat 
était  fort  érudit.  Il  avait  le  goût  de  l'archéologie  et  possédait  notam- 
m.ent  des  connaissances  étendues  en  numismatique.  Il  laisse  un  riche  médail- 
lier  qu'il  avait  constitué  peu  à  peu.  En  constants  rapports  avec  lui,  depuis 
vingt  ans,  nous  n'avons  jamais  eu  qu'à  nous  louer  de  l'intelligence  et  de  la 
conscience  qu'il  apportait  à  son  travail,  et  plus  d'une  fois,  ses  avis  nous  ont 
été  utiles.  Nous  sommes  assurés  de  trouver  le  même  concours  dans  celui  des 
deux  frères  qui  est  resté  seul  à  la  tète  de  l'imprimerie. 

—  Le  prix  La  Grange  (1906)  a  été  décerné  par  l'Académie  des  inscriptions 
et  belles-lettres  à  M.  J.  Bédier  pour  son  édition  du  Tri<:ta?i  de  Thomas  (Société 
des  anciens  textes  français). 

—  La  Société  des  anciens  textes  français  a  mis  en  distribution,  au  mois  de 
novembre  dernier  deux  des  volumes  de  l'exercice  de  1905,  à  savoir  le 
t.  II  du  Tristan  de  Thomas,  p.  p.  M.  J.  Bédier  et  l'édition  des  Vers  delà 
mort  due  à  MM.  Fr.  Wulff  et  Em.  Walberg,  L'exercice  vient  d'être  complété 
par  les  Cent  Ballades,  œuvre  du  xix^  siècle,  publiée,  avec  deux  reproduc- 
tions phototypiques,  par  M.  G.  Raynaud.  L'édition  du  marquis  de  Queux 
de  Saint-Hilaire  (1868,  avec  complément  publié  en  1874)  était  épuisée,  et 
d'ailleurs  laissait  à  désirer  pour  le  texte  comme  pour  l'annotation.  M.  Raynaud 


CHRONIQ.UE  331 

a  établi  un  texte  critique  et  présenté  tout  un  ensemble  de  recherches  nouvelles 
sur  lesG'/;/  BalLuies.  —  Le  premier  volume  de  l'exercice  1906  sera  le  tome  II 
du  Roniiiii  lie  Troie,  qui  sera  distribué  en  novembre. 

—  La  Société  Gaston  Paris  vient  de  publier  le  premier  fascicule  des  Mélanges 
liugiiistiques  de  Gaston  Paris  (Paris,  Champion).  Ce  fascicule  renferme  les 
mémoires. ou  articles  de  G.  Paris  relatifs  au  latin  vulgaire  et  aux  langues 
romanes  en  général.  11  commence,  par  le  mémoire  —  dont  malheureusement 
la  suite  n'a  pas  été  rédigée  —  intitulé  Romani,  Roniania,  lingua  romana,  roman- 
ciiim,  par  lequel  s'ouvre  notre  tecueil,  et  où  ont  été  introduites  quelques 
menues  rectifications  que  l'auteur  avait  inscrites  sur  les  marges  de  son  exem- 
plaire. Viennent  ensuite  les  notices  sur  VAppendix  Probi,  le  compte  rendu  de 
l'Heptateuque  latin  publié  par  L'I.  Robert,  le  mémoire  sur  l'altération  romane 
du  c  latin,  et  enfin  le  compte  rendu  de  la  Dissimilation  consonantiqiie  dans 
les  langues  romanes  de  M.  Grammont.  —  Ce  recueil  a  été  préparé  par  les 
soins  de  M.  Mario  Roques. 

—  Le  4  mars  dernier,  à  Montpellier,  un  banquet  a  été  offert  à  M.  Camille 
Chabaneau,  professeur  honoraire  de  l'Université  de  cette  ville,  qui  voyait  ce 
jour  même  revenir  pour  la  75'^  fois  l'anniversaire  de  sa  naissance.  On 
annonce  à  cette  occasion  la  publication  à  la  librairie  Junge,  à  Erlangen,  d'un 
volume  commémoratif  qui  doit  porter  le  titre  de  Mélanges  Chabaneau,  et 
dont  quelques  tirages  à  part  nous  sont  déjà  parvenus,  bien  que  le  volume 
n'ait  pas  encore  paru.  Nous  en  donnerons  un  compte  rendu  dès  qu'il  sera 
entre  nos  mains.  Qu'il  nous  soit  permis  d'exprimer  le  vœu  que  M.  Chaba- 
neau, libre  maintenant  des  soucis  de  l'enseignement  public,  donne  enfin  au 
public  l'introduction  grammaticale  au  Mémorial  du  consulat  de  Limoges,  qu'on 
attend  ucpuis  dix  ans,  et  la  réédition  des  Fies  des  poètes  provençaux  de  Nostre- 
damc,  à  la  préparation  de  laquelle  il  travaille,  dit-on,  depuis  vingt  ans. 

—  M.  C.  Salvioni  a  étudié,  dans  un  récent  fascicule  des /^('«(f/co;/// de  l'Institut 
Lombard  (2<-"  série,  t.  XXXIX,  pp.  477-494)  le  dialecte  de  Poschiavo,  au 
sud  du  canton  des  Grisons,  dans  une  vallée  qui  débouche  dans  celle  de 
l'Adda,  en  face  de  Tirano.  L'occasion  lui  en  a  été  fournie  par  une  disserta- 
tion de  Zurich  (1905)  du  reste  fort  défectueuse. 

—  Le  P.  Paul  Peeters,  boUandiste,  a  publié  dans  le  t.  XXV  (pp.  137-157)  des 
Analecta  Bollandiana  un  mémoire  intitulé  La  légende  de  Saidnaya  où  est  étu- 
dié à  nouveau  le  pieux  récit  connu  sous  le  nom  de  Miracle  de  SarJenai,  dont 
M.  G.  Raynaud  a  édité  ici-même  (XI,  519,  cf.  XIV,  82)  une  rédaction  en 
vers  français.  L'occasion  de  ce  travail  a  été  fournie  au  savant  bollandiste  par 
laTécente  publication  d'une  homélie  arabe  sur  le  même  miracle.  Il  ne  semble 
pas  que  ce  nouveau  texte,  dont  !a  date  est  incertaine,  ait  en  soi  beaucoup  de 
valeur  ;  il  confirme,  du  moins  sur  un  point,  l'opinion  exprimée  par  M.  Raynaud, 
que  le  récit,  connu  jusqu'ici  par  des  rédactions  latines  ou  françaises,  devait 
avoir  une  source  grecque.  Sur  d'autres  points  le  P.  Peeters  s'écarte  de 
M.  Raynaud  en  proposant  un  autre  classement  des  textes  latins. 


332  CHRONIQUE 

—  Vient  de  paraître  le  Septième  rapport  onniifl  de  la  rédaction  du  crJossaire 
des  patois  de  la  Suisse  romande,  année  1905  (Xeucliâtel,  1906).  Ce  rapport 
nous  renseigne  sur  le  progrès  des  diverses  enquêtes  annoncées  dans  le  rapport 
précédent  (voir  Rotnania,  XXXIV,  548),  et  sur  les  nouveaux  matériaux  mis  à 
la  disposition  de  la  commission  chargée  de  rédiger  le  glossaire.  Beaucoup  de 
personnes,  en  effet,  avaient,  soit  en  vue  d'une  publication,  soit  par  simple 
curiosité,  commencé  à  recueillir  des  mots  ou  des  textes  patois.  Ces  recueils 
offrent  souvent  un  réel  intérêt.  En  diverses  parties  de  la  Suisse  (comme  en 
France,  du  reste),  les  patois  sont  en  voie  de  disparaître,  et  on  a  pu,  il  y  a 
quelques  années,  recueillir  des  mots  qu'on  ne  retrouverait  plus  maintenant.  — 
Le  Bulletin  du  glossaii-e  des  patois  de  la  Suisse  romande  continue  à  paraître  régu- 
lièrement et  est  toujours  intéressant.  Dans  la  quatrième  année  (1905)  dont  les 
numéros  i  et  2  viennent  de  paraître  en  un  seul  cahier,  nous  remarquons  un  savant 
article  de  M.  Gauchat  sur  «  l'origine  du  nom  de  la  Chaux-de-Fmds  »,  M.  Gau- 
chat,  écartant  les  étymologies  proposées  jusqu'à  ce  jour,  rattache  chaux  au 
cahiiis  dont  M.  Thomas  a  déjà  parlé  dans  la  Roniania  (XXI,  9,  note)  et  qui 
se  retrouve  sous  des  formes  bien  diverses  en  diverses  parties  de  la  France, 
surtout  dans  le  Midi  (La  Chau,  La  Chalm,  La  Calm,  etc.).  Mais  l'addition 
de  fonds  reste  obscure.  A  signaler  dans  le  même  fascicule,  un  recueil  de 
«  Pronostics  et  dictons  agricoles  «  en  patois  du  Clos  du  Doubs  (Jura  bernois). 

—  Les  Annales  des  Alpes,  recueil  périodique  des  Archives  des  Hautes- Alpes  sont 
une  revue  historique,  contenant  des  documents,  des  travaux  de  recherche, 
des  notices  bibliographiques  concernant  le  département  des  Hautes-Alpes  et, 
dans  une  mesure  limitée,  les  départements  voisins.  Fondé  en  1897  par  M.  le 
chanoine  Paul  Guillaume,  archiviste  des  Hautes-Alpes,  le  recueil  en  est 
actuellement  à  sa  neuvième  année  '.  Nous  ne  pouvons,  on  le  comprend,  donner 
l'analyse  d'un  périodique  dont  le  caractère  est  spécialement  historique,  mais 
les  documents  de  l'histoire  locale  intéressent  parfois  la  linguistique,  et  l'on 
ne  s'étonnera  pas  que  M.  P.  Guillaume,  à  qui  est  due  la  publication  de  la 
plupart  des  mystères  briançonnais,  ait  recueilli  avec  un  soin  particulier  les 
textes  de  langue  que  ses  travaux  d'inventaire  lui  ont  fait  rencontrer.  Le  dépar- 
tement des  Hautes-.\lpes,  malheureusement,  est  comme  le  département  voi- 
sin de  l'Isère,  l'une  des  parties  de  la  France  où  l'usage  du  latin  s'est  continué 
le  plus  longtemps.  Le  plus  ordinairement,  dans  l'usage  administratif,  l'emploi 
du  français  a  succédé  immédiatement  à  celui  du  latin,  de  sorte  que  les  docu- 
ments de  l'idiome  local  sont  très  clairsemés  et  n'apparaissent  guère  qu'au  xv^ 
ou  même  au  xvi«  siècle.  Nous  signalerons  cependant  un  petit  registre  des 
reconnaissances  de  la  seigneurie  de  Savines(arr.  d'Embrun)  des  années  1591- 

1594  (t.  VI,  p.  59-66)  et  le  Livre  de  raison  de  Martin  de  La  Vallette,  seigneur 
des  Crottes,  coseigneur  du  mandement  de  Savines  (t.  IX,  p.  119,  etc.),  qui 


I.  Gap,  aux  archives  départementales.  Six  fascicules  (environ  18  feuilles) 
par  an. 


CHRONIQ.UE  333 

s'étend  de  1500  à  1525.  Les  Annales  des  Alpes  contiennent  aussi  divers 
spécimens  (en  général  des  poésies)  du  patois  du  xviiie  siècle  et  du 
XIX'.  Signalons  aussi,  dans  le  t.  V  (1901-2),  un  intéressant  mémoire  de 
M.  Guillaume  sur  «  l'industrie  laitière  dans  les  Hautes-Alpes  d'après  les 
anciens  documents  ».  L'auteur  étudie  toutes  les  questions  qui  concernent 
l'élève  des  animaux,  le  régime  auquel  ils  étaient  soumis,  les  produits  de  l'indus- 
trie laitière,  les  salaires,  le  matériel  employé,  etc.  ;  notamment  il  a  relevé 
dans  les  documents  des  derniers  siècles  un  grand  nombre  de  termes  spéciaux 
à  ibrme  latine  le  plus  souvent,  mais  où  transparaît  la  forme  vulgaire,  qui 
manquent  dans  les  dictionnaires  ou  qui  y  sont  expliqués  d'une  façon  insuffi- 
sante. —  P.  M. 

—  Nous  n'avons  pas  encore  entretenu  nos  lecteurs  de  l'édition  du  texte 
original  catalan  des  œuvres  en  prose  de  Raimond  Lull  qui  se  publie  à  Majorque. 
Cette  édition  avait  été  commencée  par  D.  Jerônimo  Rossellô,  qui  publia 
simultanément,  par  livraisons,  quelques  ouvrages,  mais  n'en  termina  aucun. 
Plusieurs  lullistes  majorquins,  au  nombre  desquels  il  faut  surtout  nommer 
l'archiviste  provincial  D.  Mateo  Obrador  Bennassar,  ont  décidé  de  poursuivre 
l'entreprise  de  Rossellô  et  de  la  mener  à  bonne  fin.  Les  Ohres  de  Ranion  Lull, 
edicio  original  fréta  directament  dels  mes  antichs  y  millors  manuscrits  luUans  qui 
romanen  a  Mallorca,  Barcelona,  Paris,  Roma,  Londres,  Munich,  etc.  per  un 
estol  de  lulistes  niallorquins,  paraissent  maintenant  en  volumes  in-8°  à  Palma 
de  Majorque.  Les  trois  volumes  publiés  de  1901  à  1903  contiennent  les 
ouvrages  suivants  :  Libre  det  Gentil  e  los  très  Savis  ;  Libre  de  la  primera  e  segona 
intenciô;  Libre  de  mil  proverhis  ;  Arbre  de  filosofia  d'amor;  Libres  de  oraciô, 
de  Deu,  de  conaxensa  de  Deii,  del  es  de  Deu,  et  enfin  le  Félix  de  les  inaravelles 
del  mon.  II  fiiudra  encore  une  vingtaine  de  volumes  pour  épuiser  le  stock 
qui  reste  à  publier.  Puis  les  éditeurs  comptent  réimprimer  les  œuvres  en 
vers,  mais  sans  les  morceaux  apocryphes  qui  figurent  dans  l'édition  de  Rossel- 
lô (Palma,  i8)7)  et  les  écrits  qui  traitent  de  la  vie  de  l'auteur.  L'entreprise, 
comme  on  le  voit,  est  considérable,  et  si  les  zélés  éditeurs  la  conduisent  à 
bonne  fin,  ils  pourront  se  flatter  d'avoir  élevé  au  plus  illustre  des  Majorquins 
un  véritable  monument.  —  A.  M. -F. 

En  rendant  compte  du  n"  6  de  la  Revista  de  bibliografia  catalana  (ci-dessus, 
p.  143),  et  à  propos  d'une  version  des  Psaumes  de  la  bibliothèque  métropo- 
litaine de  Valence  différente  de  celle  qui  fut  imprimée  à  Venise  en  1490,  j'ai 
dit  à  tort  :  «  Pour  prouver  que  ces  deux  versions  différent,  M.  Massô  imprime 
le  premier  psaume  d'après  l'une  et  le  dernier  psaume  d'après  l'autre  :  cela  ne 
facilite  pas  la  comparaison.  «  En  fait,  M.  Massô  a  bien  imprimé  le  premier 
et  le  dernier  psaume  d'après  les  deux  versions.  —  A.  M. -F. 

M.  Philipon  nous  adresse  la  note  suivante  : 

<<  On  me  permettra  de  répondre  en  quelques  mots  aux  savantes  observa- 
tions dont  M.  A.  Thomas  a  fait  suivre  mon  article  sur  le  Provençal  -enc; 
Italien  -ingo,  -engo  (ci-dessus  p.  19).  Je  ne  tiens  pas  essentiellement  à  la 
qualification  de  ligure  que  j'ai  donnée  à  ce  suffixe,  mais  je  ne  puis  cependant 


334  CHRONIQUE 

pas  oublier  que  les  anciens,  à  commencer  par  Aristote,  nous  apprennent 
qu'au  ivc  siècle  avant  notre  ère  le  bassin  du  Rhône  faisait  partie  de  la 
Ligurie,  que  c'est  en  Ligurie  que  les  Phocéens  ont  établi  leur  colonie  de 
Marseille,  que  toute  l'Italie  du  nord-ouest  est  qualifiée  de  Ligurie  par  Tite- 
Live  et  par  Pline,  que  Pavie  notamment  a  été  fondée  par  les  Ligures  et 
qu'enfin,  avant  l'arrivée  des  Gaulois  en  Languedoc,  ce  pays  était  occupé  par 
des  Ligures  mêlés  aux  Ibères.  Comme  le  suffixe  toponymique  -inquo-  ne 
peut  pas  être  gaulois,  puisque  les  Gaulois  changeaient  en^  la  vélaire  lahiali- 
sante,  comme  il  n'est  certainement  pas  latin  non  plus,  on  m'accordera  bien 
que  j'avais  quelques  raisons  pour  l'attribuer  aux  Ligures,  dans  l'ancien 
domaine  desquels  il  a  eu  la  fécondité  que  l'on  sait.  Maintenant,  que  ce 
même  suffixe  se  rencontre  sporadiquement  au  nord  de  la  Loire,  c'est  fort 
possible  et  le  contraire  serait  pour  nous  surprendre.  Grâce  aux  beaux 
travaux  de  M.  d'Arbois  de  Jubainville,on  sait  aujourd'hui  qu'il  y  a  en  France, 
«  bien  au  nord  de  la  Garonne  et  des  côtes  de  la  Méditerranée  »,  beaucoup 
de  noms  de  lieux  auxquels  les  Celtes  n'ont  rien  à  prétendre'.  Jai  cité 
Ageiliuciim,  j'aurais  pu  citer  aussi  Ahrhicas  ou  ObriuMs,  rivière  de  la  Gaule 
Belgique  (Ptol.  2,  9,  2).  Quant  à  arinca  (Pline  18.  6i-8i)et  à  l'hypothétique 
tar'nicd,  je  ne  sais  pas  s'il  faut  y  voir  le  suffixe  -inquo-  plutôt  que  la  forme  du 
suffixe  -in-ko-  (cf.  le  lat.  juv-eti-cu-s),  mais  ce  que  je  sais,  c'est  que  si  nous 
avons  affaire  à  -inquo-,  ces  mots  ne  peuvent  pas  être  d'origine  gauloise. 

Je  ne  puis  pas,  dans  cette  courte  note,  passer  au  crible  toutes  les  formations 
françaises  avec  -ng-  qu'énumère  M.  Thomas,  mais  est-il  bien  certain  qu'elles 
remontent  à  -ing-}  cf.  Marccllanges  :=^  Marcellanicas.  Quant  au  vieux 
dauphinois  r/;i;wa/7(^;;c/;/,  j'vvoislefém.  chamarlenca  tiré  du  masc.  roman  cha- 
niarlcnc  tout  comme  le  nom  de  femme  Bertinga  a  été  tiré  du  nom  d'homme 
Berting-.  Que  si  l'on  n'a  pas  eu  chamarlengi,  c'est  tout  uniquement  parce  que 
l'idée  de  donner  un  féminin  à  *  chamarleng  n'est  venu  aux  Dauphinois  que 
lorsque  le  gcrm.  cbaniarling  en  était  arrivé  en  roman  à  l'étape  chainarlcnc. 
Si  cette  idée  leur  était  venue  plus  tôt  ,  on  peut  tenir  pour  assuré  que  c'est 
chamarlengi  et  non  pas  chamarlcnchi  qu'aurait  écrit  le  Mistral  de  Vienne. 

Je  dois  protester,  en  terminant,  contre  l'erreur  monumentale  que  me 
prête  M.  Thomas,  lorsqu'il  me  fait  dire  qu'en  germanique  «  le  suffixe  -ing-  a 
eu  pour  unique  fonction  de  former  des  patronymiques  ou  des  ethniques  qui 
sont  en  réalité  d'anciens  patronymiques  ».  J'ii  écrit  —  ce  qui  est  bien 
différent  —  que,  dans  Vonomastique  gernitinique,  le  suffixe  -ing-  n'avait  été 
employé  qu'à  la  formation  de  patronymiques  ou  d'ethniques,  mais  M.  Thomas 
me  croira  si  je  dis  que  je  n'ignorais  pas  le  rôle  important  qu'a  joué  notre 
suffixe  dans  le  Icxicon  germanique,   à  preuve  les  nombreuses  formations  en 


1.  D'Arbois   de   Jubainville,    Les  premiers  habitants     de     V Europe,    t.   II, 
p.  XV  et  suiv. 

2.  Cf.  Fôrstemann,  Persouneiinamen,  2=  éd.,  c.  283. 


CHRONIQUE  335 

-iit(^  que  j'ai  citées  comme  ayant  passé  du  vieux-haut-allemand  en 
français.  »  —  Ed.  Philipon. 

—  M.  J.  Reinhold  soutiendra  très  prochainement  à  la  Sorbonne,  en  vue 
du  doctorat  d'université,  une  thèse  sur  Floire  et  Blancbeflof,  dès  maintenant 
imprimée  et  dont  nous  nous  proposons  de  rendre  compte  sous  peu 
En  nous  adressant  cet  ouvrage,  M.  Reinhold  nous  fait  part  des  observations 
suivantes,  que  lui  a  suggérées  la  lecture  de  l'article  de  M.  Huet  sur  Floire  et 
Blaucheflor  inséré  dans  notre  précédent  fascicule  (p.  95)  : 

M  M.  Huet,  contestant  certaines  opinions  que  j'ai  exprimées  dans  la  Rei'ue 
</<-  phîloloi^ie  française,  t.  XIX,  sur  les  sources  de  Floire  el  Blaucheflor, 
m'attribue  des  idées  dont  je  ne  puis  accepter  la  responsabilité.  Ainsi  il 
«  se  déclare  incapable  de  comprendre  comment  un  homme  prenant  pour 
point  de  départ  le  thème  purement  fantastique  de  la  Tor  as  pucels,  et  y  mêlant 
une  foule  de  traits  hétérogènes  pris  à  droite  et  à  gauche,  aurait  pu  cons- 
truire un  récit  aussi  réel,  aussi  net  et  précis  que  cette  seconde  partie  du  roman  » 
(p.  96  ).  M .  Huet  a  donné  à  ma  pensée  une  extension  tout  à  fait  excessive, 
car  j'avais  dit  simplement  que  «  l'auteur  du  poème  français  n'avait  pas 
besoin  des  contes  arabes  pour  obtenir  quelques  détails  relatifs  au  harem  »(Revue, 
p.  167).  Il  s'agit  de  «  quelques  détails  n  et  non  d'un  «  point  de  départ  ». 
Un  peu  plus  loin,  M.  Huet  cite  ainsi  quelques  lignes  de  mon  article  :  «  On  place 
les  origines  des  Mille  et  une  nuits  au  temps  de  Haroun-al-Raschid,  mais  ce 
ne  sont  que  pures  hypothèses-  Ce  qui  est  certain  c'est  que  leur  forme 
actuelle  remonte  au  xv^  siècle  et  qu'elles  se  répandent  en  Europe  pour  la 
première  fois  au  xviiie  siècle  »  (p.  97).  Ici,  sans  doute  par  inadvertance,  un 
mot  a  été  mis  à  la  place  d'un  autre.  J'ai  écrit  {Revue,  p.  167)  ils  et  non  pas 
elles.  Or  ils  se  rapporte  aux  «  contes  »  dont  j'ai  fait  mention  dans  une  phrase 
précédente,  un  peu  trop  éloignée  peut-être.  Il  s'agit  des  contes  dont  se  sert 
M.  Huet  et  non  du  recueil  connu  sous  le  nom  de  Mille  et  nue  nuits.  Le  sens 
est  bien  différent.  —  M.  Huet  dit  aussi  que,  selon  moi,  «  le  panier  à  fleurs 
serait  une  imitation  du  cheval  de  Troie  »  (p.  96).  Ce  n'est  pas  là  une  juste 
interprétation  de  ma  pensée.  Je  me  suis  élevé  dans  mon  article,  contre  l'idée 
de  M.  Huet  qui  considère  l'épisode  où  on  voit  Floire  s'introduire  auprès  de 
Blancheflor  dans  une  corbeille  de  fleurs,  comme  imité  d'un  conte  arabe 
où  le  même  rôle  est  joué  par  une  caisse  contenant  des  étoffes  (Rom.,  XXVIII, 
354  et  suiv.).  J'ai  dit  à  ce  propos  que  des  stratagèmes  analogues  se  ren- 
contraient dans  la  littérature  française  antérieurement  à  la  composition  de 
Floire  et  Blaucheflor,  et  j'ai  cité  le  cheval  de  Troie  comme  l'un  de  ces  strata- 
gèmes. Je  demande  la  permission  de  'reproduire  mes  paroles  :  «  Je  crois 
que  la  ressemblance  entre  ces  deux  motifs  (corbeille  de  fleurs  et  caisse  de 
marchandises)  n'est  pas  plus  grande  que  celle  qui  existe  entre  cette  corbeille 
et  les  tonneaux  dan;  lesquels  se  cachent  les  compagnons  de  Guillaume 
(dans  le  Charroi  de  Nîmes).  Ce  qui  est  surtout  très  probable,  c'est  que  le  pro- 
totype de  tous  ces  trois  motifs  se  trouve  être  le  cheval  de  Troie. . .  Que  le  poète 


336  CHRONIQUE 

ait  puise  Cl  motif  dans  ÏHneas  ou  dans  le  Charroi  de   Kimes,  peu  importe  » 
(Reine,  p.  169-170).  —  J.  Rhinhold. 

Livres  annoncés  sommairement. 

The  story  of  kiiig  Lear,  front  Geoffrey  oj  Moiimoulh  to  Shakespeare,  by 
W.  Perrett.  Berlin,  Mayer  &  Millier,  1914,  x-308  pages  (fascicule  XXXV 
du  recueil  intitulé  Palaeslra,  publié  sous  la  direction  de  MM.  A.  Brandi, 
G.  Roethe,  E.  Schmidt).  —  Ce  mémoire,  publié  dans  une  collection  de 
dissertations  relatives  à  la  philologie  germanique,  ne  peut  être  annoncé 
ici  que  très  sommairement,  le  sujet  traité  n'ayant  avec  les  littératures 
romanes  que  peu  de  points  de  contact.  Disons  que  ce  sujet  souvent  abordé 
par  les  Shakespeare  scholars  n'avait  jamais  été  étudié  aussi  à  fond  que  dans  le 
présent  ouvrage.  On  savait  bien  que  le  point  de  départ  de  la  recherche 
était  VHistoria  regiwi  Britaniiix;  mais  entre  Gaufrey  de  Monmouth  et 
Shakespeare  il  v  a  de  bien  nombreux  intermédiaires,  et  la  légende  du  roi 
Lear  a  pu  parvenir  à  Shakespeare  par  des  routes  différentes.  M.  Perrett  pense 
établir  que  le  poète  anglais  a  combiné  plusieurs  sources  et  il  rend  son  système 
clair  aux  yeux  par  un  tableau  qui  ne  laisse  pas  d'être  fort  compliqué.  Ce 
qui  dans  ce  mémoire  intéresse  les  études  relatives  aux  littératures  du 
moveu  âge,  ce  sont  les  recherches  sur  les  nombreux  écrits  où  apparaît  la 
légende  en  question  ;  recherches  un  peu  longues  peut-être,  en  tant  que 
l'auteur  y  résume  les  travaux  antérieurs,  mais  qui  paraissent  bien 
conduites.  —  P.  M. 

Alphonse  Précigou.  Oniilhologie de  la  Haute-Vienne.  Limoges,  Ducourtieux, 
1904.  In-80,  72  pages  et  grav.  —  Nous  signalons  ici  cette  brochure  parce 
que  les  noms  que  portent  les  oiseaux  en  patois  limousin  v  sont  soigneu- 
sement indiqués  et  figurent  en  outre  à  la  table  alphabétique  qui  la  termine; 
beaucoup  manquent  dans  la  Faune  populaire  de  M.  Rolland,  L'auteur  n'a 
d'ailleurs  aucune  compétence  linguistique  ;  il  reconnaît  que  c'est  son  éditeur, 
M.  Paul  Ducourtieux,  qui  lui  a  fourni  les  noms  patois,  et  il  aurait  bien 
fait  de  laisser  de  côté  certaines  étymologies  de  mots  français  qu'il  emprunte 
à  Cuvier  et  à  Salerne  et  qui  sont  dépourvues  de  valeur  (par  exemple  l'ex- 
plication de  loriot  par  le  grec  yhoolwj,  p.  51).  J'ai  de  la  peine  à  croire  que 
le  coq  limoge  des  anciens  textes  français  (que  M.  P.  assimile  au  petit 
coq  de  bruyère,  p.  51)  doive  son  nom  au  fait  qu'il  était  particulièrement 
fréquent  en  Limousin;  supposant  que  le  coq  limoge  était  le  faisan,  j'ai 
émis  l'idée  qu'il  devait  son  nom  à  une  comparaison  de  son  plumage  avec  les 
émaux  de  Limoges  {Journal  des  Débats,  3  mai  1905).  La  question  est 
:i  reprendre.  —  A.   Th. 


Le  Propriétaire-Gérant,   H.   CHAMPION. 


.MAÇON,  PROTAT  FRÈRES,  IMPRIMEURS 


L'ÉVANGILE    DE    L'ENFANCE 
EN  PROVENÇAL 

(manuscrit  du  MARdUIS  DE  CAMBIS-VELLERON  ET  DE  RAYNOUARd) 


Il  existe  en  provençal  trois  versions  rimées  de  l'Évangile 
de  l'Enfance  (^EvangcUum  Infaniix  ou  Pseiido-MaUhxi  evange- 
liuin).  De  celle  qui  paraît  être  la  plus  ancienne  on  connaît  :  i°  un 
manuscrit  supposé  perdu_,  aj'ant  appartenu  à  Raynouard  et 
cité  fréquemment  dans  le  Lexique  roman  ;  2°  un  manuscrit 
de  Turin,  dont  la  langue  est  très  francisée  '  ;  y  un  frag- 
ment trouvé  à  Conegliano,  et  consistant  en  un  feuillet  qui 
a  été  publié  par  MM.  Crescini  et  Rios-.  M.  H.  Suchier  est  le 
premier  qui  ait  reconnu  l'identité  du  poème  contenu  dans  le 
ms.  de  Turin  avec  celui  que  cite  Raynouard'.  A  son  tour 
M.  Edmond  Suchier,  étudiant  les  diverses  traductions  en  vers 
provençaux  de  TEvangile  de  l'Enfance,  a  pris  la  peine  de  relever 
toutes  les  citations  faites  par  Raynouard  dans  son  Lexique 
roman  (en  tout  286  vers)^.  Cette  version  peut  être  attribuée  à 
la  fin  du  xiii^  siècle.  — Une  autre  version,  du  xiv^  siècle,  a  été 
publiée  d'abord  par  Bartsch,  dans  ses  Denhmikr,  et  plus  tard 


1 .  Ce  manuscrit  a  complètement  disparu  dans  l'incendie  de  la  Bibliothèque 
de  Turin  (janvier  1904).  M.  E.  Suchier  en  possède  une  copie. 

2.  D'abord  dans  la  Zeitschrift  f.  roman.  Philologie,  XIX  (1895),  p.  41-50, 
cf.  Romania,WW ,  309  ;  puis  à  part,  à  Padoue,  1896,  avec  fac-similé  pho- 
tographique (cf.  Remania,  XXV,  629). 

3.  Zeitschrift .  f.  rom.  Phil.  VIII  (1884),  429. 

4.  Ibid.,  534  et  suiv.  M.  E.  Suchier  a  remis,  autant  que  possible,  les  cita- 
tions dans  l'ordre  du  récit,  en  s'aidant,  1°  de  la  comparaison  avec  le  ms.  de 
Turin,  2°  de  la  comparaison  avec  l'original  latin.  Mais  ces  deux  moyens  de 
contrôle  ne  donnent  pas  des  résultats  équivalents  :   le  premier  seul  est  sûr, 

Romania.    XXXV  ^~ 


33^  P-    MEYER 

par  M.  G.  Rossi  (1899)'.  —  Enfin  un  long  fragment  d'une 
troisième  version,  du  même  temps,  nous  a  été  conservé  dans 
le  ms.  B.  N.  fr.  2)_|  15.  J'en  ai  publié  des  extraits  dans  le  Bulle- 
tin de  la  Sociélé des  anciens  textes  français,  année  1875,  pp.  77-82. 
C'est  à  la  première  de  ces  trois  versions,  la  plus  ancienne  à 
mon  avis,  qu'appartient  le  nouveau  texte  dont  je  rapporterai  plus 
loin  d'assez  longs  extraits.  Il  a  été  acquis  tout  récemment  par 
la  Bibliothèque  nationale,  où  il  porte  le  n°  10453  des  Nouvelles 
acquisitions  françaises.  C'est  un  manuscrit  qui  renferme   1°  la 
Vie  de  saint   Honorât,    par  Raimon   Féraut,    2°    un  texte  de 
l'Evangile  de  l'Enfance  en  provençal  fort  semblable  à  celui  de 
Raynouard.  Est-ce  le  manuscrit  même  de   Ra3mouard  ?  Je  le 
crois,  et  j'essaierai  de  le  prouver  à  la  fin  du  présent  mémoire. 
Mais  je  puis  dès  maintenant  l'identifier  avec  un  manuscrit  sur 
lequel  nous  avons^  au   xviii^  siècle,    un    témoignage    précis. 
Rendant  compte,  il  y  a  une  vingtaine   d'années,   de   la  publi- 
cation   de    M.    Edmond    Suchier^    mentionnée     ci-dessus,    je 
signalai,  dans  le  Catalogue   des  mss.  du    marquis    de  Cambis- 
Velleron  (Avignon  1770,  in  4°),  un  manuscrit,  n°  59  du  Cata- 
logue, renfermant,  outre  la  Vie  de  saint  Honorât  par  Raimon 
Féraut,  une  version  provençale  de  l'Evangile  de  l'Enfance,  attri- 
buée par  le  Catalogue  au  même  Raimon  Féraut  ^,  et  je  conjectu- 
rai que  ce  manuscrit  devait  se  trouver  à  la  Bibliothèque  royale 
de  Madrid,  où  j'avais,  quelques  années  auparavant,  découvert 
deux  manuscrits  provenant  certainement  du  marquis  de  Cambis  '. 
Cette  conjecture  n'était  pas  fondée,  puisque  le  ms.  de  M.  de 
Cambis  est  celui-là  même  que  vient  d'acquérir  la  Bibliothèque 

car  en  certains  cas,  là  où  le  rimeur  provençal  a  développé  sa  matière,  le  latin 
est  d'un  très  faible  secours.  Or  la  leçon  du  ms.  de  Turin  et  celle  du  ms.  de 
Ravnouard  diffèrent  notablement.  Beaucoup  de  vers  du  second  manquent 
dans  le  premier,  et,  en  ce  cas,  l'ordre  adopté  par  M.  E.  Suchier  est  souvent 
erroné. 

1.  Voir  Romaiiia,  XXIX,  15 1-2,  et  Stiuli  di  filoJogia  Roiiian~a,  VJII,  395 
(compte  rendu  par  M.  L.  Biadene).  M.  Biadene  a  publié  dans  le  même 
volume  des  Sttidi  (p.  174  et  suiv.),  d'après  le  ms.  Libri-Ashburnham  103 
(maintenant  à  Florence),  trois  miracles  tirés  de  la  version  de  l'Évangile  de 
l'Enfance  qui  manquent  dans  le  ms.  reproduit  par  Bartsch  et  par  M.  Rossi. 

2.  Romaiiia,  XIV,  308. 

3.  BuUt'Iin  delà  Socic'lè  des  iindeiis  textes  fnviçais,  1878,  p.  39. 


l'évaxgilh  di£  l'enfance  en  provençal  339 

nationale.  Quel  a  été  son  sort  depuis  la  vente  Cambis,  en 
1773,  jusqu'au  moment  où  il  entra  dans  le  cabinet  de  Ray- 
nouard,  je  ne  saurais  le  dire",  et  je  ne  sais  pas  davantage 
par  quelles  mains  il  a  passé  depuis  la  dispersion  des  livres  de 
Ravnouard  jusqu'à  son  arrivée  à  la  Bibliothèque  nationale  \ 

C'est  un  livre  en  parchemin,  ayant  le  format  d'un  ancien  in-^'' 
(213  mill.  sur  1 52),  contenant  dans  son  état  actuel  121  feuillets 


1 .  La  bibliothcquc  du  marquis  de  Cambis- Velleron  fut  mise  en  vente  à 
Avignon,  en  1775  (voir  le  Bulletin  précité,  p.  39,  et  cf.  le  Catalogue  des  mss. 
d'Avignon  par  M.  Labande,  no*  2017-8).  On  est  mal  informé  du  sort  des 
mss.  qu'elle  contenait.  La  Bibliothèque  d'Avignon  en  a  recueilli  quelques-uns, 
à  diverses  époques  (voir  le  catalogue  de  M.  Labande,  p.  cxii),  mais  ce  sont 
pour  la  plupart  des  compilations  modernes,  parfois  des  écrits  de  M.  de  Cam- 
bis lui-même,  qui  ont  peu  de  valeur. 

2.  Je  me  suis  plus  d'une  fois  préoccupé  de  savoir  ce  qu'étaient  devenus  les 
papiers  et  la  bibliothèque  de  Ravnouard  après  son  décès  (28  oct.  1836),  mais 
les  renseignements  que  j'ai  pu  obtenir,  à  une  époque  où  quelques-uns  de  ceux 
qui  l'avaient  connu  et  avaient  travaillé  sous  sa  direction  vivaient  encore,  sont 
bien  insuffisants.  Il  n'y  eut  pas  de  vente  après  décès,  et  par  conséquent  il 
n'existe  pas  de  catalogue  de  la  bibliothèque  de  Raynouard.  Livres  et  papiers 
furent  légués  à  M.  Just  Paquet,  qui  lui  tenait  de  très  près  et  fut  son  exécu- 
teur testamentaire  (voir  l'avertissement  placé  en  tête  du  t.  I  du  Lexique  loinan, 
et  BuUcl'.n  du  Bibliophile,  1858-40,  p.  500).  M.  Paquet  mourut  à  Passy  en  jan- 
vier 1876.  Je  ne  sais  si  sa  bibliothèque  fut  vendue  :  en  tout  cas  il  n'en  existe 
pas  de  catalogue  imprimé.  Raynouard  possédait,  outre  le  ms.  qui  est  l'objet 
du  présent  mémoire,  un  ms.  de  la  Vie  de  saint  Honorât  par  Raymon 
Héraut,  qu'il  cite  souvent  dans  le  Lexique  roman,  et  dont  il  publia  quelques 
extraits  dans  le  t.  II  de  cet  ouvrage,  p.  575-574  ;  un  fragmente  d'une  écriture 
assez  moderne  »,  de  la  chanson  de  la  croisade  albigeoise  (Lc.v.  ro))i.,  I, 
226);  diverses  copies  qu'il  s'était  fait  faire  de  plusieurs  des  chansonniers  pro- 
vençaux conservés  dans  les  bibliothèques  italiennes;  un  manuscrit  de  la  tra- 
duction catalane  dts  Au:(els  cassadors  (Lex.  roin.,  V,6io,  ligne  i).  Les  copies 
des  chansonniers  provençaux  et  le  ms.  de  la  Vie  de  saint  Honorât  passèrent 
aux  mains  de  Fr.  Guessard,  donnés,  selon  toute  apparence,  par  Paquet.  Gues- 
sard  (ff  1882)  légua  sa  maison  de  campagne  et  sa  bibliothèque  à  feu  Marty- 
Laveaux  (ou  plus  exactement  au  fils  de  celui-ci).  La  bibliothèque  fut  vendue 
en  bloc  à  un  libraire  et  dispersée;  toutefois,  avant  cette  dispersion,  le  ms.  de 
la  Vie  de  saint  Honorât  fut  cédé  à  la  Bibliothèque  nationale  (Nouv.  acq.  fr. 
4597)-  J 'li  fait.  ^^  vivant  de  Paquet,  une  tentative  restée  vaine  pour 
retrouver  le  fragment  de  la  chanson  de  la  croisade  :  M.  Paquet  n'en  avait  pas 


340  P.    MEYER 

et  ayant  conservé  son  ancienne  reliure  en  soie  verte  '.  L'écriture 
est  du  milieu  environ  du  xiV  siècle. 

Les  ff.  I  à  105  sont  occupés  par  la  Vie  de  saint  Honorât. 
En  voici  les  premiers  et  les  derniers  vers  : 

Cell  que  vole  romanzar  la  vida  sant  Alban, 
Els  termes  del  compot  vole  tornar  en  vers  plan, 
E  del  rey  Karle  pia3'S  sa  mort  en  la  canzon, 
E  los  verses  del  lays  fes  de  la  Passion, 
De  novell  fay  sermon  d'un  glorios  cors  sant 
Que  fom  neps  de  Marsili  e  del  rev  Aygolant. 
Li  vida  si  trobet         en  un  temple  jadis; 
De  Roma  l'aportet         uns  moynes  de  Leris  ; 
De  lay  si  trays  li  gesta  d'un'antiga  scriptura, 
Ren  non  i  trobares     mas  de  veritat  pura. 

Fin  (fol.   105  v°)  : 

Mas  qui  lo  nom  vol  entervar  Zo  sabien  ben  tut  siev  vesin. 

De  cell  que  la  vole  romanzar,  Frayres  fom  humils  et  enclins 

Els  miracles  compli,  Dieu  laut,  Del  sant  monestier  de  Lerins. 

Hom  l'apellet  Raymon  Faraut,  Fer  que  prec  per  l'Omnipotent 

Prior  en   la  vall    d'Esteron,  Que  per  enveja  nu5'lla  gent 

C'a  la  Roca  tenc  sa  mayson,  Non  mi  corrompa  mos  belz  diz 

Etz  a  l'Oliva  près  d'aqui  ;  C'am  tan  gran  trebayll  ay  escritz. 


souvenir.  Quant  au  ms.  des  A un'l s  cassadors,  on  ne  sait  ce  qu'il  est  devenu. 
Il  n'avait  certainement  rien  de  commun  avec  lems.Libri  108  (volé  à  Tours), 
qui  est  maintenant  à  la  Bibliothèque  nationale  (Nouv.  acq.  fr.  4506). 

I.  Cette  reliure  est  mentionnée  dans  le  Catalogue  des  mss.  Cambis(p.  543). 
M.  de  Cambis  ajoute:  «  Il  contient  125  feuillets,  faisant  250  pages.  »  Ce 
chiffre  n'a  pas  grande  valeur  car  nous  ne  savons  pas  si  on  a  tenu  compte  des 
feuillets  de  garde  non  compris  dans  l'ancienne  pagination.  Actuellement  l'état 
du  volume  est  celui-ci  :  i"  cinq  feuillets  cotés  A-E,  le  premier  blanc,  le 
second  contenant  des  armoiries  grossièrement  peintes  au  xv!!!*"  siècle,  avec  ce 
titre  :  La  vida  de  sant  Honorât  et  deh  los  (sic)  sauts  de  Visla  de  Lerins  ;  ces  deux 
feuillets  ont  été  ajoutés  au  xvine  siècle  ;  les  trois  suivants,  qui  sont  le  véri- 
table commencement,  contiennent  la  table  en  latin  des  chapitres  de  la  vie  de 
saint  Honorât  ;  2°  la  Vie  de  saint  Honorât,  foliotée  anciennement;  à  cv,  mais 
où  manquent  quatre  feuillets  (c'est-à-dire  deux  feuillets  doubles)  entre  les 
ff.  98  et  105,  cette  lacune  correspondant  aux  pages  195  à  202  de  l'édition 
Sardou  ;  3°  l'Évangile  de  l'enfance,  seize  ff.  jadis  non  foliotés,  qui,  depuis 
'entrée  du  manuscrit  à  la  Bibliothèque,  ont  été  numérotés  106  à  121. 


l'évangile  de  l'enfance  en  provençal 


341 


Si  neguns  o  vay  assajant, 
Mon  romanz  c  l'obra  cornant 
A  la  benastruga  reyna 
Donna  Maria  c'a  beutat  fina 
(De  Jherusalem  a  corona 
E  de  Secilia  la  bona), 
Que  mi  defenda  nions  sermons. 
Far  o  deu  per  totas  rasons, 
Car  es  de  l'auta  manenlia, 
Fylla  del  noble  rey  d'Ongria, 
Etz  ama  sancta  Gleysa  ', 
Parenta  de  nostre  cors  sant, 
Del  lygnage  de  Costanti 
Don  le  veravscors  sanz  eysi. 


E  d'aquella  gesta  valent. 
De  la  vida  li  faz  présent, 
C'ay  complit  per  lo  sieu  plaser, 
E  la  cornant  en  son  poder, 
Sil  plaz,  am  gran  humilitat. 
E  prec  Dieu  per  sa  gran  bontat 
E  sant  Honorât  de  Leris 
Quel  don  los  gauz  de  paradis, 

Totz  temps  ^ 
Mas  ben  vueyll  que  sapchan  las  genz 
Qu'en  l'an  de  Dieu  mil  e  tresenz 
Compli  le  prior  son  romanz 
Al  honor  de  Dieu  e  dels  sanz. 
Amen. 


L'Évangile  de  l'Enflince,  qui  commence  au  fol.  106,  est  écrit 
à  deux  colonnes,  chaque  colonne  contenant  36  ou  37  vers. 
Dans  son  état  actuel  le  poème  compte  environ  2300  vers,  mais  un 
feuillet  double  (288  à  296  vers)  a  été  enlevé  entre  les  ft'.  115  et 
116. 

La  version  de  l'Évangile  de  l'Enfonce  qui  fait  suite  à  la  Vie 
de  saint  Honorât  est  attribuée  par  le  Catalogue  Cambis  à  Rai- 
mon  Féraut.  Cette  attribution  n'a  pas  d'autre  fondement  que 
la  présence  dans  le  même  volume  de  la  Vie  de  saint  Honorât, 
ce  qui  revient  à  dire  qu'elle  n'est  pas  fondée. 

Je  transcrirai  les  300  premiers  vers  environ,  puis  quelques 
courts  morceaux  pris  en  divers  endroits.  Dans  ces  extraits  se 
trouvent  beaucoup  de  vers  cités  par  Raynouard  dans  le  Lexique 
roman.  Ils  seront  indiqués  par  les  n°'  placés  entre  parenthèses  à  la 
droite  du  texte,  ces  n"'  étant  ceux  que  M.  E.  Suchier  a  assi- 
gnés aux  vers  du  ms.  Raynouard  dans  le  mémoire  rappelé  plus 
haut. 


Uns  ries  homsac  nom  Joachim, 
(foioô) 
Fom  mot  leal  e  sens  tôt  crim 
En  Israhel  en  aquell  temps, 
4  Etz  ac  motas  fedas  ensemps  ; 


Pastres  era  e  las  gardava 
Am  motz  autres  c'am  si  menava^ 
Mercenaris  e  logatiers,  (32) 
8  Et  aquo  fom  totz  sons  mesiiers 

(0 


1.  Suppl.  '((>;/. 

2.  Ms.  toti  tp.Dans  le  ms.  suivi  par  Sardou,  les  mots  tol!^  temps  sont  écrits 
après  le  dernier  vers  du  poème,  avant  amen. 


3-12 


p.    MEYER 


De  sas  fedas  a  pastorgar  (2) 
E  de  Dieu  servir  e  iionrar  ; 
Et  era  de  la  trip  de  Juda  (3) 

12  E  fetz  li  Dieu  mot  gran  ajuda, 
Que  de  tôt  zo  c'aver  podia, 
De  tôt  l'aver  de  sa  bayllia,  (4) 
De  la  gausida  e  del  fruch  (5) 

16  Fasia  très  pnrz,  e,  per  conduch, 

(6) 
Dava  l'una  a  orfes  enfanz, 
A  vedoas,  qu'era  obs  granz, 
L'autra  als  paures  d'esperit 
20  due  avian  lo  segle  giquit  ; 
L'autra  retenia  a  sons  ops  ; 
Etz  ades  crevssia  plus  sons  trops 

(7) 
Plus  c'a  deguns  de  sons  vesins, 

(8) 
24  Car  fom  aixi  ves  Dieu  enclins. 
Et  aizo  comenzet  de  grat 
Lo  quinzen  an  de  sa  état.  (9) 
E  cant  fom  d'état  de  vint  anz, 
28  Près  moyiler,  o  petit  enanz, 
Anna  la  fylla  d'Isacar 
Que  amet  Dieu  ell  tengue  car, 
Que  fom  de  la  trip  de  David  (11) 
32  E  del  lignage,  zo  m'es  vis. 

Et  esteron  trenta  anz  complitz  (  i  o) 
Ensems  Anna  e  sons  maritz 


Que  non  agron  fylla  ni  fyll, 

36  E  tengron  so  a  gran  peryll 

Car  Dieus  non  lur  donet  enfant  (/') 
De  que  avian  desirier  grant. 
Peropregavan,  sens  mejan, 

40  La  nuech  el  jorn  e  l'endenian, 
Dieu  de  bon  cor  a  meravylla 
Que  lur  dones  o  fyll  o  fylla 
Que  fos  obedicnz  a  Dieu 

44  E  après  elz  agues  lur  fieu. 
Etz  era  adonx  acostumat 
En  las  granz  festas  per  vertat 
Que  li  escrivan  fasian  l'uffici 

48  E  li  preyre  lo  sacrifici  ; 

E  venc  festa  c'an  gauch  pleniei" 
Vol  cascun  ausir  lo  mestier  ; 
E  car  lo  fom  de  bon  eysemple, 

52  E  Joachim  annet  al  temple 
E  près  de  son  just  e  del  sieu 
Un'ufïerta  qu'el  des  a  Dieu, 
E  venc  estar  antrels  doctors  (12) 

56  E  antrels  escri vans  majors,     (15) 
De  fin  cor,  plen  d'umilitat  ; 
E  tenc  son  don  appareyllat 
Per  ufrir,  cant  uns  escrivans, 

60  Ruben,  del  Temple  mot  certans, 
Dix  :  K  Joachim.,  vos  non  deves 
«  Dels  preyres  estar  tant  de  près  î 
«  Car  non  vos  a  besenit  Dieus 


II  Raynouard,  Lex.  rom.,  V,  426,  del  trip,  et  telle  est  aussi  la  première 
leçon  du  ms.,  mais  il  y  a  un  petit  a  ajouté  au-dessus  de  la  ligne,  après  del  ; 
plus  loin  (v.  31)  nous  avons  de  la  trip.  —  19-20  Le  traducteur  a  introduit 
ici,  par  un  singulier  anachronisme,  les  pauperes  spiritu  ;  le  texte  ne  donnait 
aucun  prétexte  à  cette  interprétation  :  «  unam  partem  dabat  orphanis,  viduis 
et  peregrinisatque  pauperibus,  alteram  vero  partem  dabat  colentibus  Deum.» 
-  -  30  Corr.  tenguet,  ou  e  lo  tenc  ?  —  44  Ceci  est  une  idée  du  moyen  âge. 
Il  y  a  tout  autre  chose  dans  le  latin  :  «  Voverant  tantum  (/.tamen),  si  Deus 
daret  eis  sobolem,  eam  se  Templi  servitio  mancipaturos  »  (éd.  Tischendorf, 
var.).  Toutefois  l'idéeexprimée  dans  le  latin  reparaît  plus  loin.  —  45  Ici  com- 
mence le  ch.  II  du  latin.  Les  vers  45-50  contiennent  un  petit  développement 
propre  au  traducteur.  —  55  Je  ne  puis  lire  autre  chose  que  inst  ou  vist  (la 
dernière  lettre  est  en  partie  effacée).  Le  latin  {vmnera  parans  ou  portans) 
n'est  d'aucun  secours. 


L  EVANGILE    DE    L  EX 

64  H  Dcvcs  plus  lueyngn  estar   dels 
(siens- 
«  Non  aguest  fruc  de  vostre  cors, 
<i  Pcrquc  dcves  estar  del'ors.  » 
E  cant  Joachim  entendct 

68  De  Ruben  c'ayssi  lo  blasmet, 
Foni  de  vergovnna  esbaït 
Etz  eyssi  del  temple  marnt 
E  tôt  plen  de  confusion;  (14) 

72  E  non  tenc  pas  ves  sa   mayson, 

Anz  tenc  a  lasfedastot  drech,  (r) 

Et  aqui  estet  mot  estrcch, 

Luavngn  en   un  puev,  complitz 

[cinc  mes, 

76  Que  anc  message  non  trames 
Ad  Anna  sa  moyller  gentil, 
Fina  e  casta  e  humil, 
Qu'estava  en  gran  consirier 

80  Car  non  en  avia  mcssagier 
Ni  novellas  de  son  baron; 
E  joyn  las  mans  sus  ves  lo  tron, 
E  diz  a  Dieu  :  «  Sevgner  leals 

84  «  Que  sostenes  los  bons  els  mais, 

«  Pos  non  volguist  qu'ieu  agues 

[fruch, 

«  Per  que  m'as  tout  mon  refuclr 

(15) 
<'  Mon  marit  qu'era  mon  conort, 

(16) 
88  «  Que  non  say  si  es  viu  o  mort  ? 
«  Que  m'es  trop  gran  desaven- 
[tura  • 
«  Que  s'ieu  li  agues  fach  sepul- 
[tura 
«  O  l'agues  honrat  e  servit, 
92  «    Non     n'auria    tant    mon    cor 
[marrit, 
«  Lassa!  ni  tant  gran  de^conort.  » 
Et  adonx  ill  ploret  mot  fort 
Etz  estet  en  oracion 


FAXCR    E\    PROVENÇAL  343 

96  Inz  el  vergier  de  sa  mayson  ; 
Et  esgardet  sus  un  laurier 
E  vi  un  trop  gran  e  sobrier 
De  passeras  ab  aucellons, 
100  E  dix  :  «  Dieus,  payre  poderos, 
«  C'a  totas  creaturas  diest 
«  Filz  o  fillas,  e  mi  layssiest  (17) 
«  Tota  soleta  d'aquell  don,    (18) 
104  «  E  ay  dolcant  suy  a  mayson, 
«  E  vey  quels  peys  els  aucellons 
«  E  las  serpentz  e  los  dragons 
((  E  las  bestias  pauc[a]s  e  granz 
108  «   S'alegran  sobre  lurs  enfanz, 
<<  Etz  hieu,  lassa,   mesquina, 

[non.  (cl) 
«  E  tu  sabes  que  vertat  fon 
«    Qu'en     aquell    temps    qu'ieu 
[marit  pris 
[12  «  Vodiey  a  tu  e  ti  promis 
«  Que,  s'ieu  avia  fylla  o  fvll, 
«  Que,can  tost  poyria  sens  peryll, 
«  L'annes  ufrir  al  temple  tieu.  » 
116  Am  tant  et  un  angell  de  Dieu 
Li  apparec  cuv  Dieu  trames, 
E  dix  li  :  «  Anna,  non  doptes, 
«  Qu'enfant  aures  merav\  llos 
1 20  «  Qu'er  dat  al  pobol  et  a  vos 
«  En  totz  segles  tro  a  la  fî.  » 
Cant  ac  zo  dich,  Anna  nol  vi 
Ni  saup  on  l'angell  s'es  tengutz  ; 
1 24  E,  car  a  vistas  las  vertutz 
E  la  sancta  paraula  ausida, 
Estet  de  paor  esbayda  , 
E  intret  s'en  e  met  s'el  liech 
128  On  non  ac  ga\re  de  deliecli, 
Anz  fom  cays  morta  e  lassada 
Car  era  aguda  trebayllada; 
Et  est  [et]  hy  tro  lo  matin 
1 52  Que  sonet  sa  serventa  assi, 
E  dix  li  :  (c  Pauc  m'as  visitada 


86  Ce  vers  est  trop  court  On  pourrait  corriger  lout  en  loli^iit. 


344 


p.    MEYER 


«  En  mon  trebavll  ni  conortada. 
«  Sensmarit,  sens  fylla  e  sens  fyl» 

136  «  Auray  estât  en  gran  pcrvll 

«  Que  non  m'as  vista  ni  ausida, 
n  Que  sabiasqu'era  tant  marrida.  » 
La  serventa  li  rcspont  lieu  :  (19) 

1 40  «  Si  as  trebayll  en  que  en  suy  hieu  ? 
«  Si  Dieu  ti  vole  claure  ton  ventre 
«  Iray  t'ieu  ades  deseguentre  ? 
«  Si  ton  marit  vole  Dieus  luyngnar 

144  «  leu  non  t'en  puesc  pas  aire  far, 

«  Ni  si   non   pos    aver    enfant  ; 

(f.  107) 

«  leu  non  n'ay  tort  petit  ni  grant.  » 

Cant  Anna  auz  aixi  parllar 

148  La  serventa,  près  a  plorar 

Tant    greument    c'a    pauc    non 
[esteys. 
Adoncs,  en  aquell  temps  meteys 
Et  en  l'oraque  aquo  fon, 

1 5  2  Fom  Joachim  e  siey  garzon 

Am  sas  fedas  que  pastorgava  (icj 
En  la  montaygna  on  estava,  (2 1  ) 
Et  entre  dos  pueys  autz  e  belz 

1 56  Li  apparec  uns  jovencelz, 

E  dix  :  «  Joachim,  com  non  vas 

«  A  ta  moyller  a  ton  hostals 

«  Estar  am  luy  si  com  far  deus  ?  » 

160  E  Joachim  aqui  meteus 

Respondet  :  «  Com  la  tornaray  ? 
«  Vint  anz  e  plus  aguda  l'av 
«  Que  fylla  ni  fyll  non  en  ac. 

164  «  Posc'ayssi  fom  ni  a  Dieus  plac 
«  Iray  la  mi  far  escarnir  ? 
«  Pris  donc  moyller  per  luv  servir 
«  Ni  pur  per  deHchar  mon  cors  ? 


16S  «  Non,  per  vertat,  anz  fom  mos 

[vols 
«  Totas  vez  qu'ieu  la  connegues 
(f  Per  zo  que  enfant  en  agues 
«  Que  servis  Dieu  totas  sasons. 

172  «  Aytal  fom  ma  cntencions. 
«  E  car  non  l'ac  fuy  reproat 
«  E  vilmens  del  temple  gitat. 
«  Per  que  la   mi  mandas  tornar 

176  «  Per  far  m'en  autra  vez  gitar  ? 
«  Aici  volray  mon  temps  complir 
«  Aytant  con  Dieus  voira  sufrir, 
«  Qu'ieu  va  mon  aver  menant  (22) 

180  «  Per  las  montaygnas  pastorgant, 

(23) 
('  E  trametray  per  mons  servenz  (b) 
«  Las  doas  parz  a  las  pauras  gens 
«  Tôt  en  ayxi  con  lur  donava 

184  «  En  mon  hostal  cant  la  estava.  » 
E  cant  Joachim  ac  parlât, 
Le  jovencelz  a  comenzat  : 
«  Joachim,  angel  de  Dieu  suy 

188  «  Que  ades  apparie  e  fuy 
«  Ad  Anna  ta  levai  moyller 
«  Que  menava  gran  dol  e  fer. 
«  Conortiey  la  e  tu  conort 

192  «  Que  ajas  gran  gaueh  e  confort, 
«  Car  ill  concebra  una  f\-lla 
«  De  tu,  que  er  gran  meravylla. 
«  Aquill  sera  Temples   de  Dieu, 

196  «  Et  ell  sant  cors  besenet  sieu 
«  S'aombrara  sant  Esperit 
«  Que  es  del  mont  eapdell  e  guit, 
«  Et  er  per  aquesta  rason 

200    '  Mayre  de  bénédiction,  (24) 
«  E  sera  plus  benaûrada 


151  Ici  commence  le  ch.  m  du  latin.  —  166-172  Ces  vers  développent 
une  idée  qui  n'est  pas  exprimée  dans  le  latin  ;  per  luy  servir,  au  v.  166,  est 
obscur.  —  179  Vers  trop  court  ;  on  serait  tenté  de  corriger  va[gii],  au  subj. 
en  fitisant  dépendre  ce  vers  du  précédent. 


l'évangile  de  l'enfance  en  provençal 


!45 


«  Qiie  fenicna  que  Ininc  l'os  nada 
n  Enant  clla  ni  sia  jamays. 

204  «  E  pos  t'en  deyssendre  huey  mays 
«  D'esta  montaygna  ani  tas  genz, 
«  E  trobaras  ta  moyller  prenz.  » 
E  cant  Joachim  entcndct 

208  Qu'enaangcls,  el  l'asoret 

E  dix  :  «  Besenvs  io  sers  tieu 
«  E  vav  al  tabernacle  micii, 
«  E  plasa  ti  ab  mi  manjar 

212  «  De  zo  cjiie  Dieusnos  voira  dar.  » 
E  Tangcl  dix  :  «  Ben  as  fayllit 


«  Si  non  saupcs  la  voluntat 
232  «  De  Dieu  que  za  m'a  enviât. 
Etz  am  tant  fez  son  sacrifici 
Joachim  ben  e  sens  tôt  vici. 
Del  fum  dcl  sacrifici  eyssi 
236  Tant  bon  odor  c'om  non  senti 
Aytal  de  rosa  ni  de  lis, 
Anz  semblet  Hors  de  paradis, 
E  am  l'odor  plus  douz  de  mell 
240  L'angel  s'en  es  pujat  en  cel. 
E  cant  Joachim  esgardet 
Que  l'angel  el  fum  s'en  puget, 
Casec  e  fom  totz  esbaïtz,  (29) 


«  Car  mon  sers  t'apellas  aicit, 

«  Car  de  Dieu  em  conserf  amduy  244  E  jac  si  tôt  estaborditz  (30) 

216  «  E  non  deus  adorar  mas  luy;  D'ora  nona  entro  al  ser, 

«  E  ma  vianda  es  aytals            (c)  Que  non  si  moc  nin'ac  poder,  (31) 

«  Non  la  pot  veser  homs  mortals,  Tant  fom  confus  de  gran  paor, 

(25)  248  Entro  quevengron  siey  pastor 
«  E  per  ayzo  non  deus  pregar  Que  lo  leveron  mantenent  ; 

220  «  Qu'ieu  déjà  el  tabernacle  intrar.  Etz  ell  lur  conta  gentament 

(26)  Zo  que  l'angel  li  a  retrach. 
«  Zo  que  volias  que  manges  hyeu  252  E  cant  agron  ausit  lo  fach, 

«  Uffreras  holocausta  Dieu.  »  Dixeron  li  fezes  breument  (d) 

E  Joachim  près  un  aynnell  (27)  Del  angel  son   comandament, 

224  Sens  taca,  que  ac  blanca  pell,  (28)  E  que  ves  sa  moyller  tangues 

l:dix  al  angel  :  «  Hieu  non  aus  256  Enanz  que  pieys  l'en  devengues. 

«  Uffrir  a  Dieu  nuyll  holocaustz,  E  cant  Joachim  si  penset 


«  Si  tu  no  m'en  davas  poder, 
228  «  Qu'ieu  cre  que  l'as  de  Dieu  per 

[ver.  )) 
E  H'angell  li  respont  en  pas  : 
('  Non  t'en  amonestera  pas 


Etz  inz  en  son  cor  disputet  (34) 
Si  fara  zo  que  l'angel  diz,  (35) 
260  De  mantenent  fom  adormiz, 
E  a}tan  tost  con  s'adorrrù 
L'angel  meteys  venc  c  dix  li  : 


210  «  Sede  modicum  in  tabernaculo  meo.  »  — 222  On  attendrait  plutôt 
uffrirns.  —  244  C'est  d'après  ce  seul  exemple  que  Raynouard  (III,  198, 
sous  est.\boïk)  cite  ce  mot.  L'abbé  de  Sauvages  dans  son  Dictionnaire 
htui^ueilocien  français,  qui  représente  le  langage  d'Alais,  enregistre  esta- 
BOUKDI,  «  étonné,  pétrifié.  »  Il  indique  comme  variante  estahoiirni,  qui 
existe  aussi  dans  le  Var  (voir  le  Dict,  prov.  de  Garcin,  sous  estabournit), 
et  qui  se  rencontre  aussi  dans  le  fragment  de  Y  Enfance  que  j'ai  publié  dans  le 
Bull,  de  la  Soc.  des  anc.  textes,  1875,  p.  79.  — ^259  Ms.  Rayn.  Jeira.  — 
265-6  Rime  bien  imparfaite. 


34^  P-    MEYER 

«  Joachim.  hj-cu  ti  suy  trames  Et  aitant  tost  ell  apellet 

264  «  Que  ti  gart  de  mal  tota  vez  ;  Totzsonsservenzesonsgarzons, 

«  E  vay  segur  a  ta  moyller,  280  Sons  mercenaris  e  pastors, 
«  Car  lo  t'o  manda  Dieu  del  cel,  E  contet  lur  en  veritat 

«  Car  totas  las  oracions  Zo  que  l'angel  li  a  révélât. 

268  «  E  las  almornas  per  sasons  (36)  Els  pastors  en  lauseron  Dieu, 

«  Que  tu  e  ta  moyller  fesist,  (57)  284  E  dison  :  «  Hanc  plus  fer  Jusieu 

«  Depueys  que  per  movllcr  «  Non  vim  de  tu,carmenspresiest 

[Faguist,  (38)  «  L'angel  de  Dieu  e  nol  cresiest. 

«  E  que  diest  del  sieu  e  del  tieu,  «  Leva  sus  etz  annem  nos  en  (40) 

272  «  Tôt  es  récitât  davant  Dieu;  288  «  Tôt  suau,  nostreaver  payssen.» 
«  Per  que  t'a  donat  enfant  tal  (41) 

«  Cane  non  donet  a  hom  carnal,  Amtantjoachim  leva  sus  (/.  108) 

«  Ni  a  propheta  ni  a  sant  E  venc  per  las  montaynas  jus 

276  «  Non  donet  anc  aytal  enfant.   »  Trenta  jornadas,  tro  qu'el  fon 

Ab  tant  Joachim  s'esveyllet,  (39)  292  Aprobencat  de  sa  mayson.    (42) 

Je  vais  maintenant  transcrire  le  passage  qui  correspond  au 
fragment  trouvé  à  Conegliano  et  publié  par  MM.  Crescini  et 
A.  Rios  '.  Je  continue  à  placer  à  droite  les  numéros  des  vers 
cités  par  Raynouard  et  mis  en  ordre  par  M.  E.  Suchier,  mais 
j'ajoute  à  gauche,  entre  [], la  numérotation  du  fragment  de  Cone- 
gliano. Je  marque  d'un  astérisque  les  vers  qui  manquent  dans 
le  fragment.  MM.  Crescini  et  Rios  ayant  eu  soin  d'imprimer 
le  texte  de  Turin  en  regard  du  fragment,  nous  avons  ici  la 
possibilité  de  comparer  trois  copies  :  Conegliano,  Turin,  Paris. 
Il  apparaîtra  avec  évidence  que  les  deux  premières  de  ces  copies 
forment  une  famille  bien  distincte  de  celle  que  représente  le  ms. 
de  Paris.  Je  ne  cite  le  ms.  de  Turin  (T)  que  lorsqu'il  diffère 
de  ms.  de  Conegliano  (C). 

Le  morceau  qui  suit  commence  (fol.  112  ^)  avec  le  discours 
que  la  Vierge,  soupçonnée  d'avoir  enfreint  le  vœu  de  chasteté, 
adresse  au  peuple  pour  sa  défense  {Psendo-Matthœi  cvangelium, 
chap.  XII,  in  fine). 


279  c,  ms.  en.  —  284-6.  Il  y  a  simplement  dans  le  texte  :  «  Vide  ne  ultra 
angeli  dicta  contemnas.  » 

I.  Cf.  ci-dessus,  p.  357,  note  2. 


l'évangile  de  l'enfance 

«  Cant  vinc  al  temple,  et  enaniz 

M  Que  non    avia   coniplitz    très 

[anz, 

«  H  av  la  li  mot  ben  gardada 
[4|  M  AniTajuda  qu'ell  m'a  donada, 
0  Si  con  a  ell  e  a  mi  tays, 
«  E    la    gardaray     totz    temps 
[mays. 

«  Ane  peccat  non  dix  nil  suffri, 
[8]  «  Ni  lo  fiz  ni  lo  consenti. 

«  Vos  autres  pensas  c'aja  fach 
«  Adultcri,  qu'es  gran   forfach, 

(112) 

«  E  nuirniuyras   car  suy  prenz 
(hieu  ; 

[12]  «  E  favz  mal,  car  loesde  Dieu. 
«  Ar  parlaray  en  descubert  : 
«  L'angel  de  Dieu   mi   dix  per 
fcert 
«  Que  son  esperit  trametria 

[16)  «   Dieu  en  mi  e  pueys  concebria. 
«  E  fez  o  e  ay  conceuput, 
«  E  zo  qu'ell  mi  dix  ay  agut.       L"°J 
<<  E  qui  en  avzo  non  crevra  I3m 

("20]  «  Ja  per  fe  non  si  salvara; 

«  Qui  noncreyrazoque  Dieusfa    [33) 
«  Per    nuyll   temps  salvat   non    [34J 
[sera. 


[24] 

[28] 

[30J 

[75] 


EN  PROVENÇAL       34/ 

«  Qui  non  crczo  que  Dieus  far 

[vol 

«  De  gran  gauch  pot  venir  a  dol, 

(/"•  115) 
«  E  car  cric  l'angel  Gabriel, 
«  Auray  un  fyll  del  rey  del  cel. 
«  Cel  que  fez  cel,  terra  e  mar 
«  De  nient  pot  ben  ayço  far. 
«  Cel  que  fez  los  catre  elemenz 
«  Non    pot    ben    far    de   verge 

[prenz  ? 
«  E  hieu  am  luv  matin  e  ser 
«  Vueyll  totz  temps  verge  rema- 
[ner.  » 

Adonx  parec  un  jovencell, 
Que  fom  mot  avinent  e  bell, 
Denant  elz,  tôt  vestit  de  blanc, 

(12s) 
E   a  dich  :  «  Joseph,   non  fom 

[hanc 

('  Que  Maria  dixes  bausia, 
«  Anz  a  dich  vertat  tota  via.  » 
Tôt  le  pobol  que  aqui  es 
A  Maria  bayssan  los  pes, 
E  pregan  li  que  lur  perdon 
La  lur  falsa  sospicion. 
Totas  las  genz  la  adoreron, 


2  C  a.  pas  très  —  7  C  non  fis  —  8  C  Ni  non  lo  dieys  nil  —  9  C  Doncx  con 
crezes  qu'ieu  a.  Cette  fon>ic  inlerrogative  est  aussi  celle  de  T.  —  13  C  Mays  p. 
—  15  C  Que  Sant  Esperit  ;  TQue  son  esprit  me  t.  —  16  C  de  que  c.  ;  T  et 
en  moy  s'enombreroit,  ce  qui  représente  en  provençal  et  en  mi  s'  enombraria 
(cil  s'azombraria).  —  18  C  Tôt  so  qu'eu  (quem  ?)  dis  es  avengut  (T  Ce  que 
me).  —  19-20  C  E  qui  non  cre  qu'en  ayci  sia  |  Ja  per  fe  non  si  salvaria  (Je 
inéine  T)  Les  Jeux  vers  suivants  manquent  dans  C  T.  —  24  C  Auray  enfant  lo 
rey  de  c.  (de  même  T).  —  29  C  Ab  luy  ensemps,  TO  lui  tos  jors.  —  30  Les 
six  vers  qui  suivent  sont  déplacés,  comme  on  le  voit  par  la  comparaison  avec  C  et 
avec  le  latin  —  78  C  E  diys  a  j.  —  51  C  E  le  pobol  levet  en  pes  ;  T  Et  li 
pueples  se  lieve  en  pies.  —  32  C  E  baysan  li  ginoylls  ensemps;  T  Baisant  H 
et  genos  et  pies. —  33  C  E  pregueron  li  que  p.  —  34  C  A  Uur  mala  —  35-9  : 

C  Et  adueys  la  le  pobols  totz  T  Et  oy  la  le  pueple  tous 

Dieu  lauzant  ab  son  et  ab  motz  Dieu  loant  a  mos  et  a  sons 

Ab  mot  gran  gaug  dintz  sa  mayson     A  molt  grant  joie  en  sa  maison 
E  diyseron  ayso  ab  son.  Et  dirent  tout  une  chanson. 


348 


p.    MEYER 

[56] 


Al  niielz  que  saupron  Dieu  lau- 

[sL-ron, 

Am     mot    gran    gauch  que    an 

[agut; 

H  dison  ben  aperceuput  : 

«  Beneset  sia  lo  nom  de  Dieu       [60] 

[40]  «  C'ayssi   son  dcniostrat  li  sieu, 

«  Car   tan     ben    a     manifestât 

("5) 
'<  De  Maria  sa  sanctetat  (114)       [64] 
«  A  tôt  lo  pobol  d'Israhel.  » 
[44]  Elauscron  lo  Dieu  decel. 

Cant  ac  passât  un  pauc  de  temps 

[XIII] 

Maria  e  Joseph  ensemps 

Eyssiron  de  Jherusalem  [68] 

[48]  E  anneron  en  Bethléem 

E  feron  lur  profession, 

Carcascuns  homs  en  samavson 
(iiS-6) 

E  en  sa  terra  professava  (117)       [72] 
I52]  Lo    trebut  que    César  donava; 
(118)  (/O 

Per  que,  car  Joseph  e  Maria  [74] 

Qu'eran  délia  daves  la  via 

E  foron  de  la  trip  dejuda, 


Qu'es  plus  auta  e  plus  manten- 
(guda, 
E  del  alberc  e  del  pavs  (120) 
E  del  lignage  de  David,  (121) 
E  David  fez  aqui  son  fuec, 
Profes  eran  en  aquel  luec  ;  (119) 
Et  aquest  premiera  fez  si 
Desotz  préside  de  Ciri. 
Pero,  cant  Joseph  e  Maria 
Annavan  per  aquela  via  (122) 
Per    on     hom    vay    en     Beth- 
(leem  (123) 
Per  prophessar  com  dich  avem 

(124) 
Maria  dix  a  Joseph  :  «  Ves 
«  Zo  qu'ieu  vey  ?  non  m'o  celés 

[ges: 
«  Hieu  ve\  dos  pobols  davant  mi 
«  Que  l'un  plora  e  l'autre  ri.  » 
E  Joseph  diz  de  mantenent  ; 
«  Cavalca  e  vay  sens  bestent. 
«  Non  me  vueyllas  dire  parau- 
[las 
«  Que  semblon  mcnçonjas  ni 
[faulas. 
Qui  cre  en  Dieu  sera  jausentz, 


39  C  Bezennet  sial  n.  —  41   C  E  car  el  a.  —  42  C  sa  s.  —  44  C  E  tut  1. 
Dieu,  T  E  loerent  le  roy  del.  —  45  C  Fag  aysso  passet   p.  —  46  T  Que 
M.  e  J.    —   50  Raynouard  (VI,  24)  a,  par  erreur,  hiiprimc  ce  vers  comme  si 
c'élail  le  commencement  d'un  vers  et  la  fin  d'un  autre  ;  par  suite  M.  E.  Suchier 
lui  a  donné  deux  numéros.   —  52  C  Lo  t.  c'a.  —   54  C  Qu'eran  de  la  ves 
Debia,  T  Estoient  de  la  part  Dabie.  Je  ne  vois  rien  dans  le  latin  qui  corres- 
ponde à  ce  vers.  —  60  C  Professavan,  T  s'jn  alerent.  —  62  C  D.  lo  presidi 
C.  ;  latin  :  Hase  professio  facta  est  a  praeside  Syria;  Cyrino.    —  72  C  e  ten 
ton  jument.  —  js  Les  vers  7;  à  80  sont  plus  haut,  à  la  suite  du  v.  jo.  Après  le 
v.  So  ou  lit  dans  C  (et  dans  T  sauf  légères  variantes)  les  quatre  vers  suivants  : 
Un  dels  pobols  qu'era  marritz 
Es  dels  Juzieus  car  s'es  (T  qui  sont)  partitz 
De  Dieu  e  l'autr'es  de  las  gentz 
Qu'es  ab  Dieu  per  qu'era  gauzentz. 
Les  deux  derniers  de  ces  vers  sont   la   traduction   libre   de  ces  mots  du  latin 


L  EVANGILE  DE  L  ENFANCE  EN  PROVENÇAL 


349 


[104] 


Qu'el  salvara  totas  las  gcnz 
[8  5]   Scgons  zo  que  ell  promes  ac 

Ad  Abraham  et  a  Ysaac. 

El  temps  es  que  esperavam, 
[88]    Que  a  la  semenza  d'Abram 

Sia  bénédiction  donada 

A  tota  gent  e  autrejada. 

Am     tant    foron     apropinquat 
(126) 
[92]    De  Bethléem  a  la  citât  ;  (127) 

E    Joseph  dix   que   deyssendes    [  108I 
(128) 

Del   jument   e    que  l'estaques  '■> 

Mas  non   agron  on   deyssendes 
[96)    Maria  ni  si  repauses,  (c) 

May  solamenz  una  balmeta 

On  a  cor  que  Maria  meta. 

La  balma  era  tant  escura  (150) 
[100]  Totas  vez,  e   am   tal   sornura, 

(13O 


[112] 


Que  lum  de  jorn  non  hv  avia 

(132) 
Si  non  un  pauc  entorn  mievdia; 

(133) 
E  cant  la  verge  coronada 
Es  en  la  sornura  intrada,  (134) 
Tant  clar  fom  inz  e  tôt  entorn 

(135) 
Con   es  lo  soleyll  a  miev  jorn. 
"  (136) 
Aquella  clardat  fom  de  Dieu 
Que  allumena  lo  fyll  sieu. 
Aquell  lume  non  hy  faylli 
Tant  com  Maria  fom  aqui. 
Maria  remas  e  fom  près 
Del  temps  que  illi  enfantes, 
Et  enfantet  laïnz  son  fyll  (137) 
Sens   dolor  e    sens  tôt    pervll. 

(i"38) 

E  cant  nasquet  non    fom     pas 

[sorn  ',  (139) 


(ch.  xiii)  :  «  Populum  enim  Jud;eorum  flentem  vidit,  qui  recessit  a  Deo  suo, 
et  populum  gentium  gaudentem,  quia  accessit  et  prope  factus  est  ad  Domi- 
num  (t'o//-  la  variante).  Otiant  à  la  leçon  de  noire  vis.  Qui  cre  en  Dieu... 
elle  est  en  soi  correcte  mais  elle  est  visiblement  remaniée  car  elle  exprime  une  tout 
autre  idée  que  le  texte  latin.  —  85  C  S.  so  q.  D.  p.  —  86  C  Habraam  Jacob 
et  Lsac.  —  87  C  El  t.  es  ja  qu'.  —  88  C  Qu'en  la  s.  d'Abraam.  —  89  C  Er 
b.  —  92  de  B.  la  lur  C.  — 93-4  C  E  diys  a  J.  qu'estanques  |  Son  j.  e  que 
deysendes.—  95  CE  n.,  TE  non  trova  ont  se  mesist.—  99  C  El  b.—  101-3 
C  n.  illuzia  |  Nuyila  vetz  neys  entorn,  T  Soleils  ne  donoit  resplendor  |  Matin 
ne  soir  ne  au  mi  jor.  —  103-4  C  E  cant  li  verges  .sancta  toza  (T  sainte 
espose)  I  Intret  la  balma  tenebrosa.  —  105  C  Tal  clardat  f.  —  106  C  Col  s. 
lay  entorn  m.  —  107  C  Et  aquiU  c.  —  108  C  C'alumenava  lo  f.  s.  —  109 
C  Aquell  lums  laïntz  n.  f.  —  112  C  Del  termini  que  e.  —  115  C  Cant 
naysia  non  fom  jes  sorn,  T  ne  fu  pas  sort. 

I.  5o;-»,  obscur,  et  plus  haut,  v\^  100,  104,  so/;/Hn7,  obscurité.  Ravnouard 
(V,  270)  ne  cite,  pour  sornura,  que  les  deux  ex.  de  V Évangile  de  V Enfance  ; 
pour  sorn  il  cite,  outre  VÉv.  de  VEnf.,  un  ex.  de  la  Vie  de  saint  Honorât  et  un 
autre  tiré  d'une  cohla  de  Guillaume  de  l'Olivier,  d'Arles  (Bartsch,  Denkni., 
p.  48).  Au  commencement  du  xvic  siècle  nous  trouvons  la  locution  à  la 
sornuro  dans  le  Mystère  de  saint  André  (v.  1077),  composé  et  joué  dans  le 
Briançonnais,  avec  le  sens  de  «  à  l'ombre,  dans  l'obscurité  ».  L'usage  de  ces 


350 

[ii6] 


[120] 


[124] 


128I 


P.    MEYER 

Quels  angels  i  son  tôt  cntorn,  «  Non  ausaintrardepaor.(i42) 

(140)  «  Tant  es[sobritra  la  clardat 
Que,  cant  fom  nat,  li  sopliquc-    [152]  «  Que  son  veser  es  encegat.    » 

(ron  00 

E  cant  Maria  l'entendet, 
134]  Cays  somris  e  non  respondct. 

E  Joseph  dix  :  «  Non  ay  ben  fach 
(  Si  t'aduc  qui    pens  de   ton  fach, 
«  Als  homsdebonavoluntatz.»    «  Que  t'ajude  e  ti  regart 
E  Joseph  atrobet  Maria  «  Con  fay  femna  cant  ven  en  partz  ? 

Am  son  enfant  que  fach  avia,      «  Que  non  t'agues  ops  tal  meçina 
E  dix  li  :  «  Hieu  t'aduc  Zabel,      «  Que  pueys  t'en  clamessas  mesqui- 
«  Bona  maïstra  e  fisel,  [na, 

«  Qu'es defora la  balma  ancara.    «  E  tu  en  fas  esquerz  e  ris. 
«  Perla  c[l)ardat  que  ça  vistara,    «  Non    fas  pas  ben,  zo  m'es  devis.  » 
«  Per  kl  sobricra  resplandor  Etz  ill  diz  :  «  Pos  que  plaç  a  tu, 

(141)  «  Venga,  mas  non  m'es  ops  negun.  » 


E  con  scynor  lo  adoreron 
E  canteron  :    «  Gloria  sya 
«  En  las  autesas  tota  via 
«  A  Dieu  etz  en  terra  la  paz 


Il  y  a  une  lacune  d'un  feuillet  entre  les  ff.  115  et  1 16.  Le  fol. 
115  se  termine  ainsi  (ch.  xvi  du  latin)  : 

Aur  li  ufri  le  premier  reys,  (f.  115  </)  Aur  li  ufron  com  a  rey  grant, 

L'autre  encens  aqui  meteys,  Encens  a  Dieu  sacrificant, 

E  le  terç  mirra  preciosa  Don  ell  sacrifiquet  en  croz 

De  gran  bontat  niera vyllosa  :  Pueys    son   cors   per    resemer  nos  '. 


116  C  E  li  angel  esteron  entorn.  —  117  C  Can  (lis.  Tan  ?)  tost  f.  n.  li 
soplegueron.— 118  C  Con  a  lurDieu  e  l'a.,  T  E  con  lor  seignor  le  aorerent. 
—  119C  E  diyseron.  —  122  C  A  cels.  —  124  C  Ab  l'e.  qu'enfantât  avia. 
_  127  C  —  Qu'es  fora  de  la  b.  —  128.  C  P.  la  gran  clardat  que  es  ara.  — 
1 32  C  n'es.  —  134.  Ici  s'arrête  le  fragment  de  ConegUano. 

deux  mots  paraît  avoir  été  limité  à  la  Provence  et  à  la  région  alpine,  d'autant 
plus  qu'actuellement  soiirn,sour  n'est  usité  que  dans  la  même  région  ;  voir  les 
Dictionnaires  de  Garcin(Draguignan),  Honorât,  Mistral.  C'est  sans  doute  du 
provençal  que  vient  le  subst.  français  sounie,  le  soir,  la  brune,  dont  on  a  des 
exemples  du  xvie  siècle  (Cotgrave,  Godefroy).  L'étymologie  Satunius 
(Remania,  V,  184,  d.  Kôrting,  à  ce  mot)  n'a  aucune  vraisemblance. 

I.  L'explication  allégorique  que  renferment  les  quatre  derniers  vers,  et  qui 
est  courante  depuis  saint  Irénée  (voir  la  note  213  de  Schade,  dans  son  édi- 
tion du  Liber  de  infatitia  Maria;  et  Christi),  ne  se  trouve  pas  dans  le  latin. 


L  EVANGILE  DE  L  ENFANCE  EN  PROVENÇAL  ,  3  5  I 

Le  fol.  ii6  commence  avec  un  discours  de  Jésus  qui  se  lit 
au  ch.  XXII  du  latin  : 

«  E  liieu  abreujaray  ades  (/'.   ii6)  En  lo  temple  s'en  van  intrar, 

«  Las  jornadas  que  seran  près,  Allonz  »  non  pogron  albcrgar, 

«  Et  en  tôt  ço  que  povnaram  '  C'apellavan  li  Egipciayc 

«  Trentarz  -  aixi  con  annani,  Capitoli,  li  clergue  el  laie, 

«  Compliray  hieu    sol  en   un  jorn  ;  On  avia  tresentz  seyxanta  s 

«  E  pueys  estarem  en  sojorn.  »  E  cinq  '',  a  despiech  etz  [az]  amta, 

E  non  ac  pas  de  tôt  complit  Idolas,  de  Dieu  e  de  sanz, 

Zo  qu'el  disia  ni  fenit  Que  foron  coûtas  per  motz  anz 

Qu'elz  viron  d'Egipte  los  portz,  E  servidas  per  los  pagans 

Los  pratz,  las  ribieras  els  ortz  ;  Qu'en  fasian  lurs  Dieus   certans. 

E  son  s'en  meravyllat  tut  E  tantost  con  Maria  intret  ^ 

Cant  ill  viron  la  gran  vertut  Am  l'enfant  ni  las  esgardet, 

El  miracle  qu'a  demostrat  Totas  ensemps   si  soplegueron 

Del  viage  c'a  abreujat.  Ves  terra  e  si  degoUeron, 

Am  tant  foron  en  la  contrada  (205)  Qne  hanc  nembre  ^  non  lur  remas, 

Près  dels  molins  >  qu'es  a  l'intrada  Pes  ni  testa,  camba  ni  braç, 

D'Egipte,  a  una  ciutat,  Cays  que  dissessan  a  la  gent  : 

E  son  s'en  de  laïnz  intrat;  «  L'enfant  es  Dieu  e  nos  nient.    »  (/') 

E,  car  non  hy  son  connegu,  E  adonx  fom  manifestada 

Non  los  vole  albergar  negu,  La  prophecia  e  proada 

1 .  Poyihiram  est  le  conditionnel  formé  du  pi.  q.  p.  latin. 

2.  Corr.  Trenta  jonii  ;  latin  :  «  ego  viam  vobis  breviabo,  ut  quod  spatio 
triginta  dierum  ituri  eratis,  in  hac  una  die  perficiatis  »  (ch.  xxii). 

3.  Faute  singulière.  Doit-on  corriger  ^rw^i'frwo/w?  Latin  :  «  Et  gaudentes 
et  exultantes  devenerunt  in  finibus  Hermopolis,  et  in  quandam  civitatem  Egypti 
qua;  Sotinen  dicitur  ingressi  sunt.  » 

4.  Je  n'ai  rencontré  jusqu'ici  ce  mot  que  dans  des  textes  de  la  Provence, 
par  ex.  dans  le  Livre  des  privilèges  de  Manosqtie,  p.  49,  dans  le  Roman  en  vers 
d'Esther  (Roinania,  XXI,  204,  vers  26)  où  il  est  en  rime.  Pour  d'autres 
exemples,  également  fournis  par  des  textes  de  Provence,  voir  Chabaneau, 
Revue  des  langues  romanes,  VU,  81.  Il  y  a  lieu  de  le  rattacher  à  alhondres 
(Raynouard,  II,  66). 

5.  Vers  trop  court. 

6.  «  Trecenta  quinquaginta  quinque  »  dans  l'édition  de  Tischendorf, 
mais  le  chiffre  de  365  est  donné  par  l'édition  de  Schade. 

7.  Ici  commence  le  ch.  xxiii  du  Pseudo-Matthxi  evangeliiim . 

8.  On  a  fréquemment,  en  Provence,  nembrar,  pour  niembrar,  mais 
nendne  pour  mendve  n'est  pas  commun.  On  trouve  cette  forme  dans  la  Fie 
de  Douceline  (164,  2). 


352  p.    MEYER 

Que  disia  de  Dieu  l'amie  Que  li  vengron  denunciar 

De  zo  que  dix  el  temps  antic.  Con  li  dieu  an  tôt  soplegat 
«  Dieus  qu'es  sobre  la  nivol  leu  (206)    A  l'enfant  e  son  degollat. 

«  Venra  en  Egipte  en  breu,  E  Frondi[si]  feç  mot  gran  est 

«  E  seran  li  dieu  ds  man  fach  E  venc  al  Capitoli  test 

«  D'Egipte  tut  brisât  e  frach  '.  E  vi  sons  Dieus  totz  degollatz, 

E  cant  aizo  fom  avengut  -%  Etz  es  s'en  mot  meravillatz 

Li  message  son  tost  agut  E  met  se  als  pcs  del  enfant 

A  Frondisi,  prince  c  bar,  E  adoret  lo  soplegant... 

Le  morceau  qui  suit  correspond  au  chap.  xxxii  du  Pseudo- 
Matthiœ  evanf^elium.  Je  le  transcris  afin  qu'on  puisse  le  compa- 
rer avec  le  second  des  extraits  de  la  version  fragmentaire  de 
l'Evangile  de  l'Enfance  que  j'ai  publiés  jadis  d'après  le  ms. 
B.N.  fr,  25415  (Bulletin  de  la  Soc.  des  anc.  textes  français,  1875 
p.  81)  '.  On  verra  que  les  deux  versions  ne  se  ressemblent 
nullement. 

Apres  aizo    jornz  non  say   cantz  E  un  dels  enfanz  que  era  sus 

(f.  119  c\  Casec  avall  per  lo  mur  jus, 

Jésus  jugava  am  d'enfanz  +,  Si  qu'ell  fom  mortz  de  mantenent 

E  pujet  sus  una  mayson,  L'enfant,  vesent  de  tota  gent. 

E  li  enfant  que  am  luy  son  ;  Li  autre  enfant  fugiron  tut 

1 .  «  Tune  adimpletum  est  quod  dictum  est  per  prophetam  Isaiam  :  «  Ecce 
Dominus  veniet  super  nubem  levem  et  ingredietur  Egyptum,  et  movebun- 
tur  a  facie  ejus  omnia  manufacta  Egyptiorum  [Is.  xix,  i]  ». 

2.  Ici  commence  lech.  .kxiv  :  «  Tune,  cum  Affrodosio  duci  civitatis  illius 
nuntiatuni  fuisset,  cum  universo  exercitu  suo  venit  ad  templum.  Pontifices 
vero  templi,  ut  viderunt  quod  Affrodosio  (/.  Affrodisius)  cum  universo  exer- 
citu suo  venit  ad  templum,  properare  putabant  se  tantum  vindictam  videre 
in  eis  quorum  causa  dii  corruerent  {sur  cette  phrase  obscure  voir  la  note  de 
Sctmde  dans  son  édition).  lUe  autem  ingressus  templum,  ut  vidit  omnia  idola 
in  faciès  suas  prostrata  jacere,  accessit  ad  beatam  Mardam,  quœ  in  sinu  suo 
Dominum  portabat,  et  adorans  eum  ad  universum  exercitum  suum  et  ad  omnes 

.amicos  suos  dixit  :  «  Nisi  hic  deus  esset  deorum  nostrorum,  dii  nostri  coram 
eo  in  faciès  suas  minime  cecidissent  neque  in  ejus  conspectu  prostrati 
jacerent.  » 

3.  Il  n'est  pas  possible  d'établir  la  comparaison  avec  le  premier  des  extraits 
publiés  de  ce  manuscrit,  parce  que  ce  premier  extrait  se  rapporte  à  la  fuite  en 
Egypte,  qui  manque  dans  le  ms.  de  Paris  par  suite  de  la  perte,  signalée  plus 
haut,  d'un  feuillet  entre  les  ff.  115  et  1 16. 

4    Cet  emploi  de  de  (a ni  d'en/an-)  est  bien  provençal.  C'est  l'usage  actuel. 


l'évangile  de  l'enfance  en  provençal 

Al  mort 


Pcr  la  paor  que  an  agut  ; 
Jcsu  remas  soletz  aqui 
Tro  quels  parentz  e  li  vesin 
Vengron,  que  ausiron  [lo]  fach, 
E  pensan  qu'ell  o  agues  fach. 
E  foron  li  moût  enemic 
Am  fer  cor  irat  etz  enic, 
E  dixeron  :  «  Aquest  l'empeys.  '> 
E  Jesu  dix  aqui  meteys 


353 

«  Av  t'icu  enpench, 
[Symon  »  '  ? 
El  mort  respondet  :  «  Seyner,  non; 
«  Zorobabell  m'a  derrocat 
«  E  vos,  seyner,  resuscitat  ^.  » 
E  cant  viron  tut  li  parent 
Lo  miracle  si  pareixent 
An  fort  Dieu  tut  glorificat 
E  l'enfant  Jhesu  adorât. 


Les  vers  du  ms.  Raynouard  que  M.  E.  Suchier  cite  sous  les 
n°'  255  à  258  se  rapportent  au  chap.  xxxviii  et  xxxix  du  Pseudo- 
Matthivi  cvangcUiim,  ou  plus  exactement,  comme  M.  E.  Suchier 
en  fait  la  remarque,  aux  chap.  xii  et  xiii  de  VEvangelimn  Tho- 
inœ  latinum,  où  les  mêmes  miracles  sont  traités  en  termes  diffé- 
rents. 

Je  vais  donner  la  tin  du  ms.  de  Paris,  où  on  pourra  consta- 
ter des  rapports  avec  VEvangcliuiiL  TJkniuv.  Il  est  bien  probable 
que  l'écrivain  provençal  avait  sous  les  yeux  un  texte  latin  com- 
posite, où  le  Pseudo-Matihœi  evangelium  avait  été  complété 
par  des  emprunts  faits  aux  derniers  chapitres  de  V Evangelium 
Thomx. 


Apres    aiço     non    tarzet    gayre 
(/•  121  /.) 
Que  una  femnadel  repavre, 
Ben  près  d'aqui,  avia  un  fyll 
Que  ac  estât  en  greu  peryll 
De  malautia  e  fom  mortz  ; 
E  fom  mot  gran  lo  desconortz 
E  la  dolor  qu'ill  en  sentia  ; 
E  car  autre  enfant  non  avia 
Era  plus  mortal  li  dolors. 
Et  aixi,  am  planz  et  am  plors, 
La  mayre  esta  sobre  l'enfant  ; 
E  Jhesus  es  vengut  enant, 


E  toquet  sus   lo  pietz  lo  mort, 
(268) 
E  dix  ;    «  Femna,   ajas  conort, 
(269) 
«  Que  ve   ti  ton  f\'ll  revisdat.  » 
(270) 
E  le  mortz  s'es  en  pes  levât 
E  pueys  si  gitet  a  sons  pes  ; 
E  Jesu  dix  que  li  nembres 
De  luy,  e  rendet  l'a  sa  mayre. 
Els  Jusieus,  que  lo  volian  trayre 
De  la  mayson  per  sebelir, 
Esteron  mot  en  gran  consir 


1.  Zeno&sx.  le  nom  de  cet  enfant  dans  le  latin. 

2.  Pour  ce  vers  et  les  deux  précédents  il  y  a  simplement,  dans  le  latin  : 
«  at  ille  dixit  :  Non,  domine.  » 

Romam.,,   \XXV 


354 


p.    MEYER 


Per  lo  miracle  qu'ill  an  vist, 
E  vengron  tut  a  Jesucrist 
A  merce,  e  que  lur  perdoii 
Per  la  inala  suspicion 
Qu'elz  agron,    mas   pentitz  s  en 
[son. 
E  Jésus  lur  a  fach  perdon, 
E  pueys  dison  :  «  Celestials  (c) 
«  Es  e  fyll  de  Dieu  eternais. 
<■  Sas  obras  son  mot  aproadas 
«  Car  motas  armas  a  salvadas 
«  E  tornadas  de  mort  a  vida, 
«  E,  cant  negus  merce  li  crida, 
<i  A  li  merce  el  salva  lieu. 
«  E  s'ell  non  fossa  fyil  de  Dieu 
«  Non  agra  ja  tant  de  vertut.  » 
Am  tant,  e  ill  son  tut  vengut 
A  Maria  e  an  li  dich  : 
«  Maria,  nos  trobani  escrich  (272) 
«  C'oms  pecavres   non    fay  tais 
[signes  (275) 
«  Ni  miracles  ni  non  n'es  dignes 

(274) 
«  Com    Jesu     fav;    es    ell    ton 
[fyll?  » 
Et  ella  respont  sens  peryll  : 
«  En  mon  ventre  fom  engenrat.  » 
Adonx  dison  :  «  Benaûrat 
«  Es  lo  ventre  don  ell  eissi 
"  E  la  mayre  que  l'a  noyri, 
«  Que  tant  glorios  f[rjuc  portet.  » 
E  am  tant  Jésus  s'en  annet 
Am  sa  mayre  en  son  hostal, 
E,  car  hanc  non  fez  degun  mal, 
Maria  gardet  en  son  cors 
Zo  qu'ell  fez  dedinz  e  defors 
E  sons  ditz  els  miracles  granz 
Qu'cll  fasia  entrels  enfanz  ; 
Qu'ell    fay  pariar  ios    mutz   per 
[ver 


E  als  cex  rendia  lo  veser,    (275) 
E  endreça  contratz  e  tortz  (276) 
E  soven  suscita  !os  mortz  (277) 
Els  sana  de  lur  malautia. 
Et  aixi  con  de  cors  creyssia 
Aixi  crexia  de  bon  saber 
E  d'onestat  e  de  poder 
E  de  gracia  e  d'onor 
E  de  fama  e  de  lausor,  (J) 
Con  ver  Dieus  de  tôt  poderos, 
Homs  e  Dieu  e  rey  glorios 
Que  viu  e  régna  per  totz  temps, 
Payre  e  fyll  qu'es  tôt  ensemps, 
Sant  Esperit  qu'es  tôt  un  dieus 
De  Sarrasins  e  de  Jusieus 
Salvayres  e  govern  espres. 

E  nos  preguem  li  tut  ades 
Qu'ell  nos  meta  la  sus  am  si 
En  sa  gloria  qu'es  sens  fi, 
On  siam  totz  temps  sens  destor- 

[bier 
El  gauch  de  paradis  plenier. 
Pero  del  pobol  d'Israël 
Fom   un    que  vi  lo  rev  del    cel 
(283) 
En  s'enfantesa  e  i  uset  ;       (284) 
Soven  hv  bec  e  hv  manget, 
E  cant  Ios  miracles  fasia 
Jesu,  Thomas  Ios  escrivia 
Els  mes  en  latin  per  escrich 
Seo;ons  que  ay  desobre  dich  ; 
E  hieu  aquest  roman  n'ay  fach 
E  del  latin  en  aysi  trach. 
Prec  vos  totz  que  Paves  ausi, 
Sos  plaç,  que  pregues  Dieu  per 

[mi, 
L'emperayriç  verges  Maria 
Qu'es  de  peccadors  capse  guia. 
Qu'il  '  pregue  per  nos  son  car  fyl 


I .  Ms.  Ou'el. 


L  EVANGILE    DE    LENIAXCE    EN    PROVENÇAL  355 

Que  nos  garde  de  tôt  peryl  Per   ço    que    ncmbiada    en    sia 

E  nos  acueylla  el  sieu  règne  (271  =) 

Lo  quai  es  precios  e  digne  '.  Dizes  en  tut  :  Ave  Maria  ». 

Fiiiito    libro    sit     laits    cl    gloriii   Chrislo.  Amen. 

Pour  hiciliter  la  comparaison  de  cette  fin  de  notre  manuscrit 
avec  le  texte  latin  que  l'écrivain  provençal  a  eu  sous  les  yeux, 
je  crois  utile  de  transcrire  ici  le  dernier  chapitre  de  ÏEvange- 
liiiiii  Thoiiiiv.  On  verra  que  la  version  est  très  libre  : 

l'est  paucos  dies  infans  vicinus  ejus  defunctusest,  et  deplorabat  eum  mater 
ejus  valde.  Audiens  hoc  Jésus  abiit  et  stetit  super  pueruni  et  pulsavit  in  pec- 
tore  ejus  et  dixit  :  «Tibi  dico,  infans,  noli  mori  sed  vive.  »  Et  statim  surrexit 
infans.  Dixit  auieni  Jésus  ad  matrem  pueri  :  «  Toile  filium  tuumet  daeis  ube- 
ra  et  recordare  mei.  »  Videntes  autem  turba;  lioc  miraculum  dixerunt  :  «  In 
veritate  infans  iste  cœlestis  est  ;  jam  enim  plures  animas  liberavit  a  morte  et 
salvos  fecit  omnes  sperantes  in  se.  » 

Scr'ihx  et  Pharisiti  dixerunt  ad  Mariam  :  i<  Tu  es  mater  istius  infantis  ?  » 
Maria  autem  dixit  :  «  Vere  ego  sum  ?  »  Et  dixerunt  ad  eam  :  «  Beata  es  inter 
niulieres,  quoniam  benedixit  Dcus  fructum  ventris  tui,  quod  talem  gloriosum 
infantem  et  taie  donum  sapientia;  dédit  tibi  quale  nunquam  vidimus  nec  audi- 
vimus.  »  Surrexit  Jésus  et  secutus  est  matrem  suam.  Maria  autem  servabat 
omnia  in  corde  suo  quanta  fecit  Jésus  signa  magna  in  populo,  sanando  infir- 
mes multos.  Jésus  antem  crescebat  statura  et  sapientia,  et  omnes  qui  videbant 
eum  glorificabant  Deum  patrem  omnipotentem,  qui  est  benedictus  in  secula 
seculorum,  amen. 

Post  hx'c  omnia  Thomas  Israelita  scripsi  quœ  vidi  et  recordatus  sum  genti- 
bus  et  fratribus  nostris,  et  multa  alia  qu:E  fecit  Jésus,  qui  natus  est  in  terris 
Judx.  Ecce  omnia  vidit  domus  Israël  a  primo  usque  ad  novissimum,  quanta 
signa  et  mirabilia  fecit  Jésus  in  ipsis  valde  bona  et  invisibiiia  patri  suo,  quo- 
modo  enarrat  Scriptura  sancta  et  prophetiv  testificati  sunt  opéra  ejus  in 
omnibus  populis  Israël.  Et  ipse  est  qui   débet  judicare  mundum  secundum 


1 .  Corr.  (li'i^ne  ?  ou  plutôt  renb-denh  ? 

2.  On  voit  que,  d'après  M.  Suchier,  ce  vers  devait  prendre  place  dans  le  ms. 
Raynouard,  avant  les  citations  numérotées  272  à  277.  Cela  paraît  assez 
étrange  ;  cependant,  comme  M.  E.  Suchier  s'est  réglé  sur  le  ms.  de  Turin, 
comme  il  affirme  que,  d'après  ce  ms.,  le  vers  marqué  ici  271  est  162592"":,  et 
que  le  vers  marqué  ici  272  est  le  26i4"^e,  \\  faut  bien  croire  que,  dans  le  ms. 
de  Turin,  l'ordre  est  celui  qu'il  indique.  Mais  on  aurait  besoin  de  connaître 
la  fin  du  ms.  deTurin  pour  savoir  comment  ce  vers  271  est  amené.  Malheu- 
reusement il  est  brûlé.  Espérons  que  M.  E.  Suchier  ne  tardera  pas  à  publier 
la  copie  qu'il  en  possède. 


356  p.    MEYER 

voluntatem  immortalitaiis  ;  quoniam  ipse  est  filius  Dei  in  universo  orbe 
terrœ.  Ipsum  decet  omnis  gloria  et  honor  in  sempiternum,  qui  vivit  et  régnât 
Deus  per  omnia  secula  seculorum.  Amen. 

J'ai  quelques  observations  à  prcsentcr  sur  la  versification 
et  la  langue  de  ce  poème.  Il  ne  s'agit  ici  que  d'un  travail  pro- 
visoire, qui  devra  être  repris  et  poussé  plus  à  fond  lorsqu'on 
publiera  le  texte  tout  entier  avec  l'aide  du  ms.  de  Turin. 

L'auteur  se  conforme  à  peu  près  à  l'usage  ancien  d'après  lequel 
la  phrase  se  termine  avec  le  second  vers  du  couplet.  Il  y  a 
quelques  exceptions,  mais  elles  sont  rares.  Notre  version  de 
VEnfance  peut  donc  être  classée,  à  ce  point  de  vue,  avec  les 
poèmes  faits  pour  le  peuple  où  le  même  fait  a  été  observé  \ 
C'est  surtout  dans  des  compositions  plus  littéraires  que  l'on 
rencontre  le  couplet  brisé  -. 

Parfois,  mais  rarement,  par  ex.  fol.  109  r  et  115  r^,  on  trouve 
quatre  vers  sur  la  même  rime. 

Les  rimes  sont  très  simples,  sans  aucune  recherche.  Çà  et  là 
quelques  irrégularités  :  David-vis  3  r-2  ;vas-boslal  '  157-8  ;  eors- 
vols  167-8  ;  gar:^ons-pastors  279-80  ;  tordol as-col omba s  fol.  11^  a. 
En  Provence,  où  le  poème  a  été  sûrement  composé,  il  n'est 
peut-être  pas  très  correct  de  faire  rimer  -cvis  -in  avec  -os  -i 
(aucellons-poderos  99-100,  inatin-si  13 1-2),  mais  ces  rimes 
seraient  correctes  partout  ailleurs  (on  prononçait  mali)  et  ne 
doivent  pas  être  considérées,  même  ici,  comme  irrégulières.  Au 
v.  163  ac,  rimant  avec  plac,  est  la  première  personne  :  la 
forme  correcte  serait  aie  ou  agiii  K 

L'auteur  pratique  peu  l'élision  de  la  finale  atone  avant  un  mot 
commençant  par  une  voyelle.  On  se  rendra  compte  de  la  propor- 
tion des  cas  de  non  élision  et  d'èlision  par  le  rapprochement 
des  deux  listes  qui  suivent.  On  observera  que  1'^  final  s'éHde 


1.  Voir  mon  mémoire  sur  le  couplet  de  deux  vers,  Romania,  XXIII,  50. 

2.  Le  couplet  brisé  est  un  peu  plus  fréquent  dans  les  parties  en  vers 
octosyllabiques  de  la  Vie  de  saint  Honorât  que  dans  notre  poème.  De  plus 
R.  Feraud  commence  parfois  une  phrase  au  milieu  d'un  vers,  ce  que  je  n'ai 
pas  observé  dans  celui-ci. 

3.  Le  copiste  a  écrit  hostals. 

4.  Il  y  a  encore  ac,  fe  pers.,  au  v.  175,  mais  là  rien  n'empêcherait  de  res- 
tituer «[îjf. 


l'évan'Gile  de  l'enfance  en  provençal  357 

surtout  quand  le  mot  suivant  commence  par  la  même  lettre  ', 

NON  KLisiON  208  OiiYt./  .ingels  cl  l'asoret. 

S  Pastres  en/  e  las  gardava.  217  E  ma  viandrt  es  aytals. 

15  de  la  gausid.ï  e  del  fruch.  245  D'ora  noiw  entro  al  ser. 

18  A  vcdoas,  qu'en?  obs  granz. 

,  ,,  .  ELISION 

19  L  autrrt  als  paures  d  espent. 

54  Ensems  Annd  e  sons  maritz.  17  Dava  l'urw  as  orfes  enfanz. 

69  Fom  de  vergovniK/  esbaït.  45   Etz  era  adoncx  acostumat. 

78  Fin*»  e  castfl  e  huniil.  125  E  la  sancta  paraula  ausida. 

79  Qu'estavû  en  gran  cossirier.  130  Car  en;  aguda  trebayllada. 
113  Que  s'ieu  avia  fylla  o  fyll.  132  Que  sonet  sa  serventa  assi. 

129  Anz  fom  cays  mort./  e  lassada.  155  Sens  marit,  sens  fylL/  e  sens  fyll. 

147  Quant  Ann./  auz  aixi   parllar.  220  Qu'ieu  déjà  el  tabernacle  intrar. 

204  E  pos  t'en  deyssendrf  huey  mays.  235  Del  fum  del  sacrifie/  eyssi. 

205  D'esta  montaygni/  am  tas  genz.  236  Tan  bon'odor-  c'om  non  senti. 

En  général  que  ne  s'élide  pas;  cependant  il  est  élidé  au  v.  140: 
Si  as  îrehayll  en  que  en  sny  hieu. 

Les  rimes  donnent  aux  mauvais  écrivains  (et  ils  sont  nom- 
breux dans  la  poésie  provençale  des  bas  temps),  l'occasion 
d'introduire  dans  leurs  vers  une  quantité  de  chevilles.  A  cet 
égard  on  ne  peut  pas  dire  que  notre  auteur  soit  à  l'abri  de  tout 
reproche  :  ~o  m'es  vis  32,  per  vertat  40,  mot  certaiis  60,  sont 
d'incontestables  chevilles. Toutefois  les  pedas  et  les  quays  pedas, 
pour  emprunter  le  langage  des  Leys  d'amors,  ne  sont  pas  aussi 
habituels  chez  lui  que  dans  les  deux  autres  versions  proven- 
çales de  V Enfance  et  que  chez  Matfré  Ermengau. 

La  langue  de  l'auteur  et  celle  du  copiste  ne  devaient  guère 
différer.  Cependant  il  est  plus  prudent  de  mettre  au  compte  du 
second  tout  ce  qui  est  de  pure  phonétique.  Par  suite  il  reste  peu  à 
dire  quant  au  premier. 

L'auteur  opère  régulièrement  la  synérèse  de  la  finale  -/a  dans 
les  imparfaits  et  les  conditionnels.  On  en  trouvera  des  exemples 


1.  Un  fait  analogue  s'observe  en  ancien  français.  Dans  le  Psautier  d'Oxford 
nie  te  s'clident  devant  un  e,  mais  non  devant  les  autres  vovelles  :  «  je  w'eslui- 
gnai,  tu  /'enfuis  »,  mais  «  m^  oit,  te  apelerums,  te  iraistras  »  (Meister,  Die 
Flexion  iiii  Oxfonler  Psalter,  Halle,  1877,  p.  106). 

2.  Peut-être  l'écrivain  faisait-il  odor  du  masculin. 


3)8  1'.    MI-YER 

aux  vers  lé,  20,  22,  38,  47,  80,  92,  113,  138,  etc.  Le  même 
fait  s  observe  depuis  la  fin  du  xiii'  siècle  dans  tous  les  poèmes 
d'un  caractère  populaire  '.  Doas,  v.  182,  dans  le  corps  du  vers, 
ne  forme  qu'une  syllabe,  ce  qui  est  contraire  à  l'usage  ancien 
mais  d'accord  avec  l'usage  plus  récent  -. 

Comme  la  plupart  des  écrivains  du  Midi,  l'auteur  ne  se  fait 
pas  faute  d'employer,  en  vue  de  la  rime,  des  formes  différentes  : 
meteys  150,  et  meteus  léo,  en  rime;  ailleurs,  également  en  rime, 
remaner  et  remanir.  —  Il  réduit  au  besoin  à  -es  la  finale  -<?/:(  des 
secondes  personnes  du  pluriel  :  deves-pres,  6 1-2;  trames-doptes, 
117-8. 

La  forme  aicit  (ici),  v.  214,  est  attestée  par  la  rime.  Elle  n'est 
pas  relevée  dans  les  dictionnaires  ;  cependant  on  en  trouve  des 
exemples  :  «  iXaysît  a  sent  Johan  prochan  »,  dans  une  lettre 
écrite  à  Seyne  en  15 12  {Annales  des  Alpes,  III,  90).  Mistral 
enregistre  <'/r//o,  eicite. 

On  remarque  l'extinction  du  d  entre  voyelles  dans  les  parti- 
cipes féminins  pentia  (fol.  114  h),  compila  (fol.  114  J)  en  rime 
avec  cresla,  prophecia. 

L'examen  des  rimes  prouve  que  les  règles  de  la  déclinaison 
étaient  encore  assez  généralement  observées.  Les  infractions 
sont,  le  plus  ordinairement,  dues  au  copiste;  voir  vv.  173-4, 
197-9,  etc.,  où  la  forme  du  cas  régime  doit  être  remplacée 
dans  les  deux  vers,  par  celle  du  cas  sujet. 

Dans  la  conjugaison  on  peut  remarquer  la  forme  périphras- 


1.  Par  ex.  dans  la  Vie  de  saint  Honorât,  dans  Blandiu  de  ConiouaiUes, 
dans  les  deux  autres  versions  de  l'Évangile  de  l'Enfance  (plus  ou  moins  régu- 
lièrement), etc.  Il  y  en  a  des  exemples  bien  plus  anciennement,  par  exemple 
dans  la  Croisade  albigeoise  (2.'^  partie),  mais  ils  n'apparaissent  que  dans  les 
imparfaits  et  non  d'une  façon  constante  {avia,  aviam,  5237,  3456,  de  deux 
syllabes,  et  aviau,  de  trois,  3192)  :  jamais  danb  le  subj.  sia  ni  dans  les  condi- 
tionnels. A  la  fin  du  xiiF  siècle  encore,  chez  Matfré  Ermengaut,  l'usage  est 
assez  flottant  (voir  Zeitschr.  f.  rom.  Phil.,  VII,  396).  Les  auteurs  des  Leys 
d'amors  ont  tenté  de  réagir  contre  la  prononciation  vulgaire  qui  opérait  la 
synérèse  (I,  46,  48  ;  III,  146).  Arnaut  Vidal  de  Castelnaudari,  qui  est  de  leur 
école,  est  hésitant  en  ce  qui  concerne  les  imparfaits,  mais  dans  les  condition- 
nels, il  fait  toujours  ia  de  deux  syllabes  ;  voir  mon  édition  de  Guillaume  de  la 
Barre,  p.  lix. 

2.  De  même  dans  Guillaume  de  la  Barre  ;  voir  l'édition,  p.  Ixj. 


L EVANGILE    DE    L ENFANCE    EN    PROVENÇAL  3)9 

tique  era  nguda  (v.  130)  dans  le  sens  du  plus-que-parfait  d'esser, 
cf.  son  agiit,  p.  352.  On  sait  qu'elle  est  fréquente  en  provençal 
dans  les  textes  du  xir'  au  xvi^  siècle,  et  surtout  en  Provence  '. 
Actuellement  cette  locution    n'est  plus  guère   en  usage  -. 

Par  contre  l'usage  de  l'auxiliaire  anar  joint  à  un  infinitif,  si 
fréquent  dans  tout  le  Midi  chez  les  écrivains  médiocres  ',  ne 
s'observe  pas  dans  notre  poème. 

Voici  maintenant  quelques  observations  sur  la  graphie  du 
copiste.  La  terminaison  -a  nt  des  troisièmes  personnes  du  pluriel 
est  conservée  régulièrement,  conformément  aux  lois  de  la  pho- 
nétique :  alegran  108,  pregavtin  39,  avian,  20,  fasian  47,  etc.  On 
ne  rencontre  pas  d'exemple  de  la  finale  on  substituée  à  an. 
C'est,  comme  je  l'ai  montré  autrefois  ^,  un  trait  du  langage  de 

1.  Le  plus  ancien  exemple  connu  paraît  être  le  premier  vers  de  la  pièce  de 
Raimon  d'Avignon,  Sirreiis  siti  «i'm/^  et  arlot:;^,  publiée  par  Bartsch  dans  sa 
Chrcstoniathie  provençale  ;  l'exemple  de  Gavaudan,  Cilli  queron  ja  de  pret:^ 
avuti  iyoxx  Romania,  XXXIV,  505),  cité  par  Raynouard,  Lex.  roni.,  II,  137, 
présente  un  sens  fort  différent.  La  même  forme  s'observe  chez  Bertran 
Carbonel  de  Marseille  (son  ui'iit~  bon  e  cartes,  Bartsch,  Denkm.,  14,  19),  dans 
la  Vie  de  saint  Honorât,  dans  Sainte  Agnes  (voir  la  note  de  Bartsch  sur  le  v. 
815),  dans  le  poème  sur  la  mort  (1543)  de  Robert,  roi  de  Naples  (Bartsch, 
Denkm.,  55,  27),  dans  un  sermon  du  xv^ siècle  qui  paraît  bien  avoir  été  com- 
posé en  Provence  (Bulletin  de  la  Soc.  des  anc.  textes  fr.,  1883,  p.  63).  On  la 
trouve  aussi  dans  des  documents  qui  n'ont  rien  de  littéraire  :  à  Manosque,  dès 
la  fin  du  xui":  siècle,  voir  Chabaneau,  dans  le  Livre  des  privilèges  de 
Manosque,  p.  Ixxxiij  ;  à  Seyne  dans  un  compte  de  141 1  (art.  234,  Romania, 
XXVII,  381);  à  Digne,  en  1442  (ihid.,  405)  ;  à  Forcalquier  en  1478  (ibid., 
427).  On  sait  que  cette  forme  a  été  relevée  dans  le  nord  de  Tltalie;  voir 
A.  Mussafia,  Beitràge  :^ur  Geschichte  der  rouianischen  Sprachen,  dans  les  comptes 
rendus  de  l'.^cadémie  de  Vienne,  classe  de  philosophie  et  d'histoire,  1862, 
t.  XXXV,  p.  546  et  suiv.  On  la  trouve  aussi  en  catalan  et  en  français  de  l'Est 
TMussafia,  da.ns  Jahrh.  /.  roni.  u.  engl.  Lit.,  V,  248),  mais  c'est  en  Provence 
qu'elle  a  été  le  plus  répandue. 

2.  Elle  existe  encore  à  Fours,  canton  de  Barcelonnette  et  au  sud  de  cette 
ville.  Voir  F.  Arnaud  et  G.  Morin,  Le  langage  de  la  vallée  de  Barcelonnette, 
p.  292.  Les  cartes  521  et  522  de  VAtlas  linguistique  de  MM.  Gilliéron  et 
Edmont  l'indiquent  en  deux  endroits  des  Alpes-Maritimes. 

5.  Voir  mon  édition  de  Guillaume  de  la  Barre,  p.  Ixvj,  et  Romania,  XVIII, 
427. 

4.  Romania,  IX,  201-2,  où  l'on  trouve  des  exemples  empruntés  à  des  docu- 
ments des  Bouches-du-Rhône. 


360  p.    MEYER 

la  Provence,  spécialement  des  Bouches-du- Rhône,  du  Var,  des 
Basses-Alpes;  toutefois,  il  taut  distinguer  non  seulement  les 
régions  mais  aussi  les  époques  '.  Il  est  bien  à  croire  qu'ici 
l'usage  du  copiste  était  aussi  celui  de  l'auteur. 

/  double  se  rencontre  fréquemment,  1°  entre  deux  voyelles, 
surtout  après  f  :  navellas,  81,  aucellons  105,  ella  203,  appellat 
278;  2°  à  la  fin  des  mots  :  aquell  3,  103,  angell  116,  123,  ell, 
i^6,aynnell  123,  pell  222,  mell  239,  capdell  i^S,avall,p.  352; 
3°  après  ;■  :  parllar  147  ". 

/  mouillée  est  presque  toujours  notée  par  yll  et  aussi  par  ill,  ce 
qui  n'est  pas  sans  inconvénient  là  où  l'y  oui'/' compte  aussi  comme 
voyelle  ' ,  dans  fylla,  fyll  35,113,  135,  peryll  36,  114,  meravyllos 
119,  meravylla  194.  Je  suppose  que  dans ///,  aqiiill,  pronoms 
féminins,  94,  193,  il  y  a  aussi  /  mouillée  +.  Autres  exemples  : 
bayJlia  14,  irebayllada  130,  trebayU  134,  140,  appareyllat  58, 
nioylkr  28,  77,  -158,  166,  esveyllet  i-j-j.  La  graphie  nuyll,  226, 
indique  sûrement  la  mouillure. 

De  même  n  mouillée  est  représentée  par  yn  :  ioyn  82,  ttwn- 
tayuas  290  ;  par  ynn  :  vergoxnna  69,  aynncl  223  ;  par  yngn,  ygn  : 
luayngn  75,  luYm^nar  143,  montayojias  180,  vwntaygna  205. 
Comme  on  voit,  le  copiste  ne  fait  aucun  usage  des  combinaisons 
//;,  nh,  qui  cependant  se  rencontrent  très  fréquemment  en  Pro- 
vence. 

Vu  instable  se  maintient  régulièrement,  comme  du  reste  par- 
tout en  Provence  K 

Le  ç  est  un  signe  assez  rarement  employé  dans  le  Midi  de  la 
France,  tandis  qu'il  est  très  fréquent,  dès  le  moyen  âge,  dans 
les  mss.  du  nord  de  l'Italie.  Ici  nous  le  trouvons  comme  cor- 


1 .  A  Seyne,  dans  le  nord  des  B. -Alpes,  on  a  -an,  -on,  et,  là  ou  un  /  précède, 
-en  (avien)  ;  voir  Romania,  XXVII,  560.  A  Digne  -an  paraît  se  conserver 
assez  régulièrement  (//'/(/.,  390  et  suiv.).  De  même  à  Forcalquier  (ih'uL,  426 
et  suiv.)  et  à  Castellane  (//'/(/.  435  et  suiv.). 

2.  On  trouve  de  même,  dans  le  ms.  d'après  lequel  a  été  publiée  la  Vie  de 
saint  Honorât,  Arlle,  gerJlet,  etc. 

5.  Nous  avons  le  même  inconvénient  en  français,  dans  bille,  fille,  x'iiJle, 
qui  s'écrivent  comme  l'ille.  D'où  l'erreur  qui  a  produit  la  prononciation 
d^aiigiiille,  camoniille  (/  mouillée),  au  lieu  d'ans^tiile,  cauiomile. 

4.  Cf.  fi}~,fillas,  102. 

5.  Voir  Romania.  XVIII,  437. 


l'évangile  de  l'enfance  en  provençal  361 

respondant  de  r  latin  suivi  d'e  ou  d'/,  dans  aiço, p.  347  (v.  26), 
ço,  p.  351,  ça, p.  35o(v.  128),  brar,  p.  y)i,feç  (fecit),  p.  352, 
dans /)/af  (placet).  p.  350,  dans<'m/)^m/nV,  p.  354,  dans  ;mv/'W, 
p.  350.11  répond  à  -ti-  entre  une  consonne  et  une  voyelle  dans 
endreça,  p.  354,  metiçonjas,  p.  348  (v.  74),  inençonega  (fol.  118 
c),  terç,  p.  350.  Je  l'ai  rencontre  aussi  à  la  place  d's  initiale, 
dans  cas  (fol.  117  r). 

Comme  exemple  de  métathèse  on  peut  citer  bcsenit,  pour 
hencsit,  63,  209.  C'est  la  forme  habituelle  dans  la  Vie  de  sainte 
Douceline  '.  On  trouve  aussi  besenet  (fol.  114  c?)  en  rime.  La 
métathèse  est  fréquente  en  Provence.  On  pourrait,  avec  les 
textes  de  cette  région,  faire  un  long  supplément  au  mémoire 
de  M.  Behrens  sur  la  métathèse  dans  les  langues  romanes  -. 

Il  v  a  quelques  anciens  paroxytons  devenus  paroxytons  : 
ainsi  dans  le  vers  ^«c  sia  tnençonega  ni  fauln  (fol.  118  r),  men- 
çonega  compte  pour  quatre  syllabes;  on  trouve  aussi  metiçonjas 
(p.  348)  '.  Citons  encore  cannebe  :  O  cannebe  0  Un  0  Jan  (fol. 
1 10  d),  où  les  trois  syllabes  de  cannebe  con\^\.QV\t. 

De  tous  ces  faits  il  résulte  que  le  copiste  appartenait  à  la 
Provence  méridionale,  et  probablement  aussi  l'auteur,  sans  qu'il 
soit  possible  de  préciser  davantage. 

Ce  poème  renferme  un  assez  bon  nombre  de  mots  rares  ou 
même  uniques,  que  le  Lexique  roman  n'a  pas  tous  enregistrés, 
je  citerai  : 

Capus  :  E  Joseph  Jct;,  qiiera  capus  (fol.  120/'),  l'anc  fr.  cbapuis.M.  E.  Levy 
en  cite  deux  exemples  moins  anciens  et  empruntés  à  un  texte  dauphinois  où 
on  s'attendrait  à  trouver  chapiis. 

Coca  :  £  cant  en  vole  trar  la  man  drecha  \  E  ilU  Vague  tota  sécha  ;  |  No  la 
senti  plus  c'una  coca  j  Ni  la  poc  portai-  a  la  hoca  (fol.  114  a).  Est-ce  le  ir. 
coque,  coquille?  L'o  est  fermé. 

Gest  -.e  tut  siey  dich  etiil  siey  gesl  \  Foroii  tan  jnst  e  tant  honest  (fol.  108  r). 
Les  deux  exemples  recueillis  par  M.  Levy  sont  moins  anciens. 

.Malencavs.  Ce  mot  est  enregistré  dans  le  Lex.  roui.,  IV,  180,  avec  le  sens 

1.  Voir  l'édition  de  l'abbé  Albanès,  p.  Ixxxix. 

2.  M.  Behrens  (p.  66  et  suiv.)  a  surtout  recueilli  ses  exemples  dans  l'état 
moderne  de  la  langue. 

V  Mensonega  se  rencontre  fréquemment  dans  les  textes  proprement  pro- 
vençaux. On  peut  en  rapprocher  monegue,  moine  qui  est  peut-être  encore 
proparoxyton  dans  la  vie  de  saint  Honorât  (pp.  153,  140),  mais  cependant  y 
compte  pour  trois  syllabes. 


362  p.    MEYER 

de  «  liaine  ».  M.  E.  Levy  (Siippl.  IVorl.,  V,  59)  le  considère  comme  sus- 
pect et  propose  une  correction  qui  doit  être  rejetée,  parce  qu'il  y  a  dans  le 
poème  un  second  exemple  que  le  Lex.  rom.  n'a  pas  relevé  :  E  iiit\  :  Kon  los 
blitstews  huevtnays  \  Quati  Jusien  aniuul  encays  (fol.  1 18  a).  La  traduction  n'est 
pas  très  exacte  (voir  le  ch.  xxix  du  Pseudo-Matlb.  evaugeli  11  m),  miùs  le  sens 
est  visiblement  le  même  que  dans  l'autre  exemple. 

MoR.\  :  E/omjtistalafout,  qu'empli  \  Sa  ii!ora,e  range!  dix  /i(fol.  iioJ). 
Latin  (ch.  ix)  :  «  Dum  Maria  juxta  fontcm  staret  ut  urccolum  impleret.  » 
Probablement  le  même  que  moia,  récipient  (Du  Cange,  mola  6  ;  A.  Vidal, 
Comptes  consulaires  d'Albi,  au  glossaire,  et  Mistral,  moulo).  On  pourrait  lire 
aussi  s'amora,  cf.  E.  Levy  sous  ce  mot,  et  pour  l'origine,  Thomas,  dans 
Remania,  XXIX,  165. 

L'intérêt  que  présente  ce  texte  est  surtout  linguistique.  Envi- 
sagé au  point  de  vue  littéraire,  sa  valeur  est  minime.  C'est 
une  œuvre  médiocre  dans  un  2:enre  secondaire. 


Actuellement,  je  vais  m'attacher  à  résoudre  la  question  que 
j'ai  jusqu'ici  supposée  résolue,  celle  de  savoir  si  notre  manu- 
scrit est  bien  celui  qui  a  été  utilisé  dans  le  Lexique  roman  de 
Raynouard.  A  première  vue,  l'identité  n'est  pas  évidente. 
D'abord  aucun  signe  extérieur  n'indique  que  ce  livre  ait  été 
entre  les  mains  de  l'auteur  du  Lexique,  et  on  sait  que  Ray- 
nouard avait  assez  l'habitude  de  laisser  des  notes  de  sa  main 
dans  les  manuscrits  qui  lui  appartenaient  ou  même  qui  lui 
étaient  prêtés'.  On  pourrait  aussi  objecter  qu'un  certain 
nombre  des  vers  cités  dans  le  Lexique  ne  se  retrouvent  pas  dans 
notre  manuscrit,  mais  on  verra  tout  à  l'heure  qu'il  n'y  a  là 
qu'une  apparence,  et  que  cet  argument  n'a  aucune  valeur. 
Enfin,  il  est  vrai  qu'il  y  a  des  différences  entre  le  texte  des  cita- 
tions et  le  texte  du  manuscrit.  Examinons  d'abord  ce  dernier 
argument,  le  seul  qui  ait  quelque  valeur.  Un  examen  attentif 
m'a  porié  à  croire  que  toutes  ces  variantes  apparentes  pouvaient 
s'expliquer  par  la  négligence  des  personnes  qui  ont  fait  le 
dépouillement  du  poème  en  vue  du  Lexique  roman  ^. 


1.  Par  ex.  dans  le  ms.  de  Flamenca  it\.  dans  le  nis.   de  la   Violette  que  j'ai 
retrouvé  dans  une  bibliothèque  des  États-Unis  (Remania,  XXXIV,  90). 

2.  Je  dois  noter  ici  en  passant   qu'il  serait  injuste  de   rendre  Raynouard 
responsable  de  toutes  les   citations  faites  dans  le  Lexique  reman.    Le    seul 


l/ÉV.WGILE    DE    l'hXFANCE    EN    PROVENÇAL 


363 


Voici  les  différences  qu'on  observe  dans  les  dix-huit  premiers 
des  vers  cités  par  Raynouard  : 


M  s.    DE   PARIS. 

8  Et  aquo  fom  totz  sons  mestiers 

1 1  Et  era  de  la  trip  de  Juda. 

14  De  tôt  l'aver  de  sa  bayllia 

15  De  la  gausida  e  del  fruch. 

16  Fasia  très  parz.  .  . 

22  Etz  adescreyssia  plus  sons  trops. 

25  Plus  c'a  deguns  de  sons  vesins. 

26  Lo  quinzen  an  de  sa  elat 
îiQ.ue  fom  de  la  trip  de  David. 

3  5  Et  esteroii  trenta  anz  complitz. 

55  E  venc  estar  antrels  doctors 

56  E  antrels  escrivans  majors 
71  E  tôt  plen  de  confusion. 

86  Per  que  m'as  tout  mon  refuch 

87  Mon  marit  qu'era  mon  conort. 
102  Filz  o  fillas  e  mi  layssiest 

107  Tota  solcta  d'aquell  don. 


CITATIONS  DE   RAYNOUARD. 

. .  .  fon . .  .   mestriers 
.  .  .del  '  trip.  .  . 

Pas  de  différence, 

.  .  .parts. 

.  .  .  creissia  sos. . . 
.  .  .qu'a. . .  sos  vezins 
Pas  de  différence. 
. .  .  fon . . . 

ans. . . 

entrels.  . . 

entrels  escrivains. . . 
Pas  de  différence. 

Pas  de  différence. 

)     Pas  de  différence,  mais  Ravnouard  ne 
i        cite  que  mi  layssiest  tota  soleta. 


Le  lecteur  peut  poursuivre  la  comparaison  :  il  ne  rencontrera 
que  des  variantes  absolument  insignifiantes,  dues  à  des  erreurs 
de  copie  ou  d'impression.  Maintenant,  venons-en  aux  vers  cités 
dans  le  Lexique  roman  comme  tirés  du  manuscrit  Raynouard,  et 
qui  ne  se  retrouvent  plusdans  notre  manuscrit.  Ces  vers  portent, 
dans  le  classement  de  M.  E.  Suchier,  les  numéros  suivants  :  66, 


volume  de  cet  ouvrage  qui  ait  été  imprimé  du  vivant  de  Raynouard  est  le 
tome  II,  qui  devait  être  en  réalité  le  premier,  car  la  signature  de  chacune  des 
feuilles  dont  il  se  compose  est  I  (les  volumes  III  à  VI  sont  respectivement 
signés  II,  III,  IV,  V).  Les  secrétaires  de  Raynouard,  Pellissier  et  Dessalles, 
qui  étaient  de  bien  médiocres  philologues,  ont  pris  une  grande  part  à  la 
rédaction  des  tomes  publiés  après  la  mort  de  Raynouard,  et  ils  ont  commis 
bien  des  erreurs  dont  le  maître  ne  saurait  équitablement  encourir  la  respon- 
sabilité. Il  faut  aussi  tenir  compte  des  coquilles  :  ainsi,  t.  IV,  656  a,  un  vers 
transcrit  ci-dessus  (le  n"  126  des  citations  relevées  par  M.  E.  Suchier)  est 
imprimé  ainsi  :  An  tan  pron  apropinquat,  où  il  faut  évidemment /o/o;/. 

f .  On  s'explique  très  bien  la  lecture  del  pour  de  la  ;  voir  ci-dessus,  p.  342, 
note  du  vers  1 1. 


364  p.    MEYER 

180  à  204,  278,  279.  —  Pour  les  vers  180  à  204  l'explication 
est  très  simple  :  ils  appartiennent  au  récit  de  la  fuite  en  Egypte  ; 
or,  cette  partie  de  l'apocryphe  manque  actuellement  dans  le  ms. 
comme  on  l'a  vu  plus  haut,  par  la  perte  de  deux  feuillets  entre 
les  ff.  115  et  116.  Au  temps  de  Raynouard  cette  lacune 
n'existait  pas.  —  Quant  au  v.  66  ÇIU  venian  ensemps  par  e 
par),  M.  E.  Suchier  l'a  classé  au  petit  bonheur,  car  il  manque 
dans  le  ms.  de  Turin.  Je  l'ai  cherché  dans  tout  le  ms.  ;  peut- 
être  m'a-t-il  échappé,  peut-être  aussi  se  trouvait-il  sur  l'un  des 
feuillets  absents.  Mais  j'ai  une  tout  autre  observation  à  faire 
sur  les  vers  278   et  279.  Les  voici  : 

Coma,  filh  Joan,  to  nebotz 
Que  te  solassara  per  totz. 

Il  est  évident  que  ces  deux  vers  reproduisent  les  paroles  que 
dit  Jésus  en  croix  à  sa  mère.  De  ces  deux  vers  '  M.  E.  Suchier 
a  conclu  que  le  poème  de  Raynouard  devait  contenir  non  seule- 
ment l'enfance  de  Jésus,  mais  le  récit  de  sa  mort.  Conclusion 
légitime  en  apparence,  mais  en  fait  erronée,  car  les  deux  vers 
en  question  n'ont  jamais  fait  partie  du  poème  de  TEnfance  : 
l'indication  donnée  dans  le  Lexique  roman  est  fausse  -  ;  ces  deux 
vers  appartiennent  à  la  version  provençale  du  Planctns  beatœ 
Marier,  publié  par  M.  E.  L.  Edstrôm  (Gothembourg,  1877), 
sous  ce  titre  :  La  passion  du  Christ,  poème  provençal ,  vv  468-9  '. 

Assurément,  il  n'est  pas  absolument  impossible  qu'il  ait 
existé  un  manuscrit  distinct  du  nôtre,  et  offrant  cependant  le 
même  texte,  mais  c'est  là  une  supposition,  toute  gratuite  et 
bien  peu  probable. 

Paul  Meyer. 


1 .  Et  d'un  troisième  :  Mas  pren  la  garda  Je  Maria,  qui  se  trouve  au  fol. 
HOC  du  manuscrit,  mais  dont  M.  E.  Suchier  n'avait  pas  trouvé  la  vraie 
place. 

2.  M.  E.  Suchier  a  relevé  une  autre  erreur  du  même  genre  à  la  p.  568  de 
son  mémoire. 

3.  L'édition  de  M.  Edstrôm,  faite  d'après  un  ms.  de  Tours  dont  Ravnouard 
n'a  pas  fait  usage,  présente  une  variante.  Raynouard  s'est  servi  du  ms.  B.  N. 
fr.  174s  où  le  poème  occupe  les  ff.  137  v"  et  suiv.  La  citation  de  Raynouard 
s'y  trouve  au  fol.  141,  col.  i. 


SUR  dUELQUES  SOURCES 


DES 


MYSTÈRES  FRANÇAIS  DE  LA  PASSION 


Dans  le  beau  livre  qu'il  vient  de  consacrer  aux  Mystères  de  la 
Passion  ',  livre  d'une  érudition  solide,  mais  touffue  et  d'une  com- 
position un  peu  lâche,  M.  Emile  Roy  s'est  posé  deux  questions 
principales,  qu'il  a  traitées  concurremment  et  qui  eussent  gagné, 
selon  moi,  à  être  examinées  séparément  :  quelles  sont  les 
sources  des  Mystères  de  la  Passion  ?  Quelles  influences  ces  Mys- 
tères ont-ils  exercées  les  uns  sur  les  autres  ?  C'est  la  première 
seule  de  ces  deux  questions  que  je  voudrais  reprendre  ici  %  avec 
l'intention,  non  point  de  la  traiter  à  fond,  mais  simplement 
d'examiner  les  solutions  proposées  par  le  savant  auteur.  Je  suis 
nature' lement  l'ordre  qu'il  a  lui-même  adopté. 

Il  est  probable  que  si  nous  avions  les  premières  Passions 
écrites  en  langue  vulgaire,  les  sources  s'en  retrouveraient  tout 
entières  dans  les  Évangiles  canoniques,  et  les  plus  anciens  des 
apocryphes  K  II  n'en  est  malheureusement  pas  ainsi,  et  la 
Passion  qui,  avant  les  recherches  de  M.  Roy,  était  considérée 
comme  la  plus  ancienne,  est  déjà  mélangée  d'éléments  de  pro- 
venances très  diverses.  Je  veux  parler  de  celle  qui  est  conservée 


1.  Le  Mystère  de  la  Passion  en  Fiance  du  XIV^  au  XVI^  siècle,  etc.  Voy. 
Romania,  XXXIV,  467,  le  compte  rendu  de  ce  livre,  par  M.  Sepet. 

2.  J'ai  étudié  l'autre  dans  un  article  que  publiera  prochainement  le  Journal 
des  Savants. 

5.  Il  en  est  ainsi  pour  le  mystère  (dit  anglo-normand)  de  la  Résurrection. 
Comme  le  rappelle  Magnin  (Journal  des  Savants,  1846,  p.  456)  le  scribe  a 
reproduit  en  face  du  texte  en  langue  vulgaire  les  versets  de  l'Écriture  dont 
le  drame  ><  offre  la  glose  en  action  ». 


366  A.    JEANROY 

dans  le  célèbre  manuscrit  de  Sainte-Geneviève,  et  qui  a  été 
publiée  par  Jubinal  en  1837.  Elle  est  précédée  des  deux  courts 
Mystères  de  la  Nativité  et  des  Trois  Rois.  Il  eût  été  naturel  que 
M.  Roy  ne  s'occupât  point  de  ceux-ci.  Il  l'a  fait  néanmoins, 
dans  une  de  ces  digressions  dont  il  est  coutumier;  il  s'y  est 
même  arrêté  avec  complaisance,  parce  qu'il  a  cru  pouvoir  en 
signaler  une  des  sources  essentielles.  Cette  source  ne  serait 
autre,  comme  l'avait  déjà  pensé  M.  Chabaneau  ',  qu'une  his- 
toire de  la  Vierge  et  de  Jésus,  rédigée  au  xiii'  siècle  en  vers 
français,  probablement  d'après  des  sources  latines  '.  M.  Roy  se 
fonde  surtout  sur  la  présence,  dans  les  deux  Mystères  et  le 
roman  en  vers,  d'épisodes  caractéristiques  et  notamment  de 
miracles  dont  il  n'y  a  pas  trace  dans  les  Evangiles.  Mais  ces 
épisodes  pouvaient  être  racontés  dans  des  œuvres  très  répandues 
et  il  est  permis  de  supposer  que  les  deux  auteurs  ont  puisé 
indépendamment  à  des  sources  communes.  Pour  que  l'hypo- 
thèse de  M.  Roy  fût  démontrée  il  faudrait,  soit  qu'il  y  eût  dans 
les  termes  des  coïncidences  frappantes  '^,soit  du  moins  que  les 
versions  de  ces  épisodes  fussent  parfaitement  semblables.  La 
légende  d'Honestasse,  la  fille  sans  mains  qui  assiste  Marie  lors 
de  la  naissance  du  Christ  et  dont  les  mains  repoussent,  se 
trouve  bien  de  part  et  d'autre,  mais  elle  était  populaire  dès  le 
XII'  siècle,  comme  le  montrent  les  allusions  qui  y  sont  faites 
dans  diverses  chansons  de    geste  ">.  Au  reste  elle  se  présente 


1.  Revue  des  langues  romaues,  XXXII,  p.  362-3. 

2.  Celte  compilation  a  été  étudiée  et  publiée  en  partie  par  M.  Chabaneau 
Qoc.  cit.,  XXVIII,  118  et  157,  XXXII,  360);  M.  P.  Meyer  a  consacré  aux 
manuscrits  qui  la  contiennent  plusieurs  notices  (Remania,  XV,  469;  XVI, 
44  et  214;  XXV,  546).  M.  Roy  la  désigne  sous  le  nom  de  «  compilation  des 
jongleurs  »  ou  «  des  bateleurs  »,  parce  qu'elle  a  été  faite,  si  on  s'en  rapporte 
au  prologue,  pour  être  récitée  en  public.  Il  ser::it  plus  commode  de  donner  à 
chacune  des  parties  qui  la  composent,  et  qui  ont  été  souvent  copiées  à  part, 
un  titre  spécial,  tel  que  Roman  de  Saint  Fauuel  (c'est  celui  que  M.  Chabaneau 
a  donné  à  la  première  partie),  de  la  Nativité  de  la  Vierge,  de  la  Passion,  etc. 

3.  Telles  sont  par  exemple  celles  qu'a  relevées  M.  V.  Meyer  entre  cette 
même  compilation,  et  VEsposali^i  Je  Nostra  Doua  {Roinania,  XVI,  71). 

4.  Dans  le  Couronnement  Louis,  Huon  de  Bordeaux  (voy.  Langlois,  Table 
des  noms  propres  contenus  dans  les  chansons  de  geste,  s.  v,  anestase)  çtRainouarl 
(Histoire  littéraire,  XXII,   532).  J'en  relève  une   autre  dans  un  petit  poème 


MYSTÈRES    FRANÇAIS    DE    LA    PASSION  367 

dans  le  roman  en  vers  avec  des  embellissements  dont  il  n'y  a 
pas  trace  dans  le  mystère  (on  voit  le  père  d'Honestasse  lui  cou- 
per les  mains,  ce  qui  donne  lieu  à  un  nouveau  miracle).  Le 
dramaturge  n'a  pas  «  copié  »  non  plus  dans  le  roman  «  le 
tableau  des  anges  apportant  des  cierges  pour  illuminer  la 
crèche  »,  puisque  le  roman  ne  fait  pas  intervenir  les  anges  et 
que  les  candélabres  viennent  se  placer  tout  seuls  devant  la 
Vierge  '.  Le  miracle  des  charbons  ardents  transformés  en  roses 
dans  le  manteau  de  Joseph  présente  aussi  des  différences 
notables  :  dans  le  drame,,  le  maréchal  qui  a  refusé  les  charbons 
à  Joseph  est  converti  par  miracle,  tandis  que,  dans  le  roman, 
il  continue  à  l'injurier  ^;  l'intervention  bienveillante  de 
sa  femme  manque  aussi  dans  le  drame,  bien  qu'elle  eût  fourni 
une  jolie  scène  toute  faite  >. 

Pour  assigner  la  même  source  au  petit  Jeu  des  Rois,  M.  Roy  se 
fonde  surtout  sur  la  présence  dans  les  deux  textes  de  la  légende 
sur  la  mort  affreuse  d'Hérode.  Mais  les  deux  passages  ne  pré- 
sentent aucune  analogie  d'expressions  et  la  légende  y  est  racon- 
tée très  "différemment  :  dans  le  roman,  qui  représente  certaine- 
ment la  version  primitive,  Hérode  est  tué  par  Archélaùs,  le  troi- 


dcvot  de  la  fin  du  xiii^  siècle  récemment  publié  par  M.  W.  Foerster  (Le 
Saint  Voti  Je  Luqiies,  dans  les  Mélanges  Chahaneau,  p.  54,  v.  65  ss.).  L'histoire 
d'Honestasse  (Aiiastaise)  est  aussi  racontée  dans  une  version  interpolée  de  la 
Conception  de  Wace  (Rom.,  XVI,  239)  qui  semble  être  du  xine  siècle.  Il  y  a 
sur  cette  légende  une  longue  note  de  Francisque  Michel  (dans  son  édition 
du  Roman  de  la  Violette,  p.  244),  que  M.  Roy  ne  paraît  pas  avoir  connue  ; 
voy.  aussi  Heinzel  dans  les  Mémoires  de  F  Académie  de  Vienne,  t.  CXXVI, 
1892,  p.  64. 

1.  Texte  du  roman  dans  Rei'ue  des  langues  romanes,  XXVIII,  p.  194-S, 
V.  1499  ss.  ;  texte  du  mystère  dans  Jubinal,  Mystères  inédits  du  XV^  siècle, 
p.  62. 

2.  Jubinal,  p.  65;  Rov,  p.  19*. 

5.  Je  n'altaclie  naturellement  ancune  importance  à  la  comparaison  entre 
la  Vierge  et  la  verrière  que  le  rayon  du  soleil  traverse  sans  la  briser  (Roy, 
p.  17*),  parce  que  cette  comparaison,  à  partir  du  xiiie  siècle,  est  partout;  elle 
est  très  fréquente  notamment  dans  les  chansons  pieuses.  —  Je  n'en  attache. 
pas  davantage  au  miracle  du  Semeur  ;  celui-ci  ne  figure  que  dans  quelques 
manuscrits  du  roman  et  M.  Roy  nous  dit  lui-même  «  qu'il  n'est  pas  une 
rareté  ». 


368  A.    JEANROY 

sième  de  ses  lils,  qui,  pour  échapper  à  la  mort  dont  son  père 
le  menaçait^  le  jette  dans  une  cuve  de  plomb  fondu  ;  dans  le 
drame  au  contraire  c'est  à  son  propre  père  qu'Hérode  fiiit  subir 
ce  supplice  :  cette  interprétation  provient  évidemment  d'un 
contresens  commis  dans  la  traduction  d'un  texte  latin  '.  En 
somme,  les  analogies  ne  me  paraissent  pas  assez  frappantes 
pour  que  Ton  soit  autorisé  à  supposer  une  imitation  directe 
du  roman  par  les  deux  Mystères. 

Ce  roman,  qui  comprend  aussi  un  récit  de  la  vie  et  la 
mort  du  Christ,  aurait-il  inspiré  la  Passion  qui  fait  suite  à  ces 
deux  petits  drames  ?  «  Les  textes,  dit  M.  Roy  (p.  55),  ne  le 
montrent  pas  »  ;  les  analogies  résultent,  ajoute-t-il,  «  de  l'iden- 
tité des  sujets,  ou  sont  purement  fortuites  ». 

En  revanche,  la  Passion  de  Sainte-Geneviève  contient  divers 
épisodes  légendaires  «  qui  ne  figurent,  à  notre  connaisance, 
dans  aucun  des  manuscrits  du  poème  des  jongleurs  »  (p.  57*). 
Les  sources  de  ce  mystère,  rappelées  ou  retrouvées  par  M.  Roy, 
sont  en  effet  toutes  différentes  :  ce  sont  en  général  des  écrits 
théologiques,  qui  ont  pu,  au  reste,  n'être  pas  consultés  direc- 
tement :  la  description  faite  par  Lazare  des  peines  de  l'enfer 
remonte  à  un  sermon  apocryphe  de  saint  Augustin  ;  la  légende 
de  Malchus  qui,  guéri  par  Jésus,  serait  devenu  néanmoins  le 
plus  acharné  de  ses  persécuteurs,  était  déjà  mentionnée  dans 
l'Evangile  de  Xicodème  ;  le  débat  de  Sainte  Eglise  et  de  Syna- 
gogue remonte  à  deux  traités  de  saint  Augustin.  II  n'est  guère 
vraisemblable  qu'un  auteur  capable  d'utiliser  des  sources  de 
cette  nature  ait  daigné  recourir  à  un  poème  en  langue  vulgaire. 

M.  Roy  a  eu  le  mérite  d'attirer  l'attention  sur  deux  autres 
Passions,  l'une  antérieure,  l'autre  postérieure  à  celle  dont  je 
viens  de  parler  :  je  veux  dire  la  Passion  d'Autun,  tout  à  fait 
inconnue  jusqu'ici  ^,  et  la  Passion  de  Semur,  dont  on  n'avait 
pas  compris  l'importance  '. 


1.  Texte  dans  Roy,  p.  26*-27*.  D'après  M.  Roy,  cette  légende  serait 
empruntée  à  Pierre  le  Mangeur;  mais  celui-ci  (Migne,  Pair,  ht.,  CXCVIII, 
1547  [et  non  1597])  donne  de  la  mort  d'Hérode  une  version  toute  différente. 
La  source  de  nos  deux  textes  (qui  n'est  pas  non  plus  la  Légende  dorée)  reste  à 
trouver. 

2.  Elle  n'est  même  pas  mentionnée  dans  le  répertoire  de  Petit  de  Julleville  ; 
elle  était  simplement  signalée  (Roy,  p.  40*)  «  dans  les  catalogues  les  plus 
récents  de  la  Bibliothèque  nationale  ». 

3.  Sur  les  travaux  dont  ce  texte  avait  déjà  été  l'objet,  voy.  Roy,  p.  68*. 


MYSTÈRES   FRANÇAIS    DE    LA    PASSION  3^9 

La  première  posait  un  si  grand  nombre  de  questions  intéres- 
santes que  M.  Rov  s'est  laissé  captiver  par  elles  et  n'a  abordé 
que  très  incidemment  celle  des  sources.  Il  se  demande  (p.  46*), 
comme  au  sujet  des  textes  précédemment  étudiés,  si  celui-ci  a 
utilisé  la  partie  de  la  «  compilation  des  jongleurs  »  qui  contient 
le  récit  de  la  Passion,  et  il  répond,  d'une  façon  assez  vague, 
«  que  l'auteur  paraît  bien  avoir  connu  »  ce  texte  ;  il  avoue  au 
reste  que  «  les  ditîerences  sont  assez  nombreuses  »  ;  en  somme 
il  se  borne  à  une  affirmation  peu  catégorique,  sans  esquisser 
même  une  démonstration.  La  Passion  d'Autun  étant  encore 
inédite,  je  ne  crois  pas  devoir  entreprendre  ici  une  discussion 
que  le  lecteur  suivrait  difficilement.  Je  me  bornerai  aune  seule 
remarque  qui  n'est  pas  à  l'avantage  de  la  thèse  de  M.  Roy  : 
cette  Passion  contient  —  et  c'est  sa  plus  intéressante  particula- 
rité —  un  grand  nombre  de  morceaux  narratifs  '  ;  si  l'auteur 
avait  eu  sous  les  yeux  le  récit  en  question,  n'était-il  pas  naturel 
qu'il  lui  empruntât  ces  passages?  Or  il  n'en  est  pas  ainsi,  et 
M.  Roy  n'a  pu  relever  entre  les  deux  ouvrages  aucun  vers 
commun. 

La  question  des  sources,  un  peu  sacrifiée  dans  les  pages  que 
je  viens  de  résumer,  est  au  contraire  traitée  avec  tous  les  déve- 
loppements nécessaires  (et  peut-être  même  un  peu  davantage) 
dans  celles  qui  sont  consacrées  à  la  Passion  de  Semur.  Ici  encore 
M.  Ro}  veut  retrouver  l'influence  delà  «  Passion  des  jongleurs  ». 
C'est  de  ce  poème  que  viendrait  «  directement  ou  indirecte- 
ment »  (p.  85*)  un  certain  nombre  de  légendes  de  caractère 
populaire  (Judas  et  le  chapon,  le  forgeron  qui  refuse  de  forger 
les  clous  de  la  croix,  etc.).  Ici  encore  M.  Roy  me  paraît  trop 
affirmatif  :  rien  ne  prouve  que  ces  légendes  aient  passé  d'un 
texte  dans  l'autre  :  il  faudrait  pour  le  démontrer  des  ressem- 
blances précises  de  tond  ou  de  forme,  que  nous  ne  trouvons 
point. 

M.  Roy  a,  en  revanche,  établi  d'une  façon  décisive  que  la 
Passion  de  Semur  avait  connu  et  utilisé  la  Passion  de  Sainte- 
Geneviève  :  certains  passages  offrent  en  effet  des  ressemblances 


I.  Je  montrerai  ailleurs  que  ces  morceaux,  qui   ne  se  trouvent  que   dans 
un  manuscrit,  appartiennent  bien  à  la  rédaction  originale. 

Komania,  XXXV  24 


^70  A.    JEANROY 

trop  étroites  ou  trop  prolongées  pour  qu'elles  puissent  être  for- 
tuites '.  Un  fait  non  moins  caractéristique,  que  M.  Roy  a 
oublié  de  signaler,  est  la  présence  dans  les  deux  textes  du 
même  nom,  extrêmement  rare,  de  Vivant,  donné  à  deux  per- 
sonnages jouant  un  rôle  très  analogue  -. 

Voici    encore    un    autre    rapprochement    qui    paraît     pro- 


I.  Les  plus  frappantes  se  trouvent  dans  le  dialogue  entre  Jésus  et  Véro- 
nique (Roy,  p.  90*)  et  dans  le  boniment  du  marchand  de  parfums  (p.  87*);  la 
plupart  des  vers  qui  forment  ce  dernier  passage  se  trouvent  déjà  sous  une 
forme  presque  identique  dans  un  petit  poème  de  Robert  de  Blois(éd.  Ulrich, 
t.  III,  p.  31-2,  V.  104 1-6)*;  néanmoins  l'imitation  me  parait  assurée.  —  De 
cette  constatation,  M.  Roy  tire,  au  sujet  de  la  Passion  Sainte-Geneviève,  une 
conclusion  que  je  ne  saurais  admettre  :  le  fait  que  celle-ci  a  été  imitée  par  les 
Confrères  de  Semur  prouverait  qu'elle  est  parisienne,  les  dits  Confrères  ayant 
dû  choisir  pour  l'imiter  la  Passion  d'une  confrérie  bien  en  vue,  comme  l'était 
celle  de  Paris.  La  faiblesse  de  ce  raisonnement  saute  aux  yeux.  Je  montrerai 
bientôt,  au  surplus  (dans  l'article  du  Joujual  des  Savants  annoncé  plus  haut), 
que  dans  la  Passion  de  Semur  ont  été  insérés  aussi  de  longs  fragments  d'une 
composition  provinciale.  L'origine  parisienne  de  la  compilation  de  Sainte- 
Geneviève  est  au  reste  rendue  vraisemblable  par  des  arguments  autrement 
probants  que  celui-là  et  que  M.  Roy  a  fort  doctement  rassemblés  (p.  64*). 
De  ces  arguments  il  faut  rayer,  bien  entendu,  celui  qui  s'appuie  sur 
la  correction,  tout  à  fait  impossible,  de  Gartieiiiu:^  en  Game  niiq,  la  phrase 
ainsi  obtenue  ne  donnant  pas  de  sens.  Il  faut  nous  résigner  à  voir  là  un  nom 
géographique  plus  ou  moins  fantaisiste  (cî.Gannalie  dans  Langlois,  Table  des 
noms,  etc.),  et  non  celui  du  village  de  Game**. 

2.  Ce  Vivant  est,  dans  la  Passion  de  Sainte-Geneviève,  un  des  principaux 
chefs  des  Juifs  ;  dans  celle  de  Setnur  il  est  simplement  l'un  d'entre  eux.  Dans 
lu  Jour  du  Jugement  (éd.  Roy,  v.  1044,  1518)  c'est  aussi  un  Juif  qui  porte  ce 
nom  ;  mais  M.  Roy  a  montré  que  ce  texte  a  utilisé  lui  aussi  la  Passion  de  Sainte- 
Geneviève. 

*  Voici  ces  deux  passages,  dont  la  similitude  est  vraiment  curieuse  : 

Passion  de  Sainte-Geneviève.  Robert  de  Blois. 

J'ay  poivre, gingembre  et  canelle,  La  vendoit  on  poivre  et  cumin, 

Poudre  de  saffran  bien  nouvejle,  Cannelé,  encens  alixandrin, 

Mois  muguettres.pomes  garnates,  Gingibre  fort  et  cintoual, 

Giroffle,  citoual  et  dattes,  Noiz  mugates  et  ganigal  {sic), 

Garingal,  lolion,  penites...  Enis.  espices,  pomes  grenates, 

Amandres  et  figues  et  dates. 

**[Garnemti:^  est  probablement  le  même  nom  qui  est  écrit  Gernemiis  dans  le  Viandier 
de  Taillevent,  plus  ordinairement  Gcincviur,  c'est-à-dire  Yarmouth  ;  voir  Remania, 
XXVIII,  187,  où  aux  passages  indiqués  on  peut  ajouter  le  v.  i486  du  Guillaume 
d'Angleterre  de  Crestien.  — P.  M.] 


MYSTÈRES    FRANÇAIS    DE    LA    PASSION  37I 

bant.  Dans  la  Passion  de  Sainte-Geneviève,  c'est  chez  Simon 
qu'a  lieu  la  dernière  Cène;  dans  les  Evangiles  elle  a  lieu 
chez  un  anonyme  ;  et  Jésus,  pour  faire  reconnaître  à  ses  dis- 
ciples la  maison  de  celui-ci,  leur  ordonne  de  suivre  un  homme 
portant  une  amphore  d'eau.  Dans  la  Passion  de  Sainte-Gene- 
viève, Simon  le  lépreux  envoie  son  serviteur  Malquin  chercher 
de  l'eau,  afin  de  préparer  la  rencontre.  L'auteur  de  la  Passion  de 
Semur  adopte  cette  version,  déjà  absurde  (puisque  Simon  est  bien 
connu  de  Jésus  et  des  disciples),  et  la  rend  plus  absurde  encore 
en  nommant  Simon  lui-même  :  vous  trouverez,  dit  Jésus  à 
Pierre  et  à  Jean,  «  Simon  quil  l'eaul  porte  «  (v.  5923). 

C'est  du  reste  aller  beaucoup  trop  loin  que  de  donner  la 
Passion  de  Semur  comme  une  «  imitation  libre  et  amplifiée  de 
la  Passion  de  Sainte-Geneviève  »  (p.  90).  Les  ressemblances  en 
effet  se  bornent  à  des  passages  isolés,  et  les  différences  sont 
essentielles.  Ce  qui  fait  surtout  l'intérêt  de  cette  Passion,  c'est 
qu'elle  est  l'une  des  premières  à  avoir  utilisé  les  traités  mys- 
tiques des  XIII'  et  xiv^  siècles  qui  ont  complètement  renouvelé 
le  drame  chrétien,  le  Dialogiis  beatae  Mariae  et  Anselmi  '  et  les 
Meditationes  Vitae  Christi  %  attribuées  à  saint  Bonaventure. 
C'est  d'eux  que  proviennent  les  deux  traits  les  plus  caractéris- 
tiques des  grandes  Fassions  du  xv^  siècle,  d'une  part  l'étalage 
complaisant  des  supplices  du  Christ,  avec  une  fatigante  multi- 
plication de  détails  atroces,  et  la  place  prépondérante  faite  à  la 
scène  centrale  de  la  Crucifixion  (si  vaguement  indiquée  dans 
les  Passions  antérieures  que  l'on  se  demande  comment  au  juste 
elle  était  représentée),  d'autre  part,  l'extension  considérable  don- 
née au  rôle  de  Marie,  le  plus  humain  et  le  seul  vraiment  touchant 
de  tout  le  drame  chrétien  au  moyen  âge.  Ces  modifications  ne 
pouvaient  se  produire  qu'après  l'immense  extension  prise  par 
le  culte  de  la  Vierge  au  xiir  et  xiV^  siècles,  et  à  une  époque 
affamée  de  réalisme  et  de  pathétique  violent,  comme  le  fut  le 
xv^  Cette  Passion  de  Semur  est,  à  mon  avis,  beaucoup  moins 
«  l'aboutissant  »,  le  «  confluent  »  des  Passions  de  la  première 
manière,  comme  le  disait  M.  Lintilhac  ',  que  le  premier  essai 


1.  Migne,  Patr.  ht.  CLIX,  271  ss. 

2.  Saiicti  Bonaveiiturz opéra,  éd.  de  Lyon,  1668,  t.  VI,  p.   334-401. 

3.  Le  Tlmtre  sérieux  au  moyen  dge,  p.  125  et  158. 


^7^  A.    JEAN  ROY 

d'un  art  nouveau,  plus  compliqué  et  plus  riche.  Il  faut  donc 
savoirgré  à  M.  Roy  de  lui  avoir  consacré  une  étude  approfon- 
die, et  surtout  d'en  avoir  publié  le  texte  complet  '. 

C'est  à  propos  de  la  Passion  de  Semur  que  M.  Roy  étudie 
l'influence  sur  les  Passions  du  xV  siècle  des  traités  mystiques 
dont  je  viens  de  parler  et  en  particulier  des  Méditai iones,  où 
M.  E.  Wechssler  avait  voulu  voir  la  source  à  peu  près  unique 
de  la  Passion  de  Greban  ^,  M.  E.  Mâle  la  source  principale  de 
toutes  les  Passions  françaises  à  partir  du  début  du  xv-'  siècle  ^ 
«  Les  souvenirs  [de  ce  texte]  se  précisent  dans  la  Passion  d'Ar- 
ras,  où  les  emprunts  sont  plus  nombreux  et  plus  certains  », 
sauf  toutefois  en  ce  qui  concerne  la  vie  publique  de  Jésus  '^. 
Quant  à  Greban,  il  a  encore  multiplié  ses  emprunts  :  «  Il  a 
recueilli  dans  les  Meditationes  nombre  de  scènes  ou  de  détails 
que  son  devancier  avait  négligés.  Ces  scènes  elles-mêmes, 
ou  bien  il  se  borne  à  les  reprendre  et  à  les  résumer,  ou 
bien  au  contraire  il  en  modifie  tellement  les  circonstances 
qu'elles  sont  transformées  et  qu'on  ne  saurait  dire  s'il  a 
encore  le  texte  sous  les  yeux  ».  Parfois  enfin  c'est  à  travers 
des  adaptations,  des  imitations  en  langue  vulgaire  que  les 
Meditationes  influent  sur  les  dramaturges  ',  Les  Meditationes  ne 
sont  donc  pas,  comme  l'avait  dit  M.  Wechssler,  la  «  source 
propre  »  de  Greban,  par  lui  utilisée  «  du  commencement  cà  la 
fin  de  son  œuvre  »  '',  pas  plus  que  celle  d'aucune  autre  Passion  ; 


1.  Ce  texte  n'a  pas  toujours  été  imprimé  d'une  façon  satisfaisante.  J'y  ai 
proposé  ailleurs  un  assez  grand  nombre  de  corrections  (Revue  des  hingues 
romanes,  XLIX,  1906,  p.  220).  D'autres  corrections  avaient  été  proposées 
antérieurement  par  MM.  E.  Langlois  (Bihl.  de  l'École  des  Chartes,  1905,  313) 
et  E.  StQiigd  (Zeitschr.  fiîr  frati:^.  Sprache  und  Litteratiir,   XXXIX,  11,  165). 

2.  Die  rotiiaiiiscJjen   Marienklagen,  Halle,  1893. 

3.  Gaietle  des  Beaux-Arts,  fév.  1904,  p.  90-106.  M.  E.  Mâle  ne  paraît  pas 
avoir  connu  le  travail  de  M.  Wechssler. 

4.  Roy,  p.  96*-7*. 

5.  Ainsi  la  plus  belle  scène  de  Greban,  le  dernier  entretien  entre  Jésus  et 
sa  mère,  que  l'admirable  sens  littéraire  de  Sainie-lkuve  avait  déjà  distinguée 
entre  toutes  (Nouveaux  Lundis,  III,  414),  est  une  imitation  libre  d'une  traduction 
amplifiée  des  Mf^//fl//(i»c5,  la  Passion  composée  (en  1398)  pour  Isabeau  de 
Bavière  (Roy,  p.  257-62). 

6.  Wechssler,  0/.  cit.,  p.  66. 


MYSTÈRES    FRANÇAIS    DE    LA    PASSION  373 

«  elles  sont  une  de  ces  sources,  auxquelles  l'analyse  en  ajoute 
beaucoup  d'autres  ».  Ainsi  se  trouve  tranchée  d'une  manière 
très  précise  l'intéressante  question  posée  en  1893  par 
M.  Wechssler. 

Ce  sont  ces  propositions  qui  sont  longuecnent  confirmées 
dans  la  seconde  partie  du  livre,  qui,  bien  que  se  rattachant 
étroitement  à  ce  qui  précède,  en  est  séparée  par  le  texte  de  la 
Passion  de  Semur.  Cette  partie  est  essentiellement  formée  d'un 
long  chapitre  (p.  265-316),  lui-même  précédé  d'une  série  de 
notes  et  documents  divers  (p.  207-62).  M.  Roy  y  montre  que 
ce  qui  domine  dans  les  grandes  Fassions  du  xV^  siècle,  c'est  la 
théologie  et  l'érudition.  Les  anciennes  légendes  populaires  n'en 
sont  pas  écartées,  du  moins  en  principe,  mais  à  côté  d'elles 
s'introduisent  de  longs  développements  théologiques  ou  des 
explications  mvstiques;  les  événements  ne  sont  pas  seulement 
mis  en  scène,  mais  interprétés  en  vue  de  l'édification  ;  les  rôles 
des  personnages  de  premier  plan,  la  Vierge,  saint  Jean,  la  Made- 
leine, s'amplifient,  ceux  des  personnages  secondaires  se  pré- 
cisent et  se  déterminent  (je  ne  parle  pas  des  intermèdes  gra- 
cieux ou  grotesques,  comme  les  bergeries  ou  «diableries  »,  qui 
n'ont  rien  à  voir  avec  la  question  des  sources).  A  quels  écrits  les 
divers  poètes  ont-ils  emprunté  tous  ces  éléments  nouveaux?  Dans 
quelle  mesure  les  ont-ils  modifiés?  Quelle  part  d'originalité 
reste  à  chacun?  Voilà  autant  de  questions  auxquelles  M.  Roy 
répond  avec  une  précision  qu'on  ne  saurait  trop  louer. 

Nous  savons  maintenant  que  l'auteur  de  la  Passion  d'Arras', 
outre  les  sources  utilisées  par  ses  prédécesseurs,  a  consulté  le 
Commentaire  de  Bède,  V Eliicidariiim  d'Honorius  d'Autun  (ou 
d'Augsbourg),  le  Spéculum  historiale  de  Vincent  de  Beauvais, 
la  Légende  dorée  -.  Greban,  tout  en  mettant  à  profit  l'œuvre  de 

1.  Cet  auteur  est  probablement  Eustache  Marcadé  ;  voyez  sur  ce  point  l'ar- 
gumentation convaincante  de  M.  Roy,  p.  275. 

2.  Sur  la  question  de  savoir  si  Marcadé  a  connu  le  Diahgus  Anselmi, 
M.  Roy  ne  s'e.xprime  pas  avec  une  parfaite  précision.  Il  lui  semble  seulement 
probable  (p.  270)  que  ce  texte  a  été  utilisé  directement.  Ce  n'est  pas  «  pro- 
bable »  qu'il  fallait  dire,  mais  «  certain  »  :  outre  des  scènes  nombreuses  et 
fort  importantes,  Marcadé  lui  emprunte  des  détails  précis,  tels  que  la  mention 
de  la  fontaine  Siloé,  qu'il  qualifie  de  nofatoire  Sihé  (éd.  si  loc,  v.  8488,  8551; 
cf.   nataloriam  (ou  notalorium)  Siloe,  dans  Migne,  p.  272). 


374  A.    JF.ANROY 

son  prédécesseur  immédiat  et  ses  sources  ordinaires,  y  a  ajouté 
encore  V Histoire  scolastiquc  de  Pierre  le  Mangeur,  la  Sonitne  de 
saint  Thomas,  et  les  Meâitationes,  mais  surtout  —  et  c'est  là 
une  des  principales  découvertes  de  M.  Roy  —  le  Commentaire 
de  Nicolas  de  Lire,  «  dont  les  réminiscences  ou  les  traductions 
littérales  se  retrouvent  chez  lui  à  chaque  page,  si  bien  que  les 
célèbres  Po^//7/<?j' sont  toutes,  ou  presque  toutes,  l'explication  de 
la  nouvelle  Passion  »  (p.  277)  '.  A  Jean  Michel  cette  riche 
bibliothèque  ne  suffit  pas  encore  :  il  y  ajoute  l'Abrégé  de 
Josèphe,  attribué  à  Hégésippe,  et  des  œuvres  alors  toutes 
récentes,  une  légende  de  Lazare  compilée  (en  français),  d'après 
la  Légende  dorée  et  le  sermon,  très  rapidement  populaire,  de 
Gerson  sur  la  Passion  :  Jean  Michel,  en  effet,  n'a  pas  les 
scrupules  de  Greban,  qui  se  vantait  «  de  poursuivre  l'Evangile 
—  sans  apocryphe  recevoir  »  ;  il  vise  surtout  «  à  esmouvoir  les 
simples  gens  —  les  ignorans,  les  negligens  »,  et  pour  cela  tous 
moyens  lui  sont  bons.  Il  a  aussi,  plus  que  son  prédécesseur,  le 
souci  de  l'effet  dramatique.  Aussi  n'hésite-t-il  pas  à  développer 
longuement  la  sombre  légende  de  Judas,  ce  nouvel  Œdipe,  et 
le  gracieux,  non  moins  que  profane  intermède  de  la  «  monda- 
nité »  de  Madeleine  ;  il  ramène  volontiers,  en  variant  leur 
rôle,  des  personnages  déjà  vus;  il  complète  la  biographie  trop 
sommaire  des  personnages  inconnus  ;  il  prépare  et  prolonge  les 
scènes  pathétiques;  il  a,  en  somme,  plus  qu'aucun  de  ses  pré- 
décesseurs, le  sens  du  théâtre.  Voilà  des  résultats  vraiment 
nouveaux,  qui  font  faire  à  notre  connaissance  du  drame  au 
xV^  siècle  un  très  notable  progrès;  ces  pages  excellentes,  où  la 
richesse  de  la  documentation  va  de  pair  avec  la  finesse  de  l'ana- 
lyse, me  paraissent  définitives. 

I.  Ce  commentaire  dut  être  écrit  dans  les  premières  années  du  xive  siècle. 
Nicolas  de  Lire  ne  mourut  qu'après  le  6  juillet  1349,  puisqu'à  cette  date  la 
reine  Blanche  lui  fit  cadeau  d'un  tonneau  de  vin  (J.  Viard,  dans  Bibliothèque 
lie  FÉcole  des  Chartes,  LVI,  1895,  p.  142).  Nicolas  de  Lire  devait  être  à 
cette  époque  fort  âgé,  car  il  était  né  assez  tôt  pour  recevoir  les  confidences 
d'un  des  compagnons  de  Saint  Louis  à  la  Croisade  de  1248  :  Et  ego  qui 
haec  scripsi,  nous  dit-il  en  parlant  de  la  couronne  d'épines,  qui  aurait  été 
faite  de  joncs  marins,  audivi  a  quodam  qui  fuerat  ultra  mare  cum  sancto  Ludo- 
vico,  rege  Franciae,  quod  in  littore  maris  senserat puncturas  juncoruui  per  sotiila- 
res  inlermedios  »  (In  Mattbxum,  XXVII,  29).  Ce  curieux  texte  m'a  été  signalé 
par  M.  Roy. 


MYSTÈRES    FRANÇAIS    DE    LA    PASSION  375 

Cette  simple  constatation  de  faits  suffit  (du  moins  M.  Roy  le 
pense  et  je  sais  de  son  avis)  à  rendre  caduque  la  tentative,  au 
reste  fort  intéressante,  récemment  faite  pour  retrouver  les 
grandes  lignes  des  plus  anciennes  Passions  françaises,  de  celles 
qui  auraient  servi  de  modèles  aux  Passions  d'Arras  et  de  Gre- 
ban.  M.  M.  Wilmotte  ',  après  avoir  ramené  les  Passions  alle- 
mandes du  Rhin  à  un  prototype  qui  aurait  subi  l'influence 
française,  croyait  pouvoir  reconstituer,  d'après  ce  prototype, 
celui  des  Passions  françaises  connues.  Mais  les  analogies  ou 
les  concordances  sur  lesquelles  il  s'appuie  résultent  le  plus 
souvent,  selon  M.  Roy,  du  sujet  lui-même,  ou  s'expliquent 
par  l'emploi  des  mêmes  sources  légendaires  ou  théologiques. 
Les  sources  directes  de  Marcadé  et  de  Greban  étant  aujourd'hui 
retrouvées  avec  certitude,  il  faut  bien  avouer  que  l'hypothèse 
de  M.  Wilmotte  devient  sans  objet. 

Ces  procédés  d'investigation  méthodique,  M.  Roy  n'a  pas 
dédaigné  de  les  appliquer  aux  lamentables  débris  du  théâtre 
méridional  ;  et  ici  encore,  ils  l'ont  conduit  à  des  résultats  d'une 
précision  surprenante.  La  source  essentielle  des  Passions  du 
iMidi,  ou  des  pièces  qui  les  encadrent  —  et  ceci  encore  consti- 
tue une  importante  découverte  de  M.  Roy,  —  est  un  roman 
en  prose  française  du  xiv^  siècle,  issu  peut-être  d'un  roman  en 
vers,  la  Passion  selon  Ganialiel,  dont  M.  Roy  a  curieusement 
étudié  h  formation  et  l'étonnante  fortune  ^ 

A  cette  source,  la  Passion  d'Auvergne  (dont  le  manuscrit 
est  daté  de   1477)  n'ajoute  pas  grand'chose  >,  et  les  Mystères 


1.  Les  Piissiûiis  aUeiiiaïules  du  Rbiii  dans  leur  rapport  avec  Faiicien  théâtre 
français,  Paris,  1898. 

2.  Cette  Passion  a  été  incorporée  à  la  Vie  de  Jesn-Crist  imprimée  en  1485 
par  Robin  Foucquet,  laquelle  «  n'a  cessé  d'être  remaniée,  corrigée,  diminuée, 
augmentée,  traduite,  résumée  et  réimprimée  sous  des  formes  si  variées, 
qu'elles  ont  souvent  dérouté  les  bibliographes  »,  (p.  342)  et  qui,  réimprimée 
plusieurs  fois  au  xviiis  siècle  dans  la  «  Bibliothèque  Bleue  »  de  Troyes,  a 
fourni  encore  au  xix";  de  longs  extraits  à  plusieurs  dictionnaires  de  l'Encyclo- 
pédie Migne. 

3.  M.  Roy  expédie  en  une  seule  page  (577)  la  question  des  sources  de 
cette  Passion  encore  inédite,  dont  il  s'est  borné  a  donner  une  longue  analyse  ; 
on  se  demande  pourquoi  cette  démonstration  est  si  écourtée,  tandis  que 
celle  qui  concerne  les  Mystères  rouergats  sera  si  largement  développée. 


376  A.    JEANROY 

rouergats,  malgré  la  multiplicité  des  événements  qu'ils  mettent 
en  scène,  pas  beaucoup  davantage.  Ni  l'un  ni  l'autre  des  deux 
auteurs  ne  connaît  les  doctes  commentaires  de  la  Bible  utilisés 
par  leurs  confrères  du  Nord,  et  l'on  ne  saurait  s'étonner  que  la 
bibliothèque  de  ces  humbles  «  facteurs  »,  qui  étaient  probable- 
ment de  simples  notaires  ou  curés  de  village,  ait  été  moins 
abondamment  pourvue  que  celle  des  «  très  éloquents  et  scien- 
tifiques docteurs  »  qu'étaient  Grehan  et  Jean  Michel.  Le  com- 
pilateur rouergat  n'avait  guère  sous  les  yeux  que  trois  ou  quatre 
autres  ouvrages,  à  savoir,  une  version  provençale  de  l'Évangile 
de  Nicodème,  le  texte  latin  de  cet  Evangile  et  la  vieille  Passion 
gasconne  (du  catalane)  du  xiv^  siècle,  dont  on  se  demande  par 
quel  accidentelle  était  venue  entre  ses  mains.  Nous  le  voyons  pas- 
ser de  l'un  à  l'autre  de  ces  livres  selon  que  les  épisodes  qu'il  vou- 
lait mettre  en  scène  étaient  ici  ou  là  plus  ou  moins  dévelop- 
pés, parfois  même  se  raviser  et,  après  avoir  commencé  à  pui- 
ser dans  l'un,  raturer  ce  qu'il  avait  écrit,  et  emprunter  à  un 
autre  une  rédaction  plus  riche  en  détails  :  nous  suivons,  pour 
ainsi  dire,  par-dessus  son  épaule,  le  facile  travail  de  marquete- 
rie auquel  il  limite  son  effort  littéraire  '. 

Cette  exacte  détermination  des  sources  des  Mystères  rouer- 
gats résout  de  la  façon  la  plus  simple  une  question  que  n'a- 
vaient pas  réussi  à  élucider  les  plus  ingénieuses  hypothèses, 
celle  que  posait  la  forme  hybride  de  cette  méchante  rapsodie, 
écrite  tantôt  en  vers  à  peu  près  réguliers,  tantôt  en  une  sorte 
de  prose  vaguement  assonancée.  Quand  le  compilateur  copie  la 
Passion  Didot  ou  la  traduction  en  vers  de  l'Evangile  de  Nico- 
dème, il  aligne  naturellement  de  longues  séries  de  vers  corrects, 
à  peine  estropiés  çà  et  là  par  l'introduction  de  quelques  épi- 
thètes  oiseuses  ou  de  malencontreux  synonymes  ;  quand  il 
s'inspire  de  la  Passion  selon  Gaïualiel,  qui  était  en  prose,  il 
réussit  à  peine,  à  force  de  grossières  chevilles,  à  donner  l'im- 
pression d'une  versification  outrageusement  libre.  Tout  s'ex- 
plique en  somme  par  la  paresse  et  la  maladresse  de  ce  vulgaire 
manœuvre. 


I.  La  Passion  proprement  dite,  qui  formait  la  partie  centrale  de  la  compila- 
tion, s'est  perdue  avec  le  volume  où  elle  était  transcrite  et  auquel  renvoie 
souvent  celui  qui  s'est  conservé;  mais  la  liste  des  personnages,  heureusement 
copiée  dans  celui-ci,  nous  fait  suffisamment  connaître  son  contenu  et  prouve 
qu'elle  suivait  pas  à  pas  la  Passion  selon  Gamaliel. 


MYSTÈRES    FRANÇAIS    DE    LA    PASSION  377 

Ces  pages  lumineuses  permettent  enfin  d'écarter  une  autre 
hypothèse,  analogue  à  celle  dont  il  a  été  question  plus  haut  : 
M.  Stengcl,  notant  les  rapports  étroits  qui  relient  la  Passion 
Didot,  celle  d'Arras  et  les  Mystères  rouergats,  avait  supposé 
que  ces  trois  textes  provenaient  d'un  modèle  commun,  lequel 
ne  pouvait  être,  selon  lui,  qu'une  Passion  française  perdue,  que 
leur  accord  permettait  de  reconstituer  '.  M.  Roy  n'a  nul  besoin 
de  discuter  longuement  cette  théorie  (p.  390);  elle  s'évanouit 
d'elle-même  devant  l'évidence  des  faits. 

Il  y  a  dans  la  compilation  rouergate  trois  petits  mystères 
sur  des  sujets  épisodiques  et  rarement  traites,  le  Jugemeni  de 
Jésus,  ï Ascension  et  le  Jugement  général,  dont  M.  Roy  a  encore 
retrouvé  les  sources  dans  des  ouvrages  latins  ou  français,  dont 
quelques-uns  sont  des  vingt  dernières  années  du  xV^  siècle.  Cette 
découverte  a  pour  résultat  de  rejeter  la  composition  de  l'ouvrage, 
que  j'avais  cru  jadis  un  peu  plus  ancien-,  à  l'extrême  fin  de  ce 
siècle.  Ce  résultat  a  son  importance,  mais  je  ne  saurais  m'em- 
pêcher  de  remarquer  que  la  démonstration  qui  y  conduit,  au 
reste  fort  toufi^ue  et  assez  difficile  à  suivre,  est  étrangère  au 
véritable  sujet  du  livre  :  il  est  manifeste  que  la  place  de  ce  cha- 
pitre (p.  41 1-54)  était  ailleurs. 

Qu'on  me  permette,  avant  d'en  finir  avec  cette  question  des 
sources,  d'engager  avec  M.  Roy  une  dernière  discussion  à  pro- 
pos de  cette  Passion  selon  Gamaliel,  qui  a  été  si  largement  mise 
à  profit  par  les  compilateurs  méridionaux.  Ce  récit  est  princi- 
palement fondé,  il  n'y  a  aucun  doute  à  ce  sujet,  sur  l'Evangile 
de  Nicodème;  mais  en  provient-il  directement  ou  non,  et  dans 
ce  cas, à  travers  quels  intermédiaires?  M.  Roy,  sur  ce  point,  ne 
s'explique  pas  clairement,  ou  même  se  contredit  :  «  Ce  récit, 
nous  dit-il  (p.  330)  n'est  pas  autre  chose  que  la  version  en 
prose  de  l'ancien  poème  français  inspiré  par  l'Evangile  de  Nico- 
dème 5  ».  Ailleurs  (p.  32e)  il  incline  à  penser  que  l'arrangeur 

1.  Zeitschrijt  fïir  franioesische  Sprache  uud  Literatur,  XVII  (1895),  p.  209 
ss. 

2.  Mysli-res  provençaux  du  XV<^  siaie,  publiés  par  A.  Jeanrov  et  H.  Teulié, 
Inlrod.'^p.  XXX. 

3.  Il  s'agit  ici  non  de  la  version  en  vers  contenue  dans  un  manuscrit  de 
Turin  (voy.  Zeitschrift  fïir  rom.  Philologie,  VIII,  429),  mais  d'une  version  en 
vers  dont  M.  Roy  suppose  l'existence  en  se  fondant  uniquement  sur  l'allure 
poétique  du  récit  en  prose. 


378  A.    JEANROY 

a  dû  travailler  non  sur  une  version  française  en  vers,  mais  sur 
r«  Évangile  de  Nicodème  en  vers  provençaux  »  ;  et  c'est  cette 
dernière  hypothèse  qu'il  ramène  à  plusieurs  reprises  '.  Il  ne  me 
paraît,  je  l'avoue,  aucunement  vraisemblable  que  le  compilateur 
français  ait  mis  la  main  sur  un  texte  provençal  déjà  ancien  et 
qui  doit  avoir  été  fort  peu  connu  en  dehors  de  son  pays  d'ori- 
gine, alors  qu'il  y  avait  une  foule  de  traductions  françaises,  en 
vers  et  en  prose,  de  l'ouvrage  qui  l'intéressait.  M.  Roy  lui-même 
reconnaît  (p.  350,  n.  2)  que  la  correspondance  entre  les  deux 
textes  n'est  frappante  que  pour  le  passage  qui  contient  la  lettre 
de  Cariot  et  Elion,  les  deux  fils  de  Siméon  ressuscites  par 
Jésus,  que  souvent,  même  dans  ce  passage,  l'auteur  français 
développe  son  modèle  «  en  intervertissant  de  ci  de  là  l'ordre 
des  chapitres,  en  changeant  les  interlocuteurs  ».  La  comparai- 
son minutieuse  à  laquelle  je  me  suis  livré  m'a  fait  apercevoir 
d'autres  différences  moins  notables  :  le  compilateur  français 
développe  davantage  et  nous  trouvons  chez  lui  non-seulement 
des  phrases  de  remplissage,  mais  des  détails  inconnus  au  texte 
provençal.  Parfois  au  contraire  sa  version  est  plus  brève,  moins 
dramatique,  et  les  discours  y  sont  traduits  en  style  indirect  \  Ce 
qui  est  plus  probant  encore,  c'est  qu'il  nous  donne  sous  une 
forme  différente,  les  noms  des  deux  personnages  principaux  de 
l'épisode  :  ceux-ci,  qui  chez  lui  s'appellent  Cariot  et  Elion,  se 
nomment  dans  la  version  provençale  Carius  (ou  Caris,  Garis) 
et  Leucias  (on  Leucioiï)  '.  Il  me  paraît  donc  plus  probable  que  le 
poème  provençal  et  le  roman  français  proviennent  de  la  même 
source,  c'est-à-dire  vraisemblablement  d'un  poème  français  qui 
était  lui-même  une  traduction  très  libre  du  texte  latin  ^. 

A. Jeanroy. 

1.  Voyez  notamment  p.  351-5  et  396-401. 

2.  Le  texte  français  par  exemple  (Roy,  p-  355)  n'a  pas  les  discours  d'Eve  et 
des  Pères  à  Jésus,  lors  de  l'irruption  de  celui-ci  dans  les  Limbes  (v.  2058-60  ; 
2072-6;  2083-8). 

5.  "Voyez  vers  1556,  1685,  2109,  2125  et  les  variantes.  Le  texte  provençal 
est  ici  plus  rapproché  du  latin,  qui  a  Carinus  et  Leucius. 

4.  En  revanche  les  Mystères  rouergats  ont  Chariot  (ou  Char  ion)  et  Eliot 
(ou  Elion)  (v.  4657,  4668,  rub.  4703),  ce  qui  prouve,  comme  M.  Roy  l'a 
reconnu  à  d'autres  indices,  que  leur  auteur  a  utilisé  directement  la  version 
provençale. 


SUR  DEUX  CHANSONS  DE  CROISADE 


Maugrc  tons  sain:^^  et  iitaugrc  Dieu  atisi 

Cette  pièce  est  célèbre.  Bien  qu'on  en  ait  des  éditions  nom- 
breuses (Raynaud,  1030),  il  est  utile,  pour  la  clarté  de  ce  qui 
va  suivre,  de  la  transcrire  ici  '  : 

I  Maugré  tous  sainz  et  maiigré  Dieu  ausi 

Revient  Quenes  et  mal  soit  il  vegnans! 


Honiz  soit  il  et  ses  preechemans 
Et  houniz  soit  ki  de  lui  ne  dit  :  «  Fi  !  » 
Quant  Dex  verra  que  ses  besoinz  ert  grans, 
8     II  li  faudra,  car  il  li  a  failli. 

II  Ne  chantez  mais,  Quenes,  je  vouz  en  pri, 

Car  voz  chançons  ne  sont  mes  avenanz. 
Or  menrez  vous  honteuse  vie  ci  ; 
12     Ne  vousistez  por  Diu  morir  joianz. 
Or  vous  conte  on  avoec  les  recreanz, 
Si  remaindroiz  avoec  vo  roi  failli. 
Ja  Damediex,  qui  seur  touz  est  puissanz, 
16     Du  roi  avant  et  de  vous  n'ait  merci! 

III  Moût  fu  Quenes  preus,  quant  il  s'en  ala, 

De  sermouner  et  de  gent  preechier. 


5  T  preemans  —  6  M  ke  de   lui  ne  d.  si  ;  T  dist  —  8  2"  quant  il  —  9  M 
De  —  22  M  Et  est. 

I.  D'après  les  manuscrits  M  (B.  N.  fr.    844,  f"   50   r")  et   T  (B.N.  tr. 
12615,  fo  53  ro).  Nous  reproduisons  la  graphie  de  M. 


380  J.    BÉDIER 

Et,  quant  uns  seuz  en  remanoit  deçà, 
20     II  li  disoit  et  honte  et  reprouvier. 

Or  est  venuz  son  lieu  réconcilier 

Et  s'est  plus  orz  que  quant  il  s'en  ala  ; 

Bien  pu  et  sa  croiz  garder  et  estoier, 
24     K'encor  l'a  il  tcle  k'il  l'en  porta. 


Les  deux  manuscrits  (M  et  7)  portent  en  tête  de  la  pièce, 
pour  désigner  l'auteur,  ce  nom  :  Mesire  Hncs  d'Oisi.  Des  ren- 
seignements que  nous  possédons  sur  Huon  d'Oisi,  châtelain 
de  Cambrai,  il  suffit  d'en  rappeler  quelques-uns.  Il  prit  en 
1181-2  le  parti  de  Philippe  de  Flandre  dans  sa  guerre  contre 
Philippe-Auguste',  ce  qui  explique,  si  la  pièce  est  de  lui,  qu'il 
dise  à  Conon  de  Béthune  Fos  remai)uiroi\  avoec  \o  roi  failli,  ne 
considérant  pas  lui-même  Philippe  Auguste  comme  son  roi.  En 
outre,  il  était  l'oncle  à  la  mode  de  Bretagne  de  Conon  de 
Béthune  %  et  a  entretenu  avec  lui  des  relations  poétiques, 
comme  il  résulte  des  vers  souvent  cités  de  Conon  (Raynaud, 
1314)  : 

Or  vos  ai  dit  des  barons  la  semblance. 
Se  lor  poise  de  ceu  que  vos  ai  dit, 
Si  s'en  preignent  a  mon  maistre  d'Oisi, 
Qui  m'a  apris  a  chanter  dès  m'enfance. 

Enfin  nous  avons  conservé  de  Huon  d'Oisi  un  curieux  petit 
poème,  le  Tornoiement  des  dames'. 

Ces  diverses  circonstances  rendent  à  première  vue  vraisem- 
blable l'attribution  à  Huon  d'Oisi  de  la  chanson  Matigrc  tous 
sain:{.  Pourtant  M.  A.  Wallenskôld^  a  élevé  contre  elle  deux 
objections,  qui  ont  frappé  G.  Paris  5. 


1.  Voy.  Al.  Cartellieri,  Philipp  II.  August,  hônig  von  Fraiikreich,  I  (Leip- 
zig, 1899- 1900),  107. 

2.  Voyez  Duchesne,  Histoire  généalogique  de  la  maison  de  Bcthiine,  p.  106 
ss.  et  Léon  Vanderkindere,  La  formation  territoriale  des  principautés  belges  au 
moyen  âge,  Bruxelles,  1902,  II,  56-9. 

3.  La  plus  récente  édition  en  est  celle  que  M.  A.  Jeanroy  a  publiée  dans 
la  Romania,  XXVIII,  232. 

4.  Dans  son  édition  des  Chansons  de  Conon  de  Béthune,  1891,  p.  loi. 

5.  G.  Paris  dit  (Romania,  XXI,  325)  que  les  doutes  de  M.  Wallenskôld 
sont  «  très  fondés  ». 


SUR    DEUX   CHANSONS   DE   CROISADE  38 1 

M.  Wallenskôld  tire  la  première  de  la  x'nnt preechemens  :  gran^ 
(v.  5)  :  ((  La  confusion  de  -01  +  consonne  avec  -an  + 
consonne  est,  sauf  pour  les  mots  connus,  chose  extrêmement 
étonnante  chez  un  poète  picard  et  l'on  n'a  aucun  droit  de  sup- 
poser que  Huon  n'ait  pas  employé  la  langue  de  son  pays.  On 
est  donc  tenté  de  croire  que  la  source  commune  de  nos  deux 
manuscrits  a  introduit  le  nom  de  Huon  d'Oisi  sous  l'influence 
du  vers  de  la  chanson  13  14  (de  Conon  de  Béthune)  :  Si  s'en 
preipicnt  a  mon  maistrc  d  Oisi.  »  —  Cette  difficulté  ne  nous 
semble  pas  réelle.  Huon  d'Oisi,  qui  était  un  grand  seigneur, 
qui  avait  pu  fréquenter  en  diverses  cours  des  personnages  d'ori- 
gine et  de  parlers  divers  et  qui  avait  épousé  une  fille  du  comte 
Thibaut  de  Blois,  ne  devait  pas  nécessairement  parler  et  écrire 
tout  à  tait  le  même  dialecte  que  les  bourgeois  et  les  vilains 
d'Oisi  ou  de  Cambrai.  En  fait,  nous  pouvons  vérifier  s'il  s'in- 
terdisait tout  mélange  de  -an  et  de  -en  devant  une  consonne.  Il 
n'y  a  qu'à  regarder  aux  rimes  de  la  pièce  qui  est  assurément  de 
lui,  le  Tornoieiiient  des  dames  :  si  l'on  écarte  les  vers  76-81  \  on 
constate  que  Yohiit  y  rime  tantôt  avec  des  mots  comme  repent 
(v.  194),  tantôt  avec  des  mots  comme  erra)it  (v.  60);  que 
criant  rime  tantôt  avec  des  mots  comme  devant  (v.  58),  tantôt 
avec  des  mots  comme  prent  (v.  95) ^  Donc  Huon  d'Oisi  se 
permettait,  du  moins  à  l'occasion,  de  confondre  les  deux  sons, 
et  il  a  pu,  dans  notre  pièce,  faire  nmer  preeche mens  avec  s^ran:^. 

L'autre  objection  de  M.  Wallenskôld  est  autrement  forte. 
Dans  la  chanson  Maugré  tous  sain::^  le  poète  blâme  Conon  et  le 
roi  Philippe-Auguste  de  leur  retour  prématuré  de  la  croisade. 
Philippe-Auguste  étant  revenu  de  Terre  sainte  à  la  fin  de  119 1 5, 


1.  Aux  vv.  7681  (édit.  Jcanroy),  Huon  d'Oisi  semble  construire  sa 
strophe  sur  Talternance  des  rimes  -iiiit  -eut,  ce  qui  trancherait  la  question. 
Mais,  comme  le  remarque  M.  Jeanroy,  cette  stroplie  est  altérée  :  à  la  place 
des  vers  en  -anl  (76,  78,  80),  la  construction  métrique  de  la  pièce  exige  et  le 
poète  avait  dû  écrire  trois  vers  rimant  en  a  oral. 

2.  M.  Jeanroy,  aux  notes  du  v.  60  et  du  v.  95,  dit  que  Yolent  devrait  être 
remplacé  par  une  rime  en  -ant,  criant  par  une  rime  en  -enl.  Mais  sa  seule  rai- 
son de  le  dire  est  tirée  précisément  de  ce  postulat  que  Huon  d'Oisi,  étant 
picard,  écrivait  le  plus  pur  picard. 

3.  Parti  d'Acre  le  51  juillet,  il  dut  arriver  en  Italie  vers  le  milieu  de  sep- 
tembre. On  ne  le  retrouve  en  France  qu'à  la  fin  de  décembre. 


382  J.    BÉDIER 

la  pièce  est  postérieure  à  cette  date.  Comment,  demande 
M.  Wallenskôld,  Huon  d'Oisi  l'aurait-il  composée,  s'il  était 
mort?  Paulin  Paris  a  le  premier  reconnu  cette  difficulté  :  «  un 
historien  contemporain,  dit-il,  fixe  la  mort  de  Huon  d'Oisi  i\  la 
fin  de  l'année  1 189  '.  »  En  efiet,  on  lit  dans  la  Chronique  lT Anchin, 
à  la  fin  de  1 1 89-1 190  :  «  Obiit  Hugo,  castellaniis  Cameracensis  ^.  » 
Aucun  texte,  que  je  sache,  n'indique  (comme  le  voudrait 
Paulin  Paris)  que  le  chroniqueur  se  soit  trompé.  Si  même  on 
annulait  arbitrairement  son  témoignage,  on  n'y  gagnerait  guère  : 
la  veuve  de  Huon  d'Oisi  s'est  remariée  en  1192;  il  est  donc 
invraisemblable  que  Huon  fût  encore  en  vie  dans  les  derniers 
mois  de  1191  K 

Nous  devons  croire  qu'il  était  mort  dès  11 89-1 190  •*.  Et  pour- 
tant l'attribution  que  les  deux  manuscrits  lui  font  de  la  chanson 
contre  Maugré  tous  sain:^  se  présente  dans  des  conditions  qui 
semblent  en  garantir  la  justesse. 

En  effet,  si  cette  chanson  est  d'un  autre,  si,  venue  sans  nom 
d'auteur  entre  les  mains  d'un  copiste,  ce  copiste  a  cherché  dans 
sa  fantaisie  un  poète  à  qui  l'attribuer,  comment  a-t-il  pu  y 
trouver  ce  nom  littérairement  obscur  5  :  Mesire  Huon  d'Oisi? 


1.  Histoire  littéraire,  XXIII,  625. 

2.  D.  Bouquet,  Recueil,  XVIII,  53  et  Pertz,  SS.,  XVI,  501.  Huon  était  en 
tout  cas  bien  vivant  en  1 188,  date  où  on  le  voit  figurer  parmi  les  arbitres  d'un 
différend  (Ex  Gisleherii  Monteiisis  praepositi  chronico,  dans  D.  Bouquet, 
XVIII,   391). 

3.  Gislebert,  dans  le  i?(r»('27  de  D.  Bouquet,  XVIII,  412  et  Pertz,  55.,  XXI, 
580.  C'est  bien  la  veuve  de  Huon  d'Oisi,  Marguerite,  fille  du  comte  Thibaut 
de  Blois,  qui  se  remarie  en  1192  à  Oton,  comte  palatin  de  Bourgogne, 
frère  de  l'empereur  Henri  VI  ;  ce  n'est  pas  sa  fille,  comme  l'ont  dit  P.  Paris 
et  plusieurs  historiens  :  le  contresens  vient  de  ce  que  la  phrase  du  chroni- 
queur est  mal  faite.  Comparez,  pour  en  déterminer  le  vrai  sens,  D.  Bouquet, 
XVIII,  707  A  et  750  E,  et  voy.  Vanderkindere,  ouvr.  cité. 

4.  O.  Schultz  (Archiv  de  Herrig,  t.  89,  1892,  p.  448)  a  mis  en  lumière 
un  témoignage  qui  confirme  celui  de  la  Chronique  d' Anchin  :  c'est  une  charte 
de  1190  où  la  femme  de  Huon,  Marguerite,  intervient  personnellement  dans 
une  affaire  relative  aux  biens  d'une  église,  tandis  que,  l'année  précédente,  en 
1189,  c'était  Huon  qui  intervenait  dans  un  autre  document  concernant  la 
même  église  :  Huon  doit  être  mort  dans  l'intervalle. 

5.  Puisque  nos  manuscrits  ne  renferment  pas  d'autre  pièce  de  Huon  que 
le  Tornoiement. 


SUR    DEUX    CHANSONS    DE    CROISADE  383 

et,  le  prenant  au  hasard,  tomber  presque  juste,  sur  un  person- 
nage qui  fut  réellement  en  relations  avec  Conon  de  Béthune? 
C'est,  répond  M.  Wallenskôld,  que  ce  copiste  était  «  sous  l'in- 
fluence »  du  vers  de  Conon  :  Si  s'en  preigneut  a  mon  maislre 
d'Oisi.  Mais  M.  Wallenskôld  n'a  pas  pris  garde  que  ce  vers 
n'aurait  pu  apprendre  au  copiste  ni  le  nom  de  Huon  ni  sa 
condition  sociale  {Mesirc).  Il  nous  faut  donc  supposer  que 
Conon  et  Huon  ont  échangé  beaucoup  d'autres  chansons,  qui 
ne  nous  sont  point  parvenues,  mais  que  le  copiste  connaissait. 
Il  se  peut,  mais  rien  ne  le  prouve. 

Il  y  a  mieux.  Huon  d'Oisi  est,  sans  conteste,  l'auteur  du  Tor- 
noiement  des  dames  '.  Le  Tornoiemeul  nous  a  été  conservé  par  deux 
manuscrits  seulement  qui  sont  les  mêmes  où  nous  trouvons  la 
chanson  Mniigre  tous  sain:^,  M.  et  7;  et,  dans  ces  deux  manu- 
scrits, la  chanson  et  le  Tornoiement  sont  copiés  bout  à 
bout,  tous  deux  au  f°  50  r°  en  M,  tous  deux  au  f°  53  r°  et 
v°  en  T.  Dirons-nous  que  c'est  le  voisinage  des  deux  pièces  dans 
la  source  commune  des  deux  manuscrits  qui  a  fait  attribuer  la 
chanson  anonyme  Mangré  tous  sai7i~  à  ce  Huon  d'Oisi  dont 
le  nom  se  lisait  en  tète  du  Tornoiement?  Les  accidents  de  ce 
genre  sont  fréquents;  mais  ici,  cette  erreur  toute  matérielle, 
commise  mécaniquement  par  un  rubricateur  qui  ne  savait  rien 
de  la  généalogie  ni  des  relations  de  Huon  et  de  Conon,  aurait 
eu  cet  eftet  singulier  de  donner  cette  pièce  anonyme  à  un 
auteur  qui  se  trouve  avoir  été  en  effet  le  contemporain,  le  voi- 
sin, le  cousin  et  le  maistreàn  Conon  qui  y  est  nommé.  —  Ce 
rubricateur  pouvait  être  bon  généalogiste  et  bon  critique  litté- 
raire? —  Soit;  m.aisce  qui  reste  surprenant,  en  cette  hypothèse, 
c'est  la  rencontre  de  ces  deux  circonstances  :  que  le  rubrica- 
teur ait  été  solUcité  à  attribuer  à  Huon  d'Oisi  la  pièce  ano- 
nyme à  la  fois  par  sa  connaissance  de  la  biographie  de  Huon  et 
par  le  hasard  merveilleusement  propice  qui  lui  mettait  sous  les 
yeux,  réunis  sur  un  môme  feuillet  de  parchemin,  cette  chan- 
son anonyme  et  le  Tornoiement  des  dames.  Ces  difficultés  nous 
inclinent  à  admettre  que  le  Tornoiement  et  la  pièce  Maugré  tous 
saini  furent  de  tout  temps  attribués  à  Huon  d'Oisi;  et,  puisque 


I.  Non  seulement  les  manuscrits  le  lui  attribuent;  mais  sa  femme  Margue- 
rite y  est  deux  fois  mentionnée  (vv.  24  et  28). 


384  j.    BÉDIER 

l'uue  de  ces  attributions  est  juste,  il  est  probable  que  l'autre 
l'est  aussi. 

Ainsi,  nous  arrivons  a  deux  résultats  contradictoires  :  Huon 
d'Oisi,  en  1191,  était  mort;  et  pourtant  la  chanson  doit  être 
de  lui.  Recherchons  s'il  est  impossible  d'interpréter  la  pièce 
autrement  qu'on  l'a  fait  jusqu'ici,  en  sorte  qu'elle  ait  pu  être 
composée  par  Huon  en  1189-1190. 

Elle  est  certainement  postérieure  au  mois  de  mars  1188, 
puisqu'elle  parodie  une  pièce  de  Conon  où  il  est  fait  allusion  à 
l'établissement  de  la  dîme  saladine.  Mais  il  se  peut  qu'elle  ne 
soit  postérieure  à  cette  date  que  d'un  an  environ.  Lorsque 
Philippe-Auguste,  précédant  Richard  Cœur  de  Lion,  arriva 
devant  Acre,  le  20  avril  1191,  une  armée  de  croisés  campait 
depuis  deux  ans  déjà  devant  la  forteresse,  et  les  deux  rois, 
comme  le  dit  le  jongleur  Ambroise  S  vinrent  les  derniers 
prendre  part  au  siège  : 

Car  li  rei  vindrent  dererain 
Al  siège,  nun  pas  premerain. 

Bien  d'autres  croisés  avant  eux  avaient  débarqué  à  Tyr  ou  à 
Saint-Jean-d'Acre,  dès  l'automne  de  1188  %  et,  pour  ne  rappe- 
ler que  ceux-là,  c'est  le  30  août  1189,  qu'abordèrent  devant 
Acre  Jacques  d'Avesnes  et  quatorze  mille  pèlerins  frisons  et  fla- 
mands '.  Je  suppose  que  Conon  de  Béthune  aura  fait  partie  de 
l'un  de  ces  premiers  convois  de  pèlerins.  Après  avoir  injurié 
dans  ses  chansons  ceux  qui  restaient,  il  se  sera  mis  en  route, 
disons  dans  les  premiers  mois  de  1189.  Un  cas  fortuit  quel- 
conque, maladie,  accident,  embarras  d'affaires,  retard  de  tel  de 
ses  compagnons,  etc.,  l'aura  peu  après  ramené  en  Artois,  soit 
de  Saint-Jean-d'Acre,  soit  simplement  de  Lombardie  ou  de  Pro- 
vence, ou  de  moins  loin  encore,  de  Bourgogne  ou  de  Cham- 
pagne. Sans  doute,  il  n'entend  pas  fmsser  son  vœu;  il  repartira 
à  la  prochaine  occasion.  Mais  le  satirique  croit  ou  feint  de 
croire  qu'il  est  revenu  pour  rester  et  il  raille  ce  faux  départ  : 


1.  Estoire  de  la  guerre  sainte,  éd.  G.  Paris,  v.  2399. 

2.  Vov.    R.  Rôhricht,  Die  Belagerung  von  \4Â'Â'(/ (i  189-1 191),  au  t.  XVI 
(1876),  p.  485  ss.,  des  Forschungen  \ur  deutscben  Gcschichte. 

3.  Estoire  delà  g.uerre  sainte,  v.  2850  ss. 


SUR   DEUX   CHANSONS   DE   CROISADE  3^5 

Maugré  tous  sainz  et  maugré  Dieu  ausi 
Revient  Q.uenes... 

Nul  témoignage  historique,  je  l'avoue,  ne  nous  renseigne  sur 
les  allées  et  venues  de  Conon  de  Béthune;  mais,  s'il  s'est  agi 
d'une  simple  chevauchée  de  Conon  à  quelques  journées  de 
marche  de  son  château,  on  comprend  que  l'histoire  ne  nous  en 
ait  pas  transmis  le  souvenir. 

Cette  explication  est  simple,  dira-t-on;  mais  elle  ne  sert  de 
rien.  Il  fliut  que  la  chanson  soit  postérieure  au  retour  du  roi, 
qui,  lui  aussi,  est  traité  de  recréant  et  de  failli. 

Je  ne  vois  dans  la  chanson  nulle  allusion  au  retour  du  roi. 
On  dit  que  Conon  revient,  non  pas  que  le  roi  revient.  On  dit, 
au  contraire,  il  me  semble,  que  le  roi  est  resté  : 

Or  vos  conte  on  avec  les  recreanz, 
Si  remaindroiz  avoec  vo  roi  failli. 

Ce  reniaindnv\  du  v.  14  ne  saurait  guère  avoir  un  autre  sens 
que  le  rejiianoit  du  v.  19,  c'est-à-dire  que  tous  deux  s'appliquent 
à  ceux  qui  ne  sont  point  partis  pour  la  Terre  sainte.  Si  le  poète 
en  veut  au  roi,  s'il  le  traite  de  roi  failli,  c'est  précisément  parce 
qu'il  remainl.  Reproche  qui  convient  aux  circonstances,  si  l'on 
place  la  chanson  en  1189.  Après  la  seconde  conférence  de 
Gisors  (16  août  1 188),  on  se  rappelle  que  la  reprise  de  la  guerre 
entre  Philippe-Auguste  et  Henri  II  fut  un  scandale  pour  tous 
ceux  qui  désiraient  la  croisade  et  que  de  nombreux  barons, 
Philippe  de  Flandre  par  exemple  et  Thibaut  de  Blois,  refusèrent 
de  prendre  part  aux  hostilités  entre  le  roi  de  France  et  le  roi 
d'Angleterre,  et  firent  serment  de  ne  combattre  contre  des  chré- 
tiens qu'après  qu'ils  auraient  accompli  leur  vœu  de  croisés. 
Longtemps  on  put  croire  que  Philippe  remaindroit,  si  bien  qu'en 
avril  1189  le  cardinal-légat  Jean  d'Anagni,  lassé  de  ses  retards, 
le  menaça  de  l'excommunication'.  Cette  persuasion  que  le  roi 
avait  «  mis  la  croiserie  en  oubli  »  alla  se  propageant  même 
après  la  mort  du  roi  Henri  II  (6  juillet  1 189),  puisque  le  sirven- 
tés  de  Bcrtran  de  Born  est  postérieur  à  cette  mort  : 

Senher  Conratz,  eu  sai  dos  reis  qu'estan 
D'ajudar  vos  ;  aras  entendatz  qui  : 

I.  Voyez  Al.  Candlien,  Fhilipp  IL  Aiigust,!,  300. 

Romania,  KXXV  2$ 


386  J.    BÊDIER 

Lo  reis  Fclips  es  l'us,  quarvai  doptan 
Lo  rei  Richart,  e  cel  lui  dopta  aissi  '... 

Outre  Bertran  de  Born  et  l'auteur  de  la  chanson  Maugre 
tous  sain:^,  des  milliers  de  partisans  de  la  croisade  ont  pu  et  dû, 
en  cette  année  1189,  croire  que  Philippe-Auguste  |ne  partirait 
jamais  et  le  traiter  de  recréant  et  àt  failli. 

Il  nous  semble  donc  très  probable  que  la  pièce  est  de  Huon 
d'Oisi.  Elle  a  été  écrite  par  lui  en  1189;  elle  est  contemporaine 
exactement  de  cette  autre  chanson  (Raynaud,  886),  que  Maistre 
Rendus  fist  de  nostre  seignor  : 

Ke  pensent  li  roi  ?  Grant  mal  font 
Cil  de  France  et  cil  des  Anglois, 
Ke  Damedeu  vengier  ne  vont 
Et  délivrer  la  sainte  crois. 
Quant  il  a  jugement  vanront, 
Dontlor  parra  lor  bone  foi^. 
Se  Deu  faillent,  a  lui  fauront. 
Il  dira  :  «  Je  ne  vos  conois.  » 

Cette  interprétation  a  enfin  l'avantage  de  supprimer  une  singu- 
larité que  présentait  la  chanson,  lorsqu'on  la  considérait  comme 
écrite  en  1191  ou  1 192.  Si  elle  s'adresse  à  Conon  revenant 
avec  le  roi  de  Saint-Jean- d'Acre,  c'est-à-dire  d'un  siège 
rude  et  qui  n'alla  point  sans  quelques  souffrances  pour  ceux 
qui  y  prirent  part,  comment   le  poète  peut-il  dire  de  Conon  : 

Bien  puet  sa  croiz  garder  et  estoier, 
K'encor  l'a  il  tele  qu'il  l'en  porta  ? 

Il  ne  servirait  de  rien  de  répondre  que  c'est  un  satirique  qui 
parle,  de  qui  il  ne  faut  attendre  ni  justice  ni  mesure.  Ce  serait, 
en  effet,  oubUer  cette  circonstance  que  le  père  de  Conon, 
Robert  V  le  Fort,  était  mort  en  1191  devant  Saint-Jean  d'Acre. 
Si  le  satirique  parle  à  Conon  qui  porte  le  deuil  récent  de  son 
père  et  qui  vient  de  courir  les  mêmes  dangers  que  lui,  lui  dire 
qu'il  revient  avec  sa  croix  vierge  et  neuve,  ce  n'est  pas  seule- 
ment une  injustice,  c'est  une  absurdité. 


1.  Ed.   Ant.  Thomas,  i88i 

2.  Corrigez  :  lor  estrehis  ? 


SUR    DEUX    CHAXSONS    DE    CROISADE  387 

II 

Bernat\,  di  moi  Fonqiiet,  qu'on  iienl  a  sage 

Cette  pièce  a  été  étudiée  par  G.  Paris  dans  son  bel  article 
sur  Hugues  deBerzc  {Roniania,  XXVIII,  533).  Il  a  montré  que 
les  deux  copies  que  nous  en  avons,  exécutées  l'une  et  l'autre 
par  des  scribes  probablement  italiens  et  habitués  à  écrire  du 
provençal,  sont  des  transcriptions  corrompues  d'  «  une  pièce 
écrite  en  très  bon  français  »,  et  il  a  fondé  sur  la  comparaison 
des  deux  manuscrits  (//  et  D)  la  restitution  que  voici  du  texte 
original  : 

Nugo  de  Bersie  maudct  aqestas  cohhs  a  Falquet  de  Rotiiians  per  un  joglar 
qavia  )iom  Benitvt  d' Argentan  per  predicar  lui  que  vendues  coni  lui  outra  >uar. 

I  Bernarz,  di  moi  Fouquet  qu'on  tient  a  sage 

due  n'emploit  pas  tôt  son  sen  en  folie, 

Que  nos  avons  grant  part  de  nostre  eage 
4     Entre  nos  deus  usei  en  lecherie  ; 

Et  avons  bien  dou  siegle  tant  apris 

Que  bien  savons  que  chascun  jor  vaut  pis; 

Por  quoi  feroit  bon  esmendeir  sa  vie, 
8     Car  a  la  fin  est  fors  de  juglerie(?). 

II  Dicus  !  quel  dolor,  quel  perte  et  quel  damage 

D'omequi  vaut  quant  il  ne  se  chastie  ! 

Mais  tel  i  a,  quant  voit  son  bel  estage 
12     Et  sa  maison  bien  pleine  et  bien  garnie, 

Qui  ne  cuide  soit  autre  paradis. 

Ne  le  penseiz,  Fouquez,  beaus  douz  amis, 

Mais  faites  nos  outre  meir  compaignie, 
16     Que  tôt  ce  faut,  mais  Dieus  ne  faudra  mie. 

III  Bernarz,  encor  me  feras  un  message 

Au  bon  marquis  •  cui  aim  sanz  tricherie. 
Que  je  li  pri  qu'il  aut  en  cest  voiage, 
20     Que  Monferraz  le  doit  d'anceiserie, 


I.  Peut-être  vaudrait-il  mieux  écrire  niarcbis,  ici  et  au  v.  29,  puisque  l'on 
a  pris  le  parti  d'écarter  du  texte  les  italianismes. 


388  J.    BÉDIER 

Que  autre  foiz  fust  perduz  li  pais, 
Ne  fust  Conraz,  qui  tant  en  ot  de  pris 
Qu'il  n'icrt  ja  mais  nul  tens  que  l'on  ne  die 
24     Que  par  lui  fu  rccovrce  Surie. 

Ne  ja  d'ai'er  porter  ne  seit  pensis. 
Que  SOS  cosis  Vemperere  Freris 
N'aura  asse^,  qui  ne  li  faudra  mie, 
28     Qu'Sl  VacuilU  tiiolt  bel  eu  Lombard ie. 

Bernarz,  di  moi  mon  seignor  au  marquis 
Que  de  part  moi  te  dont  ce  que  m'as  quis, 
Que  j'ai  la  crois  qui  me  defent  et  prie' 
52     Que  ne  mete  mon  avoir  en  folie. 

Pour  rendre  compte  de  la  composition  de  cette  pièce, 
G.  Paris  s'est  arrêté  à  un  système  qui  a  été  adopté,  je  crois, 
par  tous  les  critiques  plus  récents ^  Voici  en  résumé  cette 
interprétation. 

Considérant  les  vers  25-8  Ne  ja  d'aver  porter  ne  seit  pensis... 
que  nous  avons  imprimés  ci-dessus  en  italiques  et  qui  ne  se 
trouvent  que  dans  le  manuscrit  D  (Modène),  G.  Paris  écrit  : 
«  Pas  d'erreur  possible.  Il  s'agit  de  1223.  Frédéric  II,  empe- 
reur depuis  1220  (ou  au  plus  tôt  depuis  1215),  aida  en  effet 
par  son  aver  Guillaume  de  Montferrat  quand  il  entreprit  son 
expédition  en  Romanie  en  vue  de  reprendre  Salonique.  [Le 
frère  de  Guillaume,  le  jeune  Démètre,  venait  d'en  être  chassé 
par  Théodore  Ange  Comnène,  et  il  s'agissait  de  le  rétablir  sur 
le  trône.]  Guillaume  s'embarqua  en  janvier  1224,  ayant  reçu 
9.000  marcs  de  l'empereur  son  cousin,  auquel  il  avait  préparé, 

1.  C'est  le  texte  de  D  H  ;  donne  :  Que  iai  la  cros  qem  reprevi  em  castia. 
«  Castia,  écrit  G.  Paris,  serait  peut-être  meilleur  pour  le  sens  ;  mais  em  z=  et 
me  n'est  pas  possible  en  français  ;  en  lisant  quim  defent  et  chastie  on  risquerait 
d'être  trop  archaïque.  »  Je  doute  qu'on  ait  pu  dire  :  «  J'ai  la  croix  »  pour 
«  j'ai  pris  la  croix.  »  Peut-être  l'original  portait-il  la  forme  bourguignonne 
jai  pour /a  (cf.  ^tsiei  au  v.  4),  que  les  scribes  ont  interprétée  à  tort  f  ai.  Castia 
d'autre  part  est  sûrement  meilleur  que  prie.  On  pourrait  lire  :  Que  ja  lacroii 
me  defent  et  chastie  Que... 

2.  Il  a  été  accepté  notamment  par  M.  G.  Schultz  dans  un  article  de  la 
Zeitschrift  fïir  romanische  Philologie,  XVI,  506,  et  par  M.  Rudolf  Zenkcr, 
Cedichte  des  Folquet  ivii  Romans  {Romanische  Bibliothelc,  XII.  1896,  p.  11). 


SUR    DF.UX    CHANSONS    DE    CROISADE  389 

en  [220,  le  très  bel  accueil  qu'on  lui  fit  en  Lombardie  quand  il 
allait  se  faire  couronner  à  Rome.  »  —  Par  malheur,  comme  le 
remarque  aussitôt  et  très  justement  G.  Paris,  si  cet  envoi  fait 
allusion  aux  événements  de  1223,  il  n'y  a  pas  moyen  de  le 
«  concilier  avec  le  reste  de  la  chanson  ».  L'envoi  se  réfère  à 
une  guerre  projetée  par  des  chrétiens  contre  d'autres  chrétiens; 
le  reste  de  la  chanson  à  une  croisade  contre  les  Musulmans  de 
Syrie.  «  Il  est  inadmissible  qu'un  poète,  pour  engager  Guil- 
laume de  Montferrat  à  aller  en  Romanie  reconquérir  le 
royaume  de  son  père,  ne  lui  parle  que  delà  Syrie  et  des  exploits 
de  son  oncle  Conrad.  » 

L'incohérence  est  évidente.  Pour  l'expliquer,  G.  Paris  admet 
que  la  chanson,  sous  sa  forme  primitive,  ne  comprenait  pas  les 
vers  25-8.  Nous  savons  que  Hugues  de  Berzé  se  croisa  en 
1201  :  c'est  à  cette  date  qu'il  aurait  rimé  cette  pièce.  Il  y 
exhorte  à  prendre  la  croix  un  marquis  de  Montferrat  qui  n'est 
pas  Guillaume,  mais  son  père,  Boniface  II,  lequel  devait  en 
effet,  peu  après,  accepter  le  commandement  de  la  quatrième 
croisade.  «  La  chanson  de  Hugues  de  Berzé  a  peut-être  contri- 
bué, surtout  par  le  rappel  des  exploits  de  Conrad,  à  décider 
Bonitace  à  cette  grande  aventure,  qu'il  croyait  devoir  le 
conduire  en  Syrie,  et  qui  devait  le  mener  à  Constantinople,  lui 
donner  la  couronne  de  Salonique  et  le  faire  enfin  périr  sous  le 
fer  des  Bulgares.  » 

Vingt-deux  ans  plus  tard,  selon  G.  Paris,  l'envoi  propre  au 
manuscrit  de  Modène  a  été  ajouté,  sans  doute  en  marge  de 
l'original  de  ce  manuscrit,  par  quelqu'un  qui  a  voulu  rajeunir 
la  pièce  de  1201  et  l'approprier  tant  bien  que  mal  aux  circons- 
tances de  1223  '. 

Ce  système  offre  des  difficultés.  Ni  les  vers  que  G.  Paris 
croit  avoir  été  écrits  en  1201  ne  peuvent,  me  semble-t-il,  avoir 
été  écrits  à  cette  date,  ni  les  vers  censément  composés  en  1223 
ne  peuvent  avoir  été  composés  à  cette  date. 

D'abord  la  pièce  ne  peut  avoir  été  adressée  en  1201  au  mar- 


I.  G.  Paris  ajoute  cet  argument  à  l'appui  de  sa  thèse  :  «  On  peut  voir 
une  trace  de  l'immixtion  d'une  main  peu  habituée  à  écrire  le  français  dans  le 
troisième  vers  :  N'aura  est  du  bon  provençal,  mais  en  français  il  faudrait  En 
avra,  ce  qui  donnerait  une  syllabe  de  trop.  Il  est  vrai  que  l'on  peut  corriger 
Eu  a,  mais  c'est  là  une  correction  plus  forte  qu'aucune  de  celles  auxquelles 
donne  lieu  le  reste  de  la  pièce.  » 


390  J.    BEDIER 

quis  Boniflice  II.  II  convient,  en  effet,  de  se  rappeler  que,  dix 
ans  auparavant,  Boniface  avait  pris  une  part  importante  à  la 
troisième  croisade,  qu'il  avait  été  fait  prisonnier  à  la  bataille  de 
Tibériade,  qu'il  avait  combattu  aux  côtés  de  son  frère  Conrad. 
Un  poète  qui,  dix  ans  après  ces  événements,  voudrait  l'engager 
à  retourner  en  Syrie,  ne  lui  dirait  pas  (v.  20)  :  «  Prenez  la 
croix,  parce  que  vos  ancêtres  l'ont  fait  »,  sans  être  tenu  d'ajou- 
ter :  «  Prenez  la  croix,  comme  vous-même  l'avez  fait  naguère.  » 
Il  ne  lui  dirait  pas  (v.  29)  :  «  Rappelez-vous  les  exploits  de 
votre  frère  Conrad  »,  sans  être  obligé  d'ajouter  :  «  et  vos 
propres  exploits.  »  Il  est  visible  que  la  pièce  s'adresse  à  un 
marquis  de  Montferrat  qui  n'a  encore  pris  part  à  aucune  croi- 
sade. De  plus,  au  V.  21,  autre  faii  surprend  un  peu  au  sens  de 
naguère.  Si  le  poète  entendait  désigner  la  précédente  croisade, 
peut-être  aurait-il  mis  plutôt  a  l'autre  foi :(. 

Autre  difficulté  :  la  chanson  est  adressée  par  Huon  de  Berzé 
déjà  croisé  à  un  marquis  de  Montferrat  qui  n'est  pas  encore 
croisé.  C'est  la  donnée  même  de  la  pièce  (voy.  surtout  les 
vers  28-32).  Or  Villehardouin  (§  44  et  45)  nous  apprend  que 
c'est  l'inverse  qui  s'est  passé  en  1201  :  le  marquis  Boniface  a 
pris  la  croix  à  Soissons  un  peu  avant  le  concile  de  Cîteaux, 
tandis  que  Hugues  de  Berzé  ne  s'est  croisé  qu'à  ce  concile. 
G.  Paris  est  obligé  de  former  cette  hypothèse  (p.  562)  que 
Villehardouin  a  a  commis  une  erreur  de  mémoire  »  et  que 
Hugues  de  Berzé  «  a  dû,  par  quelque  hasard,  prendre  la  croix 
antérieurement  ». 

Si  la  pièce  ne  peut  avoir  été  écrite  en  1 201,  il  est  visible 
d'autre  part  qu'elle  n'a  pu  être  interpolée  en  1223  par  l'addi- 
tion des  vers  25-8.  On  ne  comprendrait  pas,  en  effet,  le  travail 
de  l'interpolateur.  Il  aurait  voulu  «  rajeunir  la  pièce  et  l'appro- 
prier tant  bien  que  mal  aux  circonstances  de  1223  »,  Mais  s'il 
apparaît  au  premier  regard,  et  à  tout  lecteur  moderne,  qu'il 
est  «  inadmissible  »  que  la  pièce  s'applique  aux  circonstances 
de  1223,  cette  disconvenance  devait  être  encore  bien  plus  cho- 
quante pour  les  contemporains,  et  l'on  ne  se  représente  pas 
comment  l'interpolateur  de  1223  aurait  pu  même  concevoir 
l'idée  d'une  telle  appropriation.  Enfin,  ces  vers 

Ne  ja  d'avoir  porter  ne  soit  pensis, 
Q.ue  ses  cosins  l'emperere  Freris 
En  a  assez... 


SUR    DEUX    CHANSONS    DE    CROISADE  39 1 

ne  sauraient  s'appliquer  au  prêt  de  9.000  marcs  consenti  en 
1223  par  l'empereur  au  marquis  Guillaume.  Pour  obtenir  ce  prêt, 
le  marquis  engagea  ses  terres  à  l'empereur.  Ce  qui  a  dû  le 
préoccuper  à  cette  époque,  ce  n'est  point  le  souci  d'emporter  cet 
argent,  mais  celui  de  se  le  procurer.  Il  faudrait  dans  le  texte 
trouer,  ou  quelque  chose  d'analogue,  et  non  porter,  à  moins 
d'admettre  que  le  poète  écrivait  fort  mal.  Tel  qu'il  est,  le  texte 
dit  que  l'empereur  est  assez  riche  pour  emporter  l'argent  néces- 
saire à  la  croisade.  Le  poète foit  donc  allusion  à  une  expédition 
à  laquelle  il  estime  que  l'empereur  prendra  part  aux  côtés  du 
marquis  de  Montferrat.  Par  suite,  l'envoi  ne  s'applique  pas  au 
projet  d'expédition  contre  Théodore  Ange  Comnène,  car  il  n'a 
jamais  pu  venir  à  l'esprit  de  personne  que  l'empereur  Frédéric 
dût  y  participer. 

Toutes  ces  difficultés  proviennent  de  la  persuasion  où  est 
G.  Paris  que  les  quatre  vers  de  l'envoi  s'appliquent  à  cette  expé- 
dition. Il  n'y  a  qu'à  admettre,  comme  rien  ne  s'y  oppose,  que 
Théodore  Ange  Comnène,  Démètre  et  Salonique  ne  sont  pour 
rien  dans  la  chanson  ;  les  difficultés  se  dissiperont  du  même 
coup. 

A  mon  sens,  la  pièce  a  été  composée  d'une  seule  venue,  par 
le  seul  Hugues  de  Berzé,  sans  le  concours  d'aucun  interpolateur. 
Il  faut  se  rappeler  que  le  marquis  Guillaume  fut,  de  notoriété 
publique,  en  maintes  occasions,  l'agent  de  Frédéric,  et  d'autre 
part  que,  pendant  seize  ans,  de  121 2  à  1228,  Frédéric  a  pério- 
diquement fait  croire  à  la  chrétienté  et  a  cru  lui-même  par 
instants  qu'il  entreprendrait  une  croisade.  Mais  notre  recherche 
ne  doit  point  porter  sur  ces  seize  ans.  Le  champ  en  est  circon- 
scrit parle  fait  que  la  chanson  qualifie  Frédéric  du  titre  d'empe- 
reur. Il  l'était  en  fait  depuis  121 5,  et  il  n'est  peut-être  pas 
impossible  que  dès  cette  date  les  poètes  l'aient  appelé  de  ce 
titre,  tandis  que  les  actes  officiels  émanés  de  sa  chancellerie  ne 
le  lui  donnent  qu'à  partir  de  son  couronnement  à  Rome,  le 
22  novembre  1220'.  Mais  il  me  semble  certain  que  notre 
chansonnier  s'adresse  ici  à  Frédéric  déjà  couronné,  puisqu'il 
fliit  allusion  (v.  27)  au   bel  accueil  que  le  marquis    lui  fit  en 

I.  Voy.  Huillard-Bréholles,  Historia  Jiplonialica  Frideiki  secumii,  Intro- 
duction (1859),  P-  XLVin. 


392  J-    BEDIER 

Lombardie.  C'est  en  septembre  1220  que  le  marquis  Guillaume 
ménagea  une  belle  réception  en  Lombardie  à  Frédéric  qui  se  diri- 
geait vers  Rome  pour  y  recevoir  la  couronne  impériale'.  Or,  à 
cetteépoque  même,  les  ducs  d'Autriche  et  de  Bavière,  les  comtes 
de  Bar,  de  Nevers  et  une  foule  d'autres  seigneurs  de  France  et 
d'Allemagne  étaient  en  Egypte  aux  prises  avec  les  Musulmans. 
Ils  attendaient  la  venue  de  Frédéric  II,  qui  avait  tant  de  fois 
promis  de  porter  son  aide  à  la  Terre  sainte.  En  1219,  comme 
le  pape  Honoré  III  l'avait  supplié  d'exécuter  son  vœu,  il  avait 
feint  de  lui  donner  satisfaction  en  désignant  un  vicaire,  l'arche- 
vêque de  Cologne,  qui  devrait  le  remplacer  pendant  son 
absence'.  Puis,  il  avait  obtenu  des  délais.  Mais,  aussitôt  cou- 
ronné, il  prit  de  nouveau  à  Rome  la  croix,  solennellement,  et 
la  reçut  des  mains  de  ce  cardinal  Hugo  d'Ostie,  qui,  plus  tard, 
devenu  le  pape  Grégoire  IX,  devait  lancer  contre  lui  l'excom- 
munication pour  avoir  failli  à  ce  vœu.  Il  jura  d'envoyer  dès  le 
mois  de  mars  des  renforts  à  l'armée  des  croisés  et  de  partir  lui- 
même  en  août  1221  '. 

C'est  en  ces  circonstances  que  fut  écrite  notre  chanson.  Elle 
est  postérieure  au  couronnement  de  Frédéric  (22  novembre 
1220),  pour  les  raisons  que  nous  venons  de  dire;  elle  doit  être 
antérieure  à  la  ruine  de  l'expédition  du  comte  de  Bar  en  Egypte 
et  à  l'évacuation  de  Damiette  (7  septembre  122 1).  Pendant  cette 
période,  tandis  que  la  chrétienté  croyait  imminent  le  départ  de 
Frédéric  II  pour  l'Orient,  Hugues  de  Berzé  dut  prendre  la  croix 
et  écrivit  à  Guillaume  de  faire  comme  lui.  Nous  savons  que 
Folquet  de  Romans  était  alors  en  Italie  et  qu'il  y  assista  peut- 
être  au  couronnement  de  Frédéric  II  (voy.  Zenker,  Die  Gedichte 
des  Folquet  de  Ro)>ians,  p.  21,  et  chanson  VI). 

Cette  interprétation  a  pour  effet  de  supprimer  toutes  les  diffi- 
cultés rencontrées  ci-dessus.  En  outre,  elle  explique  que  Hugues 
de  Berzé  dise  à  Folquet  de  Romans  (v.  3-4)  qu'ils  ont  «  usé  en 


1.  Voyez  Eduard  Winkelmann,  Kaiser  Friedrich  II,  I  (Leipzig,  1889),  53. 
Déjà  en  121 1  Guillaume  avait  reçu  à  Gênes  Frédéric,  pauvre  et  menacé  (voy. 
Schirrmachcr,  Kaiser  Friedrich  der  Zu'eite,  I,  72,  II,  16);  mais  il  résulte  des 
autres  données  de  la  chanson  que  ce  fait  ancien  n'est  pas  en  cause  ici. 

2.  Huillard-BréhoUes,  Introd.,  p.  ccxiii  ;  Schirrmacher,  I,  115. 

3.  Schirrmacher,  I,  112. 


SUR    DEUX    CHANSONS    DE    CROISADE  393 

lecherie  »  tous  deux  «  grant  part  de  lor  eage  ».  S'il  a  écrit  ces 
vers,  comme  on  l'admettait  jusqu'ici,  en  1201,  il  faut  qu'à 
cette  date  Folquet  et  lui,  sans  être  nécessairement  des  vieil- 
lards, fussent  déjà  pour  le  moins  des  hommes  de  trente  ans; 
par  malheur  deux  des  chansons  d'amour  de  Folquet  (IV  et  V) 
sont  postérieures  à  1220  (voy.  Zenker,  p.  13);  il  les  aurait 
donc  rimées  entre  sa  cinquantième  et  sa  soixantième  année  : 
c'est  un  peu  tard.  Je  laisse  aux  historiens  de  la  littérature  pro- 
vençale le  soin  de  reconnaître  en  quelle  mesure  cette  détermi- 
nation nouvelle  de  la  date  de  la  chanson  de  Hugues  de  Berzé 
doit  modifier  les  dates  et  les  circonstances  de  la  biographie 
de  Folquet  de  Romans'. 

Joseph  BÉDiER. 


I.  J'offre  ici  mes  vifs  remerciements  au  savant  liistorien  de  l'Orient  latin, 
M.  Charles  Kohier,  qui  a  bien  voulu  lire  ce  petit  travail  en  manuscrit  et  me 
donner  d'utiles  indications. 


MOTS  OBSCURS  ET   RARES 

DE    L'ANCIENNE    LANGUE    FRANÇAISE 
(suite  ') 


Sabourot,  terme  de  cuisine.  —  xve  s.  Pour  faire  sahoiirot  de  poussins, 
prenés  poussins  ou  poulaille,  et  despecés  par  menus  morceaulx,  et  les  soufFri- 
sés  en  une  paelle  en  sain  de  lart  (J^iaitdier  Je  Taillevent,  p.  p.  Pichon  et 
Vicaire,  62). 

Sabras  -.  —  xiiie  s. 

Au  darain  mes  orent  limas 
Qui  furent  mengiez  au  sabra^. 

Renart,  p.p.  Chabaille,  179. 

Saccard  5.  —  xvie  S.  Combien  il  fault  d'argent  et  de  lièvres  pour  contenter 
ung  lieutenant  de  courte  robbe  et  six  saccars  qu'il  appelle  ses  archers  (Cl. 
Haton,  Mémoires,  p.  p.  Bourquelot,  I,  94). 

Saffryn4.  —  1382.  .1.  gouvernail  sans  ferreure  qui  fu  fait  pour  la  barge 
que  fist  Colin,  dont  le  saffryn  est  pourry  (Bréard,  Coviptes  du  Clos  des  galéesde 
Rouen,  130). 

S.\GOULLE  >.  —  1369.  Huit  pièces  de  menue  corde  pour  sacroiûles  et  fresnelles. 


1.  Voir,  pour  le  précédent  article,  Romania,  XXXIV,  603. 

2.  [Cf.  l'édition  de  M.  E.  Martin,  t.  III,  p.  253,  où  on  trouve  sahrax,  ce 
qui  n'est  pas  plus  clair.  Paraît  sans  rapport  avec  le  prov.  sahrier  «  sorte  de 
sauce  »,  Raynouard,  Lex.  rovi.,  V,  128.  —  A.  Th.] 

3.  [Probablement  «  digne  d'être  mis  dans  un  sac  »  :  cf.  la  loc.  courante 
homme  de  sac  et  de  corde.  —  A.  Th.] 

4.  [C'est  la  partie  extérieure  du  gouvernail,  dite  aujourd'hui  safran.  — 
Communie,  de  M.  Ch.  de  La  Roncière.] 

5.  Godefroy  donne  un  exemple  du  xviie  s.  'çovlx  sagide,  qu'il  explique  par 
0  petite  corde  »,  ce  qui  est  vague. 


MOTS   OBSCURS   ET   RARES  395 

chacune  pièce  pesant  trois  livres  (Mt'ni.  lit-s  antiquaires  de  Koniiaiidie,  3e  série, 
V,  40S). 

Sainee,  partie  du  corps.  —  xin^  s. 

Adonc  a  la  cuignie  par  grant  ire  levée, 
Malabron  lest  aler  de  la  corne  quarree, 
Et  Robastre  l'ataint  par  dessous  la  sainee. 

GiUifrey,  5719,  Ane.  Poètes. 

San'ine.  —  1556.  Fere  cueullyr  des  poires  de  sanine,  deux  ou  trois  bois- 
scauls(/oHrHa/  du  sire  de  Gouherville,  p.  p.  Tollemer,  326). 

Sanivert,  sorte  d'arbre '.  —  xvie  s.  Cornouillers,  rosiers,  sanivers...  en 
estoient  si  chargez  (de  hannetons)  qu'ils  en  rompoient  (Nouvelle  Fabrique, 
105,  Bibl.  elz.) 

Saonier -'.  —  13 13.  Loys  l'Aillon,  saonier.  —  Jehan  Cochin,  woHjVr 
(Taille  de  Paris,  p.  p.  Buchon,  26  et  27). 

Sarau,  sorte  d'oiseau  '.  —  i  SS^-  L'oiseau  nommé  sarau  est  un  des  excellens 
de  ceus  qui  chantent,  proche  au  papegaus  dit  perroquet  (Rich.  Le  Blanc, 
De  la  Subtilité,  223  v). 

Sarcerie.  —  1 349.  Sachent  tout  que  je,  Jaqucniars  de  l'Abie,  cognoys  que 
jou  ay  vendu  sept  boistelees  de  terre  ou  environ  seans  ou  terroir  de  Heude- 
court...,  et  sont  tenues  en  sarcerie  du  seigneur  de  Longastre  a  nient  de  rente» 
fors  tant  seulement  que  quant  on  va  de  vie  a  mort  on  paie  .xii.  deniers  de  relief 
de  le  mencaudce  (J.  M.  Richard,  Cart.  de  Vhôpital  Saint-] ean-en-V Estrée 
d'Arras,  70). 

Sarcier.  —  1343.  Jacquemars  Li  Collebaus...  werpi  et  clama  quitte  par 
devant  ledit  lieutenant  et  les  dis  hommes  sarciers  .iiii.  mencaudees  de  terre 
en  une  pièce  seans  ou  Val  de  Neuville.  —  Li  homme  sarcier  de  mons. 
Wistasse  de  Berlle  (J.  M.  Richard,  Cart.  de  V hôpital  Saint-Jean-en-T Estrée 
d'Arras,  67  et  68). 

Sargout,  sorte  de  plante  ♦.  —  xiv^  s.  Les  cinq  choses  de  quoy  cest 
electuaire  est  composé,  ce  sont  5a?o^o!</,  gencianne,  morelle...  (5Wraf,  édit. 
1528,  rép.  S90C). 

1.  [Cf.  iflH^-r^r/ «  chèvrefeuille  »  dans  Joret,  Flore  po().  de  la  Normandie, 
p.  96.  —  P.  M.] 

2.  [Simple  variante  de  saunier  «  marchand  de  sel  ».  —  A.  Th.] 

3.  [Le  texte  de  Cardano  traduit  par  R.  Le  Blanc  porte  :  «  Sarau  nobilis- 
sima  canentium  »  (Bâle,   1560,  p.  740).  Cf.  Godefroy,  sarre  i.  —  A.  Th.] 

4.  [Le  ms.  B.  N.  fr.  24395,  fol.  84^,  porte  sargont.  —  A.  Th.] 


39^  A.    DELBOULLE 

Sarte,  sorte  de  poisson.  —  1596.  Rayes,  plis,  sarte:^,  bresnez,  solles  et 
autres  'poissons  {Coustuviier  de  Dieppe,  p.  p.  Coppinger,  22). 

Sauchiè".  —  xv-xvie  s.  Jehan  de  Toloy,  amant  et  sauchiei  de  Mets 
(Jacomin  Husson,  Chrou.  tic  Met^,  p.p.   Michelant,   57). 

Sauchui.  —  1344.  Pour  ostcr  pluseurs  5flîa7;7//5  de  la  queminee  de  la 
chambre  au  vicomte  et  d'entour  le  chastel  (Dalisle,  Actes  normands  de  la 
Chambre  des  comptes,  299). 

Saudis  -.  —  1291.  Le  onche  d'or  filé  saudis  ou  en  masse  (J.  Finot,  Rela- 
tions commerciales  entre  la  France  et  la  Flandre,  237). 

Sauer,  sureau  3.  —  L'en  pcndoit  les  chiens  a  ung  sauer  pour  se  y  venge, 
de  ce  qu'ilz  n'avoient point  aboyé  (Raoul  de  Presles,  Cité  de  Dieu,éd\x.  1531 
expos,  sur  II,  22). 

Sauguernon,  sorte  de  mets  +.  —  xv^  s. 

Puis  gelées  et  saugnernons, 
Verdes  sauces  et  fromentees, 
Aprez  les  gohieres  sucrées. 
Jean  de  Courcy,  Chemin  de  Vaillance,  dans  Romania,  XXVII,  588. 

Saulable.  —  1407.  Toutes  manières  de  bestes  estre  prinses  en  saulables, 
en  nouvelles  esteubles,  ne  doivent  toutes  que  .lx.  s.  (De  Beauvillé,  Doc. 
inédits  sur  la  Picardie,  II,  120). 

Saulman,  Saumant.  —  xvie  s.  Les  maistres  boulangers,  meuniers  et 
saumants  d'icelle  ville.  —  Satdman  (G.  de  Lurbe,  Statuts  de  la  ville  de  Bordeaux, 
182  et  183,  édit.  1612). 

Saume5.  —  xiye  g.  Celluy  maling  esperit  se  mist  dessus   l'œil  d'icelle 


1.  [A  joindre  aux  articles  sochier  2  et  socherie  de  Godefroy,  où  l'on 
trouve  un  point  d'interrogation  pour  toute  définition  ;  le  sochier  était  peut- 
être  le  receveur  d'un  droit  analogue  à  celui  qui  est  appelé  ailleurs  droit  de 
de  socage.  —  Communie,  de  M.  Bonnardot.] 

2.  Cf.  Godefroy,  soldeis  et  soudis  2. 

3.  [Le  ms.  B.  N.  fr.  20105,  f°  73  r°,  porte  irî<r,  forme  ordinaire  ;  cf.  Gode- 
froy, SEUR  I.  —  A.  Th.] 

4.  [Cf.  le  faulx  grenon,  qui  figure  contre  un  entremets  dans  le  Viandier  de 
Taillcvent,  p.  p.  Pichon  et  Vicaire,  p.  251  et  231.  — P.  M.] 

5 .  [Faute  pour  saignie,  c'est-à-dire  saignée  :  le  texte  latin  traduit  porte  : 
(on  phlebotomi  similitudinem  ».  Le  traducteur  a  conhnàu phlebotomus  et 
phlebotomia.  —  A,  Th.] 


MOTS   OBSCURS    ET   RARES  39']^ 

(femme)  en  manière  d'une  vessie.  Et  donc  l'evesque  blasma  le  mauvais...  Et 
tantost  le  sang  vssit  de  la  vessie  hors  aussi  comme  une  petite  saume 
(J.  de   Vignai,  Mir.    hist.,    XXIV,    145,    édit.  1531). 

Sauve.  —  xvi^  s.  Prendre...  le  petit  poisson  à  la  sauve,  et  [àj  la  treulle,  et 
à  la  ligne  (Liebaud,  Maison  rustique,  IV,  13). 

S.'^v.^TTE.  —  1617.  Faire  mettre  en  bon  estât  les  banquarts,  savattes  et  cor- 
dages servants  au  dit  poids  (De  Beaurepaire,  la  Vicomte  de  l'eau  de  Rouen,  380). 

Savie.  —  xiiie  s. 

Li  reis  se  live,  si  a  ses  baruns  mandez, 
Sur  une  table  de  savie  est  muntez. 

Otinel,  dans  Remania,  XII,  439,  v.  32  '. 

ScALERiNE,  SauALDRiNE,  EsGALDRiNE.  —  xvi^  S.  Il  se  mit  à  dire  mille 
maux,  tant  de  la  femme,  l'appelant  putain,  scalerine  et  coureuse,  que  du  dit 
huissier  mary  (Chron.  Bordelaise,  p.  p.  Delpit,  I,  108). 

Une  ville  et  vieille  Ji/HflW/n/t;  (Jean  de  Lavardin,  Epist.  de  S.  Hierosme, 
390  vo,  éd.  1602). 

Jà  a  Dieu  ne  plaise  qu'une  putain,  qu'une  esgaldrine  lasche,  vile  et  abjecte 
comme  l'heresie,  marche  en  rang  d'une  pucelle  chaste  et  sainte  comme 
l'Eglise  (P.  Le  Loyer,  Hist.  des  spectres,  923,  édit.  1605). 

Sc.^TOLLE,  Ch.\stulle,  Chatulle,  boîte  -.  — ■  1574.  Une  quenouille  dans 
une  petite  scatolle.  —  Huictz  vieillies  popees  fort  gastees  et  deux  pagniers 
d'or  quiclan  faulx  —  dans  une  chatulle.  En  chatuUes  de  boys  huictz  popees  de 
terre  {Inv.  de  Barbe  d' Amboise,  p.  p.  Seyssel-Cressieu,  349). 

Sci.vriQ,UEUX,  atteint  de  sciatique  >.  —  1609.  Les  podagres  et  les  sciât iqueux 
(J.  DU  Val,  Le  grand  Dispensaire,  88). 

ScoMMESSE,  pari-*.   —    1568.    Fault   noter    icy    que  toutes  sconimesses  et 


1.  [L'édition  de  la  collection  des  Anciens  Poètes  donne,  d'après  le  ms.  de 
Middlehill,  d'esclniine  (v.  669).  Godefroy  enregistre  eschuine  d'après  Otinel  en 
y  joignant  un  exemple  de  bois  d'esquinc,  ce  qui  est  tout  autre  chose.  —  A.  Th.] 

2.  [Forme  francisée  de  l'italien  scatola  «  boite  ».—  A.  Th.] 

5.  [Delboulle  n'a  eu  à  sa  disposition  que  l'édition  de  1616  de  ce  livre  de 
J.  du  Val  (simple  traduction  de  J.  J.  Wecker),  où  il  a  lu  :erat iqueux,  sans 
proposer  d'explication  ni  de  correction  ;  je  dois  à  M.  le  D""  Dorveaux  la  véri- 
fication de  la  leçon  sur  l'édition  primitive.  —  A.  Th.] 

4.  [Forme  francisée  de  l'italien  scommessa  «  pari  ».  —  A.  Th.] 


398  A.    DELBOULLE 

gageures  sus  femmes  grosses  sont  illicites  et  réprouvées  comme  deshonnestes 
(Philibert  Bugnyon,  Loix  inusitées  de  France,  131). 

Sebiere'.  —  1596.  Pour  faire  quatre  gros  bans  de  grosses  pièces  de  bois, 
et  pour  une  grosse  sebiere  a  pointer  pierres  et  ymaiges  (Dehaisnes,  Doc. 
concern.  Vhist.  de  V art   dans  la  Flandre,  j'^^). 

Secolesfre.  —  xiiic  s.  Pour  waublois,  .viii.  s.  Item  pour  ]qs  secolesfres, 
iiii.  livres,  vi.  d.  (Yarin,  Arcb.  administr.de  Reims,  II,  744,  en  note). 

Sedon  ^  —  1582.  Ils  prennent  tout  ainsi  avec  des  apeaux  et  rets  ces 
oiseaux  de  prove  que  par  deçà  nous  prenons  avecq  les  pantenes,  et  sedons 
et  filais  les  petitz  oiselets  (Belleforest,   Description  des  Pays-Bas,  47). 

Seime,  fleurs  du  vin?.  —  1552.  Flos  vini,  la  cotte  ou  fleur  ou  seime  que  le 
vin  prend  par  dessus  quand  il  est  dedans  le  tonneau  (Ch.  Estienne,  Dict. 
latino-galL). 

Seine,  sorte  de  plante.  —  xvie  s.  Le  cresson  alenois...  la  roquette,  le 
sénevé  sauvage,  et  mesme  la  seine  des  deux  sortes  ont  natures  différentes 
et  plus  chaudes  (Liebaud,  Maison  rustique,  V,  5). 

Semboti.  —  1522. 

Valentienne  et  Condé 
M'ont  fort  lardé  comme  un  veau  semboty. 

Regrets  de  Picardie  et  de  Tournay,  dans  Montaiglon, 
Ane.  Pocs.fr.,  IX,  302. 

Seme+.  —  1273.  De  deux  semés  de  fevre,  de  deux  mueles  de  molin 
(D'Herbomez,  Hist.  des  châtelains  de  Tournai,  II,  185).  —  1271.  De  la  navee 
de  semé  de  fevre  (Tailliar,  Recueil  d'actes,  483). 

Semot.  —  1432.  Hz  livreront  tous  les  trappons  qui  convendra  pour  le  dis 
coliz,  depuis  le  semot  jusques  a  la  chanlate  {Reg.  des  délibérations  du  Conseil 
de  ville  de  Troyes,  p.  p.  Roserot,  213). 


1.  [Faute  probable  pour  sablière,  terme  de  construction.  —  A.  Th.] 

2.  [Forme  francisée  du  prov.  mod.  sedoun  «  collet  pour  prendre  les 
oiseaux  »  (Mistral).  —  A.  Th.] 

3.  [Le  mot  est  dans  Colgrave,  Ant.  Oudin  et  Duez  ;  il  est  vraisemblable- 
ment identique  à  saime  «  crème  du  lait  »,  dont  on  peut  voir  un  ancien 
exemple  dans  Godefroy.  —  A.  Th.] 

4.  [Meule  à  aiguiser,  de  ie/;/^/- (pour  Ji/îwcr),  lat.  samiare,  polir  avec  la 
pierre  de  Samos,  que  Kôrting  aurait  dû  enregistrer  :  cf.  Grandgagnage,  Dict. 
étym.  de  la  langue  tuallonne,  semer  2.  —  A.  Th.] 


MOTS    OBSCURS    ET    RARES  399 

Sengresse.  Voy.  seugresse. 

Seniette  '.  —  Elle  (la  caille)  menge  moult  voulentiers  les  seniettes  veni- 
meuses (Propr.  des  choses,  XII,  8,  éd.  1522). 

Sen'Nagee,  sorte  de  plante-.  —  La  semence  de  seiiiiagee,  de  caranne,  de 
violette  (5>'(/nJC,  édit.   1528,  rép.  590'^). 

Sentier.  —  1709.  Pourront  faire  sentier  a  tous  livres,  soit  d'or  ou  d'ar- 
gent, soie  ou  fil,  sans  mesler  ensemble  deux  sortes  d'or  (Slaluts  des  brodeuses, 
dans  Ouin-Lacroix,  Anciennes  corporations  de  Rouen,  582).  • 

Sentrille,  sorte  de  poisson?.  —  xvie  s.  Loches,  ables,  sentrilles,  verons 
ou  autres  poisçons  non  defenduz  (Rebuffi,  Rnhricque  des  eaux  et  forests, 
177  ro,  édit.  1547). 

Sept.^ne,  article  de  lingerie*.  —  1405.  Sont  xxv  pièces,  que  nappes 
que  grans  septanes  de  parement  de  fin  ouvrage  (Dehaisnes,  Doc.  concern. 
Vhist.   de  fart  dans  la  Flandre,  Si 


Séquelle  ou  sequellet?.  —  xive  s.  Henry,  duc  de  l'exercite,  chevauchant 
incautement  et  sans  regard  vint  cheoir  en  une  fosse  que  les  Normans  avoient 
faicte  couverte  de  5(?(/wt;//ifi  la  ou  il  fut  tué  (J.  de  Vignai,  Mir.  hist.,  XXV, 
48,  édit.  15  31). 

Ser.\tiel.  —  1324.  A  Guillaume  de  Chiereville  de  Kahen  pour  .111.  tire- 


1.  [Faute  pour  semence;  cf.  B.  'N.  fr.  9140,  f"  218'=  ;  9141,  f°  189'^,  etc. — 
A.  Th.] 

2.  [L'édition  de  i486,  rép.  592,  porte  fênagee;  je  suppose  que  c'est  le 
fenugrec,  dit  aussi  senegré  :  cf.  ci-dessous  l'art,  senagre.  Quant  à  caranne, 
ce  doit  être  la  giroflée,  en  prov.  mod.  garano.  —  A.  Th.] 

3.  Le  mot  est  dans  La  Curne  avec  cette  définition  :  k  poisson  de 
rivière  ?«  — [Je  soupçonne  une  faute  pour  satouille,  mot  qui  désigne  soit  la 
lamproie  de  rivière,  soit  la  loche  ;  cf.  Godefroy,  satouille,  et  Rolland, 
Faune  pop.,  III,  97  et  148.  —  A.  Th.] 

4.  [Cf.  l'art.  SEPTAiK  2  de  Godefroy  ;  les  comptes  mentionnent  souvent 
les  septains  à  côté  des  nappes,  par  exemple,  Arch.  Nat.  KK  50,  fol.  7a, 
année  142 1  :  «  Une  pièce  nappe...  pour  faire  septains  pour  la  table  de  Mons'  »  ; 
ce  sont  probablement  des  serviettes.  —  A.  Th.] 

5.  Sans  doute  forme  picarde  de  «  sechelle  ou  sechelet  »,  branche  sèche.  Cf. 
sechelle  et  sequillon  dans  Godefroy.  [Le  texte  authentique  de  Jean  de 
Vignai  ne  connaît  pas  ce  mot,  mais  donne  à  la  place  branchetes  (Bibl.  Nat. 
fr.  314,  fo  242,  2c  col.).  —A.  Th.] 


400  A.    bELfeOtJLLÈ 

taines  escrues,  pour  faire  seratiaux  desoux  (J.  M.  Richard,  Comtesse  Mahaut, 
407). 

Seratiqueux.  Voy.  sciaticlueux. 

Serchier,  dignitaire  de  l'église  de  Metz  '.  —  xve-xvie  s.  Fuit  esleu  et  fait 
vicquaire  Monseigneur  le  serchier,  bien  homme  de  bien,  et  pensionnaire 
de  la  cité  de  Mets  (Jacomin  Husson,  Chron.  de  Met^,  p.  p.  Michelant,  255). 

Seki,  ustensile  de  cuisine  ^ —  1482.  Deux  lochefroyes,  deux  seris,  deux 
chaudières  d'arain  {Inv.  du  château  de  Coiirsan,  dans  Rez'ue  des  Sociétés 
savantes,  7^  série,  III,  267). 

Serille,  sorte  d'arbre '.  — xve-xvie  s.  Il  est  ung  arbre  qui  est  appelle 
serille,  qui  jette  une  résine  qui  s'endurcist  et  devient  une  pierre  précieuse  que 
on  appelle  electre  (Propr.  des  choses,  XVII,  137,  édit.  1522). 

Sermeau,  instrument  analogue  à  la  serpe.  —  1560.  Une  serpe  et  un  ser- 
meaii  (Frère  Dassy,  Manière  de  semer,  98  ro). 

Serpilleux.  —  xvic  s.  A  l'autre,  on  lui  a  couppé  (le  bras)  d'une  serpe 
toute  esbrechée...  dont  s'ensuit  que  les  os  sont  froissez  et  la  chair  meurtrie  et 
lambineuse  ou  serpilleuse  a  l'endroit  ou  le  bras  a  esté  couppé  (B.  PaHssy, 
Œuvres,  p.  p.  A.  France,  47). 

Sertine.  —  Tout  sain  de  sertine  a  par  lui  ne  doit  fors  que  congié,  mais  se  il 
est  mellé  avecquez  d'autre,  il  se  doit  acquitter  {Coustumier  de  Dieppe,  p.  p. 
Coppinger,  84). 

Servin.  —  xvii^  s.  La  bile  meslee  avec  le  serviu  sera  amere.  —  Le 
sang  privé  de  servin  (Est.  de  Clave,  Principes  de  nature,  335  et  337,  édit. 
1641). 

Seugresse,  belle-mère.  —  xiv'e  s.  Toutes  les  sengresses  (corr.  seugresses)  a 
ung  courage  hayent  leurs  brus  (J.  de  Vignai,  Mir.  hist.,  VI,   72,  éd.  1531). 

SEVECHON+.  —  Contre  inflation  qui  se  veut  crever,  prens  sevechon  et  avec 

1.  [Cf.  l'art.  CERCHEOR  de  Godefroy  ;  serchier  pour  cerchier  est  un  résidu 
de  l'anc.  nommzXii  cerchiere  <  *circator.  —  A.  Th.] 

2.  [L'éditeur  rapproche  ce  mot  du  bas-latin  sericum  «  mesure  de  liquide  », 
dans  Du  Cange,  ce  qui  n'est  guère  satisfaisant.  —  A.  Th.] 

3.  [Le  passage  manque  dans  les  manuscrits  de  la  traduction  de  J.  Corbe- 
chon.  —  A.  Th.] 

4.  [Même  leçon  dans  l'édition  de  15 12  (Paris,  veuve  Treperel),  fol.  2cA  ;  il 
faut  probablement  corriger  en  senechon,  forme  picarde  de  séneçon,  plante 
bien  connu.  —  A.  Th.] 


MOTS   OBSCURS   ET   RARES  4OI 

vieille  gresse  de  porc  fais  cniplastre  dessus   (Trésor  Jes  pauvres,  4)   ro,  édit. 
1581). 

Sevecin,  sevessin,  sorte  de  plante.  —  xvie  s.  Prenez  03'gnons  de  lis  et 
une  herbe  qui  s'appelle  sevcssiii  (Fleurs  et  secrets  de  médecine,  38  vo,  édit. 
15  51  ;  au  fol.  22  vo  le  texte  porte  seiwin). 

SiLENCiE,  pierre  précieuse  '.  —  1372.  Sileucie  est  une  pierre  de  Perse  qui 
est  verde  comme  herbe,  et  ressemble  sa  couleur  a  jaspre  (J.  Corbechon, 
Propr.  des  choses,  XVI,  90,  édit.  1522). 

SiLENTE,  pierre  précieuse  -.  —  xive  s.  Silente  est  pierre  obscure  et  tire 
aucunes  fois  sur  le  noir  (J.  de  Mandeville,  Lapidaire,  p.  p.  Is.  del  Sotto,  69). 

SiLERE.  —  xiiie  s.  Le  faucon  qui  a  la  goûte  siJere  puez  tu  connoistre  as 
ongles  des  piez  et  a  la  cire  du  bec  (Le  roi  Dancus,  édit.  Jouaust,  6). 

Si.MF.R.  —  xvF  s.  Celuy  qui  siiiie  de  l'œil  >  donne  fascherie  et  le  fol  de 
lèvres  sera  battu  (Bible  sans  date,  Proverbes,  X,  10). 

SiN.\GRE,  sorte  de  plante  '.  —  1552.  Aulcuns  usent  de  si)iagre  Vixa^ni  que  la 
plante  aye  produit  sa  semence  (J.  Massé,  L'Œuvre  de  Galieii  des  choses 
nutritives,  72). 

SiNSOLEiL  5.  —  xive  S.  La  (en  Sardaigne)  naist  une  petite  beste  qui  a 
nom  sinsoleil  et  est  périlleuse  pour  homme  (J.  de  Vignai,  Mir.  hist,,  II,  84, 
édit.  1531). 

SlST.\RrHE  ^.  —  1474. 

Ha  !  le  triumphal  patriarche, 
Il  avoit  si  belle  sistarche  ! 

Myst.  de  TInc.  et  Nativité,  p.  p.  Le  Verdier,  II,  262. 


1.  [Faute  pour  silenite,  forme  ancienne  de  sèlènite  ;  voy.  Godefroy,  CompL 
et  cf.  l'art,  suivant.  —  A.  Th.] 

2.  [Faute  pour  silenite;  voy.  l'art,  précédent.  — A.  Th.] 

3.  Traduit  le  latin  annuit  oculo. 

4.  [Lire  senagré  :  c'est  le  fenugrec,  dit  aussi  senegré;  cf.  ci-dessus  l'art. 

SENNAGEE.  —  A.   Th.] 

5.  [Faute  pour  fuisoleil  (cf.  ms,  B.  N.  fr.  316,  fol.  57  ro),  traduction  du 
latin  soli/uga,  nom  donné  par  Solin  à  la  tarentule.  —  A.  Th.] 

6.  J'ignore  sur  quoi  s'appuie  l'éditeur  pour  expliquer  ce  mot  par  :  «  sac 
pour  les  provisions».  [C'est  qu'il  le  considère  comme  un  emprunt  au  lat. 
silurchia  (mieux  sitarcia),  grec  cjtTao/.ia;  et  il  a  raison.  —  A.  Th.] 

Roman ia,  XXXF  26 


402  A.    DELBOULLE 

SoLANE.  —  xvi»;  S.  De  chascun  traque  de  cuir  fort  et  de  solauc  dix  deniers 
tournois  (G.  de  Lurbe,  Statuts  de  la  ville  de  Bordeaux,  260,  édit.  161 2). 

SoLEE  '.  —  xvie  S.  Tous  ccux  qui  porteront  bois  en  la  ville  et  cité  de  Bour- 
deaus  seront  tenus  charger  leurs  couraux  et  batteaux  de  bois  a  pleine  solee... 
sans  laisser  aucuns  pertuis,  renardières,  connilieres,  et  y  faire  comme  fraude 
(G.  de  Lurbe,  Statuts  de  la  ville  de  Bordeaux,  207,  édit.  1612). 

SoLOiRE.  —  1)74-  Ung  parement  d'otel,  de  vcUours  rouge,  tout  cassé,  ou 
il  y  a  broderie  d'or,  troys  solaires  et  au  milieu  le  crucifix  (Iui\  de  Barbe 
d'Aïuboise,  p.  p.  Seyssel-Cressieu,  342). 

SoMMAiLLE.  —  xvi<--xviic  S.  Ceus  qui  perchez  dans  les  nues,  faisant  le 
quart,  voient  de  loin  les  roches,  dangers  et  sonnnailles,  découvrent  les  ecu- 
meurs  et  pirates  (Florimond  Remond,  Naissance  de  Vheresie,  1009,  édit. 
1610). 

SoMMEAU.  —  1415-  Un  petit  sac  d'ung  minot  appelle  le  qua.n  soniiueau 
(Ordoiin.  royaulx,  31  yo,  édit.  1527). 

SoNGiON  ^.  —  1341-  Une  aiguière  dorée  a  une  euche  yssent  par  la  teste 
d'unlyonet  desouz  une  teste  de  cerf  et  au  songioii  un  pomel  esmaillié.  — 
Une  aiguière  d'argent  a  un  esmail  au  songiou  des  armes  de  Savoie.  —  Un 
gros  rubiz  au  cercle  (de  la  couronne)  et  une  grosse  perle  au  songion  de  lafîeur 
de  Hz  {Doc.  p.  p.  la  Soc.  Savoislenne,  XXIV,  344,  345  et  346). 

SoxiER.  —  1382.  Item  un  soiiier.  Item  les  cuiros  des  dalles  (Bréard, 
Comptes  du  Clos  des  galèes  de  Rouen,  124). 

Sotte  5.  —  xvi<'  s.  Aussi  est  deffendu  faire  aucunes  veues  et  clairières  de 
pierres,  bois  ne  autrement,  pour  donner  jour  aux  caves,  sottes  et  autres  lieux 
(G.  de  Lurbe,  Statuts  de  la  ville  de  Bordeaux,  109,  édit.  161 2). 


1.  [Forme  francisée  du  prov.  soulado  «  ce  qui  couvre  le  sol  »  (Mistral). 
—  A.  Th.] 

2.  [Ce  mot  signifie  «sommet  »,  et  représente  un  type  *summionem  du 
lat.  vulgaire,  comme  il  est  dit  dans  l'excellent  art.  soxjHox  du  Dict.  savoyard 
de  Constantin  et  Désormaux  auquel  on  se  reportera  avec  profit  ;  il  faut  en 
rapprocher  sonjon  dans  le  poème  prov.  de  Sancta  Fides  ;  cf.  Journal  des 
Savants,  année  1905,  p.  341. —  A.  Th.] 

3.  [Forme  francisée  du  prov.  solol,  mot  paroxyton,  qui  désigne  un  rez-de- 
diaussée  servant  de  cave  ou  d'étable  ;  voy.  Raynouard,  V,  273,  et  Mistral, 
sourou.  —  A.  Th.] 


MOTS    OBSCURS    HT    RARES  4Ô3 

SOUBERNF.,  inondation  '.  —  1572.  En  ceste  année,  il  eut  une  telle  ravine 
d'eau  que  le  peuple  appelle  souberne...  qu'elle  emplit  tous  les  chais  (Chroii. 
Boideloise,  p.  p.  Delpit,  I,  171). 

SouDOUVKK,  fainéant  ^  —  1561.  Meschans  et  malheureux  garçonneux, 
larrons,  brigans,  sondouvrei,  et  toutes  manières  de  gens  dcsbauchez  (l'aradin, 
Hist.  de  notre  temps,  266). 

SOUDKE.   —  XVie  s. 

Et  si  je  les  rendrai  si  laides  et  si  soiirdres 

Qu'on  les  fuira  partout  comme  mortelles  foudres. 

Guv  de  Tours,  Piiradis  d'amour,  p.  p.  Blanchemain,  II,  27. 

SoL'ET  '.  —  xvi<-"  s.  Gonwald,  puissant  en  souet,  en  forest  de  souet:(  (Boni- 
vard,  Jdiis  et  devis  des  langues,  32,  édit.  1549). 

SouHAiTURE  +.  —  xve  S.  Une  soubaitnre  et  demye  de  prez  (De  Chambure, 
Glossaire  du  Morvan,  543). 

SouLciCLE,  oiseau  5.  —  xvf  s.  Chardonnerets,  rougegorges,  soulcicles, 
fiiulverettes  {Noui'.  Fabrique,  116,  Bibl.  elz.). 

SouRiER.  —  1371-  Pour  arreer  les  grailles  pour  fere  la  dicte  chambre  et 
mettre  .111.  souriers  en  .m.  des  fenestres  de  la  dicte  chambre  (Joubert, 
Comptes  de  Macé  Darne,  47). 

SouRLEE.  —  1367.  La  halle  au  cuir  et  celle  aux  sourlees.  —  l!a  halle  aux 
sourlees(Bonnin,  Cari,  de  Louviers,  t.  II,  Hc  partie,  105  et  109). 

SousFONTiEAU.  —  1408.  Le  sucil  d'amont  l'eaue  garny  d'un  soubipontieau 
(Fagniez,  Études  sur  V industrie  à  Paris  au  XHI^  et  au  XIV^  s.,  157). 


1.  Ce  mot  est  encore  en  usage  dans  la  Saintonge.  [Cf.  Kôrting,  n"  9267, 
etc.  —  A.  Th.) 

2.  Ce  mot  de  formation  populaire  équivaut  sans  doute  à  «  soûl  d'ouvrer  ». 

3.  [Cf.  Bibl.  de  l'Ec.  des  Chartes,  2^  série,  V,  351,  où  on  lit,  d'après  le  ms. 
de  l'auteur,  «  ou  forest  »  et  non  «  eu  forest  ».  Souet  n'est  qu'une  graphie  plus 
phonétique  de  souhait.  —  A.  Th.] 

4.  [Graphie  fantaisiste  de  soiture  <  sectura;  voy.  Godefroy,  s.  v.  — 
A  Th.] 

5.  [C'est  soit  le  pouillot  colybie,  comme  le  croit  Godefroy  (art.  solsie), 
soit  le   roitelet  huppé  (Rolland,  Faune  pop.,  II,  501).  —  A.  Th.] 


404  A.    DELBOULLE 

SousPRESTURE '. —  1540.  De  Robert  des  Marciz,  pour  l'critage  que  il  vendi 
a  Estienne  de  la  Mare,  auquel  il  a  sotispresture  de  .111.  perches,  xxx  s.  —  De 
Rogier  Hasart,  pour  sousprestitrcs,  ou  il  fist  porees  comme  fermier,  xxv  s. — 
Autres  amendes  des  sousprestuies  de  la  dite  forest  (L.  Delisle,  Actes  normands 
de  la  Chiwibre  des  comptes,  243  et  244). 

SouvENDiER,  sorte  de  plante  ^ —  15 14.  Décoction  de  maulves,  bettes,  ram- 
berges,  soiiveiidier,  aniz  et  fenugrec  (J.  Cœurot,  Enlreteneinctit  de  vie,  40  r°). 

SovANDiER,  SOUVENDIER.  —  1580.  Et  y  ot  .xLvi.  pains  bians  bien  pene- 
giez...  et  .Li.  pains  de  sovandicr  penegié  et  cuit  souffisamment  (Varin,  Arch. 
admin.  de  Reims,  III,  725).  —  1478.  Cinq  cent  septante  neuf  douzaines  neuf 
p2L\ns  souvendiers  {Ihid.,  II,  560). 

Sparlin,  émerillon.  —  xv^  s.  Le  dixième  et  derrain  faulcon  noble  est 
l'emerillon  ou  sparlin  (Traité  de  fauconnerie,  p.  p.  Martin-Dairvault,  56). 

Stavre  5.  —  xive  s.  Quant  le  flos  de  la  mer  vient,  l'esgue  est  si  grande  que 
on  ne  la  pourroit  passer,  mais  quant  il  s'en  retourne,  la  rivière  devient  si 
stavre  et  plate  qu'on  y  passe  bien  aise  (J.  Le  Bel,  Chron.,  p.  p.  Polain,  II, 
82). 

Sterse*.  —  1559.  Je  donne  au  dit  sieur  vicomte  troys  flascons  couverts  de 
cuyr  et  une  paire  de  sterses  accoustrés  de  cuyr  doré  {Journal  du  sire  de  Gou- 
berville,  p.  p.  Tollemer,  229). 

Storgine.  —  xvie  s.  Elle  (cette  eau)  vault  contre  storgine  et  impectigine 
(Des  eaux  artificielles,  à  la  suite  du  Propriétaire  des  choses,  édit.  1522). 

Strambon  s.  —  Il  (le  baume)  a  grand  vertu  contre  s  tramions,  vespes 
et  aultres  semblables  (De  Vhonneste  Volupté,  83  vo,  édit.  1584). 


1.  [Variante  intéressante  au  point  de  vue  morphologique  de  souspresure 
«  fraude  ».  —  A.  Th.] 

2.  [Donné  par  Cotgrave  comme  signifiant  «  chicorée  »;  a  passé  de  là  dans 
Oudin  et  Duez.  Il  est  probable  que  l'art,  sonnendier  de  Godefroy  repose  sur 
une  fausse  lecture  pour  souvendier.  —  A.  Th.] 

3.  [L'édition  récente  de  MM.  Viard  et  Déprez  donne  stadre  (t.  II,  p.  96). 
—  P.  M.] 

4.  L'éditeur  dit  en  note  qu'on  peut  aussi  bien  Ymesterse.  [Il  semble  bien 
qu'il  s'agisse  d'étriers.  —  A.  Th.] 

5.  [La  première  édition  de  cette  traduction  de  l'opuscule  de  Platina  par 
Desdier  Cristol  (1505)  porte,  au  fol.  35,  strahrons  (lire  scrabrons);  il  s'agit  de 
frelons;  dans  le  texte  de  Platina  il  y  a  :  «  crabrones,  vespas  et  similia  ».  — 
A.  Th.] 


^MOTS    OBSCURS    ET    RARES  405 

SuAGK.  —  xvie  S.  Pour  faire  voile  des  ports  de  la  Corogna...  il  faut  faire 
voile  des  vents  d'aval  et  stuiges,  qui  n'ont  jamais  de  suite  quatre  jours  de 
temps  amorable,  de  sorte  qu'avec  ses  suages  il  est  malaisé  et  presque  impos- 
sible qu'une  armée  composée  de  tant  de  vaisseaux  puisse  tenir  l'ordre  qu'il 
faut  ny  arriver  a  temps  (Florimond  Remond,^H//t7;r!5/,  162  vo,  édit.  1599). 

SuRAiN  ■.  —  1556.  Deuz  grans  caablez,  un  borsseil,  deux  espringalez  et 
plusieurs  autres  surain  et  pouliez  (L.  Delisle,  Actes  normands  de  la  Chambre 
des  comptes,  142). 

SORFAUTÉ.  —  Cestuy  (Néron)  estoit  tellement  surfatité  de  la  cacochimie 
de  ces  vices,  voluptez  et  imperfections...  (Thevet,  Vie  des  hovunes  illustres, 
697  vo,  édit.  1584). 

SURGE,  adj.  —    XVe  S. 

Qu'on  soit  honneste, 
Gentil,  gallant, 
Surge  et  volant 
Comme  ung  allant. 

Guill.  Alexis,  Œ;«r«,  p.  p.  Picot  et  Piaget,  I,  206. 

Surmont.  —  1560.  Pierres  Voysin  acheva,  oultre  mon  gré,  de  mettre  les 
deux  pierres  de  survient  qu'il  n'avoit  peu  hier  mettre.  —  Pour  assoyer  le 
surmont  des  lucarnes  {Journal  du  sire  de  Gouherville,  p.   p.  ToUemer,  567). 

SuRON.  —  Pour  avoir  reffait  et  mis  a  point  le  grant  suron  de  la  dite  bare 
des  moulins  avec  ung  autre  post  qui  estoit  enclavé  en  la  maçonnerie  de  la 
dite  bare  (ûe  Fréville,  Commerce  maritime  de  Rouen,  II,  379). 

Surplomber,  ondoyer  ^  —  xvii=  s.  Le  9  juillet  1645,  1^  dimanche  matin 
...  Dieu  nous  a  donné  nostre  enfan,  lequel  je  faict  surplonher,  en  atendan 
le  s'  sacrement  de  bathéme  (L.  Guibert,  Livres  de   raison,  201). 

SuRPOiL  5.  —  1564.  Apres  cela  il  fault  venir  aux  gages  :  perles,  diamants, 


1.  [Vérification  faite  sur  le  manuscrit  (Bihl.  nat.  franc.  25996,  no  118), 
il  semble  qu'il  faille  Vire  furain  plutôt  que  iï/ra/n  :  on  pense  au  terme  de 
marine  funain   «   cordage  ».  — A.  Th.] 

2.  [L.  Guibert  remarque  justement  que  ce  texte  français  détermine  le  sens 
du  verbe  limousin  soplonihar,  qui  l'avait  embarrassé  dans  son  édition  du  livre 
de  raison  d'Etienne  Benoist,  p.  86,  n.  3  ;  cf.  Remania,  XII,  125.  Il  y  a  là  une 
curieuse  survivance  linguistique  de  la  pratique  rituelle  primitive  où  le  baptême 
était  conféré  par  immersion.  —  A.  Th.] 

5.  Ce  mot  n'a  rien  de  commun  pour  le  sens  avec  «  sourpoil,  surpoil  » 
qu'on  trouve  dans  Godefroy.  [Il  se  rattache  au  contraire  assez  naturellement 


406  A.    DELBOULLE 

chaisnes  d'or,  quarquans  et  siirpoil   et  autres  riches  affiqiiets  (Chron.   Borde- 
loise,  p.p.  Delpit,  I,  ii6). 

SusiN.  —  1581.  Les  gens  du  dit  archevesque  avoient  coppé  certains  susins 
et  escharsons  estans  selon  les  fossés  du  chastel  de  la  porte  Mars  (Varin, 
Arch.  admin.  de  Reims,  III,  42  •). 

SusTiNE.  —  1558.  Je  baille  a  Philippe  Couppé,  pour  trois  journées  de  luy 
et  son  valet,  qu'ilz  avaient  esté  céans  a  faire  des  roez  sustines,  9  solds.  —  Du 
boys  pour  fere  des  roes  sustities  (Journal  du  sire  de  Gouberville,  p.  p.  Toile- 
mer,  311). 

Symnete,  animal  exotique.  —  15 12.  Liepardz,  symuetes,  austrusses  et 
str^Qns(T\\Qn3i\ià,  Voyage  d'Outremer,^,  p.  Schefer,  64-). 

Tac.  —  1 546.  Sur  chacun  baril  de  hareng,  de  morues  en  hambour,  saul- 
mons,  d'huille  et  de  macquereaulx  de  tac,  trois  deniers  tournois  {Coût,  de 
Louviers,  p.  p.  Bonnin,III,  81). 

Tacouiet.  • —  1459.  Vereil,  sacquoir,  serrure  a  cliquet  et  a  tacquiet,  claux 
latterès,  trois  cens  de  coucquemente  (H.  Loriquet,  Arch.  hospitalières  de 
Béthine,  67). 

Taffette?.  —  xvie  S.  Pour  de  la  taffette,  12  solds  (Journal  du  sire 
de  Gouberville,  p.  p.  Tollemer,  827). 

Taffeter,  V.  trans.  —  xvi^  s.  Je  fys  taffeter  la  loge  du  planistre  de  Sere 
(Journal  du  sire  de  Gouberville,  p.  p.  Tollemer,  827). 

Tagleureur*.  —  1313-  Guill[aum]e  de  Niau,  tagleureur  (Taillede  Paris, 
p.  p.  Buchon,  3?). 

Taillaire.  —  161 1.  La  garniture  d'un  lit  de  satin  rouge  cramoisy,  les 
bords  et  la  taillaire  de  toille  d'or  fin  (I)iv.  du  château  de  Pailly,  dans  Revue 
des  Sociétés  savantes,  j^  série,  V,  319). 

Tallee.  —  1400.  I  assonge,  vi  haubens,  i  tallce  (Bulletin  de  la  Commis- 
sion des  antiquités  de  la  Seine-Injérieure,  viii,  373). 


à  l'art.  SERPOL  2  de  Godefroy  auquel  il  faut  aussi  joindre  l'art,  serpot,  que 
Godefroy  n'a  pas  su  expliquer.  —  A.  Th.] 

1.  [Renvoi  inexact.  —  A.  Th.] 

2.  [Renvoi  inexact.  —  A.  Th.] 

3.  Pièce  de  terre  cuite  qui  couronne  l'arête  du  faîte,  dit  l'éditeur.  Il  serait 
intéressant  de  connaître  l'origine  de  ce  mot. 

4.  [Faute  probable  pour  tagleur,  c'est-à-dire  tailleur.  — P.  M.] 


MOTS    OBSCURS    HT    RARES  407 

TaLOPE  '.  —  XVIie  S. 

Le  mulot  y  bâtit  ses  petites  boutiques  ; 
Il  y  fait  ses  greniers,  les  taupes  leur  logis 
Dont  les  lalopes  font  des  monceaux  élargis. 

MaroUes,  Ge'orgiques,  76,  édit.  1673. 

Tax  -.  —  X.VI*;    s.   On  trouve   au   niil    des  petites  aigles  noires  des  lam 
blancs  ou  pigargus  (Vigencre,  Apollonius  Thyaneen,  I,  408,  édit.  161 1). 

1 ANDEFFLE,  ESTANDEFFLE,  engin  à  lancer  des  pierres  '>.  —  xiii^  s. 

Portent  max  et  flaiaus,  tandeffles  et  maint  gai. 

Conq.  de  Jénisaktii,  p.  p.  Hippeau,  1759- 

EshmdeJJIes  lor  getent  les  grans  caillors  (sic)  pesans. 

//'/(/.,  2006. 

Taxdefler,  lancer  au  moyen  d'un  engin.  —  xiii^  s. 

La  veissiés  des  lignes  ■♦  maint  caillou  tandcjlc. 

Conq.  de  Jérusdlei)!,  p.  p.  Hippeau,  31 15. 

Tangue  >.  —  xvi=  s. 

...  La  Guestiere 
Qui  faict  les  bonnes  gambades, 
La  tauçriieex  estourdions. 
Noëls  et  vaudevires  du  ms.  Jehan  Porée,  p.  p.  Gasté,  53. 

1.  On  trouve  dans  La  Curne  talope  «  haie  »,  sens  qui  ne  convient  pas  au 
passage  cité.  Il  va  sans  dire  que  Marolles  s'est  peu  soucié  de  suivre  le  texte 
latin.  [Dans  les  patois  de  l'Ouest,  talope  ne  signifie  pas  seulement  «  bouquet 
d'arbres,  haie  »,  mais  «  excroissance,  bosse  sur  le  tronc  d'un  arbre  »  (cf. 
Dottin,  Thibault,  Montesson,  etc.).  Marolles  semble  avoir  employé  le  mot  au 
figuré  en  l'appliquant  à  la  saillie  des  taupinées.  —  A.  Th.] 

2.  Ce  nom  du  pygargue  est-il  encore  usité  dans  quelque  dialecte  ou  patois  ? 

—  [Ne  faut-il  pas  lire  des  jans  blancs  ?  On  sait  que  jcau-le-bhDic  est  le  nom 
vulgaire  du  Circaetus  gallicus.  — A.  Th.] 

3.  [Variantes  difficiles  à  e.xpliqucr  de  /onde/lc  «  fronde  ».  J'ai  vérifié  la  lec- 
ture de  Hippeau  sur  le  ms.  B.  N.  fr.  162 1,  fol.  163 J,  i6)'i  et  172b;  elle  est 
exacte.  De  tandejjle  il  faut  rapprocher  la  forme  daiulejjle  dans  le  Mystcre  de  la 
Passion  d'Arras,  p.  p.  J.  M.  Richard,  v.  2084)  ;  l'éditeur  renvoie  justement 
à  un  article  du   Glossaire  picard  de  l'abbé  Corblet  :   «  Daudifle.   Fronde.    » 

—  A.  Th.] 

4.  [Sic  dans  le  ms.  ;  mais  la  correction  de  des  lignes  en  d'eslingucs  me  paraît 
évidente.  —  A.  Th.] 

5.  Paraît  bien  être  le  substantif  verbal  du  verbe  tanguer  conservé  comme 
terme  de  marine. 


408  A.    DELBOULLE 

Tanvielle,  sorte  de  vêtement  '.  —  1611.  Une  tanvielle  de  linomple  usé 
bordée  de  vert  (Iiiv.  du  château  de  Pailly,  dans  Revue  des  Sociétés  suivantes, 
7e  série,  V,  300). 

Tap.  —  xvie  s.  Les  eaux  d'icelle  rivière  passant  par  fonds  de  terre  grasses 
de  pur  tap  ou  limon  argilleux  ne  roulent  aucun  sable  (Us  et  coust.  de  la  nier, 
416,  édit.  1671). 

Tapiné,  tapineure  -.  —  xvie  S.  Les  hommes  roux,  hypocrites,  fardez, 
malicieux,  comme  sont  volontiers  les  rousseaux,  ressemblent  aux  vipères 
tapi  nées  de  iapineures  rousses  (P.  Le  Loyer,  Hist.  des  spectres,  196,  édit. 
1605). 

Tar,  sorte  d'animal.  —  xvic  s.  Fouynes,  ricques,  tars,  furons,  escureux 
(Nouv.  Fabrique,  82,  Bibl.  elz.). 

Taregxe.  —  1385-  U"  estau  de  taregue  qui  peut  valoir  par  an  .XL.  d. 
(Varin,  Jrcb.  adtuiu.  de  Reims,  m,  659). 

Tarlain,  ver  qui  ronge  le  bois '.  —  i5)7-  Le  cousson  n'est  point  tant 
dommageable  aux  pois,  ny  le  tarlain  aux  poutres,  ny  la  teigne  aux  accoustre- 
mens  comme  est  a  l'homme  la  femme  (Jaques  de  Rochemore,  Le  Favori  de  la 
court,  1 50  v°). 

Tatebaut,  sorte  de  bière.  —  1582.  Breuvages  de  goudalles  et  de  tatehaus- 
—  Sur  cascun  tonnelet  de  tatebaut  porté  ou  mené  hors  de  la  dicte  ville,  2  s. 
p.  (Arch.  du  Pas-de-Calais,  H,  i,  fol.  293,  Inventaire,  p.  15). 

Tatiffet.  —  Vers  1420. 

Prendez  cros,  kennes,  taliffès 
Et  plusieurs  autres  affiquès 
Dont  les  femmes  se  vont  parant. 
Myst.  de  la  Passion  d'Arras,  p.  p.  J.  M.  Richard,    18189. 


1.  [Darcel  a  fait  une  note  sur  ce  mot  qu'il  lit  tanoieUe,  et  qu'il  identifie 
avec  tanaoyot,  mentionné  en  1599  dans  le^testament  de  Jean  de  Charmolue  : 
il  lui  donne  le  sens  de  «  couvrechef  »  (loc.  laud.,  p.  294).  —  A.  Th.] 

2.  [Mots  du  patois  angevin  (il  faut  se  rappeler  que  Le  Loyer  est  né  à  Huillé, 
Maine-et-Loire)  encore  vivants  aujourdui.  Cf.  Dottin,  Gloss.  du  Bas-Maine, 
p.  488  :  «  Tapiue,  moucheté,  couvert  de  petites  taches  (Château-Gontier)  ; 
tapimire<;,  petites  taches  très  nombreuses  ».  —  A.  Th.] 

3.  [Cf.  l'art.  TARLI-;  deCotgrave,  l'ital.  tarlo,  etc.;  c'est  le  lat.  vulg.  *tar- 
mul  us  tiré  du  lat.  class.  tar  mes,  itis.  —  A.  Th.] 


MOTS    OBSCURS    ET    RARES  4*^9 

Taupenne.  —  1)27.  '^  Henry  Hennicot  peintre,  pour  avoir  estoffé  le 
liobette  au  beffrov  de  fin  or  ou  les  ménestrels  jouent,  assavoir  pour  les  faul- 
rains  .un.  heuses  et  le  orand  heuse,  les  .iiii.  taupenms  ou  sont  assises  les 
armes  de  Flandre  et  d'icelle  ville  (Houdoy,  La  Hdle  échevmale  de  Lille,  62). 

Tavellierf.,  ver  qui  ronge  le  bois  ■.  —  1547-  Tingnes,  tavellieres  et  autres 
bestions  (Jean  Martin,   Vitruve,  85  vf). 

Telline,  coquillage  ^  —  1588.  Prens  coquilles  de  tcUines  ou  fiions  de 
mer  (Secrets  iVAlexis  Piemotitois,  325). 

Tenaire,  tenier.  —  XIK  s. 

La  saiete  fendi  par  dalès  le  tenier, 

Li  oisel  s'en  volèrent,  ne  peuc  nul  arçoier. 

Kaiss.  du  Chevalier  au  Cygne,  p.  p.  Todd,  2156. 

La  saiete  entesa  desci  al  fer  por  traire. 
Mais  la  corde  li  fent  desci  que  al  tenaire. 

Ihîd.,  2133. 

Tenchon.  —  xvi«  s.  Il  faict  rouller  le  train  de  la  presse  appuyée  sur 
tenchons,  jusques  au  dessoubs  de  la  vis  a  laquelle  est  attachée  la  platine  (Loys 
Le  Roy,  Vicissitude  des  choses,  42  r",  édit.  1584), 

Ten'DILle  5.  —  xvie  S.  Est  enjoinct  a  tous  crabiers  et  autres  que  quand  ils 
habilleront  aucunes  ouailles,  chèvres  ou  boucs,  ils  n'ayent  a  mettre  qu'une 
seule  teudille,  et  trois  raches  au  travers  (G.  de  Lurbe,  Statuts  de  Bordeaux, 
212,  édit.  1612). 

Teremabin.  —  1425.  Teremahin,  idem  en  latin,  est  une  chose  doulce 
resemblant  miel  graine,  appelle  autrement  miel  de  rousee  (Olivier  de  La 
Haye,  Grande  Peste,  p.  p.  Guigue,  252). 

Tersigné.  —  1402.  A  Thiebaut  de  Berzieux,  sept  lis.  C'est  assavoir  un 
tersignès,  deux  autres  de  deux  lez,  ung  moyen  et  trois  petis  (Jnv.  des  princes 
d'Orléans- Valois,  p.  p.  Roman,  188). 

Testucal.  —  i486.  Item  deux  testucaulx,  vallent  la  pièce  11  s.  6  d. 
(Joubert,  Hist.  de  la  haronnie  de  Craon,  406). 

Thireau.  —  1597-  Ung  thireau  de  fil  blanc  (de  Beauvillé,  Doc.  inédits  sur 
la  Picardie,  IV,  37s). 

1.  [Le  mot  est  dans  Cotgrave,  qui  l'a  évidemment  tiré  de  Jean  Martin,  et 
qui  le  traduit  par  «  wood-fretter  ».  —  A.  Th.] 

2.  [C'est  le  grec  TîÀAÎvr,  ;cf.  Littré,  tellixe.  Cotgr.  donne  telline  comme 
languedocien:  en  réalité  c'est  un  mot  savant.  —  A.  Th.] 

5.  [Croc  à  suspendre  la  viande  ;  cf.  Mistral,  ten'diho.  —  A.  Th.] 


410  ^  A.    DELBOULLH 

TiASSK,  TiACÉ.  —  xVie  S.  Et  si  fut  de  tous  costez  couverte  (l'arche)  et 
revcstue  de  lames  de  fin  or  bruny  et  tincecs  de  force  riche  garniture  (Jean  de 
Maumont,  Hist.  de  Zonare,  82,  édit.  1597).  —  Teintures  en  graine,  de 
toutes  couleurs,  bigarrées  et  tiassees  a  tout  haut  lustre  {Ibid.,  679).  —  Un 
brave  et  somptueux  habillement  de  pourpre,  liasse  et   recamé  (Ibid.,  738). 

TiERCEROL.  —  1582.  Item  \q  lier  ce  roi  de  la  dite  galee,  contenant  .xxxiiii. 
fers  de  coton  (Bréard,  Comptes  du  Clos  des  i^-alees  de  Rouen,  119).  —  Item  le 
tierce  roi  àc  ladite  galee,  bon  et  suffisant,  contenant  .xxii.  fers  de  coton  et 
.1.  de  canevas  (Ibid.,  1 18). 

TiERECHE,  qui  sert  à  transporter  de  la  terre.  —  1365.  Pour  une  brouete 
tiereche  acatee  a  Thumas  le  Gaiant  (H.  Loriquet,  Arch.  hospitalières  de 
Bélhiine,   58). 

TiERCHAiN,  TiRECHAiN  '.  —  1433-  Bon  fin  estain,  de  bon  suffisant  tier- 
chain  (De  Beauvillé,  Hist.  de  Montdidier,  II,  486).  —  Frommage,  craisse, 
meteil,  estain,  potin,  tirechain  (Ibid.,  455). 

TiERSERON,  ternie  de  construction  -.  —  1518.  L'une  des  attentes  des  lier- 
serons  sur  la  haulteur  des  retumbees  contient  dix  neuf  piedz,  et  y  a  six  Herserons 
semblables  l'un  a   VA\x\irç.(DQ}Atrvs.\,  Doc.  relatifs  à  la  fondation  du  Havre, 

lOl). 

TiGNET.  —  xvie  S.  Du  tignet  arrac-hé  d'une  génisse  noire  (Bretonnayau, 
Génération  de  Vhomme,  132  vo,  édit.  1583). 

TiLLASSE,  coriace  î.  —  xvic  s.  Un  peu  de  ce  limon  glueux  ou  de 
bitumen  de  Judée,  qui  est  une  matière  fort  lente  et  ////fli.sc  (Marnix  deSainte- 
Aldegonde,  Difféieiids  de  la  religion,  p.  p.  Quinet,  IV,  204). 

T1NTAROLE+.  —  1556.  S'ils  estoient  poursuivis  par  les  barbares  avec  leurs 
grandes  huées  et  tintaroles...  ils  retournoient  visage  et  en  tuoient  infinis 
(SiiWdiX,  Hérodote,  Wl\,   211). 


1.  [Godefroy,  v  TiERSAiN',  a  trois  exemples  analogues,  mais  sans  défini- 
tion ;  c'est  un  alliage  que  Cotgrave  explique  fort  bien  sous  le  nom  de  plomb 
tiercelin.  — A.  Th.] 

2.  [Svnonymede  tierceret,  qui  est  dans  Cotgrave.  —  A.  Th.] 

3.  Mot  encore  en  usage  dans  la  Flandre  française  et  wallonne,  sous  la 
forme  tiliache  «  coriace  ».  Serait-ce  un  dérivé  de  /('//  «  tilleul  »  ?  [Sans  aucun 
doute.  —  A.  Th.| 

4.  Ce  mot  traduit  le  grec  -aTayo:,  mais  d'où  vient-il  ?  [De  tinter,  probable- 
ment. —  A.  Th.] 


MOTS    OBSCURS    ET    RARES  4I  I 

TiRAL  ■. —  1 544.  Pour  deux  tiiiiiis  qui  sont  en  la  salle  aux  souspechonncux, 
qui  poisent  .vu.  peseez  et  demie (L.  Dclisle,  Actes  iioinuvuls  delà  Chambre  des 
comptes,  505). 

TiREPOiL  -.  —  xv!---  s.  Aucuns  font  un  tirepoil  du  dit  tartare,  que  je  n'ose 
dire,  craignant  que  tu  m'estimes  menteur  (Palissy,  Œuvres,  p.  p.  A.  France, 
527). — Tous  ces  médiums  des  alchimistes  et  ces  tirepoils  des  faux  mon- 
noyeurs  n'auroient  pas  la  vogue  qu'ils  ont  maintenant  presque  par  toute 
l'Europe  (Anus  Thomas,  Comment,  sur  la  vie  d'Apollonius  Thyaucen,  I,  16, 
édit.  161 1). 

TisoNNEUR,  TisoNiER.  —  i3i3.Milet  letisonier.  Guillaume  le //VoHHCHr 
(Taillede  Paris,  p.  p.  Buchon,  112). 

ToFFEMUSK,  sorte  de  plante.  —  xvie  s.  Toffemuse,  en  latin  conferva  (Du 
Pinet,  Pline,  XXVII,  8,  en  note  à  la  marge,  édit.  1608). 

ToLiP.\N,  turban.  —  xyi»--  s.  Le  visage  presque  tout  voilé  par  le  thiare  et 
tolipan  royal  (Jean  de  Maumont,  Hist.  de  Zonare,  705,  édit.  1597). 

ToNLAC.  —  1382.  Item  de  neuf  clou  de  tonlac,  le  pesant  a  .lxxvii.  livres 
(Bréard,  Comptes  du  Clos  des  galees  de  Rouen,  1 12). 

Tonne.  —  xve-xvie  s.  La  justice  avertie,  il  fut  prins,  mis  et  lié  tout  nud 
sus  une  planche...  et  puis  ly  furent  les  deux  jambes  rompues,  et  frappé  d'une 
tonne  contre  le  cuer,  et  ensv  morut  (Jacomin  Husson,  Chron.  de  Met^,  p.  p. 
Michelant,  253). 

ToN'NERE,  TONYERE.  —  1382.  Item  de  soufflés  fournis  de  manevelles  de 
boiz  et  de  tonnere  (Bréard,  Comptes  du  Clos  des  galees  de  Rouen,  117).  —  Item 
de  lonyeres  de  fer  pour  forge  (Ibid.,  146). 

ToRESSOT.  —  xve  s.  Deffaictes  de  la  fleur  de  ris  batu  et  du  bouillon,  et  du 
toressot  de  violé  pour  donner  couleur  au  potage  {Viandicr  de  Taillevent,  p.  p. 
Pichon  et  Vicaire,  édit.  du  xv^  s.,  58). 

ToRPPK.  —  xvie  s.  Faire  bonnes  chandelles  loyalles  et  marchandes,  sans 
mettre  ni  mixtionner  saing,  flambans,  suif  de  torppes  ne  autre  maulvais^ 
marchandise  (Bourgeois,  Métiers  de  Blois,  312). 


1.  Il  me  semble  que  ce  mot  a  ici  un  autre  sens  que  celui  de  «  tiroir  ». 

2.  Godefroy  cite  aussi  sans  l'expliquer  un  exemple  de  ce  mot  que  j'avais 
rencontré  dans  Florimond  Remond.  [Cf.  l'art,  tire-poil  de  Cotgrave.  — 
A.  Th.] 


412  A.    DELBOULLE 

Touc  '.  —  xvic  s.  Chacun  peut  adresser  le  cours  de  son  touc...  aux  autres 
prochains  et  anciens  toucs  (Guenoys,  Conjeieiice  des  Coiistuiiies,  543  r",  édit. 
1596).  —  Latrines,  toucs  ou  chambres  aisées  (Le  Proust,  Comment,  sur 
Jes  Coustumes  du  pays  Louchmois,  369,  édit.  1612). 

TouE.  —  I45)-  Ung  grant  chandelier  de  cuivre  a  six  /oî/q  que  l'en  dit 
estre  en  la  façon  de  Flandre  (/«f.  de  Pierre  Sureau,  p.  p.  J.  Félix,  9.  —  Item 
cinq  candeliers  a  deux  toues  et  .xii.  a  pouche  (Ibid.,  86). 

ToUEE.  —  15 19.  Le  chaint  de  htouee  de  voulte  de  la  dite  tour  par  dehors 
œuvre  contient  xxv  piez  et  demy  sur  le  chaint  de  trois  piez.  —  L'une  des 
branches  d'ogive  de  la  dite  voulte  depuis  le  lys  de  dessus  les  charges  jusques 
a  la  dite  touee  contient  de  long  dix  huit  piez  sur  le  chaint  de  cinq  piez  (De 
Merval,  Doc.  relatifs  à  la  fondation  du  Havre,  185). 

TouET.  —  1394.  Pour  un  cornet  d'or  ou  en  a  fait  deux  bandes  autour  et 
cinq  chesnons,  un  touet  tors,  une  boucle  et  un  mordant  (Inv.  des  princes  d'Or- 
léans-Valois,  p.  p.  Roman,  114). 

TouPPEBRAS.  —  1582.  Item  .11.  touppehras  a  mast  (Bréard,  Comptes  du  Clos 
des  galées  de  Rouen,  154). 

Touppix  -.  —  xves. 

Il  est  enroué  devenu. 
Car  une  pouldre  de  raisin 
L'a  tellement  en  l'ueil  féru 
Qu"endormv  l'a  comme  un  touppin. 
Ch.  d'Orléans,  Poésies,  p.  p.  d'Héricault,  I,  165. 

ToURD.  —  xvie  s.  Pour  le  dit  charroy  de  six  tourds  de  rame,  cinq  solz 
cinq  den.  {Comptes  de  Diane  de  Poitiers,  p.  p.  Chevalier,  220). 

ToURXELET.  —  1566.  Dessus  ses  armes  avoit  un  tournelet  de  pourpre, 
dessus  lequel  portoit  la  bande  en  escharpe,  toute  semée  de  marguerites  en 
broderie  (Paradin,  Annales  de  Bourgogne,  557). 

1.  Je  suppose  que  ce  mot  signifie»  égout  »,  et  est  le  même  que  tou  donné 
par  Godefroy  sans  explication.  [Parfaitement  ;  on  peut  ajouter  à  Godefroy 
deux  exemples  tirés  des  Comptes  du  roi  René  que  l'éditeur,  Lecoy  de  la  Marche, 
avait  complètement  défigurés  et  que  l'auteur  du  Glossaire  du  Morvan,  E.  de 
Chambure,  a  restaurés  dans  son  art.  tou.  —  A.  Th.] 

2.  L'éditeur  explique  ce  mot  par  «  bouchon  ».  [Le  sens  ordinaire  est 
«  pot  »  ;  cf.  Godefroy,  tupin.  Toutefois  Godefroy  a  tort  de  ne  pas  suivre  les 
Bénédictins  qui  attribuent  le  sens  de  «  toupie,  sabot  »  à  l'exemple  qu'il  leur 
emprunte  et  qui  o^vre  sa  liste  ;  n'est-ce  pas  ce  sens  qui  convient  ici  ?  Nous 
disons  encore  :  «  dormir  comme  un  sabot.  »  —  A.  Th.J 


MOTS   OBSCURS   ET    RARES  413 

TOURNHVELLE  '.    —  XVI-XVIie  s. 

Ce  corps  qui  va  craquant  aussitost  qu'on  l'estraint... 
Il  vaut  mieux  le  garder  pour  le  vendi-edy  sainct 
Servir  de  toiintevelk  au  deffaut  de  nos  cloches. 

Auvray,  Satyres,  55,  édit.  1628. 

TouRN'iouR.  —  1340.  Pour  la  serreure  mise  au  tourniour  ou  l'en  met  les 
haubergeons  (L.  Delisle,  Actes  normands  de  la  Chambre  des  comptes,  249). 

TouRafEMAL,  DURQ.UEMAL,  sorte  de  pierre  précieuse-.  —  w^  s.  Le  roy 
demanda  de  quel  couleur  et  de  quel  vertu  sont  les  tourquemaux.  —  Durque- 
truitilx  sont  de  deux  couleurs  (Sydrac,  édit.  1528,  rcp.  961). 

ToziNE,  instrument  de  musique  '.  —  xiii^  s. 

Tex  est  li  sons  qu'il  font  des  cors, 
Des  araines  et  des  buisines, 
Des  estrumens  et  des  lo:;^ines 
Que  tote  la  cités  em  bruit. 

Guillaume  de  Palerne,  8868,  Soc.  des  anc.  textes  fr. 

Tragarganter,  avaler,  et  tragarganteur,  avaleur.  —  Deur  de  keele 
jaghen,  inslocken,  il  a  tragargantè  son  patrimoine  (Mellema,  Dict.  françois- 
Jiamang,  édit.  1596).  —  Tragarganteur  de  vin,  groot  dronkaert  (ibid.). 

Tran',  sous-sol.  —  xvie  s.  Ouvriers  qui  fouyssoient  la  terre  jusqu'au  tran 
pour  faire  les  fondements(L.  Guyon,  Diverses  leçons,  543,  édit.   1610). 

Trancmkvas.  —  Espresgnés  vous  fritelles  entre  deux  trancheras  pour 
esgouter  l'huille  (Viandier  de  Taillevent,  p.  p.  Pichon  et  Vicaire,  42,  édit. 
du  xve  s.). 

Tranchule,  sorte  de  poisson.  —  1552.  La  carabasse,  les  tranchules,  les 
mulets  (J.  Massé,  UŒuvre  de  Galien  des  choses  nutritives,  241  ro). 

Traxict +. —  1292.  du'on  ne  fasse  nulz  draps  Iranicli  par  eschenettes  pour 


1.  [Synonyme  de  tartavelle  ou  tartevelle  «  crécelle  ».  —  A.  Th.] 

2.  [Serait-ce  la  tourmaline} — A.  Th.] 

.3.  [Faute  pour  troine,  mot  dont  l'étymologie  sera  discutée  ci-dessous, 
p.  460:  le  ms.  unique  de  Guillaunu'  de  Palerne  porte  torine  et  non  to:[^ine. — 
A.  Th.] 

4.  [Peut-être  faut-il  corriger  tranicti  en  tramct^  dans  le  texte  cité,  où 
eschenettes  doit  être  lu  eschevettes.  —  A.  Th.] 


414  A.    DELBOULLE 

marchander  en  gros  ne  en   détail  (Varin,  Arch.  admin.  de   Reims,  I,  2e  par- 
tie,  1073). 

Tranmue,  sorte  de  pierre  précieuse.  —  1476.  Et  ou  dit  couverccl  .111.  cas- 
mahieus  avec  autres  pierres  de  cassidonne  et  tianmues  (Inv.  du  aviiielable  de 
Saitit-Paiil  dans  Bulletin  archéologique,  Ar\n.  1885,  p.  39). 

Transon.  —  xvie  s.  L'cnneniv...  dresse  ses  gabions  par  mine,  par  sape, 
par  transon,  par  force  (Julian  Manceau,  Sermons,  210,  édit.  1617). 

Tran'stulle  ^.—  1535.  Toutes  les  puissances  sont  conspirecs  en  moy  pour 
me  faire  iranstuUe  de  toute  liunuiine  misère  (Fr.  Dassy,  Peregrin,  42  \°). 

Transture  ^  —  xvie  s.  Si  Vespasien  eust  esté  comme  celuv  que  nous 
venons  de  nommer,  et  qu'il  n'eust  eu  non  plus  que  luy  que  quatre  arpens  de 
terre  en  transture...  (Wlgenere,  Vie  d'Apollonius  Thxancen,  1,145,  édit.  161 1). 

Trapper.  —  xve-xvic  S.  Les  ungs  (des  vignerons)  disoient  qu'il  les  faul- 
loit  trapper  (les  vignes),  et  les  autres  disoient  que  non  ;  se  on  les  trappoit, 
elles  secheroient  ad  cause  de  ce  qu'elles  estoient  en  sève  et  qu'elles  avoient 
getté  toutte  leur  substance  (Jacomin  Husson,  Chron.  deMet:^,^).  p.  Michelant, 
182). 

Trappoincte  5.  —  1574.  Une  trappoincte  de  taffetas  noir,  rompue  et  bien 
deciree  {Inv.  de  Barbe  d\4mboise,  p.  p.  Seyssel-Cressieu,  323). 

Trappon.  —  1432.  Hz  livreront  tous  les  trappons  qui  convendra  pour  ledit 
coliz,  depuis  le  semot  jusques  a  la  chanlatte  {Reg.  des  délibérations  du  conseil 
de  Troyes,  p.  p.  Roserot,  213). 

Traule.  —  XII»;  s.  Si  nos  sommes  jai  delivret  de  ceste  traule  iror  (Sermons 
de  S.  Bernard,  p.  p.  Foerster,  121). 

Traveau,  partie  du  corps  d'un  animal  de  boucherie.  —  i577-  De  l'avys 
commun  a  esté  faite  taxe  aux  vivres  qui  ensuyvent,  assavoir  de  chacune  livre 
de  panneau  de  bœuf...,  de  l'espaulle,  le  traveau,  le  col,  la  teste  et  les  costez 
a  seize  deniers  tournois  la  livre  (Bourgeois,  Métiers  de  Blois,  246). 

Travoil  +. —  xvie  s.  Lcs  femmes  estoient  plus  embesognees  que  vingt  à... 


1.  [Adaptation  de  l'ital.  trastullo  «  récréation,  jouet  »    —  A.  Th.] 

2.  [Renvoi  inexact.  —  A.  Th.] 

3.  (Mot  de  même  famille  que  l'ital.  trapunto,  leprov.  mod.  trepouncho,  etc. 
Le  sens  est  très  probablement  «  courtepointe  ».  —  A.  Th.] 

4.  (Mot  qui  signifie  «  dévidoir  »  ;  je   m'en  suis  longuement  occupé  jadis 
(voy.  mes  Essais,  p.  392)  ;  M.  L.  Brandin  en  a  reparlé  depuis  dans  ses  Gloses 


MOTS    OBSCURS    ET    RARES  4I5 

calfeutrer  leurs  travoih,  emmancher  leurs  sabots,  crocheter  leurs  contrehuis 
(Noël  du  Fail,  Balivenieries,  p.  p.  Guichard,  115).  —  Il  dressa  aux  quatre 
cornières  d'un  travail  quatre  gros  flambeaux  composés  en  belle  molaine  sèche 
et  bien  ointe  de  graisse  (Le  même.  Contes  d'Eutrapel,   199). 

Tkkbank.  —  XVI'-'  s.  Des  liqueurs  de  centaure,  trebaue,  spicaire,  c'est  a 
dire  lavande  romaine  (Loys  Guyon,  Miroir  de  la  beauté,  II,  590,  édit.  161 5). 

Trhboul.  — xvi^s.  Elle  faisoit  eaues  pour  sentir... -de  jasmin,  de  treboitl, 
d'oeillets  (Nicolas  de  Troyes,  Le  ^rand  Parangon,  226,  Bibl.  elz.). 

Trizc.  —  1482.  Troys  cens  soixante  escuz  au  soulail,  vingt  neuf  florins  au 
trec  et  huit  sols  quatre  deniers  en  monnoye  (A.  Joubert,  Hist.  de  la  baronnie 
de  Craou,  596). 

Tresele.  —  1596.  Item  il  courra  aultres  laines  de  quatorze  censtreseles 
tenans  deux  aulnes  demi  quartier,  les  cordeaux  frans  (Coiislumier  de  Dieppe, 
p.  p.  Coppingér,  49). 

Treste. —  1520.  Il  a  convenu  espoisser  cartement  de  maçonnerie  derrière 
les  deux  huis  du  bas  de  la  tour  tirant  vers  le  treste  de  peur  que  l'eaue  n'en- 
trast  en  icelle  tour  (De  Merval,  Doc.  relatifs  à  la  fondation  du  Havre,  195). — 
Le  pavement  de  dessus  la  getee  près  le  dit  pont  et  treste  d'icelle  tour  {Ibid., 
189). 

Triballeur  '.  —  15  57-  N'entreprendront  les  dictz  routisseurs  et  triballeurs 
et  aultres  vendeurs  de  gibier  fournir  les  bancquets  (Bourgeois,  Métiers  de 
Blois,  345).  —  Les  dictz  triballeux,  routisseurs  ou  aultres  ne  pourront  faire 
ou  faire  faire  en  leurs  maisons  pâtisserie  pour  vendre  {Ibid.). 

Trie  -.  —  On  ne  peut  faire  de  nouveau  colombier,  ne  trie,  ne  voiliere 
(Guenovs,  Conférence  des  coustunws,  98  r",  édit.  1396). 

Trier,  chanter,  en  parlant  du  rossignol.  —  xiii^  s. 

En  la  chambre  roial,  ou  le  rossignol  /r/e  ?, 
La  coucheron[t]  Doon  entre  les  bras  s'amie. 

Doon  de  Mayence,  10504,  Ane.  Poètes. 


françaises  de  Gerschon  de  Met^,  p.  40  ;  il  y  aurait  encore  à  dire,  mais  ce  n'est 
pas  ici  le  lieu.  —  A.  Th.] 

1 .  A  Rouen  on  appelait  triballier  celui  qui  tenait  un  débit  de  boissons  où 
l'on  buvait  debout.  Je  ne  crois  pas  que  triballeur  en  soit  le  synonyme. 

2.  [Faute d'impression  pour///îV,  mot  bien  connu.  —  A.  Th.] 

3.  [Peut-être  faut-il  lire  crie  pour  trie.  —  P.  M.] 


41 6  A.    DELBOULLE 

Trifere '.  —  15 14.  Dix  dragmcs  de  /;//Vn' sarracenic  (Jeh.  Cœurot, 
Entreteiieinenl  dévie,  46  vo). 

Trille,  sorte  d'étoffe  -.  —  1561.  5  aulnes  de  trille  pour  18  solz  édeniers, 
dont  y  en  a  deux  aulnes  pour  Olive  {Journal  du  sire  de  Gouberville,  p.  p.  Tol- 
lemer,  m). 

Trimphe.  —  1519.  L'entrcpié,  piliers  et  trimphes  estans  sur  la  dite  petite 
porte  vers  la  mer  (De  Merval,  Doc.  relatifs  à  la  fondation  du  Havre,  186). 

Trippal.  —  1286.  A  Addam  le  pastichier  pour  irippaux  (Abel  Lefranc, 
Hist.  de  la  ville  de  Noyon,  252). 

TROCQ.UE  5.  —  1555.  Il  a  esté  acordé  que  pour  icelle  destruction  esviter 
et  faire  la  reparacion  de  la  dicte  forest,  la  moyctié  d'icelle  en  une  ou  deux 
trocques  sera  close  et  interdicte  aux  dictz  coustumiers  et  a  leurs  bestes  (Bon- 
nin,  Cart.  deLouviers,  111,66). 

Trolisse +. —  1553.  Une  coette  de  grand  lict  de  toille  trolisse  d'Almagne. 
—  Une  autre  coette  de  couchette  dont  la  souille  est  aussi  de  toille  trolisse 
(A.  Joubert,  Hist.  de  laharonnie  de  Craon,  487). 

Troterie.  —  xve  S.  Q.ue  nul  ne  pourra  fouler  a  la  troterie  a  paine  de 
10  s.  d'amende  (Statuts  des  foulons  de  drap,  dsius  ¥a.gniez.  Etudes  sur  l'industrie 
à  Paris,  au  XUl*^  et  au  XIV^  s.,  338). 

Trufferie.  --  xive  s.  Harens  sors,  caques,  en  groe,  en  trufferie,  harens 
de  saffare,  harens  pouldrés  {Coustuniier  de  Dieppe,  p.  p.  Coppinger,  introd. 
p.  LXV). 

Trumel.  —  Xllie  s. 

Les  murs  furent  tous  fes  de  fin  marbre  a  chisel  ; 
La  mer  bat  a  la  roche  tout  entour  li  trumel. 

Gaufrey,  9066,  Ane.  Poètes. 


1.  [Sorte  d'antidote,  en  latin  du  moyen  îge  tri  fera,  du  grec  rouçepâ  : 
cf.  V Antidotaire  Nicolas,  p.  p.  le  D^  P.  Dorveaux,  p.  95,  art.  trife.  — 
A.  Th.] 

2.  [Même  mot  que  treillis,  au  sens  de  «  toile  »  ;  il  faut  probablement  lire 
trille;  cf.  ci-dessous  l'art,  trolisse.  —  A.  Th.] 

3.  [Forme  normande  de  troche;  l'exemple  est  intéressant  pour  la  séman- 
tique. —  A.  Th.] 

4.  [Pour  trelisse,  forme  fém.  de  l'adj.  treslis,  conservé  dans  le  subst.  actuel 
treillis;  cf.  ci-dessus  l'art,  trille.  —  A.  Th.] 


MOTS    OBSCURS    ET    RARES  4I7 

Trusson.  —  Niv-^-xv^  s.  Dont  naissent  plusieurs  envies,  dissensions,  tnis- 
sons,  scandalles  (Oresme,  dans  Meunier,  Essai  sur  Oresinc,  78).  —  Les  pays 
ça  basestoient  si  plains  de  mauvaise  garconnaille  et  de  mauvaise  trusson  que 
tout  estoit  perdu  et  gasté  (Cluistellain,  Chron.  p.  p.  Kervyn,  V,  422). 

TuFFlERi-;.  —  xvi»-"  s.  Si  aucun  garnist  truffwre  a  colet,  qu'il  n'y  aie  (-..■r 
entre  l'entrée  et  colet,  et  pour  fautes  qui  se  pourront  trouver  en  la  dicte 
tuffiere,  payeront  soixante  sols  d'amande  (G.  de  Lurbe,  Statuts  de  la  ville  de 
Bordeaux,  246,  édit.  161 2). 

TuRBE,  sorte  de  manteau  '.  —  xiv^  s.  Et  usoit  d'un  mantel  rude  qui  est 
appelle  turhe,  et  estoit  en  très  grant  désert  entre  la  mer  et  les  palus  (J.  de 
Vignai,  Mir.  hist.,  XV,  19,  édit.  1551). 

TuRGKLLE,  sorte  de  plante.  —  xivc  s.  Si  comme  camomille,  mente,  rose, 
turgeUc  et  leurs  semblables  (J.  Corbcchon,  Propr.  des  cboscf,  VII,  10,  édit. 
1522). 

TuRGON  ^  —  1552.  La  laictue,  l'arroce,  le  turgon,  la  bete  e-t  la  maulve 
(J.  yiissé,  L'Œuvre  de  Galieit  des  choses  nutritives,  165  vo). 

Tyrelouet,  sorte  de  jeu  >.  —  1560.  L'on  en  fait  (de  ce  bois)  chaires, 
escriptoires  de  cabinetz,lietes,  tabliers,  eschequiers,  jeux  de  trou-madame,  de 
tyrelouet,  billarsQ.  Poldo  d'Albenas,  Antiquitei  de  Nisines,  61). 

UiLLE,  HuiLLE,  utLLET,  sorte  de  fourrure.—  1528.  Fourrures  d'/^/V/r^  de 
ouvrage  de  Paris  (J.  M.  Richard,  La  comtesse  Mahaut,  194).  —  Une  fourrure 
d'huilles  (Ibid.).  —  Pour  une  fourrure  duillet  (lire  d'uillet)  pour  une  robe 
(Jhid.,  192;.  —  Deux  fourrures  duillet  (lire  d'uillct)  et  un  chapeau  de  trois 
X\T&s(Jhid.). 

Umblette,  UMBELLETTE,  sorte  de  plante  4.  —  161 3.  Pour  esventer  le, 
cordes  faut  prendre  eau  de  fontaine,  du  genêt  vert  qui  ayt  le  pied  rouge 
Vuvihlette,  du  marochemin,  de  larhue  (Loys  Gruau,  l<louv.  Invention  de  chasse, 
p.  p.  Martin-Dairvault,  70).  —  Prenez  de  l'espurge,  du  nerprun  et  de  Vum- 
bellettc  {Ibid.,  71). 


1.  [Même  leçon  dans  le  ms.  B.  N.  franc.  315,  fol.  565b.  —  A.  Th.] 

2.  [Traduit  le  grec  ;;À;tov  «  poirée  ».  — A.  Th.] 

5.  [Peut-être  le  bilboquet,  dit  en  prov.  mod.  tirolanço,  tirJancet,  etc.  — 
A.  Th.] 

4.  [Euphorbia  helioscopia  L,  dite  vulgairement  owWt'//t:(Duchesne,  Rcpert. 
des  plantes  utiles,  p.  302).  —  A.  Th.] 

Romania.    XXXV  27 


4l8  A.    DELBOULLE 

LÎNCLÉ  '.  —  1 305 .  Baston  de  nicllier,  iniclei  d'argent  (Dehaisnes,  Doc.  cotic. 
Vhistoire  de  Vavt  dans  la  Flandre,  181). 

Urdure,  eurdure,  hurdehure  '.  —  1364.  Six  bichoz  de  soille,  Vurdure 
d'une  pièce  de  toiile,  contcnnent  10  brassez  (B.  Prost,  Inv.  mohiJievs,  I,  30). 
—  Le  hurdehure  de  S  aunes  de  toilIe  (Ibid.,  I,  83).  —  1370.  Une  couroie, 
une  bourse,  Veurdnre  de  5  aunes  de  toiile  (Ibid.,  I,  213). 

Vacheron,  vesceron.  —  xvic  s.  Le  fourment  n'est  que  faulture.  Il  y  a 
plus  de  deux  parts  de  vacheron  et  d'ivraye  {Journal  du  sire  de  Gouberville,  p.p. 
Tollemer,  807). 

Vaghe.  —  1370.  Pour  mettre  vaghe  m  agrappes  de  fier  au  dit  pupitre 
(Dehaisnes,  Doc.  conc.  Thist.  de  Fart  daiis  la  Flandre,  502). 

Vagnon  3.  —  xvic  s.  Il  y  a  encore  d'autres  prunes  a  Reims  nommées 
vaguons  qu'on  mange  coustumierement  devant  qu'estre  meures  (Framboisière, 
Le  Gouvernement,  93). 

Vandre,  sorte  de  fourrure.  —  1387.  Le  centd'agneaulx,  le  cent  de  vandres 
4  d.  (Fréville,  Commerce  maritime  de  Rouen,  II,  170).  —  Le  cent  de  vandres 
d'Espaigne,  4  d.  (Ibid.,  152). 

Vannequin +. —  1331-  A  Thierry  le  pondelmaker,  pour  faire  unchevalier 
de  cuivre  et  .1.  pipe  de  cuevre  et  .1.  vannequin  (Dehaisnes,  Doc.  conc.  Ihist. 
de  Vart.  dans  la  Flandre,  288). 

Vape,  du  latin  vapid  us  s.  —  xii^  s. 

Dist  le  paien  :  «  Moult  semblés  voin  et  vape  ». 

Aliscans,  6345,  Ane.  Poètes. 

Vardenette,  sorte  d'engin  de  pêche  ^.  —  xive  s.  Le  fiUé  qui  doibt  servir 


1.  (Faute  de  lecture  probable  pour  virclei  «  garni  d'une  virole  »  ;  voy. 
Godefroy  viroler.  —  A.  Th.] 

2.  [Synonyme  de  ourdissure,  anc.  franc.  Oi-Jisseurc  ;  voy.  Godefroy  et  Cot- 
grave.  — A.  Th.] 

3.  [Semble  se  rattacher  à  davoine,  nom  de  prune  dont  il  a  été  question  ici 
même,  Romania,  XXX,  401,  et  XXXI,  452.  —  A.  Th.] 

4.  [Mot  calqué  sur  le  flamand  et  qui  signifie  proprement  «  petit  drapeau  », 
comme  le  remarque  l'éditeur.  —  A.  Th.J 

5.  [Sur  la  forme  wallonne  vape,  voir  Zeitschr.  fiïr  rom.  Philol.,  XV,  502; 
Godefroy  a  quelques  exemples  à  l'art,  gape.  —  A.  Th.] 

6.  [Cf.  Littrc,  warxette.  —  A.  Th.] 


MOTS    OBSCURS    ET    RARES  4I9 

a  la  dite  Terme  doibt  estre  de  la   grandeur  et  façon  d'une  vanleiictle  servante 
a  pescher  petis  harens  (Airh.  de  la  Seiiic-Iiif.,  G  881). 

Varon,  éphélidc  lentiforme '.  —  1605.  Elle  (l'eau  du  suc  des  limons) 
efface  toutes  les  taches,  tous  i\iroiis  et  autres  macules  (Mizauld,  Jardin  vicdi- 
chhil,  175).  —  1607.  Le  vin  qu'on  tire  des  fraises  efface  les  varans  ou  bour- 
geons du  visage  (Le  même.  Maison  champeslre,62q). —  1616.  Les  bulbes  appli- 
quez seuls  ou  avec  un  moveu  d'œuf  effacent  les  meurtrissures  et  les  varans, 
ou  gros  bourgeons  rougenoirs  qui  defforment  le  visage  (Jan  du  Val,  Le  Trésor 
particulier,  388). 

Varre.  —  1476.  Pour  un  brochet,  deux  perches,  trois  merlans,  et  en 
eschaudez,  pour  huit  ivir/vs  (J.  Depoin,  Livre  de  raison  de  l'abbaye  de  Saint- 
Martin  de  Pantoise,  114).  — Pour  un  chevreau,  pour  vin,  fourmaige,  pour 
7  potz  de  terre,  en  œufz,  en  burre  frais  et  en  varres,  en  poree  (Ibid.,  114). 

Vase.  —  1382.  De  bois  de  hestre  nommés  vases  pour  tirer  les  dites  galees 
en  terre,  et  sont  pourries  (Bréard,  Comptes  du  Clos  des  galees  de  Rouen,  98). 

Vasiere.  —  1562.  J'envoye  porter  a  l'esleu  Pynard  ung  chevreau,  ung 
coupple  de  vittecoqs  et  sept  vasieres  (Journal  du  sire  de  Gouberville,  p.  p.  Tol- 
lemer,  150). 

Vasselé  -.  —  1448.  Le  bacq  de  la  dite  table  soit  de  bon  quaesne...,  encloz 
de  bonne  bancque,  ouvrer  a  la  soubz  basse,  desoubz  vasselet  et  bousselet  bien 
et  jolyement  ainsi  que  a  table  d'autel  appartient  (Cartulaire  de  Flines,  p.  p. 
Hautcœur,  915). 

Vazois.  —  Haire  de  marais  sallant,  noblement  tenu  et  sans  dixme,  garnie 
de  va:^ois  et  autres  choses  nécessaires,  est  prisée  deux  sols  (Coutumes  du  Poi- 
tou, chap-  190). 

Veié.  —  1430.  Deuxaguieres  de  quatre  marcs,  veiees  et  martelées  (Registre 
des  délibérations  du  Conseil  de  Troyes,  p.  p.  Roserot,  68).  —  1453-  Six  tasses 
d'argent,  veiees  et  martelées  (Ibid.,  294). 

Veille,  sorte  de  poisson  >.  —  1529.  Sardes,  veilles  et  autres  bons  poissons 


1.  Godefrov,  sans  l'expliquer,  donne  un  seul  exemple  de  ce  mot  au  sens 
propre  de  «  lentille  ». 

2.  Godefroy  a  vu  un  substantif  dans  t/a55e/^/,  par  erreur  évidemment.  — 
[Il  faut  probablement  lire  nasselet  au  lieu  de  vasselet.  —  A.  Th.] 

5.  [La  bonne  leçon  est  vieille,  qui  se  lit  dans  l'édit.  Schefer,  p.  13  :  la 
vieille  est  une  variété  de  labre  dont  le  nom  est  donné  par  les  dictionnaires 
complets  et  les  livres  spéciaux. —  A.  Th.j 


4-0  A.    DELBOULLE 

rouges  (Extraits  du  7(';;;«.//  de  J.  Parmcnticr,  dans  Estancd'm,  Les  Niin);iileiirs 
Noniuimh,  244). 

Ventail.  —  xiii<-"-xiv'^  s.  Et  quant  il  (le  pape  Gerbert)  vit  que  li  anemis 
l'eut  déchut,  il  ne  veult  point  perdre  l'ame;  ains  vint  au  ventail  devant  tout 
le  peuple,  et  congnut,  descouvrv  et  confessa  droit  la  toute  son  oevre  {Chron. 
de  Flandres,  p.  p.  Kcrvyn,  I,  11). 

Ventelette.  —  1 381.  Pour  une  roel  servant  a  la  ventelette  des  clocques  de 
la  ville  (Dehaisnes,  Doc.  coiic.  l'hist.  de  Fart  dans  la  Flandre,  582). 

Ventin'e,  coup  de  vent,  tempête.  —  1389.  Et  quant  il  (le  batel)  fu  carché 
et  mené  jusques  a  Yaueplet,  une  ventine  le  fist  hierter  a  terre  (^Inventaire  de 
Guill.  de  Lestrange,  125). 

Verdesin  '.  —  1574.  Ung  cassignet  couvert  de  satin  verdesin  (Inv.  de 
Barbe  d'Aniboise,  p.p.  Seyssel-Cressieu,  3ji). 

Verhoule,  verhoulle,  marée.  —  1683.  Il  faut  lever  l'ancre  sur  le  coup 
de  la  pleine  mer  ou  tant  soit  peu  avant,  et  entrer  d'esbe,  d'autant  que  la 
verhoulle,  c'est  à  dire  la  marée  qui  sort  de  la  rivière  de  Seine,  soutient  et  fait 
gouverner  le  navire  (Le  Cordier,  Inslruclion  des  pilotes,  58,  édit.  1761).  — 
xviie  s.  Cette  verhoule  admirable  qui  est  inconnue  aux  autres  ports;  verhoule 
qui  retient  encore  son  plein  lorsque  les  autres  ports  de  la  mesme  cote  sont  a 
deux  tiers  de  baisse  (Godefroy  deNipiville,  cité  dans  les  Morceaux  choisis  des 
écrivains  havrais  p.  p.  Le  Gofîic,  56). 

Verigt,  verri  (vermoulu)  pris  au  fig.  dans  le  second  exemple. —  161 2.  Et 
seront  faicts  les  vaisseaux  a  vin...  de  bois  sec,  non  punais,  rouge,  verigl,  ne 
artusonné  (P.  Le  Frost,  Coiniiient.  sur  les  coustnnies  du  pays  Loudunois,  121). 

Les  humains  sont  si  meschantz  et  verris. 

Colin  Bûcher,  Poésies,  p.  p.  Denais,  171. 

Vérin.  —  1521.  LTng  autre  calice  a  vcjiu  benict  doré,  avoec  la  platine  et 
louchette  tout  d'argent  (Inv.  de  François  de  Meluu,  dans  Soc.  des  Antiq.  de 
Morinie,  Bull,  hist.,  VI,  59). 

Vérin  ^  —  1578.  Les  nouveaux  plants  es  premières  et  secondes  années 
ne  rapportent  sinon  des  lambrusces  et  vérins  (J.  de  Léry,  Voy.  au  Brésil, 
p.  p.  Gaflfarel,  I,  146). 


1.  [C(.Vhâ\.  verdi {:;;^i no,  qu'Antoine  Oudin  traduit  par  «  vert  naissant  ».  — 
A.  Th.] 

2.  [Lire  verius  au  lieu  de  vérins,  c'est-à-dire  verjus.  —  A.  Th.] 


MOTS    OBSCURS    ET    RARES  421 

Versele.  —  1)3  V  Messeigneurs  consuls...  firent  dresser  une  versele  au 
Breulh,  au  plus  liaut  de  laquelle  mirent  les  armes  du  dit  seigneur  avec  le  fes- 
ton autour  (.Médicis,  Chronique,  p.  p.  Chassaing,  I,  357). 

Vi;rtuchieu,  vertochier,  vert.\uchier,  bondonner  '.  —  xiiie  s.  Verto- 
cht\...  veituibc-;^  bien  le  tonel  {Atitidotaire  Nicolas,  p.  p.  Dorveaux,  38).  — 
1320.  Pour  amener  les  diz  .xx.  tonneaux  de  vin  du  Crotoi  a  Hesdin,  pour  les 
traire  des  celiers  ou  il  estoient,  pour  les  vertanchier  (lire  vertauchier)  et  cliar- 
ger  et  autres  frés  (J.  M.  Richard,  Comtesse  Mahaiit,  144). 

Veuillière.  —  1517-  Et  convient  emplir  toutes  les  vctiillieres  des  dites 
plateformes  de  pierre  dure,  cachée  a  coup  de  mail  avecques  bon  mortier  (De 
Merval,  Doc.  relatifs  à  la  fondation  âii  Havre,  35). 

Vezix.  —  1 508.  A  maistre  Denis  Frtmievre  pour  avoir  vendu  et  livré 
deux  paires  de  venins  de  bois,  un  Ib  (Comptes  du  château  de  Gailion,  p.  p. 
Dcville,  278). 

ViAiNE,  sorte  d'épice.  —  xiii^  s. 

Le  poivre  et  le  comin,  l'encens,  la  tubiane, 
Musquelias  et  basme,  citoaus  et  viaine. 

Doon  de  Ndnteuil,  dans  i?o?Wi;/n'i;,  XIII,  16. 

ViCTRIX  -.  —  X\-e  S. 

Tu  torfais  donc  a  Rome  glorieuse 
Quant  tu  me  mets  emprès  sa  nourriture, 
Dont  a  l'excelseet  noble  fioriture 
N'est  digne  nul  qui  s'y  appere  au  monde 
Ne  que  un  victrin  a  perle  de  claire  onde. 

Chastellain,  Œuvres,  p.  p.  Kervyn,  VII,  170. 

1.  [Godefroy  a  un  exemple  unique  devertocjuer  qui  lui  vient  (avec  la  défi- 
nition insuffisante  qui  l'accompagne)  de  Carpentier  ;  ce  verbe  figure  non  seu- 
lement dans  VAnlidotaire  Nicolas,  mais  dans  le  Viandier  de  Taillovent,  du 
Vatican  (éd.  Pichon  et  Vicaire,  supplément,  p.  251).  11  est  plus  intéressant 
d'en  constater  la  présence,  au  sens  figuré,  dans  le  conte  du  Chevalier  av  bari- 
sel  qui  fait  partie  de  la  Vie  des  anciens  pères,  ce  qu'il  m'a  été  permis  de  faire 
grâce  à  l'article  verroucher  de  Godefroy.  Les  mss.  B.  N.  fr.  1039,  fol.  76'', 
et  fr.  1546,  fol.  47'!  donnent  tous  les  deux  vertouche  et  non  verrouche  comme 
B.  N.  fr.  23 II  et  Arsenal  3527,  que  Godefroy  a  seuls  utilisés;  quant  à 
B.  N.  fr.  24300,  que  M.  Schultz-Gora  a  reproduit  diplomatiquement  (Zzvei 
altfr.  Dichtungen,  p.  122),  il  a,  pour  ce  passage,  un  texte  tout  diflférent  : 
ain:^  a  en  lui  mis  si  grant  touche.  —  A.  Th.] 

2.  Ne  faudrait-il  pas  lire  tuVr»/  «  verroterie  ■>? 


422  A,    DELBOULLE 

ViEiLLETTE,  ivraie  '.  —  xive  s.  La  vieiUette  chétive,  c'est  une  herbe  nuysante 
aux  blez  (J.  de  Vignai,  Mir.bisL,  VII,  63,  édit.  1551). 

ViERBOETE.  —  1366.  due  pour  lesauvement  des  diz  marchans,  leurs  biens 
et  neifs,  il  soient  ordenez  encontre  les  costières  de  Flandres  sur  le  mer, 
à  Dunkerke,  Neufport,  Ostende,  Blanckenberghe,  nouvelles  lumières  et  vier- 
hoetes,  si  comme  soloient  estre  en  vieux  temps  (Finot,  Relations  commerciales 
entre  la  Flandre  et  V Espagne,  3  3  H). 

ViGOUR,  bourreau-?  —  1362.  Estienne  le  vigoiir  de  Dijon.  —  1365. 
Maistre  Estienne  de  Dijon,  vigoiir  (B.  Prost,  /)/:■.  inohiliers,  I,  196,  note). 

ViNTAiNE  '.  —  153'-  l'our  une  vintaiiie  dont  l'en  osta  les  pierres  de  l'eaue 
prise  a  Robin  le  cordier,  un  s.  (L.  Delisle,  Act<'s  normands  de  la  Chamhre  des 
Comptes,  30). 

Viorne,  instrument  de  musique.  —  xvi«  s. 

...  Luthz  et  harpes  creuses, 
Doulx  instrumenset  viornes  joyeuses. 

Guill.   Michel,  Georgiqttes  de  Virgile,  62  vo,  édit.  1540. 

ViOTTE.  —  1594. 

Vive  la  noble  imprimerie 
Exempte  de  mélancolie, 
De  viel  chagrin  et  de  riotte  ! 
Aussi  eir  n'a  que  la  viotte. 
Et  ses  harnois  toujours  fourbis. 
Recneil  des  plaisants  devis  récités  par  les  stipposts  du  Seigneur  de 
La  Coqiiille  [à  Lyon],  102,  édit.  1857. 

ViRELET.  —  Que  les  pastés  soient  faictz  haultz  et  enlevés,  et  d'ung  virelet, 
et  soient  bien  dorez  et  mis  au  four  (Viandicr  de  Taillevenl,  p.  p.  Pichon  et 
Vicaire,  74,  édit.  du  w^  s.). 


1.  [Cf.  la  leçon  du  ms.  B.  N.  fr.  316  fol.  290'-"  :  «  La  veillete  chetive,  c'est 
une  herbe  nuisant  a  la  blee.  »  Bien  que  veillete  chetive  traduise  Vinfelix 
lolium  de  Virgile,  le  nom  de  veillete  désigne  ordinairement  le  colchique.  — 
A.  Th.] 

2.  L'éditeur  fait  remarquer  qu'il  est  pavé  le  11  mai  1369,  7  fr.  «  a  maistre 
Estienne,  le  carnecier  de  Dijon,  pour  justicier  22  larrons  ». 

3.  [Cf.  Littré,  VINDEKNE  et  VINGTAINE,  2°.  —  A.  Th.] 


MOTS    OBSCURS    ET    RARES  423 

ViRF.UR  '.  —  1364.  Douhes  astes  de  fer,  un  vireur  de  fer,  i  iiiguier,  deux 
trepiers  (B.  Prost,  Inv.  mobiliers,  I,  35). 

ViSEL  -.  —  xiii"^  s. 

Les  os  li  froisse  ausiz  com  .1.  aignel, 
due  à  ses  pies  l'abat  enz  an  prael. 
L'arme  emportèrent  maufé  et  Jupiter, 
Qui  tout  roillant  alerent  le  vaucel. 
N'a  si  bon  mire,  desci  à  Mirabel, 
Qui  scust  dire  quel  part  fist  11  visel. 

Gaydoii,  7972,  Ane.  Poètes. 

VoDRF.  î.  -  1700.  Charmes,  osiers,  charmilles,  voclres,  arbrisseaux  for- 
communs  en  Champagne  (Liger,  Nouvelle  Maison  rustique,  II,  518,  édit. 
1775)- 

VoENNE. —  xiii«  S.  De  fil  en  twHHe  venant  en  quarete,  viii  d.  (Beauret 
paire,  Vicomte  de  Peau  de  Rouen,  302). 

VoiFEME  +.  —  xivc  S.  Ainsi  comme  les  voifenies  des  jours  et  des  nuyctz 
renouvellent  les  animaulx,  aussi  les  quatre  temps  de  l'an  muent  l'espace  de 
tout  le  monde  (J.  de  Vignai,  Mir.  hist.,  XXVII,  65,  édit.  1531). 

VoL.\CRE.  —  1782.  Deux  paires  de  souliers  de  volacre  (Babeau,  Vie  rurale, 
61). 

VoLERiE.  —  1371.  La  moitié  d'une  volerie  d'une  granche,  assise  en  la  rue 
d'Amont  TB.  Prost,  Inv.  mobiliers,  I,  234). 

VOMUONER  5,  —  xvie  S. 

Merion  vaillant 
Le  touche  dans  le  bras  comme  un  Mars  l'assaillant. 
Il  luy  fit  cheoir  des  mains  la  salade  crestee 
Qui  tombant  vomuona  sur  la  place  gastee. 

Jamyn,  Iliade,  liv.  XIII,  édit.  1593,  p.  206. 

1.  [Probablement  «  tournebroche  ».  —  A.  Th.] 

2.  La  variante  tnusel  n'éclaircit  guère  ce  passage. 

3.  (Nom  que  porte  en  Champagne  le  marsaus  ou  Salix  caprea  L;  on  a 
rappelé  ici  même  que  Diderot  s'est  servi  de  la  forme  vorde  ;  voy.  Romauia 
XXXIV,  173.  —  A.  Th.] 

4.  [Leçon  corrompue  ;  cf.  B.  N.  fr.  314,  fol.  133»  :  «  Et  tout  ainsi  comme 
le  voisiné  et  le  change  des  nuis  et  des  jours,  etc.  »  Voisiné  «  voisinage  »  est 
dans  Godefroy  et  continue  à  vivre  dans  les  patois.  —  A.  Th.] 

5.  Retentir,  résonner;  traduit  le  grec  ''^ùii^jr^m  {Iliade ,  XIII,  530).  — 
[Même  texte  dans  l'édit.  de  1589,  la  plus  ancienne  que  possède  la  Bibl.  Nat., 


424  A.    DELBOULLE 

VoRscoT.  —  1279.  Et  tout  ivrscol  de  pain  vendre  est  défendus  (Mémoires 
des  auliqiiaires  de  Morinie,  XYll,  62  ;  aussi  dans  Giry,  Hist.  de  Sainl-Omer, 
p.  505,  art.  9). 

VouLENEL». —  1500.  Pour  .II.  voukneaus  pour  la  sambue  Madame,  xx  bl 
(J.-M.  Richard,  Lm  comtesse  Mahaut,  164).  —  Pour  vu  quartiers  de  voulene]  a. 
reson  de  .l.  s.  Yaunc(Ibid.,  164). 

VouRLE.  —  xiv«  s.  Si  en  une  pierre  est  un  homme  qui  fléchisse  son  genou 
et  en  sa  destre  main  tienne  vourle  dont  il  tue  un  lion  ..  (J.  de  Mandeville, 
Lapidaire,  p.  p.  Is.  dcl  Sotto,  121).  —  Si  en  une  pierre  il  y  a  deux  vourles..., 
cette  pierre  rend  sûreté  {Ihid.,  122). 

Vrac.  —  I557'  J'envoye  Collas  a  Hcmevez  porter  a  ma  cousine  ung 
maquereau,  ung  mourneau,  et  ung  gros  vrac  (Journal  du  sire  de  GouherviUe, 
p.  p.  ToUemer,  156). 

Vroussequin  -.  —  1367.  Cote  et  surcot  de  couleur  brun  tasné,  vronssequin 
merle,  le  surcot  fourré  de  gros  vair  (Dehaisnes,  Doc.  conc.  Vhist.  de  Vart  dans 
la  Flandre,  173). 

VuADiz.  —  133^-  Pour  une  grand  pierre  plate  de  viiadi^.  .  .  pour  la  dite 
fosse  couvrir  (L.  Delisle,  Actes  normands  de  la  CIhunhre  des  Comptes,  180). 

VuAGUES,  houseaux  5.  —  xiv«  s.  Le  berger  doit  avoir  vuagues  de  cuyr,  des 
buhos  d'ung  vieux  houseaulx  pour  la  pluve  (J.  de  Brie,  Le  bon  Berger,  édit. 
Liseux,  69). 

VuiGXERON'.  —  1605.  Trois  aultres  pièces  de  bourdon...,  quatre  autres 
pièces  de  viiigneron  (De  Beauvillé,  Doc.  inédits  sur  la  Picardie,  IV,  398). 

Vyorbe  4.  —  1574.  Chambre  qui  est  en  l'hault  de  la  vyorhc  dessus  la  cha- 
pelle (hiv.  de  Barbe  d'Amboise,  p.  p.  Seyssel-Cressieu,  366). 


fol.  209  vo  :  il  faut  évidemment  lire  voinvona  et  reconnaître  là  un  de  ces 
verbes  imitatifs  chers  aux  membres  de  la  Pléiade.  Cf.  Mistral,  voukvouna. 
—  A.  Th.] 

1.  [Lisez  vouleuel  et  entendez  «  velours»  :  cf.  l'art,  velvel  de  Godefroy 
où  il  n'y  a  pas  de  forme  absolument  identique.  —  A.  Th.] 

2.  Le   même   sans   doute  que  broissequin,   qui  est  dans  Godefroy. 

3.  [Cf.  Godefrov,  wage.  —  A.  Th.] 

4.  [Escalier  en  vis  ;  voy.  sur  l'élymologie  de  ce  mot  mes  Nouv.  Essais, 
p.  283;  cf.  une  note  complémentaire  de  M.  Désormaux,  Romania,  XXXIV, 
113.  —A.  Th.] 


MOTS   OBSCURS    ET    RARES  425 

Wadel.  —  1382.  Une  pièce  de  chesne  appellee  ivadcl  contenant  xxxv 
braches  (Bréard,  Comptes  du  clos  des  galêes  de  Rouen,  140). 

Wagaige,  action  de  mic^tiier  {voy.  ce  mot).  —  1490.  Le  wagaige  des  dis 
brais  et  terre,  sovaiges  et  faucaiges  des  dictes  herbes  (Hautcœur,  Qui.  de 
réglise  Siiiiil-Pierre  de  Lille,  I,  1076). 

Wagenscof,  wagexscot.  —  Certain  droit  que  on  appelle  wagenscof.  — 
Sans  devoir  ou  paiier  a  my  le  dit  ivagenscot  (Haigneré,  Chartes  de  Saint-Ber- 
tiu,  <)<)). 

Waghier.  —  1490.  Nul  quel  qu'il  fut  autre  que  luy .  . .  n'y  pooit  pesquier, 
fouyr,  imghier,  copper  herbes,  cruaulx  et  autres  choses  (Hautcœur,  Cart.  de 
Yéglise  Saint-Pierre  de  Lille,  I,  1076).  —  Les  dit  Martin  Mulier  et  aultres  atout 
un  bacquet  entré  en  icelle  eauwe.  .  .  avoient  ivaghié  et  esté  certaine  quantité 
déterre  et  bray  (//'/</.,  I,  1076). 

Waglot.  —  i7i8.Sera  nécessaire.  . .  de  coupper  toutes  choques,  uoglots 
roseaux,  werpins  et  toutes  autres  arbroves  donnant  empêchement  au  cours  de 
la  rivière  (Texte  ivallon,  cité  dans  Godcfroy,  werpin). 

Waiche.  —  xve-xvi=  S.  On  temps  que  les  Borguignons  passoient  par  la 
terre  de  Metz,  ung  de  leurs  compaignons  avoit  esté  trowé  a  une  îvaiche  ; 
ils  le  mirent  en  la  main  de  justice  a  Metz.  . .,  et  il  fut  brullé  entre  les  deux 
ponts  (Jacomin  Husson,  Chron.de  Met^,  p.  p.  Michelant,  181). 

Warret.  —  xiiF  s.  Chil  qui  mainent  vin  aval  le  vile  doivent  avoir  a  leur 
carete  .1.  luisil  et  un  warret  (Giry,  Histoire  de  Saint-Onier,  308). 

Wauller  ',  conduire  des  trains  de  bois  ;  îVanllonr,  celui  qui  les  conduit. 
—  En  celle  année  (1428)  fuit  passé  que  les  luauUours  menroient  leurs  planches 
et  saipins  parmey  la  Cité,  et  commençoit  le  premier  umdkr  le  xix^  jour  de 
novembre  (Jacomin  Husson,  Chron.  de  Met^,  p.  p.  Michelant,  217). 

Welne.  —  xive  s.  Et  ainsi  ordonnés  passèrent  par  le  ivelne  de  Saint- 
Omer,  et  s'en  alla  le  roy  logier  a  une  ville  qu'on  appelle  Ausque  (Ystore  et 
Chroniques  de  Flandre,  p.  p.  Kervyn,  II,  68). 

Wende,  wendelle  ^  —  1433-  Chevaulx  chargiés  de  weudeUe  ou  de  ivende 
doivent  chacun  .11.  d.  (De  Beauvillé,  Hist.  de  Montdidier,  II,  466). 


1.  Sous  GAULIERE,  Godcfroy  renvoie  à  un  verbe  ccv»(/t';-  qu'on  chercherait 
en  vain. 

2.  [Lire  prohahlement  iveude,îL'eudelle,  c'est-à-dire  o-iu/Jc,  plante  tinctoriale. 
—  A.  Th.l 


4^6  A.    DELBOULLE 

WoiN,  sorte  de  blé.  —  1568.  A  Demoingel  le  menestrier,  2  sextiers  bief 
uviti.  —  I  nioiton  de  froment,  6  moitons  de  -woyi!  (B.  Prost,  Inv.  mobiliers, 
I,  146). 

WuiRURE.  —  1377-  Le  chief  monseigneur  saint  Amet  auquel  fault  une 
croceal  ymage  saint  Amé...,  une  bandelette  d'argent  ou  doit  estre  le  nom  de 
Sainte  Clossend,  et  .111.  ivuirures  du  dit  chief  (Dchaisnes,  Doc.  conc.  l'hist. 
de  l'art  dans  la  Flandre,  542). 

Xallat,  grain  de  raisin.  —  xve-xvie  s.  Le  garçon  gettit  une  pierrette  aussi 
grosse  qu'une  single,  moins  grosse  qu'un  xallat  en  jus,  tellement  l'ataindit 
dairien  l'oreille  qu'il  la  gettit  (la  fillette)  toute  morte  (Jacomin  Husson, 
Cbron.  de  Met^,  p.  p.  Michclant,  296). 

Xeulle.  —  Il  y  avoit  ung  appelé  Geraird  Noirel  qui  estoit  banni  de  Meis 
pour  sa  malvaise  vie  ;  il  se  presentit  d'être  bouriaulx,  fut  receu  et  fuit  abillié 
tout  de  nuef  de  blanc  et  de  noir  et  une  xeulle  a  long  de  son  bras,  car  il  estoit 
plus  désiré  qu'ung  loup  (Jacomin  Husson,  Chron.  de  Met^,  p.  p.  Michelant, 
241). 

Xrispal.  —  1542.  Une  croys  d'argent  garnie  de  xrispal.  —  Un  petit  reli- 
quaire d'argent  douré  tout  rond,  en  xrispal.  —  Ung  coffre  de  cyprès  tout 
peint,  la  ou  respouse  ung  autre  petit  coffre,  et  dedans  la  saincte  espine, 
dedans  un  xrispal  (Fabre,  Trésor  de  la  chapelle  des  ducs  de  Savoie,  147  et  148). 

YssE  '.  —  xiv«=  s.  : 

Mort  suv  par  la  desloial  ysse, 
Et  estranglés  par  sa  malice. 
J.  Le  Fevre,  Lamentations  de  Matheolus,  p.  p.  Van  Hamel,  II,  161. 

Que  soit  tort  ou  droit,  la  mz\t  ysse 
Veult  que  son  mary  obéisse. 

Ihid.,  m,  161. 

YVERÉ.  —  Xllie  S.   : 

Et  li  auquant  en  sont  a  la  terre  enversé 
Qui  mais  n'en  lèveront  si  ara  yverè. 

Doon  de  Maience,  1003,  Ane.  Poètes. 

YviERE.  —  1364.  Noix  et  poires...,  plain  penier  de  poires  yi'ieres  (Prost, 
Inv.  mobiliers,  I,  53). 


I.    Yssa  dans  le  latin  de  Matheolus,  liv.  II,  2696. 


MOTS    OBSCURS    ET    RARES  427 

YvROX.  —  1366.  Une  aichote...,  unceschaulbrc  a  rouhier,  2  wiohs  (Prost, 
luv.  mobiliers,  I,  82). 

Zf.rmine.    —  1542.  Vingt  trois  aultres  corporaux  de  toile  :^t'/'H//«e  (Fabre, 
Trfsor  de  la  chapelle  des  ducs  de  Savoie,  155). 

ZucHE '.   —  1)19-   En  ceste   isle  naist...    succres,    melons,  concombres, 
~tiches,  raphancs,  oignons  (Voyage  d'Aiit.  Pigaphctta,p.  p.  Schefer,  344). 

A.  Delboulle  \ 


1.  [C'est  l'ital.  -ticca  «  citrouille  ».  —  A.  Th.] 

2.  [Dans  un  dernier  article  nous  donnerons  une  table  alphabétique  géné- 
rale des  mots  cités,  avec  renvoi  aux  notes  explicatives  qu'a  suscitées,  soit  ici 
soit  ailleurs,  le  recueil  si  précieux  de  notre  regretté  collaborateur.  Nous  fai- 
sons donc  de  nouveau  appel  à  la  sagacité  de  nos  lecteurs  pour  que  ce  dernier 
article  soit  aussi  nourri  que  possible.  —  Red.] 


FRAGMENTS  DU  GRAND  LIVRE 

D'UN  DRAPIER  DE  LYON 
(1320-1323) 


L'usage  des  livres  où  les  commerçants  inscrivaient  leurs  opé- 
rations a  dû  être  d'autant  plus  général  au  moyen  âge  que  les 
paiementsau  comptant  étaient  plus  rares, d'où  la  nécessité  d'une 
comptabilité  tenue  régulièrement.  Malheureusement  il  ne  nous 
est  parvenu  qu'un  bien  petit  nombre  de  ces  livres  où  nous 
trouvons  des  renseignements  si  précieux  sur  le  caractère  des 
transactions,  sur  la  valeur  relative  des  marchandises  et  des  mon- 
naies, et  en  général  sur  l'économie  domestique  et  la  vie  privée. 
Et  non  seulement  les  anciens  livres  de  commerce  sont  rares, 
mais,  la  plupart  du  temps,  ils  nous  sont  parvenus  à  l'état  de 
fragments  plus  ou  moins  endommagés.  C'est  que  ces  docu- 
ments, de  nature  essentiellement  privée,  n'avaient  qu'une  uti- 
lité en  quelque  sorte  actuelle  :  lorsque  toutes  les  dettes  étaient 
réglées,  on  les  détruisait,  et,  en  tout  cas,  ils  avaient  bien  peu  de 
chances  de  survivre  à  l'établissement  où  ils  avaient  été  écrits. 
C'est  par  suite  de  circonstances  exceptionnelles  que  les  livres 
des  frères  Bonis,  marchands  de  Montauban  ',  ont  trouvé  asile 
dans  les  archives  de  Tarn-et-Garonne.  Le  Livre-journal  d'Ugo 
Tcralh,  drapier  de  Forcalquier  %  celui  de  Joan  Saval,  drapier 
de  Carcassonne  '  sont  réduits  à  quelques  feuillets  mutilés  que 


1.  Publiés  par  M.  Ed.  Forestié;  voir  Roviania,  XX,  170;  XXV,  475. 

2.  Notices   et   extraits  des  mss.,  XXXVI,  129-170.  Cf.  Romania,  XXVIII, 
152. 

3.  Bulletin  hist.  et  pJiilol.  du   Coviite  des  travaux  historiques,  1901,  pp    423 
et  suiv.  Voir  Romania,  XXXIV,  625. 


GRAND    LIVRE    d'u.\    DRAPIER    DE    LYO\  429 

nous  ont  conserves  de  vieilles  reliures.  C'est  encore  au 
livre  d'un  marchand  drapier  qu'ont  appartenu  les  précieux 
fragments  publiés  ci-après.  J'en  dois  la  communication  à 
M.  Georges  Guigue,  archiviste  du  Rhône,  bien  connu  par  ses 
publications  sur  l'histoire  de  Lyon,  dont  plusieurs  nous  ont 
fourni  d'intéressants  documents  sur  la  langue  du  Lyonnais". 
Ils  appartiennent  à  un  fonds,  non  encore  classé,  des  archives 
du  Rhône.  Ils  se  composent  de  deux  grands  feuillets  entiers, 
sauf  de  nombreuses  lacunes,  et  d'un  morceau  formant  le  bas 
d'un  troisième  feuillet.  Ils  sont  en  papier,  et  écrits  à  deux 
colonnes.  Les  deux  feuillets  entiers  ont  40  centimètres  de  hau- 
teur et  3  I  de  largeur;  ils  sont  cotés  respectivement  xv  et  xx. 
Le  feuillet  xv  a  36  lignes  par  colonne;  le  feuillet  xx  n'en  a  que 
31.  Quant  au  fragment  il  n'en  reste,,  au  recto,  que  6  lignes 
pour  la  première  colonne  et  5  pour  la  seconde  ;  au  verso  il  n'y 
a  que  5  lignes  d'écriture  sur  la  seconde  colonne  -. 

Le  livre  de  ce  drapier,  dont  le  nom  nous  est  inconnu,  n'était 
pas  proprement  un  livre-journal  :  les  opérations,  dont  chacune 
est  datée,  ne  sont  pas  en  ordre  chronologique,  maissont  groupées 
alphabétiquement  par  noms  de  débiteurs.  Les  dates  sont  com- 
prises entre  les  années  1320  et  1323.  Nous  avons  donc  affaire  à 
une  sorte  de  grand  livre,  qui  ne  devait  pas  dispenser  le  commer- 
çant de  tenir  un  livre-journal  où  les  opérations  étaient  inscrites 
dans  l'ordre  où  elles  avaient  lieu.  C'est  peut-être  à  un  livre  de 
ce  genre  qualifié  de  qiiert  (cahier,  carnet)  que  se  réfère  le  ren- 
voi du  §  33  où  il  est  fait  mention  d'une  dette  inscrite  «  el  quert, 
el  xxxfol°.  »  Il  y  avait  encore  un  autre  cahier  appelé  le  «  paper 
vermeil  »,  §  52,  83,  où  on  nous  fait  savoir  qu'une  certaine 
dette  a  été  reportée.  Mais  il  y  a  aussi  des  renvois  d'un  feuillet 
à  l'autre  du  livre  même  dont  les  restes  sont  publiés  ci-après. 
Ainsi,  à  la  fin  du  §  56,  on  nous  avertit  qu'une  dette  est  repor- 
tée plus  loin  en  ce  même  livre  (^say  avant  en  set  paper),  au  feuil- 
let 24.  Au  §  59  on  se  réfère  au  fol.  147.  Au  §  éo,   on  nous 


1.  Ces  documents  ont  été  utilisJs  par  M.  Philipon  dans  sa  Phonétique  îyoji- 
naise  ;  voir  Roiinviiii,  XIII,  566-7. 

2.  Ces  feuillets,  qui  ont  été  détachés  d'une  ancienne  reliure,  sont  très  endom- 
magés et  l'écriture,  en  beaucoup  d'endroits,  a  disparu.  Nous  avons  établi 
entre  crochets  les  mots  ou  lettres  qui  ont  pu  être  restitués  avec  probabilité. 


430  p.    MEYER    ET    G.    GUIGUE 

renvoie  «  à  la  fin  de  ce  p.ipier  au  fol.  227  »  ;  d'où  l'on  peut  con- 
clure, i"  que  le  livre  dont  il  nous  est  parvenu  deux  feuillets  et 
le  fragment  d'un  troisième  comptait  au  moins  227  feuillets;  2° 
que  le  livre  avait  été  commencé  simultanément  en  deux  endroits, 
car  autrement  on  n'aurait  pas  pu  du  toi.  20  renvoyer  aux  feuil- 
lets 147  et  227. 

Notre  marchand  drapier  mentionne  parfois  les  reconnais- 
sances de  dettes  qu'il  s'était  fait  délivrer  par  ses  clients  (§  54), 
mais,  à  la  différence  de  ce  qui  s'observe  dans  les  registres  d'Ugo 
Teralh  et  de  Joan  Saval,  ces  actes  ne  sont  jamais  transcrits. 
Le  plus  souvent  il  se  contente  d'une  garantie  verbale  four- 
nie par   une  personne  de  lui  connue  dont    il    inscrit   le   nom 

(§§8,9,33.58,59)- 

Ce  document  est  en  pur  langage  lyonnais  et  par  suite 
offre  un  certain  intérêt  linguistique,  mais,  tant  pour  la  pho- 
nétique que  pour  la  morphologie,  on  n'y  remarque  aucun  fait 
qui  n'ait  été  relevé  dans  les  mémoires  de  M.  Philipon  sur  ce 
sujet  (Roiiiania,  XIII  et  XXX)  '.  On  verra  qu'ici,  comme 
en  d'autres  textes  lyonnais  du  même  temps  et  même  posté- 
rieurs, la  déclinaison  à  deux  cas  est  assez  bien  observée.  Mais 
ce  qui  concerne  le  lexique  est  plus  intéressant.  Il  y  a  beaucoup 
de  termes  spéciaux,  désignant  certaines  sortes  de  draps,  que 
j'ai  expliqués  de  mon  mieux  dans  le  vocabulaire  qui  fait  suite  à 
la  publication.  Beaucoup  de  ces  termes,  qui  souvent  sont  ici 
transcrits  sous  leur  forme  française,  parce  qu'il  s'agit  de  produits 
importés,  se  retrouvent  en  d'autres  textes  :  il  n'en  est  pas 
moins  assez  difficile  d'en  préciser  la  signification. 

Le  texte  qui  suit  est  publié  d'après  la  transcription  très 
exacte  qu'a  bien  voulu  me  communiquer  M.  Guigue.  La  colla- 
tion que  j'ai  faite  de  cette  copie  avec  le  manuscrit  ne  m'a 
fourni  que  d'insignifiantes  corrections.  Les  abréviations  sont 
résolues  en  italiques.  Les  lacunes  sont  marquées  par  des  points  ; 
lorsqu'on  a  pu  proposer  une  restitution  probable,  on  a  mis  les 
lettres  ou  mots  restitués  entre  [  ]. 

Paul  Meyer, 


I.  La  présence  d'un  /  non  étymologique  dans  le  possessif  50»/  (19,  28,  38, 
etc.)  étonne  tout  d'abord,  mais  c'est  un  fait  très  fréquent  en  lyonnais  ;  voir 
Romania,  XIII,  565. 


GRAND    LIVRE    D  UN    DRAPIER    DE    LYON  43  I 

Fol.  XV,  première  colonue. 

[i]  It.,  deyt  Bcrncrz  Barauz  c[xix  s.]  v  '.  per  pluzourz  echapollons  quel 
prit  per  p.i/tics  lo  veyn[dros  d] avant  Chalendes  MoCCC°XX. 

[2)  It.,  devt  mavs  per  iija.  =  et  diwy  de  >  reya  ecartella  de  Provyms,  viiij  s. 
V.  l'a.,  per  lo  guonel  qu'el  donct  a   j.   vignoblant  qtid  prit  sel  meynio  jor. 

(5]  It.,  devt  Bernerz  Ixx  s.  v.  per  iij  a.  et  diwy  de  pers  [emcro]  de  Pro- 
vyms, XX  s.  V.  l'a.,  per  lo  ciricot  Johannetan  que  prit  [Bcrjnerz  lo  jos  davant 
la  Sant  Clayre  ♦  M"  CCCo  XX.  Soma  x  Ib.  xvj  s.  vj  d.  v. 

[4]  It.,  deyt  mays  xij  s.  vj  d.  v.  per  diwy  a.  de  quamelim  contrafillé  de 
Malines  per  les  manges  Agnès  ma  nyeci,que  prit  GuiguonezMorethons,lo  jos 
après  Setuemo  5  Mo  CCC°  XX.  Soma  per  les  pi;»ties  de  ceta  colonpna  et  per 
los  xliij  agnex  qui  sont  en  la  colonpna  de  s[et]  follet  si  de  las  ^,  Ixv  lb.[ii]ii  s. 

[5J  It.,  deyt  mays   Brnierz   Barauz,   per  les   pâmes   qui sont 

avacuses  (?)  sus  luv  sav set  paper...  Ib.  xvij  s.  iij,  el  fullet  de 

XV.  Soma 

[6]  Deyt  mays  Bernerz que  deyt  li  si[r]e  d'Anjo  eh  set  papcr 

avant,  el  follet  de  Ixvj  et  de  1.  . .  ij.  Soma 

[7]  It.,   devt  mays  per  mosse   Guillt'rmo  d'en d'un  de  l'una  qwVl 

t  en  set  paper  s[i  de  las,  el]  follet  de vj.  Soma 

[8]  [It.],  deyt  mays  qu'el  m'a  répondu  de  payer Johan  Bey.  .  ays 

qui  les  me  deyt  ptv  d set  paper,   el  follet  de Soma 

(9]  It.,  deyt    mays  q^'cl    m'a  r[epondu]  de  p[ayer]  Guillc/mo 

enfermer  d'Enav de d. .  .nz   en   set  paper,  el  follet  de  Iv.  Soma 

X  Ib.  V. 

[10] les  parties  de  cetes ne  deyt  Bernerz  Barrauz 

el  f e:'  celuy  de  xv.  Soma  de Soma 

Fol.  I)  recto,  seconde  colonne. 

[11]  It.,  d[eyt  mays]  Bernerz  Barauz  xliij  agnex  que  ju  ly  preyta\-  conta/zz 
lo  luns  davant  Chalendes  Mo  CCCo  et  XX. 

[12]  It.,  deyt  mays  xx  florins  d'or q»'c'l  récit  co/uanz   sel   meymo 

jor;  paya  xx  florins  d'or  contanz  [lo  j]or  deuz  morz.  Soma  xliij  agnex. 
R.  7  si  de  las  en  la  soma  (?)  de  les  Ixv  Ib.  iiij.  s.  v. 

1.  Sous  viennois. 

2.  Abréviation  à\iu)ia,  aunes. 

3.  Ici  qtidin  (pour  q lia inel in),  mot  qui  a  été  biffé. 

4.  Saint  Claire,  i^r  janvier. 

5.  En  1321  (n.  st.)  la  Septuagésime  tombe  le  15  février;  donc  le  jeudi  sui- 
vant est  le  19. 

6.  Ici  auprès. 

7.  Pour  rem  Ha? 


432  p.    MEYER    ET    G.    GUIGUE 

[15]  De  czo  a  paya  Birner?  Barauz  per  les  pa/ties  qui  sont  avacues  say 
arerzel  follet  de  xij.  Soma  perlos  paymenz  vij  c.  et  lij  Ib.  v. 

[14]  Soma  Tper  tôt  czo  que  Bernerz  Barauz  deyt  de  romanent,  conta  entre 
mey  et  luy  de  stot  '  czo  que  li  ons  devit  a  l'atro  de  tôt  lo  teyns  passa  uo  le 
jor  de  quareymentrant  lo  vyel  '  Mo  CCCo  XX.  Soma  ccxxviij  Ib.  v. 

[15]  Paya  contanz  Bernerz  Barauz    lo  Barauz  (5/c),  mos   compavn 

vj  s.  de  gros  vyeuz  a  Vo  ryont  et  p.  xxxij qu'el  me  baylliet  com- 

tamz,  lo  luns  apn's  quareymentrant  lo  vyeyl  M"  CCCo  XX.  Soma  c  Ib.  v. 

[16]  It.,  paya  mays  li  diz  Berners,  ptv  czo  que  ju  li  devym  del  teyns 

Compangny  ?  comenciet  tro  lo  jor  de  quareymentrant  lo  vyeyl  Mo  CCC" 
XX.  Soma  xxviij  Ib.  xv  s.  v.  d.  v.  Soma  per  lo  rom[anent] 

[17]  .  .  .deyt  Bernerz  Barauz  mos  compains  (?) fest.  .  .  .  quarey- 
mentrant lo  vyeyl  Mo  CCCo Soma  iiijxx  xviij  Ib.  et  iiij  s.  vj  d.  v. 

[18] sire  Bernerz  Barauz  per s   qu'el  h lo  jor 

de  festa  Sant  Johan  [djecolaci  +,  en  l'ovrour  Mo  CCCo  XXI.  Soma  c 
Ib.  V. 

Fol.  XV  verso,  /""e  colonne. 

[19]  Bernerz  Barauz,  mos  compavmz,   mercerz,  de  s eyt  xvj 

Ib.    de    bons    torn.    per j»  pieci    emteri   de   r[e]ya  maubré   vert    de 

Guam  per  les  r[obes]  Est.  Guaruer  y  Gu...onet  y  a  Uguonet  soz  valez,  y  a 
Chabert  y  a  Aquaria  sont  iïl,  qu'el  prit  lo  veyndros  davant  Rueysons 
Mo  CCCo  XXI. 

[20]  It.,  dej't  mays  Bernerz  Barauz  xvij  Ib.  et  xij  s,  vj  d.  v.  [per]  vij  a.  et 
dim.  de  quamelin  vyolet  de  Brucella,  xlvij  s.  v.  .  .  per  la  roba  Agnes  ma 
nyeci,  que  prit  Bernerz,  lo  marz  de  Rueysons  Mo  CCCo  XXI. 

[21]  It.,  deyt  mays  vj  Ib.  et  xvj  s.  vj  d.  v.  per  vj  a.  el  dim.  de  reya  de  Guam, 
xxj  s.  v.  l'a.,  per  la  roba  Esievenet  de  Meunay. 

[22]  It.,  deyt  mays  xxxj  s.  v.  per  la  penna  del  ciricot  et  del  chapiron 
Estevenet  de  Meunay. 

[23]  It.,  deyt  mays  sire  B^nierz  xxxiiij  s.  parizis  bons,  los  quauz  emproni- 
tiet  Umberz  Barauz  en  la  feyri  de  Compigny  Mo  CCCo  XXI,  les  quauz  el 
baylliet  a  Chabert  sont  fraro. 


1.  Destot  pour  de  tôt  est  comparable  à  destornay,  §  53,  pour  de  Tornay. 

2.  En  latin  «carnisprivium  vêtus  »,  le  premier  dimanche  (quadragésime) 
du  carême,  par  opposition  au  «  carnisprivium  novum  »,  qui  est  le  dimanche 
de  la  Quinquagésime.  Voir  Du  Cange,  carxiprivium. 

3.  Il  faut  vraisemblablement  restituer  avant  ce  nom  les  mots  que  lafeiri  de  ; 
cf.  §23. 

4.  La  décollation  de  saint  Jean-Baptiste,  29  août. 


GRAND    l.IVRH    d'uX    DRAPIER    DE    LYON  433 

[24)  It.,  devt  mavs  vj  s.  de  bons  torn.  pcr  j  Wrz  dol  rcya  blanc  de  que 
L'mberz  et  vitus  (i/V),queHi  '  taylHt  a  manges  que  prit  U[mb]erz  etLi  Roclii 
la  veylli  de  Pentecostes  M"  CGC»  XXI  ^ 

[25]  It.,  deyt  mavs  x  s.  v.  pcr  lo  romanent  de  dim.  a.  de  megrana  de 
Malines  p<v  les  chances  Unibtvt  qu'el  prit  lo  sando  après  la  s.  Johan 
iMo  CCCoXXI. 

[26]  It.,  deyt  xij  s.  vj  d.  v.  pcr  lo  romanent  de  dim.  a.  de  megrana  de 
Malines  per  les  chances  qu'el  donet  a  Peronyn  de  Varey,  qu'el  prit  lo  niarz 
après  la  sant  Bertholomeu  '  M"  CCCo  XXI. 

[27]  It.,  deyt  xj  s.  vj  d.  v.  per  dim.  a.  de  vert  de  boys  de  Lovaymg  piT 
les  chauces  Umbert  Baral  que  prit  Umberz  lo  veyndros  après  la  s.  Michiel. 

(28]  It.,  devt  mavs  Bernerz,  que  Estevenez  de  Meunay  balliet  a  Chabert 
Baral  sont  fil  al  Landit  M"  CCCo  XXI,  xxx  gros  [vjyeuz  et  j  agnel  d'or. 

[29]  It.,  deyt  mavs  Bernerz  mos  compay.  .  .  vj  Ib.  et  xv  s.  per  ix  a.  de  bifla 
malbrea  de  Provyms,  xv  s.  v.  l'a.,  per  les  robes  auz  effanz. 

[30]  It.,  deyt  xlv  s.  v.  per  iij  a.  de  ta.  .  .ne  d'embouialle  (?),  xv  s.  v.  l'a., 
per  chauces  auz  effanz  y  a  seuz  de  l'ovrour. 

(31]  It.,  deyt  viij  s.  v.  per  j  terz  de  quamelin  de  Malines  per  les  chauces 
Agnès  ma  nieci  que  prit  Bernerz  Barauz  lo  luns  après  festa  S.  Denis  + 
Mo  CCCo  XXI. 

[32]  It.,  devt  X  s.  v.  per  dim.  a.  de  reya  de  Gu[am  per]  la  mala  [cjota 
Umbert  sont  fil.  Soma  per  ceta  colonpn[a]  que  [dey]t  Berners  Barauz  Ixiiij  Ib. 
vij  ^.  viij  d.  V. 

Feuillet  XV verso,  seconde  colonne. 

[33]  It.,  deyt  mays  Bivrnerz  Barauz  vj  Ib.  v.,  les  quauz  el  m'a  repondu  de 
payer  per  Bi;niert  Durant,  l'ecuer  al  seygnour  d'Amjo  qui  les  devit  el  quert  el 
xxx  folo,  et  czo  fut  per  lo  romanent  de  x  a.  de  biffa  tiolea  de  Provyms  qui  fut 
per  j  moyno,  et  czo  repondit  B(;;nerz  lo  marz  de  Rueysons  Mo  CGC"  XXI. 
[54]  It.,  deyt  mays  sire  Bernerz  Barauz  Ivii  s.  torn.  bons  per  iij  a.  de  qua- 
melim  nay  d'Amyens  per  la  mala  cota  Estevenet  de  Meunay  qui  preys  la 
semana  davant  la  Thossanz  Mo  CCCo  XX. 

[35]  It.,  deyt  Ivij  s.  vj  d.  v.  per  la  meytia  de  vj  a.  e  iij  quarz  de  quamelim 
de  Provyms  per  sa  (sic)  la  mala  cota  Estevenet  de  Meunay  d'ivert,  (\ni  fut 
preyza  lo  sando  après  festa  sant  Denys  s  Mo  CCCo  XXI. 


1 .  Pour  que  li. 

2.  En  1521  la  Pentecôte  tombe  le  7  juin. 

3.  Le  25  août. 

4.  Le  12  octobre. 

5.  Le  10  octobre. 

Rumania,  XXX  y 


434  P-    MEYER    ET   G.    GUIGUE 

[36]  [It.],  d[eyt]  XV  s.  V.    piT  la  penna  del  chapyron  Estevenct  de  M[cu]- 
nay.  Sonia  xiij  Ib.  iij  s.  ix  d.  v. 

[37]  It.,  deyt  mavs  [Berjnerz  [xxvijj  s.  v.  per  j»  a.  de  vert  jauno  d'Uy, 
XV  s.  V.  l'a.,  et  pcr  j»  a.  de  blanc,  xij  s.  v.  l'a.,  et  pcr  j  t^rz  de  quamelini  de 

Malines    xxvij    s.   v.[ q]u'el    prit    lo    jor  de    festa    sant    Thomas' 

Mo  CCCo  XXI. 

[38]  It.,  deyt  XX  s.  v.  bons  pr/j^a.  depcrsemcro  de  Sanz  qu'el  donct,  qu'el 
prit  lo  mercros  davant  Chalendes  '  M»  CCCo  XXI. 

[39]  It.,  deyt  X  s.  v.  p^;-  dim.  a.  de  ccl  meymo  pers  desus  quel  tramyt 
a  sont  procureur  a  Vyanna. 

[40]  It.,  deyt  maysviij  s.  v.  per  dim.  a.  de  quamelim  d'Uy  Tper  les  chauces 
Umb<'/t,  qu'el  prit  lo  marz  sanz  M"  CCCo  XXI. 

[41]  It.,  devt  mays  vj  Ib.  xviij  s.  v.  p^;-  vj  a.  tant  de  moré,  quant  de  sorcer 
de  Lovaymg,  xxiij  s.  v.  Vâ.,per  la  roba  Estevenet  de  Meunav  quifu[t  pjreyza 
lo  marz  davant  Rampauz  J  M"  CCCo  XXI. 

[42]  It.,  deyt  mays  xx.wiij  s.  v.  per  j»  penna  de  Barbaria  de  ciricot  et  per  la 
penna  del  chapiron  qui  furont  preyzes  chés  Amdreu  Noyel  et  chés  Marquarer 
lo  pelleterz  d'utra  Sauna. 

[45]  It.,  devt  mavs  Bernerz  xij  s.  v.  pet-  dim.  a.  de  quamelim  de  Malines 
per  les  chauces  Umbert,  qu'el  prit  lo  mercros  davant  Chalemdes'' 
Mo  CCCo  XXI. 

[44]  It.,    deyt    mays    [Bernejrz  xij  Ib s.v.    per  viij    a.    de    qua- 

melin  sarpolle   de Agnes,  ma    nieci    de  ça  que   prit 

davant    Ruevsons   Mo  CCCo    XXII.    Soma ceta  colompna    que 

deyt  Bernerz  Barauz,  xxxviij  Ib.  xv  s.  ix  d.  v. 

Feuillet  XX,  recto,  previière  colonne. 

[45]  Bernerz  de  les  Molles,  borgeys  de  Montluel,  deyt  xvj  Ib.  v.  boms  p^r 
una  pieci  emteri  de  quamelim  de  Provyms  per  les  robes  a  soz  efFanz  qu'el 
prit  et  fr[ar]e  Peros  de  Montluel,  lo  sandos  apn-s  la  Thossanz  >  Mo  CCCo 
XXI. 

[46]  It.,deyt  mays  vij  s.  v.  per  dira.  a.  de  blanc  per  ses  chauces  qu'el  prit 
sel  meymo  jor.  Soma  xvj  Ib.  vij  s.  v. 

[47]  It.,  xij  Ib.  v.  comtamz  li  valez  sire  Bernert  de  les  Molles,  qui  yté  en 


1.  Le  21  décembre. 

2.  Le  23  décembre. 

3.  Le  7  avril  (le  dimahchc  des  Rameaux  étant  le  12)  1321,  si  l'année 
commençait  au  25  mars.  Si  l'année  commençait  à  Pâques  ce  serait  le  30  mars 
1322. 

4.  Le  23  décembre. 

5.  Le  7  novembre. 


GRAND    LIVRE    D  UN    DRAPIER    DE    LYON  435 

sa  niay/.on  verz  saut  Vimccnt,  lo  sando  davant  la  rcvclaci  sant  Estevcn  ' 
Mo  r.CCo  XXII.  Sonia  iiij  Ib.  vij  s.  v. 

[48]  It.,  xl  s.,  i)  d.  menz,  paia  comtant  Peros  so/.  valez,  lo  vcyndros  après 

la  nieost  -  M"  CGC»  XXIII.  It.,  xx   s.   v.  paya  conta//z er  Peros,  la 

veylli  de  la  Sant  Michiel.  Sonia  xxvij  s.  et  ij  d. 

[49]  It.,  devtmays  Btvnerz  de  les  Molles  xlv  s.  v.  bons  p^T  iij  a.  de  cuw/ta 
d'Ipra,  p^r  lo  guonel  Matheu  sont  fil,  a  rayzou  de  xv  s.  v.  l'a.,  que  p/Zt  frare 
Peros  de  Montluel.  Sonia  Ixxij  s.  ij.  d.  v.  Paya  xl  s.  v.  contanz  Guillcrmyns 
[s]oz  fiLiz,  lo  luns  après  quareynientrant  lo  vyeyl  M"  CCC°  et  XXIII. 

[50]  Bozonez  lirecomdire  deyt  xvj  s.  v.  yicr  ]■>  a.  de  quanielim  d'Uy  <\iu'  fut 
p^/-  lo  fil  Bernert  de  les  Molles,  et  fut  preys  lo  jos  davant  la  nieost  3 
Mo  CCCo  XXIII.  Remdu  l'auna  que  nos  aveu  em  Tovrour. 

[51)  It.,  deyt  niays  Bozonez  vj  s.  v.  ptT  j  t^^z  de  bruneta  de  Sanz,  pcr  les 
chaucci  si  niollfr  q;i"/lli  prit  lo  niarz  après  la  sant  Martin  *  Mo  CCCo  XXIII. 

[52]  It.,  deyt  niays  viij  s.  v.  pf/- dim.  a.  de  quanielim  de  Provyms  q;(Vl 
donet  al  cliatellan  de  Montluel,  q«Vl  pr/t  le  jor  de  lesta  sant  Micolas  s 
Mo  CCCo  XXIII.  Sonia  xxxvij  s.  v.  Remua  sus  luy,  el  paper  vermeil,  el 
foillet  de  xj. 

Feuillet  XX  recto,  seconde  colonne. 

[53]  Bferl]yo[s]  li  amcliy  d'Azeu  deyt  x  s.  vj  d.  v.  per  iij  quarz  de  bloy  de 
Stornay  qu'el  prit  lo  sando  après  la  sant  Amdreu  ''  Mo  CCCo  XXI.  Paia  iiij  s. 
vj  d.  V.  comtanz.  Sonia  vij  s.  v.  Paya  vij  s.  v.  comtanz  mosse  Estevenez  de 
G[ejnas,  lendeman  de  festa  Nostra  Dama  de  setembro  v  Mo  CCCo  XXII. 

[54]  Berlyos  Luquez  de  Pusignj'a,  deyt  Ixx  s.  v.  bons  per  lo  romanent  de 
iij  a.  et  dim.  de  quamelim  maubré  de  Provyms,  xvi  s.  v.  l'a.,  et  per  lo  roma- 
nent de  iij  a.  e  j  ttrz  de  biffa  malbrea  de  Provyms,  xiiij  |s.]  v.  l'a., a  r.  ^  a  la 
sant  Juliin;  prniicipauz  payare  n'et  Johannez  Gauterz,  ecotTers  de  [Rua  MJar- 
clieri;  de  czo  aven  letrii  q;;^  récit  Johanz  de  Maçon  lo  jos  davant  Rampauz  ^ 
M"  CCCo  XXI. 

[55]  It.,  deyt  xxij  d.  per  l'ec/'/tura  [et]  per  lo  sayel  de  la  letra  de  set  dedo. 
Paya  xxxv  s.  v.  comtanz  Berlyos  Luquez,  lo  jos  après  festa  Nostra  Dama  de 


1.  Le  31  juillet. 

2.  Le  19  août. 

3.  Le  jeudi  11  août. 

4.  Le  1 5  novembre. 

5.  Le  6  décembre. 

6.  Le  3  décembre. 

7.  Le  9  septembre. 

8.  a  rendre}  Cf.  79. 

9.  Le  9  avril. 


43 é  F.    MEYER    ET    G.    GUIGUE 

se[teni]bro  Mo  CCÇ*^  XXII,  rcpoytia  tro  a  la  sant  Michicl  ■.  It.,  x...  s. 
V.  paya  contant  Berlyoz  Luqucz. 

[56]  Berliona,  li  damuysella  mossc  Emri  d'Albon,  deyt  xv  s.  v.  pcr  lo 
romanent  de  vj  a.  el  dim.  de  nioré  de  Lovayng  per  sa  roba  q/t'/lli  prit  lo 
mercros  après  Pâques  -  Mo  CCCo  XXII,  li  Bocez,  codurerz  d'utn;  Sauna,  qid 
yté  avoy  j  chapellan.  L'a  pava  xiij  s.  v.  comtanz  Berlyona,  lo  sando  davant 
la  sant  Jehan  5  M»  CGC"  et  XXII. 

Sonia  xxxij  s.  ij  d.  v.  que  deyt  sire  Bernerz.  Cez  dedos  et  remuas  sus  BtT- 
nerz  de  les  Molles  s[a]y  avant  en  set  paper,  el  follet  de  xxiiij. 

Feuillet  XX  verso,  première  colonne. 

[57]  Berners  Barauz,  mos  compayms,  deyt  x   s vyeuz  a  l'o 

ryont  p/rtas  comtamz  que  récit  uns  corduaners,  la  veylli  de  Rampauz 
Mo  CCCo  XXI  4,  per  corduam  qu'el  avit  acheta. 

[58]  II.,  deyt  mays  sire  Bernerz  Barauz  xxx  s.  v.,  los  quauz  il  m'a 
repondu  payer  per  Johannetan  qui  fut  tîlli  Johan  de  [B]onevauz  qui  yté  en  la 
rua  de  Bonevauz  qu'illi  me  devit  [per...~\  a.  de  quamclim  vyolet  de 
Provyms,  a  rayzon  de  xvj  s.  viiij  d.  l'a. 

[59]  It.,  deyt  mays  Bernerz  Barauz  viiij  Ib.  v.,  los  quauz  el  m'a  repondu 
de  payer  per  mosse  Guillcrmo  del  cont  d'un  de  Lymamz  qui  les  me  devit  say 
avant  en  set  paper  per  dranz  el  follet  de  vii'^''  vij. 

[60]  It.,  deyt  mays  Bernerz  x  Ib.  vij  s.  v.  per  lo  dedo  qu'el  m'a  repondu  de 
payer  per  Vincent  Poyhot,  sont  vignoblant  de  Sancti  Fey,  de  que  li  ecriz  et 
avacus  sus  luy.  .  .  lo  fim  de  set  paper,  el  follet  de  \h^  vij. 

[61]  It.,  deyt  mays  syres  Bernerz  vj  florins  et  x  gros,  los  quauz  Umberz 
p/;t  de  l'enpleyti  del  Landit  Mo  CCCo  XXII  qu'el  bavllet  a  Chabert  sont 
fraro,  cuy  el  fut  veyr  a  Horl[ien]s. 

[62]  It.,  deyt  mays  viiij  s.  v.  bons  per  dim.  a.  de  chaqua  de  Loverz  per 
les  chauces  Umbert  Barrai,  que  prit  Umberz  lo  luns  après  la  s.  Bertholomeu 
Mo  CCCo  XXII  s. 

[63]  It.,  deyt  xvilij  s.  v.  per  j  terz  d'acolé  de  Malynes  et  per  j  terz  de 
merande  de  Lovaymg  per  ij  payri  de  chauces  Agnes  ma  nveci,  que  prit  Li 
Rochy,  codurerz,  lo  veymdro  après  l'oytava  de  la  S.  Bertholomeu  * 
Mo  CCCo  XXII. 


1.  Le  29  septembre. 

2.  Le  14  avril. 

3.  Le  23  juin. 

4.  Le  II  avril  1521  (si  l'année  commençait  le  25   mars),    ou  le  3  avril 
1322  (si  l'année  commençait  à  Pâques). 

5.  Le  30  août. 

6.  Le  3  septembre. 


GRAND    LIVRE    D  UN    DRAPIER    DE    LYON  437 

[64]  It.,  devt  mavs  Berner/  viij  s.  v.  per  dim.  a.  de  quamelim  tiollé  de 
Malines,  per  les  chauces  Umbert,  que  p//t  Umberz  lo  veyndros  après  la  sant 
Michiel  '  Mo  CCCo  XXII. 

[65]  It.,  devt  mavs  sire  Bernerz  viiij  s.  v.  per  dim.  a.  de  vert  de  Sanz,  per 
ses  chauces,  que  pr/t  sire  Bernerz,  lo  sando  après  la  sant  Michiel  Mo  CCCo. 
XXII.  Sonia  per  les  parties  de  ccta  colonpna  que  deyt  Bernerz  -  Barauz  xl  Ib 
X  s.  viij  d. 

Feuillet  XX  verso,  seconde  colonne. 

[66]  It.,  dcyt  mays  Bernerz  Barauz  ciiij  s.  v.  bons,  per  vj  a.  dim.  del 

yry  de  Sanz,  xvj  s.  v.  l'a.,  per  la  roba  de  la  cerour  Estevent  G[uar]ner 

de  Mavsimeu,  que  prit  Bernerz  lo  luns  après  la  sani  Mychyel  ?  Mo  CCCo 
XXII.' 

[67]  It.,  deyt  mays  xlv  s.  v.  per  iij  a.  de  [cujv^rta  [d'Y]pp[r]a  per  la 
forroura  de  la  clochi  Umbert. 

[68]  It.,  deyt  mays  c  et  ij  s.  v.  per  viij  a.  et  dim.  de  blanc  de  Sant  Denys 
per  la  roba  a  una  moyni  qu'e[l]  p;/t  lo  marz  davant  la  sant  Martini  '^ 
Mo  CCC°  XXII. 

[69]  It.,  deyt  mays  Bernerz  vij  s.  v.  per  dim.  a.  de  nay  d'Uy,  per  les 
chauces  Umb^/tqu'el  prit  lo  sando  après  la  sant  Martini  s  Mo  CCCo  XXII. 

[70]  It.,  deyt  Bernerz  vij  s.  v.  per  dim.  a.  de  qu[ameli]m  vcmieyllet 
dWubenton,  per  les  chauces  Umbert  sont  fil,  que  prit  UmberzBarauz  lo  sando 
davant  la  sant  Clayre  *  Mo  CCCo  XXII. 

[71]  It.,  deyt  mays  xj  s.  iij  d.  v.  per  dim.  a.  del  reya  de.  . .  qu'el  et  vitus 
que  li  donet  [le  si]re  d'Amjo(?),  que  prit  Umberz  Barauz  lo  jos  après  la  sant 
Martimî  Mo  CCCo  XXII. 

[72]  It.,  deyt  mays  Btvnerz  xlj  florim  d'or  de  Floremci  preytas  que  li 
portiet  comtanz  Uguonez,  la  jos  après  testa  Nostra  Dama  d'Avenz  '^Mo  CCCo 
XXII. 

[73]  It.,  deyt  mays  sire  Bernerz  x  florims  d'or  que  li  portiet  Uguonez 
contant,  lo  jOr  de  festa  saniti  Luci  '  M»  CCCo  XXII. 


1.  Le  I"  octobre. 

2.  Le  2  octobre. 

3.  Le  4  octobre. 

4.  Le  9  novembre. 

5 .  Le  13  novembre. 

6.  Le  7  août. 

7.  Le  18  novembre. 

8.  Le  9  décembre. 

9.  Le  1 3  décembre. 


438  p.    MEYER    ET    G.    GUIGUE 

[74]  It.,  deyt  mays  Btvnerz  xiiij  s.  v.  per  dim.  a.  de  vcn  jauno  de  Malines 
per  les  chauces  a  Unibt'/t  sont  fil,  que  prit  Umberz  lo  veymdros  davant  festa 
sant  Thomas  d'Avenz  '  M»  CCCe  XXII. 

[75]  It.,  deyt  xl  s.  V.  ipcr  ij  a.  de  pf/s  emcro  qu'el  prit  lo  jor  de  festa  sant 
Thomas  l'apostro  -. 

[76J  It.,  devt  XV  s.  V.  ptT  j  t/ocel  que  Estevcncz  de  Meunay  amenyet  de 
Par.  3  avoy  notra  roba,  la  veylli  de  Chalendes  '  M"  CGC"  XXII. 

[77]  It.,  devt  mavs  xiiij  s.  v.  per  dim.  a.  de  blanc  de  Sant  Denys  et  per 
dim.  a.  de  quamelim  verdet  de  Sanz,  per  ij  pavri  de  chauces  a  luy  qu'el  prit 
lo  mercros  davant  Chalendes  s  Mo  CCC°  XXII. 

[78]  It.,  devt  mavs,  sire  Bernerz  iiij  Ib.  xv  s.  v.  per  iij  a.  j  terz  de  qua- 
melim de  Malines  per  lo  ciricot  Est.  de  Meunav  ^,  et  per  la  foroura  de  sont 
chapiron.  Soma  que  devt  Bernerz  per  ceta  colonpna  Ixxviiij  Ib.  xj.  s.  iij 
d.  V.  ' 

Fragment  de  feuillet;  recto,  previière  colonne. 


[79]  Montont  a  vyanneys  tôt  czo  que  nos  li  dcvvn  xv[i':]  et  ij  Ib.  x  s.  v. 
a  r.  a  la  qw/mzeyna  de  Pâques;  de  czo  lur  ay  ju  dona  letra  en  la  man  de 
Chatellar,  lo  vevmdros  davant  la  sant  Vimcent  Mo  CCC"  XXII  '.  Soma  que 
monte  tôt  czo  que  nos  li  deven  a  gros  vveuz,  soma . 

Même  fragment  ;  verso,  première  colonne. 


[80] Sanz  per  la  cota  Guillcrmetan,  a  r.  a  Chalendes,  qu'elles  dues 

prjtront  lo  sando  après  la  Thossanz  *  M°  CGC"  XXIII. 

[81]  It.,  deyvont  viij  s.  v.  per  j  terz  de  sorcille  de  Brucella,  p«';les  chaucw 
Golombetam  q;i'/lli  prit  lo  jos  d'avant  me-quarevma  '.  Soma  xxxv  s.  vj  d. 
Paya  xx  s.  v.  contant.  Soma  xv  s.  vj  d.  v. 

[82]  It.,  XV  s.  V)  d.  [v.]  pava  contant  Golonbeia  lo  jos  davant  festa  sant 
Matheu'°  Mo  GCC°  XXIIII. 


1.  Le  17  décembre. 

2.  Le  21  décembre. 

3.  Paris  ? 

4.  Le  24  décembre. 

5.  Le  22  décembre. 

6.  A  la  suite  les  mots  It.,  xv  s,  biffés. 

7.  Probablement  le  21  janvier  132^. 

8.  Le  5  novembre. 

9.  De  quelle  année? 

10.  Le  20  septembre. 


GRAND    LIVRE    D  UN    DRAPIER    DE    LYON 

Frai^meiit,  verso,  seconde  colonne. 


439 


(■85]  ...Brucella  [per]  ses  chances  q«'/lli  p;/t  lo  nuirz  après  testa  Notra 
Dama  d'Avenz  '  Mo  CCCo  XXIIII.Soma  ptv  lo  romancn  de  cetes  piirties  qui 
sont  ci  desus,  que  devt  Colombeta  d'Yrignyms  c  el  viij  s.  v.,  qui  sont  remua 
sus  le  (sic)  el  papernovo  vermeyl,  el  follet  de  xxiiij. 


GLOSSAIRE  -  INDEX 


acole  lie  Malynes,  63,  «  drap  à  raies 
doubles  et  rapprochées  »,  Douët 
d'Arcq,  Coinples  de  î'ars^euten'e, 
table,  explication  reproduite  par 
Godefroy. 

aguel,  28,  agnex  II,  12,  agneaux  d'or, 
monnaie;  voir  Du  Gange,  denan'i 
aiirei  ciim  agno,  éd.  Didot,  IV, 
489  b. 

Agnes,  4,  20,  31,  44. 

Ainay,  voy.  Enav. 

atnchy,  5  5  ? 

AmDRF.U  NOYEL,  42. 

Amjo,  Anjo,  voir  Anjou. 

Aviyens.  vov.  quamelin. 

Anjou,  le  seigneur  d'  —  (de  la  fa- 
mille   de    Roussillon),  6,   53,   71. 

Anjou,  cant.  de  Roussillon,  Isère. 

Aqu.\ri.\,  19. 

Aubenton,  70,  Aisne,  arr.  de  Vervins, 
voir  quamelin. 

avacus,  60  ;  avacusesQ),  5  ;  avacnes,  i  3  ; 
part.  p.  niasc.  sing.  su),  et  fém.  pi. 
du  verbe. . .  ? 

civoy,  56,  76,  avec. 

A^eii,  53,  Azieu,  Isère,  com.  de 
Gênas,  arr.  de  Vienne. 

Biirbaria,  voir  panna. 

Berlioka,  56. 

Berlyos  h  amchy  d'A:^eu,  55. 


BERLYOsLuaUEZ  DE  PUSIGNYA,  54-5  . 

Bernert  Durant,  33. 

Bernerz  Barauz,  1-20,  30-1,  36, 
44,  56-61,  66-74,  78. 

Bernerz  de  les  Molles,  45-6,  49- 
50. 

biffa  —  malhrea  de  Provyms,  29,  54; 
—  tiolea  de  Provyms,  3  3 .  La  biffe 
était  une  étoffe  légère  de  laine. 
Celle  de  Provins  était  renommée  ; 
voir  Bourquelot,  Etudes  sur  les 
foires  de  Champagne,  I,  231. 

blanc,  46,  —  de  Sant  Denys,  68,  77, 
étoffe  blanche,  selon  Douët  d'Arcq, 
Compta  de  l'argenterie,  table,  et 
Godefrov,  qui  citent  le  blanc  d'Y- 
pres,  le  blanc  de  Bruxelles  et  celui 
de  Louvain,  et  considèrent  ce  mot 
comme  l'équivalent  de  hianchet. 
Bourquelot  (Et.  sur  les  foires  de 
Chanip.,  I,  238)  ne  définit  pas  cette 
étoffe.  Mais  St.  Bormans,  Glossaire 
technologique  du  métier  des  drapiers 
(dans  le  Bull,  de  la  Soc.  liégeoise  de 
littérature  wallonne,  IX,  244),  ex- 
plique i<  blanc  drap  »  par  «  drap 
tissé  et  foulé,  mais  pas  encore 
teint  ». 

bloy  de  Stornay  (Tournai),  53,  «  drap 
teint  en  bleu,  soit  en  laine  soit  en 
pièce,  signifiait  autrefois  une  étoffe 


I .  Le  II  décembre. 


440  p.    MEYER    ET    G.    GUIGUE 

d'une    couleur    quelconque    teinte  Chatellar,  79. 

deux  fois,  la  première  en  laine  ou  ciricot,  3,  22,  42,  78,  surcot.  Ce  mot 

en  échevaux,  la  seconde   en  pièce,  se  trouve,  sous  la    forme   siricot  ' 

par  opposition  avec  le  drap  blanc»,  dans  le  Livre  déraison  iV  un  bourgeois 

St.   Bormans,    Gloss.    technologique,  de  Lyon   an  XIV<^  siècle,  publié  par 

sous  bleu  drap.  Le   «  bleu  d'Abbe-  M.  Georges   Guigue  (Lyon,  1882), 

ville  n    est   cité   par    Godefroi,  au  p.  30. 

Comph'ment .  Du  blan  de  provenan-  clochi,  6-j,  cloche,  manteau, 

ces   très    diverses   est   mentionné  à  codurer^,    56,   63,    couturier;   cuderer 

maintes  reprises  dans  le  Livre-jour-  dans  le  Livre  déraison  d'un  bourgeois 

nal  de  Teralh  ;  voir  à  la  table.  de  Lyon,  p.  27. 

BocEZ.  Li,  $6.  CoLOMBETA,  82,  83,  nom  de  femme; 

Boncvaus,  58,  probablement  l'un   des  Colonbetam,  81,  au  cas  régime, 

deux  hameaux  qui  portent  actuelle-  Compangny,  16,  Compiègne,  Oise. 

ment  lenom  de  Bonneveau,  appar-  Coiiipigny,     23,    Compigny,    Yonne, 

tenant     tous    deux     à     l'arr.     de  arr.  de   Sens  ?  Mais  il  est  ici  ques- 

Vienne,  l'un  dans  la  com.  d'Arzay,  tiou  d'une  foire  tenue  dans  la  loca- 

l'autre  dans  celle  de  Villeneuve  de  lité  ainsi   nommée,  et  il  ne  paraît 

Marc.  pas  qu'il  y  ait  jamais  eu  à  Compi- 

BozoNEZ,  so,  51.  guv  une  foire  de  quelque  impor- 

Britcella,  voy.  quamelin,  sorcille.  portance.  Il  faut  probablement  iden- 

bruneta  de  San^,  51,  brunette  de  Sens,  tifi'er  ce  lieu  avec  Compiègne  ;  voir 

drap    léger    de  teinte    foncée.    Se  l'article  précédent, 

fabriquait  surtout  dans  les  Flandres  contrafiUc,  quamelin  —  de  Malines,  4. 

(Bourquelot,  Foires  de  Champagne,  Cf.    «    .j.    autre   [convertouer]   de 

I,  237),  et  aussi  en  Languedoc  (Ugo  contrefille  (contrefillé?)   fourré   de 

Teralh).  connins   ».    Douët    d'Arcq,    Nouv. 

comptes  de  Targenterie,  p.  103. 

camelin,  voir  quamelin.  corduam,  57,  cordouan,  cuir  de  Cor- 

cel,  set,  5,  6,7;  ce-,  56;  fém.  cela,  4,  ^^^^^^ 

32;plur.  cetes,   10,   83,   cet,  cette,  ^^,j,,,./,,    ^fjp,.^^    ^ç),  67;   c'est  plutôt 

*"*^"^^"  une  sorte  de  drap  qu'une  couver- 

Chabert  Baral,  19,  23,  28,  61.  ^ure.    On  connaît  les    couvertures 

Chalendes,  i.  Il,  38,  76,  80,  Noèl.  j^  Provins;  voir  Bourquelot,  Foires 

chapiron,  22,  36,  78,  chaperon.  ,/,  Champagne,  l,  240. 
chaqua  de  Lover^,  62,  le  même  que  le 

prov.  eschacat,  eschaquat  (Ugo  Te-  dedo   55,   dedos   56;    dedi,  60;  dette, 

ralh),    échiqùeté;  Du  Gange,  5caa(-  masc. 

tus  ;  Godefroy,  eschiq.ueté.  rfra?;;^,  per  —  59  (et  p.-ê.  9  ?)  pour  dreit 


I .  L'édition  'porte  sicicot  suivi  d'un  point  d'interrogation,  mais  il  faut 
sûrement  lire  siricot,  comme  j'ai  pu  le  vérifier  sur  le  fac-simile  que  nous 
possédons  à  rÉcoL-  des  Chartes  de  la  page  où  se  trouve  ce  mot  (n°  229  des 
héliogravures). 


GRAND    LIVRE    D  UM  DRAPIER    DE    LYON                      44I 

>iii-,  ci-dessus  ?  cf.  Puitspelu,  dra-  Florcmci,  Florence,  72. 

LA,DRAQUi(et  aussi,  dans  le  Nord,  follet,  4,    6,  7,  8,   9,    etc.;  J'ullet,  5; 

drouchi,  diùitla).  feuillet. 

,    -,                    ,^     ..^  foroiira,  61,  78,  fourrure. 

ecarlela,  n-xa — de  Provynis,   2.  Douet  -^            >     /./    > 

d'Arcq    (Comptes    de     l'iDjenterief  Gt'//fl5,  Isère,  arr.  de  Vienne,  5 3. 

table)  cite   escarteleiire,    «   division  ^^ros  vieii^    a    l'o  ryont,  1^,    57,    gros 

d'une  chose  quelconque  par  quar-  tournois  où  Va  de  Tiironus  est  rond, 

tiers  »,  mais  on  ne  voit  pas  bien  tandis  qu'en    d'autres   gros    il    est 

comment  une  étotTe  ravée  peut  être  ovale;  c'est  le  tomes  d'art^ent  aiii  0 

écartelée.  redoit     d'Ugo    Teralh  ;    voir    mon 

tYà;^c)//(>Ki",  1,  coupons;  prov.  «fii/'o«-  mémoire,     p.     12,     note    i.    Gros 

/l'HH  (Mistral)  '.  Cf.  le  fr.  escapolin,  vyeiis,  78. 

«  a  remuant  or  parcel  of  a  pièce  of  Giiaiii,  Gand,  voy.  niauhré,  reya. 

stuff  »  (Cotgrave).  Guigoxez  Mokethons,  4. 

ecoffers,^4,  cordonnier  ou  mégissier  ;  Guillermetan,    80,  nom  de  femme. 

Du    Gange,    escoffkrius;    Gode-  cas  régime. 

frov,  ESCOHiER  ;  Puitspelu,  escûf-  Guillermo,  Mosse  —  7,  59. 

FIER.   Cf.    A.     Thomas,    Mélanges  Guillermyns,  49. 

d\'tyuiologie,  p.  69.  gnotiel,   2,    49,  gonelle,  sorte  de  tu- 

ecuer,  33,  écuyer.  nique.   Cette  forme    masculine  se 

emhoniiiUe,  30...?  rencontre   en   français    et  en  pro- 

emcro,  pers — ,   3,   38,  39,   75,  proba-  vençal,  quoique  plus    rare    que   la 

blement  une   étoffe  noire,  couleur  forme  féminine. 

d'encre.  On  lit  dans  les  Comptes  des  „    , .        ^      ^  , . 

^  Horhens,  61,  Orléans. 

frères  Bonis    «  per  x   aunas  morat  „                 rr 

-'                          ^  Huv,  vov.  Uy. 

encre  «  (II,  38).  .  '      .       / 

empleyti,  61,  emplette,  achat  de  mar-  i^^i,  51,  56,58,  81,  83,  elle,  cas  sujet. 

chandise.  Ipra,  Ypres,  Belgique,  voir  cuverta. 

Emri  d'Albon,  56.  Irigni,  voy.  Yrignyms. 

Enay,   9,    Ainay,    englobé  présente-  Johan  Bey.  .  .,  8. 

ment   dans   l'agglomération    lyon-  Jqhan  de  Bon'evaus,  58. 

°^'^^-  JoHANZ  DE  Maçon,  54. 

enfermer,  9,  infirmier.  Johannez  Gauterz,  54. 

Estevenet  de  Gênas,  53.  Johannet.\n,  cas  rég.,  fille  de  Johan 

Estevenet  de   Meunay,    21-2,   28,  deBonevaus,  3,  58. 

34-6,  76,  78.  yo^^  ,^  ^^  ^^^^^  jg^jj^ 

Estevent  Gcarner,  de  Maysimeu, 


19,  66. 


Landit,  28,  61,  Lendit,  foire  célèbre 
qui  se  tenait  à  Saint-Denis  au  mois 
feyri,  23,  foire.  de  juin. 

I.  En  anc.  prov.  on  a  escapolon  {Rev.    des  soc.   sav.,    6^  série,  I,   547)  et 
scapol  (Portai,  Hist.  de  Cordes,  p.  602). 


442 


p.    MEYER    ET   G.    GUIGUE 


Louviers,  vov.  Lover:^. 

Lovayng,  Louvain  ;   voir  nioir,  sorcer, 
vert. 

Loi'ei:(,  Louviers,  voir  chaqua.  Les 
draps  de  Louviers  étaient  déjà 
célèbres  au  moyen  âge  ;  voir  l'in- 
ventaire de  Clémence  de  Hongrie, 
1528,  dans  Douët  d'Arcq,  M^zw.  ?«ov»o,  53,  moine. 
comptes  lie  V argenterie,  p.  94. 

hms,  II,  15,  31,  49,  lundi. 


de  drap.  More  masc.  et  moréc  fém> 
sont  aussi  mentionnés  comme  noms 
d'une  sorte  de  drap.  C'est  à  tort  que 
l'éditeur  des  Comptes  des  frères  Bonis 
(au  glossaire)  traduit  morat  par 
«  drap  moiré.  » 
moyni,  68,  religieuse. 


nay, —  d'Uy,  69;  quamelim  —  d'A- 
myens,  54.  «  On  appelait  drap  naïf 
celui  dont  la  chaîne  et  la  trame 
étaient  de  même  qualité  »  (Douët 
d'Arcq,  Comptes  de  l'argenterie, 
table)  ;  c'est  l'interprétation  que 
donne  le  Livre  des  métiers  (ÏÈÛQnnt 
Boileau.  Cf.  Roviania,  XXX,  401. 


malbrea,  voir  biffa,  mauhrc. 

Malincs,  \'o\r  acolé,  contrefillé,  megrana, 

quamelin,  vert  jaimo. 
manges,  4,  24,  manches. 
Marciuarer,  42. 
mari,  20,  26,  51,  mardi. 
Matheus,  49,   fils  de  Bernert  de  les 

Molles. 
maiibré  vert  de  Giiam,    19,  drap  mar- 
bré, tissu  avec  des  laines  de  diverses 

couleurs;     voir      Douët     d'Arcq,    ^«^^5 /w;5,  23,  sous  parisis. 

Co?nptes  de  l'argenterie,  table  p^,,i„a^  22,  36,  doublure;  t/^  Barbaria, 

Maysimeu,  66,   Meximieux,   Ain,  arr.         ,2. 

de  Trévoux,  ou  Messimy,  cant.  de    Perqnyn  de  Varev,  26. 

Vaugeray,  arr.  de  Lyon.  Peros,  48. 

megrana  de  Malines,  25,  26,  probable-    Perqs  de  Montluel,.49. 

ment  une   étoffe  dont    la    couleur   p^y^  emcro   de  Provyms,  voir  emcro. 


0  rvont,  vov.  gros. 

Orléans,  voy.  Horliens. 

avrour,  18,  30,  50,  ouvroir,  atelier. 


rappelle  celle  de  la  grenade. 

nierande  de  Lovayng,  63,  sorte  d'étoffe 
sur  laquelle  je  n'ai  pas  d'autre  té- 
moignage. 

mercros,  43,  78,  mercredi. 

Meunay,  41,  Mionnay,  Ain,  cant.  de 
Trévoux. 

monnaies,  voir  agnel,  gros,  parists. 

Mont  fuel,  4'),  52,  Montluel,  Ain,  arr. 
de  Trévoux. 

tnoré de  Lovayng,  41, 56. probablement 
l'équivalent  des  patini  morati  do  Du 
Cange;  étoffe  foncée.  More,  nd]., 
est  enregistré  dans  Godefrov 
comme  qualificatif  de  diverses  sortes 


Provyms,  Provins  ;  voir  biffa,  ecartela, 

pers,  quamelim. 
Pusignya,  54,  Pusignan,  Isère,  arr.  de 

Vienne,    ou    Pusignieu,    Isère,  arr. 

de  La  Tour  du  Pin. 

qnamelin,  quamelim,  —  contrafiUè  de 
Malines,  4  ; —  nay  d'Amyens,  34;  — 
vyolet  de  Brucella,  20; — de  Malines, 
31,  37,43,  78;  tiolU  de  Malines, 
64;  de  Proi'yms,  35,  45,  52;  — 
vyolet  de  Provyms,  58;  verdet  de 
Sani,  77  ;  —  vermeyllet  d'Aubenton, 
70;  —  d'Uy,  40,  50;  sarpollé,  44. 
Le  camelin     était     un    drap   assez 


GRAND    LIVRE    d'ux    DRAPIER  DE    LYON 


443 


ordinaire  qui  ne  doit  pas  être  con- 
fondu avec  le  caïuelot,  étoffe  beau- 
coup plus  précieuse  et  d'origine 
orientale,  quoique  cependant  cer- 
tains documents  emploient  ces  deux 
termes  dans  le  même  sens  (Bour- 
quelot,  Foires  de  Champa^^iie,  I, 
264).  On  a  supposé  que  le  cavielin 
et  le  CiUiielot  étaient  faits  originaire- 
ment, de  poil  de  chameau  ;  cette 
ctvmologie  est  abandonnée  (voir 
Romiiiid,  XXX,  446,  et  cf.  Murray, 
A«c'  euglish  Didionary,  camlet), 
On  admet  que  le  cavielin  était  un 
drap  dans  la  fabrication  duquel  il 
entrait  du  poil  de  chèvre  (Douët 
d'Arcq,  Comptes  de  l'argenterie, 
table)  ;  cf.  Bonnardot,  gloss.  du 
Livre  des  métiers,  et  Godefroy.  Victor 
Gav  (Glossaire  archéologique)  donne 
une  définition  technique  du  camelin 
et  du  camelot,  Douët  d'Arcq  dit 
que  le  camelin  devait  être  un  drap 
brun,  mais  il  mentionne  lui-même 
du  camelin  blanc,  et  ici  nous  avons 
du  cam-lin  viollet  '.  Gay  dit  que  le 
camelin  était  uni  ou  jaspé,  mais 
sans  ravures  ni  dessins. 

quareymeutraiit  Iç  vyeyl,  14-17,  ^9,  le 
premier  dimanche  de  carême. 

qnari,  55,  mesure  pour  les  étoffes.  Ce 
doit  être  le  quart  de  l'aune.  Voir 
Godefrov,  au  Complément,  q.uart 

et  Q.f.\RTIER. 

quert.  53,  cahier. 

Rampans,  41,  57,  le  dimanche  des 
Rameaux. 

recomdire,  50,  qualification  d'un  cer- 
tain Bozonet. 


reya  blanc,  24;  reya  ecartella  de 
Proxy ms,  2;  reya  de  Gnam,  21, 
p;  — viauhré  vert  de  Gnam,  19. 
Les  draps  rayés  s'opposaient  aux 
draps  plains.  Ceux  de  Gand  étaient 
célèbres  (Douët  d'Arcq,  Comptes  de 
l'argenterie). 

RocHi,  Li,  —  24,  63. 

Rua  Marchcri,  54,  la  rue  Mercière,  à 
Lyon. 

Riieysons,  19,  20,  53,  44,  ''^  ^^e  des 
Rogations. 

Sancti  Fey,  60,  Sainte-Foy-lez-Lyon, 
Rhône,  cant.  de  Saint-Genis-Laval, 
ou  Sainte-Foy  l'Argentière,  cant. 
de     Saint-Laurent-de-Chamousset. 

sandos,sando,2'),  35,  45,  47»  5^,  59' 
80,  samedi. 

Sant  Detiys,  voy.  hlauc. 

Sant  Vimceni,  47,  quartier  de    Lyon. 

Sani,  Sens  (Yonne);  voy.  bruncta, 
quamelin,  verdet,  vert. 

sarpolle,  quamelim  —  44.  Je  ne  sais  si 
ce  mot  est  apparenté  à  serpol, 
«  trousseau  »,  enregistré  par  Gode- 
froy. 

Sauna,  42,  56,  Saône. 

Sens,  voir  San:!;^. 

setuemo,  4,  Septuagésime. 

sorcer  de  Lovaymg,  41.  Paraît  être  de 
la  même  famille  que  le  suivant. 

sorcille  de  Brucela,  81,  drap  couleur  de 
souci  ?  voir  Godefroy,  solsecle. 

Stornay,  Tournai,  voir  bloy. 

teri,  24,  31,  37,  SI,  54,  78,  mesure 
pour  les  étoffes  ;  terme  fréquemment 
emplové  dans  le  livre-journal  d'Ugo 
Teralh  et  dans  celui  de  Joan  Saval, 


I.  Le  livre  de  Joan  Saval,  de  Carcassonnc,  fait  mention  de  camelin  blanc, 
vert  et  vermeil. 


444 


p.    MEYER   ET   G.    GUIGUE 


où   il  désigne  très  probablement  le    l'ert  de  5<7h;^,  65. 

tiers   de  la    canne  (Portai,  2i«//('// h    vert  jauno   d'Uy,  37;  —  de  Mal  tues, 


hist.  et  phi}.,  1901,  p.  427).  Ici  c'est 
plutôt   le     tiers     d'une    aune;    cf. 
Godefroy,  tierce. 
tiollé,  quaiiieliu   —   de   Mdlines,    64; 
Uffa  tiolea  de  Pravyms,  33  ;   Gode- 


74.  Les  draps  de  Malines  étaient 
renommés  :  bons  draps  vermeils  a 
Malines  (Le  dict  des  pays,  dans 
Montaiglon,  Rec.  de  poésies  fran- 
çaises, V,  109). 


froy,  tieiilé,  «  de  couleur  de  tuile  »    veyndros,  1,19,  27,  vendredi. 

Il  est  question,  dans  les  comptes  de    vignoblant,  2,  60,  vigneron.  On  a,  au 


J.  Saval    (art.     1 1)  de  «  tettlat  de 

Carcassonna  ». 
Tournai,  voir  hloy. 
trocel,  76,  ballot  de  marchandises. 


xvie  siècle,  vignolant,  au  même 
sens,  et  vignoler,  cultiver  la  vigne 
(Godefroy)  ;  viguoulant  est  enregis- 
tré par  Puitspelu  comme  un  vieux 
mot  lyonnais. 

Vincent  Poyhot,  60. 

vitus,  24,  71,  vêtu  ? 

Vyanna,  59,  Vienne  (Isère). 


Uguonet,  19,  72-3. 

Umbert  Baral,23-5,  27,  32,  40,  43, 

61-2,  64,  71. 
Uy,  Huy  (Belgique)  ;  \oy.  nay,quame-   vyanneys,  79,  sous  viennois. 

lim,  vert  jaune. 

V,  19,  30,  et,  avant  une  voyelle. 
Varey,  Peronyn  de  — .  ypres  ',  voy.  Ipra. 

verdet  de  San^,  77.  Yrignyms,  83,  Irigni,  Rhône, cant.  de 

vert  de  hoys  deLovaymg,  27.  Saint-Genis-Laval. 


I .  Les  draps  d'Ypres  étaient  importés  jusque  dans  le  midi  de  la  France  ; 
Dou:(e  comptes  consulaires  d'Albi,  p.  p.  Aug.  Vidal,  I,  59  (n"  794)- 


FRAGMENT  D'UN  NOUVEAU  MS. 

DE    LA   CHANSON    DE    ROLAND 

(version  rimée) 


Il  s'aorit  d'un  fra2;ment  manuscrit  de  la  Chanson  de  Roland, 
trouvé  collé,  comme  garde,  sur  le  second  ais  de  la  reliure  d  un 
incunable  de  la  fin  du  xV^  siècle,  qui  contient  la  Régula  pasloia- 
lis  '  de  Grégoire  le  Grand.  Ce  volume  est  en  ma  possession 
depuis  le  mois  d'octobre  1905,  et  provient  d'une  bibliothèque 
particulière  de  Moulins  (Allier).  La  feuille  de  parchemin  formant 
garde  a  été  à  l'origine  pliée  de  façon  à  former  deux  feuillets  :  on 
voit  encore  au  milieu  les  trous  par  où  passaient  les  fils  d'assem- 
blage. Les  dimensions  de  chacun  de  ces  feuillets  sont  d'environ 
155  millimètres  pour  la  hauteur  et  de  115  pour  la  largeur  ^ 
Chaque  page  contient  27  vers,  soit,  au  total,  108  vers.  Le 
manuscrit  dont  ce  feuillet  double  est  probablement  l'unique 
débris  était  donc  un  de  ces  livres  de  petit  format  qu'on  a  appe- 
lés «  manuscrits  de  jongleur  ».  Il  y  a  une  lacune,  dont  il  est 
possible  d'apprécier  l'étendue,  entre  la  première  et  la  seconde 
moitié  du  fragment,  ce  qui  équivaut  à  dire  que  ce  feuillet 
double  n'occupait  pas  le  centre  d'un  cahier.  La  comparaison 
avec  les  autres  manuscrits  de  la  version  rimée  (qui,  on  le  sait, 
diffèrent  notablement  les  uns  des  autres),  montre  qu'il  doit 
manquer  entre  le  dernier  vers  du  premier  feuillet  et  le  premier 


1.  L'édition  est  celle  que  décrit  Hain  sous  le  n»  7981  de  son  Repertorium. 
Elle  :ort  des  presses  de  Ulrich  Zell,  qui  imprimait  à  Cologne,  entre   1465  et 

1495- 

2.  Les  mesures  prises  sur  l'écrrture,  du  premier  au  dernier  vers  de  chaque 
page,  donnent  pour  la  hauteur  135  millimètres.  La  largeur  varie  naturelle- 
ment selon  les  vers. 


aa6  g.  lavergne 

du  suivant,  onze  hiisses  au  moins  et  quatorze  au  plus.  A  sup- 
poser que  les  cahiers  du  manuscrit  aient  été  formés  de  quatre 
feuillets  doubles,  notre  fragment  devait  être  le  deuxième  feuil- 
let double  d'un  cahier. 

L'écriture,  dont  on  jugera  par  le  foc-similé  ci-joint,  est  de  la 
seconde  moitié  du  xiii'^  siècle.  Au  fol.  2  r°,  vers  le  milieu,  une 
déchirure  a  entamé  les  vers  69-72  et  96-8. 

Le  fragment  est  assez  nettement  caractérisé  au  point  de  vue 
de  la  langue.  Il  présente  les  particularités  qu'on  a  depuis  long- 
temps reconnues  dans  le  roman  de  l'Est,  notamment  en  Lor- 
raine. 

Nous  devons  maintenant  déterminer  la  place  de  notre  trag- 
mentpar  rapport  aux  trois  groupes  entre  lesquels  se  répartissent 
les  manuscrits  déjà  connus  de  la  version  rimée  :  1°  C  (Château- 
roux)  et  F  (Venise,  VII);  2°  ^(Trinity- Collège,  Cambridge); 
->°  P  (Paris),  et  L  (Lyon).  Voici  la  concordance  de  ces  manu- 
scrits avec  le  fragment.  Les  chiffres  sont  ceux  des  tirades  de 
l'édition  Fœrster  '. 


fragment. 

C 

V 

P 

T 

L 

I 

y> 

)) 

118 

» 

75 

2 

214 

206 

119 

105 

76 

3 

215 

208 

120 

104 

77 

4 

216 

210 

121 

105 

78 

S 

254 

229 

135 

117 

89 

6 

235 

230 

136 

118 

90 

7 

237 

232 

137 

119 

91 

8 

238 

233 

138 

120 

92 

9 

239 

234 

139 

121 

93 

[0 

240 

235 

140 

122 

94 

L'examen  de  ces  divers  textes  excluant  toute  parenté  du 
fragment  avec  le  premier  groupe  (C  et  F),  il  faut  s'en  tenir  à 
la  comparaison  avec  les  groupes  2  et  3. 

De  l'examen  des  vers  communs  à  ces  deux  groupes  et  au 
fragment,  il  semble  résulter  que  ces  divers  textes  proviennent 
d'mie  source  commune,  à    travers  une    série   d'intermédiaires 


I.  Das  aîtfrani.  Mandslicd ;  Text  von  Paris,  Cambridge,  Lyon.  .{Altjrani. 
Bibliothek,  t.  VII,  Heilbronn,  il 


FRAGMENT  D  UN  MS.  DE  LA  CHANSON  DE  ROLAND    447 

perdus.  Si  le  plus  souvent  notre  fragment  est  conforme  à  P  et 
L,  il  n'y  ii  pas  de  preuve  qu'il  dérive  de  P,  ou  que  P  en  pro- 
cède. De  même,  on  ne  peut  pas  dire  que  T  et  notre  fragment 
soient  en  rapport  immédiat,  quoiqu'ils  aient  des  fautes  com- 
munes. 

Il  n'y  a  donc  pour  le  moment  aucune  modification  à  appor- 
ter aux  classifications  de  MM.  Fœrster  et  Fassbender '.  Notre 
fragment  peut  du  moins  servir  à  l'établissement  d'un  texte  cri- 
tique de  la  version  rimée  de  Roland. 

G.  Lavergne. 

I  (Paris,  tirade  118,  p.  109). 


«  Si  je  m'an  fuiz  ne  doit  estre  blasmez  ;      [f.  i  r»] 

«  Por  Deu  vos  pri  que  vos  ne  m'an  hàez. 

«  Preu  sont  vandu,  jai  mar  lo  macroirez. 

«  Je  charrai  jai  se  vos  ne  me  tenez.  » 

A  icest  moz  s'asoit  li  cuens  pasmez. 

Ro.  lo  drace  que  plore  de  pidé  ; 

De  son  bliat  ai  les  panz  copcz  : 

Gatier  an  bande  les  flanz  et  les  cotez. 

II  (Paris,  tirade  119,  p.  109). 
«  Sire  Gatier  »,  ço  dit  li  cuens  Ro., 
«  Bandé  vos  ai  les  costez  et  les  flanz. 
«  Se  m'ait  Dex,  de  vos  suis  (sic)  molt  dolanz, 
«  Q.uar  prodons  estes  et  chevalier  vaillanz. 
«  Je  vos  charjai  mes  chevalier  les  Franz  : 
«  Randez  les  moi  ;  li  bosoinz  i  est  granz. 
—  Nés  varez  mais  »,  ço  dit  Gatiers  li  Frans  ; 


I  Ce  vers  se  retrouve  à  peu  près  dans  la  laisse  suivante  de   P  T  L.  —  2  L 
vos  proi,  PL  blasmez  —  3  P  Chier  sui  vendus  ja  m.  en  douterez,  L  manque 

—  4L  manque  —  5  P  chai  Gautiers,  L  se  fu  G.  p.  —  6  P  l'en  lieve,  L  Li 
cuens  R.  a  de  pidié  plorez  —  7  P  avoit  .j.  p.,  L  a  les  .ij.  p.  —  Toute  la  laisse 
manque  dans  T  —  9  r  li  bon  —  10  T  manque  —  11   PL  Si  m'ait;  T  manque 

—  12  L  Que  p.,  r  manque  —  13  P  L  T  mil,  P  L  T  vaillans  —  14  T 
R.  le,  P  li  b.  en  est  g.,  T  car  b.  en  ai  g.  —  15  T  jamès  ne  les  verrez  c.  d.  G. 
vivant. 

I.  Fassbender,  D/t' /;-a«^.  Rolandshandschriften .  .  .    Inauç;.   Di^sert     Bonn 
1887,  38  p. 


44^  G.    LAVERGNE 

«  Jes  ai  lasié  en  trop  delerous  chanp, 

«  Lai  ou  alonmes  per  lo  votre  cornant. 

«  De  Sarazins  nos  i  trovames  tant, 

«  Une  bataille  i  fis  fort  et  pesant  : 
20       <c  Tant  i  ferimes  de  noz  acerins  branz 

(c  Jusque  a  costez  fumes  tuit  en  lor  sanc  ; 

«...  mile  an  i  a  mort  gisant. 

«  Mort  sont  mui  home,  griés  an  suis  et  dolanz. 

«  Vandu  si  sont  envers  les  mescrëanz. 
25       «  De  mon  habert  m'ont  deronpu  les  panz; 

«  Plaies  an  ai  es  costez  et  es  flanz, 

«  Li  sans  an  ai  de  totes  parz  colanz.  » 


III  (Paris,  tirade  128,  p.  ni). 
I        Ro.  ai  duel,  si  est  matalentis  :  [i  vo 

Tint  Dirondar  don  li  ponz  est  brunis  '. 
30       En  la  grant  presse  se  est  maintenant  mis  : 

Cui  il  atin  (sic)  toz  est  de  la  mort  fis  ; 

A  petit  d'ore  an  i  a  vint  ocis. 

Et  G.  XV.  et  l'arcevaque  dix. 

Adon  esc[r]ient  Sarazins  et  pais  : 
55       «  Tant  nos  ont  fait  ne  doivent  estre  pris; 

«  Tollir  nos  vuellent  d'Espaine  lo  pais  ; 


16  P  en  tant  d.,  T ]q  les  aisl.  en  ceu  d.,  L  en  si  —  17P  La  ou  j'alai,  L 
Nos  i  alames,  T  manque  —  18  P  Tant  i  trovames  Sarras.  et  Persans,  L  i  tro- 
vames nos  t.  —  19  P  nous  vint,  T  nous  y  vint  trop  p.,  L  manque  —  20  P  o 
les  a.,L  Nos  i  f  a  noz  acerez  b.,  T  manque  —  21  P  Que  par  costez  en  issi  li 
clers  s.,  L  Li  chival  furent  jusque  es  costez  en  s.,  T  manque —  22  P  L  .m.,  T 
.LX.  m.,  L  .XXI.  m.  —  23  PL  mi,  T  les  noz  dont  trop  suv  d.,  L  s'en  ay  le 
cuer  d.  —  24  PL  se  sont,  L  entres  1.,  T  manque  —  2')  P  m'ont  rompu  toz  les 
p.,  T  manque  —  26  P  Et  plaiez  ai  les  c,  T  J'en  ay  plai  les  c,  L  Si  sui  plaiez 
les  c.  —  27  L  corans,  T  De  toutez  pars  m'en  est  chaïst  le  s.,  P  manque  — 
28  Pot  d.  si  fu  —  29  P  fu,  L  li  branz  est  forbis,  T  qui  fut  molt  bien  f  — 
30  P  s'est  li  cuens  ademis,  L  est  entrez  li  marchis,  T  fiert  sur  les  Arrabis  — 
51  L  bien  est,  T  manque—  32  T  En  molt  poy  d'o.  en  y  a  .c.  o. —  33  T  Et  G. 
.vij.  —  34  PL  Paien  s'escrient  ci  avons  maus  amis,  T  Dient  paien  cy  avon 
mauves  amis  —  35  L  manque,  T  nous  font  de  mal  et  ne  pevent  —  36  L 
Tolu  nos  ont. 

I.  Le  ms.  porte  :  trumis. 


1-RAGMENT    d'uN    MS.    DE    LA    CHANSON    DE    ROLAND         449 

«  Mal  sont  baillic  se  nos  etordent  vis. 
«  Se  mort  sont  K'.,  li  rois  de  Sain  Denis, 
«  Ne  garrirai  jusque  a  la  mer  des  Gris.  » 
40       Adonques  fut  li  estorz  resbadit. 

Mont  iîeremant  ont  les  noz  anvaïs  ; 
De  totes  part  les  corrent  assalir. 

IV  (Paris,  tirade  121,  p.  112). 
II    Li  cuens  Ro.  ot  lo  coraige  fier. 

Et  en  G.  ot  moût  bon  chevalier  ; 
4)       Et  l'arcevaques  fait  formant  a  prisier. 

Félon  piiein,  cui  Dex  dont  enconbrier 

.X.  m.  sont  por  lor  plus  enpirier  ; 

Il  ne  les  osent  pas  de  près  aprichier, 

La[n]cent  lor  lances  por  lor  plus  domagier. 
50       A  icest  mot  nos  ont  ocis  G., 

Torpins  de  Rains  ont  son  escu  pcrcier, 

Son  habert  firent  deronpre  et  démailler, 

De  .iiij.  espiez  li  font  lo  cors  percier, 

Et  desouz  lui  hont  ocis  sont  destrier 


V  (Paris,  tirade  135,  p.  125). 

5)       Mort  est  li  bersou  servisc  K'ion,  (fol.  2) 

Es  critiens  ne  farai  mais  sarmon. 


37  P  Mal  sons  bailli,  L  sui  bailliz,  P  se  nuls  d'euls  estort  v.,  L  s'il  en 
eschapent,  T  manque —  38  P  Car  fel  est,  LT  manque  —  39  P  N'i  gaririens, 
LT  manque  —  40  PL  Adon  refu,  T  manque  —  41  LT  o.  les  .iij.  T  o. 
Franceys  —  42  PL  manque,  T  Enforeié  est  et  ly  hu  et  ly  cris  —  43  P  fu 
moult  hardis  et  f.,  L  ot  le  cuer  gros  et  f.,  T  le  corps  gent  et  f .  —  44  -P  G. 
de  Hui  fu,  L  ot  vaillant,  T  En  G.  eut  molt  vaillant  —  45  P  fist,  L  refit 
niolt,  T  refut  molt  —  46  T  qui  dont  Dieu  mal  e.  —  47  ^  .xx.m.  des- 
cendent por  lor  cors  dammaigier,  T. m.  en  descendent  pour  plus  en  d.,  L 
.X.  m.  descendont  per  lor  pluis  d.  —  48  PT  De  maintenant  nés  osent,  L 
Mais  il  ne  s'osent  plus  près  d'aux  —  49  PL  dars,  PT  por  lor  cors  —  50  P  A 
ceste  empointe,  LT  A  icest  cop.,  7"  fu  occis  —  51  P  font,  jTfait  —  52  P 
f.  fausser,  L  Et  ses  h.  desroz  et  desmailliez,  T  manque  —  53  PT  le  (T  son) 
cors  plaier,  L  est  en  son  c.  plaiez  —  54  i-  desor  lui,  LT  ocistrent  — 
55  P  iluec,  T  eu  service  de  Charlon,  La  ici  une  leçon  plus  développée  ei  louL'^ 
di^èrente.  —  56  P  Ne  fera  mais  as  c,  T  Ne  fera  plus  as  c. 

Romania  XKXi  2Q 


450  G,    LAVERGNE 


<?  r<n-ict^r  rxc  far/tt'itirttf  t^ii'-nio 

7  viîcc  moine  liF-ctce  x^ciânfo" 

^  Oî-l-OCf  lio^  cl^a.U?^>di^iCltull- 
_l  ii-otf-C^  -  dit  uu  %k5a  c- 
\*  ôii*- lui   c--arf.         ' ^  taxe" <X<cuir' 
"1  î:iti-<?pi-t>uuîi*c-nà.  tto^-^<tmr       "~ 

-^  ç  Côi-  fou  t^»^  r<îi'  (»làciicr  tiuiif^Tu- 

J^  cm  m  CCI  ôtuzt  <>iî  Oiu  cuôm  Kur: 

-t  icnptîrqîto-ftnce  <^u  abattu- 

)  '"  c'ïïuitriîai-/:H' cet  Hci'^<2i lut  fctui- 


^ïj 


*i.. 


FRAGMENT  D  UN  MS.  DE  LA  CHANSON  DE  KOLAND   45  I 

Se  il  vesquit  il  preïst  vangison 
Du  traïtor  lo  conte  Guenelon. 
Sainte  Marie  H  face  va[n]gison  ! 

VI  (Paris,  tirade  156,  p.   126). 
60      Quant  voit  Ro.  l'arcevaque  morant, 

Or  ai  tel  duel  onques  mais  n'ot  si  grant, 

Fors  d'Oir.  lo  hardit  conbatant. 

Il  dit  .j.  mot  que  molt  fut  avenanz  : 

«  Chevache,  rois  ;  por  quoi  vas  atardant  ? 
65       «  En  Roncevas  te  crast  poinne  molt  grant  ; 

«  Perdu  i  as  maint  chevalier  vaillant. 

«  Por  .j.  des  noz  (an)  je  se  varaemant 

«  Li  rois  M.  an  i  ai  perdu  .c, 

«  Voir  .iiij.  c,  (je)  selon  mien  esciant, 
70       «  Jai  reproviert  n'an  avroiit  noz  parant.  » 

Vil  (Paris,  tirade  137,  p.  127). 
V         Quant  Ro.  voit  Vârcevaque  morir, 

Fors  de  son  cors  sa  boelle  salir, 

Et  de  son  chief  la  cervale  isir, 

Desor  son  piz  ses  blanches  mains  gésir, 
75       Don  ai  tel  duel,  du  san  cudai  isir. 

11  lo  regrate  con  jai  porrez  oïr  : 

«  Hez  !  bon  vasax,  frans  bons  de  grant  haïr, 


57  r  L  querist,  L  E  li  requist  qu'il  pregne  —  58  P  De  G.  le  traïtor  félon, 
T  De  G.  ceu  mauves  f .  —  59  PT  li  doinst  maleïson,  L  l'en  rande  guiardon 
—  60  T  Roullant  regarde  par  my  le  prey  avant  Vit  l'arcevesque  qui  la  se  va 
mourant  —  61  P  Lors  ot,  7  Donc  a,  L  Tel  d.  en  a.  —  62  P  que  il  parama 
tant,  T  qui  parama  tant  —  63  P  Or  dit,  L  Se  dist,  T  Et  dist,  PI  va  desir- 
rant,  Lqu'aloit  molt  désirant  —  64  PT  Chevauchiez,  P  qu'alez  vos  delaiant, 
T  pour  quoy  demourez  tant,  L  vas  deleant  —  65  P  avez  dammaige  g.,  L  as 
dommage  si  grant,  T  tnanque  —  66  P 7"  avez — 67  PT  Contre  .j.  des  noz,  P 
en  i  a  perdu  .c,  T  en  y  a  .c.  gesant,  L  n'i  a  mort  plus  de  .c. —  68  PTL  tant  . 
Vordre  des  vers  67  et  6S  est  inverse  dans  PTL  —  69  PL  voire  .ij.  c,  T 
manque  ;  je,  du  fragment  est  à  supprimer.  —  70  L  reprochier  n'i  avront,  T 
manque  —  71  PL  Q.uant  voit  R.  —  72  P  Et  de  son  cors,  '/'Et  hors  du,  L  Et 
fors,  PL  la  b.,L  la  bêle  arme  —  73  P  fors  la  c. —  74  PL  manque  —  73  T  Dont 
eut,  P  lesenscuide  mirrir,  'Pie  s.  cuide  partir,  L  manque  —  76  T  II  les  r.,  L 
Il  le  regarde  —  77  L  E  franz  honzsire  vassauz. 


452  G.    LAVERGNE 

0  I.i  enpci[ere]s  que  France  ai  a  balir 
«  Jemais  n'arai  tel  cler  por  lui  se[r]vir. 
80       «  Fuers  l'apoistoile  ne  fut  mucdres  merchis  : 
«  Ensanblc  es  anges  te  face  Dex  merci  !  » 

VIII  (Paris,  tirade  158,  p.  127). 

VI       Ro.  voit  bien  sa  fins  vai  aprochant,  [2  vo  /'] 

Quar  la  cervale  li  vai  es  eaz  cheant, 

5es  pers  comande  ou  soing  saint  Hebrant, 
85       El  la  soe  arme  a  Deu  omnipotant. 

Prist  Dirondar  et  lo  bon  oliflant. 

Devers  Espaine  s'an  vai  tôt  .j.  pandant 

Plus  que  quareas  d'arbelaite  traant. 

Por  ço  lo  fait  le  chevalier  vaillant 
90       Oue  reprovier  n'a[n]  aûst  en  avant. 

/Iluques  ot  .ij.  abres  haz  et  granz  : 

illuc  s'arreste  ;  la  mort  le  vai  hastant 

Desouz  .j.  pin  folu  et  vardoiant. 

IX  (Paris,  tirade  159,  p.  128). 
VII       Granz  est  li  pins  et  li  arbre  sont  large, 

95       Et  .iij.  perron  i  sont  en  lor  estaige. 

Lai  vint  .j.  Turs  de  mcri'c'iJU\  coraige 

£ntre  les  morz  i  re iez  en  l'arbage. 

Ro.  esgarde  et  voit  son  grant  domaige  : 

78  L  Li  empereres,  T  Ly  emperiere  —  79  ^  James  tiel  clerc  n'ara  pour  le 
s.,  L  n'avra  jamais  tel  cler —  80  PTPuis,  T  les  apostres,  P. mais  tex  m.,  T 
ne  vit  hom  tiel  morir,  L  manque  —  81  P  Ensamble  o  lui,  T  Ouvecquez  les 
angres,  L  Avec  les  a.,  P  vos  face  Dex  seïr,  P  Dieu  seoir,  L  Diex  florir  — 
82  P  sa  mors,  T  scet  bien,  L  la  morz  le  va  astant  —  85  P  L  due  sa  cer- 
velle, T  Car  son  cervel,  PT  li  chiet  as  iex  devant,  L  chaissant  —  84  P  au 
cors  saint  Abrahant,  T  es  mains  s.  A,  L  iiniugue  —  85  PT  Et  la  soie,  L 
S'arme  comande,  PT  le  tout  puissant,  L  le  roi  poissant  —  87  TL  en  .j.  p. — 
88  P  Plus  qu'aubaleste,  T  herbaleste,  L  arbarcste,  PPNe  traist  quarrel,  L 
Ne  vait  qu.,  P  tranchant,  T  volant,  L  gitant  —  89  PTL  manque  —  90 
P  n'en  aient  si  parant,  T  Que  reproche  n'en  ait  dorénavant,  place  après  S6 
dans  PT,  L  manque  —  91  P  Iluec  desoz  .j.  aubre  et  vert  g.,  L  Illuques 
sont  .ij.  arbre,  T  ?nanque  —  92  P  Chaït  a  paumes,  T  Pasmé  chaït,  L  Iluec 
chaï,  T  le  va  chassant  —  93  ^  Desor,  P  quatre  perrons  estant;  ce  vers 
est  placé  après _(ji  dans  PTL  —  94  L  sont,  PL  li  puis,  PL  grant  et  large, 
rhaut  etl.  —  95  PT  .iiij.  p.,  L  .iiij.  baron  —  96  P  La  jut,  T  Un  Sarra- 
sin, L  de  molt  très  fier  c.  —  97  T  Entre  les  autrez,  P  fu  repos,  T  se  fist 
mort,  L  fu  couchiez  —  98  P  l'esgarde,  TL  regarde,  P  que  fu  de  fier 
coraige,  T  et  vit. 


FRAGMENT  D  UN  MS.  DE  LA  CHANSON  DE  ROLAND    453 

Lors  ai  parlé  a  lai  d'ome  savaige 
100       «  Piir  Malionmct  que. .  .  fait  osel  volaige, 

(c/e  vos  trairai  les  grenons  du  visaige.  » 

Çale  part  vint,  molt  per  fait  grant  folaige, 

iQuant  per  la  barbe  ai  pris  Ro.  lo  saige. 

Dirondart  prant,  bien  ot  ou  cors  la  raige. 
105       lÀ  bcrs  lo  voit  :  duel  ai  en  son  coraige. 

X  (Paris,  tirade  140,  p.  129). 
Ro.  senti  que  cil  li  traist  s'aspée, 
Ovrit  les  eax  si  dist  rason  manbrée  : 
«  Mien  esciant  n'es  pas  de  ma  contrée 


99  P  Li  Turs  parole  a  loi  d'omme  mal  saige,  T  manque  —  100  PL  Par 
Mahomet,  P  qui  fait  croistre  l'erbaige,  L  a  cui  j'ai  fait  homage,  T  manque 
—  ICI  L  le  grenon,  P  de  la  barbe,  T  unvique  —  102  P  va  molt  par  fist  gr. 
outraige,  L  Si  fist  molt  gr.  T  Roullant  se  sist  après  dist  gr.  —  103  PT 
Quant,  P  prinst  Ro.  le  très  s.  —  104  PL  trait,  PL  molt  ot,  P  el  cors,  L  ou 
cuer,  T  manque  --  105  PL  Ro.,  T  Ly  duc,  PT  lèsent,  Aie  fiert  —  106  T  ly 
tout  l'espée —  107  P  Oevre  lesiex,  Z,Les  euz  ovri  e  d.^  108  P  M.  ancient. 


MÉLANGES 


L'IDENTITÉ  DU  MÉDECIN  ALDEBRANDIN  DE  SIENNE 

Dans  son  récent  mémoire  intitulé  :  De  rcxpa>isioii  de  la  langue 
française  en  Italie,  lu  devant  le  Congrès  international  des  sciences 
historiques  de  Rome  en  1903,  M.  Paul  Meyer  a  parlé  avec 
quelque  détail  de  la  «  compilation  médicale  en  quatre  livres, 
rédigée  en  français  par  un  médecin  florentin  ou  siennois  appelé 
Aldebrand  ou  Hallebrandin  '  »,  compilation  dont  près  de  vingt 
manuscrits  nous  sont  parvenus  -  et  qui  a  été  imprimée  à 
l'époque  où  l'imprimerie  était  encore  au  berceau  (vers  1480). 
Mais  sur  la  personnalité  même  de  l'auteur,  il  n'a  connu  aucun 
document  qui  permette  de  faire  la  critique  des  renseignements 
contradictoires  que  fournissent  les  prologues  des  manuscrits. 
Nous  en  sommes  donc  encore  aujourdui  au  point  où  nous  a 
laissés  Littré  lorsqu'il  a  consacré  à  celui  qu'il  appelle  «  Alebrand 
de  Florence  »  une  notice  bien  sèche  et  bien  superficielle  dans 
le  tome  XXI  de  V Histoire  littéraire  de  la  France,  paru  en  1847  : 
nous  ne  savons  ni  le  vrai  nom  ni  la  vraie  patrie  du  premier 
médecin   qui   a  osé   employer  la   langue  vulgaire,    et,  ce  qui 


1.  Attidel  Congresso.  . .,  voL  IV  (Storia  délie  letterature),  p.  79-80. 

2.  J'en  connais  17,  dont  quelques-uns  m'ont  été  obligeamment  indiqués 
par  M.  P.  Meyer  :  Paris,  Bibl.  Nat.,  fr.  1288,  2021,  2022,  12323,  14822; 
nouv.  acq.  fr.  6539.  —  Paris,  Arsenal  2510,  25 11,  2814,  2872.  — Rome, 
Vatican,  Reg.  1256,  1334,  1451  (fragment).  —  Londres,  British  Muséum, 
Sloane  2435,  2806.  —  Oxford,  Bodl.  179.  —  Ashburnham,  Barrois  265 
(vendu  en  1901).  —  La  compilation  a  été  traduite  en  italien  et  l'on  en  con- 
naît deux  versions  différentes,  l'une  par  Zucchcro  Bencivcnni,  l'autre  par  un 
anonyme. 


l'identité  du  médecin  aldebrandin  455 

est  plus  fâcheux  encore,  nous  ignorons  quelles  circonstances 
l'amenèrent  X  choisir  le  français  plutôt  que  son  idiome  mater- 
nel, que  ce  fût  le  siennois  ou  le  florentin. 

Un  heureux  hasard  m'a  fait  rencontrer,  voici  déjà  plusieurs 
années,  un  jalon  biographique  de  première  importance  que  je 
n'hésite  pas  à  rapporter  à  notre  auteur  et  dont  le  lecteur 
appréciera  lui-même  le  caractère.  Je  l'emprunte  à  une  publica- 
tion de  M.  l'abbé  Lalore,  parue  en  1890,  le  cartulaire  de  Mou- 
tieramey,  qui  forme  le  tome  VIII  de  sa  très  précieuse  Collection 
dt'i  principaux  cariiilaircs  dit  diocèse  de  Troyes.  Le  n°  428  de  ce 
cartulaire  est  ainsi  conçu  (page  379)  : 

«  Magister  et  fmtres  hospitalis  sancti  Anthonii  Viennensis  dioccsis  »  recon- 
naissent que  «  magister  Aldobrandinus  de  Senis,  ph\-sicus,  Trecis  commo- 
raus  »  leur  a  légué  par  testament  «  domum  suam  sitam  Trecis  in  vico  Sancti 
Abrahe  cum  ipsius  domus  pertinencii?  quibuscumque.  .  .  que  sunt  sub  domi- 
nio  et  justicia  religiosorum  virorum  abbatis  et  conventus  Monasterii  Arrema- 
rensis,  qui,  cum  domum  cum  pertinentiis  per  priorem  Sancti  Johannis  de 
Castello,  utendo  jure  suo,  saisiri  fecissent.  .  .  ».  Les  Antonins  ayant  donné 
«  L  lib.  tur.  »,  Tabbave  de  Moutieramey  accorde  «  quod  nos  domum  cum 
pertinenciis  suis  sub  eorum  dominio  et  justicia  tenebimus  et  possidebimus 
imperpetuum  pacifice,  mediantibus  .11.  sol.  tur.  quos  singulis  annis  imperpe- 
tuum,  in  festo  Beati  Remigii  in  capite  octobris,  priori  Sancti  Joliannis  in 
signum  recognitionis  dominii  et  justicie  reddere  et  solvere  tenebimur  apud 
Trecas,  promittentes  quod  a  domino  papa  vel  alio  quocumque  non  impetra- 
bimus  nev  etiam  procurabimus  quod  ibi  sit  collegium  seu  construatur  orato- 
rium  vel  capella  nisl  de  speciali  mandato  et  licentia  religiosorum  Arremaren- 
sium  et  quod  non  sit  de  dominio  et  justicia  eorum  dicta  domus  cum  perti- 
nenciis. .  .  Datum  apud  Sanctum  Anthonium  in  nostro  général!  capitulo  die 
sabbati  post  Ascensionem  Domini  anno  Domini  M"  CCo  LXXXo  septimo.  » 
(Original  scellé.) 

Ainsi,  en  1287  ou  très  peu  de  temps  avant,  mourut  à  Troyes 
un  médecin  qui  habitait  cette  ville,  qui  y  possédait  une  maison 
située  rue  Saint-Abraham,  et  qui  légua  par  testament  cette 
maison  aux  religieux  de  Saint-Antoine  de  Viennois  :  ce  méde- 
cin est  nommé  en  latin  Aldobrandiiitis  de  Senis.  Comment  ne 
pas  l'identifier  avec  l'auteur  de  notre  compilation,  qui  est  appelé 
«  maistre  Halebrandis  de  Seenne  »  par  le  ms.  Bibl.  nat.  fr. 
1288,  «  maistre  Halebrandis  de  Seenne  »  par  le  ms.  Vatic. 
Reg.  1334,  «  mai.stre  Halebrandit  de  Saenne  »  par  le  ms. 
Bodley  179,  «  maistre  Aldebrandins  de  Scienne  »  par  le  ms. 


45 6  MÉLANGES 

Sloane  2435  ',  a  inaistre  Aldcbrandins  de  Sciane  »  par  le  ms. 
Arsenal  2510? 

Qu'un  médecin  italien  originaire  de  Sienne  soit  venu  s'éta- 
blir à  Troyes,  y  ait  fiiit  fortune  et  y  soit  mort,  c'est  ce  qui  ne 
surprendra  aucun  érudit  au  courant  des  relations  de  la  ville 
de  Troyes,  l'un  des  quatre  sièges,  et  non  le  moindre,  des 
célèbres  foires  de  Champagne,  avec  les  marchands  italiens.  Si 
les  archives  communales  de  Troyes  étaient  bien  fournies  pour 
la  seconde  moitié  du  xm^  siècle,  il  y  aurait  chance  d'y  trouver 
d'autres  traces  de  l'existence  de  maître  Aldebrandin  de  Sienne; 
mais  il  n'en  est  rien,  à  ce  qu'il  semble  \  En  tout  cas,  son  testa- 
ment a  dû  être  conservé  par  les  religieux  de  Saint-Antoine  de 
Viennois  dont  il  a  été  le  bienfaiteur;  il  se  retrouvera  peut-être 
un  jour  ou  l'autre  '. 

A.  Th. 


ANC.  FRANC.   SAUCENT  «  BLAIREAU  » 

Le  mot  baiicent,  dont  la  forme  primitive  est  vraisemblable- 
ment *balcenc-^,  est  fréquent  en  ancien  français  ',  Il  s'applique 


1.  Communication  de  M.  P.  Meyer;  c'est  sans  doute  par  suite  d'une 
erreur  typographique  que  la  leçon  publiée  dans  le  mémoire  auquel  j'ai  fait 
allusion  porte  Aldohrandins  et  Sienne. 

2.  Boutiot,  dans  son  Histoire  de  Troyes  (1870),  t.  I,  p.  374,  a  écrit  ;  «  Les 
fréquentes  relations  entre  l'Italie  et  Troves  déterminèrent  certaines  fomilies 
originaires  d'au  delà  des  Alpes  à  fixer  leur  demeure...  »  Et,  après  avoir 
parlé  de  Colin  de  Crémone,  il  ajoute,  sans  donner  de  référence  :  «  Parmi  les 
bienfaiteurs  de  la  maison  des  Antonins  on  nomme  Aldobrandini,  médecin, 
originaire  de  Gênes  et  habitant  de  Troves.  »  Evidemment,  Gtf;;^  est  dû  à  une 
distraction  de  l'auteur  qui  a  connu  d'une  manière  ou  de  l'autre  l'acte  de  1287 
analysé  par  l'abbé  Lalore. 

3.  Mon  confrère  M.  Vernier,  archiviste  de  l'Aube,  veut  bien  m'informer 
que  les  archives  départementales  ne  possèdent  pas  de  fonds  pour  les  religieux 
de  Saint-Antoine  de  Viennois,  et  que  ses  recherches  pour  trouver  quelque 
document  sur  maître  Aldebrandin  dans  le  fonds  de  Moutieramey  n'ont  pas 
donné  de  résultat. 

4.  Koniania,  XXIV,  588,  note  de  Gaston  Paris. 

5.  Voir  le  Dictionnaire  de  Godefroy  et  surtout  un  article  de  Boehmer 
(Rom.  Sludien,  t.  I,  p.  260  et  s.). 


ANC.    FRANC.    BAUCEXT    «    BLAIREAU    »  457 

presque  exclusivement  au  cheval  dont  le  poil  est  tacheté,  soit 
qu'il  qualifie  le  mot  cheval  lui-même  (ou  un  de  ses  synonymes), 
soit  qu'il  qualifie  le  nom  d'une  des  parties  du  corps  du  cheval 
(côté,  tête,  pied)  :  on  a  pourtant  un  exemple  où  haiicent  quali- 
fie le  pied  du  cerf'.  L'adjectif  peut  être  substantivé  sous  la 
forme  masculine  :  dans  ce  cas,  baucent  est  synonyme  de  cheval 
baitcoit,  et  il  peut  être  employé  comme  nom  propre  individuel 
de  cheval.  La  fantaisie  d'un  trouvère  licencieux  l'a  porté  à  dési- 
gner le  membre  viril  par  ce  nom  propre  de  Baucent  :  il  n'y  a 
qu'à  signaler  cette  f;mtaisie  sans  y  insister  -.  Il  est  plus  intéressant 
de  rechercher  pour  quelle  raison,  dans  le  Roman  de  Renard,  le 
sanglier  est  pcrsonnihé  sous  ce  même  nom  de  Baucent  ^\ 

La  livrée  du  sanglier,  rayée  de  brun  sur  fauve  chez  les  jeunes, 
devient  noire  chez  les  adultes,  puis  grise  avec  l'âge.  On  pour- 
rait supposer  qu'il  y  a  un  lien  entre  la  signification  originaire 
du  mot  latin  balteus,  que  l'on  s'accorde  aujourdui  à  mettre 
à  la  base  de  baucent,  et  la  livrée  du  sanglier  ou  marcassin  qui, 
d'après  la  Grande  Encyclopédie,  '<  consiste  en  raies  ou  bandes 
longitudinales  alternativement  fauve  clair  et  brunes  sur  un  fond 
mêlé  de  blanc,  de  fauve  et  de  brun  »  ;  mais  ce  serait  impru- 
dent, puisque  baucent  qualifie  tout  spécialement  le  cheval  et 
que  la  robe  du  cheval  de  nos  climats,  au  moins  depuis  l'époque 
historique,  ne  comporte  pas  de  rayures  4. 

Mais  il  est  un  autre  animal  auquel  le  qualificatif  de  baucent 
n'a  pas  été  aussi  généralement  appliqué  et  qui  cependant  y  a 
des  droits   incontestables,    c'est  le    blaireau.    On  lit    dans  la 


1.  Cet  exemple  n'appartient  pas,  comme  le  dit  Godefroy,  au  dit  Duprestre 
qui  dist  la  Passion,  mais  à  celui  qui  le  suit  dans  le  ms.  B.  N.  fr.  191 52. 

2.  Le  dit  des  c.  .,  dans  Montaiglon  et  Raynaud,  Rec.  géii.  des  fabliaux,  II, 

137- 

3.  Voyez  les  renvois  donnés  par  M.  Ernest  Martin,  Ohs.  sur  le  Roman  de 
Renari,  p.  115. 

4.  Certains  naturalistes  supposent  que  la  robe  de  toutes  les  espèces  ter- 
tiaires et  quaternaires  du  genre  Eqims  devait  être  rayée  comme  celle  des 
zèbres  africains  :  dans  ce  cas  «  les  pommelures  des  chevaux  domestiques  de 
l'époque  actuelle  seraient  le  dernier  reste  des  rayures  primitives,  qui  chez 
beaucoup  de  chevaux  gris-pommelé  ou  gris  de  fer  affectent  encore  l'appa- 
rence d'un  réseau,  plutôt  que  celle  de  véritables  pommelures  circulaires  » 
(La  Grande  Encyclopédie,  cheval,  article  de  M.  le  D^  Trouessart).  Loin  de 


45  8  MÉLANGES 

Grande  Encyclopédie,  à  l'article  blaireau  :  «  Le  pelage  [de  cet 
animal]  se  fait  remarquer  par  une  distribution  des  couleurs 
assez  insolite  chez  les  mammifères  :  le  ventre  est  noir,  tandis 
que  le  dessus  du  corps  est  plus  clair,  varié  de  gris,  de  roux  et 
de  blanchcâtre;  la  tête  est  blanchâtre  avec  une  bande  noire  lon- 
gitudinale passant  de  chaque  côté  sur  l'œil  et  l'oreille.  »  On 
sait  généralement  que  plusieurs  patois  français  désignent  le  blai- 
reau sous  le  nom  de  grisard  et  que  l'anglais  o-mj'  a  reçu  le  même 
emploi  ',  mais  c'est  un  fait  presque  ignoré  que  cet  animal  a 
porté  en  ancien  français  le  nom  de  baiicent.  Il  est  donc  intéres- 
sant d'en  fournir  la  preuve.  M.  Mowat  (J.  L.  G.)  a  publié  en 
1887,  sous  le  nom  à'Alphita,  un  dictionnaire  médiéval  de 
matière  médicale  dont  le  texte  latin  est  fréquemment  glosé  de 
mots  anglais  et  français  ^  Voici  un  des  articles  de  ce  recueil, 
p.  183  :  «  Item  taxus  animal  est,  gall[icel  baussan,  an[glice] 
hrok.  »  Ce  nom  du  blaireau,  qui  ne  semble  pas  avoir  eu  beau- 
coup de  vitalité  sur  le  continent,  a  passé  en  anglais  et  s'est 
perpétué  dans  le  langage  provincial  de  la  Grande-Bretagne  où 
il  a  été  plus  ou  moins  altéré.  Cotgrave  traduit  blaireau  par  quatre 
mots  anglais  :  «  Badger,  Gray,  Boason,  Brocke.  »  On  retrouve 
chez  lui,  à  l'article  taisson,  les  quatre  mômes  mots,  mais  celui 
qui  nous  intéresse  y  a  une  graphie  différente  :  «  Gray,  Brocke, 
Badger,  Bauson.y)  Le  New  English  Dictionary  de  M.  Murray  a 
un  article  bausson  assez  étoffé  et  où  l'origine  française  du  mot 
est  indiquée  ;  mais  M.  Murray  n'a  pas  connu  le  passage  de 
VAIphita  cité  ci-dessus  ',  ce  qui  l'a  amené  à  écrire  :  «  En  français 

moi  la  pensée  que  haucent  soit  un  témoin  linguistique  qu'il  faille  admettre  à 
déposer  dans  cette  cause  préhistorique  :  je  fais  simplement  remarquer  que  le 
sens  de  «  rayé  »  serait  mieux  en  rapport  que  celui  de  «  tacheté  »  avec  l'éty- 
mologie  admise,  et  je  renvoie  à  Boehmer  (Rom.  Slud.,  I,  245)  pour  la  ques- 
tion de  savoir  si  les  Anciens  ont  réellement  parle  de  chevaux  offrant  une  robe 
zébrée. 

1.  'RoWnnà,  Faune  pop.,  1,47. 

2.  Voy.  un  compte  rendu  de  cette  publication  par  M.  Joret,  Romania, 
XVI,  598. 

3.  M.  Murrav  ne  pouvait  connaître  la  publication  de  M.  Mowat,  car  l'ar- 
ticle BAUSSON  du  A/Vîi.'  Eiii^lish  Dictionary  a  été  imprimé  dès  1885,  comme  il 
veut  bien  nous  l'apprendre.  Il  ajoute  que  le  baussan  de  VAlpbila  est,  à  ses 
yeux,  de  l 'anglo-français  plutôt  que  du  français  propre. 


A\C.    FRANC.    BOUSACLE,  BOUZEKLE  459 

haitsiii,  etc.  n'a  jamais  été  appliqué  au  blaireau,  et  le  fait  qu'il 
est  si  usité  en  anglais  implique  un  emploi  de  l'adjectif  beaucoup 
plus  ancien  que  celui  qui  ressort  des  textes  connus.  »  Il  est 
curieux  en  effet  que  les  textes  anglais  appliquent  rarement  notre 
mot  au  blaireau  et  seulement  dans  une  période  relativement 
moderne;  cela  prouve  que  l'application  du  mot  au  blaireau  est 
tout  à  fait  indépcndantede  son  application  au  cheval,  etvqu'elle 
repose  directement  sur  le  sens  propre  primitif  de  l'adjectif  fran- 
çais hauceut.  D'ailleurs,  en  tant  qu'appliqué  au  cheval  le  mot  est 
toujours  terminé  en  anglais  par  une  dentale  qui  a  bien  son  ori- 
gine dans  le  /  des  textes  français  les  plus  anciens,  mais  qui  a 
été  maintenue  et,  plus  souvent,  transformée  en  d,  par  l'effet 
d'une  véritable  étymologie  populaire  :  on  était  porté  à  voir  dans 
hausoiid,  etc..  un  adjectif  tiré  de  hauson  «  blaireau  ». 

A.  Th. 

ANC.  FRANC.  BOUSACLE,  BOUZEKLE  «  PASTÈQUE  » 

Godefroy  a  relevé  le  mot  bonsack,  qu'il  a  traduit  prudemment 
par  «  sorte  de  légume  »,  dans  un  manuscrit  bien  curieux  de 
notre  Bibliothèque  Nationale,  le  français  24276,  qui  contient 
du  folio  I  au  folio  6G  la  traduction  du  Livre  du  commencement 
de  Sapience  d'Abraham-Ibn-Ezra  «  de  ebrieu  en  romans  »  faite 
dans  la  maison  d'un  bourgeois  de  Malines,  en  1273,  par  le  juif 
«  Hagin  »  (aujourdui  on  dit  «  Hayem  »)  et  écrite  sous  sa  dictée 
par  un  certain  Obert  de  Mondidier  '.  Le  mot  se  trouve  déjà 
au  fol.  64*  :  «  Le  sort  des  boiisaclesde  Mercure  a  Saturne  ».  Mais 
Godefroy  a  eu  la  main  heureuse,  car  le  passage  emprunté  au 
fol.  66  nous  met  sur  la  voie  du  sens  précis  de  ce  mot  insoHte,  les 
«  bousacles  »  y  voisinant  avec  les  «  coucourdes  »  et  avec  les 
«  coucombres  ».  Du  texte  de  Hagin  il  faut  rapprocher  un  article 
du  Glossaire   hébreu-français  publié  récemment  par  MM.  Mayer 


I .  Voy.  ce  qui  a  ctc  dit  ici  même  de  la  personnalité  du  juif  Hagin  en 
question,  par  M.  Neuhauer,  Remania,  V,  1 36  ;  mais  je  dois  faire  remarquer 
que  l'identification  admise  par  M.  Neubauer  entre  ce  Hagin  et  le  Hagin  qui 
fut  grand-rabbin  de  Londres  ne  repose  sur  rien  de  bien  solide.  Sur  l'œuvre 
contenue  dans  le  ms.  24276,  voy.  une  courte  note  de  Paulin  Paris  dans 
VHist.  litt.,  XXI,  499;  et  sur  Abraham-Ibn-Ezra,  vov.  un  article  approfondi 
dans  The  Jeii'ish  Encyclopedia  (Londres,  1904),  t.  VI,  p.  520-4. 


4éO  MÉLANGES 

Lambert  et  Louis  Brandin,  p.  41,  ligne  90,  où  les  hou^eldes 
correspond  à  un  mot  hébreu  que  les  éditeurs  rendent  par 
«  melons  »  '. 

Malgré  les  apparences,  hou~ekle  et  bousacJe  sont  en  fin  de 
compte  le  même  mot  que  j'ai  signalé  récemment  en  provençal 
ancien  sous  la  forme  nlbuesca,  en  provençal  moderne  sous  la 
forme  aiihieco  -,  c'est-à-dire  une  déformation  de  l'arabe  boutei- 
kha  (précédé  ou  non  de  l'article),  et  un  doublet  du  niot  fran- 
çais actuel  pastèque. 

Le  changement  du  /  arabe  en  s  sonore  se  retrouve  dans 
basane;  or  basane  est  Tanc.  prov.  be~anû  ',  emprunté  de  l'esp. 
badana,  qui  est  lui-même  venu  de  l'arabe  batana.  Nous  avons 
le  droit  de  supposer  la  même  série  /  >  ^  >  ;(  en  prenant  pour 
point  de  départ  l'arabe  b  o  u  t  e  i  k  h  a .  La  forme  bou^eUe  représente 
une  forme  antérieure  *boii~eke,  où  l'intercalation  d'une  /  s'est 
produite  comme  dans  deiiwjiiacle,  triade,  etc.  Quant  à.  bousacle, 
il  est  dû  à  l'attraction  des  nombreux  mots  en  -acle  que  possède 
le  français. 

J'incline  à  reconnaître  l'ancien  boii:^ekIe  dans  le  patois  messin 
actuel  bosék  «  gros  enfant  stupide  et  sale  »  :  à  Landremont 
bosèqiie  s'emploie  comme  un  terme  de  mépris  dont  on  ignore  la 
portée  exacte  4. 

A.  Th. 

ANC.  FRANC.  TROÏNE  «  TROMPETTE  )^ 

Godefroy  a  recueilli  quatre  exemples  du  mot  trohie  «  sorte 
de  trompette  »  :  ils  viennent  des  poèmes  de  Thêbes,  des  Ducs 
de  Normandie  (de  Beneeit),  d'Athis  et  Profilias  et  de  Guillaume 

1.  La  série  les  kuJwnhres,  les  houiekJes,  l'',s  pores,  les  ouyuons,  les  ah  est 
empruntée  aux  Nombres,  XI,  5,  où  la  Vulgate  a  :  cucumeres,  pepones,  porri, 
cepae,  allia. 

2.  Romania,  XXXV,  209. 

3.  Voy.  Levy,  Prov.  Suppl.-JV.,  art.  bezan.\,  t.  I,  p.  145.  La  dentale  peut 
disparaître  complètement,  et  on  trouve  aussi  heaiia,  comme  on  trouve 
albuesca,  d'où  aiibieco. 

4.  Voy.  Adam,  Les  Patois  lorrains,  art.  bosèq.ue,  p.  234.  —  M.  Horning 
rattache  le  mot  à  bouse  et  au  suffixe  -iccusou  -accus  {Zeitscbr.  fi'ir  roman, 
PhiL,  XIX,  183). 


AN'C.    FRANC.     IROIXE  46 1 

ih'  Pdlenit'.  Le  mot  est  relativement  rare.  Je  n'en  connais  que 
deux  autres  exemples,  dans  la  chronique  saintongeaise  publiée 
par  M.  Bourdillon.  Voici  les  deux  passages  où  je  l'y  ai  relevé  : 

Li  rranceis  corurcnt  sorc  les  Oustrczians  c  sore  les  Borgognions  de  nuiz 
ot  granz  bruis  e  ot  sons  de  granz  t  roi  nés  (p.  40,  1.  12)...  Il  fu  most  irez  e  ot 
sons  de  troïni's  passa  Runa  ot  son  ost  (p.  44,  1.  15). 

On  n'a  pas  rencontré  encore  de  mot  analogue  dans  les 
anciens  textes  provençaux,  mais  il  est  presque  sûr  que  cette 
lacune  est  due  au  hasard.  En  effet,  le  patois  actuel  du  Rouergue 
possède  le  substantif /;ï)///'no  et  les  verbes  correspondant  irouïna 
et  liouïiicjii,  dans  le  même  sens.  Le  dictionnaire  de  l'abbé  Va3's- 
sier  qui  les  enregistre  nous  apprend  en  même  temps  qu'ils  sont 
particulièrement  en  usage  à  Millau.  Il  renvoie  de  troiûno  à 
invinipo,  et  il  définit  Iroiinipo  en  ces  termes  :  a  Trompette  de 
berger,  espèce  de  ciialumeau  d'écorce  roulée  en  spirale  en  forme 
de  cornet  ». 

Personne,  à  ma  connaissance,  n'a  proposé  d'étymologie 
pour  le  mot  roman  qui  nous  occupe.  Voici  un  rapprochement 
auquel  il  me  parait  difficile  de  ne  pas  accorder  une  sérieuse 
attention. 

Aelfric  le  grammairien  emploie  le  substantif  simple  trnd 
pour  traduire  le  latin  liticcri,  et  le  substantif  composé  îrûâhorn 
pour  traduire  le  latin  littius-;  évidemment,  il  a  dû  exister  en 
anglo-saxon  un  verbe  correspondant  *tntâan.  Bosworth  rap- 
proche irûâ  et  tnuîhorn  de  termes  germaniques  qui  ont  exac- 
tement le  même  sens  :  bas-allem.  tnleii,  néerl.  toeten  «  sonner 
du  cor  »,  tiUer  et  toeter  «  sonneur  de  cor  »,  titthoni  et  loethooni 
«  cor  )»;  l'anglais  lui-même  a  toot  «  sonner  du  cor  »  et  looler 
«  sonneur  de  cor  »  ;  enfin  legothique  possède  thût-haurn  «  cor  », 
Il  taut  remarquer  que  le  rapprochement  fait  par  Bosworth  ne  va 


1.  Godefroy  ne  cite  que  le  vers  1840  de  Guillaume  de  Palerne;  il  faut  y 
ajouter  le  vers  8870,  où  Michelant  a  lu  toiina  (communication  de  feu 
A.  Delboulle;  cf.  Romania,  XXXV,  415).  J'ai  vJrifié  la  leçon  du  manuscrit 
(Arsenal,  6565,  fol.  isc:):  il  y  a /o//h«  (et  non  touilles),  dont  la  correction 
en   troiues  ne   fait   pas  question. 

2.  Ael/rics  Grammalik  uiid  Glossai ,  p.p.  Ziipitza  (Berlin,  1880),  p.  40,  1.  7, 
et  502,  I.  8. 


462  MÉLANGKS 

pas  sans  difficulté  :  s'il  s'agissait  seulement  d'admettre  que  dans 
l'anglo-saxon  trinî  Vr  est  épenthétique,  passe  encore;  mais  le 
rapport  des  consonnes  dentales  n'est  pas  régulier,  car  au  type 
gothique  ihiU  devrait  correspondre  une  forme  anglo-saxonne 
put  '.  Donc,  il  est  prudent  de  ne  pas  affirmer  que  le  mot  anglo- 
saxon  appartient  réellement  à  la  famille  à  laquelle  on  l'a  ratta- 
ché. D'autre  part,  si  l'hypothèse  d'un  type  germanique  latinisé 
*trùdTna  est  séduisante  pour  expliquer  l'ancien  français  de 
troïiie,  il  ne  faut  pas  oublier  que  ïû  de  l'anglo-saxon  irûd 
nous  met  dans  l'embarras  ^. 

A.  Th. 

SUR  LA  DATE  DE  LA  NAISSANCE  DE  PIERRE  ALPHONSE 

La  plupart  des  biographes  nous  enseignent  que  Pierre 
Alphonse,  l'auteur  de  la  Disciplina  clericaJis  et  des  Dialoi^i  contra 
Judœos,  naquit  en  1062.  Cette  opinion  a  un  fondement  en 
apparence  très  solide,  la  parole  même  de  l'auteur,  qui,  dans  le 
prologue  des  Dialogi,  s'exprime  ainsi  : 

...elui  pallium  falsitatis,  et  nudatus  sum  tunica  iniquitatis,  et  baptizatus  in 
sede  Oscensis  civitatis, .  .  .  Hoc  autem  factum  est  anno  a  nativitatc  Domin 
niilh'siino  ccntesiiiio  sexto,  actalis  meae  anno  ijuad rages iiiio  quarto.. 

La  leçon  est  identique  dans  les  quatre  éditions  que  nous 
possédons  des  Dialogi  et  dont  les  trois  dernières  ne  sont  que  les 
reproductions  de  la  première  '. 


1.  Dict.  of  the  anglo-saxon  language,  Londres,  1838.  Dans  la  nouvelle  édi- 
tion donnée  en  1892  par  T.  Northcote  Tôlier,  ces  rapprochements  sont  suppri- 
més et  remplacés  par  rindication  de  l'Islandais  trûâr  «  a  juggler  ». 

2.  H.  Léo  dans  son  Angelsâchisch.-s  Glossar  (Halle,  1872)  indique  un  subs- 
tantif norois  troila,  auquel  il  attribue  les  sens  variés  de  «  latte,  tige,  trom- 
pette »,  et  il  rapproche  de  l'anglo-saxon  le  verbe  bas-allemand  trotjen  «  corner  »  ; 
je  laisse  aux  Germanistes  le  soin  de  se  prononcer  sur  la  valeur  de  ces  rappro- 
chements. 

3.  Dialogi  h'ctu  dignissini!  (Colonnxe,  apud  J.  Gymnicum,  1536,  8°). 
Magna  Bihliotheca  Veterum   (Patruni  Coloniae  Agrippinae,  1618,    in-fol.), 

t.  XII,  première  partie,  358-404. 

Mdxima  Bihliotheca  Veterum  Patruin  (Lugduni,  1677),  in-fol.,  t.  XXI, 
172-221. 

Migne,  Patrologia  lalina,  t.  157,  553-672. 


SUR    LA    DATIL    DE    LA    NALSSANCH    DE    PIERHE    ALPHONSE       463 

Or,  cette  leçon  est  fautive.  Les  niss.  présentent  un  tout 
autre  texte.  Entre  treize  mss.  des  «  Dialogi  '  »  que  j'ai  consul- 
tés, neuf  portent  ce  qui  suit  : 

.  .  .Hoc  autcm  hictuni  est  anno  a  nativitate  Doniini  millcsimo  ccntcsimo 
se.\to,  Eia  iiiilU'siiiia  ù'iitcsiina  quadrcu^csinni  quarta... 

Les  trois  autres  mss.  ne  prouvent  rien  en  faveur  du  texte 
imprimé;  le  ms.  18107  de  la  Bibl.  nat.  omet  le  prologue  ;  les 
mss.  B.  Nat.  lat.  2134,  et  Bibl.  de  l'Arsenal  769  l'abrègent  et 
ne  font  aucune  mention  de  l'âge  de  l'écrivain. 

Pierre  Alphonse  a  voulu  donner,  selon  l'ère  de  son  pays  %la 
date  de  sa  conversion.  Il  est  évident  que  la  leçon  des  éditions 
est  le  résultat  d'une  mauvaise  lectute.  Au  lieu  des  mots  Era 
Âf"^  C""  XL"'-'  uij'"'  on  a  lu  :  aclalis  iiieae  aniio  quadmgesiiiio 
quarto. 

C.  Nedelcou. 


1.  Bibliothèque  Nationale,  lat.  2134  (xvc  s.),  3359  A  (non  identifié  dans  le 
catalogue),  5080  (xiiie  s.),  10624  (xn^  s.)  10722  (xu^s.),  i4o69(xn-xnie  s.), 
15009  (xii-xiiie  s.),  16523  (xiye  S.),  18104  (xine  S.);  —  Bibl.  de  l'Arsenal, 
553    (xvc  s.),  769    (xine  s.),  941   (xiiie  s.)  ;   —Bibl.   Mazarine  ;  980  (xiii- 

Xive  s.). 

2.  L'ère  d'Espagne  {aéra  Hispaiiica),  qui  commence  le  1er  janvier,  38  av. 
J.-C. 


COMPTES    RENDUS 


G.  Kalff,   Geschiedenis   der  Nederlandsche  letterkunde 

Iste  deel. —  Groningcn,  Woltcrs,  1906.  In-8'\  11-376  p. 

M.  Kalff,  professeur  de  littérature  néerlandaise  à  l'université  de  Leide,  s'est 
fait  connaître,  depuis  plus  de  ving''  ans,  par  d'importants  travaux  d'histoire- 
littéraire  :  une  thèse  détaillée  sur  le  lied  et  la  poésie  lyrique  néerlandaise  du 
moyen  âge,  une  histoire  de  la  littérature  néerlandaise  du  xvi^  siècle,  etc.  Il 
commence  aujourd'hui  une  histoire  générale  de  la  littérature  néerlandaise, 
destinée  à  remplacer  celle  de  Jonckbloet,  qui  a  vieiUi,  et  à  compléter  celle  de 
M.  Te  Winkel,  qui  en  est  restée  au  premier  volume. 

Le  premier  volume  de  M.  K.,  qui  conduit  le  lecteur  jusqu'au  commencement 
du  xye  siècle,  touche  naturellement,  en  bien  des  points,  à  des  questions  intéres- 
sant la  littérature  française  du  moyen  âge.  Disons  tout  de  suite  que  M.  K., 
sans  éviter  les  questions  controversées,  ne  s'y  arrête  pas  aussi  longuement  que 
ses  prédécesseurs,  et  n'alourdit  pas  son  livre  des  longues  dissertations  qui 
encombrent  celui  de  Jonckbloet.  Cela  ne  l'empêche  pas  de  proposer  des 
points  de  vue  nouveau.x.  C'est  ainsi  que,  sans  revenir  le  moins  du  monde  aux 
paradoxes  qui  faisaient  dériver  les  chansons  de  geste  françaises  de  poèmes  en 
moyen  néerlandais,  il  exprime  à  plusieurs  reprises  l'idée  qu'on  n'a  pas  accordé 
assez  à  l'originalité  des  gens  des  Pavs-Bas,  que  certains  poèmes,  qu'on  consi- 
dérait, depuis  Jonckbloet,  comme  de  simples  traductions  du  français,  pourraient 
bien  être  originales,  ou  du  moins  des  imitations  très  libres.  M.  K.  propose 
ces  hypothèses  pour  des  poèmes  carolingiens  (Elegast,  Maiigis,  VHuon  de 
Bordeaux  dont  nous  avons  des  fragments  en  vers,  etc.),  pour  des  poèmes  de  la 
Table  Konào.  {Gauvain,  Morieu,  Torec),  pour  un  roman  d'aventures  (le  Châte- 
lain de  Coiici  publié  par  De  Vries).  En  général,  les  objections  de  l'auteur  sont 
de  poids  et  mériteraient  une  discussion  spéciale.  Sur  un  seul  poiiit  nous 
croyons  pouvoir  dire  dés  maintenant  que  M.  Kalff  pousse  trop  loin  la  réaction 
contre  les  idées  de  Jonckbloet.  Il  s'agit  du  poème  lïElegast,  qui  a  déjà  donné 
lieu  à  tant  de  discussions.  Sans  nier  l'identité  d'EIegast  et  de  Basin  et  l'origine 
française  de  la  tradition,  M.  Kalfl  (p.  102)  se  demande  s'il  a  existé  sur  le 
thème  du  <<  Charlemague  voleur  »  une  chanson  de  geste  de  quelque  étendue, 
si    cette  histoire  a  jamais  été  traitée  autrement  que  sous  forme  de  chanson 


G.   KALi-i-,  Gcsch.  lier  Nedcrl.  Ictlcrhiinde  465 

populaire  (Jied).  Même  si  une  ciianson  de  geste  a  existé,  M.  K.  met  en  doute 
que  le  poète  néerlandais  l'ait  connue  directement;  il  aurait  pu  ne  connaître 
le  sujet  qu'indirectement,  par  tradition  orale.  —  On  peut  répondre,  quant 
au  premier  point,  qu'Aubri  de  Trois-Fontaines,  qui  parle  d'une  caiitileiia  sur 
le  Charlemagne  voleur,  a  toujours  en  vue,  quand  il  emploie  les  mots  caiiitiir, 
(■<iH//7(';;.i,  de  véritables  chansons  de  geste;  voiries  passages  réunis  par  Jouck- 
bloet,  Beatrij  eu  dvdende  EIt'<^asl,  Amsterdam,  1859,  p.  141-148;  remarquer 
particulièrement  les  années  777,  866,  1066,  où  le  mot  auitilena  désigne  des 
chansons  de  geste  que  nous  possédons  encore.  Le  mot  a  donc,  chez  le  chro- 
niqueur, un  sens  précis,  auquel  nous  n'avons  pas  le  droit  d'en  substituer  un 
autre.—  En  outre,  le  récit  détaillé  de  la  Karlaniagmis Saga  ',  récit  évidemment 
emprunté,  comme  les  autres  parties  de  cette  compilation,  à  une  chanson  de 
geste,  montre  bien  que  la  source  française  était  autre  chose  qu'un  court  poème 
populaire,  qui  serait  du  reste  —  la  question  des  cantilènes  primitives  mise  à 
part—  un  phénomène  bien  étrange  vers  1250,  époque  où  écrivait  Aubri  de 
Trois-Fontaines. 

Reste  l'hvpothèse  d'une  transmission  orale  abrégée,  sur  laquelle  le  poète 
néerlandais  aurait  bâti  une  œuvre  de  sa  façon.  Ce  qui  plaide  contre  cette 
supposition,  ce  sont  les  nombreuses  ressemblances  que  le  poème,  dans  la 
forme  et  l'arrangement  du  récit,  présente  avec  les  chansons  de  geste,  ressem- 
blances déjà  signalées  par  Jonckbloet,  op.  /.,  p.  164-166,  et  trop  nombreuses 
pour  être  fortuites.  Il  faudrait  admettre,  dans  l'hypothèse  de  M.  K.,  que  le 
poète  néerlandais,  ne  connaissant  le  thème  de  «  Charlemagne  voleur  ;>  que  par 
une  version  orale  sommaire,  l'aura  expressément  développé  dans  le  cadre  et 
avec  les  artifices  de  composition  et  de  style  propres  aux  chansons  de  geste 
supposition  compliquée  et  peu  vraisemblable.  —  Nous  croyons  donc  que 
l'opinion  généralement  admise  depuis  Jonckbloet  et  G.  Paris  est  légitime  : 
Card  eiide  Elegait  est  la  traduction  d'un  poème  français,  traduction  dans 
laquelle  on  a  modifié  quelques  noms  propres,  ajouté  peut-être  quelques  détaili 
et  transporté  la  scène  à  Ingelheim,  ville  célèbre  par  un  palais  construit,  selon 
la  tradition,  par  Charlemagne  et  qu'un  homme  des  Pays-Bas  pouvait  très 
bien  connaître  et  substituer  à  la  localité  (Saint-Denis?)  nommée  dans  l'ori- 
ginal qu'il  imitait. 

Quelle  que  soit  la  solution  qu'on  adopte,  il  faut  savoir  gré  à  M.  K.  d'avoir, 
sur  ce  point  et  sur  les  autres  que  nous  avons  signalés,  soulevé  de  nouvelles, 
discussions  et  réagi  ainsi  contre  la  routine  et  le  iitrare  in  verba  iinigistri  que 
sont  la  mort  de  la  science. 

G.  HUET. 


I.  Jonckbloet  ne  connaissait  pas  ce  récit  lorsqu'il  donna  en  1859  sa  premiers 
démonstration;  il  ne  fut  signalé  qu'en  1865,  par  G.  Paris. 


Romanij.    XXXF 


30 


466  COMPTES    RENDUS 

Les    Versions  néerlandaises  de   Renaud  de  Montauban 
étudiées  dans  leurs  rapports  avec  le  poème  français, 

par  Marie  Loke.  Thèse  de  doctorat   d'université   présentée  à  Toulouse. 
Toulouse,    Edouard  Privât,   1906.  In-S",  190  pages. 

Léo  Jordan'.    Die    Sage    von  den    vier    Haimonskindern. 

Erlangcn,  Junge,  1905.  Grand  in-S",  x-198  pages. 

Une  analyse  complète  et  un  e.\amen  critique  des  versions  néerlandaises  et 
allemandes  de  Rciiaiit  de  Montauhati  était  un  travail  qui  s'imposait  depuis 
longtemps  et  qu'il  faut  féliciter  M"^  Loke  d'avoir  entrepris  et  mené  à  bonne 
fin.  Elle  l'a  exécuté  avec  un  soin  et  une  méthode  qui  méritent  les  plus  grands 
éloges.  En  voici  les  résultats  brièvement  résumés.  La  rédaction  fragmentaire 
en  vers  néerlandais  (i?/)  et  le  poème  allemand  (P)  remontent  presque  sûre- 
ment à  un  même  original  (.v)  et  le  second  peut,  conséquemment,  servir  à 
compléter  la  première  ;  le  roman  en  prose  néerlandaise  (h)  et  celui  en  prose 
allemande  ((()  remontent  à  un  autre  (v)  et  ces  deux  originaux  eux-mêmes  à 
un  poème  (j(),  qui  devait  être  picard  (ou  à  un  poème  néerlandais  traduit  de 
celui-ci  '). 

Quelle  est  la  date  et  la  valeur  traditionnelle  du  poème  ainsi  reconstitué? 
M"'^  L.  croit  pouvoir  dire  qu'il  était  plus  ancien  que  la  version  imprimée  par 
Michelant.  La  formule  est  trop  générale  :  il  fallait  dire  seulement  que  certains 
épisodes  y  étaient  plus  voisins  de  la  version  originale  que  les  épisodes  cor- 
respondants du  texte  imprimé  :  telles  sont  l'introiuction  -,  qui,  au  reste,  ne 
remonte  pas  elle-même  à  une  haute  antiquité,  puisqu'elle  est  imitée  du  début 
di'Ogier,  et  l'épisode  relatant  le  séjour  des  quatre  frères  en  Gascogne.  Sur  le 
premier  point  M"e  L.  se  borne  à  confirmer  les  résultats  déjà  acquis  par 
MM.  Suchier  et  Matthes.  Sur  le  second,  sa  démonstration  apporte  un  sérieux 
appui  à  une  opinion  déjà  développée  par  Zwick  3  et  reprise  récemmment  par 
M.  L.  Jordan  :  on  peut  donc  considérer  comme  ruinée  l'hypothèse  de  Paulin 


1.  Malheureusement  le  tableau  placé  à  la  page  54  ne  correspond  pas  exac- 
tement à  cette  démonstration;  il  faudrait  y  introduire  quelques  échelons 
intermédiaires  :  M"c  L.  suppose  (p.  54)  que  x  était  picard;  mais  comment 
expliquer  que  P,  qui  y  remonte  directement,  contienne  de  nombreux  mots 
néerlandais?  Il  faut  donc  supposer  un  intermédiaire  néerlandais;  au  sujet 
de  V,  il  y  a  contradiction,  car  il  est  qualifié  tantôt  de  poème  (p.  42),  tantôt 
de  roman  en  prose  (p.  50).  Il  faut  admettre  un  intermédiaire  en  vers,  qui 
serait  la  source  de  /;  (où  il  y  a  des  rimes  néerlandaises)  et  un  autre  en  prose, 
source  directe  de  a. 

2.  Il  s'agit  de  l'introduction  proprement  dite,  où  l'un  des  quatre  frères 
tue  le  fils,  et  non  le  neveu  de  Charlemagne  (cf.  Michelant,  p.  45-52)  et  non 
de  la  chanson  de  Beuve  (Michelant,  p.  1-45). 

3.  Ucber  die  Sprache  des  Renaid  l'on  Montauban,  p.  14-15. 


M.  LOKE,   Versions  iiéeil.  de  Renaud  de  Montaiéan     467 

Paris,  d'après  laquelle  l'épisode  de  Gascogne  ne  serait  qu'un  remaniement  de 
celui  des  Ardennes  '. 

Mais  si  ces  deux  épisodes  se  présentent  ici  sous  une  forme  archaïque,  il  ne 
s'ensuit  pas  que  le  poème  auquel  ils  appartenaient  ait  été  tout  entier  plus 
ancien  que  la  version  imprimée.  Bien  loin  de  là.  Comme  indices  de  moder- 
nité, il  faut  citer  les  allusions  laites  à  de  nombreuses  chansons  relativement 
récentes  '  et  à  des  légendes  bretonnes,  ainsi  que  le  nombre  des  épisodes 
comiques  et  un  système  d'exagérations  poussé  jusqu'à  l'absurde  '.  11  est  vrai 
que  M"--"  L.  voit  dans  ces  dernières  une  marque  d'antiquité  (p.  168-85); 
mais  je  m'en  tiens  sur  ce  point  à  l'avis  de  G.  Paris,  qui  était  tout  contraire 
(Histoire  poétique,  p.  140).  Il  est  certains  traits  (Renaut  coupant  à  son  père 
le  nez  et  les  oreilles,  Renaut  ivre-mort,  Maugis  hideux  et  grotesque)  qui  me 
paraissent  absolument  étrangers  à  l'esprit  de  l'ancienne  épopée  et  me  font 
l'effet  d'  «  embellissements  »,  par  lesquels  un  auteur  assez  moderne  et  tra- 
vaillant pour  un  public  grossier  aura  tenté  de  flatter  les  goûts  de  ce  public. 

Le  livre  de  M.  Jordan  est  un  des  plus  hardis  et  des  plus  aventureux  que  je 
connaisse.  M.  J.  a  édifié  là  une  cathédrale  à  laquelle  on  ne  reprochera 
certes  pas  de  manquer  de  flèche;  mais  je  crains  bien  que  ces  splendides 
constructions  s'évanouissent  au  premier  souffle  de  la  critique,  car  elles 
manquent  absolument  de  base.  M.  J.  sait  exactement  comment  s'est  faite  la 
chanson  actuelle,  qui  est  l'œuvre  de  sept  remanieurs  successifs  ;  il  peut  nous 
dire  où  commence,  où  finit  la  part  de  chacun  de  ces  sept  ouvriers;  où,  quand 
ils  ont  travaillé,  quels  motifs  leur  ont  dicté  leurs  additions  ou  modifications. 
La  légende,  selon  lui,  est  née  avant  le  x^  siècle,  dans  la  région  du  sud-ouest, 
et  elle  a  conservé  maint  trait  caractéristique  de  l'âme  et  des  mœurs  méridio- 


1.  L'historicité  de  l'épisode  de  Gascogne  fournirait  naturellement  un  argu- 
ment de  plus  en  faveur  de  l'hypothèse  ici  développée  :  aussi  M'ie  L.  accepte- 
t-elle  sans  restriction  l'identification,  jadis  proposée  par  M.  Longnon,  du  roi 
Yon  avec  Eudo,  roi  d'Aquitaine,  et  de  Renaut  avec  Chilpéric  IL  II  serait  trop 
long  de  dire  pourquoi  ces  identifications  me  paraissent  très  douteuses,  aussi  bien 
que  celles  (et  elles  sont  nombreuses)  proposées  récemment  par  MM.  Jordan 
(p.  17-27)  et  Castets  (Revue  des  langues  rom.,  XLIX,  138-77).  Le  fait 
qu'un  fugitif  est,  de  part  et  d'autre,  trahi  par  son  hôte,  ne  me  paraît  pas  une 
base  suffisante,  ce  t'ait  ayant  dû  être  fréquent  dans  la  réalité,  et  pouvant  être 
devenu  très  anciennement  un  thème  poétique.  Quant  au  nom  d'Yon,  qui 
apparaît  souvent  dans  l'épopée  (voy.  Langlois,  Table  des  noms),  il  a  pu  passer 
d'une  autre  chanson  dans  Renaut  de  Montauban,  qui  ne  me  paraît  pas,  quoi 
qu'on  en  ait  dit  souvent   appartenir  à  la  plus  ancienne  couche  épique. 

2.  M>'e  L.  a  oublié  de  signaler  (p.   100)  celle  qui  est  faite  à  Amis  et  Amile. 
J.   L'idée  de  présenter  les  quatre  héros  comme  des  bâtards    (p.  80)  me 

paraît  aussi  tout  autre  chose  qu'un  trait  archaïque.  —  La  forme  Assis  (pour 
Aiiseis),  qui  est  dans  trois  textes,  semble  bien  remonter  à  l'original  ;  cet 
amuïssement  de  l'i'  protonique  ne  rne  paraît  guère  possible,  même  en  picard, 
avant  l'extrême  fin  du  xni«  siècle. 


468  COMPTES    RENDUS 

nalcs  (p.  94).  De  là  clic  a  passe  en  Espagne,  uù  elle  est  devenue  l'histoire 
des  sept  Infants  de  Lara  (p.  74  ss.).  Au  sud-ouest  encore  appartient  la 
deuxième  chanson,  la  plus  ancienne  poésie  romane  écrite  en  alexandrins 
(p.  98)  ;  et  à  ce  propos  ne  pourrait-on  dire  que  l'alexandrin  est  le  vers  pro- 
prement gascon,  qui,  ayant  émigré  en  Espagne,  serait  devenu  le  vers  «  bipar- 
tite »  du  Poftiia  ciel  Cid}  La  troisième  et  la  quatrième  rédaction  sont 
l'œuvre  de  jongleurs  du  nord,  dont  le  second,  pourvu  d'une  vaste  érudition 
épique,  vivait  dans  le  second  tiers  du  xiie  siècle  ;  le  cinquième  remanieur, 
postérieur  d'une  trentaine  d'années,  a  l'ait  les  premiers  emprunts  à  la  légende 
rhénane  de  saint  Renaud  ;  le  sixième  était  un  jongleur  du  nord-est,  auquel  on 
doit  la  chanson  introductive  de  Beiive  et  l'épisode  des  Ardennes,  raconté 
d'après  une  très  ancienne  tradition  locale.  A  la  septième  rédaction  appar- 
tiennent le  pèlerinage  de  Renaut,  le  combat  judiciaire  et  le  dénouement 
pieux;  dans  cette  rédaction  même  on  peut  distinguer  trois  couches,  sur  les- 
quelles je  n'insisterai  pas;  aussi  bien  M.  J.  lui-même  avoue-t-il  (p.  161) 
qu'il  ne  peut  se  prononcer  d'une  façon  précise  sur  leur  succession. 

Q.ue  le  novau  de  la  chanson  soit  l'épisode  de  la  trahison  des  quatre  frères 
par  Yon,  que  cette  légende  ait  été  rattachée  beaucoup  plus  tard  au  culte  d'un 
saint  honoré  à  Trémoigne  dès  le  xe  siècle,  voilà  les  seules  conclusions  pro- 
bables, sinon  absolument  sûres,  qui  me  paraissent  se  dégager  de  ce  laborieux 
mémoire.  Il  en  restera  aussi  une  soigneuse  étude  de  la  langue,  qui  a  sa 
valeur  propre.  Mais  tout  le  reste,  je  l'ai  dit.  me  paraît  fantaisie  pure.  Que 
d'hypothèses  sans  fondement  !  Que  de  diflicultés  imaginaires  soulevées  uni- 
quement, semble-t-il,  pour  être  résolues  avec  l'adresse  éblouissante  d'un 
prestidigitateur  !  Il  est  singulier,  nous  fait  observer  M.  J.,  que  sur  les  quatre 
frères,  trois  seulement  portent  des  noms  rimant  entre  eux.  C'est  que  Renaut 
s'appelait  d'abord  Reinhardt  (p.  90),  et  que  ce  nom,  symbole  de  la  fourberie, 
et  convenant  mal  à  un  héros,  aura  été  changé  en  Renaut  (Reinold)  sous  l'in- 
fluence du  nom  de  Sâ'ml  Reiniuahl  (p.  126)  '.  D'autres  difficultés  sont  écartées 
avec  le  même  brio  :  trois  des  frères,  nous  dit  le  poète  (190-21)  eussent  péri 
«  ne  fust  une  cavee  d'un  destroit  lés  un  mont  ».  Ces  deux  mots  inintelli- 
gibles sont  tout  simplement  un  reste  de  la  rédaction  gasconne  primitive  :  ils 
sont  une  altération  des  mots  cah':{a  estrccha,  qui  désignaient  le  monticule 
étroit  où  les  trois  frères  se  défendaient.  Mais,  outre  que  le  mot  cahessa  est  à 
peine  gascon  ^,  il  n'y  a  là  aucune  difficulté  :  les  trois  héros,  pour  ne  pas  être 


1.  L'explication  du  nom  de  Fiiicition!,  appliqué  à  Renaut  dans  trois  pas- 
sages, n'est  pas  moins  risquée  (p.  89)  ;  le  mot  serait  un  substitut  du  germanique 
Chinemund.  L'explication  est  beaucoup  plus  simple  :  ce  surnom  ne  se  trouve 
jamais  que  dans  la  bouche  des  ennemis  de  Renaud  et  il  exprime  bien  la  ter- 
reur que  le  héros  leur  cause (Jiuemont  ^  exterminateur;  cf.  Finanioiide,  épée 
d'Aimeri  de  Narbonne). 

2.  Il  existe,  il  est  vrai,  dans  certaines  parties  de  la  Gascogne,  mais  il  n'y 
est  employé  que  dans  des  locutions  toutes  faites;  (voyez  Lespy,  Dictionnaire 
béarnais)  ;  il  est  en  tous  cas  beaucoup  moins  usité  que  cap. 


Testament  de  François  Fillon,  p.  p.  m.  schwob       469 

cnwlopfics,  se  sont  rcfugiés  dans  une  sorte  de  défilé,  de  chemin  creux,  resserré 
entre  deux  monticules,  où  ils  sont  en  eflfet  beaucoup  mieux  abrités  que  sur 
un  sommet  ;  aussi  hésitent-ils  à  en  sortir,  même  pour  secourir  Richard  blessé  : 
c'est  seulement  quand  ils  ont  rejoint  celui-ci  qu'ils  se  réfugient  avec  lui  sur 
la  i<  roche  Mabon  »  (192,  12-36)'. 

Certes  l'imagination  est  une  qualité  précieuse,  même  pour  un  critique; 
mais  poussée  à  ce  degré,  elle  fausse  et  corrompt  tout,  même  la  meil- 
leure méthode.  Il  se  pourrait  qu'une  réaction  fût  proche  :  les  livres  de 
M.  Jordan,  et,  dans  un  genre  un  peu  différent,  de  M.  Settegast,  y  auront  con- 
tribué, et  c'aura  été  peut-être  leur  plus  grande  utilité  -. 

A.  Jeanroy. 

Le  Petit  et  le  Grant  Testament  de  François  Villon,  les 

cinq  ballades  en  jargon  et  des  poésies  du  cercle  de  Villon,  etc.  Reproduc- 
tion fac-similé  du  manuscrit  de  Stockholm,  avec  une  introduction  de 
Marcel  Schwob.  Paris,  Champion,  1905,  in-40  de  46  pages  (la  reproduc- 
tion en  fac-similé  compte  2  feuillets  de  tête  et  va  du  feuillet  i  ou  feuillet 
7)  du  ms.  ;  manquent  les  feuillets  63  à  66).  Tirage  à  cent  exemplaires 
numérotés. 

Dans  la  notice  nécrologique  consacrée  en  1905  à  Marcel  Schwob  (Rom. 
XXXIV,  344-5),  M.  P.  Mever  exprime  le  souhait  que  les  dernières  notes 
réunies  sur  Villon  par  ce  savant  regretté  et  promises  à  la  Roiuania  sous  le  titre 
de  Villoniana,  puissent  être  mises  au  jour,  et  viennent  compléter  les  travaux 
précédents  de  l'auteur  sur  le  même  sujet.  Ce  vœu  est  partiellement  '  exaucé 
dans  la  publication  dont  rlous  rendons  compte.  Cette  publication  que  n'a  pu  voir 
achevée  M.  Sch.  et  qu'a  terminée  avec  un  soin  pieux  son  élève  et  collabora- 
teur M.  Pierre  Champion  est  la  reproduction  en  fac-similé  des  75  premiers 
feuillets  du  ms.  LUI  de  la  Bibliothèque  royale  de  Stockholm,  comprenant 
l'œuvre  de  Villon  mêlée  à  d'autres  poésies  ;  une  introduction  y  est  jointe. 

On  connaît,  depuis  VEssai  critique  de  M.  Bijwanck,  l'importance  du  ms. 
de  Stockholm  au  point  de  vue  des  textes.  Ce  ms.,  possédé  autrefois  par  Fau- 


1.  Le  vers  197,  5  ne  présente  non  plus  aucune  difficulté;  vos  honors  signi- 
fie «  vos  fiefs,  vos  privilèges  seigneuriaux  »  et  non  «  vos  personnes  »  :  il  n'y 
a  donc  pas  le  moindre  rapprochement  à  établir  (p.  85)  entre  cette  locution  et 
l'espagnol  usteJes;  il  est  au  reste  bien  clair  que  cette  locution  moderne  ne 
pouvait  se  trouver  dans  une  rédaction,  même  castillane,  du  x^  siècle. 

2.  Je  suis  heureux  de  constater  que  M.  Ph.  A.  Becker  ne  s'est  pas  montré, 
en  face  des  hvpothèses  de  M.  J.,  moins  sceptique  que  moi  (Literaturblatt, 
1906,  187);  M"c  Loke  a  fait  aussi  des  réserves  expresses  sur  bon  nombre  de 
po'mis  (Muséum,  igo6,  p.  291). 

3.  [Partiellement,  car  un  bon  nombre  des  notes  rassemblées  par  Schwob 
n'ont  pas  été  employées  dans  la  présente  publication,  et  seront  mises  en 
œuvre  par  M.  P.  Champion  dans   jne  prochaine  publication.  —  Red.] 


470  COMPTES    RENDUS 

chet,  Pétau  et  la  reine  Christine,  présente  d'ailleurs  d'intéressantes  particula- 
rités ;  c'est  aussi  le  seul  qui  renferme  la  Ballade  des  Contre-vè rites  et  là  sep- 
tième ballade  du  Jargon,  toutes  deux  avant  un  envoi  où  le  nom  Villon  paraît 
en  acrostiche.  Les  amis  du  poète  parisien  et  de  la  littérature  française  du 
xve  siècle,  seront  donc  lieureux  d'avoir  entre  les  mains  une  bonne  reproduc- 
tion d'un  ms.  dont  la  valeur  est  encore  rehaussée  par  les  notes  judicieuses  que 
Fauchet  a  mises  en  marge. 

L'introduction  qui  précède  le  fac-similé  est  le  résumé  de  deux  leçons  pro- 
fesséesà  l'Hcole  des  hautes  études  sociales  ;  elle  est  courte,  mais  susbtantielle. 
Après  une  description  du  ms.,  l'éditeur  aborde  quelques-uns  des  problèmes 
que  soulève  l'œuvre  de  Villon.  S'occupant  tout  d'abord  du  quatrain  (éd. 
Longnon,  p.  119),  où  le  poète  se  déclare 

Né  de  Paris  emprésPontoise, 

1  discute,  après  M.  Longnon,  l'authenticité  du  huitain  qui  en  est  dérivé  (éd., 
p.  244),  huitain  qui  donne  à  Villon  le  surnom  de  Corheil  et  ne  saurait,  pour 
des  raisons  multiples,  avoir  été  écrit  par  lui  ;  il  explique  pourquoi  dans  ce 
même  quatrain,  François  Villon,  moins  heureux  que  ses  complices  savoyards 
graciés  à  la  requête  du  duc  de  Savoie,  regrette  d'être  «  François  >>,  c'est-à- 
dire /mwfrtw,  restant  soumis,  sans  espoir  d'intercession  étrangère,  aux  lois  de 
son  pays  ;  il  montre  enfin  que  les  mots  Paris  eniprès  Pontoisc  ne  forment  pas 
seulement  une  plaisanterie,  mais  peuvent  bien  aussi  comporter  une  allusion 
au  grant  prévôt  de  Paris,  Villiers  de  l'Isle  Adam,  qu'on  voit  souvent  reven- 
diquer la  justice  de  la  châtellenie  royale  de  Pontoise. 

La  ballade  connue  sous  le  nom  de  Ballade  de  V appel  de  Villon  porte  dans  le 
ms.  de  Stockholm  un  titre  personnel  :  La  question  que  feist  Villon  au  clerc  du 
guichet.  Ce  clerc  du  guichet  ou  de  la  geôle  du  Châtelet,  nommé  Garnier  par 
la  ballade,  M.  Sch.  l'identifie  avec  un  Garnier  qui  en  1459  prenait  ce  titre; 
ce  qui  permet  de  reporter  la  condamnation  et  la  grâce  de  Villon  un  peu  plus 
tard  qu'on  ne  l'a  fait  jusqu'ici,  c'est-à-dire  en  1463,  comme  l'indique  du  reste 
un  passage  heureusement  retrouvé  d'un  ms.  Dupuy. 

Dans  cette  ballade,  l'allusion  à  Vescorcherie  et  aux  hoirs  Hue  Capel 

Qui  fu  extrait  de  boucherie, 
s'explique,  au  dire  de  M.  Sch.,  par  ce  fait  que  le  lieutenant  criminel  qui  con- 
damna Villon"  à  la  torture  et  au  gibet  était   Pierre  de  la  Dehors,  boucher  de 
la  grande  boucherie  de  Paris. 

Toutes  ces  ingénieuses  découvertes  paraissent  dans  cette  introduction  poi-.r 
la  première  fois;  elles  avaient  déjà  cependant  été  communiquées  en  manu- 
scrit à  Gaston  Paris,  qui  en  avait  largement  usé  pour  son  François  Villoi 
(p.  69,  71-72,  etc.)  non  sans  rendre  hommage  au  désintéressement  et  à  la 
perspicacité  critique  de  M.  Schwob  (p.  168-169).  N'est-ce  pas  le  cas,  en 
signalant  cette  publication  posthume,  de  rappeler  un  rare  procédé  de  bonse 
confraternité  littéraire? 

Gaston  R.wn.^ud. 


L.  SAiNÉAN,  La  créatiùii  métaphorique  :  k  chat         471 
La   création  métaphorique   en  français  et  en  roman. 

Iin;im.'s  lirccs  du  mon  Je  dos  animaux  domestiques  :  le  chat,  avec  un 
appendice  sur  la  Couine,  le  singe  et  les  strigiens,  par  Lazare  Saikéan. 
Halle,  Niemever,  1905.  In-80,  148  pages  (Fasc.  I  dt^s  Bcihef le  :(iir  Zeitschrift 
fur  roin.  Phi!.). 

M.  S.  se  propose  de  nous  donner  en  un  tableau  d'ensemble  «  la  somme 
des  idées  que  les  peuples  romans  ont  su  tirer  du  monde  des  animaux  domes- 
tiques »  :  au  travail  que  nous  annonçons  aujourdui  en  succédera  bientôt  un 
qui  traitera  du  chien  et  du  cochon,  puis  un  troisième  et  dernier  consacré  au 
bétail  et  à  la  volaille  de  basse-cour.  On  comprend  facilement  l'intérêt  d'une 
étude  de  ce  genre  ;  on  se  demande  seulement  avec  inquiétude  s'il  est  pos- 
sible dés  maintenant  d'en  traiter  les  différentes  parties  avec  toute  la  rigueur 
scientifique.  Dans  l'introduction,  l'auteur  rappelle  les  mémoires  publiés 
naguère  par  M  Tappolet  (sur  les  noms  de  parenté)  et  par  M.  Zauner  (sur 
es  noms  des  différentes  parties  du  corps  humain)  qui  ont  mis  en  relief  la 
fécondité  des  langues  romanes  par  rapport  au  vocabulaire  assez  restreint  que 
le  latin  leur  avait  transmis.  «  L'étude  de  la  métaphore  linguistique  est  à 
peine  effleurée  »,  nous  dit-il.  On  s'étonne  qu'il  ne  cite  pas  le  livre  si  sugges- 
tif d.;  M.  Michel  Bréal  intitulé  «  Essai  de  sémantique  »  et  les  mémoires  dis- 
persés de  M.  Hugo  Schuchardt  qui  sont  venus  dans  ces  dernières  années 
secouer  la  torpeur  des  piionétistes  et  projeter  dans  l'atmosphère  de  la  linguis- 
tique tant  de  lumineuses  fusées. 

L'étude  de  M.  S.  comporte  145  paragraphes  répartis  entre  trois  grandes 
divisions  :  L  Noms  et  cris  du  chat;  IL  Sens  des  noms  du  chat;  IIL  Méta- 
phores us'-es.  La  documentation  est  extrêmement  étendue,  comme  en  fait  foi 
la  bibliographie  qui  occupe  les  pages  1 19-122  ;  mais  c'est  avant  tout  aux  par- 
1ers  de  la  France  que  M.  S.  a  demandé  ses  matériaux.  Sans  parler  des 
sources  imprimées,  accessibles  à  tout  le  monde,  il  a  profité  des  matériaux 
inédits  réunis  par  M.  Gilliéron  pour  son  Atlas  linguistique,  et  il  proclame 
hautement  «  qu'il  a  tiré  un  parti  inestimable  des  trésors  accumulés  dans 
cette  magnifique  publication  qui  marquera  une  date  dans  les  études  d'étvmologie 
française.  »  On  lui  saura  gré  d'avoir  classé  avec  beaucoup  d'ingéniosité  tout 
ce  dont  il  disposait  ;  à  ce  point  de  vue  sa  méthode  est  incontestablement 
supérieure  à  celle  qu'à  suivie  M.  Eugène  Rolland  dans  sa  Faune  populaire,  hïcn 
qu'il  ne  faille  pas  marchander  notre  reconnaissance  à  une  œuvre  qui  a  rendu 
et  qui  rendra  encore  tant  de  services  à  la  linguistique. 

Malheureusement  l'auteur  ne  semble  pas  avoir  apporté  à  la  critique  des 
matériaux  —  qui  est  chose  fondamentale  —  toute  l'attention  désirable.  Il  est 
bien  rare  qu'il  s'arrête  à  scruter,  à  discuter  ;  à  chaque  instant  on  a  l'impres- 
sion qu'il  peut  être  dupe  de  vaines  apparences  ;  on  le  lit  avec  défiance  et, 
comme  on  dit  en  Morvan,  à  rechigne-chat.  lia  dressé  une  table  très  complète 
(p.  123-148)  des  mots  et  des  locutions  qu'il  a  eu  l'occasion  de  mentionner 
au  courant  de  son  étude  :  il  y  en  a  plusieurs  milliers.  Il  les  a  tous  passés  en 


472  COMPTES    RENDUS 

revue,  assurément,  mais  à  la  manière  du  gén^Tal  qui  parcourt  en  automobile 
le  front  de  son  corps  d'armée. 

C'est  déjà  beaucoup  cependant  d'avoir  reconnu  en  gros  un  terrain  sur 
lequel  la  linguistique  aura  à  manœuvrer  plus  tard  pendant  plusieurs  généra- 
tions avant  de  se  flatter  d'en  posséder  une  carte  tout  à  fait  exacte.  Les  jalons 
posés  par  M.  S.  ne  seront  pas  inutiles,  même  si  l'on  se  convainc  qu'il  faudra 
en  déplacer  un  grand  nombre.  Voici  quelques  observations  que  me  suggère 
une  lecture  rapide. 

P.  6  et  29,  M.  S.  rapporte  sans  aucune  restriction,  le  texte  deVégèce  {Epi- 
tomarei  milit.,l\,  15)  :  «  Vineas  dixerunt  veteres  quas  nuiic  militari  barbari- 
coque  usu  cattos  vocant.  »  Mais  il  est  focile  de  s'assurer  qu'aucune  famille  de 
manuscrits  n'autorise  la  leçon  cattos,  qui  apparaît  seulement  dans  l'édition  de 
Bologne  de  1496  :  les  manuscrits  donnent  causia%  cniitias,  caulius  ou  caiiti- 
biia,  mot  que  nous  ne  connaissons  pas  par  ailleurs,  mais  qu'il  n'est  pas  légi- 
time de  remplacer  par  catlos  sans  crier  gare,  surtout  quand  en  fait  une  mono- 
graphie sur  le  chat. 

P.  33,  M.  S.  rattache  à  chat  les  noms  vulgaires  de  la  lamproie  et  du  lam- 
prillon  :  chatouiîk,  chat illon,  etc.  Comme  il  renvoie  à  Rolhnd,  Fcuiîie  pop.,  lll, 
137  [lire  :  III,  97]  il  est  singulier  qu'il  n'ait  pas  pris  le  temps  de  dire  au  lecteur 
quelles  raisons  il  avait  de  mettre  en  avant  une  opinion  aussi  différente  de  celle 
qui  ressort  de  la  lecture  de  la  Faune  populaire.  Étant  donné  que  M.  Rolland 
enregistre  dans  la  même  page  chatouille,  etc.  et  sept-œil  ou  bête  à  sept-trous, 
et  que,  au  xiiie  siècle,  la  lamproie  est  appelée  en  français  setueille  (en  rime 
avec  fueille),  il  est  à  croire  que  ce  poisson  doit  son  nom  aux  sept  trous  (dits 
improprement  «  yeux  «)  qu'elle  porte  de  chaque  côté  et  fiar  lesquels  elle 
rejette  l'eau  qu'elle  a  absorbée.  Les  Allemands  y  voient  aussi  des  yeux,  mais 
ils  en  ont  compté  neuf,  et  dès  le  moyen  âge  ils  appellent  la  lamproie 
neunauge  (cf.  Romania,  XXXV,  185).  Le  chat  n'a  rien  à  voir  là-dedans,  au 
moins  à  l'origine. 

P.  37,  même  incurie  au  sujet  des  termes  dialectaux  français  caterole  «  trou 
de  lapin  »  et  catiche  «  trou  de  loutre  »  ;  M.  S.  v  voit  des  équivalents  de  «cha- 
tière »  sans  mentionner  même  l'existence  du  verbe  catir  <*coactire  auquel 
ces  deux  termes  sont  ordinairement  rattachés. 

P.  40,  les  noms  vulgaires  de  la  chenille  dans  la  région  normanno-picarde 
sont  étrangement  expliqués.  M.  S.  croit  que  (•i;/('/>/('»/v  (qu'il  lit  arbitrairement 
catepeleûre)  veut  dire  «  toison  de  chatte  »  ;  en  réalité  c'est  une  forme  rhotaci- 
sée  de  calep[e]leuse  catta  pilosa,  c'est-à-dire  «  chatte  poilue  ». 

P.  41,  l'auteur  voit  la  martre  dans  le  chat  de  mars  dont  les  griffes  «  exulce- 
rarent  tout  le  périnée  »  de  Gargantua  (Rabelais,  I,  13);  c'est  en  eftet  l'opi- 
nion de  la  plupart  des  commentateurs,  mais  tlle  ne  supporte  guère  l'examen. 
Un  cl)at  de  viars  est  tout  simplement  un  chat  né  dans  le  mois  de  mars.  On  dit 
aussi  un  chat  de  uiai,  et  il  v  a  une  locution  «  mauvais  comme  un  chat  de 
mai  »  (Rolland,  IV,  iio;  cl.  Mmtesson,  Patois  du  Haiit-Maiue)  que  M.  S. 
aurait  dû  relever. 


L.  SAiNÉAN,  La  création  inctaphoriquc  :  le  chat         473 

//'/./.,  la  zilielinc  est  rangée  parmi  les  petits  félins  auxquels  le  nom  du  chat 
a  été  appliqué,  et  on  invc«:jueà  l'appui  de  cette  opinion  l'anc.  fr.  chat-soubelin 
dans  Cotgrave.  Mais  Cotgrave  définit  «  un  chat  soubelin  >>  par  <«  A  great  or 
mightie  Cat  »,  et  il  me  parait  avoir  raison.  Xotcz  qu'il  s'agit  uniquement  du 
passage  qui  est  dans  Rabelais,  IV,  67,  et  voyez  dans  Godefroy  de  nombreux 
exemples  de  l'adjectif  iO(//'<7/H,  stiheliii,  sithlin,  dont  je  ne  connais  pas  l'éty- 
niologie,  mais  qui  a  été  très  à  la  mode  au  xvie  siècle  ' . 

Il'iJ.,  les  noms  composés  chat-ccureml  tl  chat-putois  sonl  plus  répandus  dans 
la  région  de  langue  d'oïl  que  ne  le  dit  M.  S.  Pour  le  premier,  M.  S.  a  oublié 
d'utiliser  la  carte  450  de  V Atlas  li)i(^iiistiqiie;  pour  le  second,  il  faut  noter 
qu'il  était  usité  aux  portes  mêmes  de  Paris  au  xiii^  siècle  :  cf.  le  nom  propre 
Albcricus  Chaipitlois  ou  Cbaputois  dans  A.  Molinicr,  Obil.  de  la  prov.  de  Sens, 
I,    155  et    137. 

P.  42,  parmi  les  plantes  «  qui  affectent  la  sensibilité  du  chat  »  on  range 
l'épurge,  la  menthe  et  le  térébinthe  «  dont  la  forte  odeur  ressemble  à  celle 
que  le  chat  répand  pendant  la  période  des  amours  ».  Cette  opinion  repose  sur 
les  noms  tels  que  catapii~-a  (italien),  catapuce  (français,  et  non  pas  seulement 
anc.  franc.,  puisque  Littré  le  donne),  catapiwhe  (normand)  etc.,  qui  s'ap- 
pliquent à  ces  différentes  plantes.  Mais  le  normand  catepuche,  etc.  «  menthe» 
est  manifestement  une  altération  de  cachepuce,  c'est-à-dire  «  chasse-puce  » 
(cf.  Joret,  Flore  pop.  de  la  Noniiandie,  p.  148-9)  ;  quant  au  franc,  catapuce,  et 
à  l'ital.  catapu:;^~a  «  épurge  »,  il  ne  faut  pas  hésiter  à  en  chercher  le  point  de 
départ  (à  travers  le  latin  médiéval  catapucia)  dans  le  grec  xaTa-o-'.ov 
«  pilule  ».  Il  V  a  là  un  exemple  curieux  de  sémantique  qui  n'a  rien  à  voir 
avec  le  chat.  Dioscoride  parlant  de  zaranoTia  de  semence  d'épurge  (IV, 
162,  -io<  T'.Oj;j.âXwv,  et  IV,  164,  r.iy.  Àa'Jjpîôo;),  on  a  fini  par  croire  que 
xaTa-oT-a  désignait  la  semence,  puis  la  plante  elle-même.  Témoin  Platea- 
rius,  Circa  instans,  26  (Catapucia,  frucjus  vel  semen  cujusdam  herbe  que 
similiter  appellatur)  et  la  compilation  dite  Alphita  (catapucia  semen  est  spurge 
majoris  *). 

Ihid.,  dans  les  noms  vulgaires  de  la  primevère  tels  que  catabraie,  braille 
(=  braie)  de  cat,  braie  de  coucou,  le  terme  braie  n'a  rien  de  commun  avec  le 
verbe  braire  :  c'est  le  latin  gaulois  braca  «  culotte  ». 

P.  45,  le  prov.  mod.  cafiô,  etc.  «  chenet  »  est  expliqué  par  «chat  de  feu  »  ; 
c'est  une  erreur  qui  se  pouvait  éviter  en  jetant  les  veux  sur  l'article  c.^fiô  de 
Mistral  :  le  premier  élément  est  le  latin  cap  ut. 

//'/■(/.,  le  montois  catepiicîie  et  le  berrichon  chabut  ou  gebut  (et  non  g ab ut) 


1 .  Godelroy  cite  Rabelais  et  Cotgrave  ;  mais  dans  sa  citation  de  ce  dernier 
il  a  imprimé  Soubeliné  (qui  est  la  vedette  d'un  article  différent)  au  lieu  de 
Soubelin. 

2.  Catapuce  manque  au  Dict.  gênerai  (c'est  un  mot  qui  n'est  pas  d'usage 
courant)  ;  ni  Littré  ni  Larousse  n'en  donnent  l'étvmologie. 


474  COMPTES   RENDUS 

«  crochet  à  une  corde  de  puits  »  sont  mis  côte  à  côte  et  expliqués  comme 
signifiant  «  chatte  de  puits  ».  Passe  pour  le  morîtois,  mais  le  berrichon  ne 
peut  être  séparé  du  blaisois  chei'el  ou  chevélre  «  crochet  à  ressort...  placé  au 
bout  de  la  corde  qui  termine  une  corde  à  puits  »  (Thibault):  nous  sommes  en 
présence  du  lat.  capistr  um,  et  il  ne  reste  ni  chat  ni  puits. 

P.  44,  le  poitevin-saintongeais  chareilloux,  careilhux  «  chassieux  »  est 
expliqué  comme  signifiant  proprement  «  aux  yeux  de  chat  »  ;  c'est  une  idée 
tout  à  fait  déraisonnable,  et  le  morvandiau-berrichon  i\enx  «  veux  »,  que 
M.  S.  invoque  et  qu'il  altère  en  riyeiix  pour  le  rendre  plus  probant,  n'a  rien 
à  voir  là-dedans.  Le  bon  Jônain  a  eu  raison  de  rattacher  son  substantif 
carcuilloii  «  enfant  qui  a  les  veux  <:rt7-raî7ZoH5,  c'est-à-dire  chassieux  ■■>  à  careuil, 
forme  méridionale  de  chareuil,  chaleuil,  chaleil  «  lampe  rustique  »  dont  l'éty- 
mologie  est  bien  connue  :  c'est  le  latin  calyculus. 

Il  me  serait  facile  de  donner  d'autres  exemples  qui  convaincraient  le  lecteur 
que  les  étymologies  de  M.  S.  sont  parfois  extrêmement  aventurées. 
J'aime  mieux  terminer  en  signalant  une  explication  heureuse  du  français 
guépard  :  M.  S.  pense  que  le  mot  est  identique  à  chat-pard  (p.  41).  Je  suis 
porté  à  lui  donner  raison.  Je  remarque  en  effet  que  dans  un  «  état  des  mar- 
chandises du  Levant...  arrêté  au  Conseil  du  Roi  le  16  janvier  1706  »,  qui  est 
imprimé  dans  le  Dict.  du  Commerce  de  Savary  des  Bruslons,  t.  111(1730), 
p.  770,  il  est  question  de  «  peaux  de  gcipard  »,  de  sorte  que  l'identification  de 
guépard  avec  léopard,  proposée  par  le  Dictionnaire  général,  doit  être  définitive- 
ment écartée. 

A.  Th. 


PÉRIODIQUES 


ZeITSCHRIFT  FilR  ROMANISCHE  PHILOLOGIE,  XXX  (1906),  I.  —  P.  I, 
H.  Schucliardt,  Die  routa nisdvii  Notiiiuahuffixe  im  Bashischen.  A  propos  du 
travail  récent  de  C.  C.  Uhlenbeck  sur  les  suffixes  dérivatifs  en  basque  (Amster- 
dam, 1905),  M.  Sch.  étudie  les  suffixes  basques  qu'il  croit  empruntés  du 
roman;  cet  emprunt  a  pu  donner  lieu  d'ailleurs  à  de  fausses  coupes  entre 
thèmes  et  suffixes  et  par  suite  à  des  déformations  du  suffixe,  par  exemple  à 
la  prothèse  d'un  -/-,  qui  s'explique  partiellement  par  la  terminaison  -tu  des 
participes  romans  empruntés  :  \>a%({.  -ari  {-hari,  -Jari,  -tari)  <,  rom.  -arius 
ou  -arium,  -era  (-kera)  <  -aria,  eria  (-keria)  ou  eri  (-keri)  <  -ar  -l'a, 
-eta  <  -etum,  -a,  -kalJn  {-gallti)  <  -alium  -alla,  -kutide  (-kunte)  < 
-cundia,  -tasiin  <  atione.  —  P.  11,  Cl.  Merlo,  Dei  contimiatori  del  lat. 
ille  iu  alctini  dialetfi  deiritaîia  centrO'Vieridionaîe.Fremière  partie  de  l'étude 
de  M.  Merlo  qui  réunit  de  nombreux  exemples  de  /  initial,  /  et  //  intervo- 
cal iques  attestant  la  palatalisation  de  ces  phonèmes  devant  7,  ù  et  partiellement 
».  —  P.  27,  P.  Savi-Lopez,  Appiinti  di  napoletano  antico  :  1.  Le  napolitain 
dans  l'usage  littéraire  du  xv^  siècle.  2.  La  langue  de  la  Cronaca  de  Loise  de 
Rosa,  texte  composé  à  partir  de  1452  (mais  l'auteur  était  né  en  1385)  et 
d'une  grande  valeur  linguistique  à  cause  de  la  médiocre  culture  de 
l'auteur.  M.  S.-L.  nous  donne  ici  la  partie  phonétique  de  cette  étude 
importante  qui  sera  continuée.  —  P.  49,  J  Stalzer,  Neue  Lesungen  ^u 
den  Reichenaiier  Glosseii.  M.  St.,  prenant  pour  base  l'édition  des  gloses  publiée 
par  M.  Foerster  dans  VAltfraniôsisches  Uebungshnch,  1^  éd.,  donne  les  résul- 
tats d'une  nouvelle  lecture  du  ms.  qui  améliore  sensiblement  le  texte  ;  l'on 
notera  dès  maintenant  que  M.  Foerster  (Zc/Ac/;/'.,  XXX,  p.  256)  n'accepte  pas 
toutes  les  leçons  de  M.  St.  Malgré  la  difficulté  de  lecture  du  ms.,  M.  St.,  qui 
en  croit  le  déchiffrement  possible,  apporte  à  l'appui  de  son  opinion  une  cin- 
quantaine de  gloses  nouvelles  extraites  de  la  partie  alphabétique  (lettre  L)  du 
glossaire.  — P.  55,  L,  Manicardi,  Di  un  antico  vo]gari:[;^amento  inediio  délie 
Epistole  morali  (//  Seneca.  Cette  traduction  antérieure  à  1325  œuvre  d'un  ano- 
nyme florentin  travaillant  pour  Riccardo  Pétri,  a  été  faite  directement  sur  le 
texte  latin  et  non,  comme  on  l'a  soutenu,  d'après  une  traduction  provençale. 
—  P.  71,  A.  Horning,  Faluppa  (cf.  Zeilschr.,XXXl,  192,  sqq.  et  XXIX,  327  n.). 
M.   H.  défend  contre  M.    Schuchardt  le    rapprochement     entre    faluppa 


47^  PèRIODIClUES 

et  vihippo  et  s'efforce  de  montrer  que  la  difficulté  sémantique  qu'il  pourrait  y 
avoir  à  adopter  en  même  temps  le  rapprochement  entre  faluppa  ttfrappare 
n'est  qu'apparente,  le  double  sens  de  faluppa  «  puleas  minutissimas  vel 
surculi  minuti  »,  auquel  le  fr.  scion  fournit  un  parallèle,  suffisant  à  expliquer  la 
naissance  des  deux  groupes  sémantiques;  —  observations  sur  les  mots  du 
type  fclpc,  fripe,  etc.,  sur  le  suffixe  nord-ital.  -pola,  etc. 

Mélanges.  P.  79,  C.  Salvioni,  Ilhisori  celtismi  mlV  alla  Italia  :  1,  lomb. 
dçrîa  «  écale,  noix  écalée  ».  M.  S.  défend  contre  M.  Schuchardt  (cf.  Zeitschr., 
XXIX,  328)  son  rapprochement  de  r/{r/«î  et  du  piém.  rçJa  <  rôbôre. 
M.  Schuchardt  se  rallie  d'ailleurs  à  cette  opinion  (cf.  Z('//5r/j/-.,  XXX,  207).  — 
2,  Casiiigo,  Castidle,  Casiiédo.  M.  S.  montre  que,  contrairement  à  l'opinion 
d'Ascoli,  ces  noms  de  lieu  n'ont  rien  de  commun  avec*caxinu=  chêne, 
mais  se  rattachent  à  castau-  -|-  divers  suffixes.  —  3,  march.  sa,  «  avec  », 
n'est  pas  l'équivalent  celtique  du  sanscrit  sam  (Mohl,  Festgabe  Mussafia,  p.  64), 
mais  la  réduction  de  fo;/  essa.  — P.  81,  C.  Salvioni,  Negôssa,  orgi'iç,  ligûras. 
M.  Schuchardt  avait  expliqué  {An  Mussafia,  31)  ces  noms  de  filets  de  pêche 
nord-italiens  par  le  latin  n  egot  ia;  M.  S.  combat  cette  opinion  en  se  fondant 
surtout  sur  le  -ss-  de  negossa,  forme  attestée  à  Bologne  où  -tj-  >  i.  Cf. 
Zeitschr.,  XXX,  207,1a  réponse  de  M.  Schuchardt,  qui  maintient  son  étymo- 
logie.  —  P.  83,  H.  Schuchardt,  Zu  lat.  ambitus  im  Romanischen.  Observa- 
tions sur  l'article  de  M.  Horning(Zt'//5(;/;/-.,  XXIX,  513).  —P.  85,  O.  Gerloff, 
Franc,  aveugle.  Remarques  médicales  à  propos  de  l'étymologie  de  M.  Herzog, 
aveugle  <<  alboculus,  qui  ne  doit  pas  s'appliquer  au  glaucome,  mais  au 
leucome. 

Comptes  ren'dus.  P.  86,  R.  Helbig,  Die  italienischen  Eleniente  im  Albane- 
sischen  (J.  Subak).  —  P.  90,  U.  Levi,  /  monumenti  dcl  dialetto  di  Lio  Major 
(G.  Vidossich;  cf.  Roniania,  XXXIV,  469).  —  P.  93,  Pocma  de  Fertian  Gon- 
fa/q,  éd.  C.  Caroll  Marden  (W.  v.  Wurzbach).  —  P.  97,  V.  Chistoni,  La 
seconda  jase  del pensiero  dantesco  ;  P.  A.  Menzio,  Il  traviamcnto  intellctuale  di  Dante 
Alighieri  secondo  il  ÎVitte,  lo  Scarta:(~ini,  etc.  (Fr.  Beck).  —  P.  102,  Li  Jus 
de  saint  Nicbolai  des  Arrasers  Jean  Bodel,  éd.  Manz  (A.  Schulze).  —  P.  109, 
A.  Tobler,  Mélanges  de  grammaire  française,  I,  trad.  Kuttner  et  Sudre 
(A.  Schulze;  cf.  Romania,  XXXV,  159).  —  P.  109,  K.  Dieterich,  Neugrie- 
chisches  mid  Rotnanisches,  II  (Kr.  Sandfeld  Jensen).  — P.  112,  J.  Cejador, 
La  lengua  de  Cervantes  (P.  de  Mugica).  -  P.  116,  Romania,  n°  132 
(W.  Fœrster,  G.  G,  W.  Meyer-Lûbke).  —  P.  119,  Revue  des  langues 
romanes,  XLVII  (O.  Schultz-Gora).  — P.  120,  Giornale  storico  délia  lette- 
ratura  italtana,  23^  année  (B.  Wiese).  —  P.  126,  Livres  nouveaux 
(G.  Gr.,  Ph.  A.  Becker). 

XXX,  2.  p.  129,  J.  Subak,  Z«w /»i/?;/5/)a«/.'ù7;t';/.  Cette  étude  phonétique 
et  morphologique  (verbe),  accompagnée  de  quelques  textes,  porte  sur  le 
judéo-espagnol  de  Bosnie  directement  étudié  par  M.  S.  et  sur  le  parler  de 
Constantinople  et  de  Salonique  qu'il  connaît  indirectement.  C'est  un  travail 
minutieux  et  d'une  réelle  importance.  —  P.  186,  Alf.  Klotz,  Die  Bedeutung 


PÉRIODIQUES  477 

Gallicns  fur  die  roiiiische  Literaiur.  Tableau  à  larges  traits  de  la  culture  latine 
en  Gaule  jusqu'à  la  renaissance  carolingienne.  —  P.  202,  G.  Vidossich, 
Etiiiioli\'ic  :  i,  sarde  barsacca,  hrcsacca  p'iém.  bersac,  bersacctt,  cf.  com.abarSiKb, 
ne  remontent  pas  à  bisaccium,  mais  à  l'ail.  Habersach;  ce  sont  des  mots 
de  soldats  ;  —  2,  frioul.  bt':(ode,  hx:nide,  «■  sot  ».  cf.  istr.  /  bâclai,  «  les  testi- 
cules »,  <  bis  -ovale;  l'emploi  de  mots  analogues  pour  exprimer  la  sottise 
est  bien  connu;  —  3,  gén.  brcinissu  ^  ù.  burnous  ;  —  4,  tricst.  kolsa, 
«  cuisse  »,  n'est  pas  le  représentant  régulier  de  coxa  qui  eût  donné  kosa, 
mais  le  résultat  d'un  croisement  avec  le  si.  boc:i  (botsa)  ;  —  5,  ital.  trapa, 
«  eau-de-vie»; —  6,  anc.  vén.  etc.,  diuaro  doit  représenter orivâpiov  plutôt  que 
denari  us;  —  7,  triest.  jloca  etc.,  «  histoire,  mensonge  »,  déverbal  d'un  ladin 
flocar  identique  au  ioscàn  fioccare  ;  —  8,  Frioul.,  etc.,  f^aio,  «  point  arrière  ou 
point  d'épine  »  <  lomb.  gahagium  «  clôture,  barrière  »,  le  passage  au 
sens  de  «  point  »  s'expliquant  par  l'aspect  des  coutures  faites  avec  ces  points 
spéciaux  ;  —  9,  com.  hwià  «  boire  à  l'excès  »  identique  à  luniar  «  voir  », 
cf.  ail.  bis  Glas  guckcit;  —  10,  trévis.  pantvin,  «  feu  de  la  veille  de  l'Epi- 
phanie »,  <  *pevanin  <  epiphan  -f-  inu;  —  i\ ,x.r\iisx. saridndola  c  lézard  », 
rapproché  de  saraudègola  «fronde  »;  —  12,  Scniih'cola,  nom  de  lieu  (pro- 
vince de  Padoue)  n'a  rien  à  voir  avec  semita;  c'est  le  nom  d'une  famille 
grecque  émigrée  à  Venise  ;  —  13,  trévis.  scat,  «  bâton  »,  bellun.  scatto.  «  trait  », 
=  ail.  Schacht,  variante  de  Schafl  ;  —  14  triest.  sciiika,  «  bille  »,=  ail.  KUiikcr. 

MÉLANGES.  P.  207,  A.  Schuchardt,  Derla  ;  negossa.  Comme  on  l'a  vu  plus 
haut,  M.  Sch.  accepte  l'explication  de  M.  S.  pour  derla,  mais  maintient  negossa 
<  negotia,  iiego^^a,  phonétiquement  régulier,  lui  paraissant  la  forme 
primitive  ultérieurement  altérée  en  negossa. —  P.  210,  H.  Schuchardt,  Roman. 
gorr.  Le  point  de  départ  de  cette  note  est  l'istr.  guoro,  \^oro  «  rougeâtre  », 
que  iM.  Sch.  rapproche  de  l'it.  gorra  «  osier  »,  la  teinte  de  la  plante  ayant 
donné  naissance  au  nom  de  couleur  ;  gorra  pourrait  être,  si  l'on  tient  compte 
des  doubles  formes  fr.  mérid.  gourro,  agourro,  sicil.  vurra  agurra,  le  lat. 
a  ugu  ri  a,  car  les  baguettes  divinatoires  d'osier  ne  sont  pas  inconnues  dans 
les  croyances  populaires.  — P.  213,  H.  Schuchardt,  Basq.  chindar,  chingar, 
«  étincelle  »,  addition  -àZeitschr.,  XXIX,  232.  —  P.  214,  H.  Schuchardt, 
Zn  lat.  galla,  addition  à  Zeilschr.,  XXIX,  323. 

Comptes  rendus.  —  P.  216,  Obras  de  Lope  de  Vega  publicadaspor  la  Real 
Academia  Espanola,  XI  (A.  Restori).  — P.  235,  H.  Breymann,  Calderon- 
sludieii,  I,  (A.  L.  Stiefel).  —P.  254,  John  D.  Fitz-Gerald,  Vida  de  Santo 
Domingo  de  Silos  por  Gon^ah  de  Berce)  (P.  de  Mugica  ;  cf.  Romania,  XXXIII, 
629.).  —  P.  236,  note  rectificative  de  W.  Fœrster  à  l'article  de  J.  Stalzer 
{Zeilschr.,  XXX,  50)  sur  le  glossaire  de  Reicheuau. 

i\I.  RoauEs. 

Annales  du  Midi,  XVIII  (1906).  —Janvier.  P.  5-39,  R.  Poupardin  et 
A.  Ihomas,  Fragments  de  cartulaire  du  monastère  de  Paunal  (Dordogne). 
Aucun  acte  en  langue  vulgaire  ;  mais  le  roman  perce  de  temps  en  temps  sous 


478  PÉRIODIQ.UES 

le  latin;  les  éditeurs  font  quelques  remarques  philologiques  à  ce  sujet,  p.  16- 
17.  —  P.  65-68,  Dr  Dejeanne,  Les  «  coblas  »  de  Beruart-Arnaut  iV Armagnac 
et  (le  Jatiie  Loinbarda.  Texte,  traduction  en  français  et  commentaire,  le  tout 
aussi  satisfaisant  que  possible  en  présence  du  seul  manuscrit,  fort  peu  soigné» 
qui  nous  a  conservé  ces  coblas.  —  P.  69-80,  Aug.  Vidal,  Les  coiiiples  consu- 
laires de  Monlagnac  (Hérault).  Suite,  années  1438-1449.  —  Comptes  rendus 
de  :  Brissaud  et  Rogé,  Textes  additionnels  aux  anciens  Fors  du  Bc'arn,  par  A.  Fer- 
radou  ;  K.  Lewent,  Das  allpro-v.  KreuiHed,  par  A.  Jeanroy. 

Avril.  —  P.  145-165,  J.  Calmette,  La  famille  de  saint  Guilhem.  Etude  cri- 
tique approfondie  d'après  les  sources.  En  finissant,  M.  Calmette  déclare  se 
rallier  à  l'opinion  de  M.  F.  Lot  sur  la  date  de  la  mort  de  Bernard  (5  avril- 
19  mai  844). —  P.  172-195,  V.  De  Bartholoraaeis,  La  «  tensoii  »  de  Taurel  et 
de  Falconet.  Pièce  déjà  connue  et  qui  a  été  longuement  étudiée  par  M.  Tor- 
raca  et  par  d'autres.  M.  De  B.  en  donne  de  nouveau  le  texte,  avec  une  traduc- 
tion et  des  notes,  puis  il  s'escrime  à  résoudre  «  tous  les  problèmes  auxquels 
le  texte  peut  donner  lieu  ».  Il  reconnaît  lui-même  qu'il  n'a  atteint  son  but 
qu'à  demi  ;  mais  la  faute  en  est  au  sujet  et  non  à  lui.  Une  véritable 
découverte  qu'on  lui  doit,  c'est  l'identification  du  Passiian  de  la  «  tenson  »  (où 
M.  Torraca  voyait  le  gérondif  d'un  verbe  imaginaire)  avec  San-Germano,  à 
une  lieue  au  sud  de  Casale.  — P.  196-208,  Aug.  Vidal,  La  comptes  consulaires 
de  Moiitagiiac  (Hérault).  Fin,  années  1450-1460.  La  langue  offre  à  chaque 
instant  la  confusion  des  sons  ^  et  r,  et  des  métathèses  de  l'r  dont  plusieurs 
ne  sont  dues  qu'à  des  étourderies  de  scribe,  par  exemple  ;Voh  pour  jorn,  spro- 
mentat  pour  espermcnlat,  etc.  L'éditeur  a  placé  à  la  fin  de  ses  extraits  un  glos- 
saire qui  rendra  d'autant  plus  de  services  qu'il  y  a  inséré  des  mots  appartenant 
à  des  comptes  qu'il  n'a  pas  publiés.  Ce  glossaire  permet  de  corriger  quelques 
fautes  de  lecture  :  ainsi  cabelejaire  ou  cabe:(elejaire,  traduit  par  «  musiciens 
jouant  d'un  instrument  à  déterminer  »,  n'est  autre  chose  que  le  taborelejaire 
«  joueur  de  tambourin  »  que  M.  V.  a  relevé  dans  un  compte  non  publié  ; 
tregema,  en  face  duquel  il  n'y  a  qu'un  point  d'interrogation,  doit  être  lu  trege- 
nia,  la  désinence  -la  correspondant  à  la  désinence  classique  -ier  :  c'est  un  voitu- 
rier  (cf.  Mistral,  treginié).  D'une  façon  générale,  l'auteur  n'a  pas  tiré  de 
Mistral  tout  ce  qu'on  en  peut  tirer  :  desfera  n'est  pas  «  l'action  de  déferrer  un 
cheval  »,  mais,  comme  le  dit  Mistral,  «  les  quatre  fers  d'un  cheval  mort  ».  Il 
aurait  fallu  relever  querba,  qui  figure  à  l'art,  lessial  et  qu'on  propose  à  tort  de 
corriger  en  quorba  :  le  sens  propre  est  «  anse  »  (cf.  Mistral,  carbo)  et  l'anse 
d'une  cloche  est  la  partie  qui  sert  à  la  suspendre.  Huda  est  pour  vueida,  anc. 
franc,  vuide,  l'action  de  faire  vider  le  pays  aux  soldats;  mugol  «  sorte  de 
poisson  »  est  trop  vague  :  c'est  le  muge  de  l'Académie  ;  novelete  est  le  terme 
français  de  jurisprudence  iiouvelleté;  pour  polo mar,  il  n'y  avait  qu'à  renvoyer  à 
Mistral,  I'ouloumar,  et  pour  riega  au  Bull,  arcbéol.  du  Comité,  1903,  p.  115 
et  117.  Il  y  a  dans  ces  comptes  une  mention  intéressante  au  point  de  vue  lit- 
téraire :  en  1458-1459,  il  est  question  de  livres  que  Charles  VII  f;iisait  trans- 


PÉRIODICIUES  479 

porter  de  Barcelone  en  France  ;  malheureusement  le  clavaire  n'était  pas 
bibliophile  et  n'en  a  pas  fait  le  catalogue,  même  sommaire.  —  P.  209-221, 
J.Ducamin,  J  pnfos  if  une  récente  édition  de  Guillaume  Jder  (premier  article). 
Cet  examen  minutieux,  t'ait  par  un  critique  compétent,  montre  l'insuffisance 
de  la  traduction  et  des  notes  d'un  des  éditeurs,  M.  Vignaux.  —  P.  222-250, 
long  compte  rendu  analytique,  très  élogieux,  de  la  thèse  de  M.  Anglade  sur 
Guiraut  Riquier  (par  M.  R.  Lavaud,  avec  quelques  rectifications  et  cri- 
tiques de  détail  par  M.  Jeanroy).  —  A.  Th. 

Bulletin  de  la  Société  archéologiciue  du  midi  de  la  France.  Nou- 
velle série,  0°  54  (nov.  1904-ianv.  1905).  —  P.  218-221,  Abbé  Galabert, 
HoUh  de  ville  de  MoNtpe:;^LU  et  de  Caussade  en  Ouerci.  Extraits  de  textes  romans 
du  commencement  du  -wi"^  siècle.  A  remarquer  le  suhst.  orresie  «  immon- 
dices »,  qu'il  vaut  mieux  imprimer  orresie,  car  il  correspond  à  un  plus  ancien 
*  orrq/tv,  dérivé  de  orre  avec  le  suffixe  -ier  au  sens  collectif. —  X"  35  (janv.- 
juill.  1905).  —  P.  555-360,  A.  "Vidal,  Noto  d'art  sur  Montaguac  (Hérault). 
Extraits  des  registres  de  comptes  du  clavaire  communal  (1434-145 3)  en 
langue  romane.  A  relever,  p.  356,  einjuarna  «  donner  (par  la  peinture)  la 
couleur  de  la  chair,  la  carnation  »;  p.  359,  retaule  «  rétable  »  ;  p.  }6o,portar 
a  inanest  «  porter  à  bras  »,  et  tralha  «  brancard?  ».  Sur  les  comptes  des  cla- 
vaires de  Montagnac,  c(.  Annales  du  Midi,  XVII,  517,  et  ci-dessus,  p.  478. 
—  P.  561-2,  Fourgous,  H.xcursion  archéologique  éi  Venerque  (Haute-Garonne). 
Inscription  romane  de  1 5 1 5,  dont  le  texte  paraît  médiocrement  lu.  —  A.  Th. 

Bulletin  de  la  Société  ARCHÉoLOGiauE  et  HisTORiauE  du  Limousin, 
t.  LV,  2^  livr. —  P.  555-592.  Franck  Delage.  Confrérie  de  Notre-Dame  la 
Joyeuse  ou  des  Pastoureaux.  Les  statuts  de  cette  confrérie,  en  langue  limousine, 
datés  du  6  janvier  1491,  ont  été  publiés  par  M.  Leroux  darxs  h  Reime  des 
langues  romanes  de  1891.  M.  F.  D.  relève  dans  les  registres  de  comptes 
nombre  de  détails  curieux  :  malheureusement  aucune  des  chansons  de  Noël 
ou  d'Epiphanie,  manuscrites  ou  imprimées,  dont  il  est  fait  mention  dans  ces 
registres,  n'y  a  été  transcrite  ni  ne  semble  nous  être  parvenue  par  ailleurs.  Les 
comptes  sont  en  langue  vulgaire  de  Limoges  jusqu'à  1545  inclus,  en  français 
depuis  1546.  Il  y  a  plus  d'un  mot  intéressant  à  y  prendre,  par  exemple  : 
p.  567,  sermoniadour  «  prédicateur  »,  puât  «  herse  pour  les  cierges  »,  btiga 
«  buire  à  huile  »;  p.  567,  mayar  «  garnir  de  feuillage,  décorer  »  ;  p.  569, 
cibol  «  sabot,  jouet  d'enfant  »,  baudijfa  «  toupie  »,  lanipeiron  «  lamperon  »  , 
p.  570  chabre taire  «  joueur  de  musette  »,  arcaneta  «  orcanète  »,  lardado\ra 
«  lardoire?  »  ;  p.  574  limanda  «  tablette  «;  p.  578  maye  «  feuillage  pour 
décorer  ».  —  A.  Th. 

Zeitschrift  fùrvekgleichendeSprachi-orschung,  t.  XXXlX(i904). — 
P.  265-355,  Richard  Lœwe,  Altgermanische  elemente  der  Balkansprachen, 
M.  Lœwe   s'est  efforcé  de  réunir  des  preuves  d'une  influence  germanique 


480  PÉRIODIQ.UES 

ancienne  sur  les  langues  balkaniques  («•rcc,  roumain,  albanais,  langues  slaves). 
Sur  le  roumain  et  l'albanais  cette  influence  a  pu  être  indirecte,  des  éléments 
germaniques  ayant  été  latinisés  à  époque  ancienne  et  transmis  ainsi  aux  par- 
1ers  romans  orientaux,  mais  elle  a  pu  aussi  s'exercer  directement,  par  contact 
entre  les  Romans  des  provinces  danubiennes  et  les  Goths  de  la  Mésie  infé- 
rieure, les  Gépides  ou  les  Hérules  de  la  Pannonie  inférieure,  etc.  La  question 
des  rapports  entre  les  Germains  danubiens  et  leurs  voisins  romans  est  assez 
importante  pour  que  toute  tentative  pour  arriver  à  une  solution  mérite  d'être 
signalée,  et  je  rapporte  ici  sommairement  les  rapprochements  proposés  par 
M.  Lœwe  :  roum.  bàlan  «  blond  »  <  got.  balaii,  cf.  a.  fr.  balaiii  et  Suchier, 
Zs.J.  rom.  Phil.,  XVIII,  186.  Le  mot  aurait  été  emprunté  à  l'époque  latine  ; 
de  même  pour  hardâ  «  hache  de  charpentier  >>,  cf.  a.  fr.  barde  et  a.  h'  ail. 
barla,  —  slangâ  «  barre  «,  cf.  a.  h»  ail.  stauga,  fr.  étangites,  etc.,  —  nastur 
«  boulon  »,  cf.  a.  h'  ail.  ncslihi,  —  bearâ  <  germ.  *bera,  moderne  Bier. 
Au  contraire  le  roumain  aurait  emprunté  directement  au  germanique  danu- 
bien :  targà  «  civière,  claie  »,  d.  a.  h«  ail.  ^arga,  —  dop  «  bouchon  »,  cf. 
néerl.  dop,  —  biec  (en  Istrie)  «  petit  chien  »  cf.  a.  h'  ail.  braccho.  —  P.  593- 
599,  W.  Meyer-Lùbke,  Altgennanische  Ekmeiite  im  Riiiiiânischeii  ?  M.  M.-L.  a 
fait  des  rapprochements  institués  par  M.  Lœwe  une  critique  immédiate  qui  n'en 
pouvait  pas  laisser  subsister  grand  chose.  Une  fois  mise  à  part  l'étymologie 
déjà  bien  ancienne  nastur  <  iiastilô  (cf.  en  dernier  lieu  Puçcaiiu,  Etwiol. 
ÎVôrterb.  d.  ruiinhi.  Spr.,  n°  ii)6),  l'on  voit  que  hïhm  et  staiigâ  ne  peuvent 
représenter  phonétiquement  balan  et  stanga  qui,  empruntés  anciennement, 
auraient  changé  en  î  leur  a  devant  nasale.  De  plus  bâlan  et  targâ  (avec  ses 
variantes  tragâ,  traglà)  paraissent  inséparables  de  leurs  correspondants  slaves 
bclïi  et  traoljc,  comme  barda  d\i  magvar  bard;  quanta  l'istr.  brcc,  c'est  un  mot 
croate.  Enfin  stauga  et  bearâ  sont  des  emprunts  modernes;  pour  dop,  s'il 
fallait  le  rapprocher  du  bas  allemand,  l'on  ne  serait  pas  par  là  autorisé  à  y 
voir  le  représentant  danubien  d'un  primitif  gothique,  car  les  Saxons  de 
Transylvanie  auraient  aussi  bien  pu  l'apporter  avec  eux  des   pays  rhénans. 

m.  roclues. 

Elfter  Jahresbericht  des  Insututs  fur  rumanische  Spr.\che  zu 
Leipzig,  hgg.  v.  G.  Weigand  ;  Leipzig,  1Q04;  in-80,  viii  368  pages.  — 
P.  I,  Sextil  Puçcariu,  Lateinisches  ti  imd  ki  ;';//  Ruviànischen,  Italienischen  und 
Sardischeu.  Ce  travail,  que  M.  P.  a  présenté  comme  «  Habilitationschrift  »  à 
l'Université  de  Vienne,  est,  à  tous  égards,  le  plus  important  du  présent  volume. 
Outre  les  parlers  romans  indiqués  par  le  titre,  il  intéresse  encore  l'albanais  et 
accidentellement  le  français,  mais  surtout  il  a  pour  la  phonétique  romane  un 
intérêt  général  ;  il  faudra  rechercher  si  les  conclusions  partielles  de  M.  P. 
peuvent  être  un  élément  d'explication  globale  pour  le  traitement  roman  de 
-ti-  et  -ci-.  M.  P.  distingue  d'abord  soigneusement  entre  le  roumain  et  les 
langues  romanes  occidentales,  ces  deux  groupes  ne  s'étant  trouvés  ni  dans  les 


PÉRIODIQUES  481 

mêmes  conditions  de  développement,  ni  même  devant  des  combinaisons  pho- 
niques ou  un  matériel  lexical  identiques.  Pour  le  traitement  de  -tj-  en  parti- 
culier on  constate  que  le  roumain,  très  régulier,  ne  connaît  pas  les  hésitations 
de  l'italien,  par  exemple  :  rien  qui  ressemble  aux  alternances  puteum  >• 
/w^^o,  pa.la.ùum> piihigio,  gratià  '^  gracia;  mais,  aussi  bien,  puteum 
seul  est  représenté  en  roumain,  et  non  point  palatium  ou  gratia,  et 
il  pourrait  y  avoir  quelque  relation  entre  les  deux  faits.  Les  témoignages  des 
inscriptions  et  des  grammairiens  nous  attestent  qu'au  iv=  siècle  -tj.-  était  pro- 
noncé -ts-  ou  -ts'-  et  nous  trouvons  les  traces  de  cette  prononciation  aussi 
bien  dans  le  roumain  pu^  que  dans  l'italien /'oi^i^o.  Mais  cette  prononciation 
vulgaire  n'était  pas  forcément  la  prononciation  de  l'école  et  des  gens  cultivés, 
lesquels  se  trouvant  en  présence  de  la  graphie  petia  et  de  la  prononciation 
*petsa  p.  ex.,  semblent  avoir  abouti  à  un  compromis  petsia,  dont  on  peut 
encore  retrouver  la  trace  chez  les  grammairiens  et  dans  les  graphies  du  v^  et 
du  vi«  siècle.  Des  inscriptions  du  ve  au  vue  siècle,  surtout  en  Gaule,  nous 
montrent  le  groupe  -tsi-  réduit  à  -si-,  de  sorte  qu'un  mot  latin  avec  -ti- 
passé  de  la  langue  des  'classes  cultivées  dans  l'usage  commun  après  le  ive 
siècle  y  aurait  pris  non  pas  une  forme  avec  -ts-,  mais  une  forme  avec  -tsi- 
puis  -si-,  c'est-à-dire  que  ration e  aurait  rejoint  occasione, et  palatium 
Ambrosius;  c'est  précisément  l'état  que  nous  présente  l'italien  ayecragione- 
cagione,  palagio-Amhrogio.  D'autre  part  la  prononciation  -tsj-  adoptée  par  les 
grammairiens  trouva  un  regain  de  vie  avec  la  renaissance  carolingienne  et 
les  mots  introduits  dans  l'usage  commun  à  cette  époque  doivent  la  reproduire; 
il  en  est  ainsi  pour  a»^/aHO  •<  *anteanus  ou  plutôt  *antsianus,  gra^iare 
<*gratsiare.  Rien  de  semblable  naturellement  dans  le  roumain  qui  repré- 
sente un  latin  soustrait  aux  influences  des  lettrés  et  de  l'école.  Ainsi,  pour  le 
tj  classique,  trois  représentants  vulgaires  chronologiquement  séparés:  ts  com- 
mun à  tout  le  domaine  roman,  s\  (v^  s.  et  suiv.),  ts j  (ix^  s.).  M.  P.  tient 
en  outre  que  le  degré  ts  ou  ts'  est  antérieur  au  iii^  siècle,  puisqu'il 
est  connu  du  roumain  développé  à  partir  de  cette  époque  indépendam- 
ment des  autres  langues  romanes  ;  cette  thèse ,  en  opposition  directe  avec 
les  tentatives  récentes,  comme  celle  d'O.  Densusianu,  pour  trouver  des 
points  de  contact  entre  le  roumain  et  le  reste  de  la  «  Romania  »  bien  après  le 
me  siècle,  est  accessoire  dans  le  travail  de  M.  P.  et  n'y  trouve  pas  de  confir- 
mation :  le  roumain  n'a  pas,  il  est  vrai,  le  degré  -sj^  -,  mais  ce  degré  ne  nous 
est  attesté  graphiquement  qu'au  ye  siècle, et  en  Gaule;  il  n'est,  déplus,  repré- 
senté, et  ne  peut  l'être,  que  par  des  mots  tardivement  vulgarisés  et  le  roman 
oriental,  même  en  rapports  assez  étroits  avec  le  reste  de  la  Romania,  a  pu 
ignorer  au  v^  siècle  encore  et  la  prononciation  tsj,-si  et  les  mots  recherchés 
où  elle  triomphait.  Nous  ne  pouvons  résumer  les  règles  établies  par  M.  P. 
pour  chacune  des  langues  qu'il  étudie  ;  nous  noterons  seulement  qu'elles 
intéressent  non  seulement  ti,  et  kj,  mais  encore  d  j,  gi,  si  et  même  ce,  ci, 
et  que  M.  P.,  reconnaissant  l'influence  de  l'accent  sur  le  traitement  de  ti,  kj,, 

Romania,  XXXV  î  I 


482  PÉRIODIQ.UES 

en  roumain  :  pu  te  uni  >/î//mais  titiône  >•  tciciinie,\a.  repousse  pour  l'ita- 
lien. M.  P.  traite  incidemment  beaucoup  de  menues  questions  et  étudie  de 
nombreux  mots;  les  index  dont  il  a  muni  son  travail  permettent  de  les  retrou- 
ver facilement.  Je  n'ajouterai  aux  éloges  que  mérite  la  belle  et  utile  étude  de 
M.  P.  qu'une  menue  remarque  typographique  :  l'habitude  adoptée  par  l'au- 
teur d'imprimer  en  grandes  capitales  les  formes  latines,  jointe  aux  variations 
d'interligne  et  à  l'abus  des  mots  espacés,  rend  la  lecture  souvent  pénible,  et, 
je  crois,  ne  présente  par  ailleurs  aucun  avantage  sérieux.  — P.  188,  G.  Wei- 
gand,  Dcr  Scbictind  von  n  dufch  Niisiilicning.  En  cinq  pages  M.  W.  tente  un 
classement  et  une  interprétation  des  cas  de  chute  de  w  en  roumain  (indépen- 
demment  des  cas  de  chute  de  n  mouillée  dans  le  Banat)  :  il  constate  d'abord 
l'existence  en  roumain,  au  moins  chez  les  individus  non  lettrés  et  qui  ne 
conforment  pas  leur  prononciation  à  l'écriture,  l'existence  de  voyelles  nasa- 
lisées après  lesquelles  la  consonne  nasale,  cause  de  la  nasalisation,  peut  natu- 
rellement disparaître.  Cette  chute  de  la  nasale  après  voyelle  nasalisée  se 
produit  :  1"  dans  la  syllabe  initiale  in-  devant  /•,  îm-cidàcine^,  pron.  îràdà- 
cinei  ;  2<^  dans  les  mots  atones  devant/,  et  ici  non  seulement  la  nasale  a  disparu 
anciennement,  mais  la  voyelle  précédente  a  fini  par  perdre  sa  nasalité  :  tan- 
tum,  quantum  >  tît,  cit  (mais  quando  >  f?»^/), contra  >>  càlrà  ;  3° dans 
le  groupe  -înu  granum  frenum>  grînu,  frinu  >  grîii,  Jrîii  ;  4°  dans  le 
groupe  protonique -(?«-  devant  voyelle  :  (3iVïna.^  fànin.1,fâind,  ce  qui  permet 
d'expliquer  le  difficile  slrâin  par  le  bulgare  straneu  >>  strànin  >  stràin  ;  5° 
dans  le  groupe  atone  titia,  una  >>  ua  >  0.  Ainsi  ces  phénomènes  n'inté- 
ressent que  les  voyelles  profondes  /,  à,  u  (et  aussi  dialectalement  i/)  en  posi- 
tion atone,  à  l'exception  du  groupe  3  :  je  note  ici  la  contradiction  frenu  > 
frîu,  mais  fenum  >/m  :  il  s'agit  sans  doute  d'une  différence  chronologique, 
mais  y  aurait-il  à  tenir  compte  de  la  présence  de  r  dans  les  groupes  initiaux 
de  grill,  friii,  hriii  Qin  de  a  Une  est  beaucoup  moins  étendu)?  —  P.  193, 
A.  Bogdan,  Die  Metrik  Eniiiiesctis.  —  P.  273,  Kurt  Schreyer,  Der  Adver- 
biahati  in  der  nenrnmànischcn  Folksliteralur.  Recueil  d'exemples  bien  classés 
et  intéressant  non  seulement  les  conjonctions  et  leurs  antécédents  dans  les 
phrases  principales,  mais  encore  les  temps  et  modes,  et  la  place  des  divers 
éléments  de  la  proposition  dans  la  phrase  conjonctive  ;  le  travail  est  purement 
descriptif  sans  comparaison  ni  histoire.  —  P.  364,  A.  Bogdan,  Nacbtrag 
^nr  «  Metrik  Eminescus  ». 

M.  Roques. 


Zeitschriftfûrfranzœsischesprache  UND  LiTERATUR.  — Tome  XXVI 
(1904).  Première  partie,  Ahhandlungen.  —  P.  95-220,  Kurt  Glaser,  Die 
Mass-  tind  Geivichtesbe^eichnungen  des  Fran:^œsiscl}en,  Ein  Beitrag  ^iir  Lexiko- 
graphie  und  Bcdeulungsgeschichte.  Très  utile  nomenclature,  dressée  d'après  une 
quantité  considérable  d'ouvrages  techniques  et  de  dictionnaires  patois,  et  suivie 
d'un  glossaire.  —   P.  221-240,  K.  Morgenroth,  Znjii  Bedeutungsicandel  ini 


PÉRIODIQUES  483 

Fratu^œsischen.  Fin  d'un  long  travail  commencé  dans  les  volumes  précédents. 
—  P.  241-253,  L.  E.  Kastner,  History  of  the  Teria  Rima  in  France.  Cette 
forme  n'apparaît  pas  avant  1505.  —  P.  254-260,  A.  Schulze,  Zu  Cligcs  626  fF. 
Discussion  d'un  passage  déjà  étudié  par  G.  Paris,  Mussafiaet  G.  Cohn  (XXV, 
II,  220).  —  P.  261-288,  M.  J.  Minckwitz,  Gedenlchlxtkr  fi'ir  Gaston  Paris. 
Article  plein  d'émotion,  dont  l'auteur  montre,  à  l'aide  de  souvenirs  personnels 
et  de  citations  bien  choisies,  ce  que  fut  en  G.  Paris  le  maître,  l'ami,  le  penseur 
et  le  lettré. 

Deuxième  partie,  Referate  und  Ret^ensionen. —  P.  1-5,  J.  Kalbfleisch,  Olivier 
de  la  Marche,  Le  Triomphe  des  Dames  (Herzog  :  quelques  remarques  critiques 
et  exégétiques).  —  P.  5,  L.  Mott,  The  Provençal  Lyric  (Stengel).  —  P.  6-10, 
J.  Weston,  The  three  days  Toitrnameiit  (Golther:  il  s'agit  de  l'épisode,  fréquent 
dans  les  romans  arthuriens,  où  un  chevalier  inconnu,  vêtu  d'armes  diflférentes, 
remporte  trois  jours  de  suite  le  prix    du    combat  ;    cet  épisode  se   trouve 
notamment  dans  Lanielet,  Ippomédon  et  Cligès  ;  le  critique  conteste  que  la 
version  des  deux  premiers  poèmes  remonte  à  une  source  plus  ancienne  que 
celle  du  troisième,  et  maintient  que  c'est  à  celui-ci  que  les  deux  autres  ont 
puisé  ;  il  proteste  énergiquement  contre  la  méthode  folklorique  appliquée  aux 
recherches  d'histoire  littéraire).  —  P.  10-4,  W.  Newell,  Thelegend  of  the  holy 
Grail  and  the  Perceval  of  Crestien  of  Troyes  ;  W.  A.  Nitze,  The  oldjrench  Grail 
romance  Perlesvaus  ;  Fleury,  Du  roi  Arthur  et  de  la  légende  du  Graal;  Sir  Cleges, 
Sir  Liheaus  Desconus . .  .,  rendered  in  prose  hy  J.  L.  Weston  (Golther:  résume 
et  approuve  pleinement  le  premier  ouvrage,  loue  également  le  second,    plus, 
ce  me  semble,  qu'il  ne  convient  [cf.  Revue  critique,  1904,  11,  p.  240],  annonce 
brièvement  les    deux    autres).    —    P.     145-63,    Neuere   Arheiten   ilber   das 
Rolandslied  (Ta^ernier:  article  original  et  vivant,  consacré  à  seize  travaux  parus 
de  1900  à  1903;  l'auteur  y  expose  l'état  actuel  de  nos  connaissances  et  ses 
vues  personnelles  sur  la  date,  la  patrie  et  l'auteur  du  poème  ;  il  insiste  parti- 
culièrement sur  les  derniers  travaux  de  G.   Paris,  dont  il  conteste  les  vues 
sur  le  rapport  entre  le /^o/i/W,  le  Pseudo-Turpin  etle  Carmen).  —  P.  164-73, 
R.  Weeks,  The  Messenger  in  Aliscans  ;  The  primitive  Prise  d'Orange  ;  Origi?i 
of  the  Covenant   Vivien,  Aimer  le  Ché t if  (Minckwitz:  résumé  commode  de 
quatre  dissertations   importantes   et  difficilement  accessibles  ;  adhésion  à  la 
méthode  de  l'auteur  et  aux  principaux  résultats  obtenus).  —  P.  174-9,  Grein, 
Amis    iind  Amile.  .  .  .    in   deutschc    Verse  iïbertragen   (Friedwagner  :    étudie 
environ  un  tiers  de  l'ouvrage,  et  y  relève  des  erreurs  d'interprétation  plus  ou 
moins  graves).  —  P.  179-84,  K.  Nyrop,  DasLehen  der  Wœrter  QAorq,tnroû\: 
analyse  élogieuse  :  quelques  remarques  additionnelles.  Le  critique  a  le  tort 
de  prendre  pour  du  français  courant  les  fantaisies  individuelles  d'un  écrivain 
belge  qui  torture  pitoyablement  notre  langue).  —  P.  184-92,  O.  Dhtrich, 
Die  sprachu-issentschaftliche  Définition   der  Begriffe  «   Sat:{  »  und  «  Syntax  ; 
Svedelius,  JVas  charakterisiert  die  Sat:^analyse  des  Fran^cesischen  am   meisten 
(Herzog  :  analyse  et  discussion  approfondie  du  premier  de  ces  deux  mémoires). 
—  P.  192-8,  P.  y\.iïc\ïO\.,  Petite  phonétique  du  Jrançais  prélittéraire  (Hqtzoo  : 


484  PÉRIODIQ.UES 

intéressantes  remarques  de  détail).  —  P.  198-206,  H.  Palander,  Der 
frait:^ivsiscbe  Einfluss  atij  die  deutsche  Sprache  im  iivœlften  Jahrhuiideit;  Th. 
Maxeiner,Z)/V  iniltelhochdeulschen  Std^slantivc  fuit  dem  Suffix-itr;  Salverda  De 
Grave,  Les  mots  dialectaux  du  français  en  moyen  néerlandais  ;  Bijdragen  tôt  de 
kennis  der  uit  het  Frans  oi'ergenofnen  woorden  in  het  Nederlands  (Horn).  — 
P.  212-4,  K.  Nyrop,  Manuel  phonétique  du  français  parlé,  2^  éd.  (Sturmfels). 

Tome  XXVII  (1904)'.  Première  partie,  Ahhandlungen.  —  P.  69-116, 
E.  Brugger,  Beitrxge  ^nr  Erklxning  der  artburischen  Géographie  \.  Estregales. 
L'article  débute  par  une  réponse  fort  acerbe  aux  critiques  dirigées  contre  l'auteur 
par  M.  F.  Lot  {Rom.,  XXVII),  qui  répondra  s'il  le  juge  à  propos.  M.  B.,  qui 
reproche  durement  aux  autres  leurs  hardiesses,  prend  lui-même  avec  les 
textes  des  libertés  extrêmes,  comme  vient  de  le  montrer  un  de  ses  critiques 
(^Zeitschr.  f.  roni.  Phil.,  XXX,  553).  —  P.  117-59,  G.  Cohn,  Textkritisches. 
Zum  a  Cligès».  Suite  et  fin  des  notes  critiques  dont  le  début  avait  paru,  sous 
forme  de  compte  rendu,  dans  la  2^  partie  du  tome  XXV. 

Deuxième  partie,  Referate  iind  Re:^ensionen. —  P.  i-io.  Spencer,  A  Primer  of 
french  Verse  for  upper  forms  ;  Kastner,  ^  History  of  french  Versification  ;  Brandin 
et  Hartog,  A  Book  of  french  Prosody  ;  Tobler,  Voni  fran~œsischen  Vershau, 
4^  éd.;  Langlois,  Recueils  d'Arts  de  seconde  rhétorique  (Stengel).  —  P.  11-3, 
Enneccerus,  Vershau  und  gesanglicher  Vortrag  des  xltesten  franiœsischen  Liede 
(Stengel:  importantes  remarques  sur  la  versification  de  VEulalie). —  P.  13-8. 
Langlois,  Table  des  noms  propres...  dans  les  chansons  de  geste  (Tavernier  :  regrette 
que  l'auteurait  considéré  le  commentaire  comme  la  partie  la  moins  importante 
de  sa  tâche;  cf.  Roinania,  XXXV,  139).  —  P.  19-21,  Schober,  Die  Géographie 
der  altfran's^œsischen  Chansons  de  geste  (Tavernier  :  début  d'un  «  bon  et  utile 
travail  »,  reposant  sur  tous  les  textes  imprimés).  —  P.  22-39,  Lipke,  Ueher 
das  Moniage  Rainouart  (Cloetta  :  très  important  compte  rendu,  avec  de  pré- 
cieuses digressions  sur  divers  points,  et  le  texte  critique  du  passage  (Bataille 
Lokifier),  qui  contient  le  nom  du  poète).  —  P.  40-2,  Liégeois,  Gille  de 
Chin  :  l'histoire  et  la  légende  (F'nson).  —  P.  63-5,  Driesen,  Der  Ursprung  des 
Har/e^m  (Mahrenholtz  :  bref  résumé  du  livre).  — P.  96-7,  Plattner,  Formen- 
bildung  und  Fonnemvechsel  des  fran^œsischen  Verbums  (Sturmfels).  —  P.  129- 
41,  Bartsch,  Chrestomathie  de  Y  ancien  français,  8e  éd.  (Fœrster  :  corrections 
aux  textes  et  au  glossaire).  —  P.  141-7,  Bcekemann,  Fran:;^œsiscber  Eupbemis- 
mus  (Morgenroth).  —  P.  147-9,  Hemme,  Das  lateinische  Sprachmaterial  im 
IVorteschai^e  der  deutscher  Jraniœsischen  uruî  englischen  Sprache  (Horning  :  livre 
utile,  mais  trop  chargé  et  insuffisant  au  point  de  vue  scientifique).  —  P.  150- 
3,  Trénel,  L'Ancien  Testament  et  la  langue  française  du  moyen  âge  (Bloch  : 
consciencieux,  mais  mal  composé;  l'auteur  n'a  pas  su  limiter  étroitement  son 
sujet;  cf.  Rom.,  XXXIV,  320).  —  P,  15  3-4,  Jeanroy,  Les  Origines  de  la  poésie 
lyrique  en  France,  2^  éd.  (Stengel). —  P.  154-6,  Cocchia,  Studio  letterario  délia 

I.  Le  volume  précédent  portait  déjà  la  date  de  1904. 


PÉRIODIQ.UES  4^5 

Chanson  de  Rohwd  (Taverhier).  —  P.  156,  Suchier,  Ancassin  et  Nicolete, 
S^éd.  (Pirson).  —  P.  209-11,  Misiellen.  Briefevon  Gaston  Paris  an  L.  Lemcke. 
Tome  XXVIII,  1905.  Première  partie,  Abhandlungen.  —  P.  1-72,  E.  Brug- 
ger,  Beitrxge  fïir  Erklœnmg  der  arthiirischen  Géographie  II.  Gorre.  Le  pays  de 
Gorre  serait  situé  au  nord  du  Firth  of  Forth  ;  ce  n'est  pas  seulement  le 
nom  de  Gorre,  mais  une  foule  d'autres  qui  sont  identifiés  et  expliqués  avec 
une  superbe  assurance  (voy.  le  compte  rendu  déjà  cité,  Zeitschr.J.  rom.  Phil., 
XXX,  357).  —  P.  72-8,  E.  Stengel,  Die  Refrains  der  Oxforder  Ballettes. 
Classification  des  refrains,  selon  qu'ils  se  rattachent  ou  non  au  texte  de  la 
strophe,  et  d'après  leur  contenu.  —  P.  79-81,  Wortgeschichtliches.l.  Baist  : 
Cerneau.  Dérivé  de  certier,  «  couper  en  cerne  ».  II.  Behrens  :  afrz.  crinqiie, 
«  butte  ».   Apparenté  au  néerl.   krinkel,   à  l'angl.    crinJde.    —  P.  260-87, 

C.  Friesland,  Franiœsische  Sprichuœrter-Bibliographie.  Remaniement  d'un 
travail  paru  dans  la  même  revue,  t.  XVIII  et  XIX  ;  cette  précieuse  bibliogra- 
phie ne  contient  pas  moins  de  498  numéros.  —  P.  288-97,  L.  E.  Kastner, 
A  neglected  french  poetic  For  m.  11  s'agit  du  système  d'enchaînement  Qnaab, 
bbc,  cdd  ou  aaab,  bbbc...  où  le  vers  qui  introduit  la  nouvelle  rime  est  de 
4  syllabes.  Cette  forme  eût  dû  être  rapprochée  de  celle  de  Varlabecca,  fréquente 
en    provençal  (Bartsch,   Dcnhmxler,    p.    75,    114    etc.).    —    P.    299-312, 

D.  Behrens,  Wortgeschichtliche  Misiellen.  Étude  des  mots  suivants,  français  ou 
dialectaux,  presque  tous  signalés  par  Delboulle  comme  «  obscurs  ou  rares  »  : 
atinter,  béron,  berbiette,  béton,  cabot  te,  cole,  crani,  cropète,  effriboter,  frinché, 
espauîrer,focque,  graviette,hacon,  hamecel,  hangeman,  haniqne,  han^in,  hocteau, 
Jme,  hunnier,  itide,  jaffre,  johié,  j'ouvre,  hassvougte,  kike,  lerquenoux,  îemvd, 
liezuer,  malal,  mesuiuaige,  mogolle,  miitelline,  noguette,  nonnetier,  noyelle,  nyeil, 
pinpelock>-,phimette, pohn,pomache, ponsson,  pouacre, quinquin, ramorache, rinâte, 
ronghe,  sousfeuls,  ver,  uastarde.  Les  remarques  de  M.  H.  sont  toujours 
instruaives. 

Deuxième  partie,  Referate  und  Re^ensionen.  —  P.  1-13,  Rajna,  Bédier, 
Croiset,  Jenkins,  Notices  diverses  sur  G.  Paris  (Minckwitz).  —  P.  13-23, 
Settegast,  Quellenstudien  :^ur  galloromanischen  Epik  (Stengel:  critique  très 
serrée  de  la  première  étude,  sur  Garin  le  Lorrain  et  le  Roland  ;  contredit  net- 
tement l'auteur;  cf.  Romania,  XXXIV,  324).  —  P.  23-34,  Tavernier,  Zur 
Geschichte  des  altfraniœsischen  Rolandsliedes  (Stengel  :  loue  l'érudition  et  l'in- 
géniosité de  l'auteur,  mais  s'en  tient  à  son  opinion  antérieure).  —  P.  34-40, 
Brown,  Iwain  ;  Paton,  Studies  in  the  fairy  mythology  oj  arthurian  romance 
(Golther;  approuve  le  premier  ouvrage  sans  adhérer  complètement  à  la 
conclusion  ;  loue,  dans  le  second,  l'étude  sur  la  Dame  du  Lac,  et  trouve  celle 
surMorgain  plus  consciencieuse  que  concluante;  cf.  Romania,  XXXIV,  117.). 
—  P.  40-3,  Hœpfiner,  Eiistache  Deschamps  (Vossler:  le  mérite  de  l'ouvrage 
réside  moins  dans  la  nouveauté  des  faits  ou  des  aperçus  que  dans  la  clarté  de 
l'exposition;  cf.  Ronuinia,XXXlV,  125).  — P.  44- S,  Sœderhjelm,^/?;/;^»  von 
Cicero's  verlorenen  Traktate  De  virtutibus  bei  einem  fran-^œsischeti  Schriftsteller 
des  fûnf:^ehnten  Jahrhunderts  (Wùnsch  :  cet  écrivain  est  Antoine  de  la  Sale, 
qui  aurait  inséré  dans  la  Salade  des  fragments  du  traité  en  question  :  M.  S.  rend 


486  PÉRIODiaUES 

l'hypothèse  vraisemblable,  mais  la  question  exige  encore  des  recherches. 
Le  «  Brunlauentin  »  cité  avec  un  point  d'interrogation,  p.  44,  ne  peut  guère 
être  que  BrunettoLatini).  —  P.  5-9,  Kûhn,  Medi^iniscJk-s  ans  der  altfraniœsis- 
chen  Dichtimg  (Si)ktï  :  additions  et  rectifications  intéressantes  faites  par  un  spé- 
cialiste). —  P.  49-52,  P.  Meyer,  De  l'expansion  de  la  langue  française  en  Italie 
pendant  le  moyen  dge  (Minckvi'itz  :  soigneuse  analyse  ;  je  ne  comprends  pas 
l'intérêt  de  la  citation  finale).  —  P.  53-66,  Nyrop,  Grammaire  historique  de 
la  langue  française,  t.  I,  2e  éd.  (Behrens  :  nombreuses  observations,  surtout 
étymologiques;  cf.  Romania,  XXXIII,  630).  —  P.  66-75,  Pope,  Étude  sur 
la  langue  de  frère  Angier,  suivie  d'un  glossaire  de  ses  poèmes  (Behrens:  résultats 
intéressants  et  nouveaux  ;  rectifications  et  explication  de  quelques  passages 
difficiles;  cf.  Romania,  XXXIII,  440).  — P.  71-3,  L'origine  et  le  parler  des 
Canadiens  français  (Bloch  ;  cf.  Romania,  XXXIV,  164.).  —  P.  73-5,  Bulle- 
tin de  la  Société  liégeoise  de  littérature  u'allonne;  Projet  de  dictionnaire  général 
de  la  langue  wallonne  (Counson).  —  P.  75-92,  Saran,  Der  Rythmus  des  franiœ- 
sischen  Verses  (Stengel  :  commode  résumé  d'un  livre  touffu,  mais  riche  en 
idées  nouvelles,  dont  le  critique  adopte  les  principales). —  P.  92-8,  Jespersen, 
Lehrhuch  der  Phonettk;  Phonetische  Grundfragen  (Wagner). — P.  98-9,  Beyer  et 
Passy,  Elementarlmch  des  gesprochenen  Fraii:(cesisch  (Wagner).  —  P.  100, 
Muller,  Die  Bindung  sonst  stummer  Endkonsonanten  im  fran:(œsischen  Sprachun- 
terricht  (Wagner).  —  P.  161-2,  Crescini,  Manualetto  proT-'en^ale,  2^  éd. 
(Stengel).  —  P.  162-8,  Gra.mmoni,  Le  vers  français,  ses  moyens  d'expression, 
son  harnuviie  (Stengel  :  suggestions  intéressantes  dans  le  détail,  mais  l'auteur 
néglige  trop  l'histoire  et  part  d'hypothèses  arbitraires  et  fausses).  —  P.  168- 
9,  E.  Ritter,  Les  quatre  dictionnaires  français  (Behrens  ;  cf.  Romania,  XXXIV, 
173).  —  P.  169-71,  A.  Thomas  Nouveaux  essais  de  philologie  française 
(Behrens  :  quelques  additions  et  objections).  —  P.  171-2,  Duchon,  Gram- 
maire et  Dictionnaire  du  patois  bourbonnais  (Behrens).  —  P.  173-5,  Ch. 
V.  Langlois,  La  société  française  au  XIII^  siècle  d'après  les  romans  d'aventure 
(Kiessmann  ;  cf.  Romania,  XXXIII,  314).  —  P.  175-88,  H.  Jarnik,  Studie 
ûbcr  die  Komposition  der  Fierabrasdichtungen  (Richter  :  analyse  détaillée, 
critique  approfondie  ;  le  travail  est  soigné,  mais  l'exposition  pénible  et 
obscure).  —  P.  188-91,  Hartenstein,  Siudicn  ~iir  Hornsage  (Horn  :  une  partie 
importante  du  travail  est  consacrée  au  poème  anglo-normand  ;  la  critique 
est  sensée,  mais  il  y  a  trop  d'affirmations  sans  preuves). 

Tome  XXIX,  1906.  Première  partie,  Abhandhmgen .  —  P.  56-140,  E.  Brug- 
ger,  UEnserrement  Merlin,  Studien  :{ur  Merlinsage,  I  :  Die  Quellen  und  ihr 
Verhxltnis  lueinander.  Très  intéressant  exposé  d'une  théorie  générale  sur 
l'histoire  de  la  légende  du  Graal,  avec  discussion  approfondie  des  systèmes 
antérieurs,  notamment  de  G.  Paris  et  Wechssler.  Je  laisse  naturellement  aux 
spécialistes  le  soin  d'exposer  en  détail  et  de  critiquer  celui  de  M.  Brugger.  — 
P.  141-9,  D.  Behrens,  Wortgeschichtliches.  Étude  de  dix-neuf  mots  appartenant 
presque  tous  à  l'ancienne  langue  ou  aux  dialectes  :  battée,  a.  fr.  becquemoulx, 
lyon.  bloyi,  wall.  bouge,  wall.   clavai,  fr.  or.    codât,    dghet,   freneau,  gaupe. 


PÉRIODiaUES  487 

biais,  gt'c^th'ux,  a.  fr.  hoc,  moine  (toupie),  fr.  or.  w/o^i',  pet  (sorbe)  tami- 
saille,  tin,  biais,  ton,  vendôni.  trios,  fr.  or.  trous.  —  P.  150-62,  C.  Keidel, 
The  foliations  Systems  of  jrench  Incmiahula.  —  P.  274-90,  L.  E.  Kastner, 
The  Vision  oj  Saint-Paul  {s\c)by  the anglo-normaii  trouvère  Adam  </(> /?ox5.  Publi- 
cation de  ce  texte  d'après  le  ms.  de  Londres,  avec  variantes  des  autres  mss.; 
description  des  miniatures  qui  ornent  le  premier.  —  P.  291-501,  W.  Fœrster, 
Zii  Perrin  von  Angicourt.  Excellentes  remarques  critiques  sur  une  trentaine 
de  passages  du  texte  établi  par  M.  Steffens  ;  plusieurs  de  ces  remarques 
coïncident  avec  celles  que  j'^i  présentées  ici  (Romania,  XXXV,  125),  dans  un 
compte  rendu  rédigé  (sept.  1905)  longtemps  avant  l'apparition  du  présent 
cahier  (24  fév.  1906).  M.  F.  y  ajoute  quelques  remarques  sur  la  partie  gram- 
maticale de  l'Introduction.  —  P.  502-10,  D.  Behrens,  IFortgeschichtliches. 
a.  fr.  creuseqitin,  manette  (petite  ânesse,  dans  le  Blaisois),  martinet 
(vrille  des  plantes  grimpantes),  a.  fr.  moussier  (mesure  pour  la  terre  dans 
le  Nord), ^a//^,  wiW.  pot r fi,  pourcelette,  roquet,  wall.  5/i:/A/ (clou  long),  wall. 
tute  (cruche),  wall.  vètemhie  (monnaie). 

Deuxième  partie,  Referate  iind  Re:{ensionen.  —  P.  1-3,  Beitrivge  ^ur  ro)iiauis^ 
chen  und  engliscben  Philologie,  publié  à  propos  du  lo^  Congrès  philologique, 
tenu  à  Breslau  en  1902  (Herzog).  —  P.  5-6,  Mélanges  de  philologie  offerts  à 
F.  Brunot  (Bloch  ;  cf.  Romania,  XXXIV,  508).— P.  6-7,  E.  Herzog,  Streitfra^ 
gen  :{ur  romanischen  Philologie.  I  :  Die  Lautgeset^  frage  etc.  (Behrens  :  défend 
la  fixité  des  lois  phonétiques,  cherche  la  cause  des  altérations  phonétiques  non 
dans  des  influences  de  race,  de  climat,  etc.,  mais  dans  la  position  différente  des 
organes  chez  l'enfant  ;  à  la  suite,  dissertation  sur  quelques  points  de  phonétique 
française).  — P.  7-1 1,  M.  Meinicke,  Das  Pnrfix  re-  im  Franiœsischen  (Herzog  : 
deux  parties,  l'une  sur  l'emploi,  l'autre  sur  les  sens  du  préfixe  ;  la  première 
est  la  meilleure.  Travail  soigné  et  utile,  qui  n'épuise  pas  le  sujet).  — P.  11-8, 
A.  Stark,  Syntaktiscbe  Untersiuliungen  im  Anschluss  an  die  Predigten  undGedicbte 
Olivier  Maillards  (Herzog:  la  plus  grande  partie  du  travail  concerne  la  substi- 
tution du  pronom  atone  au  pronom  tonique  devant  l'infinitif  et  le  gérondif  ; 
riche  collection  de  faits,  mais  commentaire  presque  ■.<■  inutilisable  »  ;  polémique 
àproposdu  compte  rendu,  par  M.  Herzog,  de  la  Fie  de  saint  Martin  de  Péan 
Gastineau).  — P.  18-21,  E.  Brandon,  Robert  Estietme  et  le  Dictionnaire  français 
au XFP-  siècle  (Stengel;  cf.  i?owa«/a,  XXXIII,  618).— P.  22-5,  Mayer  Lambert 
et  L.  Brandin,  Glossaire  hébreu-français  duXIII'^  siècle  (Bloch  :  critique  la  dispo- 
sition de  l'index).  —  P.  25,  H.  Lapaire,  Le  patois  berrichon  (Behrens).  —  P.  26 
E.  Guénard,  Le  patois  de  Courtisols  (Behrens;  cf.  Romania,  XXXV,  159).  — 
P.  31-5,  H.  Massing,  Die  Geistlichkeit  im  altjraniœsischen  Volkepos  (Stengel  : 
remarques  de  détail).  —  P.  33-41,  E.  Freymond,  Eine  bisher  nicht  henutite 
Handschrift  der  Prosaromane  Joseph  von  Arimathia  und  Merlin  (Brugger: 
M.  Freymond  exagère  l'importance  du  ms.  qu'il  a  découvert,  lequel,  s'il 
peut  aider  à  la  reconstitution  du  texte,  ne  peut  en  rien  avancer  la  solution 
des  questions  d'histoire  littéraire).  —  P.  11 5-8,  G.  Humpf,  Beitrœge  ^ur 
Geschichte  des  bestimmten  Artikels   im  franiœsischen  (Herzog  :  le  travail  est 


488  PÉRIODiaUES 

surtout  consacré  au  non-emploi  de  l'article  devant  le  substantif;  critique 
approfondie;  discussion  des  exemples  allégués).  —  P.  119-25,  A.  François» 
LacriaviDiaiii'  du  purisme  et  l'Académie  française  duXVIII<^  5uV/^(Minckwitz). 

—  P.  125-7,  G.  Paris,  La  littérature  française  au  moyen  âge,  3e  éd.  (Stengel). 

—  P.  127-9,  ^-  Voretzch,  Einfïihrung  in  das  Stndium  der  altfraniœsischen 
Literatur  (Stengel:  livre  soigné  et  qui  rendra  de  grands  services,  mais  un  peu 
volumineux;  rectifications  de  détail).  —  P.  129-32,  J.  Mortensen,  Le  théâtre 
français  au  moyen  âge  (Stiefel  :  livre  peu  original,  mais  bien  composé  et 
agréablement  écrit  ;  quelques  rectifications  ;  cf.  Romania,  XXXIII,  462).  — 
P.  147-9,  ^-  Zwirnmann,  jDdi  Verhxltnis  der  altlothringischen  Uehersetiung  der 
Homilien  Gregors  ûher  E:^echiel  :(um  Original  und  :^u  der  Ueberset^ung  der 
Predigten  Bernhards  (Schulze  :  la  comparaison  du  texte  français  avec  l'original 
latin  a  été  faite  avec  peu  de  soin  ;  démontre  que  le  traducteur  d'Ezéchiel  et 
celui  des  Sermons  de  saint  Bernard  ne  sauraient  être  identifiés).  —  P.  150 
62,  Neue  Tristaiihïtcher  ;  Bédier,  Le  roman  de  Tristan;  Muret,  Le  roman  de 
Tristan  ;  Piquet,  V originalité  de  Gottfried  de  Strasbourg  ;  Lœseth,  Le  Tristan 
et  le  Palamhkdes  mss.  fr.  du  British  Muséum  (Golther:  approuve,  d'une  façon 
générale,  la  restitution  et  l'appréciation,  par  M.  Bédier,  du  Tristan  primitif,  loue 
les  deux  éditions).  — P.  162-3,  A.  Boselli,Z.c  Jardriu  de  Paradis  (Fœrsttr  :  cor- 
rections ;  cf.  Romania,  XXXÎY,  631).  —  P.  163-5,  F.  Villon,  Le  Petit  et  le 
Grand  Testament,  reproduction  du  ms.  de  Stockholm  (Fœrster  ;  cf.  ci-dessus, 
p.  469.).  —  P.  165-90,  E.  Roy,  Le  mystlre  de  la  Passion  en  France  du  XIV^ 
au  AT/e  siècle  (Stengel  :  analyse  ;  très  nombreuses  corrections  au  texte  de 
la  Passion  de  Semur;  donne  un  tableau  complet  des  formes  strophiques 
employées  dans  ce  texte; cf.  ci-dessus,  p.  365).  —  P.  235-6,0.  H.  Carnahan, 
The  Prologue  in  the  old french  and  proz'ençal  Mystery  (Stengel:  livre  plus  que 
médiocre;  cf.  ci-dessus,  p.  135).  —  P.  236-8,  J.  Anglade,  Le  troubadour 
Guiraut  Riquier  (Stengel  :  la  partie  biographique  est  prolixe,  l'étude  des 
formes  insuffisante).  — P.  238,  A.  Bayot,  Gormond  et  Isembart  (Baist).  — 
P.  238-49,  L.  F.  Mott,  The  Round  Table  (Brugger  :  l'auteur  rattache  la 
légende  de  la  Table  ronde  aux  fêtes  de  mai;  la  partie  folklorique  est  soignée, 
mais  les  questions  d'histoire  littéraire  sont  insuffisamment  traitées).  — 
P.  261-73,  W.  Wundt,  Vœlherpsychologie .  I.  Die  Sprache  (Morgenroth:  résumé 
des  résultats  considérés  comme  acquis;  objections  sur  quelques  points).  — 
P.  273-8,}.  Gilliéron  et  J.  Mongin,  «  Scier  r^  dans  la  Gaule  romane  du  sud 
et  de  Vest  (Gauchat  :  loue  la  méthode,  mais  ce  système  artistement  con- 
struit a  ses  faiblesses;  cf.  Romania,  XXXIV,  621).  —  P.  278-9,  H.  Suchier, 
Les  voyelles  toniques  du  vieux  français  (Behrens).  —  P.  279-80,  M.  Nieder- 
mann,  Contribution  à  la  critique  et  à  V explication  des  gloses  latines  (Pirson  : 
de   l'érudition  et  de  la  critique  ;  remarques  de  détail  ;  cf.  ci-dessus,  p.  160). 

A.  Je.\nroy. 


CHRONIQUE 


En  même  temps  que  paraît  le  présent  numéro,  la  librairie  Champion 
publie  la  table  des  trente  premières  années  '  de  la  Romania,  par  M.  le  D""  Bos. 
Cette  table,  rédigée  d'après  un  plan  concerté  entre  M.  Bos  et  moi  et  dont 
j'ai  revu  soigneusement  les  épreuves,  diffère  sensiblement  de  la  Table  des  dix 
premières  années  due  à  M.  J.  Gilliéron.  Celle-ci  était  plus  systématique  : 
elle  comportait  un  grand  nombre  de  divisions  et  de  subdivisions.  Il  y  avait 
un  index  général,  un  index  lexicologique,  plusieurs  index  grammaticaux  où 
les  articles  étaient  rangés  selon  un  ordre  purement  méthodique,  un  index  du 
foîk-hre,  subdivisé  en  plusieurs  parties,  un  index  des  manuscrits,  un  index 
des  périodiques.  Elle  était  aussi  plus  complète,  en  ce  sens  qu'elle  offrait  le 
dépouillement  complet  des  articles  sur  les  périodiques,  qui,  dans  la  table  de 
M.  Bos,  ne  sont  dépouillés  que  dans  une  mesure  limitée;  mais  les  réductions 
qu'il  a  fallu  opérer  pour  gagner  de  la  place  portent  sur  des  détails  de  peu  d'im- 
portance. L'inconvénient  de  l'ordre  méthodique  est  que  tout  le  monde  ne  l'en- 
tend pas  de  la  même  manière,  d'où  perte  de  temps  dans  les  recherches.  La 
nouvelle  table  est  plus  pratique  que  l'ancienne.  Elle  se  compose  de  deux 
index  seulement  :  lo  un  index  général,  où  sont  relevés,  souvent  en  deux 
ou  trois  endroits,  les  matières  traitées,  les  noms  des  auteurs  anciens  et  des 
auteurs  et  éditeurs  modernes,  les  titres  des  livres  critiqués  ou  simplement 
annoncés  ;  2°  une  table  très  complète  des  mots  expliqués  ou  cités  comme 
exemples.  Il  y  a  sans  doute  des  omissions  non  intentionnelles  et  des  incon- 
séquences, comme  au  reste  dans  toutes  les  tables  que  j'ai  pratiquées,  et  j'y  ai 
probablement  ma  part  de  responsabilité,  car  il  m'est  arrivé  plus  d'une  foisd'in- 
troduirc  sur  épreuve  des  articles  ou  des  renvois  qui  n'étaient  pas  dans  le  plan 
primitif.  Mais,  telle  qu'elle  est,  cette  table,  d'un  usage  commode,  rendra  grand 
service  aux  travailleurs  et  augmentera  singulièrement  la  valeur  du  recueil 
auquel  G.  Paris  et  moi  avons  consacré  la  meilleure  partie  de  notre  existence. 
—  P.  M. 


I.  La  «  table  des  mots  »,  qui  forme  la  deuxième  partie  du  volume,  s'ap- 
plique aux  trente-trois  premières  années  (1872-1904). 


490  CHRONIQUE 

—  M.  Ph.  A.  Becker  a  été  nommé  professeur  ordinaire  de  philologie 
romine  à  l'Université  de  Vienne  en  remplacement  d'Adolf  Mussafia. 

—  Les  lectures  faites  dans  les  nombreuses  sections  du  Congrès  des  arts  et 
des  sciences  à  l'exposition  universelle  de  Saint-Louis  (1904)  formeront  huit 
volumes  in-80  de  six  à  sept  cents  pages  chacun.  Les  trois  premiers  ont  paru 
au  commencement  de  la  présente  année.  Le  tome  III,  consacré  à  la  langue, 
à  la  littérature  et  à  l'art,  contient  les  discours  annoncés  précédemment 
(Rom.,  XXXIV,  158)  de  MM.  Paul  Meyer  et  H.  A.  Todd,  dans  la  section 
des  langues  romanes,  et  ceux  de  MM.  Rajna  et  Alcée  Portier,  dans  la  section 
des  littératures  romanes  '. 

—  Nous  avons  annoncé  en  son  temps  (Roiiiaiiia,  XXXI,  641)  la  publication 
d'une  histoire  très  abrégée  de  la  littérature  française  jusqu'au  xv^  siècle  par 
G.  Paris,  sous  forme  de  traduction  anglaise.  Cette  traduction  était  fort  mé- 
diocre :  on  a  pu  y  signaler  des  passages  complètement  inintelligibles.  L'original 
français  paraîtra  prochainement  par  les  soins  de  M.  Paul  Desjardins  et  de 
M.  P.  Meyer,  à  la  librairie  A.  Colin.  Il  contient  un  peu  plus  de  texte  que 
l'édition  anglaise,  G.  Paris  ayant  supprimé  pour  cette  édition  —  qui  ne  devait 
pas  dépasser  un  certain  nombre  de  pages  —  plusieurs  paragraphes  que  l'on  a 
rétabhs  dans  l'édition  française.  En  outre  on  y  a  joint  quelques  notes  rédigées 
par  G.  Paris  en  vue  de  cette  même  édition.  Ces  notes,  que  G.  Paris  se  proposait 
assurément  de  continuer,  se  rapportent  aux  premiers  chapitres  de  l'ouvrage. 
P.  Meyer  y  a  ajouté  un  certain  nombre  d'indications  bibliographiques,  d'un 
caractère  très  élémentaire,  M.  P.  Desjardins  a  rédigé  une  table  des  noms,  qui 
fait  défaut  à  l'édition  anglaise. 

—  M.  Schultz-Gora  n'a  pas  été  satisfait  du  compte  rendu  que  j'ai  donné  ici 
(plus  haut,  p.  116)  de  ses  Vier  iinedicrte  Jeux  partis,  non  plus  que  d'une  note 
le  concernant,  où  je  l'ai  accusé  d'avoir  fait  une  Schlimmverhesseruns^  (il  paraît 
que  c'est  Verschl immhesserung  qu'il  eût  fallu  dire).  C'est  ce  qui  appert  d'une 
lettre  qu'il  m'a  écrite,  où  il  exprime  l'espoir  que  je  rectifierai  mes  «  nom- 
breuses inexactitudes  ».  Mon  examen  de  conscience  est  fait  :  en  voici  les 
résultats. 

A  propos  de  IV,  27,  j'ai  dit  que  le  ms.  portait  qu'ele  et  non  que.  J'eusse  dû 
dire,  selon  M.  S.  :  «  ma  copie  porte  ».  C'eût  été  sans  doute  plus  prudent, 
mais,  en  l'espèce,  ma  confiance  dans  ma  copie  était  justifiée  :  M.  l'abbé  Cler- 
geac  a  bien  voulu  revoir  lems.,  qui  porte  bie.i  qle  (q  barré). 

Voilà  la  seule  «  inexactitude  »  de  fait  que  j'aie  commise.  —  J'ai  eu  tort, 
selon   M.  S.,  de  dire  qu'il  avait  suivi   «    trop  aveuglément  »  lems.  R- :  il 


I.  Coii(^n-ess  of  arts  ami  Science,  Universal  exposition,  Saint-Louis,  IÇ04, 
editcd  by  Howard  J.  Rogers,  A.  M.,  LL.D.,  director  of  Congresses.  Vol.  III, 
History  of  language,  historv  of  literature,  historv  of  art.  Boston  and  New- 
York,  Houghton,  Miflin  and  C°.  The  Riverside  Press,  Cambridge  [Mass.] 
1906.  In-S",  X-681  pages.  — Les  discours  de  MM.  Meyer  et  Todd  occupent 
les  pages  257-270;  ceux  de  MM.  Rajna  et  Portier  les  pages  435-473.  Celui 
de  P.  Meyer  a    paru   en  français  dans  La  Revue  du  mois  du  10  juin    1906. 


CHRONIQUE  491 

m'apprciul  que  c'est  sciemment  et  après  réflexion  qu'il  a  préféré  la  leçon  de 
cems.  pour  I,  20,  30,  40;  III,  46,  50.  Je  n'en  ai  jamais  douté;  mais  j'ai 
voulu  dire  que  la  réflexion  devait  l'amener  à  préférer  celle  de  R".  —  Ma 
remarque  sur  II,  42  n'a  pas  de  sens,  je  le  reconnais,  parce  qu'on  a  imprimé 
sotiffisanl,  donné  par  M.  S.  ;  ma  copie  portait  sonf/issaiit,  qui  est  la  leçon  du 
ms.  —  M.  S.  me  dit  qu'il  comprend  comme  moi  III,  30-4  :  il  y  a  cette  dif- 
férence qu'il  déclare  la  comparaison  obscure  et  que  j'en  montre  l'exactitude. 

—  Mon  explication  de  IV,  33  serait  douteuse,  parce  qu'il  faudrait  a  devant 
vieUiine.  Je  renvoie  M.  S.  aux  exemples  de  datif  sans  préposition  rassemblés 
par  Meyer-Lûbke,  III,  §  37.  —  Sur  le  sens  du  refrain  dont  j'ai  parlé  {ihid., 
p.  128,  1.  22)  et  que  M.  S.  continue  à  ne  pas  comprendre,  je  n'ai  rien  à 
ajouter,  mon  explication  étant  claire.  Si  je  place  la  césure  après  la  cinquième 
syllabe,  c'est  que  cette  coupe  est  indiquée  par  toutes  les  variantes,  notam- 
ment celles  de  Cr(voy.  Steffens,  Pcrrin  d'Angicort,  p.  250)  et  par  le  fait  que 
le  vers  suivant  a  cinq  syllabes.  J'ai  dit  que  ce  refrain  était  prononcé  par  une 
femme»  inconstante  ».  Cela  résulte  de  toute  la  chanson  et  notamment  du 
V.  12,  où  elle  se  qualifie  elle-même  de  nouvcUere.  Je  ne  mentionne  pas 
quelques  autres  observations  qui  n'apportent  aucun  élément  au  débat;  j'ai 
déjà  abusé,  pour  déférer  au  désir  de  M.  S.,  de  la  patience  du  lecteur  et  de 
l'hospitalité  de  cette  revue;  je  le  préviens  que  je  ne  reviendrai  pas  sur  ce 
sujet.  Qui  de  nous  deux  a  tort  ou  raison?  «  Je  le  laisse  à  juger  aux  experts.  » 

—  A.  Jeaxroy. 

—  Livres  annoncés  sommairement. 
DieEngeî  atifder  mittehlterlichen  Mysterienbûhne  FrankreichSyÇar  Paul  Henzie. 
1905.  In-80,  45  p.  (dissert,  de  Greifwald).  —  Ce  petit  travail  est  analogueà 
ceux  queMM.  Wieck  (diss.de  Marburg,  1887)  et  Lindner  (diss.  de  Greifs- 
wald,  1902)  ont  consacrés  aux  diables  et  aux  bourreaux  dans  les  mystères.  On 
y  examine  successivement  le  nom,  le  nombre,  le  costume,  le  rôle  des  anges 
sur  la  scène,  leurs  rapports  entre  eux  ou  avec  les  autres  personnages  du  ciel 
ou  ceux  de  la  terre,  d'après  toutes  les  listes  de  personnages  publiées  jus- 
qu'ici dans  l'ouvrage  de  Petit  de  Julleville  ou  dans  des  éditions  séparées  plus 
récentes,  ou  même  dans  des  copies  encore  inédites,  comme  celle  d'Erler  et 
Quedenfeldt  pour  le  Saint-Denis  en  deux  journées  ou  le  Saint-Sébastien  en 
deux  journées.  On  cite  aussi  VAnoehlogie  d'Oswald.  Mais  les  diverses 
références  sont  toujours  données  selon  Tordre  alphabétique  des  mystères, 
sans  distinction  chronologique.  Or,  sans  prétendre  à  trop  de  précision,  on 
pouvait  noter  à  quelle  époque  les  noms  de  Michel,  Gabriel,  Raphaël  se  sub- 
stituent, d'une  façon  assez  générale,  aux  simples  indications  de  premier, 
second,  tiers  ange,  que  Uriel  n'apparaît  pour  la  première  fois  que  dans  le 
Viel  Testament  ainsi  que  Seraphiiii  ;  que  Chérubin  semble  n'apparaître 
que  dans  les  œuvres  qu'on  sait  avoir  été  représentées  vers  1450.  — 
L'introduction  de  quatre,  cinq,   six  anges  est  aussi  de  la  seconde  moitié 


492  CHRONIQUE 

du  xvc  siècle.  La  classification  des  Trônes,  Dominations  etc.,  d'abord 
rencontrée  dans  le  Viel  Testament,  passe  de  là  dans  Greban,  puis  dans 
J.  Michel.  —  P.  12,  1.  12,  il  fout  ajouter  la  référence  à  V Assomption  de  la 
Vierge.  — P,  17,  etc.,  la  distinction  n'est  pas  foite  entre  le  nombre  des  per- 
sonnages parlants  et  celui  des  simples  figurants,  excepté  pour  le  mystère  de 
saint  Quentin.  —  Henri  Châtelain. 

Le  Mystère  de  Semur  (B.  N.  f.  fr.  904).  Ergànzende  Bemerkungen  zu  dcr 
Ausgabe  von  Roy  ;  Vergleichung  der  Passion  von  Semur  mit  der  von 
Arras.  Die  provenzalische  Passion  des  Handschrift  Didot  (B.  N.  nouv. 
acq.  fr.  4232),  par  Emil  Streblon.  Borna-Leipzig  (R.  Noske),  1905.  In- 
8°,  46  p.  (dissert,  de  Greifswald).  —  M.  Emile  Roy  avait  noté  le  rapport 
étroit  de  la  Passion  de  Semur  aux  Mystères  de  sainte  Geneviève.  M.  E.  Stre- 
blon apporte  une  preuve  complémentaire,  refait  la  liste  des  personnages  avec 
le  chifire  du  premier  versde  chaque  rôle,  compare  journée  parjournée(pp.9- 
18),  la  Passion  de  Semur  et  la  Passion  d'Arras,  laquelle  représente  un  stade 
postérieur  d'évolution  et  offre  au  public  qui  en  était  friand  des  scènes  plus 
fréquentes  ou  plus  longues  de  miracles  opérés  par  le  Christ,  ou  de  réappa- 
ritions du  Christ  après  sa  mort.  Le  rôle  du  Rustiais  ou  sot  n'est  commun 
qu'à  la  Passion  de  Semur  et  à  un  des  mystères  provençaux  édité  par 
MM.  Jeanroy  et  Teulié.  —  M.  E.  Str.  catalogue  (pp.  18-27)  "^-^  observa- 
tions de  métrique;  M.  Roy  n'en  avait  traité  qu'incidemment  dans  l'intro- 
troduction  à  son  édition.  Le  compte  des  syllabes,  ici  comme  dans  tant 
d'oeuvres  du  même  genre  et  de  la  même  époque,  est  fort  élastique  ;  quant 
aux  négligences  à  la  rime,  elles  sont  nombreuses  et  variées.  M.  S.  ajoute 
de  multiples  corrections  et  conjectures,  et  rectifie  même  des  indications  de 
folio  (pp.  27-31).  S'occupant  ensuite  de  la  Passion  provençale  du  manu- 
scrit Didot  (pp.  31-46),  il  en  cite  quelques  extraits,  et  en  .note  les  concor- 
dances avec  certains  'passages  des  mystères  provençaux  de  l'édition 
Jeanroy  et  Teulié.  —  Henri  Châtelain. 

Die  let::^te  Journée  des  Mystère  de  la  Passion  von  Arnoul  Grêhan,  in  der  Hds.  von 
Troyes,  in  ihrem  Verhàltnis  zurùbrigenUeberlieferung,  von  Walter  Neu- 
MANN.  Greifswald.  J.  Abel,  1905.  In-80,  54  p.  (dissert,  de  Greifswald).  — 
MM.  G.  Paris  et  G.  Raynaud,  dans  leur  édition  de  la  Passion  de  Greban, 
avaient  noté  que  le  manuscrit  de  Troyes  (7^  suivait  la  rédaction  5C.  Après 
un  examen  minutieux  des  concordances  et  des  divergences  de  T  avec  chacun 
des  trois  autres  manuscrits  A  B  C,  M.  Neumann  conclut  que  T  se  rat- 
tache immédiatement  à  C.  Là  où  C  présente  une  lacune,  T  a  tâché  lui- 
même  de  la  combler  par  des  vers  qui  ne  reproduisent  pas  mot  à  mot  le 
texte  de  B.  M.  N.  dresse  ensuite  un  catalogue  méthodique  des  variantes 
propres  à  T,  qui  omet  certains  vers,  par  étourderie,  parce  qu'il  les  trouve 
superflus,  enfin,  dans  trois  cas,  parce  qu'il  n'accepte  pas  certains  types  de 
strophes  (aabaahhbabhd  devient  aahaahhahha  à  trois  reprises  différentes). 
Cette  dernière  raison,  appuyée  de  si  peu  d'exemples,  ne  semble  pas  très 


CHRONIQ.UE  493 

solide.  M.  N.  explique  aussi  beaucoup  de  suppressions  de  mots  par  une 
sorte  de  répugnance  à  l'élision  et  de  préférence  pour  l'hiatus.  Pour  don- 
ner plus  d'animation  à  une  scène,  T  ajoute  un  développement  (scène  de 
sergents),  ou  distribue  une  même  tirade  en  un  plus  grand  nombre  de  per- 
sonnages. Ces  divers  changements  nuisent  souvent  au  sens  et  troublent  la 
mesure  du  vers.  —  Examen  de  corrections  apportées  au  même  manuscrit 
par  quatre  copistes  postérieurs,  et  relevé  (pp.  34-54)  des  divergences  de  T 
avec  le  texte  de  l'édition  G.  Paris  et  G.  Raynaud,  pour  les  vers  27.452  à 
34.502.  —  Henri  Châtelain. 

La  Passion  de  Jésus-Christ,  joua  à  Valenciennes,  Van  i^4j  (B.  N.  fr.  12556), 
par  Hans  Giese.  Greifswald,  F.  W.  Kunike,  1905.  In-80,  66  p.  (dissert. 
de  Greifswald).  —  Analyse  détaillée  des  25  journées  de  la  Passion  et  de 
la  Résurrection,  et  comparaison  avec  les  Paii/o«5  dites  d'Arras,  de  Greban, 
de  J.  Michel,  la  Résurrection  de  J.  Michel,  la  compilation  Greban-Michel 
(jouée  à  Paris  en  1507),  la  Création  et  Passion  (B.  N.  f.  fr.  904),  la 
Conception  et  Nativité  de  la  Vierge,  enfin  l'Incarnation  et  Nativité  (repré- 
sentée à  Rouen  en  1474),  suivies  d'un  catalogue  des  formes  métriques.  Ce 
mystère  est  une  compilation  habile  des  mystères  les  plus  différents  ;  il 
marque  une  torte  tendance  à  narrer  tous  les  antécédents  des  principaux 
personnages.  Au  point  de  vue  métrique,  le  décasyllabe  est  réservé  aux 
discours  solennels  des  grands  personnages,  les  mélanges  de  mètres  plus 
courts  aux  lamentations  des  femmes  et  aux  morceaux  lyriques.  M.  G. 
incline  à  croire  que  les  prologues  et  épilogues  sont  originaux  parce  qu'ils 
se  présentent  sous  le  type  :  abab,  bcbc,  etc.,  disposition,  ajoute-t-il,  qui  ne 
se  trouve  pas  dans  les  autres  mystères,  au  moins  sur  une  certaine  étendue 
de  vers.  Cette  dernière  affirmation  me  paraît  hasardeuse.  Un  travail  en 
préparation  sur  les  procédés  de  versification  des  mystères  donnera  sur  ce 
point  des  indications  plus  certaines.  —  Henri  Châtelain. 

Dus  Mystère  de  saint  André,  par  Karl  Wolkenhauer.  Greifswald,  F. 
W.  Kunike,  1905.  In-80,  58  p.  — Ce  mystère  fut  représenté  à  Abbevilleen 
1458,  et,  selon  Darmesteter  et  Hatzfeld  (XVI'^  s.,  p.  152),  à  Paris  en  1530. 
Le  sujet  en  fut  repris  dans  les  Actesdes  Apôtres  àtGr^ha^n,  et  dans  la  Passion 
provençale  de  saint  André  par  Marcellin  Richard  (15 12).  M.  W.  étu- 
die brièvement  les  sources  (1-2),  donne  une  analyse  du  mystère  (p.  5-14), 
et  consacre  la  majeure  partie  de  son  étude  à  des  observations  de  métrique 
(p.  14-35).  Il  suggère  toute  une  série  de  corrections  de  texte  commandées 
soit  par  la  mesure  des  vers,  soit  parla  rime.  L'examen  des  rimes  l'a  amené 
à  dresser  un  tableau  court,  rnais  suffisamment  complet,  de  la  phonétique 
propre  à  l'auteur  (p.  33-34).  Le  mystère  est  écrit  tout  entier  en  vers  de 
8  syllabes,  le  vers  de  4  ne  servant  qu'à  terminer  les  couplets.  La  rime  croi- 
sée y  est  tout  à  fait  exceptionnelle.  La  dissertation  est  suivie  d'extraits  com- 
prenant un  millier  de  vers  choisis  soit  à  cause  de  la  fréquence  des  petits 
vers,  soit  à  cause  de  l'intérêt  littéraire  des  scènes.  —  Glossaire  francais-alle- 


494  cHRONiauE 

niand,  pp.  55-7.  M.  \V.  promet  de  donner  ultérieurement  une  édition 
complète.  —  P.  26,  M.  W.  essaie  de  ramènera  4  syllabes  des  vers  de  3  ou 
de  5  :  la  correction  de  Par  ta  grâce,  1360,  en  Par  ta  bonne  grâce  est  une 
inadvertance.  —  Henri  Châtelain. 

Université  de  Paris,  Bibliothèque  de  la  Faculté  des  lettres,  XX  (1906).  — P. 
163-231,  E.  Faral,  Courtois  d'Arras.  Excellent  mémoire  qui  comprend  une 
édition  critique  fondée  sur  les  quatre  manuscrits  connus  d'un  curieux 
monument  littéraire  publié  jadis,  d'une  façon  très  insufHsante,  dans  le  tome 
I  des  Contes  et  fabliaux  de  Méon.  Le  nouvel  éditeur  discute  avec  beaucoup 
de  pénétration  la  question  de  savoir  si  Courtois  d'Arras  est  un  monologue 
dramatique  ou  un  véritable  drame,  et  il  conclut  en  faveur  du  drame,  avec 
immixtion  d'un  élément  narratif  qui  se  réduit  à  quelques  vers  dans  la  forme 
primitive  et  qui  a  été  légèrement  augmenté  dans  des  remaniements  succes- 
sifs. L'étude  de  la  langue,  des  rimes  et  des  noms  propres  amène  M.  F.  à 
placer  la  patrie  de  ce  drame  à  Arras  à  la  fin  du  xii^  ou  au  commencement 
du  xiiie  siècle  ;  quant  à  l'auteur,  il  n'est  pas  impossible  que  ce  soit  ce  même 
Courtois  d' Arras  à  qui  on  doit  le  conte  de  Boivin  de  Proi'iiis  et  qui  aurait 
eu,  comme  d'auties  parmi  ses  compatriotes,  la  fantaisie  de  se  mettre  lui- 
même  sur  la  scène.  Voici  quelques  observations  sur  le  glossaire,  dans 
lequel  je  regrette  de  ne  pas  trouver  incorporés  les  noms  propres.  Drave  est 
mal  traduit  par  «  coque  du  grain,  son  »  :  c'est  une  variante  phonétique 
de  droe,  mot  qui  désigne  généralement  le  Broiiius  secalinus  des  botanistes. 
—  Z)e5/?o»rfrt;  «  expliquer»,  455,  n'est  pas  traduit.  —  Fave,  500,  aété  omis  : 
c'est  notre  adjectif  fauve.  —  Kcne,  640,  n'est  pas  notre  substantif  échine, 
mais  le  simple  de  notre  mot  queuotte  :  je  crois  qu'il  faut  traduire  par 
«  joue  »,  car  il  est  certainement  identique  à  l'allem.  kinne;  cf.  anc.  franc. 
caneie,  kenee  «  coup  sur  la  joue  ».  —  Toaille  serait  mieux  traduit  par 
«  nappe  »  que  par  «  serviette  «.  —  Le  mémoire  de  M.  F,,  bien  qu'im- 
primé dans  la  Bibl.  de  la  fac.  des  lettres  de  Paris  se  rattache  à  l'ensei- 
gnement de  M.  Bédier  à  l'Ecole  normale  supérieure,  et  il  fait  honneur  au 
maître  et  à  l'élève.  —  A.  Th. 

Rumaenische  Dialekte,  von  Joseph  Popovicï.  L  Die  Dialekte  der  Muntenï  und 
Pàdurenï  im  Hunyader  Komitat.  Halle,  Niemeyer,  1905.  In-80,  xi-168 
pages — .  M.  Popovicï,  jugeant  encore  insuffisantes  les  études  de  dialectologie 
roumaine  entreprises  jusqu'ici,  même  cellei  de  M.  Weigand,  s'est  proposé  de 
refaire  lui-même  une  vaste  enquête  dialectologique  qui  exigera  de  longues 
années,  mais  qu'il  a  déjà  commencée  sur  plusieurs  points.  Il  compte  publier 
les  résultats  de  cette  enquête  en  une  série  de  fascicules  dont  le  premier, 
seul  paru  jusqu'ici,  est  consacré  à  une  partie  du  comtat  d'Hunyad  au  sud- 
ouest  de  la  Transylvanie.  Le  dialecte  des  Roumains  de  cette  région, 
Pàdurenï  et  Muntenï,  est  apparenté  au  dialecte  du  Banat  qui  le  borde  à 
l'ouest  et  au  nord-ouest,  et  aussi  à  l'istro-roumain.  M.  P.  en  a  étudié  les  carac- 
tères phonétiques  et   morphologiques  avec  la  précision  que  permettaient 


CHRONIQ.UE  495 

d'espérer  les  précédentes  publications  de  l'auteur  et  en  particulier  ses 
Recherches  expérimentales  sur  une  prononciatiou  roumaine  {La  Parole,  1905). 
Mais  il  faut  noter  la  grande  part  faite,  avec  raison,  par  M.  P.  dans  l'étude  de 
ce  dialecte  aux  prénoms,  noms,  surnoms  et  sobriquets,  ainsi  qu'aux  noms 
de  lieu  et  aux  phénomènes  sociaux,  relations  commerciales  des  divers 
points,  mariages  d'un  village  à  l'autre.  Trente-cinq  textes  et  un  glossaire 
terminent  ce  premier  fascicule.  —  M.  RociUES. 

Mélanges  H.  iVArhois  de  JubainviUc.  Recueil  de  mémoires  concernant  la  litté- 
rature et  l'histoire  celtiques  dédié  à  M.  H.  d'Arbois  de  Jubainville...  à  l'oc- 
cision  du  78«  anniversaire  de  sa  naissance...  Paris,  Fontemoing  [1906]. 
In-80,  viii-290  pages.  —  Ces  mémoires,  au  nombre  de  14,  sont  presque 
tous  étrangers  à  notre  domaine;  nous  ne  signalerons  que  ceux  qui  sont  à 
cheval  sur  la  frontière  des  études  romanes  et  des  études  celtiques.  — P.47- 
81,  Ernault,  Le  mot  «  dieu  »  en  breton.  Chemin  faisant,  l'auteur  présente 
d'intéressantes  observations  sur  les  emprunts  de  mots  ou  de  sens  faits  par 
le  breton  au  français.  P.  56,  le  moyen-breton  theodolet  appelait  un  com- 
mentaire dont  M.  E.  aurait  trouvé  les  éléments  dans  une  note  de 
M.  Tobler,  Zcitschr.f.  roni.  Phil.,  XXII,  92-4.  P.  60,  le  breton  moderne 
chanteleo,  etc.  «  chœur  «  n'est  mis  en  rapport  par  M.  E.  qu'avec  le  franc. 
chanterel  et  le  prov.  cantarel  :  en  réalité  le  point  de  départ  est  l'anc.  franc. 
chancel,  lat.  cancellus,  et  M.  E.  trouvera  dans  Godefroy  un  exemple  de 
chanceUeau  (texte  de  1493,  provenant  de  Morlaix)  qui  met  cette  étymologie 
hors  de  doute  ;  il  y  a  eu  plus  tard  contamination  avec  le  verbe  chanter.  En 
fait,  à  Tréguier,  dès  1484,  un  texte  rédigé  en  français  appelle  le  chœur 
chantereu  :  le  sens  n'est  pas  douteux,  bien  que  Godefroy  voie  là  un  livre  de 
messe.  —  P.  1 1 1-128,  Anatole  Le  Braz,  Lorigiiie  d'une  «  gwer^  »  bretonne. 
Étude  très  curieuse  de  littérature  comparée  :  La  Marquise  Dégangé  de  Luzel 
et  Le  Clerc  de  Rohan  du  vicomte  de  La  Villemarqué  remontent  essentiel- 
lement à  L'Histoire  de  la  marquise  de  Gange,  qu'on  peut  lire  dans  un 
Abrégé  des  causes  célèbres  publié  à  Toulouse  en  1785,  par  Besdel;  en  outre, 
on  a  utilisé  dans  Le  Clerc  de  Rohan  une  ballade  serbe.  Le  Couteau  d'or, 
publiée  en  1834  dans  les  Chants  populaires  des  Servieiis  de  M^  Elisa  Voïart. 
—  P.  1 29-1 51,  P.  Le  Xestour,  Le  mystère  en  nioyen-bretd)i  de  «  La  Destruc- 
tion de  Jérusalem  ii.  Le  mvstère  breton  dérive  incontestablement  d'un  mys- 
tère français  dont  il  y  a  plusieurs  anciennes  éditions  :  c'e^t  celle  de  15 10, 
chez  Jehan  Trepperel,  qui  a  servi  de  modèle.  —  P.  169-193,  Ferdinand 
Lot,  Recherches  de  toponomastique.  I,  Uxellos,  Oscellus.  II,  Oxîma.  III,  Oxi- 
sama.  IV,  Uccio.  V,  Ucciacus.  M.  F.  Lot  a  dépensé  une  grande  érudition 
dans  ces  recherches;  les  résultats  ne  sont  pas  toujours  en  rappor-t  avec  l'ef- 
fort, surtout  à  cause  de  la  complexité  du  sujet,  mais  aussi  un  peu  parce  que 
l'auteur  n'est  pas  assez  au  courant  de  la  phonétique  historique  du  fran- 
çais. —  A.  Th. 

Hermann  Suchier,  Les  Voyelles  toniques  en  vieux  français.  Traduction  de  l'al- 
lemand, augmentée  d'un  index  et  d'un  lexique  par  Ch.  Guerlin  de  Guer. 


49^  CHRONIQUE 

Paris,  Champion,  1906.  In-12,  130  pages.  —  La  Rotiiauia  a  annonce,  en 
1893,  l'apparition  du  premier  fascicule  d'une  Altfran:[osische  Graiiimatik 
de  M.  le  professeur  H.  Suchier  (voy.  XXII,  624)  ;  elle  attend  le  second 
pour  tenir  la  promesse  qu'elle  a  faite  d'en  reparler  à  loisir.  En  attendant, 
elle  ne  peut  que  souhaiter  bonne  chance  à  l'élégant  petit  volume  dont  le 
titre  est  transcrit  ci-dessus,  volume  dans  lequel  M.  Ch.  Guerlin  de  Guer  a 
mis  plus  à  la  portée  du  public  français  la  science  si  profonde  et  si  raffinée 
du  savant  professeur  de  Halle.  L'index  de  tous  les  textes  cités  et  de  tous  les 
mots  étudiés,  que  le  traducteur  a  joint  à  l'œuvre  propre  de  l'auteur,  n'oc- 
cupe pas  moins  d'une  soixantaine  de  pages  ;  il  rendra  beaucoup  de  services. 
—  A.  Th. 

Ventiischte  Beitràge  :^Hr  fran:^ôsischen  Graiiiiiialik,  gesammelt,  durchgesehen 
und  vermehrtvon  Ad.  Tobler.  Zweite  Reihe.  Zweite  vermehrte  Auflage. 
Leipzig,  Hirzel,  1906.  In-80,  viij-289  P^g^s.  —  Cette  seconde  édition  delà 
deuxième  série  des  Mélanges  de  grammaire  française  paraît  douze  ans  après 
la  première.  Elle  est  sérieusement  améliorée  bien  qu'il  n'y  ait  pas  de 
changements  très  iniportants.  La  table  a  été  refaite  entièrement  et  est 
beaucoup  plus  complète  que  celle  de  la  première  édition. 

La  Bibliothèque  du  marquis  de  SantiUane,  par  Mario  Schiff.  Paris,  Bouillon, 
i905.In-8o,  xci-509  p.  (fascicule  153  de  la  Bibliothèque  de  T  Ecole  des  Hautes 
Études).  —  M.  Schiff  a  essayé  de  reconstituer  la  «  librairie  »,  réunie  par  le 
célèbre  marquis  dans  le  cours  du  xv^  siècle,  d'après  les  manuscrits  du 
fonds  Osuna  de  la  Bibliothèque  nationale  de  Madrid  et  ceux  d'autres  biblio- 
thèques, qui  ont  appartenu  ou  peuvent  avoir  appartenu  à  ce  zélé  collection- 
neur. L'ouvrage  se  compose  de  notices  descriptives  et  bibliographiques 
des  exemplaires  d'auteurs  anciens  ou  modernes  qui  figuraient  dans  la 
«  librairie  »,  et  ces  notices  sont  précédées  d'une  biographie  du  marquis  et 
d'une  étude  sur  son  activité  intellectuelle  qui  forme  un  bon  chapitre  d'histoire 
littéraire.  L'appendice  I,  consacré  à  l'humaniste  Nuiio  de  Guzman,  com- 
plète les  renseignements  donnés  sur  ce  personnage  dans  la  Roinania, 
t.  XIV,  p.  163.  —  A.  M.-F. 


Erratum.  —  B.  329,  1.  4  du  bas,  Pedro  laides,  lire  Pedro  Gales. 


Le  Propriétaire-Gérant,  H.  CHAMPION. 


MAÇON  ,    PROTAT   FRERES  ,    IMPRIMEURS 


TRISTAN  MÉNESTREL 
EXTRAIT  DE  LA  CONTINUATION  DE  PERCEVAL 

PAR    GERBERT 


I 

The  présence,  in  rhat  part  of  the  Pc/wx^a/ continuations  due 
to  Gerbert,  of  a  section  devoted  to  certain  adventures  of  Tris- 
tan, lias  long  been  known  to  students  ofMediaeval  Literature, 
but,  no  doubt  owing  to  the  scant  attention  which  has  hitherto 
been  given  to  Gerbert's  work,  the  real  character  of  the  inter- 
polation (for  as  such  \ve  must  consider  it)  has  so  for  not  been 
recognized.  The  incidents  related  hâve  been  treated  either  as 
the  original  composition  of  Gerbert  (F.  Kraus,  Ueber  Gerbert  de 
Moulreiiil  und  seine  IVerhe,  Erlangen,  1897),  or  as  a  poetical 
rendering  of  épisodes  drawn  from  the  prose  Tristan  (Will- 
motte,  Gerbert  de  Montrciiil,  Bull,  de  l'Acad.  de  Belgique, 
1900).  U'iless  I  am  much  mistaken  they  are  neither  the  one 
nor  the  other,  but  \ve  are  hère  dealing  with  a  remodelling  of 
one,  or  it  may  be  x.\\o,  short  episodic  poems,  relating  adven- 
tures of  Tristan  not  recounted  elsewhere,  and  in  their  conception 
anterior  to  the  évolution  of  the  prose  romance. 

Towards  the  end  of  1902,  when  engaged  in  the  study  of 
the  important  Perceval  codex  B.  N.  fr.  12576  (our  only  com- 
plète Perceval  text),  I  was  forcibly  struk,  alike  by  the  lyrical 
character  of  certain  passages  in  this  section  and  by  the  fact 
that,  though  I  had  studied  the  Tristan  poems  and  the  prose 
romance,  I  had  nowhere  met  \vith  the  incidents  recorded.  The 
relative  position  occupied  by  the  knights  also  pointed  to  an 
intermediate  stage,  one  anterior  to  the  prose  version,  while 
younger  than  the  poems.  The  statement  found  at  a  later  point 
of  the  work,  to  the  eftect  that  Gerbert  had  arranged  {amenda)  la 
Liiite  Tristrant  confirmed  this  view,  and  I  felt  that  I  had  suffi- 

Romania,    XXXl^  52 


49^  J-    L.    WESTON 

cient  ground  for  bringing  the  matter  to  the  notice  of  M.  Bédier, 
as  an  expert  in  Tristan  criticism.  On  going  through  the  ms. 
together  lie  entirely  agreed  with  me  as  to  the  gênerai  character 
of  the  section,  and  was  of  opinion  that  it  would  be  well  to 
publish  that  portion  ofthe  Gerbert  text. 

Unforeseen  circumstances  caused  a  delay  in  the  completion 
of  this  task,  fortunately,  as  it  proved,  since  in  the  spring  of 
1905  I  discovered,  through  the  kind  offices  of  M.  Paul  Meyer 
who  drew  my  attention  to  the  existence  of  the  text,  that,  in 
the  fragmentary  ms.  Nouv.  Acq.  fr.  6614,  the  Bibliothèque 
Nationale  possessed  a  duplicate  of  the  Gerbert  Perceval;  and  we 
were  thus  enabled  to  edit  the  text  based  upon  the  comparison 
of  two  ms.  ;  for  the  relation  between  the  two  cf.  M.  Bédier's 
remarks,  further  on. 

The  important  point,  of  course,  is  in  what  light  we  are  to 
regard  this  section  ;  the  oft  quoted  passage  in  which  Gerbert  is 
named  seems  to  me  of  primary  importance  hère,  this  is  what 
he  sa3^s  : 

E  il  l'a  or  a  feme  prise, 
Si  com  la  matere  descoevre 
Gerbers,  qui  a  reprise  l'oevre, 
Quant  chascuns  trouvère  le  laisse  ; 
Mais  or  en  a  faite  sa  laisse 
Gerbers  selonc  le  vraie  estoire. 
Diex  l'en  otroit  force  et  victoire 
De  toute  vilenie  estaindre, 
E  qu'il  puisse  la  fin  ataindre 
De  Perceval  que  il  emprent, 
Si  com  li  livres  li  aprent 
Ou  la  matere  en  est  escripte  ! 

After  explaining  what  point  he  took  up  the  story  (at  the 
resoldering  of  the  sword),  Gerbert  continues  : 

Neïs  la  Luite  de  Tristrant 
Amenda  il  tôt  a  compas  ; 
Nule  rien  ne  vus  en  trépas. 

(12576,  fol.  180.) 

\s  I  understand  this  passage,  which  occurs  after  the  account 
ofthe  hero's  marriage  with  Blancheflor,  and  the  announcement 
of  the  future  glories  of  his  race  as  represented  by  the  Swan 


TRISTAN    MENESTREL  499 

Knight,  Gcrbert  lias  now  corne  to  a  break  in  the  history  of 
Perceval  ;  he  has  hitherto  bcen  tbllowing  a  source  which  he 
dignitîes  as  la  vraie  cstoire,  from  which,  however,  he  has  but 
made  extracts  {Gerkrs  qui  de  son  sens  extrait  \  Le  rime  que  je 
vais  contant.  This  would  be  natural  if  he  only  took  up  the 
story  at  an  advanced  point  in  the  récital),  and  which,  appa- 
rentlv,  did  not  contain  the  end  as  popularly  known  ;  la  Luite 
Tristrant,  on  the  contrary,  he  has  given  in  its  entirety,  arran- 
ging  indeed,  but  omitting  nothing.  He  seems  to  me  to  distin- 
guish  very  clearly  between  the  two.  In  the  face  of  this  perfectly 
definite  statement  I  think  it  impossible  to  hold  that  Gerbert 
was  composing  a  new,  and  original,  work. 

Again,  I  think  there  can  be  no  doubt  that  at  this  précise 
moment  of  the  Gerbert  continuation  there  has  been  a  change 
of  source.  Up  to  this  point  we  hâve  a  séries  ot  remarkable 
parallels  alike  with  the  poem  of  Wolfram  von  Eschenbach 
and  with  that  of  Chrétien  (I  hâve  entered  into  this  more  fully 
in  my  Perceval  Stndies);  from  this  point  onward  such  parallels 
cease,  and  we  hâve  correspondence  with  the  versions  of  the 
Perlesvaus,  and  the  Qiieste.  Now^  a  feature  shared  in  common 
by  this  first  portion  of  Gerbert's  Perceval,  and  the  Tristan  sec- 
tion, is  the  occurrence  of  names  ending  in  as,  or  das  (I  hâve 
given  examples  in  the  Notes),  such  names  are  not  a  characte- 
ristic  eithcr  of  the  later  part  of  the  work,  or  of  Gerbert's  own 
original  composition,  le  Roman  de  la  Violette. 

At  the  same  time  there  are  in  the  Luite  Tristran  passages 
which  appear  to  me  to  be  older  than  anvthing  in  the  Perceval: 
e.  g.  that  recounting  the  accomplishments  of  the  hero,  which 
shows  remarkable  parallels  with  the  Horn  poems.  I  am  there- 
fore  inclined  to  think  that  Gerbert  had  before  him  :  i°,  a  Perceval 
poem  which  ended,  as  the  poem  of  Wolfram  von  Eschenbach 
ends,  with  the  réunion  of  the  hero  and  his  lady  love,  and  the 
outline  of  the  history  of  their  descendant,  the  Swan  Knight  ; 
2°,  a  short  episodic  Tristan  poem,  based  upon  an  earlier  tradi- 
tion and  independent  of  the  Perceval.  Gerbert  incorporated 
this  poem  in  the  Perceval,  remodelling  the  final  adventure. 
I  offer  this  suggestion  as  one  which  would  admit,  and  at  the 
same  time  account  for,  the  dccided  peculiarities  of  the  text. 

The  moment  at  which  the  poem  appears  to  hâve  assumed  its 


500  J.    L.    WESTON 

présent  form,  would  be  one  in  which  Gawain  was  still  the 
leading  knight  of  Arthur's  court;  Lancelot  already  présent,,  but 
playing  a  subordinate  rôle  (unless,  of  course,  his  introduction 
be  due  to  Gerbert),  and  Tristan's  connection  with  the 
Arthurian  story  of  the  sHghtest  and  most  fleeting  character. 
Mark,  while  entertaining  a  natural  anxiety  as  to  the  relations 
existing  between  his  wife  and  his  nephew,  shews  no  animus 
against  Tristan,  and  the  latter  is  zealous  to  uphold  his  uncle's 
honour  on  the  iield.  AU  this  indicates  a  point  of  story  évolution 
anterior  to  tlie  prose  version  :  in  this  latter  Gawain  is  a 
contemptible  character,  cruel,  vindictive,  and  treacherous  ; 
Lancelot  is  the  leading  knight  of  the  court,  it  is  he  who  intro- 
duces  Tristan  to  Arthur,  and  a  considérable  portion  of  the 
compilation  is  devoted  to,  and  dra\vn  from,  romances  dealing 
with  his  feats;  Mark  is  treated  as  almost  beneath  contempt, 
without  a  single  redeeming  trait. 

Now  Gerbert  did  not  write  till  well  on  in  the  thirteenth 
century,  when  the  prose  romances  were  established  in  popular 
favour,  and  I  think  it  quite  impossible  that  a  poem  composed 
at  that  date  should  be  marked  by  the  features  noted  above.  I 
should  therefore  be  incHned,  first  to  accept  his  statement  that 
he  only  re-arranged,  amenda,  the  work  in  question,  secondly 
to  restrict  this  rearrangement  within  narrow  limits. 

The  question  of  the  character  and  provenance  of  the  original 
poem  cannot  be  hastily  determined  ;  it  is  one  of  no  little 
interest  and  importance,  less  so,  perhaps,  than  if  we  were 
dealing  with  another  hero,  since  the  possibility  of  a  very  early 
treatment  of  the  Trisian  story  is  now  practically  admitted. 
But  I  may  hère  incidentally  remark  that  the  sections  of  the 
Perceval  due  to  Wauchier  and  to  Gerbert  merit  considerably 
more  attention  than  they  hâve  hitherto  received,  and  are  likely, 
on  close  examination,  to  yield  results  somewhat  subversive  of 
the  generally  received  opinions  as  to  the  Arthurian  cycle. 
In  the  following  notes  I  hâve  restricted  myself  as  far  as 
possible  to  the  subject  matter,  pointing  out  those  passages 
which,  either  m  style  or  content,  appear  deserving  of  investi- 
gation ;  the  text,  as  indicated  above,  has  been  the  care  of 
M.  Bédier,  and  as  such,  requires  no  words  of  introduction  from 
me.  I  can  only  express  my  hope  that  scholars  in  gênerai  may 


TRISTAN    MENESTREL  5OI 

share  our  opinion   as  to  thc   importance  and  intcrcst  of  this 
hitherto  unexamined  text. 

Jessic  L.  Weston. 

II 

J'appelle  A  le  manuscrit  fr.  12576,  B  le  manuscrit  Nouv. 
acquis,  françaises  6614  de  la  Bibliothèque  nationale.  Je  repro- 
duis la  graphie  lïA.  Ces  deux  manuscrits  sont  d'ailleurs  très 
voisins  l'un  de  l'autre.  Pour  qu'on  puisse  constater  à  quel  point 
ils  se  ressemblent,  je  communique  en  note  jusqu'au  v.  200  toutes 
les  variantes,  même  graphiques,  de  B.  A  partir  de  ce  vers  je  ne 
relève  plus  que  les  leçons  différentes.  Je  donne  en  marge  la  cor- 
respondance avec  les  deux  mss.  ÇA  et  B)  indiquant  les  colonnes, 
qui  sont  au  nombre  de  six  au  feuillet,  par  a  b  c  d  cf.  Les  deux 
manuscrits  ont  quelques  fautes  communes  (vv.  300,  971,  par 
ex.).  A  n'est  pas  copié  sur  B  :  il  suffira  d'un  coup  d'œil  jeté  sur 
les  notes  pour  s'en  convaincre.  Je  ne  crois  pas  non  plus  que  B 
soit  copié  sur  A  :  il  donne  quelquefois  des  leçons  meilleures,  au 
V.  1448  par  exemple;  voyez  aussi  aux  vers  650  ss.  plusieurs 
noms  propres  estropiés  par  A,  donnés  correctement  par  B.  —  Le 
scribe  d'^  écrit  en  toutes  lettres  par  aux  vv.  663,  1106,  etc., 
et  aux  vv.  98,  881,  etc.,  }ioiis  aux  vv.  593,  594,  909,  etc.,  vous 
auxvv.  597,  1131,  etc.,  A7  au  v.  1185  :  j'écrirai  ainsi  ces  mots 
là  où  le  copiste  les  représente  par  des  abréviations.  Il  écrit 
indifféremment  dans  un  même  vers  (v.  740)  chevax  et  biaus  : 
j'interprète  partout  cet  .v  par  us. 

Joseph  BÉDIER. 


{A  i.  iS-f  e\  B  f.  132/.)  Si  se  sont  des  tables  levé  ; 

Del  vassal  parlèrent  assez 

Au  mengier  est  assis  li  rois  Par  cui  Mordrès  estoit  lassez, 

Artus,  li  prous  et  li  cortois,  Si  dient  par  adevinaus 

Et  tuit  li  baron  ensement  Que  che  avoit  fait  Percevaus. 

Au  mengier  sisent  lieement.  4    Ensi  parlant  le  jor  passèrent, 

Bien  sont  servi  ;  quant  ont  digne,  Le  chevalier  molt  aloserent. 


I  B  Atant  est  assis  al  mengier  —  2  5  Li  rois  et  tout  li  cheualier  —  Prous 
est  toujours  ccrit  en  abrège,  mais  cf.  it.  409-10,  445-6.  -  3-4  maugnent  en  B. 


502  J. 

Atant  a  on  vespres  sonees, 

Qui  hautement  furent  chantées. 

L'arclievesques  de  Cyriant, 

Par  le  proiere  et  le  cornant 

L'archevesque  de  Carlion, 

Par  debonaire  cntention 

Bel  et  hautement  les  chanta  ; 

Et  ensanble  od  lui  en  râla 

L'archevesques  de  Duveline, 

Qui  fu  venus  en  cel  termine 

Parler  al  riche  roi  Artu 

De  par  un  roi  qui  molt  prous  fu, 

C'ert  Guillaumes,  qui  estoit  rois 

D'une  partie  des  Trois. 

Tout  le  cuer  par  devers  a  destre 

Garda  li  vesques  de  Wincestre,    (. 

Qui  apris  ert  de  bone  escole, 

Et  li  evesques  de  Nicole 

Devers  senestre  le  gardoit, 

Qui  molt  bons  clers  et  biaus  estoit. 

Cil  doi  chantoient  molt  très  bien, 

Nés  pooit  on  reprendre  rien  ; 

Bons  chans  avoient  et  haus  sons. 

Mis  fu  a  chanter  le  respons 

Li  archevesques  d'Evruich       (B  i 

Avec  celui  de  Beruich. 

Quant  les  vespres  furent  fînees, 
Les  gens  en  sont  totes  alees  ; 
La  nuit  revinrent  a  matines. 
.V.  rois  i  ot  et  .vj.  roïnes, 
Et,  quant  ce  vint  a  la  grant  messe 
N'i  ot  duchoise  ne  contesse 
Ne  roïne  qui  dont  n'i  fust. 
Se  grant  offrande  n'i  eùst, 


BEDIER 

Ce  fust  une  merveille  a  dire. 

Molt  i  ot  grant  presse  et  grant  tire  48 

A  siuir  la  porcession. 
16    L'archevesques  de  Carlion 

Ne  se  valt  revestir  le  jor, 

Ainz  fist  revestir  par  honor  52 

L'archevesque  dii  Cyriant, 
20    Qui  le  service  ot  fait  avant. 

Les  vespres  ot  le  soir  chantées. 

Et  les  matines  honorées,  56 

Et  pus  le  grant  messe  chanta, 
24    Qui  assez  longuement  dura  ; 

Et,  quant  ele  fu  parfînee, 

En  la  grande  sale  pavée  60 

27    S'en  alerent  tout  por  mengier. 
4/)    Keus  l'eut  si  fait  appareillier 

Que  maintenant  l'iaue  donerent. 

Tôt  erranment  li  roi  lavèrent,  64 

Car  .V.  estoient,  coroné. 
32    Grant  pièce  a  li  mengiers  duré. 

Qui  molt  fu  biaus  et  honorables  ; 

Après  mengier  ostent  les  tables.      68 

Einsi  conme  li  rois  lavoit, 
36    Uns  escuiers  a  grant  esploit     (A  166) 
33)    Entre  laiens,  si  salua 

Le  roi,  que  on  tost  li  mostra,  72 

Molt  sajement,  a  jenoillons  ; 

Après  comence  ses  raisons  : 
40 

«  Sire  »,  ce  dist  li  escuiers, 

«  A  vous  m'envoie  uns  chevaliers  [76 

,         Qui  aventure  vient  ci  querre.       {B  h) 

44    En  ceste  vostre  cointe  terre 

D'outre  mer  est  venus  de  loing, 

Et  ce  n'est  por  autre  besoig  80 


15  AB  Li  archeuesques  doriant  (cf.  z'.  /_?)  —  20  A  rai  (sic)  —  2:  B  Lar- 
ceuesques  de  deueline  —  23  5  au  —  35  5  cans  —  36  5  canter  li  —  37  5 
arceuesques  de  ruie  —  38  5  beruie  —  B  toutes  — ■  42  B  Li  .V.  roi  et  li  .VL 
roines  —  44  5  ducoise  —  49  le  p.  —  52  /J  por  h.  —  53  ^  Larceuesque  de 
ceriant  —  55  >4  ot  la  nuit  —  62  5  Kez  —  67  5  biax  fu  et  honerables  — 
6g  B  Ensi  —  71  B  sd  (\  est  exponcliic) — ■  77  B  auentures  v.  ce  q.  — 
80  B  besoins. 


TRISTAN    MENESTREL 


Fors  por  faire  chevalerie 
A  ciaus  de  la  vostre  maisnie, 
Si  vous  prie  sanz  atargier 
Lui  trametez  un  chevalier 
A  cui  il  ensaier  se  puist  : 
Autre  chose  ore  ne  li  nuist. 
Soz  ce  chastel  en  ini  ces  prez 
Sor  son  cheval  latent  armez  ; 
Ses  armes  sont  toutes  dorées 
Qu'en  cest  païs  a  aportees, 
Et  ses  chevaus  est  uns  fauviaus 


l'ist  plus  de  .c.  tronchons  voler. 
Li  chevaliers  seiirement 
Feri  lui  si  très  durement, 

84    Con  cil  qui  bien  le  sot  requerrc, 
Que  son  escu  au  brac  li  serre, 
Et  le  bras  al  cors  ensemcnt. 
Tout  voiant  le  roi  et  sa  gent 

88    L'a  a  la  terre  porté  jus, 

Trestot  voiant  contes  et  dus, 
Voiant  rois  et  voiant  roïnes 


116 
(Bc) 


124 


Et  voiant  dames  et  meschines, 
Qui  assez  est  mieldres  que  biaus.  »  92    Qui  n'en  orent  onques  leeche  ; 

Et  li  chevaliers  tost  s'adreche 


Li  rois  sozrist  de  la  novele, 
Gifflet,  le  fil  Do,  en  apele, 
Comanda  lui  que  tost  s'armast, 
Au  chevalier  joster  alast  ; 
E  Gifflès,  qui  molt  en  fu  liez. 
S'est  vestus  et  appareilliez. 
Il  n'i  a  gaires  atendu, 


Au  cheval  et  si  l'aresta. 

Et  un  sien  vallet  le  bailla, 

Dont  .V.  molt  biaus  et  bien  montez 


96 


Ot  od  lui  iluec  amenez. 
Par  l'un  d'aus  a,  ce  m'est  a  vis. 
As  dames  le  cheval  tramis, 
Et  Gifflès  s'en  rêvait  a  pié, 


Monte  el  cheval,  quant  armez  fu,   100    Qui  molt  en  a  le  cuer  irié  ; 


132 


156 


Vint  ens  el  pré,  qui  près  estoit, 
Ou  li  chevaliers  l'atendoit. 
Et,  quant  entre veù  se  sont. 
Autres  manaces  ne  se  font, 
Mais  les  escus  pains  a  vernis 
Traient  errant  devant  lor  pis, 
Si  baissierent  les  grosses  lances. 
Qui  planées  erent  et  blanches  ; 
Des  espérons  les  chevaus  brochent, 
Qui  par  bien  aler  tant  s'esforcent. 


Mais  si  vallet  qui  se  hasterent 
Son  palefroi  tost  amenèrent. 
El  pré  encontre  lui  l'amainent, 

104    Et  du  remonter  molt  se  painent,   140 
Si  l'en  mainent  en  la  cité, 
Molt  honteus  et  desconforté. 
Ainçois  qu'il  se  fust  desarmez, 

108    Est  Lancelos  du  Lac  montez  144 

Trestoz  armez  sor  son  cheval, 
Por  lui  vengier  de  cel  vassal, 


Gifflès  fiert  si  le  chevalier 
Que  son  escu  li  fait  pcrchier  ; 
Mais  le  hauberc  si  fort  senti 
Que  onques  maille  n'en  ronpi 
De  le  fort  lance,  au  paraler, 


1 1 1    Car  del  roi  le  congié  en  ot. 
(Ab)    El  pré  en  vait  plus  tost  qu'il  pot,   148 
Ou  le  chevalier  a  trové. 
Qui  par  sanblaut  l'a  poi  douté  ; 
Car,  si  tost  con  le  voit  venir. 


82  fi  A  iciaus  de  v.  —  87  5  près  —  106  A  Tr.  auant  d.,  B  les  p.  — 
107  B  Se  —  109  B  brocent—  112  B  percier  —  114  ZJ  mailles  —  116  5  .XX. 
tronçons  —  127  B  leece  —  128  B  sadrece  —  152  ^  Od  od  lui  (sic)  —  1335 
Par  un  —  141  B  mainene  en  (sic)  —  145  B  ancois  —  145  B  armes  —  147  S 
du. 


504  J.    BEDIER 

Vers  lui  s'adreche  par  aïr  ;  152  Qui  Lancclot  a  abatu  ?  « 

Et  Lancelos  vers  lui  s'adreche,  Dolant  en  sont  et  irascu, 

Qui  plains  estoit  de  grant  proece.  (Ac)  Et  li  chevaliers  sanz  targier 

Tost  et  radement  s'entrevinrent  :  Par  les  resnes  prent  le  destrier 

Des  grosses  lances  que  il  tinrent     156  As  dames  la  sus  le  renvoie, 

Par  mi  les  escus  s'entrefierent,     (Bd)  Qui  n'en  ont  ne  solas  ne  joie  ; 

Que  molt  legierement  perchierent  :  Et  des  escuifrs  Lancelot 
Mais  les  haubers  si  bons  troverent 
Que  onques  maille  n'en  fauserent.  160 
Les  grosses  lances  pechoierent, 
Et  si  durement  esclichierent 


Cort  chascuns,  al  plus  tost  qu'il  pot, 

[192 
Por  enseler  son  palefroi, 
Et  li  amainnent  en  secroi, 


Qu'ausi  conme  une  escorce  esmient.    Et  il  monte  et  vint  a  le  vile. 


Au  paraler  ne  se  detrient, 
Si  s'entrehurtent  par  estbrs 
Et  des  visages  et  des  cors 
Que  li  oeil  lor  estincelerent 
Et  dent  et  nez  lor  escreverent. 
Onques  mesire  Lancelot 
Tel  ceingle  ne  tel  poitral  n"ot. 
Tel  sele  ne  tele  estriviere, 
Ne  si  fort  archon  par  derrière 
Qui  ne  froissast  toz  et  ronpist. 
Du  bon  cheval  sor  coi  il  sist 
Est  Lancelos  a  terre  jus 
Issi  très  durement  cheùs 
Que  por  un  poi  qu'il  ne  creva  : 
En  grant  pièce  ne  se  leva. 


164    La  joste  virent  tel  troi  mile  (Ail) 
N'i  ot  celui  qui  n'en  pesast 
Et  molt  ne  s'en  esmerveillast. 


196 


Quant  li  Breton  ont  che  veû, 
Molt  par  en  sont  tout  esperdu  ; 
En  lor  cuers  molt  se  correchierent, 
Et  molt  par  s'en  esmerveillerent, 


Armez  se  fu  et  bel  et  bien 
Yvains,  fius  le  roi  Urien. 
Es  prés  s'en  vint  sanz  atargier 
Por  Lancelot  del  Lac  vengier  : 
Mius  velt  morir  que  il  n'a'nat 
L'orgueil  celui  en  es  le  plat. 
El  pré  en  vint,  et  celui  trove 
Qui  cointement  encor  se  prove. 
Car,  tôt  ausi  très  freschement 
Corne  il  fist  hui  premièrement, 
S'adrece  a  lui,  quant  il  le  voit. 
Mesire  Yvains,  qui  tels  estoit 
Que  il  n'i  avoit  riens  a  dire, 
180    Li  recort  sore  par  grant  ire. 
Tost  s'entrevienent  li  vassal, 
Que  tost  coroient  li  cheval. 


168 


172 


176 


200 


104 


208 


Et  dient  :  «  Dois  Dieus  !  qui  puet  estre    Par  tel  aïr  s'entreferirent 

Cil  chevaliers  qui  si  est  mestre,     184    Que  des  escus  les  ais  fendirent. 


216 


152,  153  B  sadrece —  161  5  arcoierent  —  162  5  pecoierent  —  168  ^  denz 

—  1705  Tes  règnes  —  171-2  Ces  deux  vers  sont  intervertis  eu  A  —  171 
B  Tes  cengles  ne  tes  estriuieres  —  172  J5  arcon  par  derrières  —  174  5  Del 

—  177  5  que  ne  —  179  5  ce  —  180  .4  Molt  en  s.  dolant  et  confu  ;  pour 
tout,  cf.v.  265,  385  —  181  B  correcierent  —  182  A  esmerueillent  —  183 
B  d.  tôt  dex  —  188  5regnes  —  197  ^  Ni  a,  B  celui  c.  cui  nen  pensast  — 
200  5  al  r  —  201  A  partir  d'ici,  nous  cessons  de  relever  les  variantes  graphiques 
de  B  —  211    B  auoit  que  redire. 


TRISTAN    MÉNESTREL 


505 


Car  chascuns  son  pooir  i  mist. 

Mesire  Yvains  en  pièces  mist 

Sa  lance  qui  \'u  roide  et  fors, 

Kt  cil  fiert  lui  par  tel  csfors  220 

Que  par  mi  son  escu  doré 

Li  a  le  blanc  hauberc  falsé, 

Qui  molt  ert  boins  et  biaus  cstoit. 

De  soz  la  boutine  tôt  droit  224 

L'a  ens  el  ventre  un  poi  navré. 

A  cel  cop  i'eùst  mort  jette, 

Que  mais  sa  bouche  ne  parlast, 

Se  sa  lance  ne  pechoiast  ;  228 

Mais  si  l'enpaint  qu'envers  tôt  plat 

Ganbes  levées  jus  l'abat. 

Outre  s'en  passe  et  prent  son  tor, 

Le  cheval  prent  par  grant  vigor,    232 

Tantost  as  dames  le  renvoie  : 

Et  sachiez  qu'as  Bretons  anoie. 

Et  mesire  Yvains  s'est  dreciez 

Toz  honteus,  et  si  est  blechiez,      236 

Et  si  vallet  li  ramenèrent  (Bf) 

Son  palefroi,  sel  remontèrent,      (Ae) 

Si  l'en  mainent  a  son  hostel, 

Molt  irié,  mais  n'en  puet  faire  el.  240 

Quant  cheûs  fu  mesire  Yvains, 
Dont  s'arma  mesire  Gauvains 
Molt  tost,  et,  quant  il  fu  armez, 
Sor  le  gringalet  est  montez,  244 

Si  vint  es  prez  molt  aatis 
Et  desirrans,  je  vous  plevis, 
De  ses  conpaignons  a  vengier. 
Quant  veù  a  le  chevalier  248 

Et  il  lui,  si  s'appareillierent 
De  joster,  et  avant  sacliierenl 
Par  les  enarmes  les  escus  ; 
Et  les  lances  as  fers  agus  252 

Ont  baissies,  si  esperonnent. 
Grans  cops  et  crueus  s'entredonent 


Par  mi  les  escus  reluisans 

Dusqu'es  haubers  fors  et  tenans.    256 

Les  lances  froissent  dusqu'es  poinz  : 

Ce  lor  fu  mestiers  et  besoinz. 

Lors  s'entrehurtent  durement 

De  cors  et  de  vis  ensement,  260 

Et  des  bons  destriers  autresi. 

Qui  fort  estoient  et  hardi. 

Si  ingahncnt  s'cntrehurtercnt 

Que  tôt  quatre  a  terre  versèrent  ;  264 

Tout  estordi  en  mi  l'erboi 

L-ne  grant  pieche  jurent  coi. 

Puis  resont  sus  en  piez  sali. 

Et  furent  trait  li  brant  forbi,  268 

Si  s'entrevienent  essaier. 

Les  espees  bel  manoier 

Savoient  molt,  dont  il  se  donent 

Si  grans  cops  que  trestot  s'estonent.272 

Des  elmes  reluisans  et  clers 

Ont  detrenchiez  les  chapclers 

Et  les  escus  detrenchiez  toz  275 

Et  par  deseure  et  par  desous.  {B  134) 

Molt  s'entrehurtent  et  enpaignent, 

D'aus  enpirier  pas  ne  se  faignent. 

Sovent  se  vont  saisir  as  bras  ;         279 

Mais  li  chevaliers  ert  plus  las        (4/) 

Qui  tant  avoit  devant  jostè, 

Son  cors  traveillié  et  pené 

Plus  que  n'ot  mesire  Gauvains  ; 

Et  de  che  sui  je  toz  certains  284 

Qu'il  ausi  molt  menres  estoit. 

Et  quant  mesire  Gauvains  voit 

Que  cil  ert  molt  menres  de  lui 

Et  se  ne  li  pot  tolir  hui  288 

Un  tôt  sol  pas  de  son  estage, 

Por  un  poi  que  d'ire  n'esrage. 

Et  de  che  li  a  molt  pesé 

Que  il  avoit  hui  tant  josté  292 


2\S  A  Mesires  —  222  5  a  son  —  244  B  grigalet  —  253  5  Ont  brisies  — 
257  ^  es  p.  —  268  B  Lors  f.  —  280  A  ch.  plus  las  fu  —  282  B  Et  tant  son 
cors  darmes  pêne  —  284  B  sui  fis  et  c. 


506  J.    BEDIER 

Et  encor  li  sanble  ausi  fiers 
Et  ausi  frès  conme  a  premiers 
Vers  le  palais  a  regardé, 
Dames  i  voit  a  grant  plenté  : 
Tel  honte  en  a  toz  eu  tressue  ; 
Lors  li  cort  seurc  et  s'esvertue  ; 
A  che  que  il  le  sem  lassé, 
L'a  molt  molt  laidi  et  reûsé, 
Molt  l'a  pressé,  molt  le  demaine. 
Ja  le  mesist  en  grosse  alaine, 
Quant  uns  menestreus  vint  al  roi. 
Qui  li  a  dit  tôt  sanz  desroi, 
Et  oiant  les  barons  a  dit  : 
«  Sire,  se  Damedeus  m'ait, 
Je  connois  bien  cel  chevalier  : 
Hui  mais  ne  le  poi  enterchier. 
fristrans  est  apelez,  sans  faille  : 
Niez  est  roi  Marc  de  Cornuaille. 
C'est  cil  qui  le  serpent  ocist 


En  estrange  terre  aventures 
Si  très  pesmes  et  si  très  dures 
Que  chevalier  de  vostre  cort, 

296    Dont  li  renons  si  très  loins  cort, 
Eùst  abatu  au  joster. 
Je  le  connois  bien,  sanz  douter  : 
Fait  fu  ce  que  vous  ai  conté 

300    A  Lancien,  le  grant  chité. 

Devant  Yseut,  la  prous,  la  bêle, 
E  devant  Brengien  la  pucele. 

304        Quant  li  rois  Artus  che  oï, 
Molt  durement  s'en  esjoï  : 
«  Oez,  seignor,  »  dist  il,  «  oez  : 
C'est  Tristrans,  qui  tant  est  loez, 

308    Que  veoir  poez  la  aval 

Conbatre  a  loi  d'ome  vassal. 
Bien  le  m'a  chi  Deus  amené  ; 
Certes  molt  m'a  hui  honoré  ! 


Et  Morhot  qui  tant  de  mal  fist,     312    La  bataille  vois  départir, 


32t 


332 


536 


340 


344 


Pai  coi  conquist  la  bêle  Yseut, 
Por  cui  amour  sovent  se  deut  ; 
Au  roi  son  oncle  l'amena. 
Mais  par  pechié  pus  l'aama 
Par  un  chier  boire  que  il  but  ; 
Et,  quant  li  rois  ot  aperchut 
L'amour  d'aus  .11.,  celui  chacha, 


Ne  le  porroie  plus  soflfrir.  » 
Lors  vait  au  chanp,  sanz  plus  targier» 
Od  lui  en  vont  maint  chevalier,      348 
316    Ses  a  a  force  départis, 
(Bh)    Puis  a  Tristran  son  non  requis  ; 
Et  il  en  a  le  voir  jehi, 
Et  li  rois  l'a. molt  conjoï;  352 


De  sa  terre  le  congea.  320    Et,  quant  mesire  Gauvains  sot 
Par  ses  armes  le  reconnois  :  Que  c'est  Tristrans,  grant  joie  en  ot. 

Quant  vit  que  ses  oncles  li  rois  (A  16/)    A  son  hostel  l'en  a  mené, 
Li  ot  sa  terre  deveee,  Ilueques  se  sont  desarmé.  356 

Ot  il  ceste  oevre  devisee  324    .II.  bliaus,  l'un  d'un  halepin,         (5f) 
Qu'il  porteroit  armes  dorées  Et  l'autre  d'un  chier  baudequin, 

Dusqu'a  tant  qu'il  aroit  trovees  Doi  chanberlenc  lor  aporterent. 


294  5  al  p.  —  297  A  entresue  —  298  A  Et  lors  li  c.  et  —  300  A  Lai  ;  les 
deux  niss.  ont  refuse  (c/.' 1-^.965,  969)  —  301  On  peut  aussi  lire  l'apresse  — 
310  B  cornoaille —  312  5  de  manque  —  318  5  Quant  ses  oncles  ce  aparcut, 
aperchut  comme  participe  passé  appartient  bien  à  Vaiiteur,  comme  Je  montrent  les 
vv.  '/S4  ^i  ^43(>-  —  320  5  terre  et  le  —  328  B  Si  oribles  —  330  B  très  lonc 
—  3  34  5  lanciien  —  343  B  ma  dex  ci  a.  —  347-8  B  sans  targier  plus  Od 
rois  od  contes  et  od  dus  —  357  J  de  h.  —  358  AB  lautres. 


TRISTAN    MENESTREL 


507 


Dont  il  gcntilmcnt  se  parèrent,      560  Molt  lu,  ce  sachiez  vous,  Tristrans 

Puis  chaignent  çaintures  de  soie,  De  toz  déduis  entremetans  {Bd) 

A  menbres  d  orlVoi  qui  rougoie.  Et  de  toz  jeus  endoctrinez, 

Freniaus  présentent  a  chascun  :     365  D'esches,  de  tables  et  de  dez  ; 

Mesire  Gauvains  en  prist  un,        (Ab)  Il  sot  de  rivière  et  de  bois 

Si  l'a  tantost  a  son  col  mis  ;  Plus  que  vilains  ne  que  cortois 

Mais  Tristrans  n'a  pas  le  sien  pris  :  Et,  quant  entrejetter  voloit, 

«  Fcrmail,  »  ce  dist,  «  ne  meteroit,  Trestoz  les  autres  en  passoit  ; 

Ne  en  son  doit  anel  n'aroit  568  Et,  quant  ce  vient  a  l'escremir, 

Dusqu'al  ternie  qu'il  avoit  mis  Nus  ne  se  puet  a  lui  tenir, 

venoit  au  luitier. 


A  tele  a  en  alcun  pais.  » 

Son  col,  qui  durement  blanchoie, 

A  fait  fermer  d'un  las  de  soie. 

Puis  lor  aportent  dous  mantiaus 

Forez  d'ermine,  bons  et  biaus, 

D'autel  drap  com  li  bliaut  furent. 

Atant  li  escuier  corurent 

Por  les  palefrois  amener. 

Et  li  chevalier  vont  monter. 

Tenant  s'entrevont  par  les  mains 

Tristrans  et  mesire  Gauvains  ; 

Ensi  sont  a  la  cort  venu, 

Ou  molt  bel  turent  recheù. 

De  Tristran  fist  li  rois  grant  joie  : 

De  remanoir  forment  li  proie. 

Molt  ont  Tristran  tout  conjoï, 
Meïsmes  cil  qu'il  abati  ; 
Mais  teus  puceles  ot  laiens 
Et  tels  dames,  si  com  je  pens, 
Qui  aniaissent  autant  ou  plus 
Qu'il  fust  par  la  goule  pendus 
Qu'il  se  fust  hui  enbatus  la, 
Por  lor  amis,  qu'il  trébucha 
Voiant  eles,  si  laidement, 
Et  voiant  tant  de  bone  gent. 


397 


400 


404 
(.40 
408 

412 

416 


Et,  quant  ce 

N'avoit  en  la  cort  chevalier 
572    Que  a  la  terre  n'abatist. 

Et  tout  coi  soz  lui  ne  tenist. 

Ensaiez  en  fu  des  plus  prous, 

Et  il  les  abatoit  trestous. 
376    Quant  mesire  Gauvains  ce  voit 

Que  il  ensi  les  maistrioit. 

Une  fois  si  volt  ensaier 

A  lui  sa  force  por  luitier. 
580    En  son  hostel  priveëment 

En  une  chanbre  lonc  de  gent 

S'en  entrèrent,  et  por  luitier 

Molt  les  veïssiez  esforchier 
384    Et  estraindre  et  muer  colors. 

Molt  lor  veïssiez  faire  tors,  420 

Car  andoi  erent  fort  et  roit  ; 

Mais  Tristrans  mius  luitier  savoit  : 

A  une  fois  si  le  sosprist 
388    A  un  tor  del  jenoul  qu'il  fist  424 

Que  desoz  lui  l'abati  jus. 

Sor  le  ventre  li  est  cheûs, 

Si  que  por  poi  ne  le  creva  ; 
392    Mais  vistement  se  releva.  428 

Par  grant  amour  a  fait  un  ris, 

Sor  son  fremail  en  mi  son  pis 


362  B  dor  fin  —  372.-/ f.  un  —  374  B  gens  et—  391  J  Ne  quil  se  f.  enb. 

—  395  A  Deuant  eles  ((/.  v.  124-6)—  399  A  set  —  403  .-i  vint  —  408  A  sor 

—  413  5  Se  valt  une  fois  asaier  —  417  511  se  leuerent  por  —  4 19-20  5  et  faire 
fors  tors  Et  suer  et  muer  colors  —  422  B  plus  luite  —  425  A  de  desoz  lui 
labat  —  427  A   greua  —  428  B  Mais  tost  amont. 


5o8 


J.    BEDIER 


Li  rois  pas  ne  li  escondist, 
Ainz  li  otroie  ;  nequcdent 
Li  a  priic  molt  dolccmont 
Que  il  dcmorast  a  sa  cort  ; 
Mais  amors,  qui  si  le  tient  cort, 


Li  a  apoïc  sa  main, 

Puis  li  a  dit  :  «  Sire  Gauvain,        452 

De  mon  luitier  que  vous  est  vis  ? 

Ore  en  avez  auques  apris. 

Abatu  m'avez  orendroit,  435 

Mais  tout  che  est  sor  vostre  droit,  «(fie)    Li  fait  si  son  cuer  esmovoir 

Gauvains  se  licve,  si  sozrist,  Que  por  mil  mars  de  fin  avoir 

Par  grant  amour  a  Tristran  dist  :  Ne  laira  que  ne  voie  Yseut 

('  Sor  mon  ventre  abatu  vous  ai  ;  Por  cui  amour  sovcnt  se  deut, 

Ja  mais  ne  m'i  assaierai.  440   Ne  por  quant  molt  li  abelist. 

Por  poi  que  crevé  ne  m'avez  :  Les  chevaliers  que  il  eslist 


468 


472 


47  i 
(5/) 


Trop  plus  de  moi  luitier  savez.  » 

Atant  se  sont  d'iluec  torné, 
Assez  en  ont  ri  et  gabé. 
Molt  fu  Tristrans  amés  de  tous. 
Et  mesire  Gauvains  li  prous, 
En  qui  ot  tant  proece  et  sens, 
Tôt  partot  as  tornoiemens 
Le  menoit  por  aventurer, 
Que  sanz  lui  ne  volt  plus  errer  ; 


Vos  nomerai  assez  briement  : 
Gauvain  eslit  premièrement,  480 
Keu  le  senaschal  et  Yvain 
444    Et  Sagremor  et  Agravain  ; 
Avec  fu  Lancelos  du  Lac, 
Cligès  et  Erech,  li  fins  Lac, 
Carados  et  Bliobleris, 
(Ad)    Gorvains  Cadrus  et  Meraugis. 
449    La  nuit,  quant  vint  après  souper. 
Chevalier  et  baron  et  per 


484 


Et  Tristrans,  qui  tant  prous  estoit,  S'en  vont  a  lor  hosteus  jesir. 

Toz  les  autres  d'armes  passoit  :      452  Tristrans,  qui  fu  en  grant  désir 

Nus  ne  s'i  prent,  ce  est  del  mains.  Que  il  veïst  Iseut  s'amie. 

Fors  sanz  plus  mesire  Gauvains,  Quant  vit  le  jor,  ne  targa  mie. 


Tant  que  d'Iseut  li  a  menbré. 
De  li  veoir  a  volenté. 
Et  pense  qu'il  engien  querra 
Qu'en  peu  de  terme  le  verra  ; 
Puis  a  par  molt  grant  amistié 
A  mon  seignor  Gauvain  proie 
Qu'il  priast  son  oncle  le  roi 
Qu'il  le  laissast  aler  od  soi 
Et  dusqu'a  doze  chevaliers. 
Mesire  Gauvains  volentiers 
Li  otroia  molt  bonement 
Et  vint  al  roi  isnelement  : 
La  requeste  Tristran  li  dist. 


Il  fait  ses  compaignons  lever 
456    Et  lor  affaire  bestorner  : 

Chascuns  ot  roube  mal  taillie 
Que  Tristrans  ot  appareillie 
De  vair  et  de  vert  et  de  pers, 
460    Et  Tristrans,  qui  molt  fu  apers, 
Ot  roube  d'escarlate  nueve  ; 
De  dous  pars  li  sorcos  li  cuevre 
Plus  de  plainne  palme  les  bras  ; 
464    N'ot  mie  escharseté  de  dras 
As  roubes  faire  que  il  ont. 
Chascons  ot  un  chapel  roont, 
Lé  et  mal  fait,  ce  est  la  voire  ; 


(Ae) 
492 

496 

500 

504 


439  Léi  deux  mss.  ont  Soz  —  442  B  luite  —  442  B  sen  —  447  B  cui  — 
450  B  velt  pas  —  486  B  Gauains  —  487  A  a  souper  —  498  B  Et  manque, 
molt  estoit  —  505  B  f.  et  coiffe  noire. 


TRISTAN    MÉNESTREL 


509 


e^8 


Ridces  hucscs,  coirte  noire 

Orent,  qui  bien  font  le  qaiilier, 

Kt  s'orent  tait  apareillicr 

Lor  palefrois  en  tel  manière 

Que  sele  et  frain  et  estriviere 

Sont  tôt  viez,  nis  li  esperon, 

Et  si  ot  chascuns  chaperon 

Grant,  qu'il  li  va  tôt  au  travers. 

Chascuns  ot  estrument  divers, 

Cor,  ou  fretel,  ou  calcmel, 

Et  li  autres  pipe  a  forrel,         {B  135)    Cotes  a  armer  et  banieres 


Par  amor  et  par  force  i  vinrent 
Por  un  tornoi  qu'il  avoit  pris 
50"    Encontre  un  roi  de  molt  grant  pris,  544 
Qui  moh  fu  orgueilleus  et  fiers  : 
C'est  li  rois  des  .c.  Chevaliers. 

512    A  Lancien  ot  molt  grant  gent 

Qui  molt  s'acesment  cointement,  548 
Et  font  lor  escus  enarmer, 

5 1 5    Haubers  et  cauces  atorner. 


L'uns  harpe,  l'autres  chifonie, 
Flagol,  saltere  ou  almonie, 
L'uns  tabor,  flehute  sanz  faille. 
L'autre  estive  de  Cornuaille, 
Et  Tristrans  porte  une  viele, 
Que  nus  mieus  de  lui  ne  viele. 
Tout  si  faitement  atorné 
En  sont  droit  vers  le  cort  aie. 
Al  roi  en  vont  le  congié  prendre 
Et  as  barons,  sanz  plus  atendre. 
Li  chevalier  qui  sont  entour 
Rient,  quant  voient  lor  atour. 
Li  rois  monte,  si  les  convoie. 
Tristrans,  qui  bien  savoit  la  voie, 
Fist  le  rc'  Artu  retorner, 
Car  n'ot  cure  de  sejorner, 
Ains  oirre  chascun  jor  a  tire 
La  ou  ses  cuers  tôt  adès  tire. 
Tant  vont  un  chemin  ancien 
Que  sont  venu  a  Lancien, 
Une  cité  molt  haute  et  fort. 
Li  rois  Mars  a  tôt  son  esfort 
En  ert  venus  a  la  roïne 


552 


560 


Avoient  de  maintes  manières. 

Par  la  vile  font  lor  atour. 

Li  rois  Mars  sist  devant  la  tour, 
520    Et  la  roïne  sist  a  destre.  555 

Li  tornois  dut  al  tierc  jor  estre,     (Bb) 

Si  regarda  molt  la  roïne 

L'affaire,  l'esire  et  le  covine 
524    Des  chevahers,  mais  pas  n'i  voit 

Ce  dont  ses  cuers  est  en  covoit  : 

C'est  de  Tristran,  le  sien  ami. 

Bien  a  passé  an  et  demi 
$28    Que  ne  le  vit,  molt  l'en  pesa  : 

Le  chief  baisse,  a  Tristran  pensa  ;  564 

En  cel  pensé  molt  se  conforte. 
5  5 1    Atant  Tristrans  entre  en  la  porte, 
(Af)    Et  si  conpaignon  doi  et  doi  ; 

Li  uns  tint  l'autre  par  le  doi  ;         568 

Ensi  s'en  vont  par  mi  la  vile. 

Tristrans,  qui  molt  savoit  de  gille, 
536    Car  Amors  li  ensaigne  bien, 

Chevalche  par  mi  Lancien,  572 

Sa  viele  a  son  col  pendue. 


Sa  coiffe  ert  en  .11.  lius  ronpue,  (A  1 68) 
Yseut,  qui  tant  est  prous  et  fine.   540    Si  que  li  chavel  defors  perent, 
Tôt  li  baron  qui  del  roi  tinrent  Et  li  pendant  de  sa  coiffe  erent      576 


506  A  coiffes,  B  Hueses  r.  c'est  la  uoire  —  507,  chasseurs  de  cailles  ?  Cf. 
Godefroy,  caillikr.  —  513  /i  qui  lor  va  —  518  5  Harpe  s.  —  519  B  t.  et 
flagol  s.  —  520  5  cornoaille  —  536  ^  Qui  —  539  ^  est  —  542  B  i  manque 
—  547  En  A  le  rnbricateur  a  dessiné  par  erreur  une  L  au  lieu  d'un  A  au  coiii- 
mencemenl  du  vers,  B  lanciien  —  554  .-/  sa  t.  —  558  B  tX  tnanqtie. 


5  10  J-    BEDIER 

L'uns  devant  et  l'autrcs  derrière  :  «  Seignor,  »  dist  li  rois,  «  ma  maison 

L'un  oeil  ot  clos  en  tel  manière.  Gaiterez,  que  je  vous  detien.  » 

Par  mi  la  vile  maine  esfroi,  Dinas  apele  et  dist  :  «  Cha  vien  ;  612 

Tant  que  il  vint  devant  le  roi.       580  Maine  moi  ces  gaites  amont.  » 

Li  rois  mande  gens  et  semont  : 

Tristrans,  qui  bien  savoit  son  roi  De  par  tout  il  i  sont  venu.  615 

De  parler,  vint  devant  le  roi.  Maint  bon  chevalier  esleu  (Ah) 

Au  perron  devant  lui  descent,  Ot  avec  lui  a  icel  jor, 

Et  si  compaignon  enscment  :  584  Qui  n'estoient  mie  a  sejor, 

«    Sire  rois,  »   fait  il,   «  Dieus  vous  Ains  font  atorner  les  harnois  ; 

[sait  1  »  Molt  désirent  que  li  tornois  620 

La  roïne  tote  tressait,  Assanblast  por  als  esprover. 

Q.uant  de  Tristran  oï  le  vois,  Li  rois  Mars  fist  Tristrau  trover 

Car  oï  l'avoit  maintes  fois,  s  88  Et  ses  conpaignons  tôt  lor  coust. 

Si  s'esmerveille  se  c'est  il  ;  Tout  droit  après  le  mi  aoust  624 

Mais  ele  dist  bien  que  nenil,  Pu  li  tornois  criez  et  pris  ; 

Que  Tristrans  a  .11.  oeus,  sanz  faille.  Mains  chevaliers  de  riche  pris 

Dist  Tristrans  :  «  Rois  de  Cornuaille,  I  vint  por  acroistre  son  los. 

Detien  nous  et  done  du  tien,         593  Entre  la  cité  et  le  bos  628 

'Car  nous  te  servirons  molt  bien.  »  Pu  la  plaigne  bêle  et  ingaus  ; 

Li  rois  respont  :  «  De  quel  mestier  ?  Dalez  la  forest  fu  li  gaus, 

(Bc)  Ou  il  ot  une  bêle  lande, 

—  Sire,»  dist  Tristrans, «  de  gaitier  596  N'ot  si  bêle  dusqu'en  Yrlande,       632 

Vous  et  vo  tour,  se  mestiers  est  ;  Tout  ensi  conme  il  m'est  a  viere. 

Appareillié  somes  et  prest  Par  mi  coroit  une  rivière. 

De  faire  che  que  nous  savons.  »  Qui  molt  estoit  clere  et  bruians. 

Lors  conmande  a  ses  conpaignons  600  Dalez  la  rivière  corans  636 

Qu'il  metent  hors  lor  cstrumens  ;  Pist  son  tref  tendre  toz  premiers 

Et  cil  font  ses  conmaudemens  :  Li  frans  rois  des  .c.  Chevaliers, 

Puis  qu'il  l'ot  dit,  molt  le  font  tenpre.  Qui  molt  estoit  de  grant  renon  : 

Chascuns  son  estrument  atenpre,  604  Por  che  avoit  ensi  a  non  640 

Sonent  et  acordent  si  bien  Que  sans  .c.  chevaliers  n'est  onques; 

Que  nus  n'i  set  a  dire  rien.  Mais  plus  en  ot  assez  adonques, 

Tant  est  dolce  la  mélodie,  Car  devers  la  soie  partie 

Car  n'i  a  chevalier  ne  die  608  Estoit  venus  par  aatie  644 

C'ainc  mais  n'oïrent  si  dois  son.  Claudas  qui  fu  de  la  Déserte, 


580  5  ajoute  après  ce  vers  Sen  vint  tantost  deuant  le  roi  —  582  2J  De  p. 
descent  enranment  —  583  B  manque  —  592  B  cornoaille  —  593  A  Retien; 
vhiis  cf.  V.  611  —  597  A  vous  t.  — 600  B  a  manque  —  601  B  Qui! 
sachent  —  613  5  camont  —  617  B  icest  —  625  A  tos  —  629  A  plaigne 
plaine  et. 


TRISTAN    MENESTREL 


511 


Qui  aine  ne  s'esmaia  por  perte  ; 
Taillars  et  Ciars  et  Godroés 

I  sont  logié  dalez  .1.  guez, 
Dorchin  li  prous  et  Gogulor, 
Guivrès  li  rous  et  Escanor 
Et  Branes  et  Tydoriaiis, 
Gladoreslis  et  Estorgaus 

Et  molt  d'autre  chevalerie. 
Tout  contreval  la  praerie 
Avoit  maint  riche  tref  tendu, 
Trestot  le  jor  ont  entendu 
A  faire  lor  haubers  froier. 
En  paine  sont  cil  escuier 
D'atorner  penonciaus  et  mances 
Et  banieres  et  conoissances, 
Et  cil  garçon  chevaus  conroient. 
Par  la  cité  très  bien  s'aroient 
Li  chevalier  por  tornoier, 
Et,  s'il  ne  vous  doit  anuier, 
Dire  vous  vueil  une  partie 
Des  barons  qui  par  aatie 
Sont  devers  le  roi  Marc  venu. 

II  i  vient  Ydrès,  li  fins  Nu, 
Claradus  et  li  rois  Bridas, 
Disnadarès  et  Moadas, 

Et  s'i  vint  Jacob  d'Estrigueil, 
Et  Jolies  de  Tintagueil, 
Bruns  sanz  pitié  et  Brunamort, 
Qui  maint  bon  chevalier  a  mort 
El  Gué  del  Gaut  par  son  oltrage 
Cil  rendoit  al  roi  maint  ostage  ; 


680 


684 


688 


Ht  s'i  vint  li  rois  Elygos, 

Meliadus  et  Gosengos, 
648    Dinas  et  li  quens  Beduiers. 

Chascuns  amena  chevaliers 

Tant  conme  il  pot  devers  le  roi. 

Chascuns  ot  armes  et  conroi, 
652    Covertures  et  frès  cscu, 

Con  cil  qui  avoient  vescu 

De  tel  mestier  molt  longuement. 

As  vespres  du  tornoiement 
656    S'en  issirent  li  bacheler, 

Que  ne  se  volrent  pas  celer, 
Ç4c)    La  veïst  on  tant  penonchel, 

Et  tant  escu  a  lionchel  ! 
660    Et  cil  defors  les  armes  prisent, 

Que  molt  hardiement  enprisent     692 

Le  tornoi  contre  chiaus  dedens. 

Au  comenchier  entre  .11.  rens 
664    Jostent  maint  chevalier  novel. 

Premiers  point  le  cheval  isnel         696 

Maudamadas  de  Galoee  : 

Entre  .11.  rens,  lance  levée, 
668    S'est  eslaissiez  por  lui  mostrer. 

De  l'autre  part  a  l'encontrer 

Est  venus  poignant  Gogulor. 

Grans  cops  sor  les  escus  a  or 
672  Se  donent  des  lances  planées 
(Be)    Si  qu'eles  sont  enastelees. 

Et  li  escu  fraignent  et  fendent. 
:  Sor  les  estriers  si  fort  s'estendent 

676    Que  les  coroies  en  ronpirent. 


699 
(Ad) 


704 


647  B  godroues  —  649  B  dorcin,  personnage  sans  doute  identique  au 
derquin  du  v.  Ç4ç.  AB  Goguloz(ç/".  vv.  701-2  et  992  où  les  deux  viss.  ont  gogu- 
lor) —  6<)0A  Esladoz,  B  escanor  (cf.  i^v.  864  et  947)  —  651  J  ydorians,  B 
tidorians  (cf.  v.  'j^c)elv.  935).L«  vers  est  trop  court  dans  les  deux  niss.Au  lieu  de 
Branes,  faut-il  lire  Brandoines  (cf.  v.  861)?  —  652  A  Canor  es  lis,  B  Glado- 
reslis. C'est  le  nom  d'un  seul  personnage,  comme  on  le  voit  par  les  vv.  867,  936. 
Mais,  partout  où  il  paraît,  son  nom  est  écrit  en  deux  ou  en  trois  mots.  — 
668  les  deux  mss.  ont  ydres;  la  forme  asse^  ordinaire  Idiersse  trouve  au  v.  ^^4. 

—  6705  mohades  —  671   A  iacop  dcstragueil  (cf.  v.  937).  —  673  A  Brus 

—  675  fi  Au  —  688  B  si  alrent  —  705  B  f.  atendent. 


512 


J.    BEDIER 


D'ire  et  d'orgueil  andoi  sozpirent;  708    En  mi  la  sale  va  seoir  ; 


Si  fort  se  sont  entrencontré 
Que  des  jenols  en  ont  porté 
Le  cuir,  et  des  bras  et  des  coûtes  : 


Dont  sont  comenchies  les  jostes 
En  .c.  lius  contreval  la  pree  ; 
Toute  jor  dusqu'a  la  vespree 
Eu  li  tornois  devant  la  porte  : 
Qui  gaaing  i  fait  si  l'en  porte  ; 
Maint  cheval  i  ot  affolé. 
Molt  furent  cil  dedens  foulé 
Et  sormené,  ce  m'est  a  viere. 
Que  ens  es  guez  de  le  rivière 
Les  mainent  ferant  laidement  ; 
Si  vous  di  bien  certainement 
Que,  se  tost  ne  venist  la  nuis, 


Ses  conpaignons  fait  arengier. 

Molt  ont  a  boivre  et  a  mengier,     748 

Car  li  rois  les  fait  bien  servir, 

712    Mais  bien  le  voira  deservir 

Tristrans,  se  il  puet,  al  tornoi  ; 

(/?/)    Mais  ce  li  torne  a  grant  anoi  752 

De  che  qu'Iseus  ne  l'aperchut. 

716    Durement  se  tint  a  déchut,      (Z^  136) 
Si  dist,  s'il  puet,  engien  querra 
Cornent  a  li  parler  porra.  756 

Sovent  le  regarde  d'un  oeil. 

720    En  sa  main  a  pris  un  fiagueil, 
Molt  dolcement  en  flajola, 
Et  par  dedens  le  flaguel  a  760 

Noté  le  lai  del  Chievrefuetl, 


Au  roi  March  fust  grans  li  anuis;  724  Et  puis  a  mis  jus  le  fiagueil. 

Mais  li  vcspres  les  départi.  Li  rois  et  li  baron  l'oïrent, 

De  .11.  pars  se  sont  aati  A  merveille  s*en  esjoïrent. 

Que  demain,  quant  messe  ert  chantée,  Yseus  l'ot,  molt  fu  esmarie  : 


764 


73 


Ara  chascuns  la  teste  armée 
Por  recomencier  le  tornoi. 
Au  roi  Marc  torne  a  grant  anoi 
De  che  qu'il  les  ont  mis  ariere 
Par  mi  les  gués  de  le  rivière. 
La  nuit  le  mostra  ses  barons  : 
«  Seignor,  »  dist  il,  «  demain  arons 
Le  tornoi  ;  pensons  de  bien  faire. 
Or  se  porront  li  prou  refaire  ; 
A  ces  vespres  nous  ont  laidis. 
Molt  josta  bien  li  Lais  Hardis, 
Gairres  li  rous,  et  Tydoriaus 


728 


«  Ha  !  »  fait  ele,  «  sainte  Marie, 
Je  quit  c'est  Tristrans,  mes  amis, 
Qui  en  tel  point  est  chaiens  mis     •]( 
Por  moi,  je  le  quit  bien  savoir. 
Non  est,  je  ne  di  mie  voir  : 
Tristrans  a  .11.  oeus  en  sa  teste. 
Et  cist  a  perdu  le  senestre. 
Ce  n'est  il  pas,  je  le  quit  bien, 
736    Que  Tristrans  n'est  mais  de  moi  rien. 
Menti  a  vers  moi  et  mespris 
De  che  qu'il  a  autrui  apris  776 

Le  lai  que  moi  et  lui  feismes. 


772 


Gaaigna  .11.  chevaus  molt  biaus.  »  740  Or  je  quit  c'est  Tristrans  meïsmes, 

Molt  en  parolent  conte  et  per.  Car  onques  ne  menti  vers  moi. 

Atant  s'asieent  al  souper  :  {Ae)  C'est  il,  a  mes  .11.  oeus  le  voi.        780 

Bien  sont  servi,  molt  orcnt  mes.  Bien  m'i  acort  que  ce  est  il. 

Tristrans,  qui  toz  tans  est  en  es      744  Je  ne  le  doi  pas  tenir  vil  : 

Que  il  peùst  Yseut  veoir.  En  tel  abit  est  por  moi  mis.  78} 


712  on  peut  aussi  bien  ponctuer  après  jostes  —  B  724  marc  —  739  -^  Gunes 
—  734  ii  sent  —  761  AB  de  —  770  B  No  lest  — 773  J  II  nest  il  (c/. 
if.  780,  781)  —  776  B  quil  autrui  a. 


TRISTAN    MENESTREL 


513 


788 


92 


Il  ovre  cou  loiaus  amis  : 

Mainte  paine  a  por  moi  eue  !  » 

Ensi  est  Yseiit  parclieùe 

Par  le  lai  que  Tristraiis  nota. 

Maintenant  les  tables  osta 

Dinas,  qui  estoit  senescliaus. 

La  nuit  conroient  lor  chevaus 

Cil  garçon  et  donent  avaine  ; 

Cil  escuier  sont  en  grant  paine 

De  lor  haubers  encoroier 

Toute  nuit  dusqu'a  l'esclairier,     (Bh) 

Que  li  chevalier  sont  levé 

Q.ui  as  pres:res  orent  rové  796 

Que  matin  cliantassent  lor  messes, 

Que  matin  rendront  lor  pramesses 

Clia  defors  qu'il  orent  pramises. 

Atant  sonent  li  saint  as  glises 

Et  li  baron  vont  al  mostier 

Pour  escouter  le  Dieu  mestier. 

Après  la  messe  sont  armé 

Li  prinche,  qui  sont  renomé. 

La  veïst  on  tante  baniere 

Qui  sont  de  diverse  manière, 

Tant  elme,  tant  escu  a  or 

Et  tant  destrier  bauchant  et  sor 

Et  tant  bon  rhevalier  de  pris, 

Qui  sont  monté,  les  adols  pris, 

Et  ont  lacies  les  ventailles. 

Atant  s'en  issent  les  batailles, 

Bien  armées  et  bien  garnies  ; 

Molt  sont  bêles  les  conpaignies 

Et  cil  defors  se  ratornerent  : 

Quant  armé  furent,  puis  montèrent 

Des  loges  issent  et  des  tentes  ; 

Ne  fisent  pas  longues  atentes. 

Par  banieres  et  par  conpaignes 


(Jf)    Et  vienent  sor  les  chevaus  cras. 
Les  ensaignes  amont  levées. 
As  bras  ont  pendu  les  espees  824 

Et  les  lances  ont  en  lor  poins, 
Et  les  escus  a  lor  pis  joins  :     (A  169) 
Abouchié  sont  d'anbes  .11.  pars, 
Joint  et  serré,  ne  mie  espars.  828 

Lors  crient  :  «  As  hiaumes  !  as  hiau- 

[nies ! 

—  Vien    cha,  Huet!   —  Vicn   cha, 
[Aliaumes  ! 

—  Vien  clia,  Garin  !  —  Vien  cha,  Fou- 

[chier  ! 

—  Cha,  mon  cime  je  vueil  lachierl  » 
Einsi  en  .11.  c.  lius  crioient  853 
Et  cil  lor  hiaumes  lor  lachoient.   (Bc) 


800 

Quant  ont  lachié,  les  chevaus  bro- 

(chent, 

Qui  par  bien  aler  tost  s'aprochcnt  ;  836 

804    Et,  quant  ce  vint  a  l'assanbler, 
Qui  donc  veïst  terre  tranbler, 
Brisier  lances,  froissier  escus 
—  Par  mi  outre  aloit  fers  et  fus,  —  840 

808    Ces  elmes  froissier  et  porfendre, 
Et  chevaliers  par  terre  estendre. 
Les  uns  navrez,  les  altres  pris, 
Et  les  pluisors  crier  merchis!         844 

812    Lances  en  astelent  et  froissent, 
,    Et  cil  escu  fendent  et  croissent  ; 
Cheval  et  chevalier  trébuchent  ; 

815    Lor  ensaignes  crient  et  huchent.  848 
Qui  joster  vaut,  ne  me  merveil 
Se  tost  i  trova  son  pareil  : 
Ne  se  vont  mie  trop  loinz  querre. 
Hardiement  se  vont  requerre,        852 


S'asanblent  en  mi  les  chanpaignes  820    Fièrent  d'espees,  de  rronchons  : 
Li  un  vers  les  altres  le  pas,  Sor  ces  elmes  ot  tels  tenchons 


810  .4  montes  —  823  A  sont  —  855  /?  manque  —  840  B  fers  et  iers (sic)— 
841  B  Et  ces  e.  f.  et  fendre  —  842  B  a  est.  —  83 1  B  lonc  —  834  £  tron- 
çons. 

Romania,  A'À'À'f  2  5 


5M 

Et  tel  noise  et  tel  chapleïs 
Que  tous  li  bos  et  H  larris 
Et  toute  la  lande  en  resone. 
Toute  jor  de  si  après  none 
Ont  tenu  le  chaple  et  l'cstor. 
Par  le  tornol  a  fait  maint  tor 
Brandoines,  qui  molt  fu  vassaus 
Vers  ciaus  dedens  fu  ses  assaus 
Molt  grevcus,  et  li  Gogulor  ; 
Si  vous  di  bien  que  Eschanor 
I  fist  tant  que  on  em  parla 
En  bien  et  de  cha  et  de  la. 
Gladoreslis  i  fist  merveilles, 
Qui  ot  unes  armes  vermeilles 
A  trois  lunetes  totes  blanches  : 
Tiens  estoient  ses  connissances. 
Chieus  dedens  ont  si  mal  menez 
Que  il  les  ont  ferant  menez 
Dusques  es  prés  devant  la  porte  : 
Gosengos,  qui  un  escu  porte 
Tout  blanc  et  blanches  covertures, 
Se  met  en  maintes  aventures         876 
Por  chiaus  dedens  qu'il  velt  secorre. 
En  la  grant  presse  laisse  corre  : 
Gogulor  du  cheval  abat. 
Après  lui  el  tornoi  s'enbat  880 

Claradus,  et  li  rois  Bridas, 
Dysnadarès  et  Moadas, 
Et  li  rois  Mars  od  sa  compaigne 


J.    BEDIER 

Par  le  lai  que  il  flajola. 

856    En  sa  chanbre  l'en  a  mené  ; 

La  ont  le  déduit  démené,  896 

Si  conme  amis  fait  a  amie. 
Du  baisier  (car  je  n'i  fui  mie) 

860    Le  sorplus  ne  vos  dirai  pas. 
:  En  la  sale  faite  a  conpas  900 

Se  sist  Gauvains  dalez  Brengien, 
Et  si  compaignon,  qui  ont  bien 

864    Oï  noveles  du  tornoi  ; 

Mais  molt  lor  tome  a  grant  anoi,  904 
Quant  li  rois  Mars  n'est  secorus. 
Gauvains  est  a  Tristran  venus  : 
«  Sire  »,  fait  il,  «  sans  lonc  termine 
Prions  ma  dame  la  roïne  908 

Qu'ele  nous  face  armes  prester     (Ac) 
Et  chevaus  et  harnois  doner, 

872    S'irons  la  fors  le  roi  aidier. 

—  Ore  avez  dit  a  sozhaidier,  » 
{Bd)    Dist  Yseus,  «  car  vous  les  arez  ». 


867 
(Ab) 


912 
(Be) 
916 


Dont  a  ses  escrins  desfremez, 
S'en  a  trait  cotes  a  armer. 
Si  les  a  fait  bien  atorner 
D'armes  qui  molt  estoient  bêles. 
La  roïne  et  ses  damoiseles 
Les  ont  armés  et  bien  et  bel. 
Chascuns  ot  bon  cheval  isnel         920 
Et  escu  frès  et  lanche  nueve. 
Tristrans  a  ses  compaignons  rueve 
S'areste  ens  en  mi  la  chanpaigne.  884    Qu'il  montent,  et  il  sont  monté. 


La  recomence  la  mellee  ; 
Donee  i  ot  mainte  colee 
D'espee,  de  tronchon,  de  mâche. 
Dusqu'al  vespre  dure  la  chacc  : 
Tous  fu  li  rois  Mars  desconfis, 
De  che  sui  je  seùrs  et  fis  ; 
Mais  .1.  poi  vueil  chi  arester 
Du  tornoi,  si  vous  vueil  conter 
D'Yseut,  qui  Tristran  ravisa 


Tristrans,  qui  molt  ot  de  bonté,     924 

Baisa  Iseut  au  départir. 

Lors  font  les  espérons  sentir 
888    Aschevaus,  si  s'en  sont  torné 

Tôt  .XII.,  molt  bien  atorné,  928 

Tant  que  il  vinrent  a  la  porte, 

Et  si  vous  di  que  chascuns  porte 
892    Au  col  pendu  son  estrument. 

Lors  vienent  al  tornoiement,  932 


860  A  ont  f.  —  861   B  Brandones  —  864  B  escanor  —  871  A  malmeziez 

—  875   B  et  maintes  —  882  mohadas  —  889  AB  fust  —  910  B  armes  d. 

—  930  B  Et  ce. 


TRISTAN   MENESTREL 


515 


Et,  quant  il  i  furent  venu, 

Je  vous  di  qu'Idiers,  li  fius  Nu, 

Fu  abatus  et  Tydoriaus, 

Gladoreslis  et  Estorjaus. 

La  fist  bien  Jacob  d'Estrigueil 

Et  Jolies  de  Tintagueil, 

Bruns  san/.  pitié  et  Brunamort, 


Si  le  tienent  en  grant  vielté, 
Q.uant  cnsi  sont  dcsbarctc 
Par  mcncstreus,  ce  lor  est  vis. 
956    Atant  lor  est  Tristrans  guenchis.  976 
Mesire  Gauvains  et  li  autre 
Lor  revienent,  lance  sor  fautre, 
Par  tel  force,  par  tel  air 


Qui  maint  bon  chevalier  a  mort  ;  940    Qu'a  cel  poindre  fîsent  chaïr  980 

Et  neporquant  tôt  fuissent  pris,  Plus  de  .xx.,  qui  tôt  furent  pris. 

Quant  Tristrans,  qui  fu  de  grant  pris,    La  ot  Tristrans  de  touz  le  pris, 

Vint  poignant,  ne  valt  plus  atendre,      Qui  molt  hardiement  se  prove, 

Que  cheval  ot  et  rade  et  tendre.     944    Qu'en  la  greignor  presse  qu'il  trove  984 

Lanche  baissic  al  penoncel.  Se  fiert  adez  et  laisse  corre 

Sor  l'escu  d'or  al  lioncel  Por  les  siens  aidier  et  secorre, 

Fiert  Escanor  de  le  Montaigne  ;  Et  si  compaignon  vont  après, 

Jus  l'abat  del  cheval  d'Espaigne,   948    Qui  molt  se  tienent  de  lui  près.     988 

Puis  fiert  Derquin,  que  jus  l'envoie        Chiaus  defors  ont  si  mis  arrière 

Tôt  estendu  en  mi  la  voie.  Que  enz  es  guez  de  le  rivière 

Puis  trébuche  Gladoreslis  951    Les  ont  ens  a  force  enbatus. 

Et  puis  le  frère  Brandelis  ;  (Ad)   La  fu  Gogulor  abatus,  992 

Ains  que  sa  lance  fust  brisie,        (Bf)    Taillars  li  prous  et  Godroués. 

Tôt  droit  a  l'issue  des  guez  (^(j;  B  137) 
Lor  recort  seure  li  roi  Mars, 
956    Qui  ne  fust  si  liez  pour  .c.  mars  996 
Conme  est  de  le  desconfiture 
De  ciaus  defors,  car  a  droiture 
Les  mainnent  dusqu'a  lor  harnas. 
960    «  Sire,  »  ce  li  a  dit  Dinas,  1000 

«  Ce  m'est  a  vis,  ce  sont  vos  gaites 
Qui  tels  envaïes  ont  faites. 
Car  als  cols  ont  les  estrumens. 


A  fait  mainte  joste  prisie. 
Mesire  Gauvains  d'autre  part 
I  fiert  et  la  presse  départ. 
Keus  li  seneschaus  esperonne, 
En  la  grant  presse  s'abandone. 
Meraugis  et  mesire  Yvains 
Le  fisent  bien  et  Agravains. 
Tant  vous  di  je  bien  vraiement 
Que  le  pris  du  tornoiement 
Ont  li  home  le  roi  Artu. 


Par  grant  forche,  par  grant  vertu  964    Par  aus  est  li  tornoiemens  1004 


Ont  si  reùsez  ciaus  defors 
Qu'arrière  se  trait  li  plus  fors. 
Si  se  merveillent  durement 
Que  chil  sont  qui  si  malement 
Les  ont  arrière  reùssez. 
Les  estrumenz  ont  avisez 
Qu'il  avoient  as  cols  pendus. 


Sostenus  de  la  vostre  part.  » 
Tristrans  la  grant  presse  départ, 
Fiert  et  boute,  enpaint  et  abat. 
968    Gauvains  si  très  bel  se  combat 
Que  déduis  est  de  lui  vcoir  : 
Trop  set  bien  ses  cops  asseoir. 
Ciaus  de  fors  ont  tôt  sanz  gabois 


1008 


Chascuns  en  est  molt  esperdus,     972    Par  force  mené  jusqu'al  bois.       1012 


956  J'écris  Estorjaus  à  cause  r/'Estorgaus  au  v.  6^2  —  956  B  en  le  p.  et  d. 
—  971  AB  zscoys—   993  B  Taillars  et  tolars  godroes. 


5l6  J.    BÉDIER 

Tout  sont  mis  a  desconfiture,  Con  a  veù  mainte  jument 

Quant  Perchevaus  par  aventure  Enviellir  par  maie  peuture.  105 1 

Vint  par  le  forest  chevalchant  «  Hé  !  Dieus,  tante  pesme  aventure  » 

Desor  .1.  noir  ronchi  bauchant,    1016  Dist  Perchevaus,  «  ai  encontree  ! 

Maigre,  pelu,  redois  et  las.  Erré  ai  par  mainte  contrée. 

De  son  elme  ot  rompu  les  las,  Las  !  onques  n'oi  fors  paine  et  mal 

Qui  fu  quassez  et  dépêchiez.  En  ceste  queste  du  Graal  ;  1056 

Ses  escus  fu  par  lius  perchiez       1020  Tant  anui,  tante  mesestance! 

Dont  la  bocle,  si  con  moi  sanblc,  Por  la  lance  qui  aine  n'estance 

Fu  faite  d'une  viez  sozchangle.  Ai  je  sofFert  mains  grant  travaus. 

Ses  haubers  fu  par  lius  desrous  ;  Biaus  sire   Dieus,  »  fait  Perchevaus, 

Il  fu  entorteilliez  et  rous,  io2-|  [1060 

Que  piech'a  qu'il  ne  fu  rollez.  «  Tant  a  que  je  n'oi  bien  ne  aise  ! 

Ses  espius  fu  toz  desplanez  :  Par  ces  forés  a  grant  malaise 

D'un  tronchon  fu  a  tôt  l'escorce;  Ai  tels  .LX.  nuis  jeu 

Mais  li  fers  fu  de  bone  forge,       1028  Ou  j'ai  poi  a  mengier  eu,  1064 

Dont  la  pointe  estoit  amouree.  Et  mes  chevaus  est  acorés 

Et  se  fu  toute  deschiree  De  fain  ;  Diex  !  or  me  secorez, 

Sa  cote  a  armes  de  cendal,  Que  en  tel  liu  puisse  venir 

Qu'il  vient  de  querre  le  Graal  :    1052  Ou  alcuns  biens  me  puist  venir,   1068 

Erré  en  ot  par  mainte  terre.  Car  j'en  aroie  grant  mestier.  » 

Mais  il  ne  savoit  tant  enquerre     (Bh)  Tant  a  erré  le  grant  sentier 

Qu'il  en  poïst  oïr  novele.  Par  la  forest  tout  démentant. 

Les  estrivieres  de  la  sele  (Aj)  Son  cheval  a  esforcié  tant,  1072 

Sont  de  cordeles  renoees.  1057  Et  tant  se  paine  de  haster 

Erré  ot  par  maintes  contrées.  Que  il  ot  al  lornoi  crier  (Bc) 

En  tel  manière,  a  grant  meschief.  Les  ensaignes  diversement. 

Que  ses  chevaus  tenoit  le  chief     1040  Merveille  soi  molt  durement        1076 

Molt  bas,  et  le  col  estendu  ;  Quant  les  ensaignes  ot  huchier. 

Et  Perchevaus  a  entendu  Tant  se  paine  de  l'aprochier    (A  170) 

A  son  cheval  faire  esforcier;  Qu'a  grant  travail  et  a  grant  paine 

Mais,  qui  le  devroit  escorchier,     1044  Son  cheval  le  petit  pas  maine,      1080 

N'iroit  se  le  petit  pas  non  ;  Que  il  ne  puet  trot  ne  galos. 

Mius  li  venist  sor  un  anon  Tant  a  erré  qu'il  ist  del  bos, 

Estre  montez,  par  saint  Sevestre  ;  Voit  le  tornoi  et  les  meilees 

Nepourquant  suet  il  molt  bons  estre;  Des  gens  qui  sont  entremellees.  1084 

Mais  cil  au  dit  mie  ne  ment  1049  Chiaus  defors  voit  a  grant  destreche. 


1022  B  sorcaingle  —  1024  B  enroeilliez —  1035  A  maint  —  1052  B  bêle 
a.  —  1054  B  ait  p.  —  1060  B  dit  p.  —  1085  B  le  mellee  —  1084  B  entre- 
mellee. 


TRISTAN    MENESTREL  517 

Celé  part  son  clieval  adrcche,  Perchevaus  l'csgarde  cns  en  l'eure, 

Mais  tant  ne  set  esperonner  Vit  l'estrument  a  son  col  pendre  ; 

Q.ue  le  puist  fors  du  pas  mener.  1088  Dist   Perchevaus  :  «  Se    entreprendre 

Keus  l'aparchoit plus  îost  que  nus;  Dévoie  contre  ménestrel,  1125 

Contre  lui  est  poignant  venus.  Doner  vous  iroie  .1.  cop  tel 

Quant  si  mal  atorné  le  voit,  Sor  vostre  escu  qu'il  i  parroit, 

Paier  li  volt  ce  qu'il  H  doit,  1092  Si  que  escus  ne  vous  tenroit,        11 28 

Ce  est  ranprosne  et  felonnie.  Ne  riens  qui  peiist  avenir 

Se  li  a  dit  Keus  par  envie  :  Que  je  ne  feïsse  venir 

«  Sire,  ou  est  la  vostre  compaigne  ?  De  vous  les  talons  contremont  ; 

Très  quant  passastes  vous  le  raigne  ?  Mais,  par  cel  Dieu  qui  fist  le  mont,  1 1 32 

[1096  Por  mil  mars,  ce  sachiez  de  voir. 

Vous  venez  droit  de  Lonbardie  :  Ne  volroie  je  mie  avoir 

Molt  par  avez  la  char  hardie,  Mis  main  de  desuz  jogleor. 

Que  tué  avez  la  lymache.  Moi  est  vis,  par  le  Salveor,  11 36 

Fu  che  de  pichois  ou  de  mâche  1 100  J'en  seroie  trop  avilliez.  » 

K'avez  mort  la  bcste  cornue  ?  E  Keus  dist  :  «  Vous  vous  traveilliez 

Molt  seront  lié  de  vo  venue  En  vain,  par  saint  Jame  l'apostre. 

Li  baron  et  li  bacheler  ;  Vo  cheval  arai  malgré  vostre  ;      1 140 

Quant  il  oront  de  vous  parler  ;     1 104  Mais  ce  n'ert  pas  por  chevalchier, 

Molt  lor  plaira  vo  conpaignie  !  Ains  le  voirai  faire  escorchier. 

Estes  vous  por  chevalerie  Si  en  avront  la  char  li  chien 

Faire  venus  a  cest  tornoi  ?  Et  je  le  cuir,  si  vous  di  bien         1 144 

Sire  Audegier,  foi  que  Dieu  doi,  1 108  Que  j'en  ferai  faire  un  bahut. 

Vos  chevaus  a  fait  sa  jornee.  Car  il  est  bien  drois  c'om  vous  hut, 

Li  mastin  ont  sa  mort  jurée  :  Quant  vous  errez  si  faitement.  » 

Faire  en  voiront  lor  quaresmel  ;  Perchevaus  respont  dolcement  :   1148 

Il  n'a  fors  les  os  et  le  pel.  1 1 12  «  Sire,  »  fait  il,  «  se  je  avoie 

Vos  hiaumes  a  esté  ronpus  :  Vo  cheval,  le  mien  vous  donroie. 

Les  gelines  ont  dedens  pus  {Bel)  Car  molt  ameroie  cel  change.      1 1 5 1 

Plus  de  .11.  ans,  al  mien  quidier,  —  Par  foi,  or  me  sers  tu  de  blange,  » 

Li  malfé  vous  ont  fait  vuidicr      1 1 16  Fait  Keus,  «  tu  le  conparras  ja.  » 

Vo  païs,  ne  fait  eslongier  ?  Atant  un  petit  s'eslonga,  (Be) 

Mais  vous  volez  Forré  vengier  La  lance  baisse  et  prent  son  tor. 

Ou  le  Morhot,  si  con  je  quit.       (y^/')  Perchevaus,  qui  en  maint  estor     1 156 

Vengier  le  porrez  ainz  la  nuit      1 120  Avoit  esté,  molt  peu  le  doute, 

Molt  bien,  se  en  vous  ne  demeure.  »  Et  ne  por  quant  a  molt  grant  honte  : 


1 1 18  J5  voirez —  ii225enesl. —  11 56  fi  Par  mal  que  p.  — iijyBJe 
—  1 157-8  Doute  lime  avec  honte,  il  y  a  d'autres  rimes  aussi  peu  exactes  dans 
ce  texte;  vo\.,  p.  ex.,  i]8^-po. 


5l8  J.    BÉDIER 

Avis  li  est  et  si  li  sanblc  Qu'il  l'abat  et  puis  Agrevain, 

C'uns  menestreus  a  lui  asanble    1160    Cliget  et  le  preu  Lancelot. 
Malgré  sien  et  si  le  manache.       {Ac)    .IIII.  chevaus  a  en  son  lot  1200 

Gaaignez,  qu'il  a  présentez 
A  chiaus  que  il  vit  desmontez,     (Ad) 
1164    Qui  lor  chevaus  orent  perdus. 
Cil  defors,  qui  tout  esperdu 


Perchevaus  ne  set  que  il  face 

Dolans  sera  se  le  malmet. 

De  sa  lance  l'arestucl  met 

Devant  et  le  fer  par  derrière, 

Et  si  l'atent  en  tel  manière 

Qu'en  tant  ne  quant  soi  ne  remuet. 

Mesire  Keus  quanque  il  puet        1168 

Point  le  cheval,  qui  tost  randone  ; 

Percheval  si  très  grant  cop  done 

Sor  son  escu  qui  fu  destains 

Que  sa  lance  de  si  as  mains         1 172 

A  froissie  par  grant  air  ; 

A  por  .1.  poi  ne  fist  chair 

Cheval  et  chevalier  ensanble, 

Car  de  foiblece  trestoz  tranble 

Et  déploie  toz  li  chevaus. 

Mais  sachiez  bien  que  Perchevaus 

Feri  si  Ké  en  mi  le  pis 

De  sa  lance  qu'il  a  guerpis 

Les  estriers  et  chiet  tos  envers. 

Et  Perchevaus  a  lues  aers 

Par  les  règnes  le  bon  destrier, 

Sus  saut,  onques  n'i  quist  estrier,  1 1 84 

Puis  dit  a  Ké  :  «  Vassal,  prenez 

Mon  cheval,  et  si  apernez 

Coment  il  vous  saroit  porter. 

Molt  mieus  vous  venist  déporter  1 188 

A  vostre  estrument  et  déduire 

Que  chevalier  gaber  et  nuire.  » 

A  itant  Perchevaus  le  laisse, 


1204 

Avoient  par  devant  esté, 

Voient  le  tornoi  aresté 

Par  le  bien  fait  de  Percheval. 

Chascuns  radrece  son  cheval  ;      1208 

Por  Percheval  ont  cuer  repris. 

Le  tornoiement  ont  enpris 
1 172    Vers  chiaus  dedens  molt  fièrement. 

E  Perchevaus  isnelement  12 12 

Se  refiert  es  Cornualois. 

Tant  fait  Perchevaus  li  Galois 
1 176    Que  par  mi  les  gués  les  rentassent  ; 

Mais  molt  a  malaise  les  passent.    12 16 


1180 


Perchevaus  durement  s'esforce, 
Sa  lance  ou  encor  tint  l'escorce 
Ne  vaut  changier  ne  remuer. 
Tristrans  commencha  a  muer       1220 
De  fin  air,  quant  il  l'ot  dire. 
Espris  de  maltalent  et  d'ire 
Va  le  chevalier  demandant 
Par  cui  sont  mené  si  tendant  :      1224 
Vers  lui  se  voira  esprover  ; 
Mais  tenpre  le  porra  trover, 
Car  Perchevaus  adez  s'adreche 
La  ou  voit  la  gregnor  destreche.  1228 
Dusqu'a  la  porte  les  remainne  : 
La  a  Tristrans  soffert  grant  paine, 
Encontre  chiaus  dedens  s'eslaisse,  II 92    Et  mesire  Gauvains  li  dois 
Que  chiaus  dehors  vont  encauchant.    Devers  les  siens  les  passe  tous.     1232 
Perchevaus  point  le  sor  bauchant,  (Bf)    Tristrans  a  guenchi  le  cheval. 
Qui  molt  très  durement  le  porte.  .Sor  destre  choisi  Percheval,      (B  138) 

De  la  lancequi  toute  est  torte      1 196    Qui  sor  le  destrier  Ké  se  sist. 
A  féru  si  grant  cop  Gorvain  Tôt  maintenant  qu'il  le  choisist,  1236 


1 1 59  5  Qua  vis,  se  —  1 190  B  ne  n.  — •  1195  B  lenporte  —  11:5  B  cornoa- 
lois  —  1224  A  meuz  si. 


TRISTAN    MENESTREL 


1280 


1283 


Virent  contrcmont  les  talons, 

Ht  tant  conmc  il  fu  grans  et  Ions  1276 

Li  fait  mesurer  la  chanpaigne, 

1240    Et  si  durement  le  mehaigne 

Qu'a  poi  qu'il  n'a  le  cuer  crevii. 
Tant  par  l'a  durement  grevé 

(Ac)    Que  il  ne  se  puet  redrecier, 

1244    Et  por  lui  faire  fiancier 

Prison,  s'areste  Perchevaus. 
Atant  brochierent  les  clievaus 
Lancelos  et  mesire  Yvains, 

1248    Saigremors  et  li  prous  Gauvains, 
Si  ont  Percheval  assali. 
Perchevaus  pas  nés  en  fali,  1288 

Ains  trait  l'espee,  si  lor  vient 

12^2    Que  par  vive  force  convient 

Tout  le  plus  cointe  traire  en  sus. 
Et  Perchevaus  lor  recort  sus.        1292 
Molt  sovent  les  coite  a  l'espee. 

12)6    Lor  armeûre  a  decolpee, 

Elmes  quasse  et  escus  porfent. 
Perchevaus  si  bien  se  defïent 
Qu'il  ne  puent  sor  lui  conquerre, 


Bien  le  connoit,  molt  li  anule. 

Sor  les  estriers  si  fort  s'apuie 

Que  les  coroies  en  estent. 

Contre  lui  va,  plus  n'i  atent. 

Quant  Perchevaus  le  voit  venir 

Et  la  lance  et  l'escu  tenir 

Tant  cointement  et  si  très  bel, 

Et  voit  qu'il  a  mis  en  chantel 

L'escu  si  acesmeement, 

Et  la  lance  tout  ensement 

Li  voit  si  très  bel  manier, 

Mais  molt  li  prent  a  anuier 

De  che  que  la  viele  voit 

Que  Tristrans  a  son  col  avoit  ; 

Si  quide  qu'il  soit  menestreus 

Qui  embatus  se  soit  entr'  eus 

Por  faire  gaber  et  por  rire. 

Tristrans  qui  durement  s'aïre 

De  che  qu'il  sont  si  resorti, 

Mais  molt  durement  s'aati, 

Qu'a  celui  as  viez  garnemens, 

Par  cui  toz  li  tornoiemens 

Est  sostenus  a  ciaus  defors. 

Voira  assanbler  cors  a  cors,         1260    Ce  m'est  a  vis,  plain  pié  de  terre. 

Atant  point  quanque  puet  destendre,    Et  mesire  Gauvains  l'esgarde. 

Que  cheval  ot  et  rade  et  tendre,  Lors  se  remenbre  et  se  prent  garde  1300 

Et  Perchevaus  vers  lui  s'eslaisse.  1263    Que  ce  est  cil  tout  vraiement 

Chascuns    d'aus  .11.  sa  lance   baisse.    Qui  fu  al  grant  tornoiement  : 


1296 


Molt  hardiement  s'abandonnent  : 
Sor  les  escus  teus  cops  se  donent 
Qu'il  les  froissent  et  esquartelent  ; 
Les  lances  toutes  en  astelent,  i2( 
Mais  au  venir  que  font  ensanble 
Se  hurtent  si,  si  con  moi  sanble. 
De  cors,  de  pis  et  de  chevaus  ; 


«  Son  hardement  bien  i  mostra, 

Tout  le  tornoiement  outra  1304 

Et  tant  me  fîst  travail  et  paine 

Qu'il  ne  fu  jors  de  la  semaine 

Que  ne  me  dolsist  de  ses  cops 

Li  chiés  et  li  bras  et  li  cols  1 308 

Et  li  cors  et  trestot  li  menbre. 


Et  sachiez  bien  que  Perchevaus    1272    Quant  je  l'esgart,  très  bien  me  menbre 
Abat  Tristran  si  laidement  Que  nus  altres,  ce  n'est  pas  faille. 

Que  tôt  cil  du  tornoiement  (Bb)    Ne  porroit  pas  tant  de  bataille     13 12 


1264  B  abaisse  —   ïiSj  A  Qui  —   1289  ^  se  —  1291    ainsi  dans  les  deux 
tuss.;  corr.  en  jus? 


520  J.    BÉDIER 

Soffrir,  ne  ce  ne  porroit  cstre  ;  Bien  le  sara  ja  au  parler, 

Ainz  ne  me  volt  rien  de  son  estre  (Bc)  Conques  son  non  ne  volt  celer    1352 

Dire,  nis  solement  son  non  ;  A  nului  qui  li  demandast, 

Mais  je  ne  sai  par  quel  raison        1 3 16  Pour  nule  rien  que  il  doutast.       (Bd) 

Est  atornez  si  laidement.  Lors  li  a  dit  :  «  S'il  vous  plaist,  sire, 

11  vint  molt  acesmeement  Vostre  non  vous  estuet  ainz  dire,  1 356 

Armez,  quant  fu  au  grant  tornoi,  Et  puis  vous  redirai  le  mien.  » 

Et  clii  si  laidement  le  voi  !  1520  Gauvains  respont  :  «  Ce  me  plaist 

Ce  n'est  il  pas.  —  Si  est,  por  voir.  [bien; 

Si  cop  le  me  font  bien  savoir  Molt  volentiers  le  vous  dirai, 

Mieus  que  ne  font  si  garnement.  Que  ja  mon  non  ne  cèlerai,  1360 

Et  si  sai  bien  certainement  1 324  Pour  tant  qu'il  me  soit  demandez. 

Que  li  cuers  n'est  es  biaus  adols.  »  Gauvains  sui  par  non  appelez. 

Atant  Gauvains,  li  biaus,  li  dois,  Or  revolroie  bien  savoir 

A  Percheval  a  raison  mis  :       (A  171)  Le  vostre  non,  sachiez  de  voir,    1364 

«  Sire,  »  fait  il,  «  vos  bons  amis  1328  Car  molt  me  resanblez  vassaus. 

Volroie  estre,  par  saint  Davi.  —  Certes,  «  ce  respont  Perchevaus, 

Onques  mais  chevalier  ne  vi  «  Je  sai  bien,  toz  en  sui  certains, 

De  qui  tant  volsisse  estre  acointes.  Que  onques  mesire  Gauvains        1368 

Il  m'est  a  vis  que  trop  plus  cointes  1332  Ne  fu  menestreus  en  sa  vie  ;  (Ah) 

Fustes,  quant  je  vous  vi  aillors.  Mais,  puis  que  vous  avez  envie 

Garnemens  aviiez  meillors  De  mon  non  savoir  et  aprendre, 

Et  plus  biaus  que  vous  n'avez  chi  ;  Je  le  vous  dirai  sanz  atendre,       1372 

Mais,   s'il  vous    plaist,    par   vo  mer-  Qu'en  covent  le  vous  ai  a  dire  : 

[chi,  J'ai  a  non  Percheval,  biaus  sire. 

Et  il  ne  vous  devoit  grever,  1337  —  Percheval?  —   Voire,  sanz  dou- 

Proier  vous  volroie  et  rover  [tance, 

Que  me  deïssiez  vostre  non.  »  Cil  qui  ala  querre  la  lance  1376 

Quant  Perchevaus  ot  la  raison,     1340  Et  le  Graal,  que  j'ai  veù 

Et  la  vois  de  Gauvain  oï,  .IL  fois,  mais  n'ai  mie  seû 

Molt  durement  s'en  esbahi,  La  vérité  ne  assomee  ; 

Car  au  parler  Gauvain  li  sanble  ;  Mais  j'ai  rasaldee  une  espee  1 380 

Mais  de  corrous  et  d'ire  tramble  1344  Qui  en  .11.  pièces  ert  brisiee, 

De  ce  qu'au  col  voit  l'estrument.  Qui  molt  estoit  bone  et  prisiee  ; 

Si  se  merveille  durement,  Mais  une  osque  i  a  a  sauder  : 

Se  che  est  il,  por  quel  affaire  De  quanques  je  vols  demander    1384 

Il  se  voloit  menestreus  faire.        1 348  Ne  me  dist  rien  ne  ne  dira 

Se  ce  est  il,  bien  le  sara.  Devant  che  que  l'osque  sera 

Que  son  non  li  demandera.  Rasaldee  et  remise  a  point  ; 


13 14  B  aine —  1322   B  foit  (sic)  —  1328  A  il  manque  —  1380  B  rasalde 
—  1381  /?  fu  b.  —  T3(S5  A  assauder. 


TRISTAN    MENESTREL 


521 


Devant  che  ne  sara  nus  point.      1388  Molt  bêlement  l'a  rûcheù  ; 

Ce  me  conta  H  rois  meïsmes,  Molt  en  fait  grant  joie  et  grant  feste. 

Qu'encore  n'estoie  pas  dignes  Mesire  Gauvains  ne  s'areste,        1428 

Des  secrez  savoir  du  Graal.  »       1591  Ains  a  lues  fait  monter  Tristran, 

Quant    Gauvains    entent    Perche  val,  Qui  d'amors  sueffre  grant  ahan. 

Bien  le  ravibC  a  sa  parole  ;  Gauvains,  qui  fu  prous  et  vassaus. 

Son  elme  osta,  puis  si  l'acoie,      (Bc)  Mesire  Yvains  et  Perchevaus        1432 

Et  li  a  dit  :  «  Biaus  geniius  sire.  Ont  ensanble  au  roi  Marc  proiié 

Li  rois  mes  oncles  vous  désire     1596  Un  don,  il  lour  a  otroié.  (Bf) 

Plus  a  veoir  que  nis  .1.  home.  »  Quant  mon  seignor  Gauvain  connut 

Perchevaus  respont,  c'est  la  some  :  Et  Yvain,  tint  soi  a  déchut  1456 

«  Ja  mais  jor  n'irai  en  Bretaigne  Que  il  plus  honorez  nés  a. 

Devant  que  l'aventure  ataigne      1400  Mesire  Gauvains  devisa 


Du  Graal,  por  nis  une  paine, 
Se  aventure  ne  m'i  maine. 
Mais  or  me  dites  erranment 
Por  coi  portez  tel  estrument.  » 
Lors  li  a  fait  Gauvains  savoir 
De  chief  en  chief  trestot  le  voir 
Conment  Tristrans  les  amena 
Devant  le  roi  et  démena 


Le  don  qui  lor  estoit  donez  : 
«  Sire,  »  fait  il,  «  vous  pardonez  1440 
Tristran  vo  corrous  et  vostre  ire.  n 
1404    Quant  li  rois  Mars  l'ot,  si  sozpire, 
Qui  Tristran  son  neveu  cremoit 

1444 


Por  sa  feme  que  il  amoit, 
Ensi  conme  on  li  ot  conté  : 

1408  Autrement  n'en  set  vérité. 

Tout  ensement  conme  une  gaite.  Son  mautalent  li  pardona, 

Dist  Perchevaus  :  «  Fols  est  qui  gaite  Son  manoir  li  abandona 

Gens  qui  s'entraiment  loialment,  (Ac)  Et  sa  volenté  sanz  querine, 

Car  on  voit  tout  apertement         1412  Fors  que  la  chanbre  la  roïne 

Qu'il  eupi-^ndent  trop  fol  usage.  Mais  ce  li  velt  il  deveer, 

Fol  en  devienent  li  plus  sage  ;  S'il  n'i  quide  le  roi  trover. 

Mais  ce  fait  faire  jalousie.  »  Tristrans  l'otroie  honement, 

Perchevaus,  qui  par  cortoisie        1416  Puis  conte  al  roi  molt  dolcement 

Oste  son  elme,  Gauvain  baise.  Coment  vinrent  par  coverture 

Molt  est  li  uns  de  l'autre  a  aise.  A  lui,  quant  sorent  l'aventure       1456 

Quant  Tristrans  Percheval  entent,  Qu'il  avoit  empris  le  tornoi, 


1448 


1452 
(Ad) 


De  la  joie  qu'il  a  s'estent  : 
Ne  sent  angoisse  ne  dolor. 
Li  roi  Mars  vint  la  et  li  lor. 
Que  li  tornois  fu  demorez. 
Molt  fu  Perchevaus  honorez 
Du  roi  Marc  ;  quant  l'a  conneù, 


1420    «  Que  molt  haïsse  vostre  anoi. 

—  Biaus  niés,  »  dist  li   rois,  «  dès  or 

[mais 

Serez  od  moi  en  bone  pais.  »  1460 
1424    Atant  entrent  en  la  chité. 

La  nuit  furent  tôt  rachaté 


1395  A  dist  —  1404  B  cel  est.  —  1407  B  len  a.  —  141 1  5  Gent  —  1420 
Cf.  V.  1279-80  —  1448  A  Son  avoir. 


522  J.    BEDIER 

Li  prisonier  d'ambes  .11.  pars. 
Celé  nuit  a  fait  li  roi  Mars  1464 

Molt  grant  feste  de  Percheval. 
L'endemain  armes  et  cheval 
Li  fait  baillier  gentes  et  bêles. 


«  Et  je  al  pui  de  Montesclaire 
Irai  »,  fait  mesire  Gauvains. 
Et,  quant  l'oï  mesire  Yvains, 
A  por  .1.  poi  de  doel  ne  font. 
Tôt  li  baron  grant  doel  en  font 


(^0 

1496 


Maintenant  font  mettre  les  seles  1468    Et  chascuns  d'als  pleure  et  sozpire  : 

Li  chevalier  le  roi  Artu.  «  Que  porra  ore  li  rois  dire,  »      1 500 

N'i  ont  mie  molt  atendu,  Fait  Lancelos,  «  quant  la  venrons 

Dont  sont  monté  sor  lor  chevaus  ;        Et  les  noveles  li  dirons 

A  tant  s'en  vont,  et  Perchevaus   1472    Et  de  vous  et  de  Percheval?  » 

Se  met  avec  aus  a  le  voie.  Atant  s'en  torne  tout  .1.  val  1504 

Tristrans  grant  pièce  les  convoie,  Perchevaus,  qui  les  a  lessiez  : 

Tant  qu'il  vinrent  a  un  mostier.  Au  départir  les  a  baisiez  ; 

La  ou  départent  li  sentier  1476    Et  mesire  Gauvains  s'en  part. 

Un  grant  chemin,  de  l'autre  part,  1 508 
S'est  mis  grant  aleûre  a  voie  : 
Ançois  mais  que  son  oncle  voie, 
1480    Avra  molt  paines  et  travaus  ; 
Mestier  li  avra  Perchevaus. 


Et  li  chemin  et  les  estrees 

Qui  vont  par  diverses  contrées. 

Quant  il  vinrent  a  la  chapele, 

Perchevaus  les  barons  apele  : 

«  Seignor  »,  dist  il,  «  ne  quier  mentir. 

Chi  m'estuet  de  vos  départir 

Que  le  Graal  me  couvient  querre, 

Et  vous  irez  en  vostre  terre,         1484 

Et  Deus  a  joie  vous  i  maint  ! 

Par  Dieu  lassus  qui  el  ciel  maint, 

Saluez  moi  le  roi  Artu  ; 

Que  Deus  honor,  force  et  vertu  1488 

Et  toute  joie  li  envoit  !  » 

Mesire  Gauvains  ot  et  voit 


1512 

Einsi  Gauvains  et  Perchevaus 
En  vont  armé  sor  lor  chevaus. 
Li  autre  vont  en  lor  contrée 
Chascuns  son  chemin  et  s'estree,  1 5 16 
Tristre  et  dolent  et  amati, 
Quant  de  Gauvain  sont  départi. 
Et  de  Percheval  ensement. 
Einsi  font  lor  dolousement,  1 5  20 

Et  Tristrans  est  dolans  remez. 
Qui  durement  les  ot  amez  ; 


Que  Perchevaus  aler  s'en  velt 

Le  Graal  querre  :  or  le  conselt    1492    Mais  Brengien  le  confortera 

Li  vrais  Dieus,  qui  bien  le  puet  faire!    Et  Iseus,  que  il  tant  ama. 


1524 


1466  B  Celé  nuit  —  1468   B  lor  s.  —  147 1   B  les  ch.  —  1473  -^  /"  ^^ 
l'épisode  manque  en  B,  par  suite  de  la  disparition  d'un  ou   de  plusieurs  feuillets. 


TRISTAN    MÉNESTREL  523 


NOTES 


1 .  L.  1-58.  Au  meiigier  est  assis  lirois.  Thèse  first  thirty-eight  Unes  deserve 
spécial  study  ;  the  court  they  dcpict  is  unmistakeably  that  of  a  King  of 
England  ;  nowhere  clse  should  we  find  assomblcd  the  Bishops  of  Wincliester, 
Lincohi,  York,  Berwick,  and  DubHn.  (I  am  not  clear  as  to  who  is  meant 
by  the  Archbishop  of  Oriant  or  Cyriant.)  I  would  even  go  further,  and 
suggest  that  the  court  which  the  writer  of  the  lines  had  in  his  mind  was 
tliat  of  Henry  II.  The  «  GuiUaume  »  who  is  King  «  d'une  partie  des  Irais  » 
might  well  be  one  of  the  Anglo-Norman  barons  holding  sway  in  Ireland  '  ; 
The  name  of  Guillaume  is  not  one  which  belongs  to  the  Arthurian  legend, 
as  a  rule  the  names,  especially  the  names  of  Kings,  are  not  those  in  ordinary 
use,  and  I  cannot  recollect  another  Guillaume,  saving  a  minor  character  in 
«  Syr  Libeaus  Disconus  »,  appearing  in  the  cycle.  Nor  is  he  King  of  Ireland, 
or  of  the  Irish,  but  only  of  «  a  part  of  the  Irish  »,  a  unique,  and  significant 
limitation.  Again  when  wc  remember  that  there  was  at  the  court  of  Henry  II 
and  his  successor  Richard  I,  a  bishop  of  Lincoln  who  was  remarkable  for 
the  energetic  manner  in  which  he  performed  his  choir  offices,  the  great  Hugh 
of  Lincoln,  we  are,  I  think,  justified  in  suggesting  that  this  descriptive  pas- 
sage is  based  upon  historic  fact. 

2.  L.  94.  Gifflet,  le  fil  Do,  en  apele.  As  an  indication  of  the  probable  date 
to  be  assigned  to  this  poem  the  relative  position  of  the  knights  engaged  is 
of  importance.  We  hâve  hère  in  order  Gifflet,  Lancelot,  Ywain,  Gawain, 
the  three  first  are  ail  overthrown  by  Tristan,  with  the  last  he  fights  an 
undecided  battle.  Now  this  indicates  a  period  when  Gawain  was  still  the  hero 
«  par  excellence  »  of  Arthur's  court,  his  cousin  and  friendy  Ywain,  ranking 
next  to  him,  and  Gifflet,  son  of  Do,  the  seneschal  of  Carduel  being  high  in 
favour  ;  this  is  a  survival  of  the  earliest  pseudo-historic  Arthurian  tradition. 
But  the  présence  of  Lancelot  among  the  first  four  knights  shews  that  it  is  a 
survival  only,  the  stage  has  been  outgrown,  but  we  hâve  not  yet  arrived  at 
the  full  development  when  Lancelot,  and  the  race  of  Ban,  dominate  the  situa- 
tion. The  moment  is  an  intermediate  one,  later  than  the  Tristan  poems, 
where  the  action  passes  afar  from  Arthur's  court,  and  earlier  than  the  prose 
Tristan,  where  the  central  thème  is  the  rivalry  of  Tristan  and  Lancelot,  alike 
as  pattern  knights  and  model  lovers,  where  it  is  Lancelot  who  introduces 
Tristan  to  court.  In  this  connection  a  passage  cited  by  Lôseth,  p.  148  (204), 
is  of  interest.  Lancelot  and  Tristan,  on  their  way  to  court,  meet  Gawain  and 
Gaheriet,  who  recognize  in  Tristan  the  knight  who  had  overthrown  fourteen 
of  their  comrades  on  the  plain  of  Camaaloth,  a  month  previously.  In  a  foot- 

I.  [Du  temps  de  Henri  II  il  n'y  avait  aucun  seigneur  du  nom  de  Guillaume 
qui  pût  être  ainsi  qualifié,  mais  sous  Richard  et  Jean  il  y  eut  Guillaume  le 
Maréchal.  —  P.  M.] 


524  J.    L.    WESTON 

noteLoseth  rcmarks.  «  Pas  raconté  «,  and  gocs  on  to  qiiote  fromanother  ms. 
B.  N.  fr.  12599,  -^'  ?'"  cestui  fait  dont  je  vos  fai:;;^  oiendroit  mention  voldra 
veoir  tôt  apertemeiit,  si  preigne  le  livre  de  inonseignor  Roh.  de  B.,  quar  cil  le  devise 
tôt  deievient,  et  par  ce  qu'il  le  devise  en  celui  livre,  ne  le  voill  je  mie  deviser  an 
mien,  quar  ce  que  niessire  Roh.  de  B.  devise  ne  voill  je  pas  deviser  autre  fois.  »  It 
seenis  not  impossible  tliat  the  incident  hère  referred  to  may  be  that  related 
in  our  poem.  We  niust  bear  in  mind  thiat  Gerbert  wrote  in  the  thirteenth  cen- 
tury,  when  the  Arthurian  prose  cycle  had  attained  its  full  development  ;  it  is 
in  the  highest  degree  unlikely  that,  \\ere  he  composing  an  original  poem, he 
should  départ  so  far  from  the  popular  tradition  of  his  dav,  and  revert  to  a 
stage  then  outgrown. 

j.  L.  309  et  seq.  Tristrans  est  apele^  sans  faille.  Throughout  the  poem  the 
name  is  spelt  with  an  r,  which  recalls  the  English  form  of  Tristram.  The 
version  of  the  story  \vith  which  the  writer  was  familiar  was  a  full  one  :  e.  g., 
it  included  the  fight  with  the  dragon,  which,  though  found  in  the  poems, 
and  accepted  by  M.  Bédier  as  a  part  of  the  original  tradition,  is,  as  a  rule, 
absent  from  the  prose  versions.  One  only  of  the  Paris  mss.,  B.  N.  fr.  103, 
includes  it.  The  events  hère  are  said  to  hâve  taken  place  at  Lancien,  a  point 
in  which  this  version  accords  with  that  of  Beroul.  The  city  referred  to  by 
this  name  has,  so  far,  not  been  identified  ;  I  would  hère  venture  to  suggest 
that  it  may  be  Launceston.  I  am  informed  by  the  Rev.  Chancellor  Edmonds, 
Librarian  of  Exeter  Cathedral,  formerly  vicar  of  S.  Just,  Cornv»-all,  that  the 
local  prononciation  of  the  word  is  something  betwen  Lancien,  and  Lânseu, 
while  the  position  of  the  castle  corresponds  with  the  description  given  later 
on,  1.  537,  «  une  cité  molt  haut  et  fort  ».  In  the  absence  ofother  identification, 
and  in  view  of  the  fact  that  we  hâve  other  indications  of  a  Cornish  origin, 
this  suggestion  may  be  worth  investigation. 

4.  L.  395  et  seq.  Molt  fu,  ce  sacbiei  vous,  Tristrans.  Cf.  this  detailed  des- 
cription of  the  hero's  accomplishments  with  that  given  in  the  Anglo-Norman 
Horn  et  Rimenild  (St.  XVII.)  : 

N'est  estrument  suz  cel  dunt  hom  sacet  mortal 
Dunt  ne  past  tute  gent  dans  Horn  l'emperial 
De  bois,  de  riveer  refet  il  altretal 
D'eschermir  en  tuz  senz  n'est  a  lui  communal 
Nul  ke  vest  al  palais  u  burel  u  ccndal. 
Nul  n'en  set  envers  lui  bien  mener  un  cheval. 
Nul  si  porter  escu  ben  buchlé  od  cristal, 
Fort  e  bel  le  fist  si  li  Sires  cspirital. 

This  was  onc  of  the  passages  which  led  me  to  the  conclusion  that  we  are 
hère  dealing^with  the  working  over  of  an  earlier  poem  ;  an  elaborate  descrip- 
tion of  the  hero's  attainmcnts  is  not  a  fcature  of  the  Arthurian  biographical 
romance.  Moreover,  Tristan  is  not  hère  the  hero  «  par  excellence  »  :  as  we  shall 
find  when  Perceval  comes  upon  the  scène,  he  is  forced  to  take  a  second,  even  a 


TRISTAN    MENESTREL  525 

third,  phicc.  Such  a  passage  would  not  be  found  in  an  original  poem  of  this 
date  and  character.  But,  were  Gerbert  or  his  predecessor  working  ovcr  a 
crenuinc  Tristan  poem,  this  description  is  prccisely  what  we  might  look  for  ; 
the  excellence  of  the  éducation  bestowed  by  the  care  of  the  faithful  Roald  on 
his  young  lord  is  always  carefully  noted  (cf.  hère  M.  Bédier's  édition  of 
Thomas,  I,  29).  The  style  of  the  passage,  too,  differs  from  the  somewhat 
ordinary  dry  récital  ;  it  has  a  lyrical  ring  which  we  miss  elsewhere.  We  shall 
find  another  parallel  with  Horn  later  on,  and  it  is  vvorthy  of  note,  that,  while 
the  incidents  involved  belong  to  the  common  subject  matter  of  the  taie,  the 
verbal  correspondence  is  in  cach  case  with  the  Anglo-Norman  version. 

With  regard  to  Tristan's  skill  in  wrestling,  somewhat  unusual  for  a  knight, 
it  should  be  remembered  that  Cornishmen  hâve  always  excelled  in  this  pas- 
time  ;  it  is  a  bit  of  local  colour,  quite  in  keeping  with  Tristan's  connection 
with  the  Duchy.  The  discomfiture  of  Gawain,  it  should  be  noted,  takes 
place  behind  closed  doors,  and  is  not  known  to  the  court,  whereas  that  of 
Lancelot  was  open  and  public.  This  appears  to  me  to  indicate  a  désire  on  the 
part  of  the  original  autlior,  while  maintaining  the  superiority  of  his  hero,  yet 
to  respect,  at  the  same  time,  the  Arthurian  tradition  wliich  regarded  Gawain 
as  practically  invincible.  That  any  one  familiar  with  the  texts  could  imagine 
that  Gerbert  was  hère  drawing  upon  the  prose  Tristan,  the  author  of  which 
never  misses  an  opportunity  of  vilifying  Gawain,  is  to  me  incompréhensible  ; 
this  story  neither  came  from  the  prose  romance,  nor  could  hâve  ben  compo- 
sed  after  that  romance  attained  popularity. 

5.  L.  45  5<  Tant  que  d'Iseut  li  a  mcnhrc.  Are  we  hère  dealing  with  a  conti- 
nuation of  the  first  poem,  or  with  the  commencement  of  a  second  of  the  same 
short  episo'lic  character?  La  Luite  Tristran,  the  title  used  by  Gerbert,  applies 
only  to  the  first  section,  and  has  no  connection  with  what  foUows.  I  think 
that  the  two  were  probably  originally  independent  of  each  other.  There  were 
most  probably  a  number  of  short  popular  taies  dealing  with  this  favourite" 
thème,  which  formed  the  groundwork  of  the  longer  poems,  and  I  would 
suggest  that  we  are  hère  dealing  with  two  such,  which,  for  some  reason, 
found  no  place  in  the  final  and  authoritative,  version.  Cf.  hère  Mr.  Ivor  B. 
John,  «  Notes  on  Celtic  Studies»,  Cardiff,  1904. 

6.  L.  495.  Chascuns  ot  roube  mal  taillie.  AU  this  section,  the  disguise  as 
minstrels,  the  enumeration  of  the  musical  instruments,  etc.,  is  interésting 
from  more  than  one  point  of  view  :  nowhere  in  any  of  the  romances  devoted 
to  him  does  Tristan  assume  this  disguise  in  order  to  see  îseult,  and  yet  it  is 
far  from  being  an  unnatural  one.  It  is  true  that,  by  his  skill  on  the  «  rote  »,  he 
rescues  the  queen  from  her  unwelcome  Irish  lover,  but  hère  there  is  no  dis- 
guise, as  Gandin  does  not  know  him.  Considering  the  stress  laid  on  Tristan's 
talent  for  music  this  is  somewhat  remarkable.  The  minsirel  disguise  appears 
in  Horn  and  Riiuenild,  where,  again,  the  hero  is  accompanied  by  friends 
hère  a  hundred  in  number  !  A  hundred  musicians  would,  one  would  think, 


526  J.    L.    WESTOX 

arouse  suspicion,  the   twelve  of  our  pocm,  with  diverse  and  harmonizing 
instruments,  is  a  much  happier  conception.  I  give  the  Horn  passage  : 

Cent  compagnuns  menât,  ke  mult  sunt  de  valor  ; 

Harpes  portent  asquanz,  vicies  li  plusor, 

Ço  volt  sire  Horn  k'il  scient  jugleor. 

Fors  halbers  unt  vestuz,  dunt  grant  ert   (sic) 

E  lur  chapals  dcsus  de  diverse  color, 

Lur  durs  branz  ceint  as  lez  cum  vassal  de  ruddor. 

(St.  CCXXXVII.) 

It  was  also  in  the  disguise  of  a  minstrel  that  King  Alfred  penetrated  into 
the  camp  of  his  Danish  foes.  The  ruse  appears,  on  the  whole,  to  bc  insular 
rathcr  than  continental. 

The  continuation  of  Gcrbcrt  is  so  Httle  known  that  it  may  bc  well  herc  to 
draw  attention  to  the  fixct  that  he  appears  to  hâve  had  a  keen  appréciation  of, 
and  sympathy  with,  minstrels.  In  a  long  passage  inserted  in  the  account  of 
Perceval's  wedding  with  Blancheflor,  he  contrasts  the  ill  treatment  now  mee- 
ted  out  to  minstrels  with  that  which  was  their  portion  aforctime  ;  then,  did 
the  minstrels  please  the  company  ;  they  would  take  off  their  robes,  and  bestow 
theni  on  them  : 

Tels  i  vint  povres  e  mendis 
Qui  fu  riches  de  grant  avoir, 
Mais  ce  poons  nus  bien  savoir 
due  cil  usages  est  passez. 

Now  the  knights  will  still  promise  the  robes,  but,  when  the  minstrel  cornes 
to  claim  them,  they  hâve  been  given  to  the  squires.  Alike  when  Perceval 
reaches  the  castle  of  Gornemans  and  that  of  the  sons  of  the  Red  Knight,  we 
are  told  how,  on  retiring  to  rest,  a  minstrel  comes  to  his  chamber  : 

A  estive  de  Cornoaille 
Li  note  .j.  menestrex  sanz  faille 
Le  lai  Goron  molt  dolcement  ; 
Endormis  est  isnelemcnt. 

(B.N.  fr.  12576,  fol.  176.) 

We  may  note  hère  that  the  instrument  is  the  same  as  onc  of  those  carried 
by  the  masqueraders.  In  the  second  instance  (at  the  castle  01  Leandcr),  the 
minstrel  sleeps  in  the  same  chamber  ;  during  the  night  Perceval  is  treache- 
rously  attacked,  and  the  minstrel,  gallantly  defending  him,  is  slain.  The  next 
day  he  is  buried  with  grcat  honour,  and  an  inscription  placed  on  his  tomb  to 
the  effect 

C'on  doit  toz  mcncstreus  amer 
Por  celui  Dieu  qui  terre  e  mer 


TRISTAN    MÉNESTREL  527 

Estera  doint  honor  a  ceus 
Ki  onorent  les  menestreus. 

(Fol.  200.) 

Was  Gerbert  such  a  minstrcl  ?  The  liero  of  the  Roman  de  la  Violette, 
again,  assumes  the  same  disguise,  and  the  two  passages  should  be  compared  : 

E  vesti .]'.  vies  garnement 
E  pent  a  son  col  la  viele 
Que  Gerarz  bien  et  biel  viele. 

(Éd.  Fr.  Michel,  p.  69.) 

It  looks  hère  as  if  Gerbert  had  borrowed  the  disguise  of  his  hero  from  our 
poem.  A  point  worth  noting  in  Tristan's  disguise  is  that  he  professes  to  hâve 
lost  one  eve  and  pulls  his  hat  over  his  brow  ;  this  recalls  the  disguise  assumed 
by  Odin  in  his  earthly  wanderings,  and  may  hâve  been  suggested  by  Scandi- 
navian  tradition. 

7.  Ll.  631-52.  Ou  il  ot  une  bêle  lande, 

N'ot  si  bêle  dusqu'en  Irlande. 

Cf.  Roman  de  la  Violette  : 

Tant  qu'il  vint  en  une  lande 
N'ot  si  biele  dusqu'en  Irlande. 

(Éd.  Fr.  Michel,  p.  209.) 

The  Unes  are  also  in  Wauchier's  continuation,  at  the  point  where  Perceval 
recovers  the  stag's  head. 

8.  Ll.  647  et  seq.  TaiUars  et  Clars  et  Godroes.  The  names  of  the  knights 
taking  part  in  this  tournament  deserve  careful  study.  It  is  a  most  unusual 
list  ;  some  of  the  names,  as  e.  g.  Claudas  de  la  Déserte,  are  familiar,  others 
occur  nowhere  else,  while  a  third  class  may  be  déformations  of  wcU-known 
names.  Thus  Taillars  may  bc  Taulas  de  Rogemont,  a  knight  often  figuring  in 
lists  of  names,  but  with  whom  ne  spécial  story  is  connected.  Clars  might 
be  Claris,  but  this  knight  never  appears  in  the  poems  ;  Branes  is  perhaps 
Bran  de  Lis.  Can  Ydoriaus  (Tydoriaus)  be  Tydorel?  Gosengos  (678)  appears 
in  the  text  of  the  Livre  d'Artia;,  B.  N.  fr.  357,  where  he  is  the  lover  of  Gue- 
nevere.  Prof.  Freymond,  in  his  notes  on  this  version,  identifies  him  with 
Gasozêin  de  Dragôz,  the  abductor  of  the  Queen  in  Diù  Crâne,  but  this 
appears  to  me  doubtful.  Estorgans  is  the  name  of  a  Saracen  in  the  Chanson 
de  Roland.  There  is  a  David  von  Tintaguel  in  Diiî  Crâne,  and  Professer  Singer, 
to  whom  I  submitted  this  list  of  names,  suggest  that  Jolies  de  Tintaguel  may 
=  Goliath,  and  be  connected  with  this  first.  The  names  ofGogulor,  Mauda- 
madas,  and  Godroes  I  hâve  not  found  eiscwhere  ;  is  it  possible  that  the  for- 
mer, who  plays  a  decidedly  prominent  rôle,  can  be  connected  with  the  Gargol 
of  Arthur  and  Gorlagon,  edited  by    Prof.   Kittredge?  With  regard  to  the 


528  J-    L.    WESTON 

second  name  it  is  noticeable  that  the  first  part  ot  Gcrbert's  section  ci  the 
Percerai  contains  a  good  many  examples  of  the  termination  in  as,  or 
das  ;  thus  in  tlie  account  of  the  hcro's  marriagc  %ve  hâve  the  archbishops  of 
Rodas,  and  Dinas  Clamadas.  I  hâve  not  lound  this  pecuUarity  in  the  Violette, 
and  suspect  that  it  is  a  charactcristic  rather  of  Gerbert's  source.  Moadas  is, 
however,  in  Wauchier. 

9.  Ll.  758  et  seq.  En  sa  main  a  pris  un  Jlagiieil.  Thèse  lines,  again,  by  their 
lyrical  allure  appear  to  me  to  bclong  to  an  carlier  poem  ;  the  situation  is  dis- 
tinctly  picturesque,  and  the  reflection  of  Iseut  that  Tristran  would  never  hâve 
betrayed  her  by  revealing  to  another  le  lii  que  moi  et  lifeismes,  is  a  decidedly 
happy  touch. 

10. Ll.  829  et  seq.  Lors  crient  :  As  hiauuies  !  as  hiaunics  !  This  is  again  a 
very  spirited  passage,  but  hère  it  wiU  be  noted  that  the  names,  which  are 
decidedly  French,  may  quite  well  be  due  to  Gerbert. 

12.  L.  947.  Escanor  de  le  Montagne.  This  name  is  in  VAtre  PeriUeus. 

K.  Ll.  1097  et  seq.  Vous  venei  droit  de  Lonihardie.  This  is  an  allusion  to  a 
popular  Mediaeval  gibe  at  the  supposed  cowardice  of  the  Lombards,  the  real 
origin  of  which  has  not  yet  been  elucidated.  The  most  récent  study  on  the 
subject,  by  Prof.  Novati,  Giornale  storico  délia  letterat.  Italiana,  vol.  XXII, 
p.  535,  reprinted  in  the  author's  Attraverso  il  Medio  Evo  (1905),  P-  n?" 
1)1,  contains  a  Latin  poem,  relating  the  combat  of  a  Lombard  with  a  snail, 
but  the  mss.  in  which  the  poem  is  found  are  ail  of  the  XV  century,  thus  it 
seems  more  probable  that  the  story  has  been  invented  to  explain  the  allusion 
than  that  it  represents  the  original  source. 

The  earliest  référence  to  the  Lombards  as  cowards  appears  to  be  that  of 
the  Enfances  Ogier  (}.  951), 

Ce  sont  Lombart,  j'ai  oï  tesmoignier 
Que  il  ne  valent  en  armes  un  denier. 

and  to  the  fabled  conflict  with  a  snail,  in  the  Policraticus  of  John  of 
Salisbury,  quoted  by  Prof.  Novati,  but  the  story  is  nowhere  told.  Prof.  Baist, 
Zeitschrift  fïtr  Romanische  Philologie,  vol.  II,  has  studied  the  question,  star- 
ting  from  the  well  known  passage  in  Chretien's  Percerai 

Ains  pour  assaillir  la  limace 
N'ot  en  Lombardie  tel  noise. 

(at  the  point  where  Gawain  is  assailed  in  the  tower  at  Escavalon),  but  arrives 
at  no  definite  theory  as  to  the  origin.  In  the  succeediug  volume  of  thesame 
periodical,  Prof.  Toblercontributed  a  numberofinteresting  références,  the  pas- 
sage in  our  poem,  which  he  quoted  from  Potvin,  among  them.  The  conclu- 
sion arrived  at  by  Professor  Novati  is  that  the  story  started  from  the  traditio- 
nal  cowardice  of  the  Lombards,  and  took  this  especial  shape  from  the  gro- 


TRISTAN    MENESTREL  529 

tesque  représentation,  in  carving,  and  miniature,  of  combats  between  men 
and  beasts,  the  snail  being  often  depicted  as  defending  a  tower.  Not  unnatu- 
rallv  the  knight  figiiring  in  this  very  unheroic  conflict  would  be  identified 
wiih  the  traditionally  cowardly  Lombard.  This  seems  to  me  a  very  plausible 
suggestion.  It  would  be  interesting  to  know  if  any  connection  can  be  esta- 
blished  between  this  tradition  and  the  popular  English  rhyme  of  «  Four  and 
twenty  tailors  went  to  kill  a  snail  ».  The  subject  seems  to  be  worth  the  atten- 
tion of  Folk-lorists. 

14.  L.  1108.  Sire  Attdegier.  The  hero  ofan  extremely  coarse  XIl'''  century 
parodv  on  the  Chansons  Je  Geste.  The  father  of  the  hero,  who  is  as  cowar- 
dlv  as  his  son,  is  said  to  hâve  been  iiorri:^  en  Lonibanh'e,  and  to  hâve  been 
put  to  the  worse  in  a  conflict  with  a  spider,  a  point  of  contact  with  the  pre- 
vious  allusion. 

15.  L.  1 1 1 8.  Mais  vons  ivle^  Fori  c  ven;^n'er.  «  Vengier  Fourre  »  was  an  exprès 
sion  current  in  the  Middle  Ages  to  dénote  an  undertaking  foredoomed  to  fai- 
lure.  The  real  origin  of  the  phrase  is  unknown.  (Cf.  hère  Note  to  the  récent 
édition  of  M.  Gaston  Paris,  Histoire  poétique  de  Charlemagne,  p.  5  36.)  The 
whole  of  Kay's  speech  is  thus  cast  in  the  most  insulting  form  possible.  Was 
it  in  the  original  poem  ?  I  think  probably  not,  the  introduction  of  Perceval 
upon  the  scène  seems  to  me  devised  rather  with  a  view  to  Connecting  the 
independent  Tristan  section  with  the  main  thread  of  the  story;  it  will  be 
seen  that  it  nécessitâtes  the  discomfîture  of  the  real  hero  of  the  adventure, 
Tristan.  I  think  that  the  original  poem  most  probably  ended  with  the  defeat 
of  Mark's  enemies,  owing  to  the  valour  of  Tristan  and  his  companions,  and 
the  conséquent  reconciliation  of  uncle  and  nephew,  Mark  is  hère,  evidently, 
by  no  means  ;;.  malicious  character  as  he  is  in  the  prose  Tristan.  I  should  be 
inclined  to  attribute  the  appearance  of  Perceval,  and  Kay's  insulting  address, 
to  the  invention  of  Gerbert,  who,  from  the  évidence  of  the  Violette,  was 
extremely  familiar  with  the  current  literature  of  his  time. 

16.  Ll.  1300  et  seq.  Lors  se  remenhre  et  se  preitt  garde.  The  référence  is,  I 
think,  to  the  great  Tournament  before  the  Chastel  Orguellous,  in  order  to  be 
présent  at  which  Perceval  crosses  the  Bridge  Perilous,  as  related  by  Wauchier, 
and  where  he  carries  off  the  prize  for  valour,  and  départs  incognito. 

12.  Ll.  1577-8.  Et  le  Graal,  que  fai  veiï  .II.  fois.  It  will  be  remembered 
that  Gerbert's  continuation  is  inserted  between  the  Grail  visit  of  Wauchier, 
and  that  of  Manessier,  thus  Perceval  lias  seen  the  Grail  twice.  Tliis  allusion, 
coupled  with  that  above  noted,  appears  to  me  to  favour  the  view  that  this 
concluding  passage  is  the  work  of  Gerbert,  and  intended  to  form  a  Connecting 
link  between  the  Luite  Tristran,  and  the  Perceval  in  which  it  has  been 
inserted. 

15.  L.  1450.  Fors  que  la  chanhre  la  roiiie.  This  recalls  the  Tristan  poems 
where  we  find  Mark  laying  this  prohibition  on  his  nephew. 

14.  Ll.  1494-5.  Et  je  al  pui  de  Montesdaire  Irai.  This, h  v>il[  be  remem- 

34 


r,Q  J.    L.    WESTON 

bercd  is  thc  advonture  which  Gawain  is  about  to  undcrtake  wlien  thc  arrivai 
olGuigambrcsil  summons  liim  to  Escavalon  ;  in  several  mss.  ot  the  Perce- 
val  he  achieves  the  adventure,  and  wins  tlie  sword  as  estrauges  reuges,  but, 
be  it  noted  not  in  the  continuation  of  Gerbert,  where  it  is  Perceval  who 
frces  the  maiden,  but  does  not  win  the  sword,  of  which  there  is  hère  no  men- 
tion I  think  it  probable,  thcrcfore,  that  this  référence  was  in  the  original 
poem.  The  adventure  is  certainly  a  very  old  one,  and  1  doubt  if  any  of  the 
extant  versions  reallv  represent  the  primitive  form. 

15  L  1)21  £/  Tristraii  est  dolans  reines.  From  this  moment  there  is  no 
further  mention  of  Tristan  :  he  disappears  from  the  scène  as  suddenly  as  he 
appeared  upon  it,  and  plavs  no  part  in  the  further  récital  of  Perceval  s  adven- 


turcs. 


LINSTRUCTION  DE  LA  VIE  MORTELLE 


JEAN  BAUDOUIN  DE  ROSIÈRES-AUX-SALINES 


Lorsque  je  publiai,  en  1879  ',  ma  notice  des  manuscrits 
français  de  Saint  John's  Collège,  Cambridge,  je  me  bornai 
à  signaler  en  note  V Instruction  de  la  vie  mortelle  ou  de  la 
vie  humaine  {ms.  coté  T  14),  vaste  poème  français  du  xv^  siècle 
que  je  n'avais  pas  eu  le  temps  d'étudier.  Du  reste,  à  cette 
époque,  je  connaissais  assez  mal  la  littérature  des  derniers 
temps  du  moyen  âge,  et  je  n'avais  pas  les  moyens  de  vérifier 
s'il  existait  quelque  autre  manuscrit  du  même  ouvrage.  Depuis 
lors,  des  catalogues  détaillés  ont  été  publiés  de  la  plupart  des 
collections  de  manuscrits  qui  existent  en  France,  et,  pour 
l'étranger  aussi,  le  nombre  des  catalogues  imprimés  s'est  consi- 
dérablement accru.  De  mon  côté,  j'ai  visité  beaucoup  de 
bibliothèques  dont  les  manuscrits  n'ont  pas  été  décrits  ou  pour 
lesquels  il  n'existe  que  des  inventaires  manuscrits,  en  général 
insuffisants  :  nulle  part  je  n'ai  vu  signaler  l'ouvrage  sur  lequel  je 
me  propose  de  publier  actuellement  une  courte  notice. 

Cette  notice,  je  m'empresse  de  le  dire,  n'épuisera  pas  le 
sujet.  Il  restera  des  recherches  à  faire  pour  ceux  qui,  après 
moi,  voudront  étudier  le  volumineux  manuscrit  de  Saint 
John's  Collège.  Le  poème  contient  plus  de  47.000  vers  décasyl- 
labiques.  J'avoue  que  je  ne  l'ai  pas  lu  d'un  bout  à  l'autre.  Je 
me  suis  contenté  de  le  parcourir,  prenant  çà  et  là  quelques 
extraits.  Une  étude  plus  détaillée  serait  nécessaire  pour  arriver 
à  déterminer  (ce  qui  ne  serait  pas  très  difficile)  les  sources   de 


I.  Roiiiaiiia,  VIII,  505  et  suiv. 


532  P-    MEYER 

cette  vaste  composition.  Toutefois,  la  présente  notice  suffira  à 
donner  une  idée  générale  de  l'œuvre,  et  ne  laissera  pas  d'ajou- 
ter quelques  nouveaux  éléments  à  l'histoire  de  notre  littérature 
pendant  le  xv^'  siècle,  puisque  l'auteur,  on  le  verra  plus  loin, 
nous  a  fait  connaître  son  nom  et,  en  même  temps,  le  lieu  d'où 
il  était  originaire. 

Le  ms.  T  14  est  un  volume  en  parchemin,  ayant  à  peu  près 
le  format  d'un  in-folio  (hauteur  0,350,  largeur  0,23  5).  Il.se 
compose  de  191  feuillets  non  paginés,  écrits  à  deux  colonnes 
par  page  et  à  64  vers  par  colonne.  Si  toutes  les  pages  conte- 
naient" le  même  nombre  de  vers  on  arriverait  à  un  total  de 
48.896  vers,  mais  il  faut  tenir  compte  de  la  place  occupée 
tant  par  les  rubriques  en  prose  que  par  un  certain  nombre  de 
tableaux  généalogiques  et  de  listes  de  noms  qui  occupent  par- 
fois une  demi-colonne,  de  sorte  que  le  poème  ne  contient 
probablement  pas  beaucoup  plus  de  47.000  vers  \ 

Le  volume  est  relié  aux  armes  de  Plantevit  de  la  Pause 
(7  1648).  En  exergue  on  lit  :  Io.de  plantevit . de . la . p.\use . 
EPS.LODOVEN.MONTiSBRUNi.coMES.  J'ai  expliqué,  dans  mon 
mémoire  sur  les  mss.  français  de  S.  John's,  comment  la  biblio- 
thèque de  l'évêque  de  Lodève  fut  acquise  par  François  Bosquet, 
son  successeur,  puis  passa  au  neveu  de  celui-ci,  Charles  de  Pra- 
del,  évêque  de  Montpellier,  comment  Colbertde  Croissi,  succes- 
seur de  ce  dernier  sur  le  siège  de  Montpellier  (1696),  ayant 
acquis  la  bibliothèque  de  son  devancier,  la  légua  à  l'Hôpital  géné- 
ral de  Montpellier  qui  en  fit  dresser  le  catalogue  et  la  vendit  à 
un  libraire  de  Toulouse,  en  1740.  C'est  à  cette  époque  qu'un 
fellow  de  S.  John's  acheta  un  certain  nombre  des  manuscrits 
de  cette  bibliothèque,  qu'il  légua  plus  tard  à  son  collège  \ 

Il  est  temps  maintenant  de  parler  du  poème,  et  d'abord  de 
son  auteur. 

Auteur  et  époque  de  la  composition  du  poème.  — L'auteur  s'est  fait 
connaître  en  acrostiche  dans  une  sorte   de  prière  qui  termine 


1.  Il  faut  d'autre  part  tenir  compte  d'un  feuillet  bis  (145  bis),  plus  étroit 
que  les  autres,  et  ne  contenant  qu'une  colonne  sur  chaque  page. 

2.  Aux  renseignements  que  j'ai  donnés  (Rom.,  VIII,  307-9)  sur  le  sort  des 
mss.  de  Plantevit  de  la  Pause,  de  Charles  de  Pradel  et  de  Colbert  de  Croissi, 


l'instruction  de  la  vie  mortelle  533 

son  ouvrage.  Les  lettres  initiales  des  vers  de  cette  pièce  donnent 
ceci  :  jehan  bauduyn  de  rousierres  aulz  sallines. 

Rosières-aux-Salines  est  une  petite  ville  située  entre  Nancy 
et  Lunéville  (arr.  de  Nancy,  cant.  de  Saint-Nicolas-du-Port), 
Jean  Baudouin  est  d'ailleurs  inconnu.  C'est  un  nom  nouveau  à 
ajouter  à  la  liste  des  écrivains  du  xv^  siècle.  Il  ne  nous  donne,  au 
moins  dans  les  parties  du  poème  que  j'ai  lues,  aucun  renseigne- 
ment sur  sa  profession  :  toutefois  le  sujet  qu'il  a  traité  et  la 
façon  dont  il  l'a  traité  donnent  à  croire  qu'il  était  clerc.  Comme 
il  mentionne  la  mort  du  pape  Martin  V  (le  passage  est  imprimé 
plus  loin),  dans  la  quatrième  partie  de  son  ouvrage,  qui  en  con- 
tient cinq,  on  peut  être  assuré  qu'il  a  terminé  son  poème 
après  143 1,  mais  il  est  à  croire  qu'il  l'avait  commencé  avant 
cette  date.  Il  ne  parle  pas  d'Eugène  IV  (1431-1447),  ce  qui 
fait  supposer  que  le  règne  de  ce  pape  n'était  pas  très  avancé 
lorsqu'il  cessa  d'écrire. 

Sujet  du  poème. — L'auteur  fait  connaître  dans  son  prologue 
(publié  ci-après)  le  sujet  et  le  plan  de  son  livre,  qu'il  intitule 
Instruction  de  la  vie  mortelle  ou  Roman  de  la  vie  humaine.  La 
morale  et  l'histoire  y  occupent  la  plus  grande  place.  La  division 
en  cinq  parties  qu'il  a  adoptée  correspond^  nous  dit-il,  aux  cinq 
sens;  mais  il  f:mt  avouer  que  le  rapport  entre  chacun  des  sens 
et  chacune  des  parties  de  l'œuvre  n'est  pas  très  clair.  Baudouin 
est  un  écrivain  prolixe  et  ennuyeux.  N'ayant  pas  l'intention  de 
lui  consacrer  une  étude  approfondie,  je  me  suis  borné  à  par- 
courir, ou  plutôt  à  feuilleter  son  vaste  poème.  On  me  pardon- 
nera si  je  ne  suis  pas  en  état  d'en  donner  une  analj'-se  exacte. 

je  puis  ajouter  quelques  détails.  Le  ms.  des  lettres  d'Innocent  III  a  été  donné 
par  le  comte  d'Ashburnham  aux  Archives  du  Vatican  (voir  DqWûq,  Jourii.  des 
Sav.,  1896,  p.  538). —  Le  ms.  lat.  10565  (anc.  suppl.  lat.  465)  de  la  Biblio- 
thèque nationale,  contenant  le  traité  d'André  le  Chapelain,  porte,  au  bas  du 
premier  feuillet,  Vex-tihis  de  Charles  de  Pradel  (Catal.  de  la  bibliotlièque  de 
Colbert  de  Croissy,  1740,  II,  454).  Le  ms.  du  Musée  britannique  Add. 
27894-7,  en  quatre  volumes,  renfermant  des  copies  de  documents  historiques 
faites  au  xviic  siècle,  a  la  même  origine. —  Le  président  Fauchet  avait  unms. 
provenant  de  Charles  de  Pradel,  qui  présentement  appartient  à  la  Bodléienne 
(Oxford),  sous  la  cote  Bodley,  Add.  C.  29.  C'est  un  exemplaire  (incomplet 
du  début)  des  Pèlerinages  de  Guill.  de  Digulleville.  —  Enfin  la  Bibliothèque 
municipale  de  Grenoble  possède  plusieurs  mss.  de  la  même  provenance  ;  voir 
la  préface  du  Catalogue  imprimé. 


5  H  P-    MEYER 

La  première  partie  traite  des  philosophes  anciens,  principale- 
ment d'après  l'ouvrage  latin  connu  sous  le  nom  de  Dicta  philo- 
sophorum,  et  qui  vient  originairement  de  l'arabe,  ou  d'après  la 
traduction  qu'en  fit,  dans  les  dernières  années  du  xiv^  siècle, 
le  prévôt  de  Paris,  Guillaume  de  Tignonville  '.  La  seconde  et  la 
troisième  parties  sont  consacrées  à  l'Histoire  sainte,  jusqu'à  la 
prédication  des  apôtres,  le  tout  entremêlé  de  notions  d'histoire 
profane.  La  quatrième  partie  conduit  l'histoire  jusqu'à  l'époque 
où  vivait  l'auteur.  Les  faits  sont  classés  chronologiquement,  les 
divisions  étant  marquées  par  les  pontificats  et  les  règnes  des 
empereurs.  Le  dernier  pape  mentionné  est,  je  l'ai  dit  plus 
haut,  Martin  V.  La  cinquième  partie  est  une  sorte  d'instruc- 
tion pour  la  vie  chrétienne. 

Il  n'y  a  dans  tout  cela  rien  de  bien  intéressant.  L'auteur,  qui 
appartenait  très  probablement  au  monde  ecclésiastique,  puise  à 
des  sources  latines,  qu'il  cite  assez  exactement  dans  ses  rubriques. 
Ces  sources  n'ont  pas  toujours  un  caractère  vraiment  histo- 
rique :  pour  Alexandre  le  Grand,  il  accepte  les  fables  du  Pseudo- 
Callisthènes,  pour  Charlemagne  il  met  à  contribution  le 
Pseudo-Turpin,  mais  il  ne  m'a  pas  paru  qu'il  fît  usage  de  la 
littérature  vulgaire.  J'espérais  trouver  dans  la  partie  qui  con- 
cerne Charlemagne  quelques  souvenirs  de  l'épopée  carolin- 
gienne :  j'ai  été  déçu. 

Siyle,  versification,  langue.  —  On  ne  peut  pas  dire  que  notre 
Jean  Baudouin  ait  un  style  bien  caractérisé.  Il  écrit  simplement 
et  clairement,  ce  qui  est  assurément  un  niérite,  mais  l'expres- 
sion manque  de  relief,  et  la  pensée,  toujours  banale,  est  pré- 
sentée sans  art.  C'est  plat. 

La  versification  appelle  un  examen  particulier.  Le  poème  est 
en  vers  décasvllabiques  rimant  deux  par  deux,  forme  qui  n'est  pas 
fréquente  dans  l'ancienne  poésie  fraiiçaise  -.  L'auteur  admet  ce 


1.  Sur  cette  traduction,  qui  fut  souvent  copiée  et  imprimée,  voir  P.  Paris, 
Manuscrits  françois,  V,  2  et  suiv.  ;  E.  Picot,  Catal.  de  ta  Bihl.  Rotijscl.'ilit, 
002558  (t.  III,  p.  553);  sur  le  texte  latin  et  sa  source,  voir  H.  Knust, 
Mittlk'itungen  ans  dcni  Esliuriat  {Litcrar.  Ferein,  Tubingue,  1879),  p.  566  et 
suiv.  Knust  donne  quelques  indications  bibliographiques  sur  la  version  fran- 
çaise, ibid.,  p.  579  et  suiv. 

2.  Voir  ce  que  je  dis  à  ce  propos,  Romania,  XXIII,  4,  où  il  faut  corriger 
une  faute  d'impression  :  eimprers,  pour  empereris. 


L  INSTRUCTION    DE    LA    VIF.    MORTHLLR  5  35 

qu'on  appelle  souvent,  d'un  terme  impropre,  la  césure  épique, 
c'est-à-dire  la  présence  d'un  c  atone  en  surnombre  après  la  qua- 
trième svllabe.  Ce  qui  est  plus  notable,  c'est  qu'en  d'autres 
endroits  du  vers  la  même  liberté  paraît  admise.  Ainsi^  dans  le 
premier  morceau  : 

25  Et  parvenir  on  puisse///  on  paradis. 

49  XonccrfH/  au  peuple  de  Dieu  l'avenenient. 

57  Comment  aussi  ses  apostr«  en  alirent. 

64  Et  pour  la  foi  se  vo\rent  abandonner. 

90  C'est  de  congnoistre  Dieu  ses  angi'5  et  ses  sains. 

Sans  doute,  au  v.  23,  on  peut  supprimer  le  premier  eu,  et 
au.ssi  au  v.  57,  où  le  même  mot  paraît  superflu.  Mais  dans  les 
autres  cas  la  correction  est  moins  facile.  Et  dans  la  suite  on 
trouvera  maint  exemple  où  la  même  irrégularité  est  évidemment 
le  fliit  de  l'auteur.  Notons  encore  que  l'enjambement  est  assez 
fréquent. 

A  la  tin  du  prologue  de  son  second  livre,  notre  poète  lor- 
rain prie  qu'on  veuille  bien  lui  pardonner 

Se  ma  rime  est  troup  rude,  car  pas  né 
Je  ne  fu  mie  de  Saint  Denis  en  France. 

Mais,  en  réalité,  ses  rimes  ne  sont  pas  mauvaises.  Seulement, 
bien  qu'il  fasse  effort  pour  écrire  en  pur  français,  il  laisse 
échapper  un  certain  nombre  de  formes  locales.  Voici  celles  qui 
m'ont  le  plus  frappé  : 

Les  verbes  en  -er  présentent  parfois  un  prétérit  en  -//  pour  le 
sing.,  en  -irent  pour  le  plur.  Ainsi  :  eschappit  III,  157,  aJlit 
III,  24,  151  (en  rime  â\ec  départit),  170  (en  rime  avec  habit), 
179,  allirent  III,  182.  Il  faut  rétablir  alirent,  là  où  le  ms. 
porte  alerent  (I,  57),  la  rime  correspondante  étant  convertirent. 

Mais  l'auteur  emploie  aussi  la  forme  habituelle  en  -erent, 
puisqu'on  la  trouve  assurée  par  la  rime  (III,  194).  Cette 
intrusion  des  prétérits  de  la  4'-"  conjugaison  dans  les  verbes  de 
la  première  ne  paraît  pas  antérieure  au  xiv^  siècle;  du  moins 
n'en  ai-je  pas  trouvé  d'exemple  dans  les  nombreux  textes  lor- 
rains du  xiii^  siècle  que  nous  possédons.  Il  y  en  a  plusieurs 
dans  le  poème  de  la  Guerre  de  Metz  qui  fut  composé  en  1325  ' 

I.  Li!  Guerredc  Met^  eu  1^24,  poème  du  xive  s.,  p.p.  E.  de  Boutciller,  suivi 
d'études  critiques  sur  le  texte  par  F.  Bonnardot  (Paris,  1875).  Voir  p.  455. 


536  p.    MEYER 

(detnandirciU,  acordircut,  etc.).  M.  Bonnardot  écrit  à  ce  propos 
que  cette  désinence  -it,  -ircnt  n'a  cessé  dès  lors  d'étendre  son 
empire,  «  si  bien  que  le  patois  n'en  connaît  pas  d'autre  ».  Je 
fais  remarquer  toutefois  qu'elle  ne  doit  pas  être  très  fréquente, 
car  M.  Bonnardot  n'en  cite  aucun  exemple  dans  ses  Trois  textes 
en  patois  de  Met:;^  '.  Plus  au  sud,  et  précisément  dans  la  région 
à  laquelle  appartient  notre  auteur,  les  désinences  venues  de  la 
4^  conjugaison  ne  se  rencontrent  plus,  ou  du  moins  M.  L. 
Adam  n'en  fliit  pas  mention  -.  L'imparfait  avient,  III,  92  (fr. 
avaient),  le  conditionnel  daingnerient,  II,  80,  ont  aussi  leurs 
analogues  dans  la  Guerre  de  Met:;^  '. 

On  peut  encore  considérer  comme  lorraine  la  forme  poc, 
poiic  (peu),  II,  71;  III,  I,  180.  Les  exemples  de  /joc  que  cite  Gode- 
froy  (au  Complément,  sous  pou)  sont  tirés  de  textes  lorrains. 
Cette  même  forme  est  fréquente  dans  la  version  lorraine  du 
Psautier,  et  dans  la  Guerre  (i^  M^/:( (strophes  113,  232,  etc.). 

En  somme,  le  caractère  dialectal  est  peu  marqué  dans  ce 
poème. 

Le  poème  de  Jean  Baudouin  n'enrichira  guère  la  littérature 
française.  C'est  l'œuvre  d'un  compilateur  honnête  et  laborieux, 
mais  dépourvu  d'originalité.  L'idée  morale  qui  l'inspire  ne  sup- 
plée pas  à  la  pauvreté  du  sentiment  poétique.  L'Instruction  de  la 
vie  mortelle  a  été  peu  lue  et  vite  oubliée.  Aucun  contemporain, 
à  ma  connaissance,  n'en  a  parlé.  Mais,  malgré  son  isolement, 
ce  poème  a,  pour  notre  histoire  littéraire,  une  certaine  impor- 
tance, non  pas  tant  à  cause  de  son  étendue  qu'en  raison  de  son 
origine.  On  ne  peut  pas  dire  que  l'Est  de  la  France  soit  resté 
étranger  au  mouvement  littéraire  qui,  au  xiv^  siècle  et  au  xv*, 
avait  pour  centres  principaux  Paris  et  les  pays  ^vallons,  car 
on  connaît  quelques  écrits  littéraires  composés  à  cette  époque 
en  Franche-Comté  et  surtout  dans  le  pays  messin  ;  mais, 
pour  la  région  intermédiaire,  celle  d'Lpinal  et  de  Nancy,  nous 
n'avions  à  peu  près  rien.  A  ce  point  de  vue  le  poème  de  Jean 
Baudouin  comble  une  lacune  dans  notre  histoire  littéraire. 


1.  Voir  El  actes  roiiidiies  dédiées  à  G.  Paris,  p.  553,  au  §  de  la  conjugaison. 

2.  L.  Adam,  Les  patois  lorrains  (1881),  p.  174,  chap.  du  passé  défini. 

3.  Voir  au  glossaire:  -ienf. 


l'instruction  de  la  vie  mortelle  537 


Prologue  on   livre  appelh'  Vlustrnctioii  de  la  vie  niorlclle  ou  de  la  rie  huiuaine. 

Ezcchicl  nous  tesmoingne  en  son  livre  : 

Qui  le  mauvais  de  mauvestié  délivre 

Par  beau  parler,  par  exhortacions, 
4       Par  son  preschicr  ou  ses  correpcions 

Qu'il  guaingne  l'ame  du  mauvais  et  la  sienne  ', 

lu  donq,  pour  tant  que  je  guaigne  la  mienne 

Et  que  je  puisse  aucune  oeuvre  parfaire 
8       Par  quoi  pécheurs  si  se  puisse[nt]  retraire 

De  leurs  folies  et  de  leur  mauvestié, 

Av  je  voulu  commencer  ce  traitié  ; 

Et  me  plait  bien,  s'il  vous  plait,  qu'on  l'apelle 
1 2       Instruction  de  la  vie  mortelle 

Ou  de  la  vie  humaivne  le  roman. 

Car  vci  vueil,  par  prière  et  comman 

D'aucuns  amis,  les  beauz  dis  rimoier 
i6       Des  philosophes;  mieulzne  pui  emploicr 

Le  temps  que  faire  choze  dont  mon  prochain 

En  vaille  mieulz  et  au  soir  et  au  main 

Et  chastoier  puisse  leur  maise  voie. 
20       Si  prie  a  Dieu  que  mon  oeuvre  convoie 

Et  me  doint  l'ur  que  la  puisse  parfaire 

Tant  que  les  puisse  de  mal  en  bien  retraire, 

Et  parvenir  en  puissent  en  paradis 
24       Par  mon  moien,  moienans  les  beauz  diz 

Que  Philozophes  volrent  jadis  escripre, 

Priant  a  tous  de  les  parfaire  et  lire 

Dont  puissent  vivre  sans  péchiez  et  sans  blâme, 
28       Et  que  ce  soit  au  proffit  de  mon  ame. 

Comment  ce  livre  se  divise  sehv!  les  cinq  sens. 

En  cinq  parties  ceste  operacion 
Par  les  cinq  sens  ara  division  ; 
Et  pour  cela  que  l'ueil  est  instrument 
32       Du  premier  sens,  verrez  aussi  comment 
Les  philosophes,  qui  plus  virent  assez, 


I.  Cf.  EzECH.  XVIII,  27  et  xxxiii,  9. 


ijS  p.    MHYER 

Quant  nuz  vertus,  que  ceulz  dcz  temps  passez, 

Instituèrent  en  leur  temps  les  menus 
56       En  bonnes  mors  coinme  tous  sont  tenus. 

En  la  seconde,  par  comparacion 

De  nos  oreilles,  après,  ostcnsion 

Ferai  comment  Dieu  tout  premièrement 
40       Fit  a  Adam  le  sien  commandement 

Qu'il  ne  menga[st]  du  fruit  de  bien  et  mal. 

De  faire  après  l'arche  en  especial 

Au  bon  Noé,  et  comment  Abraham 
44       De  son  pavs  partit  par  son  comam  ', 

Puis  a  Moyse  comment  il  apparut 

Auquel  la  loy  aussi  donnée  fut  ; 

Comment  prophètes  furent  du  Saint  Esprit 
48       Lors  inspirez,  qui  par  bouche  et  escript 

Noncerent  au  peuple  de  Dieu  l'avenement, 

Sa  passion  et  le  sien  jugement. 

En  la  troisime  après  monstre  sera 
52       Comment  que  Dieu  proprement  parlera 

De  bouche  au  peuple,  ou  le  sens  git  u]^<', 

Et  qu'enseignier  vint  son  peuple  nieïsme, 

Et  lors  monstrer  par  signes  et  par  parole 
56       Comment  du  ciel  Tomme  acqueroit  Festoie  ;  (b) 

Comment  aussi  ses  apostres  en  alirent 

Par  tout  le  monde  et  ses  gens  convertirent  ; 

Des  chozes  aussi  qu'avindrent  es  sept  eages, 
60       Les  temps  des  rois,  des  poètes  et  des  sages. 

En  la  quatiisme  partie  sera  mis 

Comment  les  papes  et  de  Dieu  les  amis 

Mirent  les  mains  a  l'Eglise  fonder 
64       Et  pour  la  foi  se  volrent  abandonner  ; 

Comment  depuis  les  rois  et  empereurs 

Firent  églises  et  donnèrent  le  leurs, 

Tant  que  l'Eglise  par  tout  fut  eslevée 
68       Et  noblement,  eulx  moienar.s,  doée. 

En  la  cinquime  partie  on  tractera 

Comment  chascun  estât  si  devera 

Par  le  chemin  de  nostre  fo\  aller 
72       Et  en  icelle  dhuement  -  gouverner 

Jusques  a  la  fin,  en  fait  de  conscience 


1.  Lire  cornant  et  au  v.  précédent  Ahiwhanl. 

2.  Corr.  duhement. 


l'instruction  de  la  vie  mortelle  539 

Soi  retourner  ;i  Dieu  par  pénitence, 

Pour  a  la  gloire  de  lassus  parvenir; 
76       Kt  la  voulrai  ceste  oeuvre  parfenir, 

En  declairant  d'enfer  et  de  la  gloire 

Aucunes  chozes,  comme  le  pourrez  voire, 

S'il  plait  a  Dieu,  qui  m'en  doint  le  pouvoir, 
80       La  grâce  aussi  d'en  faire  mon  devoir, 

Par  quoi  meilleurs  en  puissiens  devenir 

Et  a  la  gloire  ensembles  parvenir. 

S\'tisuit  preniiey  de  Sedechias  le  philosophe. 

Sedechias  fut  moult  sage  jadis 
84       Et  philozophe  en  ses  fais  et  en  dis 

Par  qui  premier  loi  de  Dieu  fut  receue 

Et  sapience  ainssement  entendue, 

Lequel  premier  donna  ceste  doctrine, 
88       Car  qui  vuelt  vivre  selonc  la  loi  divine 

Sezc  vertus  ait  il  devant  les  mains  : 

C'est  de  congnoistre  Dieu,  ses  anges  et  ses  ssins. 

Avoir  de  bien  et  mal  discrétion, 
92         De  mettre  bien  en  operacion, 

Le  mal  du  tout  eschever  et  fuir 

Au  rois,  aulz  ducz  et  auz  princes  obeïr 

Que  Dieu  a  mis  sur  terre  pour  garder 
96         Paix  entre  gens  et  justice  excercer. .  . 

II 

Voici  le  prologue  du  second  livre,  dans  lequel  l'auteur 
blâme  avec  vchcmence  les  mœurs  du  clergé  de  son  temps,  ayant 
surtout  en  vue,  à  ce  qu'il  semble,  les  clercs  richement  rentes. 
En  terminant  il  insiste  encore  une  fois  sur  le  caractère  moral 
de  son  œuvre,  qui  a  pour  objet  d'enseigner  comment,  en 
chaque  état,  on  doit  se  comporter.  Il  unit  donc  l'histoire  et  la 
morale,  ce  qui  chez  nous  a  été  une  tradition  jusqu'à  une 
époque  récente  ' .  Il  parle  de  lui-même  avec  une  louable  modes- 
tie, et  s'excuse  de  l'imperfection  de  ses  rimes,  car,  dit-il,  «  je 
ne  suis  pas  né  à  Saint-Denis  en  France  ». 


I.   Il  y  a  eu  au  Collège  de  France  jusqu'en  1892   une  chaire  d'histoire  et 
morale. 


540  p.    MEYEK 

(Fol.   26  d)  Apres  s'ensuit  le  prologue  en  la  seconde  partie,  qui  reprent  forment 
les  perecetdx  et  preshtres  et  autres  pluseurs  clers  igiuvans  l'Escriptiire. 

Après  cela  que  j'cuz  sages  retrait 

Et  mis  en  rime  et  leurs  dis  et  leur  fait  ', 

Selon  pour  lors  mon  petit  sentement, 
4       Adonq  cuidoie  faire  reposement 

Sans  procéder  plus  avant  en  matière  ; 

Se  m'avisay  que  de  mainte  manière 

Il  est  de  gens  qui  volentier  liroient 
8       Histoires  anciennes  s'en  roumans  les  trovoient 

Et  passeroient  maintes  oisi vêtez, 

Pestes  et  dimenches,  ou  ilz  sont  occupez 

Jouvans  aux  tables,  aux  cartes  ou  autrement, 
1 2       Car  ilz  ne  scevent  la  manière  comment 

Le  temps,  vaugans  en  bien,  puissent  passer; 

Specialment  nos  presbtres  regarder 

Ne  daingnent  plus  aucuns  livres  notables, 
16       Quant  c'est  latin,  cuidans  se  soient  fables, 

Que  les  docteurs  jadis  de  sainte  Englise 

Firent  adonq  par  moult  diverse  guise. 

Inspirez  lors  par  le  saint  Esperit  ; 
20       Mais  plus  souvent  responderont  tel  dit  : 

«  Pour  quoi  ma  teste  en  cecv  roniperoie  ? 

«  Ne  tiers  ne  quart  je  n'y  entenderove  ;  » 

Pour  le  latin  que  leurs  semble  troup  fort 
24       Blasmans  les  livres  et  leurs  donnans  le  tort, 

Avant  qu'ilz  aient  .].  seul  feulet  leû. 

L'autre  si  dit  :  «  Quant  l'aroye  je  veù 

«  Mais  que  je  die  mes  heures  c'est  assez  », 
28       Qui  au  tenir  seulement  sont  lassez  ', 

Et  toutefois,  par  trois  ou  par  .iiij.  heures, 

Jouvans  aus  tables,  ilz  feront  la  demeure  : 

Les  uns  aux  champs  portent  des  espreviers, 
32       Comme  se  fuissent  bairons  ou  chevaliers, 

Et  vont  chasser  (sic)  toute  la  matinée, 

Non  retournans  tant  que  messe  est  chantée, 


1.  Corr.  retrai\-faii. 

2.  Qui  au  tenir...  sont...  se  rapporte  vraisemblablement  à  nos  preshtres  du 
v.  14.  La  construction  est  embarrassée  et  peut-être  y  a-t-il  quelque  lacune 
ou  erreur  dans  le  texte. 


L  INSTRUCTION    DE    LA    VIE   MORTELLE  54I 

Sans  qu'ilz  leurs  chaillc  de  Dieu  ne  du  mostier, 
56       Mais  que  bien  facent  bruire  fort  le  mestier 

Si  font  trois  jours  ou  quatre  plus  souvent 

Que  des  églises  de  chenoinnes  ou  couvent 

Nos  braconniers  '  ne  pueent  mot  sonner 
40       Ne  une  antienne  au  besoiug  entonner, 

Tant  ont  brachiez  après  aucune  beste, 

Et  en  apert  en  font  encor  lour  feste. 

«  Laisse  moi,  laisse  »,  font  il,  «  mener  bon  temps  » , 
44       Et  que  vault  pis  encor  ont  en  contemps 

Ceulx  qui  parfont  et  entendent  au  servise, 

Car,  quant  ilz  sont  a  part  a  leur  divise, 

Dient  d'ung  tel  :  «  Ce  n'est  qu'unne  chimère  », 
48       Ou  de  Iv  autre  :  «  Ce  n'est  qu'unne  commère. 

«  A  quoi  est  bon  ceu  qu'il  lit  sans  séjour? 

«  Je  ne  prendroie  pas  .x.  s.  pour  le  jour 

«  Et  j'eusse  leu  trois  fueilles  de  sou  livre; 
52       «  Il  n'y  a  tel  que  d'en  estre  délivre, 

«  Estre  galant  et  tousjours  bon  compain, 

((  Chanter,  mener  la  vie  soir  et  main. 

«  Mon  pain  est  cuit  ^  :  jamais  n'y  puis  faillir. 
56       «  Je  sçai  assez.  Quant  je  vouldrai  servir 

«  Nostre  Seigneur,  tout  a  temps  y  vendray 

«  Quant  ma  jonesse  toute  passée  aray. 

«  Adonq  sera  temps  d'entendre  a  bien  faire  ; 
60       «  Hure  lan  hure!  laisse  moy  rire  et  braire  : 

«  C'est  pour  les  dames  que  j'aime  par  amour. 

«  Dieu  ne  vuelt  mie  la  mort  du  pecheour. 

«  Quant  vieulx  serai  je  feray  pénitence. 
64       «  Adonq  voulray  faire  moult  d'abstinence 

«  Et  devenir  proudomnie  et  ung  corps  sains.  ».  (f.  27) 


1.  Braconnier  signifie  ici  non  pas,  comme  ordinairement,  le  valet  de  chiens, 
mais  d'une  façon  générale  celui  qui  chasse  avec  des  chiens  braques. 

2.  «  Avoir  son  pain  cuit  »,  c.-à-d.  avoir  son  existence  as.surée.  Le  Roux  de 
Lincy,  Livre  des  prav.,  Il,  208,  cite  cette  expression  d'après  le  Dict.  de  l'Aca- 
démie ;  mais  elle  est  bien  plus  ancienne.  Raimon  de  Petîafort,  en  sa  Sutnnia 
pasloralis,  dit  que  souvent  on  fait  entrer  dans  des  communautés  religieuses, 
sous  un  pieux  prétexte,  des  infirmes  incapables  de  rendre  aucun  service,  qui  y 
prennent  place,  non  pas  pour  servir  les  pauvres,  «  scd  ut  bibant  et  comedant, 
et,  ut  vulgariîer  dicitur,  paneiii  suiim  coctuiii  habcni  ciiiii  intravenuil.  »  (D'après 
un  ms.  de  Laon,  Catul.  général  des  mss.,  in-40,  l,  637). 


542  p.    MEYER 

Vcci  cela  que  responderont  mains, 
S'encor  il/,  daiugnent  qui  leurs  dit  escouter  ; 
68       Pour  quoi  pluseurs  s'en  quierent  a  depourter 
De  leurs  bkismer  leurs  vices  et  leur  folie, 
Car  rien  n'aroient  fors  que  la  vilonnie 
Et  le  mal  gré  ;  las  !  poc  ont  entendu, 
72       Et  s'il  l'entendent  se  l'ont  mal  retenu. 

Tarder  ne  vueille  de  toi  brief  convertir 
A  nostre  Sire,  ne  aussi  advertir 

Que  dit  saint  Pol  :  «  Nul  qui  vuelt  militer 
76       «  A  nostre  Sire,  si  (/.  ne?)  se  doit  impliquer 

«  Envers  besongnes  que  séculières  soient  '.  » 

Grans  bénéfices  avoir  desireroient 

Et  les  péchiez  du  peuple  devourer, 
80       Mais  quelqu'exemple  ne  dainguerient  monstrer  : 

A  painne  en  l'an  dengnent  dire  une  messe. 

Mais  bien  leur  semble  que  ce  soit  grant  prouesse 

Quant  ils  maintiennent  en  hault  braconuerie. 
84       Je  me  tairay  a  parler  de  leur  vie. 

Car  ce  n'est  pas  mon  principal  propos. 

Plus  a  a  dire  sur  moi,  bien  dire  l'os. 

Se  bien  ilz  fout  aussi  le  trouveront  ; 
88       Se  mal  ilz  fout,  créez,  le  comparont. 

Le  temps  est  brief  et  les  jours  sont  mauvais 

Ou  que  plourer  deveriens  nos  méfiais 

Et  occuper  en  bonnes  euvres  noz  jours. 
92       Point  de  demain  n'avons  ne  de  séjour  ; 

A  tous  les  jours  lisons  des  cinq  talens 

Quilz  signifient  %  mais  nous  n'avons  talens 

D'excecuter  ne  Iv  ung  ne  les  deux. 
96       Au  moins  labourent  les  pouvres  laboureux 

Fa  se  bien  paient  leurs  droitures  a  l'Eglise  ; 

C'est  leur  talent  ;  je  ne  voy  par  quel  guise 

Nous  emploions  ceulx  que  nous  sont  tramis. 
100       Nous  ne  chantons  pour  pareus  ne  amis 

Ne  parrochiens,  et  prenons  leurs  aulmosnes 

Nous  ne  preschons  a  aucunes  personnes. 

Ne  ne  monstrons  de  bonne  vie  exemple. 
104       Tart  nous  allons  aux  heures  et  on  temple, 

N'estudions  epistre  n'euvangile. 

1.  «  Nemo  militans  Deo  implicat  de  negotiis  sa:cularibus  »  (II  tim.  ii,  4). 

2.  Matth.  XXV,  14  et  suiv. 


L  INSTRUCTION    DE    LA   VIE    MORTELLE  543 

Le  commun  peuple  en  noz  forfais  prcnt  bile 

De  qui  nous  somes  miroir  et  exemplaire  ; 
108       Et  s'ilz  font  mal,  ne  cuident  pas  mcffaire 

Quant  le  clergié  voient  premier  errer. 

Dieu  si  nous  volt  sel  de  terre  appeller  ', 

Car  ainsi  come  viande  mal  sallée 
112       Est  de  chascun  qu'en  taiste  reboutée, 

Et  deprise  on  Testât  du  cuisinier, 

Aussi  le  presbtre  ne  vault  pas  .j.  denier 

Qui  n'a  en  Iv  le  sel  de  sapience, 
116       De  bonnes  meurs,  de  vertus,  de  prudence, 

Qui  ne  labeure  pour  le  sien  saulvement. 

Qui  bonne  vie  ne  maintient,  et  comment 

Ses  parrochiens  pourra  endoctriner 
120       Souvent  ne  pense,  et  s'il  ne  seit  moustrer 

Ou  il  ne  voelt  donner  ensengnement, 

Entre  eulx  au  mains  qu'il  vive  tellement 

Qu'on  ne  ly  sache  quelque  rien  reprouchier  ; 
124       Mais  les  pluseurs  prennent  vin  de  couchier  ^, 

Et  ne  redoubtent  tenir  publiquement 

Leurs  concubines.  Dieu  !  quel  gouvernement  ! 

Est  ce  Testât  de  faire  pénitence  ? 
128       II  preschera  au  moustier  repentence 

Et  que  son  peuple  ne  vueille  rencheoir 

En  leurs  péchiez,  et  chascun  puet  veoir 

Son  mal  estât,  qu'il  n'a  contricion, 
132       Quant  se  confesse,  que  lui  vaille  .j.  bouton. 

Et  telz  ne  vuellent  lire  les  grans  périls 

Es  quelz  ilz  sont  que  sont  mis  en  escrips 

Par  les  docteurs  comme  j'ai  dit  devant.  (b) 

136       Et  pour  cela,  se  ne  puis  maintenant 

Vauquer  a  ce,  et  ne  puis  mie  faire 

Ce  que  j'escriz,  ne  moustrer  l'exemplaire 

De  bonne  vie  si  test  com  je  voulsisse 
140       A  le  mien  peuple,  car  pas  tous)  ours  on  n'isse 

A  son  vouloir  du  lieu  ou  qu'on  demeure, 

Vueil  je  vauquer  on  jour  a  certaine  heure 

A  quelque  choze  que  bien  soit  proffitable 
144       Et  a  chascun  bon  chrestien  delitable, 

Pour  jonnes  presbtres,  pour  seigneurs  et  bourgois 

1.  Matth.  V,  13. 

2.  Vin  qu'on  boit  avant  de  se  mettre  au  lit,  le  nii^ht  cop  des  Anglais.  Autres 
exemples  dans  Godefroy,  CovipL,  colchier. 


544  ^-    MEYER 

Qui  sccvcnt  lire  et  entendre  françois, 
Ou  Hz  pourront  les  histoires  comprendre 
148       Premier  de  Dieu,  et  en  brief  les  entendre, 
Tant  du  nouvel  com  du  vieulx  Testament 
Depuis  que  Dieu  fit  cestui  firmament 
Jusques  a  la  fin  maintenant  de  noz  jours, 
152       Tant  d'anciens  pères,  papes  corne  empereurs 
Secondement  les  Croniques  des  rois 
Du  temps  passé,  au  plus  près  toutesfois 
Que  je  pourrav  bonnement  translater  ; 
156       Mais  on  ne  puet  si  grosse  euvre  attempter, 
Tant  soit  grant  clerc,  que  ne  faille  a  la  fois. 
Se  j'ai  erré,  pour  tant,  aucune  fois. 
On  le  me  doit  pardonner  doucement, 
160       Car  (C'a?)  essyant  ne  l'ai  fait  nullement. 
Et  car  aussi  en  tous  ses  fais  bien  dire 
Sans  qu'on  v  treuve  quelque  choze  a  redire, 
D'unne  choze  seroit  plus  que  humaine. 
164       Souffire  doit  que  j'aie  pris  la  paine 

De  nuit  et  jour  par  mainte  fois  veillier 
A  leurs  proiîîs  sans  en  vouloir  denier. 
Sy  requiers  tous  de  bonne  entencion, 
168       Qui  le  lira  et  reprehencion 

Treuve  dedans,  qu'il  m'ait  pour  excusé 
Et  que  le  lieu  par  ly  soit  efi'acé 
Et  corrigié,  se  mieulx  que  moy  l'entent  ; 
172       Sy  ara  part  aveuq[ues]  mon  talent. 

Je  n'ay  pas  fait  pour  loenges  quelconques 
Cest  euvre  cy,  pardonné  me  soit  donques, 
Car  je  voulroie,  par  Dieu  de  paradis, 
176       Que  sauver  puisse  par  mes  fais  ou  mes  dis 
Une  seule  arae  pour  trestout  mon  louvier. 
Devers  le  vespre  voit  on  le  bon  ouvrier,  ' 
Dit  on  souvent,  pour  tant,  vers  la  parfin, 
180       Vueil  je  traitier  du  monde  et  de  sa  fin, 
Après  cela  que  j'averay  traitié 
Comment  chascun  si  doit  estre  adrecié 
En  son  estât  et  comment  il  doit  vivre. 
184       De  ce  prologue  yci  je  me  délivre 

En  suppliant  qu'il  me  soit  pardonné 
Se  ma  rime  est  troup  rude,  car  pas  né 


I.  «  La  fin  loue  l'ouvrier  »,  Le  Roux  de  Lincy,  Livre  des  parc,  II,  143. 


L  INSTRUCTION    DE   LA    VIK    MORTELLE  545 

Je  ne  fu  mie  de  Saint  Denis  en  France, 
188       Et  pour  cela  l'en  doit  mon  ignorance, 

Quant  a  la  rime,  ung  petit  supporter. 

Autre  rien  née  ne  vous  vueil  enhorter 

l'ors  quant  arez  toute  l'euvre  vehue  ', 
192       Se  quelque  chose  y  est  dedans  vehue 

Qu'a  vos  prochains  si  puissent  ^  proiïïter, 

Vous  leurs  vueilliez  doulcemeut  reciter 

Afin  que  soie  du  bien  participant, 
196       Et  que  pour  moy  soit  chascun  depriant 

Nostre  Seigneur,  tant  que  puisse  acquérir 

De  Dieu  le  règne  que  point  ne  puet  faillir. 
Amen. 

S'ensuyt  yci  après  la  seconde  par  Lie  de  ceste  oeuvre  en  laquelle  est  traité  en  briefv 
narracion  Testât  des  six  eages,  c'est  assavoir  dès  Venco)nmancement  du  monde 
jusques  a  Nostre  Seigneur  Jesiicrist,  et  des  fais  de  Nostre  Seigneur  en  chascune 
eage  et  des  enconnnanconens  des  roialmes  auctentiques  que  furent  jadis,  des  rois 
et  des  notables  fais  et  sages  que  furent  par  led.  temps. 


III 


Voici    quelques    morceaux     de     la    quatrième    partie,    qui 
est  consacrée  à  l'histoire  du  monde,  depuis  Tibère. 

(Fol.  115)  Prologue  en  la  quarte  partie  que  traite  des  empereurs  depuis  Tybere, 
des  papesyt  rois  de  France,  etc. 

Pouc  ce  seroit,  se  les  fais  d'empereur, 

De  rois  aussy  devant  Nostre  Seigneur, 

Que  Juïfz  firent  par  avant,  ou  payens, 
4       Avoir  descript  sans  parler  des  crestiens, 

Tant  empereurs,  papes  comme  des  roys 

Qui  furent  puis  que  Dieu  fu  mis  en  crois, 

Car  autrement  proprement  accomplie 
8       L'euvre  ou  vstoire  icy  ne  seroit  mie, 

Et  diroit  on  car  ce  n'est  pas  maistrise 

De  commencer  ne  de  fiiire  entreprise 

D'aucune  chose  se  l'effect  ne  s'ensuit 


I.  Corr.  leile.  —  2.  Con.  puisse. 

Roniania,  XXXF  35 


54^  p.    MEYER 

12       Et  jiisques  a  fin  n'avoit  le  sien  conduit. 

Et  pour  cela,  après  les  évangiles, 

Je  vueil  parler  de  matières  soubtiles, 

Tant  des  apostres  a  l'encommencement 
i6       Com  de  leurs  fais,  mais  tout  premièrement, 

Vueil  commencer  au  temps  des  empereurs 

Qui  monstreront  les  ans  Nostre  Seigneur, 

Comment  souk  eulz  furent  persequutez 
20       Des  synagogues  de  citez  en  citez. 

Comment  partirent  toutes  les  régions 

De  cestui  monde  pour  publicacious 

De  la  foy  faire  ;  comment  adonq  S.  Pierre 
24       En  Anthioche  allit,  et  en  arrière 

A  Romme  contre  Symon  dit  l'enchanteur  ; 

Comment  saint  Pol,  qu'estoit  persequuteur 

De  saint'  Eglise,  suustint  la  nostre  foy  ; 
28       Comment  aussi  .pour  maintenir  la  loy 

Fut  envoie  par  appellaciou 

Depuis  a  Romme.  Eu  après  mencion 

Ferai  des  papes,  empereurs  et  des  rois 
32       Selon  leurs  grans  mérites  ou  leurs  desrois, 

Tant  que  matière  a  rimer  trouverons 

Jusques  a  ces  jours,  se  faire  le  pouvons. 

Ou  finera  ceste  quarte  partie. 
36       Sy  requier  Dieu  qu'il  soit  en  mon  aye 

Et  me  dont  faire  a  1\-  chose  aggreable 

E  aux  lisans  très  bonne  et  proffitable. 

Ce  qui  concerne  Charlemagne  est  très  bref.  Voici  la  fin,  tirée 
de  la  Chronique  du  faux  Turpin  : 

Qui  tous  ses  fais  voulroit  icy  descripre,  (f.  138  h) 

40       Trois  grans  quaiers  ne  pourroient  souffire. 

Pour  tant  m'en  passe  a  présent  de  l'istoire, 

Combien  touchier  vueil  du  Irespas  encoire, 

Car  celle  nuit  que  trespasser  devoit 
44       Une  grant  tourbe  d'ennemis  si  passoit 

Environ  Raius,  ou  Turpin  qu'estoit  la. 

Et  lors  veillant,  conjurer  les  alla. 

Dont  l'un  d'iceulx  lui  dit  car  ilz  alloient 
48       Veoir  se  l'ame  conquester  lors  porroient 

De  Charlemaigue  qui  pour  ly  fit  retour 

Par  la  vertu  lors  de  Nostre  Seignour, 

En  tesmoinonant  car  ilz  n'avient  fait  rien 


L  INSTRUCTION    DE    LA    VIE    MORTELLE  547 

52       Encontre  ly,  «  car  ce  galiccycn  », 

(Voulant  saint  Jaques  a  entendre  donner), 

«  Fit  tant  de  bois  et  de  pieres  aporter 

«  Sus  sa  balance  que  iusmes  convaincus 
56       «  En  telle  ensengne  que  par  moi  fut  rompus 

«  De  grant  despit  le  pié  d'un  grant  calice 

«  Qii'avoit  donné  pour  faire  sacrifice.  » 

Et  lors  Turpin  a  Aws  si  envoia 
60       Et  ccste  ensengne  pour  vraie  lors  trova. 

Baudouin  ne  s'étend  pas  beaucoup  sur  les  rois  de  France.  Ce 
qu'il  dit  de  saint  Louis  se  borne  à  ceci  : 

De  s.  Loys  /A'c  en  cestui  nom,  roi  Je  France  XA'A'//c. 

Louys  IXe  de  ce  nom,  roy  de  France,  (f.  153) 

Prit  a  régner,  estant  en  son  enfance 

Du  précédant  Loys  filz  légitime, 
64       Et  couronné  fut  en  l'an  xiiije 

De  son  eage,  qui  xl  et  iiij  ans 

Tint  la  couronne,  et  eust  pluscurs  enfans 

De  Margueritte,  fille  de  Raymont  ' 
68       Comte  en  Provence,  qui  .vij.  en  nombre  sont  : 

Louis  premier,  qui  morut  en  enfance, 

Philippe  après  qui  puis  fut  roi  de  France, 

Pierre  le  comte  d'Alençon  et  Jehan 
72       Comte  en  Nevers,  et  Roubers  lors  enfim, 

Ysabeleth  qu'eust  le  roi  de  Navarre 

Nommé  Thiebault,  et  Blanche  débonnaire 

Qu'espousa  puis  Fernand  roy  de  Castile, 
76       Du  roy  Loys  la  plus  jonnette  fille. 

Cestui  Louvs  par  deux  fois  prit  la  croix 

Et  passaga  oultre  mer  une  fois. 

Ou  bien  sept  ans  pour  adonq  demoura. 
80       Depuis  encor  par  de  la  retourna, 

Ou  qu'il  morut  es  kaleudes  en  septembre, 

Et  raporté  fut  en  corps  et  en  membre 

A  S.  Denis  ;  cestui  canoniza 
84       Puis  Boniface,  pape,  car  il  trouva 

Qu'il  fit  miracles  a  vie  et  a  sa  mort, 


I.  Vers  trop  court. 


5:) 8  P.    MEYER 

Lu  iije  ydc  d'aoust,  ou  fut  d'acort 
Tout  le  collit'ge,  en  l'an  mil  ce 
88       Nonantc  sept,  en  Citavielle  '  estant. 

La  fin  du  livre,  qui,  pour  notre  auteur,  était  de  l'histoire 
contemporaine,  est  beaucoup  plus  développée,  sans  toutefois 
nous  apprendre  aucun  fait  nouveau.  Après  avoir  parlé  de  Jean 
Hus,  il  poursuit  ainsi  : 

En  ce  concile  furent  ars  deux  hérites  (f.  i6i) 

Qui  soustenoient  maintes  hereses  interdictes, 
C'est  assavoir  Jehan  Huss  et  Jérôme 
92       Qui  toute  Prague  avient  séduis,  si  corne 
Puis  fut  mostré  au  concile  ensivant 
Qu'a  Baille  fut  leurs  erreurs  confutant 
Par  longes  et  maintes  grans  disputations, 
96       Satisfaisant  a  toutes  leurs  raisons 

Du  sacrement  qui  maintes  erreurs  tenoient, 
Qui  leurs  erreurs  pour  adonq  defendoient. 
Le  temps  pendant,  Charle  dit  Maleteste, 
100       Moult  solennelle  personne  et  très  honneste, 
De  par  Grégoire  antipape  envoie  ", 
Moult  plainnement  adonq  a  renoncié 
A  tout  le  droit  de  sa  papalité 
104       Avans  de  li  pleniere  auctorité. 

Cestui  concile  durant  lors,  l'empereur, 
Aveuc  aussi  maint  noble  ambexadeur 
Furent  envolez  vers  Piere  de  la  Lune, 
108       Benoit  xiije,  tenu  de  la  commune 

D'Espaigne  entour  pour  venir  et  céder 
Au  dit  concile,  et  aussi  procéder 
A  l'union  qui  quist  évasion, 
112      "Qui  retournez  fut  par  citacion, 

Admonnesté  certaine  a  comparoir  ; 
Mais  come  adès  il  volt  a  dire  voir 
Par  maintenir  sou  obstinacion, 
116       Nonosbstant  ce  que  le  roy  d'Arragon 
Lors  envola  notables  ambaxadeurs 
O  ceulx  d'Espaigne  '  qui  estoient  pluseurs, 

1.  Civitavecchia. 

2.  Il  était  procureur  de  Grégoire  XII.  Voir  N.  Valois,  La  France  et  le  Grand 
Schisme  d'Occident,  IV,  313. 

3.  Son  fils  notamment  :  N.   Valois,   La  France  et  le   Grand  Schisme,  IV, 
346. 


L  INSTRUCTION    DE    LA    VIE    MORTELLE  549 

Et  pour  cela  firent  lors  nacion 
120       Corne  Angleterre,  dont  protestacion 

Fit  contre  Anglois  le  procureur  de  France, 

Maistre  Jehan  Champenois,  avant  ce  '.  /') 

Car  Angleterre  estoit  aveuq  Germaigne  : 
124       Sy  furent  cinq  :  Ytalie  et  Espaigne, 

Puis  Allemaingne,  puis  France  et  Angleterre, 

Sy  le  convint  pour  plus  grant  bien  soufferre. 

Mais. pour  cela  que  vers  eulx  n'envoya 
128       Pierre  de  Lune  et  point  ne  s'excusa, 

Dedairé  fut  par  procès  scismatique 

Et  adversaire  de  la  foy  catholique, 

L'an  courrant  mil  cccc  xvij, 
132       xxvjmc  lors  (jour?)  du  mois  de  juillet  -. 

Après  l'uitisme  de  novembre  ensivant, 

Le  saint  collège  fut  on  conclave  entrant 

Pour  d'un  seul  pape  lors  faire  élection 
136       Et  six  aveuques  de  chasque  nacion 

Qui  Ode  eslurent  de  la  Columpne  dit, 

Lors  cardinal  ',  et  consacrer  se  fist 

L'an  dessus  dit  et  le  xxji"^^ 
140       Lors  (jour?)  de  novembre  Tindicion  x^e. 

Du  poittificaJ  de  Martin  V^  pnpe,  ce  et  vij^. 

Martin  V^,  puis  que  pape  eslit  fut, 

Approuva  toutes  les  chozes  que  conclut 

Le  saint  concile  pour  adonq  de  Constance, 
144       Et  décerna  par  la  sienne  ordonnance 

L'aultre  concile  futur  envers  Pavie, 

Une  cité  notable  en  Lombardie, 

Et  maintes  choses  sur  les  collacions 
148       Des  bénéfices  et  leurs  provisions  ; 

Et  ainssi  prit  fin  le  concile  la 

Qui  par  trois  ans  bien  et  demi  dura. 


1.  On  trouvera  une  rime  du  même  genre,  plus  loin,  V,  156.  Pour  d'autres 
exemples,  voir  G.  Paris,  Etude  sur  le  rôle  de  l'accent  latin  dans  la  langue  fran- 
çaise, p.  120.  * 

2.  N.  Valois,  IV,  350. 

3.  Pour  les  circonstances  dans  lesquelles  se  fit  l'élection  de  Martin  V  on 
peut  consulter  N.  Valois,  La  Fraiwc  et  le  Grand  Schisme,  IV,  400  et  suiv. 


550  p.    MEYER 

Lors  ce  Martin  a  Gencves  en  allit, 
152       Aveuq  sa  court  et  de  la  se  partit 

Pour  en  aller  tout  droit  envers  Florence, 

Ou  lui  estant,  de  certaine  science 

Faisoit  venir  Baltasar  de  la  Cuisse  ', 
156       Lors  après  luv,  qui  toutefois  puis  ce 

En  Lombardie  eschappit,  et  confort 

Lui  fut  donné  par  .j.  chasteau  très  fort 

Qu'estoit  au  duc  de  Jennes,  dont  chascun 
160       Fut  moult  troublé,  le  pape  et  le  commun. 

Car  on  doubtoit  que  le  papal  reprendre 

Il  ne  voulsit  et  faire  arrière  esclandre  ; 

Mais  lors  estant  en  franche  liberté 
164       Escript  au  pape  qu'il  vouloit  de  plain  gré 

Aller  a  ly  et  faire  obédience, 

Corne  aussi  fît,  car  puis  vint  a  Florence, 

Lors  en  l'an  mil  cccc  xix, 
168       Ou  mois  d'aoust,  merveillans  jones  et  vieulx, 

Et  droit  au  pape,  en  doctoral  habit, 

Baisier  ses  piez  et  ses  mains  il  allit. 

En  approuvant  sa  deposicion 
172       Et  de  Martin  la  vraie  élection 

En  promectant  lors  toute  obédience 

Tant  humblement  que  tous  ceulx  en  présence 

Pouvrent  a  painne  soi  tenir  de  plourer  -  ; 
176       Pour  quoi  le  pape  si  le  volt  honnorer 

Qui  cardinal  puis  le  fit  de  Tuscaine, 

Et  pluseurs  fois,  come  autre,  en  la  sepmaine. 

Vers  le  palais  puis  allit  et  revint, 
180       Qui  poc  après  a  ses  derrains  jours  vint, 

Car  de  décembre  le  jourxxiij'', 

L'an  cccc  xix,  envers  prime. 

Rendit  l'esprit,  et  en  grant  révérence , 
184       Ou  baptistère  S.  Jehan  de  Florence, 

Fut  enterrer  (sic)  lors  moult  très  dignement  '. 

Ou  sépulcre  a  de  grant  auctorement. 

Après  trois  ans,  l'an  mil  cccc  (c) 


1.  Balthasar  Cossa,  pape^sous  le  nom  de  Jean  XXIIL 

2.  Cf.  N.  Valois,  IV,  312. 

5.  La  tombe  de  Jean  XXIII  se  voit  encore  dans  le  baptistère  de  Florence,  à 
droite  du  maître  autel,  avec  la  statue  couchée  du   pape   par  Donatello.   Une 


L  INSTRUCTIOX    DE    LA    VIE    MORTELLE  5  )  I 

i88       Et  xxiij,  fut  Martin  pape  absent 

Et  cardinal/  pour  concile  tenir 

Envers  Pavie,  fors  tant  qu'il  fit  venir 

La  trois  prelas  pour  cstre  presidens, 
192       Qui  s'en  allirent,  mortalité  doubtans, 

Lesquelz  a  Jeunes  arrière  translatèrent 

Ledit  concile,  ou  poc  de  gens  allèrent, 

Se  dissolvant  le  concile,  assignans 
196       Le  lieu  de  Baille  des  adonques  en  .vij.  ans 

Et,  pour  les  choses  estre  plus  auctentiques. 

Le  dit  Martin  par  letres  apostoliques 

Lors  confirma  de  son  auctorité 
200       Du  célébrer  en  la  dicte  cité. 

Puis  en  l'an  mil  cccc  xxiiij 

Trois  grans  tirans  va  la  mort  lors  abatre  : 

Premier  Tartaille  qui  le  chief  eust  trenchié 
204       Envers  Averse  i  et  Forse  fut  noyé  -, 

Brache  en  bataille  vaincu  fu  et  ocy  s  ; 

L'an  ensivant,  Jordain,  le  frère  aussy, 

De  Martin  pape,  en  mer  fut  perillié. 
208       Ce  Martin  fut  tant  doubté  et  prisié 

Qu'il  recouvra  la  terre  de  l'Eglise 

Qu'estoit  tenue  d'iceulx  .iij.  par  maistrise. 

Et  domina  par  grande  auctorité, 

photographie  de  ce  tombeau  est  insérée  dans  la  traduction  anglaise  du  livre  de 
Gregorovius  (2e  édit.  allemande,  1881)  sur  les  tombes  des  papes  :  TJx  Totnhs 

of  the  popes  Landniarks  il!  papal  history,  bv  F.  Gregorovius,  translated 

by  R.  W.  Seton-Watson  (Westminster,  1903),  en  regard  de  la  p.  68.  Voir 
aussi  E.  Mùntz,  DonateUo,  p.  37. 

1.  Angelo  di  Lavello,  comte  de  Toscanella,  dit  Tartaglia  (Tarlalea,  dans 
les  documents  latins),  célèbre  condottiere,  d'abord  partisan  puis  adversaire 
de  Martin  V,  décapité  à  Aversa  en  septembre  142 1  (Moroni,  Di\ionario  di 
enidi~ionestorico-eccîesiastica,LXXYl,  293  ;  Ere.  Ricotti,  Storia  délie  compagnie 
di  Ventura  in  Italia  (Torino,'  1844),  II,  274). 

2.  Sforza  Attendolo,  le  père  de  François  Sforza.  Il  se  noya  en  voulant 
traverser  la  Pescara  (2  janvier  1424).  Voir  Giov.  Simonetta,  dans  Muratori, 
Rec.  ilal.  Script.,  XXI,  186-7;  "^f-  Moroni,  Diiionario,  LXV,  86;  Ricotti, 
ouvr.  cité,  II,  281. 

3.  Braccio  de  Montone,  de  Pérouse,  célèbre  condottiere  tour  à  tour  parti- 
san et  ennemi  de  Martin  V,  tué  au  siège  d'Aquila,  le  2  juin  1424  (Muratori, 
Annali  d' Italia,  IX,  i,  157  ;  Rainaldi,  Annales,  ad.  an.  1424,  §  xv;  Ricotti, 
ouvr.  cité,  II,  285). 


5  52  p.    MEYER 

212       Et  par  .xii).  ans  sist  en  prospérité, 

Trois  mois  encor  et  depuis  .xj.  jours  ; 

Et  devant  ce  qu'il  eust  fait  ses  séjours 

Faire  la  noble  et  excellant  pointure 
216       Fit  pour  adonq  de  couleur  haute  et  pure 

A  S.  Jehan  de  Latran  et  portraire 

Ou  vont  mains  peintres  pour  veoir  l'exemplaire; 

Et  se  le  raaistre  eust  vescu  longement 
220       Onques  on  n'eust  veu  tel  ymaginement. 

Cestui  Martin  morant  désira  lors 

Qu'on  cnterra[st]  en  Lateran  '  son  corps, 

L'an  mil  adonq  cccc  xxxj, 
224       Tant  du  clergié  plouré  com  du  commun. 

IV 

La  cinquième  partie  est  consacrée  à  la  théologie  morale. 
Il  y  a  des  chapitres  sur  la  confession,  sur  les  sept  péchés 
capitaux,  sur  le  péché  contre  le  Saint-Esprit.  J'y  ai  remarqué 
l'histoire  de  Gui  du  Tour,  ou  de  Tournon  (datée  de  1324), 
sur  laquelle  Hauréau  a  écrit  un  mémoire  -.  Voici  le  début 
du  prologue  de  cette  partie. 

Prologue  en  la  V^  partie  de  ceste  présente  oeuvre,     (f.  162) 

Après  Testât  des  papes  et  empereurs 

Et  maintes  choses  qu'avindent  en  leurs  jours. 

Bien  appartient,  pour  mieulx  l'oeuvre  parfaire, 
4       Des  cardinalz  et  autres  estas  retraire, 

A  celle  fin  que  l'en  sache  comment 

En  sainte  Eglise  sont  ordonnéement 

Tous  les  estas  par  ycelle  estaublis, 
8       Et  qu'il  v  a,  des  grans  jusques  aux  petis, 

D'or  une  chainne,  par  quov  1?  corps  mistique 

De  sainte  Eglise  en  la  foy  catholique 

Est  adunis  aveuque  Jhesucrist 
12       Qui  est  le  chief  dont  premier  despendit 


1.  Son  monument  en  bronze,  par  Simone  di  Giovanni  Ghini,  est  placé 
dans  la  nef  de  l'église.  Photographie  dans  la  traduction  précitée  de  l'ouvrage 
de  Gregorovius,  en  regard  de  la  p.  70. 

2.  Notices  et  extraits  de  qq.  mss.  latins  de  la  Bihl.  nat.,  II,  328  et  suiv. 


l'instruction-  de  la  vie  mortelle  553 

Celle  puissance  des  clefz  que  tut  donnée 
A  monseigneur  saint  Pierre,  et  transpourtée 
En  successeurs,  papes  et  cardinaix, 
i6      Grans  penanciers,  patriarches  et  legalz, 
En  arcevesques,  e^'esques  et  abbez. 
En  chiefz  des  ordres,  en  doyens  et  curez. 
Et  des  curez  en  ceulx  qu'il  ont  commis 
20      Dessus  leurs  peuples  auxquels  ilz  sont  soubmis. 
Puis  a  tous  prestres,  qui  sont  debuement 
Par  leurs  e\'esques  ordonnez,  mais  comment 
Qu'ilz  ne  trespassent  les  termes  ordonnez, 
24       Car  nuLz  ne  doi%'ent  es  condicionnez 

Geter  leurs  taulx  corne  estrange  moisson. 
Que  l'autre  n'ait  contre  yceulx  aquoLson. 
Chascun  si  doit  congnoistre  ses  berbis, 
28       Se  ce  n'estoit  car  aucun  fut  sourpris 

Hors  de  son  lieu  de  mort  ou  d'avanture. 
Ou  sun  curé  n'estoit  raie  a  sa  cure. 
Et  il  sourvint  quelque  nécessité  ; 
32       .1.  chascun  presbtre  lors  puet  estre  apelîé, 
Non  pas  erKor  par  tout  generalment 
Mais  ou  qu'affiert  a  donner  sacrement 
Qu'est  nécessaire,  comme  confession, 
56       Ou  beso'mg  court  et  la  saincte  unction. 
Car  chascun  presbtre  a  lors  rauctorité 
Quant  evidant  accourt  necessïcé. 


Voici  les  derniers  vers  de  ce  cinquième  livre  : 

Yci  je  vneil  prier 
Geaera.nicn:  qui  ceste  envre  Liront 
Et  eue  rlii'îir  en  lisant  y  prenronc 
Q_:  .  .  'iulz  tlz  lears  plaise  escuser 

E;  -.:-._.:  ;:Lz  me  sente[nt]  aboser 
Aucunement  en  rime  ou  en  histoire. 
Car  .'].-.     -  -    '  .'::"-"  '- 

Etscr;. 
Rien  n'attcic  . 
Dont  vient  : .  - .    . 
Et  l'indostrie  des  choses  concevoir  ; 
E:  z-  li~i'iz  z"  retribucion 


Forme  rare  ;  cf.  le  provetiçil  veire^  qai  du  reste  n  c:t  pa.;-  a.  .ci-:- 


554  P-    MEYER 

Fors  que  prières  et  intervencion 
Pour  mes  torfais,  que  Dieu  pardon  m'en  face 
Et  en  la  fin  d'en  acquérir  sa  grâce. 
Amen. 

A  la    suite  vient  l'épilogue  en  forme  de  prière  où  l'auteur 
donne  son  nom  en  acrostiche.  Voici  cette  médiocre  poésie  : 

Je  rendz  cv  grâce,  révérence  et  amour  i 

En  tout  honuour 
Hui  tout  premier  a  la  divinité, 
Au  Père,  au  Filz,  nostrc  médiateur 

Ni  enseignour, 
Briefet  au  Saint  Esprit  en  deïté, 
A  toute  ensemble  la  sainte  Trinité, 

Vraye  unité. 
De  toutes  choses  estant  le  creatour 
Ung  tout  seul  Dieu  qui  a  tout  limité, 

Yver,  esté  ; 
N'e^  rien  aussi  dont  ne  soit  rachctour. 
De  cuer  joieux  ainssement  remercy 

Encoire  icy 
Reveramment  la  pucele  honorée 
Ou  tous  bien  sont,  et  car  elle  est  aussy 

Vierge  sans  sy, 
Sacraire  a  Dieu  que  trestout  luy  aggrée. 
Je  treuve  encoire  que  c'est  celle  rosée 

En  bas  donnée 
Relevant  tost  pécheur  qui  est  nercy, 
Repareresse  de  l'ame  désolée. 

Environnée 
Sur  toutes  autres  de  grâce  et  de  mercy. 
Aussy  bien  dois  aux  sains  de  paradis, 

Voire  en  mes  dis, 
Loenges  rendre  après  ce  tiercement. 
Zacharias  si  eust  jadis  .).  filz, 

Saint  Jehan  dis. 
Auquel  je  reng  grâces  dévotement. 
La  court  du  ciel  loée  en  soit  briefment. 

Licitement; 
Je  ne  puis  cy  tous  les  sains  de  jadis 
Nommer  par  noms  en  regraciement 

Entièrement  ; 
Se  leurs  demande  pardon  de  mes  mesdis. 

E.xplicit  istud  opiis.  Deo  gralias. 

P.  Meyer. 


SOXE  DE  NANSAI  ET  LA  NORVEGE 


Dans  les  récits  de  la  vieille  poésie  française  figurent  de  temps 
en  temps  des  personnages  de  nationalité  étrangère  et  l'action  se 
passe  souvent  hors  de  France  dans  des  pays  lointains  et  peu 
connus.  Pourtant  les  trouvères  n'essaient  presque  jamais  de 
nous  peindre  ces  pays  ni  de  relever  les  particularités  qui  carac- 
térisent leurs  habitants.  La  recherche  consciente  delà  «  couleur 
locale  »,  si  chère  aux  romantiques,  est  absolument  étrangère  à 
la  littérature  naïve  du  moyen  âge.  Dans  les  chansons  de  geste 
les  Sarrasins  agissent  absolument  comme  les  barons  français  :  les 
pensées  et  les  sentiments  des  uns  et  des  autres  ne  diffèrent  pas 
sensiblement'.  Le  seul  moyen  par  lequel  le  trouvère  français 
cherche  quelquefois  à  marquer  le  caractère  étranger  de  son 
héros  musulman,  c'est  l'emploi  d'un  mot  arabe  ou  de  quelque 
titre  oriental,  de  même  qu'il  introduit  des  mots  anglais  ou 
allemands  dans  son  texte  quand  il  met  en  scène  un  héros  anglais 
ou  allemand.  Dans  la  description  d'un  tournoi,  auquel  parti- 
cipent plusieurs  nations  étrangères,  l'auteur  de  Guillaume,  de 
Dole  place  les  deux  vers  suivants  : 

Vos  2  oïssie:^^  dire  tant  : 
IVilecoiiic  !  et  Godehere  !  ' 

Il  en  est  de  même  des  nombreux  poèmes  où  l'action  se  passe 
hors  des  frontières  de  la  France.  Que  le  poète  nous  conduise 
en  Angleterre,   en    Allemagne,    en  Italie,  en  Espagne   ou  en 

1.  Pour  plus  de  détails  voir  notre  livre  intitulé  Sloriu  delT  epopea  francese 
nel  medio  evo  (Firenze,  1886),  p.  353  ss. 

2.  Le  Roman  de  la  Rose  ou  de  Guillaume  de  Dole  publié  par  G.  Servois 
(Paris,  1893),  V.  2585-6. 


55^  K.    XYROP 

Grèce,  nous  ne  sortons  jamais  vcritahlcmcnt  de  la  France.  Les 
us  et  coutumes,  les  villes  et  leur  population,  les  châteaux  et  les 
bourgs,  la  vie  publique  et  familiale,  la  nature  et  les  paysages 
tout  est  français  — sauf  dans  les  cas  où  le  poète  nous  lance  dans 
un  monde  merveilleux,  dans  des  pays  de  fantaisie  qu'il  désigne 
arbitrairement  par  un  nom  connu  ou  sorti  de  son  imagination. 

Hn  plaçant  la  scène  dans  un  pays  étranger,  le  trouvère 
cherche  à  donner  plus  d'intérêt  à  son  récit,  et  ce  récit,  qui  a 
souvent  très  peu  de  rapport  avec  la  vie  réelle,  gagne  en  vraisem- 
blance auprès  du  public  des  lecteurs  ou  des  auditeurs  par  le  seul 
fliit  qu'il  se  passe  loin  des  lieux  de  leur  connaissance.  Ceux  qui 
seraient  choqués  d'une  rencontre  entre  Huon  de  Bordeaux  et 
Auberon  aux  environs  de  Paris,  trouveront  tout  naturel  que  le 
jeune  héros  soit  secouru  par  le  roi  de  faerie  devant  Babylone. 
Ainsi  les  noms  nombreux  de  pays  étrangers  ne  servent  ordinai- 
rement que  d'ornement,  et  les  descriptions  qui  abondent  dans 
les  chansons  ne  contiennent  pas  de  traits  pris  sur  le  vif  '. 

Une  exception  curieuse  à  la  règle  générale  nous  est  probable- 
ment fournie  par  le  poème  de  Sone  de  Nansai  ^  Ce  roman 
d'aventure,  qui  date  du  xiii'^  siècle^  a  été  composé  par  un  auteur 
inconnu,  probablement  originaire  du  Brabant.  La  valeur  litté- 
raire et  esthétique  de  ce  poème  nous  paraît  assez  mince  ;  mais 
c'est  là  une  question  dont  nous  n'avons  pas  à  parler  ici.  Nous 
nous  contenterons  de  rappeler  que  le  héros  du  poème  fait  plu- 
sieurs excursions  hors  de  son  pays  natal  et  que  les  descrip- 
tions des  pays  étrangers  données  par  le  poète  ne  paraissent 
pas  être  de  pure  invention.  Dans  ce  qui  suit  nous  laisserons  de 


1.  On  ne  trouve  nulle  part  de  renseignements  complets  sur  la  géographie 
et  l'ethnographie  de  la  vieille  poésie  française.  Les  ouvrages  de  MM.  C.-Th. 
Miiller  (Ziir  Géographie  der  dlteren  chanson:,  de  geste,  Gôttingen,  1885)  et 
W.  Schober  (Die  Géographie  der  altfran^ôsischen  Chansons  de  geste,  Marburg, 
1902)  ne  contiennent  que  des  essais  d'identification  de  divers  noms  de 
lieux. 

2.  Ce  poème  a  été  publié  sous  le  titre  fautif  de  Sone  von  Naiisay  par 
M.  Moritz  Goldschmidt  (Tùbingen,  1899  :  Hihliothek  des  lillerarischen  Vereins 
in  Stuttgart,  r\°  CCXVI).Pour  l'analyse  du  poème  voir,  outre  l'édition  donnée 
par  M.  Goldschmidt,  G.  Grôber,  Griindriss  der  ronianischen  Philologie,  II,  i, 
p.  784-785,  et  Ch.-V.  Langlois,  Lfl  société  française  an  XÎIl^  siècle,  2*^  éd. 
Paris,  1904,  p.  271-510. 


SONE    DE    XANS.4I   ET    LA   NORVEGE  557 

côté  les  voyages  de  Sone  en  Italie,  en  Allemagne,  en  Angleterre 
et  en  Ecosse  pour  nous  occuper  exclusivement  de  son  séjour 
en  Norvège. 

Ayant  essuyé  un  refus  dédaigneux  de  sa  bien-aimée  Ide, 
Sone  veut  essayer  d'oublier  sa  douleur  et  quitte  la  France.  Il 
vient  en  Ecosse;  mais  le  pays  ne  lui  plait  pas  :  on  y  mange 
très  mal  et  on  y  boit  trop  de  bière  : 


3025   Or  n'i  a  fors  du  deviner. 

Sones  n'i  veut  plus  deniorer. 
Les  Escos  laisse  as  caperons 
Lor  chiervoise  boire  a  galons. 
A  son  ostel  est  repairiés, 


Lors  li  souvint  de  la  viande, 
3020  Dont   povre    Escot    sont    en  si 
I  grande 
De  pourcachier  a  la  disnee, 
Si  font  de  tout  une  poree. 
Le  chien  samblent  a  la  quisine, 
Qui  pour  son  preu  i  adevine. 


C'est  pourquoi  il  abrège  son  séjour  et  s'embarque  pour  la 
Norvège. 

Le  roi  de  ce  pays  a  été  délié  par  les  rois  d'Ecosse  et  d'Irlande, 
et  ayant  appris  qu'un  chevalier  étranger  vient  de  débarquer,  il 
descend  au  port  pour  lui  souhaiter  la  bienvenue  et  l'inviter  à 
assister  à  un  grand  festin  qui  a  lieu  dans  son  château.  Sone 
accepte  l'invitation  et  accompagne  le  roi  de  Norvège,  qui  le 
présente  à  ses  fils  et  à  sa  cour.   Voici  la  description  du  festin  : 


Li  fil  le  roi  ont  Sone  pris, 

Bas  sont  a  une  escame  assis. 
5265  Dont  veïssies  mes  aporter 

Aussi  c'on  les  puisast  en  mer. 

Chiervoise  et  vin  partout  avoit  ; 

Car  lor  coustume  telle  estoit. 

Longement  sisent  au  mangier 
3270  Tant  qu'assés  pëust  anuijer 

Qui  ensi  ne  l'ëust  usé. 

Car  il  se  sont  si  abuvré 

Que  cascuns  sa  fable  contoit, 

Leurs  nus  for[s)   lui  ne  l'escou- 
[toit. 
3275  Tant  erent  en  grant  de  parler, 

Nus  ne  pëust  tout  escouter. 

Li  tiers  du  jour  fu  en  mangier. 

Cascuns  estoit  en  liaubregier, 


L'escu  au  col,  ou  poing  l'espee. 

3280  Toute  ert  Irlande  a  mort  livrée. 
Et  ensi  que  cascuns  disoit. 
Que  li  rois  d'Escoche  i  venrroit 
Et  seroit  li  premiers  tués  ; 
«  Ses  frères  qu'est  enprisonnés 

3285  N'en  istera,  ce  ne  puet  iestre, 
Tant  que  Dieus  sauve  men 
[brach  diestre.  » 
Ensi  partout  se  combatoient 
Et  puis  le  hanap  enbrachoient. 
Sones,  qui  n'avoit  ce  usé, 

3290  Les  a  a  mierveille  esgardé. 

Mieus  amast  son  cheval  veyr 
Que  chiaus  le  hanap  rasseyr. 
Leur  hanas  tout  adiés  aloit, 
Jouste  et  bataille  furnissoit. 


5  58  K.    NYROP 

5295   Li  lil  le  roi  Sotie  moût  prient  En     manecliicr   chiaus   qui    n'i 

Par    amours  que   ne     li    poist  [sont 

[nient.  3300  L'usage  de  lor  pays  font. 

Ensi  vuellent  le  tamps  passer  lu  se  premerains  vous  levies, 

Eu   boire,  en  mangier,  en  par-  D'vaus   honnis  et    blasmés  se- 

[1er;  [ries.  » 

Si  on  lit  attentivement  cette  description ,  on  y  reconnaîtra 
l'image  plus  ou  moins  fidèle  d'un  heitslreiiging.  La  guerre  est 
imminente,  les  armées  ennemies  s'approchent,  et  avant  le  com- 
bat le  roi  a  rassemblé  ses  guerriers  à  un  festin  somptueux.  Les 
guerriers  se  sont  rendus  à  l'invitation  du  roi,  tout  armés  et 
l'écu  attaché  autour  du  cou.  On  boit  ferme,  et,  quand  la  bière 
leur  monte  à  la  tête,  ils  commencent  à  faire  des  vœux  fanfa- 
rons ;  ils  se  vantent  de  leurs  prouesses  futures  sur  les  ennemis, 
le  roi  d'Ecosse  et  son  frère. 

On  sait  que  les  vœux  solennels  étaient  une  coutume  très 
générale  en  Scandinavie  au  commencement  du  moyen  âge;  les 
sagas  en  contiennent  des  relations  nombreuses'.  Mais  aucune 
de  ces  relations-  ne  semble  postérieure  au  temps  des  vikuigs, 
soit  environ  à  l'an  1050.  Les  beitstrengings  avec  tout  leur  céré- 
monial étaient  très  intimement  liés  au  paganisme.  La  saga  des 
Jonisvikings  nous  montre  dans  sa  relation  détaillée  du  heitstreng- 
ïug  grandiose  qui  suivit  les  funérailles  de  Svcnd  Tveskâg 
qu'on  avait  commencé  à  transformer  la  coutume  païenne  et  à 
lui  donner  dans  une  certaine  mesure  un  caractère  chrétien, 
mais  aucun  texte  ne  nous  raconte  quel  fut  le  sort  de  l'ancienne 
coutume  après  la  victoire  définitive  du  christianisme;  nous  ne 
savons  même  pas  pendant  combien  de  temps  elle  se  maintint 
encore.  Le  passage  cité  de  Som  de  Nansai  me  paraît  prouver 
que  la  coutume  existât  encore  au  xiii''  siècle;  il  est  vrai  que 
nous  ne  l'y  retrouvons  que  sous  une  forme  assez  altérée.  Cette 
survivance  du  hcitstrenging  ne  laisse  pas  que  de  surprendre, 
mais  la  force  probante  du  passnge  cité  ne  saurait  être  mise  en 
doute  si  nous  réussissons  à  démontrer  que  l'auteur  a  réelle- 
ment visité  la  Norvège.  Or  il  semble  résulter  des  faits  que 
nous  allons  examiner  en  détail  que  notre  trouvère  a  de  ce  pays 


I.  Voir  notre  mémoire  sur  le  hcilstrcuging. 


SONE   DE   NAXSAI  ET   LA    NORVEGE  559 

une  connaissance  directe  et  de  première  main,  et  nous  pouvons 
admettre  comme  très  probable  qu'il  a  assisté  à  un  festin  tel  que 
celui  dont  il  donne  la  description.  En  sa  qualité  d'étranger  il  n'a 
compris  qu'à  demi  les  scènes  qu'il  a  vues;  l'impression  qu'il  a 
reçue  des  coutumes  festivales  de  la  Norvège  est  assez  confuse, 
et  ces  coutumes  paraissent  avoir  plu  médiocrement  au  trouvère 
français  formé  à  des  mœurs  plus  courtoises.  Il  est  intéressant  de 
voir  qu'aucune  des  cérémonies  qui  accompagnaient  le  heitstreng- 
ing  au  temps  des  vikings  n'est  mentionnée.  On  pourrait  en 
conclure  qu'elles  n'existaient  plus.  Comme  le  trouvère  se  con- 
tente de  dire  : 

Leur  hanns  tout  adics  aloit, 
Jouste  et  bataille  fournissoit, 

il  faut  supposer  que  les  guerriers  prononçaient  leurs  vœux  en 
levant  la  grande  coupe. 

Si  l'auteur  n'avait  pas  assisté  à  un  festin  accompagné  d'un 
hcilstrcnging,  on  ne  voit  pas  bien  comment  il  aurait  eu  connais- 
sance de  cette  coutume.  Le  texte  porte  expressément  : 

Sones,  qui  n'avoit  ce  usé, 
Les  a  a  mierveille  esgardé. 

Ainsi  il  ne  s'agit  pas  d'une  coutume  connue  et  pratiquée  dans 
son  pays.  Nous  savons  en  effet  qu'au  xiii^  siècle  les  Français 
avaient  depuis  longtemps  perdu  l'usage  de  prononcer  des  vœux 
en  buvant,  et  il  est  peu  probable  que  les  heîtstrengings  aient 
existé  à  cette  époque  dans  aucun  autre  pa3's  européen. 

Nous  ne  croyons  pas  non  plus  que  toute  la  scène  soit  un 
emprunt  littéraire.  Ce  n'est  pas  que  nous  ignorions  à  quel 
point  les  trouvères,  peu  soucieux  d'originalité,  se  copient  les 
uns  les  autres  ;  mais  nous  n'avons  jamais  rencontré  de  passage 
qui  ait  pu  servir,  directement  ou  indirectement,  de  modèle  à 
notre  scène,  qui  diffère  tout  à  fait  de  celles  des  chansons  de 
geste  où  les  chevaliers  s'amusent  à  «  gaber  »  '. 

Reste  enfin  comme  dernière  supposition  que  l'auteur  ait  pu 
se  servir  d'une  relation  orale.  Cette  hypothèse  ne  nous  paraît 
pas  plus  probable  que  les  deux  autres.  Plusieurs  détails  caracté- 

I.  Voir  notre  Epopea  franccse  ncl  uiediocvo,  p.  1 19-120. 


s6o 


K.    NYROP 


ristiqucs  portent  à  croire  que  l'auteur  a  réellement  été  présent 
à  un  banquet  analogue  à  celui  qu'il  décrit;  signalons  son  éton- 
nement  en  présence  du  grand  nombre  des  plats  et  de  la  lon- 
gueur du  repas  et  surtout  son  aveu  naïf  de  l'ennui  qu'il  y  a 
éprouvé. 

La  description  continue  de  la  manière  suivante: 


Ensi  que  il  se  devisoient 

Et  de  plusieurs  coses  parloient, 

3505  Li  tîlle  le  roi  a  yalz  vient, 

C'un  grant   hanap  en  sa  main 
[tient, 
Et  devant  yalz  s'agenouilla 
Et  dist,  ja  ne  s'en  mouvera, 
Si  averont  tout  but  le  vin 

3310  Et  délivré  le  maserin. 

Chelle    premiers    a    commen- 
[chié  ; 
Apriés  Fa  a  Sone  baillié, 
Si  dist  :  «  Biau  sire,  bien  buvés 
Par  chelle  foi  que  mi  devés.  » 

3515  Soues  lor  us  pas  ne  savoit, 
Si  dist  que  ja  u'i  buveroit. 
Tant  qu'elle  fust  agenouillie  : 
Ne  set  rien  de  tel  courtoisie. 
Li  fieus  le  roi  dist  :  «  Si  ferés 

3320  U  ja  séries  de  tous  blasmés. 

A  nostre  usage  hounour  vous 
[tait. 
Si  le  prendés  a  peu  de  plait. 
Bien  sachiés  que  fille  est  le  roi. 
Si  sommes  si  frère  ambedoi.  » 

3325  Quant  Sones  entent  lor  usage. 
Bien  li  sanle  plains  de  musage. 


Le  coupe  a  la  puchielle  prist, 
.L  boire  i  out  qui  poi  11  sist. 
Mais  ne  dist  pas  quan  qu'il  pen- 
[soit  : 

3330  Avuec  les  leus  ensi  ulloit. 

Et  quant  ot  but,  si  l'a  bailliét 
Chclui  avuec  cui  a  mangiét. 
Chik  but,  son  frère  le  bailla, 
Et  chilz  tint  la  coupe  meda  ', 

3335  Si  l'a  la  puchielle  baillie. 

Lors  s'est  sur  ses  pies  redrechie. 
Puis   dist  :    «    Signour,   vostre 
[mierci 
Du  boire  biel,  c'avés  fait  chi.  » 
S'est  a  la  cambre  repairie, 

5340  Mais  les  trois  damoisiaus  n'ou- 

[blie. 
Trois  espees  blanches  a  pris 
Et  trois  lanches  as  fiers  burnis, 
Si  l'a  les  dausiaus  présenté, 
Cui  elle  ot  le  boire  porté. 

3345  La  première  a  Sone  baillie, 
Mais  il  ne  le  refusa  mie. 
Cascuus  de  ses  compaignons  a 
La  sieuwc  ;  car  on  lor  bailla. 


Ces  vers  nous  décrivent  une  coutume  curieuse  :  la  fille  de  la 
maison,  la  jeune  princesse  s'agenouille  devant  l'hôte  étranger, 
à  qui  des  attentions  particulières  sont  dues,  et  lui  présente  une 
coupe;  elle  y  boit  la  première  et  la  présente  ensuite  à  l'étranger, 


I.  Ce  vers  n'a  pas  de  sens.  Il  faut  lire  sans   doute  avec  Gaston  Paris  :  Et 
cbili  tost  la  coupe  vu'ula  (Romaiiia,  XXXL  121). 


SOSE    DE    X'ASSAI   ET    LA    NORVEGE  561 

qui  la  prend  et  la  pusse  h  ses  compagnons  après  y  avoir  bu  lui- 
même.  La  cérémonie  finie,  la  princesse  fait  cadeau  à  ceux  qui 
y  ont  pris  part  d'une  arme  précieuse. 

Evidemment  cette  coutume  ne  plaît  pas  au  chevalier  fran- 
çais. Il  connaît  trop  bien  les  lois  de  1'  «  amour  courtois  »  pour 
trouver  convenable  qu'une  jeune  fille  se  mette  à  genoux  devant 
lui.  Pourtant  ses  protestations  restent  sans  effet,  et  comme  on 
lui  apprend  que  telle  est  la  coutume  du  pays,  il  s'incline^ 
prend  la  coupe,  et  goûte  à  la  boisson  qu'elle  contient,  sans 
même  laisser  voir  combien  il  la  trouve  détestable  ;  il  hurle  avec 
les  loups,  comme  dit  le  texte.  Ce  dernier  trait,  soit  dit  en  pas- 
sant, nous  persuade  que  l'auteur,  en  composant,  s'est  servi  de 
souvenirs  personnels. 

La  coutume  décrite  n'est  pas  française  ;  on  est  donc  naturel- 
lement amené  à  penser  qu'elle  est  norvégienne,  bien  qu'elle  ne 
soit  mentionnée,  que  nous  sachions,  dans  aucune  des  vieilles 
sagas  ou  chroniques.  Il  est  hors  de  doute  que  tous  les  éléments 
dont  elle  se  compose  sont  conformes  à  l'esprit  et  aux  mœurs 
Scandinaves,  et  le  vieux  récit  de  la  princesse  saxonne  Rowena 
nous  prouve  l'existence  de  coutumes  semblables  dans  les  pays 
germaniques.  A  titre  de  curiosité  nous  citerons  ce  récit  tel  qu'il 
a  été  conservé  par  Jotrei  de  Monmouth  dans  son  Historia  Reguiii 
Britannie,  1.  VI,  ch.  12  ', 

Iiiterea  reversi  sunt  nuncii  ex  Germania,  conduxcruntque  decem  et  octo 
naves  electis  militibus  plenas.  Conduxeruut  etiam  Hengisti  filiam  nomine 
Rowen  :  cujus  pulchritudo  nuUi  secunda  videbatur.  Postquam  autem  vene- 
runt,  invitavit  Hengistus  Vortegirnum  regem  in  domum  suam,  ut  et  novum 
edificium  et  milites  novos  qui  applicuerant  videret.  Venit  ilico  rex  privatim, 
tamque  subituni  laudavit  opus,  et  milites  invitatos  retinuit.  Ut  vero  regiis 
epulis  refectus  fuit,  egressa  est  puella  de  thalamo,  aureum  scyphum  viuo  plé- 
num ferens  :  accedens  deinde  propius,  régi  flexis  genibus  dixit  :  «  Laiieid 
King  tuacht  heil.  »  At  ille,  puelle  visa  facie,  admiratus  est  tantum  ejus  deco- 
rem,  et  incaluit.  Deinde  interpretcm  suum  interrogavit  quid  puella  dixerat,  et 
quid  ei  respondere  debeat.  Cui  interpres  dixit  :  «  Vocavit  te  domiuum  regem, 
et  vocabulo  salutationis  honoravit.  Quod  autem  respondere  debes,  est  : 
«  Dri)ic  heil  !  «  Respondens  deinde  Vortegirnus  :  Driiic  heil  !  jussit  puellam 
potare  :  cepitque  de  manu  ipsius  scyphum,  et  eam  osculatus  est,  et  potavit  : 

I.  Éd.  de  Saû-Marte,  Halle,  1854. 

Romania    XXKV  ^5 


562  K.    NYROP 

ab  illo  die  usque  in  hodicrnum  nuinsit  consuctudo  illa  in  Britannia,  quod  in 
conviviis  qui  potat,  ad  aliuni  dicit  :  JFacbt  heil  !  qui  vero  post  ipsum  recipit 
potum,  respondct  :  Driiic  bcil  ! 

Après  ce  banquet  le  roi  de  Norvège  propose  à  Sone  d'entrer 
à  son  service  ;  il  lui  tait  des  promesses  magnifiques  s'il  veut  le 
secourir  dans  la  guerre  qui  va  s'ouvrir.  Sone  accepte.  Ensuite 
le  roi  convoque  tous  ses  guerriers  dans  sa  capitale  pour  préparer 
la  défense  du  pays.  On  envoie  des  espions  de  tous  côtés,  l'un 
d'eux  revient  et  dit  : 

Sire,  sachiés,  ce  dist  Jofrois,  Mais  plenté  ont  de  dars  agus, 

3610  Gent  ont  a  moût  peu  de  defois.  5613   De  glaves  et  de  gavrelos  : 
Il  ont  les  cors  tous  descouviers,  De  ce  est  bien  garnis  lor  os, 

Si  leur  ferons  sentir  nos  fiers.  Mais  a  chevalerie  armée 

Moût  i  a  de  descaus  et  nus,  Telz  gens  n'avoieut  ja  durée  '. 

La  bataille  s'engage  le  lendemain.  Comme  la  victoire  reste 
indécise,  le  roi  d'Ecosse  propose  de  s'en  remettre  à  un  duel 
entre  les  deux  guerriers  les  plus  vaillants  de  chaque  armée.  Le 
roi  de  Norvège  accepte  la  proposition,  et  une  trêve  de  vingt 
jours  est  conclue  (v.  4269).  Les  Norvégiens  choisissent  Sone 
comme  champion;  pour  lui  assurer  la  victoire,  on  décide  que 
le  héros  fera  un  pèlerinage  à  l'abbaye  de  Galoche  où  reposent 
les  ossements  du  patron  de  la  Norvège,  Joseph  d'Arimathie; 
et  Sone  part,  accompagné  du  roi  et  d'une  nombreuse  suite. 

Voici  la  description  du  voyage  : 

Et  par  Noruëghe  s'en  vont,  En  .1.  autre  mont  sont  entré. 

Maint  divers  lieu  trouvé  i  ont.  Biestes  truevent,    s[i]  ont  non 

4285   .1.  mont  trouvèrent  qui  ert  haus,  [heles, 

La  truevent  l'aire  des  grifaus,  4290  Et  si  vous  di  qu'elles  sont  teles, 

Plus  n'en  est  en  crestiienté.  Con  vous  ores  ja  deviser 


I.  Il  nous  semble  que  cette  relation  de  l'espion  contient  des  traits  que  l'au- 
teur n'a  pu  inventer  et  qui  paraissent  dus  à  des  observations  personnelles 
faites  dans  ses  voyages.  Les  Français  du  xni':  siècle  n'avaient  certes  pas  une 
connaissance  même  superficielle  de  l'Ecosse  et  des  Ecossais,  et  on  ne  voit 
pas  bien  comment  l'auteur  de  Sone  aurait  pu  donner  une  description  telle- 
ment ressemblante  des  «  Wild  Scottis  »  s'il  ne  les  avait  pas  vus  lui-même. 
M.  Ch.-V.  Langlois  paraît  être  du  même  avis.  Voir  La  société  française  au 
XlIIe  siècle  (Paris,  I9'04),  p.  272. 


SONE    DE    N  AXS  AI   ET   LA   NORVÈGE  563 

.On  ne  puet  si  grandes  trouver  Des    leus  sour   la   montaingne 

De  haut,  mais  si  très  haingrcs  [avoit, 

[sont  4500  Tel  poil  ont  qu'il  lor  traïnnoit, 

Que  corsage  trop  petit  ont.  Et  si  sanloient  fourment  granl. 

4295  Aësmer  ne  sai  ne  prisier  Mais  il  estoient  moût  pesant 

Sanlant  fors  a  cameus  coursier  Pour  le  poil  qui  lor  traïnoit 

Ne  plus  priés  aësmer  nés  sai.  Et  a  la  raimme  s'atachoit. 

Mais  d'autres    biestes  vous  di-  4305   Alains  li  rois  tout  lor  moustra 

[rai.  Et  la  nature  loi'  conta. 

Le  premier  des  animaux  décrits  dans  ce  passage  est  sans 
aucun  doute  l'élan.  La  description,  toute  gauche  et  sommaire 
qu'elle  est,  ne  paraît  convenir  à  aucune  autre  bête,  et  le  nom  de 
hele\  qu'on  lui  attribue,  est  certainement  une  forme  française 
du  mot  Scandinave  :  elg.  Le  mot  hcle  ne  se  rencontre  que  deux 
fois  dans  la  littérature-  française-.  Outre  l'auteur  de  Sone  de 
Nansai,  Philippe  de  Commynes  s'en  est  servi.  En  parlant  de 
la  manie  qu'avait  Louis  XI  d'acheter  des  animaux  rares,  il 
observe  que  ce  roi  fit  venir  des  pays  du  Nord  deux  sortes  d'ani- 
maux :  des  belles  et  des  raiigiers. 

«  Au  pais  de  Danemarche  et  de  Suevie,  envoya  quérir  deux 
sortes  de  bestes  :  les  unes  s'appeloient  belles,  et  sont  de  corsage 
de  cerfz,  grans  comme  buffles,  les  cornes  courtes  et  grosses  : 
les  autres  s'apelloient  rangiers',  qui  sont  de  corsaigeet  de  cou- 
leur de  dain,  sauf  qu'elles  ont  les  cornes  beaucoup  plus 
grandes  :  car  j'ay  veu  rangier  porter  cinquante  quatre  cors-^.  » 

Ce  passage  montre  clairement  que  belle  s'applique  bien  à 
l'élan.  Il  est  curieux  d'observer  que  dans  les  deux  textes  où 


1.  Le  nom  actuel  élan,  qui  remonte  au  xv^  siècle,  vient  de  l'Est.  Il  repro- 
duit l'allemand  elen  (conservé  dans  eîenthier),  emprunté  au  lithuanien  eliiis. 

2.  Dans  son  Dictionnaire  de  V ancienne  langue  française,  F.  Godefroy  cite  les 
deux  passages  ;  il  traduit  avec  quelque  hésitation  :  «  sorte  d'animal,  l'élan  ?  » 
M.  A.  Tobler  m'a  gracieusement  fitit  savoir  qu'il  n'avait  trouvé  ce  mot  dans 
aucun  autre  texte. 

3.  Rangier,  nom  médiéval  du  renne  en  français,  s'explique  difficilement;  il 
paraît  emprunté  au  bas-ail.  rendicr;  la  forme  moderne  reiuie  provient  direc- 
tement de  ren,  mot  propre  au  norvégien  et  au  suédois. 

4.  Mémoires  de  Ph.  de  Commynes,  1.  VI,  c.  7. —  [L'édition  récente  de 
M.  B.  de  Mandrot  (Paris,  1903),  p.  57,  donne  helle[n]i,  au  lieu  de  belles;  la 
correction,  que  j'ai  suggérée  a  l'éditeur,  n'est  pas  heureuse.  —  A.  Th.] 


564  K.    NYROP 

l'claii  est  désigné  comme  un  animal  propre  à  la  Scandinavie,  on 
l'appelle  par  son  nom  Scandinave.  L'absence  des  cro3'ances 
superstitieuses  qui  s'étalent  si  souvent  dans  les  descriptions 
anciennes  de  l'élan,  nous  paraît  prouver  que  les  deux  auteurs 
ont  eu  une  connaissance  directe  de  l'animal. 

Reste  à  déterminer  quels  sont  les  grands  loups  au  poil  telle- 
ment long  qu'il  traîne  sur  le  sol  et  s'accroche  aux  buissons.  Il 
ne  s'agit  certainement  pas  de  loups  ordinaires.  La  description 
ne  convient  pas  à  cet  animal,  que  l'auteur  connaissait  assuré- 
ment pour  Tavoir  vu  chez  lui  et  qu'il  n'aurait  pas  eu  l'idée 
de  mentionner;  il  faut  que  ce  soit  un  animal  propre  à  la  Scan- 
dinavie. Plusieurs  naturalistes,  à  qui  j'ai  fait  lire  la  description 
de  notre  poème,  s'accordent  à  y  reconnaître  le  glouton  {Giilo 
liiscus),  dont  l'allure  est  gauche  et  lourde  et  le  pelage  est  assez 
long;  il  va  de  soi,  bien  entendu,  que  l'auteur  a  exagéré  la  lon- 
gueur des  poils. 

Sone  et  ses  compagnons  continuent  leur  voyage  :  ils  des- 
cendent des  montagnes  dans  la  plaine  et  s'approchent  de  la  mer. 
Le  cloître  est  difficile  à  trouver  ;  le  roi  seul  en  connaît  le  che- 
min et  il  conduit  ses  hommes  à  une  vallée  profonde,  continuée 
par  un  fiord  où  le  cloître  est  situé  sur  une  île  cachée  par  deux 
rochers.  L'eau  du  fiord  est  profonde  ;  comment  faire  pour  la 
passer  ?  Le  roi  sonne  du  cor,  et  deux  moines  s'approchent  dans 
un  bateau.  D'un  ton  irrité,  ils  demandent  aux  étrangers  ce  qu'ils 
veulent  et  qui  ils  sont.  On  leur  répond  que  le  roi  est  là  qui 
désire  voir  le  cloître,  et  les  moines,  heureux  de  cette  visite, 
s'approchent  pour  conduire  le  roi  et  sa  suite  à  l'île  aux  rochers 
où  se  cache  leur  retraite.  Suit  une  description  fantastique  du 
cloître  et  de  tous  les  bâtiments  y  attenant.  Nous  la  passons  ici 
sous  silence  en  nous  contentant  de  reproduire  les  vers  qui 
décrivent  la  vue  qu'on  avait  de  la  grr.nde  cour  où  le  repas  tut 
servi. 

Plainne    d'aubours    et    de    chi-  Et  les  dains  veuir  et  aler, 

[priest,    4475  Les  chisnes,  les  pauwes,  (et)  les 
De  saigrcmor[sl  et  d'aliiers,  [heles, 

4470  D'alemandiers  et  d'oliviers  Et  les  galices  qui  ont  elles, 

Et  d'autres  arbres  qui  biel  sont,  Mais  ne  pueent  pas  lonc  voler. 

En  la  foriest  sur  la  mer  sont.  Douche    aighe    li    convient  et 
La  voit  on  les  chiers  déporter  [mCr. 


SONE    DE    yAXSAI   ET  LA  NORVEGE  565 

De  sa  faiture  vous  dirai  Fais  est  comme  cainvosoris, 

4480  Si  con  chieus  qui  vëus  les  ai.  4485  Et  ses  elles  [si]  sont  de  piel. 
Au  jugement  de  ma  raison,  Poil  a  grant  et  agut  musiel. 

Sont  aussi    grant  comme    tais-  Mais  si  grant  noise  tait  adiés, 

[son  ;  Toute  en  retentist  la  foriès. 

Ne  croi  qu'il  soient  plus  pctis. 

Nous  ne  nous  arrêterons  pas  à  la  description  de  la  flore  nor- 
végienne. Elle  oft're  peu  d'intérêt.  Sous  le  nom  de  cyprès  il  faut 
probablement  comprendre  des  pins  ordinaires;  les  autres  plantes 
exotiques  sont  sans  doute  dues  à  l'imagination  du  trouvère". 
La  faune  nous  retiendra  plus  longtemps.  Le  trouvère  français  a 
vu  des  cerfs  et  des  élans  dans  les  forêts  voisines  du  cloître,  ce 
qui  n'a  rien  que  de  vraisemblable  ;  il  se  peut  aussi  qu'il  y  ait  vu 
des  cygnes  et  des  paons,  l'élevage  de  ces  animaux  dans  un  cloître 
norvégien  n'est  pas  non  plus  pour  nous  étonner.  Quant  aux 
daims,  il  est  très  peu  probable  qu'il  y  en  eût  en  Norvège  au 
xiii''  siècle.  Examinons  maintenant  quel  peut  bien  être  l'animal 
désigné  par  l'auteur  sous  le  nom  de  galicc.  La  description  qu'il 
en  donne  paraît  au  premier  abord  si  étrange  qu'on  se  croit  en 
présence  d'un  de  ces  êtres  fabuleux  qui  abondent  dans  les  bes- 
tiaires du  moyen  âge.  Aussi  personne  n'a-t-il  encore  essayé  de 
ridentifier.  L'éditeur  du  poème  remarque  en  note  que  l'animal 
en  question  est  sans  doute  une  chauve-souris.  Cette  explication 
nous  paraît  tout  à  fait  inacceptable,  et  pour  beaucoup  de  rai- 
sons. On  ne  connaît  ni  en  Norvège,  ni  ailleurs,  des  chauves- 
souris  de  la  taille  d'un  blaireau  (taissorï)  et  vivant  dans  l'eau 
salée  aussi  bien  que  dans  l'eau  douce.  Du  reste  le  poète  s'est 
borné  à  dire  que  ces  animaux  ressemblent  aux  chauves-souris. 
M.  Herluf  Winge,  savant  naturaliste  attaché  au  Musée  zoolo- 
gique de  Copenhague,  auquel  j'ai  proposé  la  question,  m'apprend 


I.  Rappelons  pourtant  qu'au  xvie  siècle  on  a  essayé  en  Danemark  de  cul- 
tiver des  figuiers  et  des  amandiers  en  pleine  terre  (voir  Troels  Lund,  Dagligt 
Liv  i  Norden  i  del  i6'^^  Aarhiuidrcde,  III,  107)  et  qu'à  la  même  époque  des 
essais  semblables  ont  été  faits  en  Norvège.  Nous  savons  par  exemple  que  dans 
les  vergers  de  cloîtres  voisins  de  Bergen  on  cultivait  des  châtaigniers  et  des 
raisins  de  Corinthe,  des  figuiers  et  des  lauriers  (C.-A.  Lange,  De  norske  Klos- 
tres  Historié  i  Middelalderen,  2^  éd.,  Kristiania,  1856,  p.  155).  Il  se  pourrait 
que  ces  essais  de  culture  remontassent  au  xiiie  siècle. 


566  K.    XYROP 

qu'il  regarde  comme  indubitable  que  l'animal  décrit  est  le  grand 
plongeon  ÇCol\nibus  glacialis).  Plusieurs  autres  ornithologistes, 
à  qui  j'ai  fait  lire  le  texte  sans  leur  communiquer  l'explication 
de  M.  Wi nge,  se  sont  prononcés,  sans  aucune  hésitation,  dans 
le  même  sens.  Comparons  maintenant  aux  faits  mentionnés 
dans  la  vieille  chanson  française  ce  que  nous  apprend  la  science 
moderne  sur  la  nature  du  grand  plongeon. 

Le  grand  plongeon  perd  son  pennage  en  été,  et,  durant  cette 
période  de  mue,  les  ailes  peuvent  parfaitement  donner  à  un 
observateur  peu  attentif  l'impression  d'être  de  picl  '  ;  lorsqu'il 
se  dresse  sur  l'eau  en  battant  des  ailes,  il  peut  très  bien  offrir 
une  certaine  ressemblance  avec  la  chauve-souris.  Le  trouvère 
remarque  : 

Douche  aighe  li  convient  et  mer  -  ; 

ce  trait  est  bien  coniorme  à  la  manière  de  vivre  du  plongeon, 
qui  quitte  la  mer  au  temps  de  l'accouplement  et  vient  s'abriter 
au  fond  des  Jîords  où  l'eau  est  plutôt  douce.  Ajoutons  que  notre 
oiseau  a  à  peu  près  les  dimensions  du  taisson,  comme  dit  le 
trouvère,  et  que  sa  voix,  réellement  stridente,  s'entend  de  très 
loin.  Cette  dernière  particularité  a  été  relevée  par  presque  tous 
les  auteurs,  à  commencer  par  Arrôbo,  qui  se  sont  occupés  du 
grand  plongeon.  Mon  collègue  à  l'Université,  M.  H.  Jungersen, 
professeur  d'histoire  naturelle,  m'écrit  :  «  Dans  le  Groenland 
méridional  j'ai  entendu,  sur  le  JionI  d'Ammalik,  la  voix  du 
grand  plongeon,  qui  m'a  fait  une  très  forte  impression  ;  aucune 
voix  d'oiseau  ne  m'a  jamais  impressionné  à  ce  point.  » 

Ainsi  presque  tous  les  détails  '  fournis  par  la  vieille  descrip- 
tion de  la  gaJice  se  retrouvent  chez  le  grand  plongeon  ;  l'identi- 
fication des  deux  oiseaux  nous  paraît  donc  des  plus  vraisem- 
blables. La  gaJice  fabuleuse  se  réduit  à  n'être  qu'un  animal  réel 
et  bien  connu  ;  il  est  vrai  que  les  Français  du  moyen  âge  étaient 
bien  excusables  de  ne  pas  le  connaître;  et  d'ailleurs  le  grand 
plongeon  est  un  oiseau  tellement  curieux  qu'il  est  très  naturel 


1.  V.  4485. 

2.  V.  4478. 

3.  Il  faut  pourtant  excepter  ce  qui  est  dit  au  vers  4484  sur  le  long  poil  et 
le  museau  pointu  de  l'oiseau. 


SOXE    DE   \.4XS.n   ET    LA    NORVEGE  567 

qu'il   ait  pris,  dans  l'imagination   du  poète,  un  aspect  un   peu 
fantastique. 

Reste  à  expliquer  le  mot  même  de  galice.  Il  ne  figure  dans 
aucun  autre  texte,  et  F.  Godefroy  ne  Ta  pas  admis  dans  son 
Dictionnaire.  Il  ne  me  paraît  offrir  de  rapport  avec  aucun  nom 
d'animal  connu  de  la  littérature  médiévale,  et  MM.  H.  Schuchardt, 
Vilh.  Tlîomsen  et  A.  Tobler,  à  qui  je  me  suis  adressé,  n'ont 
pas  réussi  à  trouver  la  solution  de  ce  problème  étymologique. 
Je  dois  pourtant  ajouter  que  M.  Winge  a  attiré  mon  attention 
sur  un  grand  album  in-folio  que  possède  le  Musée  de  zoologie 
de  Copenhague,  et  qui  date  du  milieu  du  xix*"  siècle.  Il  est  dû  à 
un  ancien  gouverneur  de  l'Islande,  le  comte  de  Moltke,  et  con- 
tient des  dessins  coloriés  d'oiseaux  vivant  dans  cette  île.  Chaque 
dessin  est  accompagné  d'une  légende  très  sommaire  donnant,  en 
plusieurs  langues,  le  nom  de  l'oiseau  reproduit.  Sous  l'image 
du  plongeon  à  gorge  rouge,  se  lit,  à  côté  du  nom  Scandinave  : 
LoDi,  le  mot  Galônske.  Malheureusement  ce  mot,  qui  indubita- 
blement offre  une  certaine  ressemblance  avec  le  vieux  trançais 
calice,  paraît  aussi  énigmatique  que  celui-ci.  Il  n'est  ni  danois, 
ni  norvégien,  et  il  est  également  inconnu  à  l'islandais  et  au 
féroéen  ;  mes  efforts  pour  savoir  d'où  M.  de  Moltke  avait  trouvé 
galônske  n'ont  pas  abouti.  Je  me  suis  arrêté  un  moment  à  l'idée 
que  le  mot  pourrait  être  lapon.  Selon  Leem  les  Lapons  appellent 
le  grand  plongeon  gakkor  ou  gakatte;  mais  comment  trouver  le 
pont  qui  relierait  ces  mots  à  galice  ou  à  galônske  ?  On  pourrait 
aussi  penser  au  lapon  goalsse,  par  lequel  on  désigne  le  Mergus. 
Parmi  d'autres  étymologies  hypothétiques  qui  se  présentent  je 
citerai  gagl,  mot  répandu  sous  diverses  formes  dans  tous  les  pays 
Scandinaves  et  qui  s'applique  surtout  à  l'oie  sauvage  (Anser  cine- 
rens);  rappelons  aussi  gadise,  mot  propre  au  dialecte  de  l'île  de 
Bornholm  au  sens  de  «  canard  plongeon  ». 

L'incertitude  où  nous  sommes  de  la  véritable  origine  du  mot 
oaJice  ne  touche  en  rien  à  l'identification  de  notre  oiseau  avec 
le  grand  plongeon.  Si  cette  identification  est  sûre,  notre  hypo- 
thèse suivant  laquelle  l'auteur  de  Sone  de  Nansai  a  tait  un  séjour 
en  Norvège  gagne  notablement  en  vraisemblance.  Remarquons 
que  l'auteur  dit  en  propres  termes  qu'il  a  vu  l'oiseau,  et  que 
nous  n'avons  pas  de  raison  de  douter  de  sa  parole. 

Examinons  en  dernier  lieu  les  noms  attribués  par  l'auteur  aux 


568  K.    XYROP 

localités  norvégiennes  et  aux  personnes  qu'il  prétend  v  avoir 
rencontrées.  Malheureusement  ils  ne  nous  fournissent  aucun 
éclaircissement,  car  ils  n'ont  certainement  rien  de  norvégien  ; 
ce  sont  soit  des  noms  latins^  soit  des  noms  imaginaires.  La  capi- 
tale du  pays  est  appelée  Trase;  le  port  adjacent  Saint-Joseph  ;  et 
le  cloître  qui  est  le  but  du  pèlerinage  de  Sone,  Galoche  '.  Le  roi 
s'appelle  Alain;  sa  tille,  Odée;  ses  fils,  Hondiant  (Odian)  et 
Thiinias.  Odée  rappelle  vaguement  Audr;  Hondiant,  Halodan; 
mais  ces  ressemblances,  peut-être  toutes  fortuites,  ne  nous 
avancent  guère.  A  part  les  quelques  parties  que  nous  venons 
d'examiner,  tout  ce  que  l'auteur  de  So7îe  dit  de  la  Norvège  est 
pure  fantaisie.  Il  fiiit  de  Joseph  d'Arimathie  le  patron  de  la 
Norvège,  et  il  raconte  avec  force  détails  comment  il  a  débarqué 
dans  le  pays  en  apportant  le  saint  graal  et  la  sainte  lance,  et 
comment  ces  reliques  précieuses  furent  conservées  à  l'abbaye  de 
Galoche,  qui  devint  désormais  le  but  de  nombreux  pèlerinages. 
Dans  le  résumé  que  donne  M.  Ch.-V.  Langlois  de  notre  poème, 
il  se  demande  si  l'auteur  de  So^te  a  vraiment  visité  les  pays  qu'il 
décrit  ;  mais  il  laisse  la  question  indécise.  M.  G.  Grôber  %  de 
son  côté,  est  d'avis  que  le  trouvère  ne  connaît  de  proprio  visu 
aucun  des  pays  où  il  conduit  son  héros.  L'éditeur  du  poème  ne 
discute  pas  la  question.  Nous  soutenons  pour  notre  compte,  en 
nous  fondant  sur  les  recherches  précédentes,  que  les  aventures 
arrivées  à  Sone  en  Norvège  ont  été  décrites  par  un  homme  qui 
avait  voyagé  dans  le  pays  et  qui  s'est  servi,  pour  la  description 
de  scènes  certaines,  de  souvenirs  personnels.  Il  a  dû  assister  à 
un  festin  de  guerriers  où  il  a  vu  des  coutumes  qui  lui  ont  paru 
bien  étranges  et  dont  il  n'a  saisi  qu'à  demi  le  sens;  il  a  dû  faire 
un  voyage  à  l'intérieur  du  pavs  pour  visiter  un  cloître  situé 
au  fond  d'un^zo;-^;  il  y  a  vu  des  animaux  curieux,  dont  l'un 


1.  Ce  dernier  nom  nous  paraît  tellement  particulier  que  nous  sommes 
tentés  d'y  voir  une  déformation  de  quelque  nom  norvégien,  peut-être  de  celui 
d'un  des  plus  anciens  cloîtres  du  pays  :  Kdstala-Klaustr. 

2.  «  Kenntnis  des  Schitferwesens  betahigte  den  Verfasser  allerdings,  Hel- 
den-Seereisen  zu  erzâhlen,  Stùrme  zu  schildern  u.  dgl.  Aber  Land  und  Leute 
hat  er  so  wenig  gesehcn  wie  die  italienischen  Stàdte  und  Landschaften, 
von  denen  er  redet.  Sein  Wissen  floss  auch  nicht  aus  Bùchern  »  (Gniiidris^ 
der  rowanisctien  Ptiiloloi^ic,  II,  i,  p.  785). 


SOXE    DE    \'J\S.-i^    ET    LA    NORVÈGE  569 

est  très  certainement  l'élan  et  les  deux  autres,  probablement  le 
glouton  et  le  grand  plongeon.  Ces  trois  animaux  vivaient  et 
vivent  encore  dans  TEurope  septentrionale  ;  dans  quel  pays  si 
ce  n'est  dans  la  Scandinavie  a-t-il  pu  les  voir  tous  les  trois? 

Le  tait  qu'un  Français  a  visité  la  Norvège  au  xiii"'  siècle  n'a 
en  soi  rien  d'extraordinaire.  Il  suffit,  pour  n'en  être  pas  surpris, 
de  se  rappeler  combien  furent  nombreuses  et  suivies  les  rela- 
tions littéraires  entre  la  France  et  la  Norvège  au  temps  du  roi 
Haquin  V. 

Kr.  Nyrop. 


NOTICE   DU   MS.    BODLEY    57 

(OxpoRD,  Bodleienne)' 


Ce  manuscrit,  d'origine  anglaise,  est  un  recueil  de  miscel- 
lanées  où  le  latin  domine.  Il  s'y  trouve  un  certain  nombre  de 
pièces  françaises  qui  méritent  d'être  publiées  ou  au  moins 
signalées.  Quant  aux  morceaux  latins,  je  ne  les  mentionnerai 
pas  tous  :  il  }-  fliudrait  trop  d'espace,  et  d'ailleurs  une  longue 
énumération  de  pièces  latines  ne  serait  pas  ici  à  sa  place.  Je  ne 
donnerai  de  numéros  qu'aux  pièces  françaises.  Le  recueil,  qui 
comprend  218  feuillets  en  parchemin,  est  formé,  autant  qu'il 
semble,  de  deux  livres  originairement  indépendants:  le  premier, 
s'étendant  jusqu'au  fol.  104,  peut  être  attribué  à  la  seconde 
moitié  du  xiii'^  siècle  :  l'écriture  est  partout  la  même,  sauf  dans 
les  dernières  pages  qui  contiennent  quelques  morceaux  ajoutés 
bien  peu  après  la  transcription  de  ce  qui  précède.  La  seconde 
partie  (ff.  105  etsuiv.),  de  mains  diverses,  est  un  peu  postérieure 
et  pourrait  n'être  que  du  commencement  du  xiv^  siècle.  Les 
dimensions  moyennes  des  feuillets,  qui  ne  sont  pas  absolument 
égaux,  sont  168  mill.  pour  la  hauteur  et  117  pour  la  largeur. 

(Fol.  i).  Leçons  de  l'office  de  saint  François.  Inc.  Sancti 
Francisa  confessons  lectio  b.  Vir  erat  in  civitate  Assisii,  que  in 
vallis  Spoletane  (^/r)  sita  est,  nomine  Franciscus. 

1.  —  (Fol.  2).  Traduction  de  la  règle  de  saint  Augustin.  — 
L'original,  maintes  fois  imprimé,  est  reproduit  dans  la  Patro- 
logie  latine  de  Migne,  XXXII,  1377. 


I.  Ancien  no  NE.  B.  5.  18.  C'est  le  n»  2004  de  la  numérotation  courante 
des  Catahgi  de  Bernard  (1696). 


NOTICE   DU    MS.    BODLEY    57  57 1 

Le  rule  scint  Ausîin. 

Devant  tûtes  choses,  cher  frères,  seit  Dcu  amé  entre  nus,  c  après  lui  nostre 
prosme.  Kar  icez  conmandemenz  nus  sunt  principalment  donez.  Iço  sunt  ke 
nus  comandum  ke  vus  ke  estes  asemblez  e  establiz  en  seinte  EgHse,  pur  ço 
que  en  un  estes  assemblez,  gardez  tut  premerement  ke  vus  uniement  habitez 
en  meisun,  e  seit  a  vus  un  aime  e  un  quor  en  Dampnedeu  (v")  e  ne  diez  e 
nen  aiez  nule  chose  propre  ;  tut  seint  conmunes  tutcs  choses  a  vus,  e  seit 
liveret  a  chcscun  de  vus,  de  vostre  prior,  vostre  vivre  e  vostre  vesture,  nient 
uelemeift  a  tuz,  kar  tuz  ne  poez  mie  uelement  '  tuz,  meis  a  chescun  solun  ço 
que  bosoin  avérât.  Issi  pur  veir  lisez  in  Actihus  Aposlohrum  ke  tûtes  choses 
lur  erent  conmunes  e  estait  {sic)  livré  a  chescun  si  cum  il  avoint  besoin-... 

2.  —  (Fol.  4  v°).  Les  cinq  joies  Notre  Dame,  en  vers.  —  On 
possède  plusieurs  rédactions  de  cette  pièce  en  latin  '  et  en  fran- 
çais ■*.  Celle-ci  se  trouve  encore  dans  le  ms.  Harleien  273, 
fol.  iio  (Musée  britannique),  et  le  ms.  O.  5.32  de  Trinity 
Collège  (Cambridge)  en  contient  la  première  strophe  accom- 
pagnée d'un  commentaire  où  cette  prière  est  attribuée  à 
l'évêque  de  Paris,  Maurice  de  Sully  >,  ce  qui  doit  s'entendre 
non  pas  de  la  pièce  en  vers  français,  mais  de  son  origmal 
latin,  car  une  version  française  très  différente,  celle  du  ms.  Gg. 
I.  I  de  l'Université  de  Cambridge  est  aussi  attribuée  au  même 
évêque.  Cet  original  latin,  œuvre  de  Maurice  de  Sully,  peut 
bien  être  l'une  des  pièces  latines  sur  les  cinq  joies  qui  nous  sont 
parvenues,  mais  laquelle  ?  Toutes  sont  anonymes. 

/("/  coniiieiiceiit  le[s]  cinq  joies  Nostre  Dame. 

Gloriuse  dame  ki  le  fiz  Deu  pprtastes, 
Virgine  le  conceutes,  virgine  le  enfantastes. 


1 .  iielment  est  douteux  ;  le  ms.  porte  veleineitt  ;  IV  du  milieu  est  expontué  et 
au-dessus  est  écrit  iiie  ;  ce  qui  ne  donne  pas  de  sens.  Latin  :  «  non  aequaliter 
omnibus,  quia  non  aequaliter  valetis  omnes.  » 

2.  AcT.  IV,  32,  35. 

5.  On  connaît  sur  les  cinq  joies  de  la  Vierge  au  moins  trois  pièces  ryth- 
miques qui  commencent  toutes  par  ces  deux  vers  :  Gaiide  Virgo,  mater 
Christi,  Que  per  aureni  concepisti,  ce  sont  les  no^  7013,  27207,  27210  du 
Repertoriiim  hymnologictiin  de  M.  le  chanoine  Chevalier;  mais  il  y  a  sans  doute 
d'autres  pièces  ayant  le  même  sujet  parmi  celles  qui  commencent  à  peu  près 
de  même  et  qu'a  enregistrées  M.  Chevalier.  Remarquons  toutefois  que  les 
pièces  sur  les  sept  joies  sont  plus  nombreuses. 

4.  Romaiiia,  XV,  807. 

j.  Roiiiaiiia,  XXXII,  ii<S. 


572 


p.    MEYER 


De  virgine  led  virginement  le  Ictastes, 
Dame,  cume  ço  est  veirs  e  jo  ben  le  crei, 
5       Aiez  en  garde  le  cors  e  l'aime  de  mei.    Amen. 

Duce  dame,  vus  rcquer  Duce  dame  Sainte  Marie, 

E  ducement  vus  voil  prier,  28  Mult  est  garri  k'en  vuss'afie. 

Pur  la  joie  e  honurance  Jo  vus  roquer,  pur  cel  honur 

4  Ke  vus  eûtes  en  la  nessance,  Ke  Deus  vus  fit,  nostre  creatur, 

Me  grantez  mun  désir,  Kant  nostre  Sire  Jesu  Crist 

Duce  dame,  par  ta  merci.  Amen.  32  Furme  de  hume  de  vus  jfrist, 

D  ,  ,         A       y/i    ■       ir-  Ke  cntentive  soez  e  prête 

Pater    tioster ,    Ave    Maria.    Virgo  .  ' 

,  ,.,      .  .,       .  De  dire ',  dame,  ma  requeste. 

verbo  comeptt,  virgo    reiiiaiisit,   vtrgo  '  '  ^ 

peperit  regem  omnium  regum. 


Duce  dame,  je  vus  pri 
8  E  ducement  vus  cri  merci. 
Pur  la  honur  ke  Deu  vus  fist 
Q.uant  il  son  angle  vus  tramist  ; 
Saint  Gabriel  nunça 

1 2  E  le  message  vus  portât  ; 
A  vus  dist  le  duz  salut 
Ke  en  vus  se  enumbreit  Jesu. 
Pur  la  joie  ke  dunke  eûtes 

16  Quant  vus  lo  fiz  Deu  receiites 
Vus  requer,  ma  dame  chère, 
Ke  vus  entendez  ma  preiere. 

(Fol.  5)  Pater  noster,  Ave  Maria. 
Iiigressus  angélus  ad  Mariam  âixit  : 
Ave  Maria  gracia  plena.  Doiiiiuus 
tecum  ;  heata  tu  in  mulieribus. 

Duce  dame  sainte  Marie, 
20  As  chetifs  seiz  confort  e  aïe. 
Jo  vos  pri  si  ducement, 
En  le  honur  del  advenement 
Del  saint  Espirit  ke  se  umbra 
24  Quant  en  vus  se  herberga, 
Ke  vus  ma  preiere  entendez 
E  ma  requeste  me  grantez. 


Pater  noster,  Ave  Maria.  Ne  tinieas 
Maria,  invenisti  gratiam  apud  Doini- 
nuiii. 

Duce  dame,  jo  vus  rcquer 
36  E  ducement  vus  voil  preier. 
Pur  celé  joie  e  cel  honur 
Quant  offrîtes  nostre  sauvur 
Al  Temple,  ço  fust  Jesu  Crist, 
40  Symeon  en  sa  main  le  prist  ; 
Si  verraimcnt,  virgine  chère, 
Granteiz  mei  ma  preiere. 

Pater  noster,  Ave  Maria.  Aineu. 

Ki  ces  joies  ici  escrit 
44  Soit  parcener  de  cest  dit, 

Tuz  ceus  ki  dient  après 

De  lur  péchez  aient  relès. 

Damnedeu  de  sa  grant  aprise, 
48  Sire  c  père  e  enginnur, 

Verrai  confort,  verrai  mire. 

Verrai  joie,  verrai  amur, 

A  tei  comant  jo,  beau  sire, 
52  Ma  aime  e  mun  cors  ui  ce  jur. 

Gardeiz  mei  de  fol'ire 

Ke  ne  entre  en  fol  eurrur  (sic)  ; 

Jo  cunmand  a  ta  puissance 


Pater  noster,  Ave  Maria.  Ne  tinieas    56  Mes  diz,  mes  fèz  e  mun  poer. 
Maria,  hahes  in  utero  filinni  Dei.  Ma  chère  e  [ma]  contenance, 


I.  Sic,  corr.  d'oïr. 


NOTICE    DU  MS.    BODLEY    57                                 573 

Mua  quidcr  c  ma  cspcrance,  Ke  hume  ne  femme  en  ccst  munde 

M'amur  e  mun  espirit.  Ne  me  puissent  mes  haïr, 

60  Tut  dis  me  gardez  e  avance,  65  Mes  tut  sei[t]  en  joie  a  ton  plaisir. 


E  nuite  jur  e  mâtine  seir, 
Mes  ort  mcsfet,  ma  focunde, 


Aiiicn.  Pater  Hostcr,  Ave  Maria. 


3.  —  Sciluts  à  la  \'ierge.  —  D'après  la  rubrique,  cette  pièce 
serait  une  autre  rédaction  des  cinq  joies.  Mais  la  rubrique  est 
erronée  ou  du  moins  n'est  pas  à  sa  place  '.  Dans  le  ms.  Digby 
86  (Oxford)  '  la  même  prière  est  précédée  d'une  rubrique  ainsi 
conçue  :  «  Ci  comencent  les  aves  Noustre  Dame  »,  ce  qui 
est  plus  exact.  J'ai  signalé  autrefois  ÇRoinania,  XIII,  509)  quatre 
copies  de  cette  poésie,  à  Cheltenham,  à  Cambridge,  à  Londres, 
à  Oxford;  mais  alors  je  ne  connaissais  pas  la  copie  que  renferme 
le  ms.  Bodley  57.  Voici  les  premiers  couplets  qu'on  pourra 
comparer  au  texte  de  Cheltenham  ÇRoiiiaiiiû,  /.  /.): 

(Fol.  )')  De  rechef  /('[.v]  cinq  joies  Nostre  Dama  (sic). 

Ave  sainte  Marie,  la  mère  al  Creatur, 
Reïne  des  angles  pleine  de  duçur, 
Esteille  de  merde  grant  resplend[di]ssur, 
Eschele  de  paradis,  salu  de  peccheùr. 

Ave  sainte  Marie,  la  verge  al  rei  Jessé  ; 
De  vus  espanist  la  llur  replenie  de  bunté, 
De  force  de  bunté  (sic)  e  de  humilité. 
De  conseille  de  science  e  de  pité 
E  de  la  poïir  de  Deu  par  ki  le  deble  est  maté, 
Gloriuse  reine  aiez  de  mei  pité. 

Ave  la  tur  David,  ave  sainte  Marie  ; 
De  vus  vint  celé  père  par  ki  murut  Golie, 
E  la  parenté  Adam  de  mort  devint  a  vie  ; 
Aiez  merci  de  mei  ke  estes  la  Deu  amie. 

Ave,  sainte  Marie,  le  temple  Salomun  ; 
A  vus  tramist  le  angele  ke  Gabriel  ad  nun, 


1.  L'erreur  s'explique  par  ce  fait  que  cette  pièce  et  la  suivante  — qui  a 
en  effet  pour  sujet  les  cinq  joies  —  ont  pu  être  considérées  comme  n'en 
faisant  qu'une,  comme  on  le  verra  à  l'article  suivant. 

2.  Notice  de  M.  Stengel,  p.  80. 


574  P-    MEYER 

A  vus  descendit  ducement  par  grant  dilcctiun 
Pur  sauver  sun  pople  del  cnemi  felun. 

Il  y  a  trente  couplets  de  quatre  vers.  Voici  les  deux  derniers: 

Unkes  ne  oï,  ma  dame,  de  nul  peccheïïr  (/.  5  </) 
Ki  ne  vousist  son  pecché  lesser  nuit  ne  jur 
E  rcc]uerre  vostre  aide,  ke  ne  out  suceur  ; 
Aiez  merci  de  mov  pur  la  vostre  douçour. 

Puis  ke  fu  de  set  anz  ne  cessai  de  pcccher, 
Si  ke  la  mauveise  char  ne  volt  unke  cesser. 
Gloriuse  reine,  vostre  aïe  requer 
Ki  poet  tut  le  mund  de  joie  alumer. 

4.  — •  Les  cinq  joies  Notre  Dame,  en  vers. —  Ici  la  rubrique 
est  exacte.  La  pièce  en  vingt-cinq  quatrains  dont  je  vais  trans- 
crire le  début  a  bien  pour  sujet  les  cinq  joies.  Remarquons  que 
cette  pièce  et  la  précédente  se  suivent  dans  les  mss.  de 
Cheltenham  et  d'Oxford  (Digby,  86),  sans  qu'il  y  ait  entre  les 
deux  aucune  séparation,  tandis  qu'ici  elles  sont  séparées  par 
une  rubrique.  Il  en  est  résulté  que,  dans  ma  description  du 
ms.  de  Cheltenham,  j'ai  considéré  les  deux  pièces  comme  n'en 
taisant  qu'une.  Il  se  peut  fort  bien,  du  reste,  qu'elles  soient 
du  même  auteur. 

Les  cinq  joies  Nosire  Dame. 

Ma  dame,  pur  celé  joie  merci  vus  requer, 
Ke  Gabriel  le  angle  vus  vint  nuncier 
Ke  vus  duisset  Jesucrist  de  ventre  porter 
Ke  voleit  sun  pople  del  deable  délivrer. 

Dame,  pur  celé  joie,  dunt  tant  ùistes  lé,  (/.  6) 
Quant  Jhesu  Crist  de  vostre  duz  cors  fut  né, 
Dunkes  purço  ne  perdîtes  virg-neté, 
Gloriuse  reine,  aiez  de  niei  pité. 

Le  jur  de  la  Tiphaine  aviez  joie  grant 
Quant  veïstes  les  treis  reis  tut  agenullant 
Fere  lur  offendre  (sic)  a  vostre  duz  enfant  : 
Aiez  merci  de  mei  ke  estes  si  puissant..  .. 

A  la  suite  des  cinq  joies  vient  une  invocation  à  divers  saints, 
que  le  poète  prie  d'intercéder  auprès  de  la  Vierge.  Voici  les 


NOTICE    DU    MS.    BODLEY    57  575 

derniers  vers,  qu'on  pourra  comparer  au  texte  du  ms.  de 
Cheltenham  (Koiiiania,  XIII,  510),  qui  se  termine  tout  autre- 
ment, n'ayant,  pour  cette  fin,  en  commun,  avec  notre  ms.  que 
les  deux  premiers  des  vers  ci-dessous. 

Gloriusc  rcïne,  aiez  de  mci  merci,  (/'.  6  c) 

Pur  l'amur  Jesucrist  mult  ducement  vus  pri 

Ke  pur  nos  iniquitez  ne  nus  metez  en  obli, 

Mes  par  ta  duce  prière  nus  aidez  quant  departuni  de  ci. 

Pensez  de  duz  Jesu  i<e  pur  nus  fu  vendu, 
Batuz  e  ledengé  e  vilement  pendu 
E  de  Sun  un  (,wV)  costé  ledement  féru 
Pur  tut  le  munde  reindre  ke  tut  fu  perdu. 

Sire,  par  ta  passiun  aiez  de  mei  merci 
De  tuz  le[s]  pecchez  ke  ai  fet  vus  en  cri, 
Ke  ja  le  cruel  de  moy  ne  soit  enjoï. 
Mes  ke  jo  puisse  a  vus  venir  merci  vus  cri 

ÂIIICII. 

5.  —  Prière  de  saint  Edmond  de  Cantorbéry.  —  Edmond 
de  Pontigny,  archevêque  de  Cantorbéry,  mort  en  1240  et 
canonisé  en  1246,  est  surtout  connu  dans  l'histoire  littéraire 
par  son  Spcculuiii  ccksk,  qui  tut  de  bonne  heure  traduit 
en  français  '. 

Est-il  l'auteur  de  la  prière  qui  lui  est  attribuée  par  le 
ms.  Bodley  et  aussi  par  le  ms.  Digby  86  -,  ou  bien  n'avons- 
nous  ici  qu'une  traduction  en  vers  d'une  prière  composée  en 
latin  pour  ce  saint  personnage,  c'est  ce  que  je  ne  saurais  dire. 
Quoi  qu'il  en  soit,  cette  oraison  n'est  pas  mentionnée  dans 
l'article  que  lui  a  consacré  V Histoire  lillérairc  (XVIII,  253-269). 
Elle  se  compose  de  douze  quatrains  dont  je  citerai  les  deux 
premiers  et  le  dernier. 

{Fol.  6  d)  Oracio  sancli  Eadinundi  arcliiepiscopi  Cant. 

Duz  sire  Jhesu  Crist,  aiez  merci  de  mei, 
Ke  del  cel  en  tere  venistes  pur  mei. 


1.  Voir  Roiiiaiiiii,  XXIX,  33. 

2.  Voir  la  description  de  ce  ms.  par  M.  Stcngcl,  p.  102. 


576  p.    MEYER 

E  de  la  virginc  Marie  nasqiiistes  pur  moi, 
E  en  la  croiz  mort  surtristes  pur  niei. 

Merci  vus  cri,  mun  Jesu,  mun  sauveur, 

Mun  solaz,  mun  confort,  ma  joie,  ma  duçur. 

Osteiz  de  mun  quer  orguil,  ire  e  rancur, 

Ke  jo  vus  puisse  a  gré  servir  e  amer  cuni  Seignur. 

Mut  vus  dei  ben  amer  kar  vus  me  amastes  avant. 


Pur  mei  mesmes  vus  requer  e  pur  tut  mes  amis, 
Numeement  pur  N.  e  pur  les  autres  morz  e  vifs  : 
Mustrez  nusel  jugement  la  clarté  de  vostre  vis 
E  mettez  nus  trestuz  ensemble  en  la  joie  de  paradis. 

Avien. 

Tout  ce  qui  suit  jusqu'au  fol.  74  est  latin  :  ce  sont  des 
prières,  des  sermons,  des  extraits  de  livres  théologiques. 
Je  citerai  le  morceau  suivant,  dont  une  partie  est  empruntée 
aux  Corrogatioiies  Pronictbei,  autrement  dit  au  commentaire 
d'Alexandre  Nequam  sur  la  Bible.  Les  premières  lignes,  aux- 
quelles se  rapporte  proprement  la  rubrique  Proprietates  mulieris, 
ne  viennent  pas  de  la  même  source  :*  c'est  une  élucubration 
cléricale  connue  d'ailleurs  si  je  ne  me  trompe,  bien  que  je 
ne  me  rappelle  plus  où  je  l'ai  lue'. 

{Fol.  20  v°)  Proprietates  mulieris.  Quid  est  mulier  ?  humana  abusio,  insa- 
tiabilis  bestia,  continua  sollicitudo,  indesinens  pugna,  cotidianum  dampnum, 
domus  tempestatis,  castitatis  impedimentum,  incontinentis  viri  naufragium, 
adulterii  vas,  preciosum  prelium,  animal  pessimum,  pondus  gravissimum  aspis 
insanabilis,  humanum  mancipium.  —  Hec  ^  statera  libra  est,  hic  stater,  stateris, 
pundus.  Gomor  indeclinabile  nomen  est  mensure.  Tridentes  sunt  instru- 
menta quibus  carnes  de  ollis  extrahebantur.  Dumtaxat  adverbium  est,  id 
est  tantummodo.  Taxare  idem  est  quod  est  ordinare  ;  unde  dicitur  «  sicut 


1.  Il  y  a  un  morceau  du  même  genre,  mais  différent,  dans  les  Reliquiœ 
antiqiix  de  Wright  et  Halliwell,  I,  168. 

2.  Ce  qui  suit  fait  partie  du  commentaire  d'Alexandre  Nequam  (ou  Nekam 
sur  l'Exode,  le  Lévitique,  les  Nombres.  Plusieurs  de  ces  gloses  (celles  qui 
contiennent  des  mots  français)  sont  citées  dans  ma  Notice  sur  les  Corrogatioiies 
Proiiiethei  (Notices  et  extraits  des  manuscrits,  XXXV,  673-675,  ou  pp.  33-35  du 
tirage  à  part). 


NOTICE    DU    MS.    KODLEY    57  577 

pretaxavimus  »,  et  sumitur  verbum  ab  lioc  nomine  taxus.  Hec  taxus,  taxi, 
est  arbor  que  in  gallico  dicitur  if  \  unJc  arcus  dicitur  taxeiis.  Hic  taxus  est 
animal  quod  in  gallico  dicitur  teisnii.  Pampinus  est  lolium  vitis,  palmes. 
Racemus,  sarmcntuiu,  ramusculus  precisus.  Botrus  congregatio  racemorum  ; 
raccmus  congregacio  uvaruni;  botrus  in  gallico  muisinc  ;  xd.cemus grape\  uva 
reisin.  Vinacium  (?)  est  foUiculus  in  quo  glarea  continetur.  Aqua  lustra- 
cionis,  id  est  purgacionis;  lustrarc  eiiim  est  purgare  ;  unde  lustrum  dicitur 
spatium  .v.  annorum.  Malogranata  punies  orciwttcs.  Simila  est  farina  secun- 
dum  theologum  delicata,  secundum  medicuni  grossa.  Fimbria  est  filum 
in  extremitate  vestis.  Hoc  anathema  est  suspensio.  Nausea  est  indignacio 
stomachi,  cum  quis  scilicet  ad  vomituni  paratus  est,  et  dicitur  a  naiis,  quod 
est  navis,  quia  in  navi  nauseat  quis  de  facili 

Fer  posticum  [Judic.  IIÎ,  24)  ;  id  est  latens  hostium,  dicitur  autem  posticum 
in  eadem  significacione  ;  unde  Oratius  :  Postico  falle  clientem  '.  Erat  autem 
Delbora  (sic)  prophètes  ;  hec  prophètes,  hujus  prophète.  Se  dédit  discrimini 
[V,  15J,  id  est  periculo. 

A  b  suite  (fol.  21)  commence  un  long  commentaire  en 
latin  sur  l'hymne  Ave  maris  Stella. 

Passant  sous  silence  un  très  grand  nombre  de  morceaux  qui 
n'intéressent  pas  la  Romauia,  nous  rencontrons,  au  fol.  69,  un 
quatrain  d'hexamètres  où  le  français  se  mêle  au  latin.  Le  voici  : 

Qui  non  fit  coiifes  nec  vult  deponere  son  fès 
Senciet  hinc  diram  venturi  judicis  iram. 
Cum  judex  vendrai  et  justis  premia  rendrai 
justi  gaudebunt,  injusti  jure  dolebunt. 

On  connaît  d'autres  compositions  où  quelques  mots  français 
sont  intercalés  dans  un  texte  latin  '. 

6.  —  Le  Credo,  en  vers.  Cette  paraphrase  du  Credo,  en 
vingt-deux  vers  monorimes,  est  tout  à  fait  différente  des  quatre 
paraphrases  ou    traductions   en  vers   que  j'ai  publiées   jadis '. 

1.  Epist.  I,  V,  31. 

2.  Par  ex.,  dans  le  ms.  B.  N.  latin  18523,  fol.  159,  ces  vers  attribués  au 
célèbre  Primas  : 

Mors  alios  morde,  michi  parce,  precor,  per  amor  Dé, 
Car,  par  le  cor  Dé,  nemo  sine  crimine/or  Dé, 
Les  mêmes  vers  se  retrouvent  dans  le  ms.  B.  N.  lat.  1862,  fol.  86  h. 

3.  Roniania,  XV,  321  et  341.  Bull,  de  la  Soc.  des  anc.  textes,  1880,  p.  40; 
1896,  p.  43. 

Romania,XXXV  37 


57? 


p.    MEYER 


(Fol.  /4)  La  créance. 

lo  crei  en  Deu  le  père  omnipotent 

Ke  cria  cel  e  tere  a  sun  talent, 

E  en  Jhesu  Crist  sun  fiz  ensenient. 
4    '         Xostre  Sire  fu  e  ert  sulenient. 

Del  Seint  Esperit  ot  conceivement, 

Nez  fu  de  la  virgine  Maria  ducement, 

Desuz  Pilate  fu  pené  egrement 
8  E  en  croiz  fiché  mult  anguissusement  ; 

Mort  fu  e  mis  al  monument; 

En  enfern  entra,  si  estreit  la  sue  gent  ; 

Le  terz  jur  leva  de  mort  verraiment, 
12  Munta  al  ceil,  iloc  seit  hautement 

Al  destre  Deu  le  père  omnipotent  ; 

D'iloc  vendra  al  grant  jugement 

Ki  les  vifs  jugera  e  le[s]  mors  ensenient 
i6  Ki  ben  vesquirent  el  secle  u  malement. 

Je  crei  en  Saint  Espirit  parfitement 

E  en  saint  Eglise,  de  seinz  l'asemblement, 

De  tuz  sainz  le  comuniment, 
28  E  perdun  de  péché  ensement, 

De  char  verrai  resuscitement 

E  pardurable  joie  ensement. 

7.  —  Paraphrase  en  vers  du  Pater.  Les  traductions  et  expo- 
sitions en  vers  du  Pater  abondent  dans  l'ancienne  littérature 
française.  Plusieurs  ont  été  composées  en  Angleterre'.  C'est 
le  cas  de  la  paraphrase  dont  je  vais  rapporter  le  début.  Le  texte 
est  écrit  à  longues  lignes,  comme  prose,  et  le  début  manque 
évidemment.  Il  y  a  une  lacune  d'au  moins  un  feuillet  entre  les 
ff.  90  et  91. 

Li  ton  nun  seit  seinterié.  (f.  91) 

Dun  [n'Jes[t]  ton  nun  seinz  asez  ? 
Que  est  ço  dunt  que  requérez? 
Ore  le  dirrai,  si  l'entendez  : 
Nus,  in  ceste  peticion, 
Prium  par  grant  devociun 


I.  Komanid,  XIII,  534  ;  XV,  522  et  342. 


NOTICE    DU    MS.    BODLEY    57  579 

Que  la  saint (c)é  de  tun  nun 
Par  nus  n'ait  violaciun. 

Advenial  icç)iuiii  tiiniii. 

Li  tun  rcgue  aveinge. 

Nus  devu[n]s  eu  tum  régnée 

Aver  fcm  (sic)  z  hérité  ; 

Pur  [ço]  avun  ici  preé 

Que  ncl  perdum  par  pecché.  . . 

Parmi  les  pièces  latines  qui  suivent  se  trouve  une  copie  *de 
la  légende  de  l'arbre  dont  fut  faite  jla  sainte  croix.  Ce  texte 
bien  connu  est  publié  dans  les  Denkmàhr  der  provenyalischeii 
Literaliir  iind  Spracbe  de  M.  Suchier,  I,  i66  (cf.  p.  525  pour 
les  notes). 

(Fol.  98  V»)  Post  peccatum  Ade,  expulso  codem  de  paradiso  propter 
peccatum  quod  commiserat,  dum  clamaret  in  misericordiam  Domini, 
indutus  perizomate... 

8.  —  Le  fol.  102  v°  est  occupé  presque  en  entier  par  des 
recettes  dont  plusieurs  sont  en  français.  Voici  ces  dernières  : 

Se  vus  volez  espruver  se  li  malades  viverat  u  nun,  faites  li  pisseir  en  un 
bacin  o  en  un  escuelc,  e  pernez  le  lait  de  la  femme  ki  nurist  vallet,  si  ço  est 
hume,  e  de  la  meschine  si  ço  est  femme.  Si  metteiz  el  bacin  sur  la  date  :  si  li 
laiz  vait  al  funz  si  senefie  mort  ;  se  il  esta  desure,  niustre  ke  il  viverat  ^ 


1.  Ce  mot,  qui  est  encore  dans  Cotgrave,  est  ordinairement  masculin. 

2.  C'est  la  première  des  recettes  que  renferme  le  petit  recueil  publié, 
d'après  un  ms.  de  Montpellier,  par  Boucherie,  Revue  des  langues  romanes, 
VII,  62.  Le  texte  de  Montpellier  est  un  peu  plus  court.  Ailleurs  on  se  contente 
d'eau  claire  sur  laquelle  on  répand  le  lait  ;  voir  Bulletin  de  la  Société  des 
anciens  textes,  1906,  p.  50,  et  de  même  dans  une  rédaction  en  vers  que  ren- 
ferme un  recueil  manuscrit  appartenant  à  Trinity  Collège  (Cambridge), 
O.  8.  27,  fol.  153  : 

Femme  enceinte,  si  volt  saver  K'ele  degute  enz  de  sun  lait  ; 

S'ele  doit  fille  u  fiz  aver,  E  si  le  lait  aval  décent, 

Prenge  cler  ewe  en  un  vaissel,  Dune  est  ço  malle  veirement, 

En  un  hanap  net  et  bel,  E  si  le  leit  flote  desus, 

Puis  si  deit  issi  estre  feit  Fille  est,  qe  vus  dirrei  ge  plus? 


580  p.    MEYER 

Suivent  quelques  recettes  en  latin,  puis  : 

Pur  la  perc,  pcrnez  burnecte',  gnimiP,  quisez  ensemble  en  estale  cer- 
veise,  si  bevez  le  seir  chalde  e  le  matin  freide  '.  —  La  rue  valt  encuntre  tuz 
venims,  car  ço  mustre  la  musteile,  car,  quant  ele  se  deit  combatre  encuntre 
le  scorpiun,  si  en  use  primes +.  —  Medicinea  occire  le  rancle  de  la  plaie  :  pren 
le  jus  de  la  planteine  c  le  jus  de!  ache  e  del  ruge  cholet  e  de  la  mbrele  e  la 
mie  de  pain  de  furment  e  trible  ensemble  e  puis  met  sur  la  rancle  de  la  plaie. 
—  Le  fenuil  quisez  od  le  vin,  si  lavez  le  vit  del  hume  ki  est  emflez,  sempres 
essiugerat.  —  Seint  Cassidoires  dit  en  son  livre  ke  ki  deïst  ces  dous  vers  en 
son  muriant,  sa  aime  ne  enterra  mie  en  enfern  :  «  O  Domine,  quia  ego  servus 
tuus,  ego  servus  tuus  et  filius  ancille  tue.  Dirupisti  vincula  mea,  tibi  sacrifi- 
cabo  hostiam  laudis  et  nomen  Domini  invocabo.  >> 

Suivent  ces  vers  anglais  > . 

Wen(?)  lo  pe  rode  se  Hys  bac  wid  scurge  iswungen, 

Jesunailed  to^e  tre,  Hys  side  depe  istungen, 

Jesu  mi  lefman  For  sinne  an  lowe  of  man, 

Ibunden,  bloc  an  blodi,  Weil  aut  I  sinne  lete 

An  hys  moder  stant  him  bi  An  neb  wit  teres  wete, 

Wepande  an  Johan,  Gif  of  lowe  [I]  kan. 


I.  Godefroy,  sous  brunette,  propose,  de  seconde  main  et  sans  discussion, 
trois  significations  différentes.  Le  D""  Murray,  Netu  Englisch  Dictionary,  sous 
BURNET  2,  est  plus  précis  et  sûr  :  «  The  popular  names  of  plants  belonging 
to  the  genexâ  Sanc^iiisorba  and  Potcriitm  (N.  O.  Rosacex)  of  which  the  Great 
or  Common  Burnet  is  comraon  in  mcadows,  and  the  Lesser  or  Salad  Burne^ 
{Poterium  sanguisorba)  on  the  Chalk.  The  old  herbalists  confounded  with 
thèse,  the  Burnet  Saxifrage,  Piiiiplnella  Saxijraga,  an  umbelliferous  plant 
resembling  the  Burnets  in  foliage.  »  En  provençal  moderne  bruneto  est  une 
sorte  de  champignon  (Mistral),  ce  qui  ne  semble  pas  convenir  ici. 

2.  On  voit  ailleurs  le  grémil  (borraginée)  employé  pour  les  maladies  de  la 
vessie  (ms.  de  Cambrai,  §  46,  dans  les  Et.  row.  dédiées  à  G.  Paris,  p.  259). 

5.  Il  y  a  une  recette  anglaise  fort  analogue  dans  les  Reliqtdx  antiqiix  de 
Wright  et  Halliwell,  I,  52,  premières  lignes  de  la  page. 

4.  Cf.  Pline,  Hist.  nat.,  VIII,  xli,  3  ;  XX,  Li,  2. 

5.  En  voici  la  traduction  :  «  Lors  que  je  vois  Jésus  cloué  sur  l'arbre  de  la 
croix,  Jésus  mon  amour,  attaché  livide  et  sanglant,  sa  mère  éplorée  près  de 
lui,  et  Jean,  son  dos  meurtri  de  verges,  son  côté  percé  d'une  blessure  pro- 
fonde pour  les  péchés  et  l'amour  de  l'homme,  je  devrais  bien  laisser  le  péché 
et  mouiller  mon  visage  de  larmes,  si  je  suis  capable  d'aimer.  » 


NOTICE    DU    MS.    BODLEY    57  581 

Un  peu  plus  loin  nous  rencontrons  un  itinéraire  de  Terre 
sainte,  qui  a  été  publié,  d'après  deux  mss.  de  Londres,  par  Titus 
Tobler,  sous  le  titre  lïhinoniinatus  I,  dans  Thcoderici  liheUus  de 
Jocis  sanclis  edifiis  circa  A.  D.  ii']2,  cui  accedunt  breviores 
aliquot  descriptiones  Terrai  sanctx"  (S.  Gall,  1865),  p.  113  et 
suiv.  : 

(F.  10 j  vo)  Si  quis  ab  occidentalibus  '  partibus  Jérusalem  adiré  vokierit,  solis 
ortum  scmper  teneat,  et  Jerosoliinitaniloci  oracula  '  ita  inveniet  sicut  hic  nota- 
tur.  In  Jérusalem  est  cubiculum  uno  lapide  coopertum  -,  et  ibi,  inter  tcmplum 
et  altare,  in  marmore  ante  aram  sanguis  Zacharie  fusus  est.  Inde  non  longe 
est  lapis  ad  quem  per  singulos  annos  Judei  veniunt,  et  ungentes  eum  lamen- 
tantur,  et  sic  cum  gemitu  redeunt.  Ibi  est  domus  Ezechie  régis  Juda  cui  ter 
quinos  annos  Deus  addidit.  Deinde  domus  est  Cayphe  et  columpna  ad  quam 
Christus  ligatus  flagelli   cesus  fuit 

(Fol.  105).  Les  Méditations  de  saint  Bernard. 

(Fol.  140  v°).  Une  pièce  rythmique  qui  n'est  pas  relevée 
dans  le  Reperloriuiii  byiinwlogicuiii-  de  M.  le  chanoine  Chevalier  : 

Dulcis  Jésus  memoria, 
Sola  mentis  affectio, 
Dans  vera  cordi  gaudia 
due   mentis  sunt  attentio. 

(Fol.  174  v°).  L'Algorisme  en  vers  latins  d'Alexandre 
de  Villedieu,  sur  lequel  voir  Romania,  XXVI,  232  : 

Hec  algorismus  ars  presens  dicitur  in  qua 

Il  n'a  été  copié  ici  que  le  début  de  ce  poème. 

(Fol.  176  et  177).  Chronique  latine  qui  commence  à  la 
mort  du  roi  Jean  (1216)  et  se  poursuit  jusqu'à  1224. 

Signalons  au  fol.  180  v°,  un  sermon  attribué  à  Robert 
Grossetête,  le  savant  évêque  de  Lincoln  : 

Hic  incipit  sermo  magistri  Roberti  Grossi  Capitis  episcopi. 

Maria  optimam  partem  elegit  que  non  auferetur  ab  ea  [Luc.  x,  43].  — 
Bene  novit  caritas  vestra  per  istas  duas  mulieres  Mariam  et  Martham  duas 
vitas  designari  in  sancta  Ecclesia,  scilicet  activam  et  contemplativam 


1.  Lire  oratoria. 

2.  Le  copiste  a  omis  ces  mots  :  «  ubi  Salomon  Sapientie  librum  scripsit  ». 


582  p.    MEYER 

Puis  (fol.  188)  la  pièce  goliardique  A  tauro  torrida  lampade 
Cinlhii  plus  d'une  fois  publiée,  notamment  par  Th.  Wright, 
Poems  coinmouly  attrikuted  to  Walter  Mape  (dans  la  Camden 
Society),  p.  i. 

8.  —  Au  fol.  217  \°  on  lit,  en  écriture  cursive  du  xiv'=  siècle, 
la  recette  et  le  charme  ci-après  : 

Pur  encloyer  ■  de  chvval,  pcriiez  porciouns  de  payn  blanc  et  un  erbe  c'on 
apele  mousere,  et  mêliez  ensemble  e  donez  a  chyval  a  manger  deux  foiche 
(i/V)  ou  troys  et  il  garryra. 

Suit  le  charme  ci-après  qu'il  fallait  sans  doute  dire  en 
donnant  la  médecine  : 

Hau  !  douce  sire  Jhesucrisl,  aussi  verroiment  come  vous  estes  piere  et 
fitz  et  Seint  Esperit,  treis  persones  et  un  Dieu,  et  donastes  vertues  a  chapleyn 
de  fere  char  et  sang  de  payn  de  forment,  e  auxi  verreyment  come  scly  char 
e  sange  suffret  grevouses  playes  sur  la  crois,  pur  pechours  saver,  par  clous  de 
fer,  et  auxi  verreyment  come  vous  donastez  vertue  en  piere,  en  erbe  et  en 
parole,  donez  tele  vertue  en  ceste  pa\-n  et  en  ceste  erbe  que  il  enserche  et 
sane  sanz  delay  le  clouere  de  ceste  beste  si,  en  le  honurance  de  Piere  et  do 
Filz  et  de  Seynt  Espirit. 

Paul  Meyer. 


I.  Blessure  produite  par  un  clou;  cf.  Roinaiiia,  XXXII,  50,  note  4.  Plus 
loin  le  chuere.  La  forme  correcte  devrait  être  eiichenre. 


NOTICE    BIOGRAPHiaUE 
SUR     EUSTACHE     MARCADÉ 


Le  chapitre  ix  du  premier  volume  des  Mystères  de  Petit  de 
Julleville,  qui  est  consacré  à  la  biographie  des  auteurs  connus 
de  mystères,  s'ouvre"  par  une  notice  sur  Eustache  Marcadé-, 
auteur  de  hi  Vengeance  Jésus-Christ,  dont  le  seul  manuscrit  signalé 
jusqu'ici  se  trouve  dans  la  bibliothèque  d'Arras'.  En  1893, 
M.  Jules-Marie  Richard  a  publié  le  mystère  de  la  Passion  qui, 
dans  le  même  manuscrit,  précède  la  Vengeance  Jésus-Christ  et 
qui,  selon  toute  vraisemblance,  émane  du  même  auteur,  et  il  a 
groupé  de  nouveau  les  renseignements  que  l'on  possède  sur  la 
biographie  d'Eustache  Marcadé  "♦.  Il  y  a  lieu  de  revenir  présente- 
ment sur  ce  sujet,  car  de  nouveaux  documents  ont  été  mis  au 
jour  sans  qu'on  ait  pris  soin  d'en  marquer  le  lien  avec  ceux  qui 
étaient  connus  auparavant;  ces  nouveaux  documents  jettent 
la  plus  vive  clarté  sur  la  fin  de  la  carrière  de  Marcadé,  qui  ne 
fut  pas  sans  éclat,  et  nous  révèlent  le  jour  exact  de  sa  mort 
(10  janvier  1440). 


1.  Pages  314-15- 

2.  Petit  de  Julleville  l'appelle  Mercade,  mais  cette  forme,  bien  que  généra- 
lement adoptée  (c'est  elle  qui  figure  dans  la  Bio-bibliographie  du  chanoine 
Ulysse  Chevalier),  n'est  pas  conforme,  comme  on  le  verra  plus  loin,  à  celle 
que  le  personnage  employait  lui-même  et  que  nous  devons  respecter. 

5.  Ms.  no  697. 

4.  Arras,  1895  ;  in-49  de  xxxvi-295  pages;  voy.  notamment  p.  vu.  Pour 
les  raisons  qui  militent  en  faveur  de  l'attribution  à  Marcadé  de  la  Passion  aussi 
bien  que  de  la  Vengeance,  voyez  Emile  Roy,  Le  Mystère  de  ta  Passion  en 
France,  p.  275  ;  cf.  Alfred  Jeanroy,  dans  Roniania,  XXXV,  373  et  dans/o!</-- 
nal  des  savants,  sept.  1906,  p.  491. 


584  A.    THOMAS 

On  sait  que  le  manuscrit  d'Arras  se  termine  par  une  notice 
en  vers  qui  a  été  pendant  longtemps  le  seul  témoignage  connu 
sur  notre  auteur  et  qui  reste  encore  aujourd'hui  une  excellente 
base  pour  sa  biographie.  Cette  notice  est  ainsi  conçue  : 

C'est  la  Vengancc  Jcsii  CrisI, 
Laquelle  composa  et  fist      ^    ' 
Ung  clerc  moult  bien  recommandé  ; 
S'eult  dampt  Ustasse  Marcadé 
A  nom,  et  docteur  en  décret 
Moult  sage  fut  et  moult  discret, 
Bachelier  en  théologie, 
Et  officiai  de  Corbie 
En  son  temps.  Et  sans  nez  .1.  blasmc 
Penser,  priez  Dieu  pour  son  ame  '. 

Ce  qu'il  y  a  peut-être  de  plus  saillant  dans  cette  notice,  c'est 
le  titre  d'official  de  Corbie  donné  à  Eustache  Marcadé.  Effecti- 
vement, l'histoire  de  l'abbave  de  Corbie  fournit  la  première 
date  précise  qui  jalonne  la  biographie  de  notre  auteur.  M.  Léo- 
pold  Delisle  a  emprunté  à  une  monographie  de  Corbie,  compo- 
sée, au  commencement  du  xvi'^  siècle,  par  Jacques  Baron  et  con- 
servée en  manuscrit  à  la  Bibliothèque  nationale  (lat.  12393), 
les  détails  suivants^. 

Après  la  mort  de  l'official  Jean  Pinchon,  survenue  en  1414, 
son  successeur,  Olivier  Belle  5,  permuta  avec  Eustache  Marcadé, 
licencié  en  décret  et  prévôt  de  Dampierre+,  lequel  exerçait  les 
fonctions  d'official  en  14 18.  Vers  1427,  Marcadé  prit  partie 
pour  Guillaume  de  Hotot,  abbé  de  Cormery,  qui  contestait  les 
droits  de  Jean  du  Lion  au  titre  d'abbé  de  Corbie  ;  aussi  ce  der- 
nier, non  content  de  le  révoquer  de  ses  fonctions,  s'empressa- 
t-il  de  le  dénoncer  au  gouvernement  anglais  comme  criminel 
de  lèse-majesté  en  l'accusant  d'entretenir  des  relations  avec  les 


1.  Ces  vers  ont  été  plusieurs  ibis  publiés,  avec  de  légères  variantes  gra- 
phiques. Je  les  donne  d'après  une  copie  du  manuscrit  que  je  dois  à  mon  con- 
frère M.  Eugène  Déprez,  archiviste  du  Pas-de-Calais  ;  je  ponctue  d'après  le 
sens.  Jesti  Crist  est  écrit  en  un  seul  mot  abréviativcment  :  ihucrist. 

2.  Cah.  des  Manuscrits,  II,  1 30-1 31. 

5.  Nommé  Bulle  par  Cocquelin  dans  l'histoire  de  Corbie  citée  plus  loin. 
4.  Ce  Dam  pierre  CSX  celui  qui  forme  une  commune  du  canton  d'Iînvermeu, 
arr.  de  Dieppe. 


\OTICE    BIOGRAPHiaUF.    SUR    EUSTACIIE    MARCADE  5Ô) 

partisans  de  Charles  VII.  Marcadé  fut  emprisonné  à  Amiens  et 
condamne  à  200  livres  parisis  d'amende.  Mais  il  ne  se  tint  pas 
pour  battu.  Il  attaqua  Tabbé  et  le  monastère  de  Corbie  devant 
le  prévôt  de  Paris  et  le  conservateur  des  privilèges  de  l'Univer- 
sité, et  réussit  à  obtenir  une  sentence  qui  lui  rendait  sa  charge 
d  officiai  le  8  septembre  1437.  Il  v  eut  appel  au  Parlement: 
mais  un  arrêt  du  2  mai  1439  débouta  l'abbé  et  consacra  le 
triomphe  d'Eustache  Marcadé '.Cet  arrêt  nous  est  parvenu;  il 
n'entre  malheureusement  pas  dans  les  détails  de  la  première 
affliire.  En  voici  les  données  essentielles  : 

Karolus,  etc.  Cum  lis  mota  fuisset  coram  illo  qui  preposituni  ville  nostre 
Parisius  et  conservatoreni  generalem  privilegiorum  Universitatis  ejusdem 
ville...  sub  adversariis  nostris  Anglicis...  se  gerebat,  inter  Eustacium  Marcadé, 
ordinis  sancti  Benedicti,  in  jure  canonico  licenciatum,  actorem  et  conqueren- 
tem  in  casu  novitatis  et  saisine,  ex  una  parte,  et  abbatem  et  conventum 
monasterii  seu  abbacie  de  Corbeva,  defensores  et  opponentes,  ex  parte  altéra, 
racione  possessionis  et  saisine  benetîcii  seu  officii  officialatus  dicti  monasterii 
de  Corbeya  ...et  post  reduccionem  ville  nostre  Parisius...  fuit  a  dicta  senten- 
cia  pro  parte  dictorum  defensorum  ad  nostram  Parlamenti  curiani  appella- 
tum...  Dictum  fuit  dictum  prepositum  nostrum  bene  judicasse... 

(Registres  du  Parlement,  Arch.  nat.,  X 'a  yo,  fo  108  r"  :  2  mai  1439) 

Une  fois  Paris  rentré  sous  la  domination  de  Charles  VII, 
Eustache  Marcadé  était  venu  reprendre  ses  études  universitaires 
à  la  Faculté  de  décret.  Il  était  depuis  bien  longtemps  licencié. 


I.  L'histoire  de  l'abbave  de  Corbie  écrite  en  1678  par  Dom  Cocquelin,  qui 
a  été  publiée  dans  le  t.  VIII  des  Méiii.  de  la  soc.  des  aiitiq.  de  Picardie,  en  1845, 
et  dont  je  ne  puis  contrôler  les  sources,  précise  quelques  points.  C'est  le 
20  avril  1427  que  Jean  du  Lion  nomma  officiai  Philippe  de  Baquencourt,  prieur 
de  Saint-Ouen  de  Gisors,  .à  la  place  d'Eustache  Marcadé.  Baquencourt  ayant 
été  nommé  abbé  de  Saint-Martin  d'Aumale(2  3avril  1451)  eut  pour  successeur 
dans  la  charge  d  officiai  Anselme  Proïiille  (lire  ProvUJe)  :  c'est  à  ce  dernier 
que  Marcadé  intenta  un  procès.  A  Proville  succéda  Jean  Roussel  (24  janvier 
1436  :  probablement  1437  ^'^  nouveau  st\'le)  ;  quand  Marcadé  eut  obtenu 
gain  de  cause  au  Parlement,  il  se  désista  en  faveur  de  Roussel  VIII  (Méni. 
soc.  aitliq.  Pic,  p.  462).  —  Je  reviendrai  plus  loin  sur  le  bénéfice  dont  Coc- 
quelin attribue  la  possession  à  Marcadé  (vov.  p.  589).  Q.uant  au  fait  de  la  ces- 
sion de  l'officialat  par  Marcadé  à  Roussel,  s'il  est  constant  (ce  dont  je  doute), 
il  n'a  pu  avoir  Heu  que  dans  les  quatre  derniers  mois  de  la  vie  de  Marcadé 
(10  octobre  1459-10  janvier  1440). 


586  A.    THOMAS 

Le  2  mai  1437,  en  même  temps  que  deux  autres  candidats, 
Jean  Chufart  et  Martin  de  Fresnes,  il  se  présenta  au  doctorat, 
fut  admis  et  prêta  serment  :  les  actes  vinrent  plus  tard,  et  la  fête 
doctorale  traditionnelle,  consistant  essentiellement  en  un  ban- 
quet, eut  lieu  le  30  juillet,  dans  la  maison  de  l'archevêque  de 
Reims;  les  trois  nouveaux  docteurs  obtinrent  le  titre  de  régents 
le  lendemain  '.  Le  14  août  suivant,  Marcadé  recevait  de  la  Faculté 
un  témoignage  de  haute  confiance  :  il  fut  chargé  d'aller  porter 
au  pape  Eugène  IV  le  rôle  des  bénéfices  que  Ton  sollicitait  de  Sa 
Sainteté  pour  le  corps  enseignant-.  Nouvelle  mission,  plus 
importante  encore,  en  1438  :  il  fut  désigné,  avec  son  collègue 
Jean  Chufart,  pour  représenter  la  Faculté  au  concile  de  Bourges. 
Comme  il  était  naturel,  la  Faculté  décida  que,  pendant  cette 
mission,  les  deux  délégués  seraient  considérés  comme  présents 
et  régents  et  toucheraient  leurs  émoluments'.  Nommé  receveur 
de  la  Faculté,  le  6  novembre  1438,  il  dut  bientôt  accepter,  après 
la  retraite  de  Jean  de  Courcelles,  les  importantes  fonctions  de 
doyen  :  elles  lui  furent  confiées  le  24  février  1439 ■♦.La  mort 
l'empêcha  de  les  exercer  jusqu'au  bout.  Les  traces  de  son  activité 
décanale  sont  consignées  (presque  toutes  de  sa  propre  main) 
dans  le  registre  de  la  Faculté  de  décret  conservé  aujourd'hui  à 
la  bibliothèque  de  la  Faculté  de  droit  et  publié  par  MM.  Marcel 
Fournier  et  Léon  Dorez  \  Je  -tiens  à  emprunter  à  ce  registre  les 
dernières  lignes  d'une  délibération  du  10  octobre  1439  parce 
qu'elles  établissent  la  forme  qu'il  donnait  à  son  nom  de  famille, 
Marcadé  et  non  Mercadé  : 

Fuerunt  omnes  doctores  présentes,  videlicet  domini  Livinus,  Joh.  de  Cour- 

1.  La  Faculté  de  décret  de  ViDiiversité  de  Paris,  par  Marcel  Fournier  et 
Léon  Dorez,  t.  II,  p.  27  et  28;  cf.  Chartulaniiin  uiiiversitatis  Parisieiisis,  par 
H.  Denifle  et  E.  Châtelain,  t.  IV,  p.  597,  n"  2505. 

2.  Ibid.,  p.  28;  cf.  Charluhriuui  cité,  t.  IV.  p.  )97  et  598,  n"^  2504  et 
2506. 

3.  Ibid.,  p.  37  ;  cf.  Chartiihiriiiiii  cité,  t.  IV,  p.  605,  no  2322. 

4.  Ibid.,  p.  44;  cf.  Chartitlariuni  cité,  t.  IV,  p.  613,  no  2558. 

5.  L'écriture  de  Marcadé  est  une  cursive  surchargée  d'abréviations,  d'un 
aspect  inélégant,  qui  contraste  avec  celle  de  ses  prédécesseurs  et  successeurs 
au  décanat.  Il  me  semble  la  retrouver  dans  une  note  de  douze  lignes  datée  du 
23  janvier  1437  (anc  stvle),  sous  le  décanat  de  Martin  de  Fresnes  (M.  Four- 
nier et  L.  Dorez,  La  Faculté  de  décret,  t.  II,  p.  37). 


NOTICE    BIOGRAPHiaUE    SUR    EUSTACHE    MARCADÉ  587 

cellis,  Joh.  Chuffart,  M.  de  Fraxinis,  et  ego  E.  Marcade,  decanus  Facultatif, 
officialis  Corb[ciensi.sJ.  Datum  ubi  supra  et  registratum   per  me  Eustacium 
decanum  Facultatis,  anno  et  die  predictis. 
Signé  :  E.  Marcade  decanus  Facult[atis] '. 

Eustache  Marcadé  mourut  le  lo  janvier  1440,  ainsi  qu'il 
résulte  de  la  note  suivante  inscrite  sur  le  même  registre  par 
maître  Jean  de  Courcelles,  qui  lavait  précédé  et  qui  lui  succéda 
dans  les  fonctions  de  doyen  de  la  faculté  de  décret  : 

Die  X  januarii  hujus  anni  M  CCCC  XXXIX  deccssit  ab  hoc  seculo  prefatus 
dominus  Eustacius  decanus  :  anima  ejus  in  pace  requiescat  !  Et  fuerunt  cele- 
brate  in  Facultatevigilie  solempnes  et  percepitquiiibet  dominorum  doctorum 
unum  scutum  et  quilibet  bacalarius  xii  denarios^ 

Il  est  difficile  de  réxoquer  en  doute  l'authenticité  et  la  véracité 
de  cette  note,  étant  donné  sa  provenance.  Mais  il  nous,  faut 
maintenant  considérer  la  mention  nécrologique  suivante,  qui  se 
trouve  dans  un  rouleau  des  morts  de  Marmoutier  envoyé  par 
l'abhé  Pierre,  le  12  mars  1442,  et  indiquant  les  décès  des  frères 
survenus  depuis  quatre  ans  : 

Anno  Doniini  M  CCCC  XXXIX  obierunt  : 

XVII  kalendas  februarii,  frater  Eustachius  Marchade  ?. 

En  éditant  ce  rouleau,  en  1866,  M.  Léopold  Delisle  a  indiqué 
comme  «  possible  »  l'identification  de  ce  frère  de  Marmoutier 
avec  l'auteur  des  mystères  d'Arras.  Petit  de  Julleville,  tout  en 
renvoyant  aux  Rouleaux  des  uiorts,  évite  de  s'expliquer  sur  ce 
point.  M.  Richard  fait  état  de  la  «  possibilité  »  admise  par 
M.  Delisle  et  il  écrit  ceci  :  «  A  part  ces  dernières  années,  où 
les  vicissitudes  de  sa  lutte  contre  l'abbé  Jean  du  Lion  le  retinrent 
à  Paris  et  l'amnèrent  peut-être  à  finir  ses  jours  à  Marmoutier, 


1.  Bibl.  de  la  Faculté  de  droit,  Archives,  i,  loi.  192  r";  cf.  M.  Fournier  et 
L.  Dorez,  La  Faculté  de  décret,  t.  II,  p.  44-5.  Les  éditeurs  ont  complété  le  pré- 
nom de  Marcadé  en  Eustachius,  bien  qu'il  écrive  lui-même,  au  moins  ici,  ce 
prénom  par  un  c  non  suivi  d'/;.  Le  texte  de  la  délibération  est  aussi  reproduit 
dans  le  Chartulariunt  de  Denifle  et  Châtelain,  avec  quelques  menues  lacunes 
(no  2528). 

2.  Manuscrit  cité,  fol.  192  vo  ;  cf.  M.  Fournier  et  L.  Dorez,  La  Faculté 
de  décret,  II,  p.  51. 

3.  Léopold  Delisle,  Rouleaux  des  Morts,  p.  476. 


588  A.     THOMAS 

Eustache  Mercadc  paraît  avoir  passé  une  bonne  partie  de  sa  vie 
à  Ham  et  surtout  à  Corbie  '  ». 

En  convertissant  en  style  moderne  la  date  donnée  par  le  rou- 
leau de  Marmoutier,  on  a  :  i6  janvier  1440.  Le  registre  de  la 
faculté  de  décret  de  Paris  nous  dit  e]ue  le  doyen  Marcadé  mou- 
rut le  10  janvier  1440.  Cette  légère  discordance  ne  doit  pas 
l'empêcher  d'affirmer  qu'il  s'agit  de  part  et  d'autre  d'un  seul  et 
unique  personnage  ;  il  \a  de  soi  que  la  date  à  retenir  est  celle 
du  10  janvier.  Le  doyen  Marcadé  appartenait  effectivement 
au  clergé  régulier  et  était  Bénédictin  :  le  registre  de  la  Faculté 
lui  donne  à  plusieurs  reprises  le  titre  de  prieur  «  de  Ouis  » 
ou  «  d'Oeus  »,  c'est-à-dire  d'Œuf-en-Ternois  -,  et  il  le  désigne 
une  fois  en  abrégé  par  cette  formule  :  «  pater  dominus  prior  »  '. 
Or  le  prieuré  d'Œuf  dépendait  de  l'abbaye  de  Marmoutier  4  : 
il  est  donc  tout  naturel  que  le  nom  du  doyen  de  la  faculté  de 
décret  figure  sur  le  rouleau  des  morts  de  cette  abbaye. 

Il  a  été  dit  plus  haut  que  Marcadé  fut  d'abord  moine  de 
Corbie  et  posséda  la  prévôté  de  Dam  pierre,  qu'il  échangea  avec 
Olivier  Belle  pour  la  charge  d'official  en  14 14.  Il  faut  noter  que 
c'est  sous  le  titre  de  «  prévôt  de  Dampierre  »  qu'il  fut  inscrit 
parmi  les  vingt-quatre  ministres  de  la  singulière  Cour  amoureuse 
étudiée  naguère  par  M.  Arthur  Piaget  :  il  y  remplaça,  après 
décès,  Jean  Carité,  chanoine  de  Laon  '.  Passe  pour  un  chanoine 
comme  Jean  Carité  ou  Jean  de  Montreuil,  mais  vraiment  on  ne 
s'attendait  pas  à  voir  un  moine  Bénédictin  en  pareille  société, 
la  Cour  amoureuse  avant  été  fondée,  en  l'an  1400,  «  a  Ton- 
neur,  loenge,  recommendacion  et  service  de  toutes  dames  et 
damoiselles  »  ''.  Il  est  vrai  qu'il  ne  s'agissait  guère  de  faire  en 
l'honneur  des  dames  et  damoiselles  que  de  vertueuses  ballades, 


1.  Ouvrage  cité,  p.  vni. 

2.  Commune  du  canton  de  Saint-Pol  (Pas-de-Calais). 

3.  M.  Fournier  et  L.  Dorez,  La  FacuUc  de  dccret,  t.  11,  p.  27.  Ce  doniiinis 
correspond  ici  au  dampt  du  manuscrit  d'Arras  et  à  notre  doiii  actuel,  surtout 
employé  par  déférence  vis-à-vis  des  moines  Bénédictins. 

4.  Voir  sur  ce  prieuré  une  monographie  de  feu  le  chanoine  Haigneré  dans 
les  Mih)].  de  la  Soc.  des  aiiliq.  de  la  Moriuie,  XXII  (1890-2),  65-86  ;  malheu- 
reusement l'auteur  n"a  rien  trouvé  sur  les  prieurs  d'Œuf  avant  1507. 

5.  Kimninia,  XX,  424  et  429. 

6.  Remania,  XXXI,  599  (article  complémentaire  publié  par  M.  Piaget). 


XOTICE    BIOGRAPHIQUE    SUR    EUSTACllE    MARCADÉ  589 

et  que  la  Cour  amoureuse  ne  devait  pas  être  très  folâtre  lors- 
qu'elle était  présidée  par  un  solennel  maître  en  théologie  de 
nationalité   autrichienne,    Jean  MuUechner,    dit  Austria  '. 

Petit  de  Julleville  a  attribué  à  Eustache  Marcadé  le  titre  de 
«  prieur  de  l'abbaye  de  Ham  »,  et  M.  Richard  a  répété,  après 
lui,  que  notre  auteur  avait  été  «  prieur  de  Ham  au  diocèse  de 
Térouanne  en  I-123  ».  La  source  commune  de  cette  atfirma- 
tion  est  l'histoire  de  l'abbave  de  Corbie  de  Benoît  Cocquelin 
publiée  dans  le  tome  Mil  des  Mémoires  de  la  Société  des  anti- 
quaires de  Picardie  en  18^)  5 .  Voici  les  passages  visés  : 

1423.  Eustachius  de  Marcade  ex  monacho  et  officiali  Corheiensi  prior  de 
Anàin  episcopatu  Morinensi. 

Eustachius  de  Marcade  reperitur  otîfîcialis  1-414. 

Pliilippus  de  Bacquencurià  denunciatur  officialis  20  aprilis  1427  ab  abbate 
Joanne  de  Lion,  ad  rujus  beneplacitum  Eustachius  de  Marcade  illud  officium 
exercuerat.  Philippus  per  id  tempus  erat  prior  S.  Audoeni  de  Gissora  tune  a 
Majori  Monasterio  dependentis  ;  Eustachius  verô  prior  prioratus  de  Ham  in 
dioecesi  Morinensi  -. 

La  première  mention,  avec  la  date  de  1423,  tait  partie  d'un 
chapitre  intitulé  :  Index  chronologiciis  vironiin  illnstriuui  sancti- 
fate,  doctriiia,  dignitate  et  prosapia,  qui  constitue  la  division  IX 
du  recueil  de  Benoît  Cocquelin,  et  qui,  au  témoignage  même  de 
l'éditeur,  ne  se  trouve  que  dans  la  copie  de  ce  recueil  qui  est  à  la 
Bibliothèque  Nationale  dans  la  collection  de  Picardie  de  Dom 
Grenier,  vol.  32,  p.  398  et  suiv.  Or  cette  copie  porte,  non  pas 
Alla,  mais  Ans.  Plus  loin,  il  est  vrai,  dans  la  liste  des  officiaux, 
il  y  a  effectivement //^w  ;  plus  loin,  encore,  une  mention,  qui 
semble  manquer  dans  le  ms.  d'Amiens  525  suivi  par  l'éditeur, 
qualifie  Marcadé  de  «  prior  de  Hanis  in  dioecesi  Morinensi»'. 
Voici  comment  j'explique  l'hésitation  de  Dom  Cocquelin  :  il  a  dû 
lire  Ans  dans  le  document  de  i_|23,  et  plus  tard  il  a  écrit  Ham 
et  Hams  en  supposant  qu'il  s'agissait  soit  de  Ham-Jes-Lillers, 
soit  de  Hames-Bures,  deux  localités  du  département  actuel  du 
Pas-de-Calais.    Mais   aucune    de  ces   localités  ne   convient   :  à 


1.  Sur  ce  personnage,  non  ident'fié  par  M.  Piaget   {Romania,  XX,  429), 
voir  VAiictarium  et  le  tome  lY  du  Ctiartiilariim  de  Denifle  et  Châtelain. 

2.  Ouvrage  cité,  p.  460  et  462. 

3.  Bibl.  nat.,  Coll.  de  Picardie,  32,  p.  408. 


590  A.    THOMAS 

Ham-lcs-Lillcrs  il  y  avait  une  célèbre  abbaye  ;  à  Hames-Bures 
il  n'y  avait  pas  de  prieuré  ■.  Je  crois  qu'il  faut  tabler  sur  Ans 
et  V  voir  une  faute  de  lecture,  assez  facilement  explicable  par  la 
paléographie,  pour  Ouis,  c'est-à-dire  Ovis  :  c'est  le  nom  latin  du 
prieuré  d'Œuf-en-Ternois  dont  Marcadé  a  été  incontestablement 
titulaire. 

Ceci  posé,  je  me  rallie  à  la  conjecture  émise  en  passant  par 
M.  Richard  :  à  la  suite  de  ses  démêlés  avec  l'abbé  de  Corbie, 
Jean  du  Lion,  Eustache  Marcadé  a  dû  se  faire  transférer  de  l'ab- 
baye de  Corbie  à  l'abbaye  de  Marmoutier,  et  c'est  en  raison  de 
sa  nouvelle  qualité  de  moine  de  Marmoutier  qu'il  a  obtenu  le 
prieuré  d'Œuf-en-Ternois. 

A.  Thomas. 


I.  Renseignements  fournis  par  M.  Eugène  Déprez,  archiviste  du  Pas-de- 
Calais,  et  par  M.  de  Loisne,  auteur  d'un  Diclionnaiie  topographiquc  du  Pas-de- 
Calais  actuellement  sous  presse. 


MÉLANGES 


EXTRAITS  D'UN  RECUEIL  DE  SERMONS  LATINS 
COMPOSÉS  EN  ANGLETERRE 

On  sait  combien  de  détails  intéressants  pour  l'histoire  des 
mœurs,  des  croyances  populaires,  de  la  littérature,  ont  été  tirés 
de  sermons  latins  du  xin"  siècle,  d'abord  par  Lecoy  de  La 
Marche  ',  puis  par  Hauréau^.  Il  serait  bien  à  désirer  qu'un 
savant  compétent  entreprît  le  même  travail  de  dépouillement 
sur  les  manuscrits  de  sermons  latins  composés  en  Angleterre. 
La  moisson  ne  serait  probablement  pas  aussi  abondante  qu'en 
France,  d'abord  parce  que  les  manuscrits  à  dépouiller  sont  moins 
nombreux,  ensuite  parce  que  le  sermon  familier,  où  l'auteur  se 
plaît  à  intercaler  des  dictons,  des  phrases  entières  en  langue 
vulgaire,  paraît  avoir  été  moins  fréquent  chez  les  prédicateurs 
anglais  que  chez  leurs  confrères  du  continent.  Toutefois  une 
exploration  méthodique  donnerait  des  résultats  appréciables. 
Mais,  il  serait  nécessaire  que  l'explorateur  fût  en  état  de  distin- 
guer les  sermons  d'origine  française  de  ceux  qui  ont  été  composés 
en  Angleterre.  Cette  distinction  est  à  peu  près  possible  actuelle- 
ment :  elle  ne  l'était  pas  au  temps  où  Th.  Wright  a  publié  ses 
Latin  stories  (1842,  Percy  Society^  où  les  extraits  tirés  de 
recueils  d'origine  française  ne  sont  pas  distingués  de  ceux  qui 
sont  empruntés  à  des  recueils  d'origine  anglaise '. 


1.  La  Chaire  française  au  XIII*^  siècle,  2^  éd.,  1886. 

2.  Dans  ses  nombreuses  notices  de  manuscrits,  réunies  en  six  vol.  in-80 
sous  le  titre  de  Notices  et  extraits  de  quelques  manuscrits  latins  de  la  Bibliothèque 
nationale,  1890-3  (cf.  Romania,  XX,  630;  XXI,  478,  627).  Voir  aussi  son 
article  sur  les  sermonnaires,  Hist.  litt.  de  la  Fr.,  XXVI,  387-468. 

3.  Th.  Wright  n'a  pas'fait  usage  du  ms.  auquel  est  consacré  la  présente 
notice. 


592  melax(;ks 

Le  ms.  H.u'l.  )0)  (Musée  britannique)  contient  l'un  de  ces 
recueils  de  sermons  écrits  en  Angleterre  qui  mériteraient  d'être 
attentivement  dépouillés  la  plume  à  la  main.  Les  extraits  que  je 
vais  en  donner  ne  sont  assurément  pas  les  seuls  qui  présentent 
de  l'intérêt.  Il  y  a  notamment  beaucoup  d'exenipla,  dont  un  cer- 
tain nombre  connus  d'ailleurs,  que  je  ne  me  suis  pas  attardé  à 
copier,  mais  qu'il  y  aurait  lieu  de  noter  ou  d'analyser.  C'est  for- 
tuitement que  mon  attention  a  été  attirée  vers  ce  recueil.  Les 
premiers  leuilletsdu  livre  renferment  un  cantique  latin  en  qua- 
trains rythmiques  accompagné  d'une  traduction  française  en  qua- 
trains de  vers  octosyllabiques.  Ayant  transcrit  cette  pièce —  que 
je  publierai  plus  tard,  avec  les  observations  qu'elle  comporte'  — 
j'eus  la  curiosité  de  parcourir  le  recueil  de  sermons  qui  occupe 
le  reste  du  volume  (ft.  5  v°-i82),  prenant  çà  et  là  quelques 
extraits.  Mais  il  est  bien  entendu  qu'il  y  aurait  lieu  de  procéder 
à  un  dépouillement  plus  complet  et  plus  méthodique.  Seulement 
ce  n'est  pas  un  travail  qui  soit  à  la  portée  du  premiervenu.  L'écri- 
ture est  fine  et  abonde  en  abréviations  qui  défieraient  les  efforts 
de  paléographes  novices.  Elle  est  de  la  fin  du  xiii''  siècle  ou  du 
commencement  du  xiV^,  et  les  sermons  ne  sont  pas  de  beaucoup 
antérieurs.  Le  Liber  île  natiiris  rernm  d'Alexandre  Nequam 
(-|-  1217)  y  est  cité  (fol.  178  v°);  un  évèque  de  Rochester  mort 
en  1235  y  est  mentionné  (ci-après,  fol.  68).  Peut-être  arrive- 
rait-on à  resserrer  en  de  plus  étroites  limites  lépoque  de  la 
composition,  si  on  arrivait  à  identifier  le  frère  mineur,  appelé 
Alexandre,  et  appartenant  au  couvent  de  Cambridge,  dont  il 
est  question  au  fol.  8r  v"  ^.  Voici  maintenant  mes  extraits  : 

{Fol.  20)  Ecceenim  talibus  ait  Apostolus,  Gal.  v,  [15]  :  «  quod  si  invicem 
mordetis  et  comedetis,  videte  ne  ab  invicem  consummamini.  »  Quia,  sicut 
rubigo  consumit  ferrum,  sic  morsu  detractionis  quilibet  hodie  consumit  aliuni. 
O  miserorum  miserrimi  et  in  infinita  miseria  sine    fine    mansuri,  quia  inter 


1.  J'en  ai  publié  les  trois  premières  strophes  (latin  et  français)  dans  le 
t.  IV  de  la  RomaïUii,  p.  371.  Il  y  en  a  49.  C'est  le  no  4907  du  Repertorium 
hymnologicum  du  chanoine  Chevalier. 

2.  Le  manuscrit  a  été  écrit  en  grande  partie  par  un  religieux  du  sud  de 
l'Angleterre.  On  lit  en  effet,  au  verso  du  premier  feuillet  :  «  Quicumque 
habuerit  usum  hujus  libri  oret  pro  fratre  Johanne  de  Candevere  qui  eum  pro 
niajori  parte  scripsit  propria  manu.  »  Candevere  est  Candover,  Hanipshire. 


EXTRAITS    D  UN    RECUEIL    DK    SERMONS    LATINS  593 

omnes  miserabilcs  dicuntur dctnictorcs  Deo  odibilcs,  Rom.  i,  [30].  Et  vulgaii 
gallico  sic  solebat  dici  : 

Ceo  est  la  parole  Jhesu  Crist 

Ke  de  sa  boche  même  dit  : 

«  Joe  sui  le  plus  amant  de  tôt  le  mu[n]d 

V  z  le  mains  amé  de  kaunt  kc  sunt. 

«  Pur  ceo  ne  ad  rvn  qc  me  grève  tant 

«  Cum  faus  amour  z  boen  semblant  '.  » 

(Fol.  21  V")  Erat  quedam  puella  in  reputatione  communi  honesta  et  valde 
bona  que,  infra  tempus  brève  in  infirmitate  prevenla,  facta  confessione,  exs- 
piravit  ;  que,  post  sepulturam,  intrans  ecclesiam  quadam  noctc  ubi  jacuit 
sacerdos  ejus  confesser,  cepit  horribiliter  lugere,  bec  verba  anglice  distin- 
guendo  : 

Wi  la  wy  z  wo  la  \vo  ^at  ich  efre  was  boren, 
Mi  lif  z  mi  saule  hop  hep  forloren  !  = 

Ad  que  verba  supra  modum  expavescens  sacerdos,  prima  nocte  ac  seconda 
tacens  abscondit  se.  Tandem  contra  terciam  noctem  se  multum  animans,  ad 
gemitum  tercie  noctis  comparuit,  qui  videns  duos  niger[r]imos  in  forma 
hominem  >  gementem  ducere,  ait  gementi  :  «  Adjuro  te  per  Deum  qui  est 
dominus  omnium  ut  dicas  michi  quis  es.  »  Et  respondit  :  «  Nonne  cognos- 
cis  me  ?  »  Et  appropinquans  et  aspisciens  dixit  :  «  Es  illa  puella  nuper 
dcfuncta?  »  Et  illa  :  «  Sum.  »  Et  ille  :  «  Cur  dampnata  es,  cum  putavimus  te 
virginem  et  valde  bonam  ?  »  Et  respondit  :  «  Solebam  murmurare  contra 
matrem  meam,  et  cum  nil  aliud  mortale  fecissem,  non  potui  id  pro  verecun- 
dia  tibi  dicere,  et  jam  crucior  in  ejus  obprobrio  et  eterno  tormento.  » 

(Fol.  41)  «  Vides  ergo,  karissime,  quia  inquo  obicis  te  ipsum  prosternis, 
quia  non  tu  pro  servo,  nec  servus  pro  te,  sed  unusquisque  pro  se  rationem 


1.  Je  ne  saurais  dire  à  quel  poème  est  empruntée  cette  citation.  D'autre 
part  voici  trois  vers,  écrits  au  bas  du  fol.  40  recto  du  même  ms.,  où  est 
exprimée  une  idée  analogue  : 

Oiez  le  tort  que  dames  funt  : 
Jeo  sui  le  meins  amé  de  mund  ; 
Si  eim  plus  que  tus  ki  sunt. 

Mais  ici  ce  n'est  pas  Jésus-Christ  qui  parle. 

2.  «  Hélas  !  hélas  !  que  je  suis  née  (quel  malheur  pour  moi  d'être  venue  au 
monde)  !  ma  vie  et  mon  âme  sont  perdues  )>. 

3.  Je  suppose  qu'il  faut  lire  :  «  duos  nigerrimos  fdemones]  in  forma 
hominum.  » 

Rotnania,  XXXV  38 


594  MELANGES 

reddct  in  die  judicii,  socundiim  illud  proverbialitcr  dictuni  :  Chelcnii  par  çoe  ' 
au  hatnih  le  rey  ». 

(Fol.  so)  Nos  certant  triplici  certamine  très  inimici  :  serpens  antiquus, 
caro  lubrica,  mundus  iniquus.  Treis  evemis  uns  grèvent  par  treis  vianeres  de 
hatailes  :  le  viel  serpent,  ceo  est  le  diable,  la  char  escrillouse'  et  II  trichir  (sic,  1. 
Itichur)  mundi;  dunt  dit  seiiit  Bernard  :  O  anima  innocens,  o  lilium  candens, 
o  flos  tener  et  délicate,  vide  quomodo  caute  ambules  ;  inter  spinas  habitas, 
subversiones  tecum  liabens  ;  intra  te  sunt,  extra  te  sunt,  super  te  sunt, 
subter  te  sunt,  supra  te  sunt,  in  carne  tua.  sunt.  0  vus  aime  inocente,  o  z'iis 
flur  de  lis  bêle  e  gente,  o  vus  fliir  tendre  e  delicius,  vee^  cornent  u/c:^  ■•,  entre 
espines  habite:^,  reversurs  od  vus  iive~,  o  te  sunt  vus  5  enetnis  niorteus,  dedens  vus 
sîinl,  dehors  vus  sunt,  desus  vus  sunt  e  en  vostie  char  sunt. 

(Fol.  66)  Exemplum  ergo  ponamus  in  vino,  quoniam  vinum,  antequam 
acceptum  sit  ad  bibendum,  teritur,  exprimitur,  et  ad  quiescendumreponitur; 
quod  sic  gallice  dicitur  :  Eus  qe  de  grape  plese  vin  sour  la  nape,  Covi[e]nt  ^ 
que  il  seitdefoU,  coulé  z  reposé.  Consimiliter,  antequam  penitentia  sit  Deo  acce- 
pta, oportet  ut  contritionecor  teratur,  utconfusionecor  contritum  exprimatur. 

Voici  une  anecdote  qui  a  été  publiée  d\après  un  autre  ms. 
par  Th.  Wright  dans  ses  Latin  storics  (1842),  n°  xxxvi. 

(Fol.  6S)  Contigit  in  Cancia  quod  magister  Henricus  de  Sanford,  qui 
primo  fuit  archidiaconus  Cantuarensis,  deinde  episcopus  Rofcnsis  7,  audiret 
confessionem  cujusdam  qui,  diabolo  homagium  faciens,  quoddam  coclear 
argenteum  dederat,  et  dum  sibi  peccatum  commis^um  plane  confiteretur, 
cecidit  coclear  juxta  eos  simul  coUoquentes,  quod  confitens  diligenter  inspi- 
ciendo  cognovit  certis  signis  idem  coclear  esse  quod  demoni  in  homagium 
dederat,  quod  accipiens  magister  Henricus  dixit  confesso  quod  sua  confes- 
sione  sic  dispergebatur  ab  eo  suum  peccatum  sicut  démon  a  se  projecit 
coclear  acceptum  ;  et  in  signum  facti  mirabilis  magister  Henricus,  de  peti- 
sione  confitentis,  illo  cocleari  semper  utebatur  deinceps  dum  vixit,  et  ideo 
nullus  dubitet  quin  peccata  in  nihilum  dispergentur. 

1.  Corr.  sei.  «  A  la  cour  le  roi  chescun  y  est  pur  soi  »,  Le  Roux  de  Lincy, 
II,  472  ;  cf.  ibid.,  75. 

2.  Cet  adjectif  manque  au  dictionnaire  de  Godefrov,  mais  on  y  trouve  le 
verbe  escriller,  «  glisser  » . 

3.  Sur  les  trois  ennemis  de  l'homme,  et  sur  les  compositions  du  moyen 
âge  où  il  en  est  question,  voir  Romania,  XVI,  2. 

4.  Il  doit  manquer  ici  un  adverbe  correspondant  à  caute. 

5.  Il  faudrait  vos  ou  vo^. 

6.  Je  rétablis  la  forme  correcte  du  présent,  mais  on  sait  que  dans  le  fran- 
çais d'Angleterre  vint  pour  vient  est  habituel. 

7.  Henri  de  Sanford  occupa  le  siège  de  Rochester  de  1228  à  1235. 


I 


EXTRAITS    D  UN    RECUEIL    DE    SERMONS    LATINS  595 

(Fol.  Si)  Unde,  ad  derisionem  potatorum,  solebant  mulicrculo  cantare 
anglice  sic  :  Ise\'ne  is  on  mi  robe  pat  stal  ^e  ah  is  me  lef,  quod  idem  est  : 
«  patet  in  roba  quantum  placet  servisia  defccata.  » 

(Fol.  12S)  Redeat  ergo  quilibet  ad  nutricem  et  videat  qualiter  ipsa  suum 
afFectum  exprimit  puero  per  osculum,  suum  affectum  dulcorat  per  cantum 
quod  anglice  dicitur  lolling  soiig. 

(Fol.  IJ2)  Et  scitis  quomodo  est  de  audientibus  ?  omnino  sicut  de  quo- 
dam  rustico  qui  debuit  facere  exenium  de  anguillis  coctis  in  pane,  qui  dum 
quiesceret  in  eundo,  sensit  colorem  (corr.  calorem  ?)  et  vidit  exire  pinguedi- 
neni,  cepitque  lingere,  et,  percipiens  in  gustu  dulcedinem,  fregit  crustani  et 
comedit  pistam  totam,  de  quo  exivit  prov.  quod  gallice  dicitur  :  mange  présent. 

(Fol.  i^s  '^'°)--  •  Attendcre  enim  debetis  quod  labor  penitencie  ex  tribus  al- 
Icviatur  :  scilicet  ex  multiplicitate  adjutorii,  sicut  gallice  dicitur  :  De  legyer 
porte  travayl  quant  miiU:^  de  meins  ly  mecle>it  apouayl. 

(Fol.  ijS  v")...  qui  in  rei  veritate  sunt  de  génère  illorum  quibus  dixit 
mitissimus  pastor  Jésus  Christus  in  Johanne  :  «  Multa  bona  teci  vobis,  prop- 
ter  quod  horum  vultis  me  lapidare  ?  w  (Jo,  x,  32),  de  quibus  in  proverbio 
solebat  dici  :  Grate^  le  cul  au  vileyn  e  il  vus  counchiera  la  mayii  '. 

L'extrait  qui  suit  est  dirigé  contre  ceux  qui  affectent  les 
dehors  de  la  sainteté,  contre  les  hypocrites.  L'auteur  nous 
donne  toute  une  série  de  qualifications  vulgaires  appliquées  à 
ces  derniers.  Il  y  a  là  des  termes  que  je  ne  sais  pas  expliquer,  et 
des  substantifs  composés  d'un  verbe  et  d'un  complément  qui 
ne  sont  pas  relevés  dans  le  Traité  de  la  formation  des  niots  com- 
posés dans  la  langue  française  d'A.  Darmesteter. 

(Fol.  182  v°)  Unde,  karissimi,  nullus  de  religioso  secundum  Deum 
jocundo  maie  supponat,  imo  doleat  cum  sic  esse  non  videat,  quia  multociens 
sub  hvllaritate  vultus  absconditur  vir  Deo  karissimus.  Multi  enim,  si  aliquid 
Deo  acceptum  studio  sollicite  nitantur  facere,  nolunt  illud  aliquo  signo  exte- 
rius  patere  hominibus,  ne  forte  meritum  minuatur,  sed  omnis  circumspectio- 
nis  diligencia  illud  curant  interius  occultare  ;  unde  pro  constanti  habeat  qui- 
libet quod  hac  racione,  tam  inter  seculares   quam    religiosos,   sunt   judicia 


I.  Ce  proverbe  se  retrouve  ailleurs  sous  des  formes  variées.  J'ai  publié  l'une 
de  ces  variantes  d'après  un  ms.  d'AU  Soûls,  Oxford,  à  la  suite  de  la  Manière 
de  langage,  p.  405  (1873  ;  Revue  critique,  numéros  complémentaires  de  l'an- 
née 1870).  Cf.  aussi  Le  Roux  de  Lincy,  Livre  des  proverbes,  2eéd.,  I,  xxix 
(Oignez  le  vilain  la  paume,  et  il  vous  chira  ens),  et  le  ms.  Selden  supra  74 
(Oxford,  Bodleienne),  fol.  3$''  :  «  Gratez  al  vilein  la  coille  et  il  vous  chiera  en 
la  palme.  » 


596  MÉLANGES 

multum  periculosa  ;  hoc  est  enim  disponi  seciindum  facicni  sanctorum  ut 
interius  habeamus  animum  Deo  dcvotum  et  exterius  vultum  coram  homini- 
bus  jocundum,  et  hoc  est  quod  dicit  Eccu.  xxxv,  [i  i]  :  «  In  omni  dato  hylla- 
rem  fac  vultum  tuum  »,  contra  quod  peccat  ypocrisis  cum  septeni  speciebus 
que  sic  gallice  dicuntur  :  sitigiiler,  siiiîevent,  Cokeiiphi,  geroiiiie,  ordhost{}), 
roiinge  vtysire,  coupe  tout.  Isti  sunt  qui  querunt  vocari  ab  hominibus  Rabi  ', 

longas  protractando  orationes 

P.  Meyer. 

UN   FAUX   TRISTAN   WURTEMBERGEOIS    EN    807 

Feu  W.  Hertz,  dans  sa  troisième  édition  du  Tristan  de 
Gottfried  ^,  a  signalé  qu'un  personnage  de  ce  nom  apparaît  dans 
une  charte  datée  du  i^""  octobre  807.  MM.  Wolfgang  Golther, 
dans  ses  Beinerkungen  :(iir  Sage  und  Dicbtung  von  Tristan  and 
Isolde\  et  Joseph  Bédier,  dans  l'introduction  de  sa  reconstitution 
du  Roman  de  Tristan-^,  ont  relevé  la  découverte  de  Hertz,  qui 
n'avait  pas,  je  crois,  attiré  l'attention,  mais  ils  n'en  ont  pas  aperçu 
pleinement  la  portée.  Elle  serait  grande,  cependant,  car  l'acte  est 
donné  «  in  loco  et  in  villa  Arcuna  »,  c'est-à-dire  à  Langenargen 
sur  la  rive  wurtembergeoise  du  lac  de  Constance  (Boden  Sec)  K 
Son  examen  montre  que  le  Tristan  qui  souscrit  cet  acte,  une  dona- 
tion de  serfs  à  l'abbaye  de  Saint-Gall,  est  plus  que  probablement 
un  laïque^.  La  légende  de  Tristan  aurait  donc  été  assez  populaire 
en  Alemannie  pour  qu'un  personnage  de  cette  contrée,  né  sous 
le  règne  de  Pépin  ou  de  Charlemagne,  eût  reçu  le  nom  du  héros. 

1.  Allusion  à  Matth.  xxiii,  7. 

2.  Tristan  tind  Isolde,  von  Gottfried  von  Strassburg  (Stuttgart  et  Berlin, 
1901,  in-12),  p.  485. 

3.  Parues  dans  la  Zeitschrift  fïir  franiôsische  Sprache  und  Litteratiir,  XXII, 
1900,  2. 

4.  Tome  II,  p.  106. 

5.  Urkundenbuch  der  Abtei  Sancl-Gallen,  1(1865),  P-  ^^7»  "°  '97-  —  Hertz 
renvoie  à  l'édition  de  Buck  dans  le  IVïirlcmhergisches  VierteJjahrshcft,  II,  134. 

6.  Une  hypothèse  qui,  un  instant,  m'était  venue  à  l'esprit,  c'est  que  ce 
Tristan  était  un  moine  d'origine  scotique,  comme  bien  des  religieux  de 
l'abbaye  de  Saint-Gall  à  l'époque  carolingienne.  Mais  le  fait  n'eût  eu  alors 
aucune  portée  :  rien  d'étonnant,  en  effet,  à  ce  que  ce  moine  fût  picte  ou 
portât  un  nom  picte  (Rhys  et  Zimmer  ont  montré  l'origine  picte  du  mot 
Tristan)  puisque  le  nord  de  la  grande  île,  et  aussi  l'Irlande,  renfermait  une 
population  picte  au  milieu  des  tribus  scotiques. 


UN    FAUX    TRISTAN    WURTEMBERGEOIS    EN  807  597 

C'est  curieux,  trop  curieux.  J'ai  préféré  croire  à  une  faute  de 
transcription,  et,  pour  en  avoir  le  cœur  net,  je  me  suis  adressé 
à  l'éditeur  '  du  monumental  Urkundeubitcb  dcr  Ahiei  Sauct-GaUen. 
M.  Hermann  Wartmann  voulut  bien  vérifier  sur  le  manuscrit 
et  me  fit  promptement  savoir  (27  février  1906)  qu'il  fout  lire 
non  pas  Tristan  mais  Crislaii  :  l'erreur  provenait  de  ce  que 
l'initiale  du  nom  est  en  partie  efl^acée.  Ce  Cristan  ou  Christian 
se  retrouve,  au  surplus,  dans  d'autres  documents  de  l'abbaye  de 
la  même  époque  et  concernant  la  même  région. 

Il  faut  donc  renoncer  à  l'idée  que  les  légendes  —  mettons 
«  brittonniques  »  pour  ne  pas  nous  compromettre  —  aient  été 
connues  sur  le  continent  -  avant  que  les  Français  eussent  été  en 
contact  permanent  avec  la  Grande-Bretagne  K 

Ferdinand  Lot. 


1.  Par  l'entremise  de  son  fils  qui,  par  un  heureux  hasard,  suivait  lesconfé- 
rences  de  l'École  des  Hautes-Études. 

2.  Ne  pas  confondre  Tristan  avec  Triscan  ou  Drescaud,  nom  que  portait, 
vers  1020-1030,  un  abbé  de  Saint-Melaine  qui  fut  ensuite  évcque  de  Rennes. 
'Voy.  Gallia  Christania,  t-  XIV,  col.  743-744,  771. 

En  Armorique  le  nom  de  Tristan  n'est  pas  attesté  d'une  façon  sûre  dans 
les  textes  diplomatiques  avant  le  xive  siècle.  Voy.  J.  Loth,  Chresiomathie 
bretonne,  p.  235.  Le  nom  même  d'Arthur  n'y  apparaît  qu'une  seule  fois  avant 
le  xiie  siècle.  M.  J.  Loth  (op.  cit.,  p.  107)  nous  dit  que  ce  nom  se  retrouve 
six  fois  dans  le  Cartutaire  de  Redon  (nos  XXI,  LU,  LXXVII,  C,  CCXXXV, 
CCXL,  app.  XXXI).  Il  s'y  trouve  même  sept  fois,  mais  il  suffit  de  confronter 
les  chartes  où  il  figure  pour  s'assurer  qu'il  s'agit  d'un  seul  et  même  person- 
nage, vassal  successivement  des  ducs  Erispoé,  Salomon,  Alain  le  Grand.  Il 
est  mentionné  du  19  mai  851-857  (app.  XXXI)  au  12  juin  878  (n<>  CCXXV). 
L'extrême  rareté  de  ce  nom,  alors  que  celui  voisin  d'Arthwiu  est  très 
fréquent,  ne  me  paraît  pas  un  bon  signe  en  faveur  de  la  popularité  de  la  légende 
arthurienne  dans  l'Armorique.  Étant  donné  que  nous  possédons  environ  400 
chartes  bretonnes  antérieures  au  xii^  siècle,  on  s'attendrait  vraiment  à 
rencontrer  plus  qu'»«  exemple  de  ce  nom.  Il  se  pourrait,  d'ailleurs,  que 
l'unique  Arthur  que  connaissent  les  textes  continentaux  de  l'époque  caro- 
lingienne fût  originaire  de  Grande-Bretagne,  les  relations  entre  Tilc  et  la 
«  Letavie  »  n'ayant  jamais  complètement  cessé. 

5.  M.  W.  Golther,  dont  l'opinion  est  acceptée  par  M.  Bèdier,  a  cru 
remarquer  que,  dès  le  ix^  siècle,  un  fjord  d'Islande  portait  le  nom  de  Tros- 
transfjordh.  Il  devrait  ce  nom  à  des  émigrants  venus  d'Irlande  ou  d'Ecosse. 
Ce  serait  fort  possible  et,  au  surplus,  sans  intérêt  pour  nous  puisque  ce  nom 


;98  MÉLANGES 


ANC.  FRAXÇ.  CASIGAN,  -INGAN,  GASIGAN,  -INGAN 

Godefrov  a  recueilli  un  exemple  unique  du  mot  gasygan 
«  veste  rembourrée  »  dans  la  continuation  de  Villehardouin 
que  nous  devons  à  Henri  de  Valenciennes.  Ce  terme  est  beau- 
coup plus  fréquent  que  ne  porterait  à  le  croire  le  silence  de 
Godefroy.  En  combinant  les  notes  ajoutées  par  Gaston  Paris  à 
son  exemplaire  du  Dictionnaire  de  F  ancienne  Ja^igne  française  avec 
l'article  gasingax  du  Glossaire  archéologique  du  moyen  âge,  de 
Victor  Gay,  et  avec  mes  propres  recherches,  je  suis  arrivé  à 
réunir  les  exemples  suivants  que  je  classe,  autant  que  possible, 
par  ordre  chronologique,  en  laissant  de  côté  Henri  de  Valen- 
ciennes : 

D'une  fort  lance  qu'il  teneit 

Li  percha  le  casingan  jaune. 

Ambroise,  Estoire  de  la  guerre  sainte,  9924'. 

Casingans  et  colites  parpaintes. 

Id.,  ib'uL,  10521  K 

Un  ga:^iga)i  tant  solement 
Vesti,  quer  molt  Taveit  en  us. 

Hist.  de  GiiiUaume  le  Mareschal,  10198  î. 

était  répandu  parmi  les  Pietés  des  lies  britanniques.  Mais  le  fait  lui-même  me 
paraît  douteux.  M.  Golther  se  réfère  au  chap.  26  du  Laiidiuunabôk  islandais 
qui  raconte  les  conquêtes  de  Geirthjofr  Valthjofsson.  Mais  lui-même  a  noté 
la  variante  Taustans/jordb.  Comme  le  LandnaDiahôk  ne  date,  sous  la  forme  qui 
nous  est  parvenue,  que  du  xiii<=  siècle,  il  est  à  présumer  que  cette  dernière 
leçon  est  la  bonne  et  que  Taustansfjordh  n'est  devenu  Tiostransfjordh  que  préci- 
sément sous  l'influence  de  la  légende  de  Tristan  alors  bien  connue  en 
Islande. 

I.  Le  ms.  porte  caisan. 

1.  Le  ms.  porte  E  calingans.  —  G.  Paris,  dans  le  glossaire,  traduit  par 
«  cotte  de  maille  rembourrée  de  coton  »  et  renvoie  à  la  note  de  M.  Stubbs, 
Itineruritim  Ricardi,  VI,  5  [lisez  :  4].  On  sait  que  Vltinerariiim  Ricardi  n'est 
qu'une  traduction  de  V Estoire.  Le  passage  qui  correspond  au  v.  1052 1  est 
précieux  en  ce  qu'il  donne  un  commentaire  et  que  les  diflférents  manuscrits 
fournissent  d'intéressantes  variantes  du  mot  français  :  «  arma  varia,  tela 
muhiplici  insutas  loricas  vulgo  dictas  casigans  (var.  gasigans,  casingans). 

3.  Au  glossaire,  M.  P.  Mej'er  identifie  dubitativement  le  ga^igan  avec  le 
ja:{eran  «  cotte  de  mailles  d'origine  algérienne  >:. 


ANC.    FRANC.    CASIGAS,  -INGAN,  -GASIGAN.  -INGAN         599 

Ja  aveuc  soi  n'emportera 
La  montance  d'un  gasisganl. 

Fregits,  p.  120,  éilit.  F.  Michel  '. 

Legasigaii  trenclia,  l'obère  tîst  desniaillier. 
Maugis  d'Jigreniont,  2916,  éd.  Castets,  Rev.  des  1.  roiii.,  xxxvi,  88. 

Gasigaii:^  ne  hauber/.  onques  ne  li  aida. 

Mtiiigis,  3085,  //'/(/.,  p.  92. 

Gasigan  et  haubert  tôt  a  fet  desartir. 

Maugis,  31 13,  ibid.,  p.  93. 

Veluau  taint  en  graine  pour  couvrir  gasingaiis.  —  Gasùigaiis  d'acier.  — 
Pour  la  brodeure  de  2  gasingatis...  semés  par  la  poitrine  et  par  les  manches 
d'ennelez  de  broderie  faiz  d'or  et  d'argent  acouplez  ensemble  (Compte  de 
récurie  du  Roi  de  1385,  cité  par  Victor  Gav). 

Cotte  d'acier  mise  en  un  gasigan t  (Arch.du  baron  de  Joursanvault,  n"  662, 
acte  de  1390,  cité  par  Victor  Gay). 

Dans  la  Chronique  de  Jean  Le  Bel,  A.  Delboulle  a  relevé  et 
signalé  ici-même  le  «  mot  obscur  »  baligan,  sur  lequel  M.  Wal- 
berg  s'est  escrimé  sans  aucun  profit  ^.  La  nouvelle  édition 
donnée  récemment  par  MM.  Depret  et  Viard  pour  la  Société  de 
l'histoire  de  France,  tome  I,  p.  156,  porte  pour  ce  passage  : 
«  De  grans  haubers  et  de  grans  ballgaus  armoyés  de  leurs 
armes  ».  Si  l'on  tient  compte  du  fait  que  le  manuscrit  de  VEstoire 
de  la  guerre  sainte  écrit,  au  vers  105  21,  calingans,  et  que  dans 
le  texte  d'Henri  de  Valenciennes  tel  que  l'a  publié  le  recueil  des 
Historiens  de  France  (XVIII,  492)  il  y  a  galigan,  on  sera  porté 
à  corriger  dans  le  texte  de  Jean  Le  Bel  baligaus  en  kasigans. 
Il  est  à  peine  besoin  de  faire  remarquer  que  le  sens  de  notre 
mot  convient  admirablement  au  passage,  et  il  suffit  de  rappeler 
que   les  textes   que  j'ai  empruntés  à   Victor  Gay  prouvent  que 


1.  Michel  imprime  raiiioiitance.  Godefroy  a  idenù^é  gasisgant  avec  le  mot 
tout  différent  o-rtr/z/L-u/.  L'apparat  critique  de  l'édition  de  Fergus  publiée  depuis 
par  M.  Ernest  Martin  (Halle,  1872)  montre  que  cette  leçon,  propre  au  ms.  A, 
ne  doit  pas  être  originale  (variantes,  p.  208).  Le  texte  établi  par  le  nouvel 
éditeur  porte  :  La  vaillance  d'un  sol  sierlenc  (vers  331 1). 

2.  Romania,  XXXI,  351,  et  XXXIH,  140. 


600  MÉLANGES 

l'usage  et  le  nom  de  ce  vêtement  militaire  se  sont  maintenus 
en  France  jusqu'à  la  fin  du  xiv'^  siècle  '. 

Le  même  terme  a  pénétré  en  Allemagne,  mais  son  emploi 
paraît  y  avoir  été  beaucoup  plus  éphémère  qu'en  France  ;  du 
moins  je  ne  le  trouve  que  dans  un  passage  souvent  cité  de 
Wolfram  von  Eschenbach,  où  il  est  écrit  casagân  ^ 

L'étymologie  du  mot  dont  nous  venons  de  retracer  fa  car- 
rière dans  l'Europe  occidentale  est  bien  connue  :  c'est  le  persan 
arabisé  ka::^ngand,  dont  mon  collègue  et  confrère  M.  Hart- 
wig  Derenbourg  a  eu  l'occasion  de  parler  dans  le  livre  qu'il  a 
publié  sur  Ousâma  ibn  Mounkidh  '.  Paul  de  Lagarde  lui  a  con- 
sacré un  assez  long  excursus  dans  les  Gôttingisrbe  Gekhrte  An~ei- 
gen,  ^nnée  iSjj,  p.  298-301.  Non  content  d'en  préciser  l'ori- 
gine, Paul  de  Lagarde  a  voulu  en  voir  la  survivance  dans  le 
français  casaquin,  et  il  a  émis  l'idée  que  le  mot  casaque  n'était 
pas,  comme  il  semble  au  premier  abord  et  comme  on  le  croit 
généralement,  le  primitif  de  casaquin,  mais  un  mot  tiré  après 
coup  de  casaquin'^.  Cette  idée  intéressante  me  paraît  radicale- 
ment fausse.  Je  le  déclare  sans  ambages,  mais  je  suis  assez 
porté  à  penser,  avec  Paul  de  Lagarde,  que  l'étymologie  admise 
par  Diez,  d'après  laquelle  casaque  et  ses  congénères  viennent 
du  latin  casa,  n'a  aucune  valeur.  Malheureusement  je  n'ai  rien 
à  mettre  à  la  place. 

Il  est  probable  que  les  mots  français  casaque,  casaquin  sont 
empruntés  à  l'italien,  lequel  a  comme  correspondants  casacca, 
casacchino.  Il  y  a  bien  dans  Du  Cange  un  bas  latin  casaca  que 
les  Bénédictins  ont  identifié  à  notre  mot  casaque,  et  qui,  figurant 
exclusivement  dans  un  texte  rédigé  à  Montpellier  en  1367,  por- 
terait à  admettre  l'existence  d'un  mot  provençal  casaca  ayant  pu 


1 .  Jules  Quicherat  ne  mentionne  pas  le  mot  dans  son  Histoire  du  costume 
en  France,  publiée  en  1875.  —  M.  Viard,  à  qui  j'ai  communiqué  cette  correc- 
tion, m'a  déclaré  qu'il  l'acceptait  sans  réserve. 

2.  «  Von  samit  ein  casagân  »  ,  cf.  Ahvin  Schulz,  Das  ho/iicbe  Lehen  -ur  Zeit 
der  Minnesilnger,  2^  édit.,  II,  39. 

3.  Ousdnia  ibn  Monnkidb,  un  émir  sx'rien  au  !'=''  siècle  des  Croisades 
(Paris,  Leroux,  1889),  ne  partie,  p.  43,  note  7. 

4.  On  trouve  déjà  dans  Littré  (art.  CASAaUE  du  Supplément)  un  rapproche- 
ment dubitatif  entre  le  français  casaque  et  le  mot  persan  kii-ag,ind. 


l'article    BALANr   DE    GODEl-ROY  éoi 

servir  d'intermédiaire  entre  Titiilien  et  le  irançais.  Mais  Tiden- 
tilîcation  des  Bénédictins  est  faite  à  la  venvole.  Voici  ce  texte  : 
foJcraliiras  Iniiien  siiidoiiis  vel  casacam  in  ipsis  mantellis  licet  eis 
(scilicet  inuJicrihiis)  portnre.  Il  est  évident  qu'il  y  a  une  faute  de 
lecture  :  au  lieu  de  l'accusatif  casacam,  il  faut  un  génitif  en  har- 
monie avec  sindonis  ;  et,  d'autre  part,  il  est  manifeste  qu'il  ne 
s'agit  pas  d'un  vêtement,  mais  d'une  fourrure  ou  doublure. 
Mon  confrère  M.  Berthelé,  archiviste  de  l'Hérault,  a  réussi  à 
retrouver  l'original  du  document  dont  les  Bénédictins  ont  cité 
cet  extrait,  document  qui  a  été  publié  intégralement  dans  l'His- 
toire de  Languedoc,  édition  Privât,  t.  X,  preuves,  col.  1375- 
1378.  Cet  original,  qui  se  trouve  aux  Archives  municipales  de 
Montpellier,  fonds  du  Grand  Chartrier,  n°  440,  porte  exacte- 
ment :  cafacani.  Il  n'est  pas  douteux  à  mes  yeux  qu'il  faille 
corriger  l'énigmatiquecfl/iafrrfwen  tajatani.  Adieu  la  «  casaque  »  : 
il  s'agit  bel  et  bien  de  «  taffetas'  ». 

L'étymologie  de  casaque  et  de  ses  congénères  reste  à  trouver, 
car  il  ne  semble  pas  qu'il  faille  faire  fond  sur  l'idée  de  F.  Guyet, 
épousée  par  Gaston  Paris-,  que  casaque Qslwn  doublet  de  cosaque. 

A.  Th. 


L'ARTICLE  BALANI  DE  GODEFROY 

On  lit  l'article  suivant  dans  le  Dictionnaire  de  Godefroy  : 

Bal  AN  I,  adj.  ? 

On  roncin  bron,  la  teste  haJanic  (1354,  Jean  de  Neuchatel,  Arch.  du 
Prince,  Neuchatel,  \\''°,  11°  16). 

Dès  1894,  M.  H.  Suchier  a  cru  pouvoir  rapprocher  ce  mot 
français  du  roumain  bàlan  '',  et  y  voir  un  dérivé  du  gotique 
bal-  «  balzan  ».  Cette  opinion  vient  d'être  reprise  par 
M.  Richard  Loewe  au  cours  d'un  article  sur  les  éléments  ger- 


1.  et.  Du  Cange,  tafatanus.  M.  Berthelé  me  signale  fort  à  propos,  pour 
appuyer  ma  conjecture,  la  mention  d'une  «  cothe  folree  de  taffataiii  »  dans 
un  acte  de  notaire  de  Saint-Pons  de  Tlioniiéres  (i  567)^ 

2.  Romaiiia,  IX,  624;  d.  l'art,  casaque  de  Ménage  et  du  Suppl.  de  Littré. 
5.  Zeitschr.  fier  roman.  Phil.,  XVIII,  187-8  ;  cf.  Romania,  XXIII,  441. 


(^Q2  MÉLANGES 

maniques  des  langues  des  Balkans  S  et  M.  Meyer-Lûbke  a  aus- 
sitôt fait  voir  qu'il  n'y  a  aucune  bonne  raison  pour  mettre  en 
doute  la  filiation  du  roumain  hàlan  et  du  slave  bëln,  admise  par 
De  Cihac  Tiktin  et  Densusianu,  tandis  que  des  raisons  pho- 
nétiques insurmontables  empêchent  d'admettre  que  bàlan  puisse 
être  emprunté  au  gotique  bala)i  -. 

Quel  fond  faut-il  foire  sur  l'anc.  franc,  halani  ^>?  Je  me  suis 
adressé  à  M.  Arthur  Piaget,  archiviste  de  Neuchâtel,  pour  être 
édifié  sur  ce  point,  et  il  me  suftira  de  transcrire  sa  réponse 
pour  que  halani  aille  rejoindre  tant  d'autres  ombres  de  mots 
sans  aucune  réalité  qui  encombrent  le  Dictionnaire  de  Godetroy 
et  sont  autant  de  leurres  dangereux  pour  les  philologues  sans 
défiance.  Voici  ce  que  m'écrit  M.  Piaget  :  ,    vr      i  ^ 

(c  Quand  Godefrov  cite  un  document  des  archives  de  Neuchâ- 
tel il  ne  le  fait  pas  d'après  l'original  dont  il  donne  la  cote,  mais 
d'après  les  Momunenis  de  V histoire  de  Neuchâtel,  etc.,  publies  par 
G  A.  Matile  (Neuchâtel,  1844;  3  ^ol-  '^^-^<^^-)-  P^^^^^  le  t.  li, 
p  709  de  cet  ouvrage  se  lit  effectivement  le  membre  de  phrase 
reproduit  par  Godefroy;  mais  le  document  original,  auquel  je 
me  suis  reporté  et  dont  je  vous  envoie  un  décalque,  donne  non 
pas  teste  balanie,  mais,  sans  l'ombre  d'un  doute,  teste  bacaine. 
le  suppose  que  hacaine  est  pour  baucaine,  c'est-a-dire  bançaine, 
forme  féminine  relativement  récente  de  l'adjectif  bien  connu 
dont  la  forme  masculine  est  dans  les  plus  anciens  textes  balcent 
et  dans  les  textes  postérieurs  baiiçain.  » 

M    Piaget  a  tout  à  foit  raison,  et  il  est  inutile  d  insister. 

A.  Th. 


I.  Zeitschr.fnr  vergt.Sprachforsch.,   XXXIX,    299   et    301  ;  cf.  ci-dessus, 

p.  480.  .        ,   , 

2    II  ne  faut  pas  perdre  de  vue  le  fait  que  l'existence  d'un  ad,,  gotique /n,/a« 
est  assez  hypothétique,  puisqu'elle  ne  repose  que  sur  une  phrase  de  Procope 


qui  n'est    pas  très   catégorique   {De  hello  Goth.,  I,  18)  :    «  ToOtov     LUtiv.: 
a'v   oaAiov,  jîapoa 
3.  Une  faute 
2c  éd.,  no  1 169. 


3.  Une  faute  d'impression  a  transformé  bahiui  en  balam  dans  Kortmg, 


6o3 


UN  DOCUMENT  PEU  CONNU  SUR  ALAIN  CHARTIER 

(5    JUILLET    1425) 

J'ai  dressé  et  publié  ici-même,  XXXIII,  394-5,  une  liste 
chronologique  des  documents  d'archives  actuellement  connus 
qui  constituent  la  charpente  d'une  biographie  d'Alain  Chartier. 
Il  y  a  dans  cette  liste  une  fâcheuse  lacune  que  je  me  propose  de 
combler. 

Le  regretté  Père  Henri  Denifle  a  consacré  au  célèbre  écrivain 
une  courte  mais  substantielle  note  intitulée  :  «  De  legatione 
Alani  Chartier  in  Germaniam  »,  qui  est  comme  perdue  dans 
l'introduction  du  tome  IV  du  CharUtlariiiin  universitatis  Pari- 
sietisis  publié  par  lui,  en  1897,  '^^'^^  ^^  concours  de  M.  Emile 
Châtelain.  Cette  note  est  le  commentaire  d'un  document  iort 
curieux  qu'il  édite  in  extenso  au  bas  de  la  page  xiv  :  ce  docu- 
ment est  une  supplique  adressée  par  Charles  VII  au  pape  Mar- 
tin V  en  taveur  de  «  iamiliaris  et  secretarii  sui  Alani  Chartier, 
rectoris  parrochialis  ecclesie  Sancti  Lamberti  de  Levatis,  Ande- 
gavensis  diocesis,  magistri  in  artibus,  ...qui  pro  certis  ejusdem 
régis  peragendis  negociis  ad  serenissimum  principem  Sigismun- 
dum,  Romanorum  regem  augustum,  ambaxiator  seu  nuncius 
destinatus  clericalique  caractère  dumtaxat  insignitus  existit  », 
Le  roi  expose  au  souverain  pontife  qu'Alain  Chartier  a  obtenu 
depuis  moins  d'un  an  la  cure  de  Saint-Lambert-des-Levées,  au 
diocèse  d'Angers  ',  et  sollicite  pour  lui  une  dispense  pour  pro- 
roger d'un  an  la  date  à  laquelle  il  sera  tenu  de  se  faire  promou- 
voir aux  ordres  ecclésiastiques,  étant  donné  que,  en  raison  de 
la  lointaine  mission  dont  il  est  chargé,  on  ne  peut  espérer  qu'il 
soit  avant  un  an  en  état  de  le  faire.  Le  Père  Denifle  remarque 
très  justement  que  cette  supplique  prouve  que,  à  la  date  du 


I.  L'identification,  que  le  Père  Denifle  a  négligé  de  faire,  ne  souffre 
aucune  difficulté. 'Saint-Lambert-des-Levées  est  actuellement  une  grosse  com- 
mune du  canton  de  Saumur  (Maine-et-Loire).  Le  précieu.\  Dictionnaire  histo- 
rique, etc.,  (/('  Maine-et-Loire,  dû  à  Célestin  Port,  ne  nous  apprend  rien  sur 
les  circonstances  dans  lesquelles  Alain  Chartier  fut  nommé  curé  de  Saint- 
Lambert-des-Levées  :  le  foit  était  absolument  inconnu  avant  la  note  du  Père 
Denifle. 


604  MÉLANGES 

5  juillet  1425,  Alain  Charrier  était  un  simple  maître  es  arts  et 
n'avait  pas  conquis  le  grade  de  docteur  en  décret  qu'on  lui  a 
gratuitement  attribué. 

Il  est  à  peine  besoin  d'ajouter  que  Martin  V  accorda  immé- 
diatement \c  fiai  à  la  supplique  de  Charles  VII. 

A.  Th. 

NOTE  COMPLÉMENTAIRE  SUR  MERLIN  DE  CORDEBEUF 

Notre  collaborateur,  M.  Arthur  Piaget,  m'informe  que  l'o- 
puscule de  Merlin  de  Cordebeuf  intitulé  :  Ordonnance  et  manière 
des  chevaliers  errans,  dont  je  ne  connaissais  qu'un  manuscrit 
(Bibl.  Nat.,  franc.  1997;  ^^-  Roniania,  XXXV,  "91),  se  trouve 
dans  un  second  manuscrit,  conservé  comme  le  premier  à  la 
Bibliothèque  Nationale  (franc.  5241),  mais  dont  les  feuillets, 
heureusement,  n'ont  pas  été  lacérés.  On  peut  voir  dans  le 
Catalogue  in-4''  des  manuscrits  français  le  sommaire  du  contenu 
de  ce  n°  5241  :  c'est  un  recueil,  transcrit  dans  la  seconde 
moitié  du  xv^  siècle,  de  morceaux  divers  touchant  de  plus  ou 
moins  près  à  la  profession  de  roi,  héraut  ou  poursuivant 
d'armes.  Je  n'ai  pas  le  loisir  de  faire  en  ce  moment  une  étude 
critique  et  bibliographique  de  chacun  de  ces  morceaux  '  :  mais 
je  puis  déclarer  sans  hésitation  que  l'idée  d'attribuer,  même 
dubitativement,  comme  le  fiiit  le  Catalogue,  la  paternité  de 
tout  le  recueil  à  Merlin  de  Cordebeuf  doit  être  résolument 
rejetée.  Ainsi  que  dans  le  franc.  1997,  VOrdonnance  y  est  précé- 
dée du  traité  anonyme  sur  le  costume  publié  en  1866  par  René 
de  Belleval  (fol.  91-100). 

Voici  d'après  le  ms.  5241,  fol.  107,  la  fin  de  l'opuscule  de 
Merlin  de  Cordebeuf,  pour  tenir  lieu  du  fragment  informe  que 
j'en  ai  publié  antérieurement  d'après  le  ms.  1997  : 

Item,  de  toutes  les  choses  devant  dictes  je  Merlin  de  Cordebeuf  devant 
nommé  fait  {sic)  ses  advis  au  Roy  nostre  Sire  et  a  Messes  de'l'ordre  de  la  Rose 
blanche  ou  de  (5/c)  serment  de  la  Targe%affin  que  de  sa  maison  ysse(i/c)  nou- 

1 .  Des  fragments  en  ont  été  cités  par  Fauchet  dans  son  mémoire  intitulé  : 
Origines  des  chevaliers,  armoiries  et  lieraux  (Paris,  1600). 

2.  Je  ne  puis  fournir  aucun  éclaircissement  sur  ces  ordres  de  la  Rose 
blanche  et  de  la  Targe  mentionnés  ici  par  Merlin  de  Cordebeuf. 


GODOÏNE  605 

veaulx  esbatcniens  en  armes  qui  picça  ne  furent  faiz  depuis  le  temps  du  règne 
du  royArthus,  soubz  la  bonne  correction  du  Roy  nostredit  s^,  de  Mess-rdc 
1  Ordre  et  de  tous  ceulx  qui  y  sauront  aucune  chose  mieulx  adjoustcr. 


ExpUcit. 


A.  Th. 
MARISOPA 


Pour  l'explication  de  1  cnigmatiquc  marisopa  qui  figure 
parmi  les  noms  de  poissons  dans  le  Laterculus  de  Polemius 
Silvius  ',  on  pourrait,  au  point  de  vue  germanique,  hésiter 
entre  -sôpa  =  -saupa  (racine  fléchie)  et  -sôppa  =  -suppa 
(racine  réduite  avec  doublement  devant  un  ;/  ;  déclinaison  pri- 
mitive :  nom.  *-supô,  gén.  '-su p nés,  etc.),  mais  le  poitevin 
marsoitpc  tranche  la  question  en  faveur  de  la  seconde  manière 
de  voir.  Ceci  posé,  je  suis  convaincu  que  M.  Thomas  a  ren- 
contré juste  en  songeant  à  la  racine  de  l'allemand  saiifcu,  car 
précisément  elle  ne  signifie  pas  «  boire  »,  mais  «  aspirer  un 
liquide,  siroter,  se  rincer  la  bouche,  etc.  ».  Dès  lors,  un  mot 
qui  se  traduirait  en  allemand  moderne  par  meerschliirfcr,  iiteer 
n'étant  pas  ici  le  régime  direct  du  verbe  schliirfen,  mais  un 
simple  régime  indirect  de  localité,  soit  «  l'aspirateur  marin  », 
me  parait  éminemment  propre  à  désigner  un  cétacé  à  évents  -\ 

Victor  Henry. 
GODOÏNE 

Dans  son  Introduction  à  l'œuvre  de  Thomas,  M.  Bédier 
range  en  cinq  groupes  les  noms  propres  des  divers  poèmes  con- 
sacrés à  la  légende  de  Tristan.  Il  met  dans  le  quatrième  groupe, 
consacré  aux  noms  qui  semblent  dus  aux  Bretons  armoricains,' 


1.  Voir /?o;Hfl/na,  XXXV,  183. 

2.  [A  la  lumineuse  explication  de  mon  savant  collègue  M.  Victor  Henry, 
je  joins  un  renseignement  important  pour  la  diffusion  en  roman  de  mari- 
sopa,  renseignement  que  je  dois  à  M.  Martinenche,  maître  de  conférences  de 
langue  et  littérature  espagnoles  à  la  Faculté  des  lettres  de  Paris  :  c'est  que 
marsopa  ou  marsopla  est  le  nom  que  porte  le  marsouin  en  espagnol.  La  forme 
primitive  est  certainement  marsopa,  car  c'est  la  seule  qui  figure  dans  les 
anciens  dictionnaires  de  cette  langue  et  c'est  aussi  la  seule  que  connaisse 
encore  aujourd'hui  le  portugais.  — A.  Th.] 


6oé  MÉLANGES 

celui  de  Godoïne  :  «  le  nom  du  traître  Gondoïne  '  est  d'origine 
germanique  {Godwiii).  Mais  la  forme  ne  semble  pas  fran- 
çaise et  l'on  rencontre  ce  nom  dans  le  Cartiilaire  de  Redon 
(p.  174-6,  document  de  Tan  819)  -.  »  On  le  rencontre  aussi 
dans  l'histoire  d'Angleterre,  où  il  est  bien  célèbre.  Pendant  dix 
ans  ce  fut  Godvvine  qui  dirigea  véritablement  le  royaume.  Exilé 
en  105 1  à  l'instigation  des  Normands  dont  s'entourait  Edouard 
le  Confesseur,  il  fut  rappelé  l'année  suivante  et  son  retour  fut 
provoqué  par  la  révolte  du  sentiment  national  contre  l'invasion 
des  continentaux.  Godwine  mourut  en  1053  et  son  fils,  le 
célèbre  Harold,  lui  succéda  dans  le  gouvernement  effectif  de 
l'Angleterre  '. 

Un  tel  adversaire  ne  pouvait  qu'être  odieux  aux  Normands, 
et  Ton  comprend  que  pour  ceux-ci,  surtout  après  la  conquête 
du  duc  Guillaume,  il  ait  été  le  type  du  «  traître  ».  Cette  répu- 
tation et  sa  persistance  ne  sont  admissibles  qu'en  Angleterre. 
Nous  avons  ici  une  nouvelle  preuve  que  Tristan  de  Béroul, 
comme  celui  de  Thomas,  s'adressait  au  public  anglo-normand 
de  la  grande  île  -^. 

Voulant  donner  des  noms  à  la  trinité  de  barons  félons  qui 
s'acharnent  contre  le  héros,  le  poète  a  emprunté  Guenelon  à  la 
France  \  Godoïne  à  l'Angleterre,  enfin  Denoalen  à  la  Bre- 
ta2:ne  ^. 


1.  La  graphie  Gondoïne  qu'on  trouve  à  plusieurs  reprises  dans  le  TrisUin 
de  Béroul  me  semble  une  simple  erreur  pour  Gondoïne,  Godoïne  qu'on  y 
trouve  également  usité. 

2.  Le  roman  de  Tristan  par  Thomas,  II,  125. 

5.  Tout  cela  est  élémentaire  et  se  trouve  dans  n'importe  quel  manuel  d'his- 
toire d'Angleterre.  Je  saisis  cependant  Foccasion  de  signaler  le  plus  récent 
qui  est  excellent  :  Samuel  R.  Gardiner,  Manuel  d'histoire  d'Angleterre,  traduit 
par  M"ie  Beck,  avec  préface  de  Ch.  Seignobos,  Paris,  Joanin,  1905,  t.  I  (seul 
paru),  p.  91-97. 

4.  Ct.  Bédier,  op.  cil,  II,  120. 

5.  L'auteur  a  pensé  au  célèbre  Guenelon,  Ganelon,  cela  va  de  soi.  Il  n'im- 
porte que  le  Cartnlaire  de  Saint-Père  de  Chartres  renferme  une  charte  où 
paraît  un  IVeniJo  canonicns  {Bédier,  II,  124,  note  i).  Encore  moins  peut-on 
accepter  que  «  Guenelon  a  peut-être  remplacé  sous  l'influence  des  chansons 
de  geste  un  nom  celtique  analogue  au  breton  Gwenolé  »  comme  le  suggère 
M.  Ernest  Muret  dans  la  préface  de  son  édition  Le  roman  de  Iristan  par 
Béroul,  p.  xx. 

6.  Les  graphies  que  présente  le  Tristan  de  Béroul  pour  ce  nom  attestent  sa 
provenance  armoricaine.  Cf.  J.  Loth,  Chresloniathie  bretonne,  p.  202  ;  E.  Muret, 
loc.  cit.  ;  Bédier.  op.  cit.,  II,  123.  Il  n'est  pas  cependant  absolument  exact  de 


1 


GODOÏNt  607 

Ce  dernier  est-il,  comme  les  deux  premiers,  un  personnage 
historique?  on  ne  sait.  Mais  il  est  bien  probable  qu'il  était 
un  type  de  «  traître  »  pour  les  seigneurs  d'origine  bretonne  éta- 
blis en  nombre  en  Angleterre  de  1066  a.  1203,  et  que  par  eux, 
ou  par  toute  autre  voie,  le  public  insulaire  pouvait  vaguement 
connaître  ce  nom  comme  celui  d'un  «  félon  ».  On  n'est  donc 
pas  entièrement  justifié  d'écrire  :  «  L'homme  parlant  breton  qui 
a  créé  Denoalen  et  l'homme  parlant  français  qui  a  créé  Guene- 
lon  doivent  n'en  foire  qu'un  '.  »  Je  pense  qu'ils  ne  font  qu'un 
seul  et  même  auteur,  mais  cet  auteur,  n'a  ^m''ni  Guenelon,  ni 
Godoïne,  ni  Denoalen,  et  il  ne  savait  pas  forcément  le  breton, 
pas  plus,  ajouterai-je,  qu'il  ne  savait  torcément  l'anglais  -. 

Ferdinand  Lot. 


dire  avec  ce  dernier  :  «  ce  nom  se  trouve  dans  le  Ciiiinlairc  de  Redott  et  li 
seulement  que  nous  sachions  ».  C'est  le  brittonique  DiiDiiiagual  (J.  Lotli, 
ibid.,  127),  écrit  Diiiigiiallann  et  Diiigiiallavn  dans  le  Book  of  Llandav 
(p.  200,  251).  On  trouve  un  Dyvyinual-hcn  dans  les  Mahiiwgioji  et  les  triades 
gallois.  Voy.  J.  Loth,  Les  Mahinogion,  II,  272,  n.  i,  309,  311,  326,  352. 

1.  Bédier,  op.  cit.,  Il,  125. 

2.  A  n'invoquer,  bien  entendu,  que  la  présence  du  mot  Godoïne  dans  son 
œuvre. 


COMPTES  RENDUS 


Die  Lieder  des  altfranzœsischen  Lyrikers  Gille  le  Vinier. 

Inaugural-Dissertation...  von  Albert  Metckh.  Halle,  Kx-mmerer,  1906.  In-8, 
50  pages. 

Certes  il  faut  savoir  gré  aux  jeunes  savants  allemands  qui  choisissent  comme 
sujet  de  thèse  l'édition  d'un  de  nos  vieux  poètes  lyriques  ;  mais  notre  recon- 
naissance leur  serait  encore  plus  amplement  acquise  s'ils  se  préoccupaient 
davantage  de  comprendre  les  textes  qu'ils  publient.  Si  j'étais  leur  maître,  je 
ne  manquerais  pas  d'exiger  d'eux,  à  côté  de  tâches  un  peu  mécaniques,  comme 
l'étude  de  la  langue  et  de  la  versification,  quelques  notes  explicatives,  qui 
devraient  au  reste  être  peu  nombreuses  et  concises  (il  ne  s'agit  pas,  comme 
l'ont  fait  certains  débutants  trop  zélés,  de  composer  toute  une  grammaire  à 
propos  d'un  texte);  ils  se  rendraient  mieux  compte  des  difficultés  et  arrive- 
raient sans  doute,  à  force  d'y  songer,  à  en  résoudre  quelques-unes. 

Ces  réflexions  me  sont  naturellement  suggérées  par  le  travail  de  M.  Melcke, 
où  le  texte  est  certainement  la  partie  la  plus  médiocre.  Les  autres  (biographie 
du  poète,  faite  d'après  M.  Guesnon,  étude  de  la  langue  et  de  la  métrique,  etc.) 
sont  convenables,  mais  prêtent  aussi  à  quelques  critiques.  Le  tableau  complet 
des  sources  latines  des  voyelles  (p.  26-9)  est  un  travail  purement  scolaire, 
qui  ne  valait  pas  d'être  imprimé  :  il  suffisait  de  relever  les  traits  caractéris- 
tiques. La  discussion  sur  l'authenticité  des  pièces  attribuées  au  poète  (p.  10-6) 
n'est  pas  complète  et  les  résultats  en  sont  fort  douteux.  Le  n°  368  par  exemple 
est  bien  probablement  de  Gilles  le  Vinier,  à  qui  l'attribue  le  ms.  T,  auquel 
son  origine  artésienne  confère  une  autorité  particulière  et  qui,  en  ce  qui  con- 
cerne notre  poète,  ne  peut  être  une  seule  fois  convaincu  d'erreur.  Pour  1728 
il  fallait  au  moins  rechercher  pourquoi  le  même  ms.  attribue  une  fois  cette 
pièce  à  Gille  le  Vinier,  une  autre  fois  à  Oudart  de  Laceni.  Le  jeu  parti  691 
devait  être  publié,  puisque  Gille  y  fut  certainement  partenaire,  comme  le 
reconnaît  M.  Metcke  lui-même.  La  chanson  de  croisade  140  n'est  certaine- 
ment pas  de  Gille  le  Vinier,  mais,  comme  l'ont  bien  vu  Dinaux  et  Schwan, 
du  châtelain  d'.^rras.  Le  témoignage  du  groupe  K  N  P  X  n'a  aucune  valeur 
contre  celui  de  7"  et  surtout  contre  celui  du  texte,  car  le  premier  vers  de  l'en- 
voi (Léi  chastelain  iVArras  dist  en  ses  chans)  contient  sûrement  une  signature  et 


Die  Lieder  des  gille  lk  vixier  609 

non  une  citation  :  c'est  ce  qu'admettront  sans  peine  tous  ceux  qui  ont  quelque 
familiarité  avec  notre  ancienne  poésie  lyrique,  tant  du  Xord  que  du  Midi,  où 
cette  façon  de  signer  son  œuvre  est  extrêmement  fréquente'. 

Avant  de  passer  à  l'examen  du  texte,  je  dois  faire  remarquer  encore  que 
les  notices  précédant  les  pièces  contiennent  de  nombreuses  erreurs,  dont 
quelques-unes  paraissent  provenir  d'une  confusion  de  notes.  Selon  l'éditeur, 
les  pièces  I  et  II  porteraient  l'une  et  l'autre  dans  Ravnaud  le  110410  :  c'est 
une  double  erreur,  la  première  étant  140,  la  seconde  572.  —  Le  no  IV  est  au 
fol.  102  /'  (non  ICI  (■)  de  T\  cette  pièce  n'est  pas  inédite,  puisqu'elle  se  trouve 
aussi  dans  C  (l'indication  est  au  reste  dans  Ravnaud).  —  La  strophe  i  de  V 
n'est  pas  imprimée  dans  Fauchet.  —  La  pièce  VI  est  naturellernent  dans  le 
recueil  complet  des  Lais  et  Dcscoits  que  j'ai  récemment  publié  avec  MM.  .\ubry 
et  Brandin  (p.  16). 

J'en  arrive  aux  textes  et  fais  remarquer  tout  d'abord  que  les  lautes  les  plus 
choquantes  ont  été  habilement  corrigées  par  M.  Guesnon  (voy.  la  note  ci- 
dessous)  ;  mais  il  en  reste. 

I,  I,  5  Mainte  pensée  favrai  g  lèverai  ne.  M.  Guesnon  a  parfaitement  raison 
de  lire  /,  qui  écarte  une  forme  de  césure  très  rare;  mais  il  vaut  mieux  lire 
(avec  T)  i  avérai  grei'{r)ai ne. 

II,  I,  2.  Le  ms.  T  n'a  pas ^or,  mais  très  nettement  et  en  toutes  \enrcs,  par. 

—  3  effacer  la  virgule  après  nians.  —  7  est  heîlë  et  avenaus  ;  Ve  devant  s'élider, 
suppl.  est  [('/].  —  La  str.  iv  doit  être  naturellement  de  la  même  forme  que  les 
trois  premières  ;  elle  finit  après  le  v.  7,  où  il  faut  corriger  mesdire  en  niesiiis, 
qui  rime  avec  le  dernier  mot  {dis)  de  la  strophe  précédente.  —  Au  v.  5  les 
deux  mss.  ont,  non  viesdient,  mais  desvoient  (leçon  qui  manque  dans  la  varia 
lectio,  mais  est  notée  ailleurs,  p.  19);  la  correction  est  au  reste  vraisemblable. 

—  Le  début  de  la  strophe  v  aura  été  omis  par  inattention  et  c'est  à  la  suite 
de  cette  chute  que  inesdis  aura  été  corrigé  en  mesdire,  pour  rimer  avec  le  v.  8. 

—  Le  V.  9  Dis  tant  celé gent  nCaJole  n'a  pas  de  sens  :  le  ms.  T  {M  manque)  a 
correctement  tans  (tant os). 

III,  m,  6,  7  :  ne  de  j'ovene  dntcrie  ;  —  Fors  par  donner  11  en  puet  avoir  avel. 
Ces  deux  vers  ne  forment  qu'une  proposition  :  effacer  le  point  virgule  et,  au 
lieu  de  nen,  lire  (avec  h)  ne.  —  vu  et  viii  :,  la  varia  lectio  devrait  indiquer 
(cf.  p.  19)  que  ces  deux  strophes  manquent  dans  b.  —  Au  v.  i  de  la  première 


I.  Voy.  par  ex.  Gace  Brûlé,  éd.  Huet,  envois  des  pièces  II,  V,  VIII,  X, 
XXI,  XXII,  XXIV,  XXXI.  —  M.  Guesnon,  dans  un  compte  rendu  auquel 
j'aurai  encore  l'occasion  de  renvover  {Moyen  dge ,  1906,  p.  157-61)  a  parfai- 
tement fait  remarquer  que  dans  le  v.  4  de  cet  envoi  {Por  ce  se  met  del  tôt  en 
ses  couians)  le  poète  exprime  certainement  ses  propres  sentiments  ;  or  s'il  était 
lui-même  différent  du  Châtelain,  il  devrait  dire  me  (et  non  se)  met. 


Rontaiiia   XXXl 


39 


6 10  COMPTES    RENDUS 

il  faut  lire,  comme  la  montré  M.  Guesnon,  Vielle  pour  Gilk,ct  écrire  taulel  au 
lieu  de  tavlel. —  Le  v.  3  n'a  pas  de  sens  ;  M.  Guesnon  l'a  bien  vu,  mais  il  hésite 
sur  la  correction.  La  phrase  devient  claire  si  on  lit,  avec  le  ms.  unique,  en  mie; 
M.  M.  corrige  à  tort  A^'  e)i  et  lit  une  ;  on  pourrait  aussi  proposer  ¥en,  mais  l'ad- 
dition de  ^t' n'est  pas  nécessaire  ;  scel  désigne  ici,  naturellement,  non  le  cachet 
qui  sert  à  donner  l'empreinte,  mais  la  cire  qui  l'a  reçue  et  s'est  durcie. 

IV,  1.  Le  V.  7  ne  manque  pas  dans  M,  qui  porte  inais  tous  Jours  serf  et  aiiii... 
Pour  cette  pièce  c'est  le  ms.  C  qui  a  en  général  conservé  la  bonne  leçon,  que 
M.  M.  a  reléguée  dans  les  notes.  A  la  str.  v,  le  poète  regrette  d'abord  que 
les  yeux  ne  puissent  parler  à  la  place  de  la  bouche,  obstinée  à  se  taire  ;  puis 
il  convient  qu'il  vaut  mieux  que  les  choses  restent  comme  elles  sont.  Je  lirais 
donc  au  v.  i  Car  s'en  parlant  (C),  au  v.  5  reteiies  (rechei'és  T,  teneis  C)',  au 
V.  7  (avec  C)  Si  siii  souspris  del  dire  ou  del  laissier,  au  v.  8  (en  cotiibinant  les 
deux  mss.)  Ne  sai  5'/  a  péril  ou  avantaigc.  —  De  la  strophe  vi  M  ne  donne 
que  les  dix  derniers  mots,  ce  qui  n'est  pas  indiqué  ;  au  v.  4  le  ms.  (unique)  ne 
donne  pas  son  visaige,  mais  7non  visnage  <C  vicinaticum,  qui  fournit  un 
sens  excellent.  Les  v.  7-8  ne  forment  qu'une  proposition  :  lire  (avec  T)  s'outre 
(contre,  qui  serait  dans  B,  n'est  peut-être  qu'une  faute  de  lecture). 

Je  ne  crois  pas  que  M.  M.  ait  compris  la  structure  rythmique  du  descort 
(VI)  ;  la  str.  v  notamment  est  purement  amorphe  ;  je  me  permets  de  ren- 
voyer à  mon  édition.  —  I,  18,  le  ms.  (unique)  a  déporter,  non  desporler.  — 
II,  15  le  sens  exige  trai  (au  présent),  non  irai.  —  IV,  2  en  coin],  1  encovi  ;  7 
e)i  cor'\  1.  encor;  22  le  ms.  a  très  nettement  mie,  comme  je  l'avais  imprimé  ;  la 
correction  nue,  due  à  M.  Guesnon,  me  paraît  sûre  ;  23  j'ai  eu  tort  de  conser- 
ver la  leçon  du  ms.  son  cors  ;  M.  M.  a  raison  de  corriger  en  soncors.  —  V,  2, 
le  ms.  a  correctement  Ions  (non  loue,  qui  pèche  contre  la  déclinaison). 

A.  Jeanroy. 

Joaquim  Miret  i  S.ws.  El  més  aiitic  text  literari  escrit  en 
català,  precedit  per  una  coleccio  de  documents  dels 
segles  XI'',  XII^  i  XIII^  Barcelona,  1906.  Petit  in-80,  47  pages  et 
quatre  planches  en  phototypie  (Extrait  de  la  Revista  de  bibliografia 
catalana). 

Ce  petit  livre,  bien  imprimé  sur  papier  à  la  cuve,  contient  des  textes  fort 
dignes  d'attention,  et,  bien  qu'on  puisse  trouver  à  redire  à  la  façon  dont 
l'édition  a  été  conduite,  on  ne  peut  que  savoir  gré  à  M.  Miret  i  Sans  des 
intéressantes  découvertes  dont  il  nous  fait  part.  Le  texte  principal  est  un 
recueil  d'homélies,  en  catalan,  trouvé  dans  les  archives  d'Organyà  (province 


I .  La  faute  de   T  s'explique  :  l'original  ayant   retenes,  le   scribe  aura   lu 
receve's  et  picardisé  en  rechevés. 


MiRET  I  SANS,  El  >iiés  ûiiltc  tcxt  Utcrari  català.         6ii 

de  Lerida),  et  qui,  à  en  juger  par  les  fjc-similés  joints  à  la  publication  ',  peut 
être  attribué  au  commencement  du  xiii'=  siècle.  Malheureusement,  ce  n'est 
qu'un  fragment  qui  n'a  pas  plus  de  six  feuillets  de  petit  format  (23  lignes  par 
page).  Mais,  avant  de  le  publier,  M.  M.  i  S.  nous  donne,  dans  les  trente 
premières  pages  du  livre,  un  grand  nombre  d'e.xtraits  de  vieilles  chartes,  et 
même  quelques  chartes  in  extenso,  où  se  trouvent  des  passages  en  catalan.  Il 
y  a  là  un  très  utile  supplément  à  la  publication  du  même  genre  que  feu  Alart 
fit  jadis  dans  la  Revue  des  langues  romanes  (tomes  III,  IV,  V,  etc.).  Peut- 
être  l'éditeur  eût-il  mieux  fait  d'impr\^mer  ces  extraits  en  petit  texte  au  lieu 
de  les  intercaler,  sans  alinéa,  dans  un  exposé  un  peu  vague.  On  peut  aussi 
regretter  qu'il  n'ait  pas  identifié  les  noms  de  lieux,  d'autant  plus  que  ces  noms 
de  lieux  ne  sont  pas  systématiquement  distingués  par  l'emploi  de  capitales, 
de  sorte  qu'il  n'est  pas  toujours  facile,  pour  un  lecteur  peu  familier  avec  la 
géographie  de  la  Catalogne,  de  savoir  si  on  a  affaire  à  un  nom  de  lieu  ou  à  un 
nom  commun-.  En  ce  qui  concerne  l'emploi  des  capitales,  on  peut  supposer 
que  l'éditeur  s'est  attaché  à  reproduire  les  textes  avec  une  exactitude  maté- 
rielle, mais,  outre  qu'il  n'y  a  pas  grand  intérêt  à  se  conformer  à  un  usage  qui 
n'a  rien  de  régulier,  il  faut  dire  que  M.  M.  i  S.  lui-même  est,  à  cet  égard, 
fort  irrégulier.  La  comparaison  du  fac-similé  no  i  avec  la  transcription  donnée 
à  la  p.  23  montre  que  l'éditeur  met  souvent  des  capitales  là  où  il  n'y  en  a  pas 
dans  l'original.  Je  ne  puis  non  plus  approuver  de  mauvaises  réunions  de  mots, 
comme,  p.  25,  ni  aiieridevem.  La  preuve  que  les  copistes  catalans  n'attachaient 
guère  d'importance  à  la  façon  dont  ils  coupaient  ou  groupaient  les  mots, 
c'est  que,  dans  une  citation  latine  de  la  p.  42,  on  lit  mitete  (pour  mitte  te)  de 
orsnni.  Je  sais  bien  qu'il  y  a  des  cas  qui  demandent  une  considération  par- 
ticulière. Ainsi  les  anciens  copistes  réunissent  souvent  les  enclitiques  et  les 
proclitiques  au  mot  voisin  ;  mais  c'est  ce  qu'on  peut  expliquer  dans  une  note. 
Ce  sont  des  minuties.  Ce  qui  est  plus  grave,  c'est  que  les  textes  n'ont  pas 
toujours  été  copiés  ou  collationnés  avec  tout  le  soin  désirable.  Ainsi,  dans 
la  pièce  que  je  viens  de  citer,  qui  est  une  charte  de  Guirau  de  Cabrera  (peut- 
être  le  troubadour),  datée  de  121 1,  on  lit  (p.  24):  «  E  es  dit  e  promes  e  posât 
qe  mentre  que  io  sere  en  uostra  preso  mos  homes  ni  mos  ualedors  quais 
que  sien  no  faççen  mal  a  uos  ni  a  uostra  terra  ni  a  uostres  homes  ni  a  vos 
ni  vostres  homes  ni  nul  hom  per  razo  de  uos  no  faççatz  mal  a  ma  terra  ni  a 
mos  homes.  »  J'ai  copié  littéralement  le  texte  de  l'édition.  Je  remarque 
d'abord  que  M.  M.  i  S.  ne  ponctue  pas,  ce  qui  ne  saurait  être  approuvé  ; 


1.  Ces  facs-similés  sont  réduits,  mais  cependant  fort  lisibles. 

2.  Je  suis  d'avis  qu'il  n'y  a  aucun  inconvénient,  et  qu'il  y  a  au  contraire  de 
sérieux  avantages,  à  suivre  l'usage  moderne  en  ce  qui  concerne  les  noms  de 
personnes  et  de  lieux.  Ainsi,  p.  22,  on  lit  «  quedam  vestimenta  de  drap  de 
arraz  ».  Si  l'éditeur  avait  écrit  Anai,  on  aurait  reconnu  aussitôt  qu'il  s'agit 
de  la  ville  d'Arras,  et  comme  le  texte  est  de  11 87,  ce  témoignage  sur  la 
draperie  d'Arras  n'est  pas  sans  intérêt. 


6l2  COMPTES    RENDUS 

ensuite  qu'il  écrit  itostrc,  iiaJedors,  nos,  etc.,  mais  une  lois  vos  et  voslres,  alors 
qu'il  y  a  toujours  ii  dans  l'original.  De  même,  il  y  a  constamment  qe,  tandis 
que  la  transcription  porte  une  fois  que.  Ce  sont  de  légères  négligences,  mais 
voici  une  erreur  qui  a  un  peu  plus  d'importance.  On  ne  comprend  pas  qu'après 
«  a  uos  ni  a  uostra  terra  ni  a  uostres  homes  »  le  copiste  ait  écrit  >ii  a  nos, 
et  en  effet  il  a  écrit  ///  nos.  Avant  ni,  il  faut  une  virgule,  et  on  doit  sup- 
primer la  préposition  ^7  que  M.  M.  i  S.  a  ajoutée  par  inadvertance. 

On  pourrait  faire  des  observations  de  même  genre  sur  le  texte  des^ermons, 
qui  est,  comme  je  l'ai  dit,  le  morceau  principal  du  volume.  Mais  ce  compte 
rendu  ne  doit  pas  dégénérer  en  liste  d'errata.  Je  me  bornerai  à  quelques 
remarques.  Dans  ces  sermons  se  rencontrent  de  fréquentes  citations  latines,  le 
plus  souvent  tirées  de  la  Bible.  L'éditeur  en  a  identifié  quelques-unes,  mais  il 
aurait  pu,  sans  grande  peine,  surtout  pour  les  textes  bibliques,  en  identifier 
un  plus  grand  nombre,  et  cette  vérification  lui  aurait  parfois  épargné  des 
fautes  de  lecture.  Ainsi,  p.  40,  on  lit  :  «  Eper  zo  dix.  n.  s.  si  o  feres  munus(?) 
tiiii/  anie  altareet.  r.f.  q.  f.  t.  etc.  »,  et  en  note  M.  M.  i  S.  dit  que  ces  initiales 
correspondent  sûrement  à  un  texte  évangélique.  Mais  il  n'était  pas  difficile  de 
trouver  que  ce  texte  est  dans  M.\tth,  V,  23,  et  de  voir  que  l'absurde  0  feres 
niiiHus,  imprimé  en  romain  comme  si  c'était  du  catalan,  fait  partie  de  la  citation 
latine  (Si  ergo  offers  iiinnus  tuiini  ad  altare  et  il'i  recordatus  Jueris...).  Dans  la 
même  page  se  lit  cette  autre  citation,  qui  n'est  pas  tirée  de  la  Bible:  Quid 
predest  iiiro  si  tola  doiiius  chiudatur  et  iinniii  reliiiqi  tu  viea  foranicii.  Qu'est-ce 
que  cela  signifie  ?  Il  est  aisé  de  lire  prodest  et  relinquitur  in  ea.  On  pourrait 
multiplier  les  exemples  de  ces  négligences.  Je  termine  par  une  dernière  obser- 
vation. Il  y  a  dans  les  extraits  d'anciennes  chartes,  un  assez  bon  nombre  de 
mots  qui  ne  se  trouvent  pas  dans  les  dictionnaires  catalans,  et  qu'il  est  sou- 
vent difficile  d'expliquer  à  l'aide  de  Du  Gange  ou  des  dictionnaires  proven- 
çaux. Or,  il  n'y  a  ni  notes  ni  glossaire. 

Si  j'ai  insisté,  peut-être  plus  que  de  raison,  sur  les  côtés  défectueux  du 
travail,  d'ailleurs  méritoire  de  M.  Miret  i  Sans,  c'est  que  je  voudrais  voir  les 
Catalans,  si  justement  soucieux  de  tout  ce  qui  concerne  leur  langue  et  leur 
littérature,  se  familiariser  davantage  avec  des  méthodes  de  travail  qui,  ailleurs, 
ont  amené,  dans  les  études  romanes,  de  si  rapides  progrès. 

P.  M. 


PÉTRARQUE.  Lc  traité  De  sui  ipsius  et  multorum   ignorantia, 

publié  d'après  le  manuscrit  autographe  de  la  Bibliothèque  Vaticane,  par 
L.  M.  C.\PELLi.  Paris,  Champion,  1906.  In-80,  120  pages  (Tome  VI  de  la 
Bibliothèque  littéraire  de  la  Renaissance,  dirigée  par  P.  dk  Nolh.vc  et 
L.  Dorez). 

La  Bildiothcque  littéraire  de  la  Renaissance,  commencée  à  la  librairie  Bouillon 
et  qui  se  continue  à  la  librairie  Champion,  confin.'  à  notre  domaine,  mais  ne 


pÉTRARauH,  De  siti  ipsiiis  et  iiiullonini  ignorant iii.  613 
lui  appartient  pas.  Nous  ne  devons  cependant  pas  la  passer  entièrement  sous 
silence,  car  les  œuvres  de  la  Renaissance  tiennent  souvent  par  quelques 
attaches  à  la  littérature  du  moyen  âge  '.  Pétrarque  y  était  déjà  représenté  par 
deux  écrits  de  M.  H.  Cochin  :  La  Chronologie  du  Can:^onit're  et  Le  frère  de 
Pétrarque.  Voici  qu'on  annonce  comme  devant  paraître  dans  la  même  collec- 
tion, par  les  soins  de  MM.  H.  Cochin  et  L.  Dorez,  une  nouvelle  édition  des 
Reniin  meviorabiliuni  lihri  du  même  écrivain,  et  c'est  aussi  une  œuvre  de 
Pétrarque  que  renferme  le  mince  volume  dont  nous  allons  faire  un  compte 
rendu  sommaire,  le  traité  de  De  sui  ipsnis  et  multoruiii  ignorantia.  Cet  écrit 
de  polémique,  composé  en  1367,  nous  a  été  conservé  par  plusieurs  manu- 
scrits dont  l'un,  comme  l'a  montré  M.deNolhac,  est  autographe.  C'est  d'après 
ce  ms.  (Vatican  8359)  que  la  présente  édition  a  été  publiée.  Il  a  été  possible 
de  collationner  les  épreuves  sur  une  photographie  du  Vaticanus,  de  sorte 
que  l'édition  présente  de  sérieuses  garanties.  Ajoutons  que,  dans  les  notes  qu- 
terminent  le  volume,  l'éditeur  s'est  efforcé  de  déterminer  les  passages  d'auteurs 
anciens  auxquels  Pétrarque  fait  allusion,  et  ils  sont  nombreux  ;  car,  dans  sa 
discussion,  assez  mal  conduite,  des  doctrines  averroïstes,  ce  qui  est  le  sujet  du 
traité,  Pétrarque  est  constamment  obsédé  par  ses  souvenirs  littéraires.  Jus- 
qu'ici tout  est  bien,  mais,  puisque  le  motif  qui  a  conduit  M.  Capelli  à  entre- 
prendre OJtte  nouvelle  édition  est  le  désir  de  donner  au  public  une  reproduc- 
tion de  l'autographe  de  Pétrarque,  il  eût  été  utile,  ce  semble,  d'une  part,  de 
présenter  quelques  remarques  sur  les  habitudes  orthographiques  de  Pétrarque, 
et,  d'autre  part,  de  faire  connaître  l'état  du  texte  avant  cette  reproduction. 
Or  sur  ces  points  il  n'y  a  rien.  Non  seulement  M.  C.  n'apprécie  pas  les 
éditions  antérieures,  mais  il  ne  les  mentionne  même  pas,  bien  qu'il  cite  la 
traduction  publiée  par  Fracassetti  en  1858.  J'ai  eu  la  curiosité  de  comparer 
les  premières  pages  de  la  nouvelle  édition  avec  l'ancienne  édition,  celle  de 
1501  '.  J'ai  trouvé  que  l'ancien  texte  était,  dans  l'ensemble,  fort  correct.  Il  ne 
diffère  de  la  leçon  du  ms.  du  Vatican  que  par  de  rares  fautes  d'impression, 
par  quelques  transpositions  de  mots  et  par  certains  détails  orthographiques. 
Aucune  de  ces  différences  n'est  vraiment  importante  ;  il  ne  faudrait  donc  pas 
s'imaginer  que  l'emploi  du  ms.  autographe  a  renouvelé  le  texte.  J'ajoute  que 
dans  certains  cas,  exceptionnels  j'en  conviens,  la  comparaison  avec  l'édition 
de  1501  eût  donné  d'utiles  résultats.  Ainsi,  dans  l'épître  préliminaire  (qui 
manque  dans  le  ms.  autographe  et  qui  est  rétablie  d'après  unms.  de  Modène), 

je  lis  à  la  troisième  ligne  :  « quem   [librum]  si  ingenii  incude  studii 

maleo  extendere  licuisset...  »  ;   il  y  a   dans  l'ancienne  édition  «  ingenii   m 

incude mallco  »,  ce  qui  vaut  mieux.  Un  peu  plus  bas,  dans  la  même  page, 

l'ancienne  édition  porte  proinererer,  au    lieu  du  barbarisme   proinerer  de  la 


1.  Nous  avons  annoncé  l'un  des  volumes  de  cette  collection  dans  la  Roiiid- 
nia,  XXXIV,  167. 

2.  La  première  édition  de  Pétrarque,  celle  de    1496,   ne  renferme  pas  le 
irsLixé  De  sui  ipsi us  et  uiultontui  iguorautia. 


6 14  COMPTES    RENDUS 

nouvelle.  J'ajoute  qu'ailleurs  encore,  là  où  nous  avons  le  sûr  appui  du  ms. 
autographe,  la  collation  avec  la  vieille  édition  n'eût  pas  été  sans  utilité. 
Carie  ms.  autographe  contient  des  corrections,  des  additions  marginales,  des 
grattages,  soigneusement  indiqués  au  bas  des  pages  de  la  nouvelle  édition  ; 
mais  ces  altérations  à  la  leçon  primitive  sont-elles  de  la  main  de  Pétrarque  ? 
Dans  ces  cas  il  semble  qu'il  y  aurait  eu  intérêt  à  connaître  la  leçon  de  l'ancienne 
édition  et  celle  des  autres  tnanuscrits.  Même  dans  un  ms.  autographe  il  peut 
y  avoir  des  fautes.  Ne  nous  arrive-t-il  pas  de  commettre  des  erreurs  en  nous 
recopiant  ?  Ainsi,  p.  21  :  «  Sic  jam  sola  philosophantis  infantia  et  perplexa 
balbuties,  ;(///  nitens  supercilio  atque  oscitans,  ut  Cicero  vocat,  sapicntia,  in 
honore  est.  »  Au  lieu  de  uni  nitens,  l'ancienne  édition  porte  innilcns,  qui  est 
évidemment  la  bonne  leçon.  Et  un  peu  plus  bas  (1.  10  du  bas),  extiment  doit 
évidemment  être  remplacé  par  existiinent  de  l'ancienne  édition.  En  somme, 
tout  en  reconnaissant  les  mérites  du  travail  de  M.  Capelli,  on  peut  regretter 
qu'il  n'ait  pas  été  exécuté  scion  une  méthode  plus  critique. 

P.  M. 


Histoire  de  la  mise  en  scène  dans  le  théâtre  religieux 
français  du  moyen  âge,  par  Gustave  Cohex.  Paris,  H.  Champion, 
1906.  In-8°,  304  pages  et  6  planches  (Extrait  des  Mcnioires  couronnés 
publiés  par  la  Classe  des  lettres  et  des  sciences  morales  et  politiques  de 
l'Académie  royale  de  Belgique,  Nouvelle  série,  Collection  in-80,  tome  I, 
1906). 

Le  fort  intéressant  et  fort  remarquable  travail  de  début  de  M.  Gustave 
Cohen,  justement  couronné  par  l'Académie  royale  de  Belgique,  nous  a 
reporté  à  quarante  années  en  arrière,  c'est-à-dire  à  nos  propres  débuts  dans 
l'érudition,  quand,  au  mois  de  janvier  1866,  nous  soutenions  à  l'École  des 
chartes  une  thèse  intitulée  :  Essai  sur  les  proccdés  scéniques  dans  les  cirâmes 
liturgiques  et  les  mystères  du  moyen  âge,  dont  les  positions  seules  ont  été  impri- 
mées et  dont  le  texte,  seulement  ébauché,  ne  méritait  pas  de  l'être.  M.  Gus- 
tave Cohen  nous  a  procuré  le  plaisir  de  voir  réalisé,  à  peu  prés  de  la  façon 
dont  nous  l'avions  conçu  nous-même,  mais  en  usant  de  tous  les  progrés 
acquis  dans  ce  long  espace  de  temps,  et  selon  des  recherches  aussi  person- 
nelles et  originales  qu'étendues,  l'ouvrage  abandonné  par  nous,  mais  qui  a 
servi  de  point  de  départ  à  nos  autres  études  sur  le  théâtre  médiéval.  Une  lec- 
ture attentive  de  son  volume  nous  permet  de  lui  donner  avec  une  sincérité 
cordiale  notre  pleine  approbation  quant  à  son  ensemble  et  au  plus  grand 
nombre  de  ses  détails.  L'information  en  est  abondante  et  solide,  le  caractère 
réellement  scientifique,  l'exposition  nette,  vive,  agréable.  C'est  tout  à  la 
fois  une  dissertation  bien  liée  et  un  utile  répertoire  analytique  d'indications 
spéciales  et  techniques  sur  les  diverses  parties  de  la  mise  en  scène  du  moyen 
âge.  L'auteur  montre  d'ailleurs  çâ  et  là  par  ses  réflexions  de  philosophie  ou 


G.  COHEN,  Hist.  iii'  la  mise  en  scène.  615 

d'esthétique,  sur  lesquelles  nous  nous  sommes  trouvé  souvent,  mais  peut- 
être  pas  toujours,  en  plein  accord  avec  lui,  qu'il  domine  son  sujet  et  ne  se 
refuse  pas  l'occasion  de  donner  quelque  essor  à  sa  pensée.  Une  mention  par- 
ticulière est  due  à  l'intéressant  chapitre  consacré  à  étudier,  notamment 
d'après  les  beaux  travaux  de  M.  Mâle,  les  rapports  des  mystères  avec  l'art 
médiéval.  Nous  ne  croyons  pas  nous  méprendre  sur  la  valeur  très  estimable 
du  livre  de  M.  Cohen.  En  la  signalant  aux  lecteurs  de  ce  recueil,  nous 
sommes  d'autant  plus  à  l'aise  pour  joindre  à  cette  appréciation  générale 
quelques  observations  critiques. 

C'est  à  bon  droit  que  M.  Cohen  dans  son  introduction  rapproche  les 
tii:jehs  persans  des  mystères  du  moyen  âge  (p.  1-5),  mais  on  est  étonné  qu'il 
néglige  l'analogie,  souvent  notée  et  à  juste  titre,  de  notre  drarne  religieux 
avec  la  tragédie  grecque.  —  Ce  n'est  pas  à  l'Académie  des  inscriptions  et 
belles-lettres,  mais  au  Congrès  des  sociétés  savantes  qu'a  été  faite  la  commu- 
nication de  M.  l'abbé  Muller  sur  l'évangéliaire  de  Novon  (p.  18,  note  4)  — 
Il  parait  peu  exact  de  considérer  comme  un  «  véritable  rideau  «  (p.  21)  le 
tapis  que  soulève  l'ange  dans  VOfice  du  sépulcre.  C'est  un  rapprochement  qui 
semble  forcé.  —  Au  lieu  de  se  borner  pour  la  mise  en  scène  des  plus  anciens 
mystères  en  langue  vulgaire  à  l'étude,  d'ailleurs  très  bien  faite,  du  drame 
(ÏAdaiu  (p.  51  et  suiv.),  M.  Cohen  aurait  dû  examiner  de  près  le  fragment 
bien  connu  de  la  Résurrection  du  xii'-'  ou  du  xiii'-'  siècle.  Il  aurait  pu  tirer  peut- 
être  un  parti  plus  avantageux  qu'il  ne  l'a  cru  du  Saint  Nicolas  de  Jean  Bode 
et  du  Théophile  de  Rustebeuf.  A  l'aide  de  ces  textes,  de  la  Passion  gasconne, 
des  Miracles  de  Notre-Danw  et  d'autres  pièces  encore,  notamment  des  docu- 
ments étrangers,  mais  analogues  aux  représentations  françaises,  il  aurait  pu 
essayer  de  poursuivre  le  développement,  la  généalogie  des  procédés  scéniques 
et  de  combler,  au  moins  de  façon  relative,  la  lacune  de  deux  siècles  constatée 
et  regrettée  par  lui  dans  son  sujet  (p.  65-64).  —  S'il  eût  tentécette  entreprise, 
il  aurait  reconnu  que  les  représentations  «  dans  une  salle  fermée  »  remontent 
à  une  époque  antérieure  à  celle  qu'il  indique  (p.  66).  —  La  ponctuation 
adoptée  pour  la  citation  d'une  note  de  mise  en  scène  du  mvstère  des  Actes 
des  Apôtres  (p.  163)  rend  cette  note  presque  inintelligible.  —  Marguerite  de 
Navarre  n'aurait  pas  dû  être  classée  parmi  les  «  arrangeurs  »  (p.  179-180). 
Ses  «  comédies  sacrées  »,  bien  qu'inspirées  des  mystères,  ont  le  caractère  de 
compositions  originales.  —  M.  Cohen  nous  paraît  s'être  quelque  peu  exagéré 
la  distinction  établie  par  l'Eglise  entre  les  mystères  et  la  comédie  profane,  dans 
laquelle  en  tout  cas  il  n'aurait  pas  dû  comprendre  ingloho  les  moralités  (p.  198). 
Celles-ci  en  effet,  pour  une  bonne  partie,  se  rattachent  au  drame  religieux.  — 
Il  est  très  admissible,  quoi  qu'il  en  dise,  que  les  mystères  ou  pièces  analogues 
aient  été  compris  sous  le  nom  général  de  «  spectacles  »,  dans  la  sentence 
synodale  du  6  mars  1626,  citée  par  lui  (p.  200).  —  Le  texte  des  Miracles  de 
Notre-Dame  rapporté  par  M.  Cohen  (p.  232)  nous  paraît  plutôt  un  argument 
contre  que  pour  la  solution  qu'il  adopte  dans  la  question  traitée  en  cet  endroit. 


6l6  COMPTES     RENDUS 

—  Le  passage  cité  de  Rabelais  yp.  242)  nous  semble   pris  trop  au  sérieux. 

—  Il  est  vraiment  trop  peu  probable  que  «  l'expression  de  matinée,  dont  nous 
nous  servons  pour  désigner  les  spectacles  de  l'après-midi  <>,  dérive  des  mys- 
tères, c'est-à-dire  de  leurs  «  représentations  du  matin  »  (p.  251).  Matiui-e 
dans  le  langage  dramatique  contemporain  équivaut  à  représentation  diurne 
et  s'oppose  aux  représentations  nocturnes  de  la  soirée.  C'est  une  matinée. .  . 
relative.  «  De  nos  jours,  dit  Littré,  dans  les  grandes  villes  surtout,  on  étend 
souvent  la  matinée  jusqu'à  l'heure  du  dîner,  c'est-à-dire  jusqu'à  six  ou  sept 
heures  du  soir.  » 

Par  l'annonce  des  ouvrages  «  en  préparation  «  de  M.  Gustave  Cohen  nous 
voyons  qu'il  n'a  pas  l'intention  d'abandonner  le  champ  d'études  où  il  vient 
de  faire  une  brillante  et  habile  entrée.  La  copieuse  et  utile  bibliographie 
jointe  à  son  volume  nous  le  montre  armé  de  pied  en  cap  et  prêt  à  de  vail- 
lantes chevauchées.  Nous  serons  heureux  d'applaudir  à  ses  succès. 

Marins  Sepet, 


Pf-RIODIQUES 


Revue  des  langues  komaxes,  t.  XLVIII  (5e  série,  t.  VIII).  Janvier  et 
février  1905.  —  P.  5,  K.  Sneyders  De  Vogel,  La  suite  du  Parthcnopcn  de  Blois 
et  la  version  hollandaise.  Il  y  a  deux  formes  (a  et  [3)  de  ce  poème  à  partir  du 
V.  9163  de  l'édition  de  Crapelet,  et  ces  deux  recensions  sont  l'une  et  l'autre 
incomplètes  de  la  fin.  La  question  que  cherche  à  résoudre  l'auteur  de  ce  mémoire 
est  celle-ci  :  laquelle  des  deux  formes  de  la  seconde  partie  peut-on  attribuer  à 
l'auteur  de  la  première  partie  ?  Il  s'efforce  d'en  trouver  la  solution  à  l'aide  du 
manuscrit  de  Tours,  jusqu'ici  négligé,  et  de  la  version  néerlandaise  dont  nous 
n'avons  plus,  malheureusement,  que  des  fragments.  La  conclusion  est  que  la 
forme  désignée  par  [î  est  la  suite  naturelle  de  la  première  partie  et  émane 
vraisemblablement  du  même  auteur.  Cette  conclusion  est  présentée  avec  cer- 
taines réserves,  et  en  efïet,  on  ne  peut  dire  qu'elle  soit  démontrée.  —  P.  30, 
L.-E.  Kastner,  Le  débat  du  corps  et  de  Vànie  en  provençal .  Cette  publication  d'un 
poème  dont  on  ne  possède  qu'un  manuscrit  bien  médiocre  (B.  N.  fr.  14973) 
dénote  une  connaissance  par  trop  insuffisante  de  la  langue  provençale,  de  la 
paléographie,  et  même  de  la  bibliographie  du  sujet.  Il  serait  peu  utile  de  signa- 
ler les  faiblesses  de  ce  travail  :  un  des  collaborateurs  de  la  Revue  des  langues 
romanes  s'est  chargé  de  ce  soin.  —  P-  65,  G.  Thérond,  Contes  lengadoucians 
(suite).  —  P.  75 ,  L'Apocalypse  en  haut-Engadinois  publiée  (sans  préface  ni  notes) 
par  J.  Ulrich  (chap.  i-ix).  —  P.  88,  Bibliographie.  —  P.  95,  Rapport  sur  le 
concours  pour  le  prix  Boucherie.  Le  prix  est  décerné  à  M.  Sarrieu  pour  un 
Vocabulaire  du  patois  du  canton  de  Luchon. 

Mars-avril.  —  P.  97,  G.  Clavelier,  Élude  sur  la  langue  de  Fourès.  —  P.  141, 
J.  Coulet,  Sur  le  débat  provençal  du  corps  et  de  Faine.  Après  quelques  judicieuses 
observations  sur  la  méthode  qu'il  convenait  d'appliquer  à  la  publication  de  ce 
petit  poème,  M.  Coulet  relève  une  par  une  les  innombrables  erreurs  de  lec- 
ture, de  ponctuation,  etc.,  que  renferme  l'édition  donnée  par  M.  Kastner  dans 
le  fascicule  précédent.  Il  reste  cependant  à  faire  pour  rétablir  ce  texte  fréquem- 
ment corrompu.  Au  v.  80,  M.  Coulet  lit  En  ombra  mi,  où  M.  Kastner  avait 
lu  E  membra.  La  vraie  lecture  est  E  neinbra  ;  la  forme  nembrar  pour  memhrar 
est  bien  connue  ;  soven,  l'adverbe  qui  vient  après,  signifie  naturellement  «  sou- 
vent »  et  n'a  rien  à  faire  avec  «  souvenir  ».  —  P.  157,  L.-G.  Pélissier,  Docu- 


6l8  PÉRIODiaUES 

tiu'iils  sur  les  relations  de  Fentpereiir  Max  i  mi  lien  et  de  Ludovic  Sfor:(a  en  14Ç9 
(suite).  —  P.  174,  H.  Guy,  La  chronique  française  de  Guillaume  Crétin  (suite) 
—  P.  186,  Bibliographie.  Courts  articles  sur  des  publications  dont  bien  peu 
sont  du  ressort  de  la  Romania. 

Mai-juin.  —  P.  193,  Paul  Barbier  fils,  Le  mot  «  har  »  comme  nom  de  poisson 
en  français  et  en  anglais.  [L'auteur  pense  que  le  Dictionnaire  général  a  eu  tort 
d'assimiler  le  ternie  de  blason  har,  que  les  ouvrages  spéciaux  considèrent 
comme  désignant  le  barbeau,  au  nom  de  poisson  har,  anciennement  bars,  qui 
désigne  un  poisson  très  différent,  et  qui  est  d'origine  germanique  ;  le  terme 
de  blason  serait  le  représentant  normal  du  lat.  barbus.  A  cela  il  n'y  a  rien 
à  objecter  au  point  de  vue  théorique,  et  il  est  évident  que  barbus  a  pu  aboutir 
à  bar  ;  mais  il  n'y  3  aucune  vraisemblance  que  dans  aucun  des  exemples  d'an- 
cien français  que  l'on  connaît  jusqu'ici  le  mot  bars  (toujours  au  pluriel)  puisse 
désigner  le  barbeau,  car  il  est  toujours  en  compagnie  de  noms  de  poissons 
de  mer.  —  A.  Th.].  —  P.  199,  Alph.  Roque-Ferrier,  c  fana  de  Mourmeiroun  », 
essai  de  restitution  d'un  chant  populaire  Montpellicrain.  «  Restitution»  est  un 
terme  bien  impropre.  M.  R.  F.  a  lu,  dans  un  texte  assez  mauvais,  la  chanson 
populaire  intitulée  «  le  retour  du  marin  »,  ou  ailleurs  «  le  retour  du  mari  sol- 
dat »  '.  Il  imagine  qu'il  a  pu  en  exister  une  forme  montpéliéraine  qui  se  serait 
perdue,  et  c'est  pour  réparer  cette  perte  très  hypothétique,  qu'il  nous  donne  une 
poésie  de  sa  façon  sur  le  même  sujet,  mais  à  tous  égards  très  différente.  — 
P.  208,  F.  Castets,  /  dodici  canti.  Compléments  à  l'introduction.  —  P.  249, 
A.  Vidal,  Les  délibérations  du  conseil  communal  d'Albi,  de  i^/2  à  1^88  (suite). 
P.  241,  1.  II  du  bas,  alsculs  doit  être  une  faute  d'impression,  pour  alcus. 
P.  244,  1.  9,  d'el,  plutôt  del,  en  un  mot.  P.  246,  dernière  ligne,  lire  aten- 
dut  que  hom  [iion]  trobava...  P.  260, 1.  4,  Milhasola  nom  de  lieu,  ne  doit-il  pas 
se  lire  Molhasola}  Il  y  a  bien  un  Millasole  dans  la  Drôme,  mais  la  forme 
ancienne  est  vioUasola  (Brun-Durand,  Dict.  top.  de  la  Drame),  Moillasola 
dans  le  Cart.  de  Léoncel  ;  cf.  mualhasolas,  Cart.  de  S. -Pons  de  Nice,  p.  287. 
P.  262,  la  correction  proposée  en  note  :  fosso  vostadas  e  sarradas,  au  lieu  du 
texte  fos  vostat  e  sarrat,  est  inutile  :  deux  sujets  singuliers  se  construisent 
régulièrement  avec  un  verbe  au  sing.,  selon  un  usage  qui  existe  aussi  en 
ancien  français.  Il  est  regrettable  que  certains  noms  de  lieu  n'aient  pas  été 
identifiés.  —  P.  280,  Bibliographie. 

Juillet-août. — -  P.  289-95,  V.  Chichmarev,  Contenances  de  la  Table.  D'après 
le  ms.  de  Pevre  de  Serras  que  j'ai  décrit  dans  le  t.  XIV  de  la  Romania;  voir, 
pour  ce  petit  poème,  p.  519.  Remarquons  que  le  même  texte  a  déjà  été  publié 
en  1893,  par  M.  Biadene,  ce  dont  M.  Ch.  a  été  averti  trop  tard.  —  Suivent 
deux  articles  qui  sont  en  dehors  de  notre  cadre.  —  P.  306,  U Apocalypse  en 


I.  Doncieux,  Romancero  populaire  de   la  France,  pp.  409  et  suiv.,  ouvrage 
que  M.  R.-F.  n'a  pas  connu. 


PÉR10DIQ.UES  6 19 

huit-eiigctdinois,  fin   du   texte.  —  P.   524,  H.  Guy,  La  chronique  française  de 
viaître  Guillaume  Crétin  (suite).  —  P.  574,  Bibliographie. 

Septembre-octobre.  —  P.  385,  L.-E.  Kastner.  Les  versions  françaises  iné- 
dites de  la  Descente  de  saint  Paul  en  enfer.  M.  K.  se  propose  simplement  de 
publier  les  versions  de  cet  apocryphe  que  j'ai  énumérées  et  fait  connaître  par 
des  extraits,  à  diverses  reprises,  et  notamment  dans  ma  notice  du  ms.  B.  X. 
fr.  24862  (Notices  et  extraits,  XXXV,  i^''  partie).  Il  commence  par  le  poème 
d'Henri  d'Arci  (272  vers),  dont  il  aurait  dû  comparer  le  texte  avec  son  original 
latin.  Il  n'ajoute  du  reste  rien  à  ce  qu'on  savait  sur  le  sujet.  Son  édition  se 
réduit  donc  à  une  simple  copie  et  il  faut  ajouter  que  cette  copie  —  si  l'on 
met  à  part  les  morceaux  publiés  antérieurement  —  est  fort  inexacte'. — 
P.  396,  Castets,  /  dodici  canti,  compléments  à  l'introduction  (suite  et  fin). 
M.  C.  polémique  contre  M.  Hauvette  au  sujet  de  l'auteur  du  poème.  — 
P.  411,  J.  Ronjat,  Sur  la  lang^uede  Fourès.  Rectifications  à  l'article  de  M.  Cla- 
velier  publié  dans  le  fascicule  de  mars-avril.  —  P.  420,  A.  Vidal,  Les  déli- 
bérations du   conseil  communal  d'Alhi  (suite  et  fin).  —  P.  470,  Bibliographie. 

Novembre-décembre.  —  Les  deux  premiers  articles  ne  sont  pas  de  notre 
ressort.  —  P.  295,  A.  de  Stefano,  Una  nuova  gramniatica  latino-ilaliana  del  sec. 
XILL.  C'est  une  grammaire  latine  incomplète,  plusieurs  feuillets  du  ms.  ayant 
été  enlevés,  avec  des  exemples  et  des  gloses  en  italien  du  nord.  Elle  est 
contenue  dans  un  ms.  de  Munich  qui  paraît  être  de  la  première  moitié  du 
xive  siècle.  M.  de  St.  n'en  cite  que  les  passages  où  se  trouvent  des  mots  ita- 
liens, se  proposant  de  publier  ultérieurement  cette  grammaire,  ou  du  moins 
ce  qui  en  reste,  in  extenso.  Il  devra  alors  rechercher  la  source  des  nombreux 
vers  techniques  qui  y  sont  cités,  et  qui  ne  sont  empruntés  ni  à  Evrard  de 
Béthune  ni  à  Alexandre  de  Villedieu-.  —  P.  530,  H.  Guy,  La  chronique  fran- 
çaise de  maître  Guillaume  Crétin  (suite  et  fin).  —  P.  551,  J.Calmetie,  La  cor- 
respondance de  la  ville  de  Perpignan  de  ijpç  à  14S0.  Publication  de  textes  inté- 
ressants pour  l'histoire  et  pour  la  langue,  recueillis  dans  les  archives  munici- 
pales de  Barcelone,  les  minutes  originales  ne  se  trouvant  plus  à  Perpignan. 
C'est  un  premier  article,  contenant  des  lettres  de  1399  à  1405.  —  P.  560, 
Bibliographie. 

P.  M. 


1.  V.  ^o,  fut,  lis.///.  V.  57,  bien  monterai  quel  sunt,  lis.  ben  mustcrai  qu'il 
s.  M.  K.,  dont  l'éducation  paléographique  est  évidemment  imparfaite,  n'a  pas 
reconnu  dans  le  mot  mustcrai  le  signe  qui  représente  us  ;  la  même  faute  repa- 
raît plus  loin.  V.  68,  la  conjonction  E  a  été  omise  au  commencement  du 
vers.  V.  61,  Iceus',  lis.  E  cens.  V.  68,  Et,  lis.  Ne.  V.  78,  Saint,  lis.  seint.  V.  79, 
E,  lis.  Oui.  V.  89,  Qui  les,  1.  Ouis.  V.  95,  Cunissey^,  1.  Cunuisse:;^.  V.  106,  E  a 
été  omis  au  commencement  du  vers.  V.  136,  inuntrè,  1.  mustrë.  V.  136,  sceaus, 
lis.  sceaus;  etc.,  etc.  Je  ne  compte  pas  les  fautes  de  ponctuation  qui  sont 
nombreuses. 

2.  Plusieurs  sont  cités  dans  la  Grammaire  latine  inédite  du  Xllh  siècle 
publiée  par  Ch.  Fierville  (Paris,  1886). 


620  PKRIODIQ.UES 

ZeITSCIIRIFT  I-UR  ROMANISCHE  PHILOLOGIE,  XXX,  3.  —  P.  257,  A.  SchulzC, 

Ziir  Breiidaukgetide.  Dans  cette  nouvelle  contribution  à  l'étude  de  la  ques- 
tion «  brendanique  »,  M.  Sch.  présente  sur  la  formation  de  la  légende,  sa 
chronologie,  les  rapports  des  versions  les  plus  anciennes,  des  idées  notable- 
ment différentes  de  celles  de  M.  Zimmer;  je  ne  puis  qu'extraire  de  cette 
exposition  les  propositions  principales  :  i.  La  Vie  irlandaise  de  Brendan,  ou 
plus  précisément  la  partie  qui  raconte  le  voyage  océanique  du  saint,  n'est 
pas  inspirée  de  la  Kavigatio  Bi-eiidaui,  car  elle  contient  des  traits  moins  alté- 
rés et  s'accorde  contre  la  Navigatio  avec  les  témoignages  antérieurs  relatifs  à 
la  légende  du  vo\'age  océanique  (Litanies  d'Oengus,  Vies  de  saint  Malo).  — 
2.  Ce  récit  irlandais  n'est  pas  une  création  du  xiic  s.;  la  forme  que  nous  en 
possédons  est  tronquée,  mais,  sous  sa  forme  complète,  il  n'était  que  la  tra- 
duction remaniée  d'une  Vie  latine  à  laquelle  re  rattache  aussi  une  Vita  Bren- 
dani  conservée  dans  un  ms.  du  xive  s.  {Acta  sanctornni  Hiherniae  ex  codice 
Salmanticensi).  —  3.  Cette  Vie  Jatine  ancienne,  comme  le  récit  irlandais  et  la 
Vie  du  xive  s.,  connaissait  le  voyage  océanique  (ou  plutôt  un  double  voyage) 
attaché  au  nom  de  Brendan  dès  le  début  du  ix=  s.  —  4.  La  Navigatio  ne  fait 
que  développer  à  l'aide  de  Viniravi  Maelduin  cet  épisode  de  la  Vie  ancienne; 
ainsi,  ce  n'est  pas  Vimram  Maelduin  ou  tout  autre  qui  a  donné  naissance  au 
voyage  océanique  de  Brendan,  c'est  ce  voyage  préexistant  qui  a  permis  d'at- 
tribuer à  Brendan  les  aventures  d'un  autre  voyageur.  —  5 .  Le  fait  que  la 
Vita  Brendani  publiée  par  Moran  ne  connaît  pas  le  voyage  océanique  ne 
peut  pas  être  opposé  à  ce  qui  précède,  l'unique  ms.  de  celte  Vie  contient  en 
effet  la  Navigatio  et  c'est  là  sans  doute  une  interpolation  de  copiste,  mais 
cette  interpolation  est  venue  remplacer,  comme  nous  le  voyons  dans  d'autres 
cas,  un  récit  antérieur  du  voyage  océanique  qui  a  donné  l'idée  même  de  l'in- 
terpolation; ainsi  cette  Vie  ne  forme  pas  une  classe  à  part.  —  P.  280, 
G.  Steffens,  Ziir  Karlsreise.  Le  poète  nous  dit  que,  après  avoir  quitté  Jéricho, 

Chevalchet  Temperere  od  sa  compaigne  grant, 

Et  passent  les  montaignes  et  les  puis  d'Abilant, 

La  roche  del  Guitiime  et  les  plaines  avant. 

Virent  Costantinoble,  une  citet  vaillant, 

Les  clochiers  et  les  aigles  et  les  pons  reluisanz...  (v.  259-265) 

Qu'est-ce  que  la  roche  del  Guitiime}  M.  St.  pense  que  Guituvie  représente 
le  latin  bit umen  et  que  le  poète  veut  parler  d'une  élévation  voisine  de  la 
Mer  Morte  ;  cette  opinion  est  appuyée  d'un  grand  nombre  de  textes  médié- 
vaux ou  modernes  relatifs  à  cette  élévation  de  terrain  et  à  la  Mer  Morte  et  à 
son  bitume.  Q.uant  au  v.  263,  qui  est  dans  le  ms. 

Les  cloches  e  les  egles  e  punz  le  lusanz, 

il  n'y  serait  pas  question  d'aigles,  mais  probablement  d'egle's,  c.-à-  d.  des 
églises  dont  le  nombre  était  en  efiet  remarquable  à  Constantinople  ;  on  lirait- 


Pl-RlODldUES  621 

donc  :  les  cloches  et  Cii'lcs;  c(.,  pour  l;i  forme,  Iheve  de  Ihuniiloiic,  3842  et  la 
note  '.  —  P.  29s,  S.  Pieri,  AppuiUi  etiniologici.  Ces  courtes  notes  intéressent 
les  mots  suivants  appartenant  à  divers  dialectes  italiens,  mais  surtout  à  celui 
de  Lucques  :  aâdesare,  aggagîiarsi,  appielto,  appitiiilo,  aria,  baroucio,  h'u'ndola, 
bigonia,  boarimi,  carruga,  cbia~:(^a,  corso-boddaglio,  culej^ola,  dilcggiare,  cipicare, 
Jiàccola,  fiscbio,  fojçiico,  gragiitioht,  grçiiibo,  igiitido,  iiifolcarsi,  ingojare,  iniia- 
grare,  hillinielle,  leppa  et  lebbra,  lodra,  maliata,  iiianialo,  ineuiio,  iiie~^.isinia, 
pdrolo,  pedana,  periiice,  piturlo,  pocciare, pocciotie,  pi\'tto,  renia,  reiiuire,  reiiliaia, 
ribre~~are,  rovagUoiw,  riiî^are,  sdrajare,  is^randiiiato,  siiionld,  streiiienlire,  tat- 
sello,  Irdito,  traltoiie,  ti'iUore. —  P.  307,  L.  Sainéan,  Notes  d'élyiiwlogie  roiiidiie. 
Les  rapprochements  proposés  par  M.  S.  dans  ces  trop  brèves  notes  méritent 
d'être  enregistres,  mais  l'on  n'est  pas  toujours  porté  à  obéir  à  ses  suggestions, 
dans  l'incertitude  où  il  nous  laisse  relativement  à  l'histoire  de  la  plupart  des 
formes  ainsi  confrontées,  i.  Français  :  coqueiiiart,  du  bas  lat.  cucumarium 
parallèle  à  c  u  c  u  m  e  1 1  a  ;  croquigiiole,  dérivé  de  l'anc.  fr.  croqniner  ;  danie-jeaiiiie  : 
l'auteur  revient  à  l'explication  de  Littré,  un  nom  de  personne  servant  à  désigner 
une  très  grosse  bouteille  (cf.  parmes.  niadalenna);  dégringoler,  tomber  d'une 
griugole,  c.-à-d.  d'une  colline  escarpée  (pic.)  ;  dorclot,  de  dor  =  or  en  picard  ; 
enjôler,  emploi  figuré,  non  pas  de  1  anc.  fr.  enjaolcr,  mais  de  enjoeler,  «  parer  de 
bijoux  »  \grec  «  tricheur  »,  sans  rapport  avec  l'homonyme  ethnique,  se  rattache 
3. grec  «  crochet  »  (cf.  grecs  de  sanglier);  mdchicoiilis,  nidcbicoider,  parallèle  à  l'ita- 
lien WirccwcH/iï/Y  ;  inarp.iiitct  mots  apparentés,  se  rattachent  à  l'anc.  fr.  niorpier, 
niorfier  «  bâfrer  )>,  onomatopée  probable  (cf.  rouni.  niolfâi)  ;  papelard  «  niais  », 
puis  «  hypocrite  »,  de  * papeler  -\-  suff. ,  et  non  de  puper  ~\-  lard  ;  pouleiiiart  «  gros 
fil  »,  du  prov.  pouloiiiiiar,  qui  n'est  lui-même  que  le  catalan palotiiar,  dérivé  de 
palonid  «colombe  «  :  soteret  «  lutin  »,  doit  se  rattachera  sauter  ;  —  2.  Provençal  : 
erronr  «  crépuscule  »,  extension,  déjà  connue  de  l'ancien  provençal,  dterrour 
«  égarement  »;  escaniandre  «  déguenillé  »,  de  escaino  «  eflfilure  »;  esclop 
«  sabot  »,  développement  roman  de  esclop  «  claquement  »,  lequel  est  le  lat. 
scloppus;  —  3.  Roumain  :  curciibéû  «  arc-en-ciel  »,  composé  d'un  élément 
indiquant  la  courbure  (cf.  cocor)  et  du  verbe  bere,  la  composition  s'expliquant- 
par  la  croyance  populaire  que  l'arc-en-ciel  assèche  la  terre;  îinâ  «  mère  »,  de 
anima,  forme  enfantine  de  mamma;  nuhnàligd  n  polenta»,  diminutif  rou- 
main enfantin  de  marna;  —  4.  Italien  :  agémina  «  damasquinure  »,  de  l'arabe 
Adjein,  nom  de  la  Perse  ;  bergainotta  «  variété  de  poire  »,  a  d'abord  désigné 
une  variété  de  citron  cultivée  spécialement  à  Bergamc,  d'où  son  nom,  qui  a 
été  attribué  ensuite  à  une  poire  et  a  passé  avec  ce  sens  en  France,  en  Angle- 


I.  [Cette  interprétation  est  fort  contestable.  D'abord  il  y  a,  dans  Boeve  de 
Haitiiitoiie,  non  pas  egles,  mais  esgles,  ce  qui  est  déjà  plus  voisin  d'esglise, 
ensuite  l'absence  d'article  avant  egles  est  choquante.  Je  tiens  donc  pour  bonne 
la  correction  de  Koschwitz.  J'eitends  qu'il  s'agit  des  aigles  et  d^:s  pou  1  s  qui 
surmontaient  certanis  é.iifices,  quoique,  ordinairement,  ces  ornements  soient 
mentionnés  à  propos  des  pavillons  ou  tentes.  —  P.   M.] 


622  PÉRIODIQUES 

terre  et  nicmc  dans  les  Balkans,  où  on  avait  jusqu'ici  cherch;}  son  point  de 
départ;  iVWiîwa/Ai,  s'explique  par  le  sens  simplement  superlatif  pris  par  iiiatto 
«  fou  »  (cf.  fr.  un  succès  fou,  etc.),  une  casamatta  n'étant  à  l'origine  qu'un 
grand  bâtiment  ; /«;/T(i/H/o  «  manteau  »,  terme  moderne  d'origine  dialectale, 
du  sicilien  furriolu,  qui  repose  sur  furra  «  doublure  »  ;  giauiheducco  «  caban 
de  marinier  »,  du  turc  yainourlouk  «  manteau  de  pluie  »,  qui  a  suivi  partiel- 
lement le  même  chemin  que  le  lurc  yelek  (d'où  vénit.  giulecco,  esp.  gileco,  fr. 
gilel)  et  présente  le  même  traitement  pour  l'initiale;  scalfcrotto  «  soulier  »,  de 
scafa  (cf.  anc.  fr.  escafe  et  des  emplois  dérivés  analogues  un  peu  partout), 
influencé  par  le  synon\nie  calicrotto  ;  sciabecco  «  trois-mâts  »,  identique  à 
stainhecco  «  bouquetin  »,  a  donné  naissance  aux  formes  arabes  dont  on  le 
dérive  ordinairement;  sciahica  «  filet  »,  a  donné  lieu,  soit  par  lui-même  soit 
par  ses  dérivés,  à  un  développement  de  sens  péjoratif,  aboutissant  à  «  ribotte, 
vaurien  »,  etc.,  qui  s'explique  par  la  mauvaise  réputation  des  matelots  et 
pêcheurs.  —  P.  320,  H.  Schuchardt,  Fian~.  mauvais  lai.  malifatius  (~u 
Ztschr.,  XIV,  181,  XIX,  577,  XX,  536).  M.  Sch.  a  voulu  rtjprendre  une  fois 
encore  la  discussion  de  son  étymologie  et  nous  devons  nous  en  féliciter  : 
l'article  qu'il  lui  consacre  est  un  complément  souhaité  aux  Roinaitische  Etynio- 
logieeu.  Al'étymologie  proposée  l'on  a  fait  une  objection  phonétique  sérieuse, 
mais  l'on  n'en  a  fait  qu'une:/  intervocal  ne  doit  pas  donner  v  en  fran- 
çais. M.  Sch.  se  prend  à  cette  «  loi  phonétique  »  et  montre  que  les  mots 
français  où  /  parait  conservé  sont  des  mots  mi-savants  ou  des  composés  ou 
bien  ne  peuvent  prouver,  s'il  en  est  que  l'on  considère  comme  héréditaires, 
que  pour/  intervocal  posttonique.  Encore  dans  ce  cas,  a-t-on/>-  v,  par 
exemple  dans  antevene,  Estevene.  Pour/ protonique,  en  dehors  de  bcncvi-  et 
niakvii,  et  des  graphies  bas-latines  où  z'  alterne  avec/",  la  disparition  de  /en 
contact  avec  une  voyelle  labiale  dans  dehors,  écroucUes,  ruser,  usine  (cf.,  à  la 
posttonique,  cercueil)  ne  trouve  son  explication  que  dans  une  série />  v  >> 
zéro,  et  de  même  aedificare  >  aïgicr  est  parallèle  à  navigare  >  nagier 
et  postule  une  étape  *-ivigare.  Q.u'il  y  ait,  parmi  les  exemples  allégués,  des 
mots  demi-savants,  et  que  le  maintien  de  Yi  atone  jusqu'au  changement  de  / 
en  V  soit  inadmissible  dans  un  mot  héréditaire,  cela  ne  saurait  constituer 
une  difficulté  :  la  fortune  de  malifatius  s'est  évidemment  fliite  dans  le 
monde  chrétien.  A  côté  de  celui-ci,  un  *malifatus,  que  rend  vraisemblable 
l'existence  de  bonifatus,  explique  le  fr.  niah'é  et  les  formes  romanes  appa- 
rentées et  c'est  de  ces  formes  à  apparence  de  participe  qu'on  a  tiré  les  verbes 
comme  esp.  malvar,  etc.  Quant  au  sens,  les  notions  de  «  malheureux  »  et  de 
«  mauvais  »  voisinent  dans  toutes  les  langues,  soit  par  l'effet  d'une  morale 
de  classe  qui  voit  dans  les  malheureux  des  malfaiteurs  possibles,  soit  grâce  à 
l'idée  tout  opposée  que  le  méchant  est  un  malheureux  ;  c'est  à  ce  second 
développement  que  se  rattacherait  malifatius  (cf.  le  grec  a.--j-/o;),  et 
M.  Sch.  nous  indique  ici,  très  discrètement,  une  influence  possible  de  la  pen- 
sée chrétienne  sur  la  langue,  et  les  liens  qui  pourraient  unir  la  recherche 
étymologique  à  l'histoire  de  la  morale'. 


PÉRIODIQUES  623 

MÉLANGES.  —  P.  329,  H.  ScHUCHAKDT,  Zui'  Vcibreiluiig  (les  lûitiildiiischi'n. 
M.  Scli.  publie  une  chanson  recueillie  en  1843  en  Floride  et  qui  prouve  l'usage 
du  catalan  dans  une  petite  partie  de  cette  région  au  milieu  du  xix^  siècle  ;  notes 
sur  le  catalan  dans  les  Pityuses  et  sur  la  limite  du  valencien  et  du  castillan  à  la 
fin  du  xvinc  siècle.  —  P.  332,  J.  Leite  de  Vasconcellos,  A  propos ilo  de  u  El 
Honiado  Heiuiano  »  de  Lope  de  Vega  (cf.  Rouiania,  XXXV,  158).  Variante 
portugaise  de  l'anecdote.  —  P.  333,0.  Baist.  Zur  karolingischen  SehiilreforDi . 
Témoignage  d'Amalarius  de  Metz  sur  les  variations  de  la  prononciation  de 
l'initiale  dans  Je  su  s.  —  Ihid.,  G.  Baist,  PLirasitische  Dentale.  Examine  les  cas 
des  mots  espagnols  hiimilde  (croisement  de  hùiiiile  et  de  huiiiildosd),  igital- 
ddiiça  (croisement  de  igualaiiça  et  de  igualdad),  cercaiidaiiça  (influencé  par 
andaiiça),  aveciudar,  ainerindar  (influencés  par  veciiidaf),  aviltança  (emprunté 
au  français)  ;  apeldar,  codecildo,  apaiidar,  arepende,  corondeles,  pildora,  banda 
(empruntés  au  latin  d'église  ou  d'école,  au  français  ou  à  l'italien)  ;  et  effleure 
en  passant  quelques  mots  français  (Normandie,  n/archeandie,  bandon,  colombe, 
/a»/fe),  provençaux  (coronda,  cande,  Gironde),  et  italiens  (notamment  bando). 
—  P.  337,  S.  Pieri,  il  tipo  avverbiale  di  «  carpone  -i  ».  Discute  les  objections 
de  M.  Meyer-Lùbke  (Zeitschr.  f.  rom.  Philol.,  XXIX,  245)  à  son  article  paru 
ici  (Romania,  XXXIII,  230)  et  maintient  son  interprétation  du  sufT.  onc 
comme  non  péjoratif.  —  P.  339,  S.  Pieri,  Uit  «  -ne  ».  La  voyelle  épithé- 
tique  normale  de  l'italien  se  rencontre  parfois  accompagnée  de  -h-,  ex.  Ire, 
trene;  ce  -«f  provient  de  nieue,  tene,  iene,  où  )ie  représente  inde  daiis  des 
combinaisons  telles  que  me-ne-vado,  la  particule  s'étant  soudée  au  pronom  et 
l'alternance  de  vie  et  mené  ayant  fait  créer  un  renforcement  -ne. 

Comptes  rendus.  —  P.  341,  P.  Savj-Lopez,  Storie  tebane  in  llalia 
(G.  Bertoni).  —  P.  342,  A.  Parducci,  /  rimatori  liicchesi  del  sec.  XIII 
(G.  Bertoni).  — P.  345,  G.  Rydberg,  Zur  Geschichte  des  franipsischen  d,  II, 
3  (E.  Herzog).  —  P.  349,  R.  Menéndez  Pidal,  Mamial  elemental  de  gramd- 
tica  espaiiold  (P.  de  Mugica).  —  P.  352,  Zeilschr.f.frani.  Sprache  und  Litera- 
/«;-,  XXVII  et  XXVIII  (A.  Schulze).  —  P.  363,  Revue  de  philologie  française 
et  de  littérature,  XIX  (E.  Herzog).  —  P.  365,  Bulletin  du  Glossaire  des  patois 
de  la  Suisse  romande,  I-III  (E.  Herzog).  —  P.  370,  Remania,  1903,  1-3 
(G. G.,  W.  Meyer-Lùbke,  W.  Foerster).  —  P.  379,  Giornale  storico  délia 
letteratura  italiana,  années  XXIII-XXIV  (B.  Wiese). 

M.  R0Q.UES. 


CHRONIQUE 


M.  Joseph  Mazzatinti,  bien  connu  par  des  travaux  bibliographiques  d'une 
grande  importance,  est  mort,  le  15  avril  1906,  à  Forli,où  il  était  professeur 
au  lycée  et  bibliothécaire  municipal.  Il  n'avait  pas  plus  de  31  ans.  Ses  cata- 
logues de  manuscrits  (M/H05fn///  iUiliani  dcUe  biblioteche  di  Fra}icia,  1886-8  ; 
IiiveiilLiri  di  luanoscritti  delh  InbJioleche  d'Italia,  1887- 1903,  faits  trop 
vite,  ne  sont  pas  des  modèles;  ils  rendent  cependant  de  réels  services,  et  il 
faut  savoir  gré  à  l'auteur  du  zèle  et  du  désintéressement  qu'il  apporta  à 
cette  œuvre  utile  pour  laquelle  il  ne  trouva  pas  auprès  du  gouvernement 
toute  l'aide  qu'il  avait  espérée.  Un  travail  plus  personnel  est  son  étude  sur  la 
bibliothèque  des  rois  d'Aragon  dont  la  Roiiiaiiia  a  rendu  compte,  XXVI,  578. 
Une  bonne  notice  lui  a  été  consacrée  dans  le  G'uviiah'  storico  délia  hikrahira 
itdliami,  t.  XLVIII,  p.  292-4. 

—  M.  Sernin  Santy,  receveur  de  l'enregistrement  à  Saint-Étiennc,  auteur 
d'un  travail  sur  la  fabuleuse  comtesse  de  Die  dont  nous  avons  rendu  compte 
en  son  temps  (XXII,  651),  est  décédé  le  21  août  dernier,  à  l'âge  de  56  ans.  Il 
était  né  à  Dun-le-Palleteau  (Creuse),  d'une  famille  de  Brive,  et  avait  joué  un 
rôle  très  actif  dans  la  conquête  du  Limousin  par  le  félibrige. 

— ■  M.  Jacob  Ulrich,  professeur  de  langues  romanes  à  l'Université  de 
Zurich,  est  décédé  le  5  septembre  dernier,  à  l'àge  de  )0  ans.  Il  avait 
suivi  les  cours  de  G.  Paris  et  les  miens  pendant  les  années  1876  à  1878. 
Sa  thèse  sur  le  participe  passé  dans  les  langues  romanes  (1879)  re.ste 
l'un  de  ses  meilleurs  travaux  :  G.  Paris  lui  a  consacré  un  article  étendu 
(Roiiiania,  VIII,  443).  Les  écrits  qu'il  publia  depuis  lors  consistent  surtout 
en  éditions  de  textes  italiens,  français  et  surtout  ladins.  Beaucoup  ont  paru 
dans  la  Romania,  la  Revue  des  langues  romanes,  VArcbivio  gloltologico,  la 
Zeitscbrift  f.  roin.  Philologie.  On  lui  doit  aussi  une  sorte  de  chrestomathie 
de  l'ancien  italien  (Altitalieiiisches  Lesebuch,  Halle,  1886),  et  une  édition  des 
Fiori  di  F/V/«  (1890).  II  entreprit,  en  1890,  sous  le  t\trQ  à' Italien iscbc  'Bibliotek, 
une  collection  de  petits  volumes  à  bon  marché,  contenant  des  textes  de  l'an- 
cienne littérature  italienne  (voir  Romania,  XIX,  151),  qui  fut  bientôt  inter- 
rompue. En  1885  il  avait  proposé  à  la  Société  des  anciens  textes  une  édition 
des  poèmes  de  Robert  de  Blois  qui  ne  fut  pas  acceptée,  le  travail  de  l'éditeur 
ayant  paru  insuffisant  (voir  Bulletin  de  la  Société  des  anciens  textes,  année  1885^ 
pp.  58  et  82).  J.  Ulrich  publia  en  Allemagne,  de  1889  à  1S95,  son  édition, 
qui  justifie  pleinement  la  réserve  avec  laquelle  le  Conseil  de  la  Société  des 
anciens  textes  avait  accueilli  sa  proposition.  Il  donna,  en  collaboration  avec 


CllROXldUH  625 

G.  Paris,  pour  la  mcmc  société,  rédition  du  Merlin  en  prost.'(i886,  deux  vol.) 
où  tout,  saut"  la  copie,  est  de  G.  Paris.  Sa  publication  de  la  version  provençale 
du  Libdhis  de  dcscriptionc  Hibcniic  de  Philippe,  moine  irlandais,  a  été  appréciée 
ici-même  (XXI,  451).  Ulrich  ne  manquait  pas  de  connaissances  philologiques, 
mais  il  travaillait  un  peu  vite  et  se  contentait  le  plus  souvent  de  publier  ses 
copies  sans  y  joindre  aucun  travail  critique.  —  P.  M. 

—  La  question  de  la  simplification   de  l'orthographe   française  reste  tou- 
jours en  suspens.  Nous  avons  dit  précédemment  (XXXIV,  548)  que  l'Acadé- 
mie française  avait  publié  un  rapport,  rédigé  par  M.  Faguet',  sur  les  propo- 
sitions fiiites  par  la  commission  ministérielle  dont  j'ai  été  le  président  et  le 
rapporteur.  Un  très  petit  nombre  de  ces  propositions  étaient  acceptées  :  la 
plupart  étaient  repoussées  par  des  motifs  dont  nous  avons  donné  une  idée  à 
nos  lecteurs.  Le  ministre  de  l'Instruction  publique,  se  trouvant  en  présence 
de  deux  rapports  dont  les  conclusions  étaient  le  plus  souvent  opposées,  fît  ce 
que  font  en  général  les  ministres  en  semblable  occurrence  :  il  nomma  une 
seconde  commission  chargée  de  reprendre  la  question  en  tenant  compte  des 
propositions  de  la  première  commission  et  de  celles  de  l'Académie.  Cette 
nouvelle  commission  était  composée  de  huit  personnes  :  trois  avant  f;ùt  partie 
de  la  première  :  MM.  Brunot,  Clairin,  Meyer  ;  deux  directeurs  du  Ministère  : 
MM.  Gasquet  (enseignement  primaire)  et  Rabier  (enseignement  secondaire), 
le  doyen  de  la  Faculté  des  lettres  de  Paris,  M.  A.  Croiset,  un  inspecteur  géné- 
ral de  l'enseignement  secondaire, "M.  Hémon,  et  enfin,  comme  représentant  de 
l'Académie  française,  le  rapporteur  même  de  cette  Académie,  M.'Faguet.  Il 
y  eut  plusieurs  réunions  dans  lesquelles  on  étudia  consciencieusement  les 
questions  en  litige,  en  prenant  pour  base  le  rapport  de  la  première  commis- 
sion. Cet  examen  fut  conduit  dans  un  esprit  très  libéral,  et  il  est  juste  de 
dire  que  l'un  de  ceux  qui  se  montrèrent  le  plus  favorables  à  une  large  réforme 
fut  précisément  M.  Faguet,  le  rapporteur  de   l'Académie.  Mais,  comme  il 
arrive  ordinairement  lorsque  des  propositions  successives  sont  soumises  à 
un  vote  et  que  (ce  qui  est  inévitable)  tous  les  membres  ne  sont  pas  présents 
aux  mêmes  séances,  les  conclusions  adoptées  ne  furent  pas  toujours  en  par- 
fait accord  les  unes  avec  les  autres.  Finalement,  on  chargea  M.  Brunot  du 
rapport.  Ce  rapport,  très  étudié  et  très  documenté,  fut  lu  en  commission 
et  adopté  au  mois  de  juin   dernier.  Il  fut  entendu  qu'il  serait  soumis  au 
Conseil  supérieur  de  l'instruction  publique  lors  de  sa  prochaine  session.  Mais, 
un  changement  de  ministère  avait  eu  lieu  (mars  1906).  Le  nouveau  ministre 
de  l'Instruction  publique,  M.  Briand,  avait  bien  d'autres  préoccupations  que 
celle  de  la  réforme  de  l'orthographe.  A  l'ouverture  de  la  session  du  Conseil 
supérieur,  en  juillet  dernier,  il  déclara  qu'il  n'avait  pas  eu  le  temps  d'étudier  la 


I.  Il  importe  de  remarquer  que  M.  Faguet  a  pris  soin  de  déclarer  publique- 
ment que  personnellement  il  n'acceptait  pas  toutes  les  conclusions  qu'il  avait 
dû  formuler  dans  ce  rapport. 

Romania,    XXXV  aq 


626  CHROXiaUE 

question  et  qu'elle  devrait  être  réservée  à  une  session  ultérieure.  Nous  devons 
ajouter  que  pendant  les  semaines  qui  précédèrent  l'ouverture  de  la  session,  il 
avait  été  fait,  dans  les  journaux  ',  une  campagne  ardente  contre  toute  proposi- 
tion de  simplification  orthographique.  Les  arguments  invoqués  n'ont,  bien 
entendu,  aucune  valeur  ni  portée  quelconque.  C'est  toujours  la  même  confu- 
sion entre  la  langue  et  l'orthographe  :  les  simplifications  proposées  (et  que 
les  journalistes  en  question  ne  connaissent  que  vaguement,  car  le  rapport  de 
M.  Brunot,  bien  qu'imprimé,  n'a  pas  été  distribué,  même  aux  membres  de  la 
commission  -),  sont  un  attentat  c  .-ntre  la  langue  de  nos  grands  classiques  ;  il  est 
nécessaire  de  conserver  les  lettres  parasites,  qu'elles  aient  une  origine  étymo- 
logique ou  non,  parce  qu'elles  servent  à  distinguer  les  homonymes  (poiils  et 
pois),  etc.,  etc.  Il  est  possible  que  cette  campagne  ait  fait  hésiter  le  ministre. 
Mais  comme  il  y  a  un  vœu  formellement  exprimé  par  un  certain  nombre  de 
membres  du  Conseil  supérieur  de  l'instruction  publique  en  faveur  de  la  sim- 
plification de  notre  orthographe,  il  semble  impossible  que  la  question  ne  soit 
pas  reprise  prochainement.  Quoi  qu'il  en  soit,  il  est  du  moins  un  point  qui 
paraît  acquis.  On  n'insiste   plus  guère  sur  l'autorité  suprême  de  l'Académie 
française  en  matière  d'orthographe  '  :  on  reconnaît  que  le  ministre  de  l'Ins- 
truction publique  a  le  pouvoir  d'introduire  dans  l'enseignement  le  système 
orthographique  qui  lui  aura  été  recommandé  par  une  commission  compétente, 
et  c'est  là  un  point  important.  Ce  qui  fait  espérer  que  peu  à  peu  l'utilité  d'une 
réforme  de  notre  orthographe  pénétrera  da-ns  les  esprits,  c'est  l'exemple  qui 
nous  vient  en  ce  moment  d'Amérique.  Les  journaux  nous  ont  entretenus 
récemment  du  projet  de  simplification  de  l'orthographe  anglaise  proposée  par 
le  Prof.  Brander  Matthews,  de  Columbia  Collège  (New-York)+,  et  qui  a  obtenu 
l'appui  du  Président  Roosewelt.  Ce  projet  a  soulevé,  comme  on  devait  s'y 
attendre,  bien  des  discussions  aux  États-Unis  et  en  Angleterre,  Il  s'est  trouvé 
de  braves  gens  pour  réclamer  en  faveur  de  l'orthographe  de  Shakespeare, 
comme  cUez  nous  il  s'en  trouve  qui  rompent  des  lances  pour  l'orthographe 
de  Corneille  et  de  Bossuet,  que  naturellement  ils  ne  connaissent  pas.   Mais 


1.  Le  Temps  et  \q  Journal  se  sont  distingués  dans  cette  campagne. 

2.  Je  viens  d'en  recevoir  un  exemplaire,  ex  dono  auctoris,  au  moment  où  je 
corrige  les  épreuves  de  cette  note  :  Rapport  pr''senté  au  nom  de  la  commission 
chargée  de  préparer  un  arrête  relatif  à  la  simplification  de  l'orthographe,  par 
F.  Bruxot,  professeur  d'histoire  de  la  langue  française  à  la  Faculté  des  lettres 
de  l'université  de  Paris.  In-4",  68  pages  in-40. 

3.  Il  ne  faut  pas  perdre  de  vue  que,  si  même  l'Académie  française  était 
disposée  à  introduire  dans  notre  orthographe  une  véritable  simplification,  elle 
ne  pourrait  le  faire  que  par  une  nouvelle  édition  de  son  Dictionnaire.  Elle 
s'occupe  en  effet,  depuis  bien  des  années  de  la  huitième  édition  (la  septième 
date  de  1877),  mais,  étant  donné  l'état  d'avancement  de  ses  travaux,  il  ne 
parait  pas  qu'elle  puisse  avoir  achevé  son  travail  avant  vingt  ou  trente  ans. 

4.  M.  Br.  Matthews  est  le  président  d'une  association  pour  la  simplification 
de  l'orthographe  anglaise  qui  a  son  siège  à  New-York  (Simplified  spclling  Board, 
I  Madison  avenue;. 


CHRONIQUE  627 

toutefois  ropinion  moyenne  de  la  presse  aniéricaine  et  anglaise  est  beaucoup 
plus  raisonnable  que  celle  de  la  presse  française  touchant  la  simplification  de 
notre  orthographe,  et  il  y  a  lieu  de  croire  qu'en  Amérique  d'abord,  puis  en 
Angleterre,  le  bon  sens  finira  par  triompher".  Puisse-t-il  en  être  de  même 
chez  nous  !  —  P.  M. 

—  La  nouvelle  édition  du  Répertoire  des  sources  historiques  du  moyen  dge,  du 
chanoine  Ulysse  Chevalier,  se  poursuit  régulièrement,  avec  toute  la  rapidité 
que  permet  la  bonne  correction  des  épreuves.  Le  septième  fascicule  qui  com- 
mence à  Nat-,  et  s'étend  jusqu'à  Prex.\no,  a  paru  en  août  dernier.  On  peut 
prévoir  la  fin  de  cet  indispensable  répertoire  pour  l'année  1907. 

—  Livres  annoncés  sommairement  : 

Li  jus  de  saint  Nicbolai  des  Arrassers  Jean  Bodel.  Text  mit  einer  Untersu- 
chung  der  Sprache  und  der  Metrums  des  StOckes  nebst  Anmerkungen  und 
Glossar...  von  Georg  Manz.  Erlangen,  1904.  In-8",  124  pages  (Disserta- 
tion de  Heidelberg).  —  La  dissertation  proprement  dite  consiste  dans  le 
dépouillement  linguistique  qui  occupe  les  trente  premières  pages  de  ce  petit 
volume  et  qui  est  un  travail  estimable,  mais  qui  ne  nous  apprend  pas  grand'- 
chose  de  nouveau.  Quant  à  l'édition,  elle  est  assurément  en  progrès  sur 
celle  de  Monmerqué  et  Michel  ('/'/;(''(///■(; /mHç'rt/i  a«  moyen  dge,  1839),  ce  qui 
est  d'autant  plus  naturel  que,  depuis  lors,  des  extraits  du  Jeu  de  saint  Nico- 
las, œuvre  véritablement  remarquable,  ont  été  publiés  avec  soin  en  diverses 
cbrestomathies.  Mais  le  progrès  n'est  pas  considérable,  et  il  ne  faut  pas  s'en 
étonner.  Il  y  a  dans  ce  texte  des  passages  très  difficiles,  inintelligibles 
même,  dont  on  ne  pouvait  guère  attendre  l'explication  d'un  débutant. 
On  verra,  par  un  article  de  la  Zeitschr.  f.  rom.  Phil.  (XXX,  102)  combien  il 
reste  à  faire  pour  obtenir  une  édition  digne  de  l'œuvre.  Ajoutons  qu'il  n'y 
a  pas  de  préface  (carie  dépouillement  linguistique  ne  saurait  constituer  une 
préface),  que  le  glossaire  est  insignifiant  et  mal  disposé  au  point  de  vue  typo- 
graphique, et  qu'enfin  il  v  a  beaucoup  de  fautes  d'impression.  —  P.  M. 

A.  Carnoy.  Le  latin  d'Espagne  d'après  les  inscriptions;  [troisième  partie]. 
Compléments  sur  la  morphologie,  le  vocabulaire  et  la  syntaxe.  In-80,  64  p. 
(extrait  du  Muséon,  1904-1905).  —  La  Romania  a  déjà  signalé  les  deux 
premières  parties  du  travail  de  M.  Carnoy  :  Vocalisme  {Rom.,  XXXII,  307) 
et  Consonantisme  {Rom.,  XXXIII,  310).  Cette  troisième  partie  réunit,  avec 
les  mêmes  qualités  de  précision  que  les  premières,  des  faits  assez  peu 
nombreux,  —  ce  qui  s'explique  par  le  peu  d'étendue  et  la  monotonie  de  la 
plupart  des  inscriptions,  —  mais  parfois  très  importants  :  je  signalerai  en 
particulier  les  chapitres  sur  l'origine  des  patronymiques  espagnols  en  -q, 


1.  Sur  le  projet  américain  on  peut  lire  l'article  plein  de  sens  de  M.  L.  Havet, 
dans  la  Revue  bleue  du  1 5  septembre  dernier. 

2.  Nat  de  Mons.  Pour  le  dire  en  passant,  la  vraie  place  de  cet  article  eût 
été  à  At. 


628  CHRON1Q.UH 

sur  la  déclinaison  en  -(/,  -due  limitée  aux  noms  d'origine  gothique,  ce  qui 
n'est  pas  sans  importance  pour  l'histoire  de  cette  déclinaison,  sur  les 
traces  d'une  déclinaison  à  infixe  -Iccr-,  -Jwii-,  -lui-  dans  les  noms  propres, 
analogie  remarquable  avec  la  lorniation  des  patronymiques  ou  ethniques 
ibères  ou  basques,  enfin  sur  le  lexique,  dont  quelques  éléments,  para  m  us, 
conlactea,  altarium,  etc.  sont  particulièrement  intére  sants  à  retrouver 
dans  la  péninsule  ibérique;  cf.  csp.  paraiiio,  co!la:^o,  o!cro,  etc.  • — M. 
R0Q.UES. 

Vasile  Diamandi,  Rciiscis^nicnu'iils  slallsliqucs  sur  la  popidalion  roumaine  de  la 
péninsule  des  Balkans  (Bibliothèque  Cazacovitchi,  no  i).  Paris,  Société 
nouvelle  de  librairie  et  d'édition,  1906.  In-i6,  31  pages.  — M.  E.  Picot  a 
déjà  montré  dans  son  article  sur  les  Roinudius  de  la  Macédoine  (i8j •))  combien 
variaient  les  estimations  relativesau  nombredes  Roumains  deTurquie  et  de 
Grèce.  La  brochure  de  M.  Diamandi  réunit  toutes  les  évaluations  proposées 
jusqu'à  ce  jour,  pour  le  nombre  des  Roumains  balkaniques,  par  les  écrivains 
grecs,  slaves,  européens  occidentaux,  roumains  nord-danubiens  ;  l'auteur 
réimprime  une  statistique  grecque  ancienne  des  Roumains  d'Épire,  œuvre 
d'un  Grec  et  antérieure  à  la  naissance  de  la  question  macédonienne  ;  enfin, 
et  c'est  la  partie  la  plus  importante  de  cette  intéressante  publication,  il  donne 
une  statistique  minutieuse,  village  par  village,  des  Roumains  de  la  Turquie 
d'Europe  et  de  la  Grèce.  Cette  statistique  est  établie  sur  des  enquêtes  person- 
nelles pour  une  partie  du  territoire  et,  pour  le  reste,  sur  les  rapports  des 
instituteurs  roumains.  Elle  aboutit  aux  totaux  suivants  :  plus  de  720.000 
Roumains  en  Turquie,  200.000  en  Thessalie  et  en  Grèce,  1 50.000  en  Serbie, 
1 10.000  en  Bulgarie,  soit  en  tout  près  de  1.200.000.  On  contestera  certai- 
nement ces  chiffres,  et  dès  maintenant  il  nous  apparaît  que  l'on  pourra  discu- 
ter deux  données  :  l'estimation  arbitraire  du  nombre  des  Vahques  nomades 
dans  chaque  vilayet  turc  et  la  moyenne  de  dix  individus  par  famille  adoptée 
par  M.  D.  pour  transformer  une  statistique  par  familles  en  statistique  par 
individus.  Il  restera  que  M.  D.  nous  aura  donné  pour  la  plupart  des  groupes 
roumains  balkaniques  une  statistique  précise  et  par  conséquent  contrô- 
lable. —  M.  RociUES. 

Cel  mal  vechiu  âictionar  latino-romînesc  de  Tudor  Corbea  {rnanuscript  de  pe  la 
lyoo).  Notità  de  prof.  Gr.  Cretu.  Bucarest,  i905.In-i6,  10  p.  — Ren- 
seignements sommaires  sur  l'histoire  et  le  contenu  de  ce  dictionnaire 
manuscrit  conservé  à  Blaj  (Biblioth.  Cipariu).  Ce  dictionnaire,  composé 
d'après  le  Dictionnaire  latin-hongrois  de  Molnar,  paraît  important  en  raison 
du  grand  nombre  et  de  la  variété  de  ses  articles.  —  M.  RoauES. 

Las  desch  eleds  da  Gebhard  Stuppaun,  publicaziun  da  Jacob  Jud.  Coira, 
Fiebig,  i905.In-8o,  113  pages.  —  M.  Gartner  avait  publié  ce  drame,  traduit 
librement  de  l'allemand  vers  le  milieu  du  xvi^  siècle,  d'après  un  ms. 
incomplet  (Komaniscbe  Sludien,  VI,  259  ss.  ;  cf.  Roniania,  XV,  150). 
M.  Jud  en  donne   une  édition    nouvelle  d'après   un   ms.  meilleur  et    plus 


CHROXICIUE  629 

ancien,  qu'il  reproduit  exactement  en  y  ajoutant  les  variantes  importantes 
des  trois  autres  mss.  connus.  Un  glossaire  étendu  est  joint  à  cette  édition. 
Dans  une  courte  introduction,  M.  J.,  après  avoir  donné  quelques  rensei- 
gnements historiques  et  parlé  des  mss.,  traite  du  dialecte  original  de  cette 
composition  :  il  pense,  contrairement  à  ce  qu'avait  dit  M.  Gartner,  que 
l'original  était  écrit  dans  le  dialecte  de  la  Basse-Engadine  et  qu'il  a  subi 
dans  nos  mss.  des  modifications  destinées  à  en  permettre  les  représentations 
dans  la  Haute-Engadine.  —  M.  Roques. 

Carlulaire  de  Vabbaye  de  Noire-Dame  de  la  Merci-Dieu,  autrement  dite  de 
Bécherou,  au  diocèse  de  Poitiers,  p.p.  Etienne  Clouzot.  Poitiers,  1905. 
In-80,  456  p.  (^Archives  historiques  du  Poitou,  t.  XXXIV).  —  Nous  signa- 
lons ici  cette  publication,  faite  avec  soin,  parce  qu'un  certain  nombre 
des  actes  du  cartulaire  sont  en  langue  vulgaire  (un  peu  plus  d'une  dou- 
zaine, dont  les  dates  sont  comprises  entre  1265  et  1291),  et  qu'il  y  a 
toujours  quelque  chose  à  glaner  dans  les  recueils  de  textes.  C'est  ainsi 
qu'on  remarque  dans  la  charte  cccii  l'adj.  vioiige  «  qui  a  de  la  vitalité  », 
dont  Godefrov  n'a  pas  d'exemple  de  provenance  diplomatique,  et  que  la 
charte  cclxxvii,  quoique  rédigée  en  latin,  nous  offre  un  exemple  inté- 
ressant pour  l'historique  de  notre  mot  chèneau  :  «  Teueant  et  habeant 
goterias  seu  les  cheitatis  propriarum  domorum  suarum  sicut  cousueverant  » 
(1277).  —  Le  français' intervient  parfois  brusquement,  et  non  sans  perfidie, 
dans  la  langue  latine,  par  exemple  charte  Lxxx,  où  l'éditeur  imprime  ce 
qui  suit  :  «  Ita  quod  pro  eodem  stallo  abbas  et  conventus  a  le  Legier  xi'^i™ 
denarios  turonenses  ceusuales...  persolvant.  »  Que  peut-il  bien  entendre  par 
a  le  Legier}  Je  crois  qu'il  faut  lire  :  a  Felegier,  et  voir  là  le  verbe  esligier  au 
sens  de  «  acquérir  ».  —  Mais  ce  sont  surtout  les  noms  propres  qui  offrent 
de  l'intérêt,  à  commencer  par  le  vieux  nom  de  Bechcroii  :  je  ne  doute  pas 
que  ce  nom  soit  dû  à  la  position  de  l'abbaye,  près  du  confluent  de  la  Creuse 
et  de  la  Gartempe  :  cf.  les  noms  comme  le  Bec  d'Avibcs  (confl.  Garonne 
et  Dordogne),  le  Bec  du  Cher  (confl.  Loire  et  Cher),  etc.  En  tout  cas  c'est 
un  exemple  du  suffixe  diminutif  -eroii  qui  vaut  par  sa  date  (11 51). — 
Dans  la  charte  IV,  il  faut  garder  le  nom  propre  IF.  Iiieaiis  et  non  le  cor- 
riger IV.  JuclUis  :  ce  doit  être  l'adj.  isnel  «  vif,  rapide  ».  —  Dans  la  charte 
VIII,  Gaufridus  Effrelie  serait  mieux  imprimé  avec  un  accent  aigu  sur  Ve 
final  :  c'est  notre  participe  effrayé  actuel;  en  revanche,  l'accent  aigu  est  à 
supprimer  dans  Gaiiterio  Coindé  :  c'est  l'adj.  coiiite  sous  une  forme  où, 
comme  en  provençal,  le  /  latin  s'est  sonorisé.  —  Il  est  bien  probable  que  le 
nom  de  famille  Cochuns  porté  par  différents  bienfaiteurs  de  l'abbave  en 
12 12  (chartes  cxxxvii,  cxxxviii,  cxxxix),  est  le  plus  ancien  exemple  qu'on 
puisse  invoquer  jusqu'ici  du  nom  commun  cochon,  que  Godefroy  ne  fait 
remonter  qu'à  1339;  cf.  Guillcliiius  Gorruns  dans  le  ch.  CLXlv  (cochon  et 
gorron,  c'est  tout  un).  —  A.  Th. 

Monsieur  Delboulle.  Quelques  souvenirs  recueillis  par  l'abbé  A.  Toug.\rd, 
Paris,  Champion,  1906.  In-8,  38   pages;  extrait  de  la  Rei'ue  catholique  de 


630  CHRONIQUE 

Nonihiihlic.  —  Ce  n'est  pas  seulement  l'érudit,  mais  l'homme  et  le  catho- 
lique que  M.  l'abbé  Tougard  a  voulu  faire  revivre  en  feuilletant  et  en 
livrant  partiellement  au  public  les  250  lettres  et  plus  qu'il  a  reçues  d'Achille 
Delboulle  depuis  quarante  ans.  Il  ne  faut  pas  s'attendre  à  trouver  dans  cette 
brochure  une  appréciation  doctrinale  de  l'œuvre  philologique  rêvée  et 
accomplie  seulement  en  partie  par  notre  regretté  collaborateur;  on  y  suivra 
avec  curiosité  l'histoire  de  sa  liaison,  puis  de  ses  démêlés,  avec  Frédéric 
Godefrov,  et  celle,  moins  orageuse,  de  sa  collaboration  à  la  partie  histo- 
rique du  Dictionnaire  gcnèrid.  Beaucoup  de  citations  se  rapportent  aux 
articles  de  Delboulle  dans  la  Ra'iie  critique  et  dans  la  Roinania.  M.  l'abbé 
Tougard  ne  donne  que  des  extraits  de  lettres,  mais  il  n'ampute  pas  les  mor- 
ceaux qu'il  publie  et  il  imprime  les  noms  propres  tout  au  long,  sans  atténuer 
les  termes  énergiques  dont  se  sert  souvent  son  correspondant.  Aussi  cette 
brochure  a-t-elle  assez  un  faux  air  de  gazette,  où  se  donnent  carrière  toutes 
les  passions  humaines  à  côé  de  celle  de  la  science.  —  A.  Th. 

Paolod'ANCONA,  Le  vestl délie  donne  fioraitine  ncl  secolo  XIV.  Perugia,  Unione 
tipografica  cooperativa,  1906.  In-S",  19  pages  (Estratto  délia  Miscellanea 
nuziale  Ferrari-Toniolo).  —  M.  P.  d'Ancona  fait  connaître  un  curieux 
registre  des  Archives  d'Etat  à  Florence,  où,  en  1543,  furent  inscrites  les 
dames  florentines  qui,  movennant  une  taxe,  étaient  autorisées  à  porter  cer- 
tains vêtements  prohibés  par  les  lois  somptuaires.  Ties  vêtements  devaient 
être  marqués  d'un  sceau  de  plomb.  Les  descriptions  qu'en  donne  le 
registre  ont  un  caractère  technique  qui  les  rend  intéressantes  pour  l'histoire 
de  l'industrie  comme  pour  celle  des  mots.  Voici  l'une  .de  ces  descriptions  : 
«  Item,  habet  unam  guarnacchiam  dimezzatam  ex  una  parte  panni  mes- 
cholati  acchole  '  et  ex  alla  parte  panni  schacchati  cum  virgis  de  siricho 
coloris  scharlattini  »  (p.  1 1). 

Le  Folk-lore  de  France,  par  Paul  Sf.billot.  T.  III,  La  faune  et  la  flore.  Paris. 
Librairie  orientale  et  américaine,  1906.  In-80,  11-541  pages.  —  La  publi- 
cation de  ce  précieux  ouvrage,  l'un  des  plus  importants  et  des  plus  com- 
modes à  consulter  qui  aient  été  publiés  depuis  longtemps  sur  le  sujet,  se 
poursuit  avec  une  louable  activité.  Ce  troisième  tome  mérite  les  mêmes 
éloges  que  les  deux  précédents  (voh  Ko)iiania,  XXXIV,  135  et  XXXV, 
154).  Il  est  divisé  en  deux  livres  :  I  la  Faune  (sept  chapitres  :  mammi- 
fères sauvages,  domestiques;  oiseaux  sauvages,  domestiques;  reptiles; 
insectes;  poissons);  II  la  Flore  (deux  chapitres  :  arbres,  plantes).  Dans 
chaque  chapitre,  les  témoignages  sur  les  croyances  populaires  sont  classés 
méthodiquement  selon  la  nature  des  croyances  ou  superstitions.  Naturel- 
lement l'ordre  suivi  n'est  pas    tellement  rigoureux  que   certains    de   ces 


I.  Ailleurs,  p.  71  :  «  unam  tunicham  dimezzatam  ex  una  parte.  ...  et  ex 
alia  parte  panni  i7u/;(i/t' cum  cervis  albis  et  giallis.  »  Acchole,  dont  on  a  plu- 
sieurs exemples  en  anc.  fr.  (voir  ci-dessus,  p.  439),  reste  obscur. 


CHRONIQUE  631 

témoignages  ne  puissent  être  classés  sous  des  cliefs  difierents,   mais   une 
table  générale  rendra  les  recherches  faciles.  Notons  que  dans  ce  volume, 
M.  Sebillot  cite   plus  souvent  que  dans   les  deux   tomes  précédents  les 
documents  du  moyen  âge  ;  il  a  notamment  dépouillé  à  son  point  de  vue 
la  Rovmina  et  diverses  publications  de  la  Société  des  anciens  textes.  Çà  et 
là  M.  S.  emploie  des  mots  ou  des  formes  qui  lui  sont  personnelles  et  dont 
l'introduction  dans  l'usage  n'est  pas  à  encourager;  ainsi  ag>teaidet  (p.   144) 
pour  agnelet  ;  lima  (p.  357)  pour  limas  ;  aguérissaieiit  (p.  489)  pour  aguerris- 
saient. Q.u'est-ce  qu'  «  une  jeune  hiédresse  »  (p.  451)?  Une  bergère  (pour 
herderesse  ?)  Il  faudrait   au    moins  le  dire  et   mettre  ce  mot   patois  entre 
guillemets.  —  P.  M. 
Recueil  de  dociiiiiiiits  relatifs  à  Vhistoire  de  l industrie  drapière  en  Flandres,  p.p. 
G.  EspiN.\s  et  H.  PiRENNE,  t.  I,  Bruxelles,  Kiessling  et  G''-',  1906.  In-4", 
xx-695  p.   —  Nous   nous  bornons  à  annoncer  ce   premier  volume  d'une 
publication  sur  laquelle  nous  nous    proposons  de  revenir   lorsqu'elle  sera 
achevée  et  qu'elle  contiendra  la  table  et  le  glossaire  qui  en  rendront  l'usage 
facile.  Bornons-nous  à  dire  présentement  qu'elle  renferme  211  documents 
dont  cent  trente  inédits.  Ges  documents  sont,  pour  la  plupart,  du  xiv^  siècle 
et    du   commencement  du  xv^.  Quelques-uns  sont  en  latin,  d'autres  en 
flamand,  mais  le  plus  grand  nombre  est  en  français  du  Nord.  Non  seule- 
ment on  y  rencontre  des  formes  linguistiques  intéressantes  —  la   plupart 
connues  d'ailleurs  —  mais  on  y  trouve  beaucoup  de  termes  techniques 
que  nos  dictionnaires  n'ont  pas  relevés  ou  qu'ils   expliquent  d'une  façon 
vague,  parfois  même  erronée.  Le  glossaire  qui  terminera  la  publication  ne 
pourra  manquer  d'offrir  un  véritable   intérêt.   Les   textes  paraissent  bien 
reproduits  (anneche,  anne,  p.   331,    doivent  se  Vire  auiieche,  aune).  On  peut 
regretter  toutefois  que  les  auteurs  leur  aient  appliqué    l'accentuation  du 
français  moderne  en  des  cas  où  la  prononciation  du  temps  devait  exclure 
cette  façon  d'accentuer.  Une  faute  plus  grave  est  que  trop  souvent  la  finale 
féminine  -ie  est  écrite  -ié.  —  P.  M. 
Congrès  international  pour  V extension  et  la  culture  de  la  langue  française.  Paris 
Ghampion;  Bruxelles,  Weissenburch  ;  Genève,  Julien,   1906.  In-S^^.  —  Ce 
volume,  qui  résume  les  travaux  du  congrès  de  Liège,  dont  nous  avons  parlé 
en  son  temps  (XXXIV,  627),  renferme,  outre  la  liste  des  membres  et  les 
procès-verbaux  des   séances,   qui  occupent  1 1 1   pages,  quarante  mémoires 
se  rapportant  presque   tous  à  des  sujets   pédagogiques  ou  à  l'emploi  du 
français  comme   langue  d'usage  général,   soit  dans  nos  colonies,    soit  à 
l'étranger,  toutes  questions  fort    intéressantes  en  elles-mêmes,  mais  qui 
ne  sont  pas  de  notre  ressort.  La  seule   communication  qui  se    rapporte 
à  nos  études  est  le  mémoire  de  M.  Vagana\'  intitulé  Le  Vocabulaire  français 
du  XV I^  siècle  et  deux  lexicographes  flamands  du  même  siècle  dont  nous  avons 
rendu  compte  dans  un  précédent  fascicule   (p.    13H).  Une  liste  sommaire, 
imprimée  sur  le   titre,  donne   une   idée  du  contenu  de  ce   recueil   :  «  Le 


632  CHRONIQUE 

français  en  Alsace-Lorraine,  en  Allemagne,  en  Belgique,  en  Suisse,  dans  le 
Grand-Duché  de  Luxembourg,  au  Canada,  dans  l'Amérique  du  Sud,  etc. 
—  L'universalité  de  la  langue  française  :  accroissement;  décroissance.  — ■ 
Le  vers  français.  —  Le  stvle.  —  La  critique.  —  La  question  de  l'enseigne- 
ment du  français  en  France  et  hors  de  France.  —  N'y  a-t-il  pas  lieu  de 
substituer,  dans  l'enseignement  de  la  langue  française,  la  lecture  des  prosa- 
sateurs  du  xviiif  siècle  à  celle  des  prosateurs  du  xviie  ?  —  Patois, 
dialectes,  vocabulaire.  —  2000  mots  inconnus  à  Cotgrave.  «  Comme  ces 
mémoires  ont  été  publiés  à  part,  ils  ont  ciiacun  leur  pagination  séparée, 
de  sorte  que  la  table  alphabétique  par  noms  d'auteurs  qui  termine  ce 
volume  ne  peut  renvover  aux  pages.  Ce  système  ne  facilite  pas  les 
recherches.  L'inconvénient  eût  été  diminué  si  on  avait  eu  la  bonne  pensée 
d'inscrire  l'objet  de  ciiaque  communication  en  titre  courant.  —  P.  M. 

La  malsoii  de  ville  de  Genève,  par  Camille  M.\rtin'  (Mémoires  et  dociniieiils 
publies  par  la  Société  d'histoire  et  d'archéologie  de  Genève,  série  in-40,  t.  III  ; 
Genève,  A.  JuUien,  1906).  In-40,  139  pages.  —  Cet  ouvrage,  d'un  carac- 
tère purement  historique  et  archéologique,  est  annoncé  ici  parce  qu'il 
renferme,  aux  pages  114-117,  un  compte  de  travaux  exécuté  en  14)6  à  la 
maison  de  ville,  qui  est  rédigé  en  langage  local.  Les  anciens  textes  genevois 
sont,  comme  on  le  sait,  fort  rares  :  celui-ci, par  suite,  n'est  pas  àdédaigner. 
La  copie  paraît  fort  exacte.  Quelques  notes,  pour  expliquer  certains  termes 
techniques,  n'eussent  pas  été  inutiles.  L'inventaire  du  mobilier  de  la  maison 
de  ville  (1507)  qui  vient  ensuite,  quoique  en  latin,  contient  aussi  des  mots 
qu'il  eût  été  bon  d'expliquer  en  note.  Dans  le  troisième  article,  il  faut  sans 
doute  lire,  comme  ailleurs  nenioreas  (tabulas  — )  et  non  menioreas. 

Epître  il  la  Maison  de  Bourgogne  sur  la  croisade  turque  projetée  par  Philippe  le 
Bon  (1464),  p.  p.  G.  DouTREPONT.  Louvain,  Bureaux  des  Amilectes,  1906. 
Ir.-8o,  56  p.  (extrait  des  Analectes  pour  servir  à  l'histoire  ecclésiastique  de 
la  Belgique,  3c  série,  II)  —  Cette  «  épitre  »,  tirée  d'un  ms.  de  la  Bibl. 
nat.  qui  a  appartenu  à  Philippe  1j  Bon,  est  écrite  de  ce  style  lourd  et 
pédantesque  qui  était  de  mode,  d  ins  le  nord  de  la  France,  pendant  la 
seconde  moitié  du  xv^  siècle.  Elle  est  en  prose  mêlée  de  vers.  La  pièce  par 
laquelle  se  termine  cette  exhortation  à  courir  sus  aux  Turcs  est  du  nombre 
de  celles  ou  chaque  strophe  se  termine  par  un  proverbe.  Cette  composi- 
tion, dont  l'auteur  est  inconnu,  présente  un  certain  intérêt  pour  l'histoire. 
Les  allusions  historiques  qu'elle  renferme  permettent  de  la  dater  exacte- 
ment. Le  travail  de  M.  Djutrepont  est  à  tous  égards  très  satisfaisant  :  les 
notes  explicatives  qu'il  a  jointes  au  texte  mettent  l'épître  à  la  portée  des 
personnes  qui  n'auraient  fait  aucune   étude  de  l'ancien  français.  —  P.  M. 


Le  Propriétaire-Gérant,  H.  CHAMPION. 


ADDITIONS  ET  CORRECTIONS 

Page  157,  ligne  10.  —  Au  lieu  Je  :  «  an/^/oz/iw  »,  lire  :  «  caii~o)iieri-  ». 

Page  173,  note  8.  —  Notre  collaborateur,  M.  Ch.  Joret,  m'apprend  que 
c'est  dans  le  compte  rendu  de  la  Fan  ne  populaire  de  M.  Rolland,  publié  dans 
la  Rci'iit'  critique,  2^  sem  de  1877,  p.  117,  qu'Arsène  Darmesteter  a  rattaché 
à  un  radical  darb-,  d'origine  inconnue,  les  noms  romans  de  la  taupe  comme 
âarlmi,  etc.  —  A.  Th. 

Page  169,  note  5.  —  Je  n'ai  connu  qu'après  coup  le  mémoire  de  Grandga- 
gnage  intitulé  :  Vocabulaire  des  noms  wallons  if  animaux,  de  plantes  et  de  miné- 
raux (2e  éd.,  Liège,  1857),  o'-'  '^'^  ''^'  P-  ''^  •  "  Ancraive .  ..  sans  doute  de 
anchorago.  .  .  En  allemand  mod.  anke  désigne  encore  le  saumon,  mais 
seulement  dans  les  composés  Rhein-anke,  Inn-anke,  etc.  Vovez  le  dictionnaire 
des  frères  Grimm.  »  —  \.  Th. 

Page  179,  ligne  23.  —  Au  lieu  de  :  «  ses  sens  »,  lire  «  ces  sens  »;  on  sait 
que  le  latin  jaculusdans  le  sens  de  «  filet  dit  épcrvier  »  est  encore  vivant  en 
italien  sous  la  forme  giacchio. 

Page  189,  lignes  17-18.  —  Supprimer  les  mots  suivants,  dus  à  une  étour- 
derie  :  «  scelio,  de  scelus,  qui  est  dans  Pétrone,  et  ». 

Page  361, ligne  14, —  «  /'fl/uvvto?i5  devenus  paroxytons  »,  lire/'/o/'(/;avv/o»5. 

Page  443,  col.  I,  ligne  12.  —  Au  lieu  de  «  446  »,  lire  «  466  ». 

Page  552.  —  J'ai  laissé  sans  commentaire  les  vers  de  V Instruction  de  la  vie 
mortelle  ci  l'auteur  parle  de  la  «  noble  et  excellente  peinture  »  que  Martin  V 
fit  exécuter  à  Saint-Jean-de-Latran,  et  que  maints  peintres  allaient  admirer 
(troisième  extrait,  vv.  215-220).  C'est  que  je  n'avais  aucun  renseignement  sur 
cette  peinture  qui  n'existe  plus  maintenant  ou  qui,  du  moins,  n'est  plus  visible, 
M.  Ph.  Lauer,  qui  achève  en  ce  moment  un  ouvrage  considérable  sur  Saint- 
Jean-de  Latran,  et  à  qui  j'avais  communiqué  ce  passage,  m'adresse  à  ce 
propos  la  note  suivante  : 

«  'PisciHo  ou  Pisanello,  originaire  de  Vérone,  appelé  à  Rome  par  Martin  V, 
orna  de  fresques  les  murailles  de  la  grande  nef  de  la  basilique.  Vasari  attribue 
le  succès  de  ces  fresques  à  la  beauté  d'un  bleu  d'outre-mer  d'une  qualité 
incomparable  que  le  pape  lui  avait  fourni.  11  eut  pour  collaborateur  Gentile  da 
Fabriano  qui  exécuta  plusieurs  sujecs  de  la  longue  frise  des  arcades  et  qui  se 
distingua  principalement  dans  les  figures  des  prophètes  peintes  en  grisaille 
sur  les  trumeaux  des  fenêtres.  Cf.  Rohault  de  Fleury,  Le  Latran  au  moyen  âge 
(Paris,  1877,  in-80),  p.  238  ».  —  P.  M. 


TABLE    DES    MATIÈRES 


Pnges 

Ed.  Philipon,  Provenç.  -enc,  ital.  -higo,  -engo i  ;  cf,  333 

P.  Meyer,  Fragments  de  manuscrits  français 22 

J.-A.  Herbert.  An  early  manuscript  of  Gui  of  Warivick 68 

A.  Thomas,  Jamette  de  Nesson  et  Merlin  de  Cordebeuf 82;  cf.  604 

A.  Thomas,  Le  Latercuhis  de  Polemius  Silvius ,.  .  .      161,  cf.  605 

C.  Salvioki,  La  declinazione  imparisillaba  in  -a  -àne,  etc.  nelle  carte 
medievali  d'italia 198 

F.  Lot,  Vivien  et  Larchamp 258 

P.  Meyer,  L'Évangile  de  l'Enfance  en  provençal  (manuscrit  de  Cambis- 

Velléron  et  de  Raynouard) 357 

A.  Jeaxroy,  Sur  quelques  sources  des  Mystères  français  de  la  Passion.  365 

J.  Bédier,  Sur  deux  chansons  de  croisade 379 

A.  Delboulle,   Mots  obscurs  et  rares  de  l'ancienne  langue  française 

{^l'Jte) 394 

P.  Meyer  et  G.  Guigue,  Fragments  du  Grand  livre  d'un  drapier  de  Lyon 

(1320-1325) 428 

G.  Lavergne,    Fragment    d'un  nouveau  manuscrit  de  la  Chanson  de 
Roland  (version  rimée) 445 

J.-L.  Weston  et  J.  Bédier,  Tristan  ménestrel,  extrait  de  la  continua- 
tion de  Percez'aî  par  Gerbert 497 

P.  Meyer,  h' Instruction  delà  Vie  mortelle  par  Jean  Baudouin  deRosières- 

aux-Salines 5 3 1  ;  cf.  63 3 

Kr.  Nyrop,  Sone  de  Nansai  et  la  Norvège 555 

P.  Meyer,  Notice  du  manuscrit  Bodley  57  (Oxford,  Bodléienne) 570 

A.  Thomas,  Notice  biographique  sur  Eustache  Marcadé 583 

MÉLANGES 

G.  HuET,  Encore  Floire  et  Blanchejleur 93  ;  cf.  335 

F.  Lot,  Guenelon-Giuielon 100 

Ch.  Drouhet,  Franc,  épaule 102 

A.  Thomas,  «  Giraut  de  Borneil  »  ou  «  Guiraul  de  Bornelh  »  ? 106 

—  Provenç.  anc.  aïbuesca,  provenç.  mod.  auhieco 109 

—  Un  sens  rare  du  mot  voiture no 


TABLE    DES    MATIERES  635 

F.  NovATi,  Ital.  jaiia,  janara 112 

N.  Valois,  Nouveaux  témoignages  sur  Pierre  de  Nesson 278 

Éd.  Philipon,  Espagnol  -anco,  français  -ape 283 

M.  L.  Wagner,  Les  noms  sardes  du  mouflon 291 

L.  Brandin,  Le  plus  ancien  exemple  du  franc,  ahrier 293 

J.  Derocquigny  et  A.  Thomas,  Franc,  dial.  tégucr,  le'qiier 295 

A.  Tho.mas,  Ane.  normand  aiioil 300 

—  Bret:(el 30° 

—  Franc,  dial.  guitcati 303 

—  Ane.  franc,  viachet 3^3 

—  Ane.  franc,  oisdif 304 

—  Ane.  franc,  rojiiel 306 

—  Ane.  franc,  tenoil 3°^ 

—  L'identité  du  médecin  Aldebrandin  de  Sienne 454 

•         —         Ane.  franc.  hauceiU  «  blaireau  « 45^ 

—  Ane.  franc,  hotisacle,  hou^ekle  «  pastèque  » 459 

—  Ane.  franc,  traîne  «  trompette  » 460 

C.  Nedelcou,  Sur  la  date  de  la  naissance  de  Pierre  Alphonse 462 

P.  Meyer,  Extraits  d'un  recueil  de  sermons  latins  composés  en  Angle- 
terre   591 

F.  Lot,  Un  faux  Tristan  wurtembergeois 596 

A.  Thomas,  Ane.  franc,  casigan,  -iiigan,  gasigan,  -iiigaii 598 

—  L'article  halani  de  Godefroy 601 

—  Un  document   peu    connu    sur    Alain   Chartier  (5    juillet 

1425)..- 603 

—  Note  complémentaire  sur  Merlin  de  Cordebeuf 604 

V.  Henry,  Marisopa 605 

F.  Lot,  Godoïne 605 

COMPTES  RENDUS 

Aliscans,    Kritischer    Text,    von     E.    Wienbeck,    W.    Hartnacke, 

P.  Rasch  (Raymond  Weeks) 309 

Angicourt  (Perrin  von),  voir  Perrin. 

Barrau-Dihigo  (L.).  Voir  Cartulaire  de  Saint- Vincent-de-Lucq. 

Bausteine  zur  romanischen  Philologie,  Festgabe  fur  Adolfo  Mussafia 

(A.  Th.) 113 

Beaurepaire  (Ch.  de),  voir  Livre  des  comptes  de  Thomas  du  Marest. 

BuRNAM  (John  M.),  Glossemata  de  Prudentio  (A.  Th.) 123 

Capelli  (L.-M.),  voir  Pétrarque. 

Carnaham  (D.  H.),  The  Prologue  in  the  Old  French  and   Provençal 

Mysterv'  (H.  Châtelain) 135 

Cartulaire  de  l'abbaye  de  Gimont,  p.  p.  l'abbé  Clergeac  (P.  M.).  ...  318 


636  TABLE    DES    MATIERES 

Cartulairc  du  prieuré  de  Saint-Mont,  p.  p.  Jean  do  Jaurgain  et  Justin 

Maumus(P.  M.) 318 

Cartulaire    de    Saint-Vincent-de-Lucq,    p.    p.    L.    Barrau-Dihigo    et 

R.  PouPARDiN  (A.  Th.) 124 

Clkrgeac  (L'abbé),  voir  Cartulaire  de  l'abbaye  de  Gimoiit. 

CoHEX  (G.),  Histoire  de  la  mise    en   scène  dans  le  théâtre  religieux 

français  du  moyen  âge  (M.  Sepet) 614 

Comptes  consulaires  d'Albi,  voir  Vidal. 

DoTTiN  (G.),    Manuel  pour  servir  à    l'étude    de   l'antiquité  celtique 

(A.  Th.) 5,6 

Du  Marest  (Thomas),  voir  Livre  des  Comptes. 

Elisabeth  von  Nassau-Saarbrucken,  Der  Huge  Scheppel,  p.  p.  H. 

Urtel  (F.  Lot) 156 

GiLLE  Le  Vinier  (Die  Lieder  des  altfranz.  Lyrikers),  p.  p.  A.  Metcke 

(A.  Jeanroy) 608  • 

Hartnacke  (W.),  voir  AJiscans. 

Jaurgain  (Jean  de),  voir  Cartulaire  du  prieure  de  Saint-Mont. 

Jordan  (Léo),    Die  Sage  von  den  Vier  Haimonskindern  (A.  Jeanroy).     466 

Kalff  (G.),  Geschiedenis  dcr  Nederlandsche  letterkunde  (G.  Huet). . .     464 

Langlois  (E.),  Table  des   noms  propres  compris  dans  les  chansons  de 

geste  imprimées  (P.  M.) 1 50 

Le  Cacheux  (P.),  voir  Livre  des  comptes  de  Thomas  du  Marest. 

Le  Vinier  (Gille),  voir  Gille  Le  Vinier. 

Livre  des  comptes  de  Thomas  du  Marest,  p.  p.  P.  Le  Cacheux  et 

Ch.  de  Beaurepaire  (P.  M.) 133 

LoKE  (Marie),    Les    versions  néerlandaises   de    Rciniul   de  Montauhaii 

(A.  Jeanroy) 466 

Marest  (Thomas  du),  voir  Livre  des  comptes. 

Maumus  (J.),  voir  Cartulaire  du  prieuré  de  Saint-Mont. 

Metcke  (A.),  voir  Gille  Le  Vinier. 

Miret  i  Sans  (J.  ),  El  mes  antic  text  literari  escrit  en  catala  (P.  M.).     610 

Mussafia  (.^dolfo),  voir  Bausteine. 

Nassau-Saarbrucken  (Elisabeth  von),  voir  Elisabeth. 

Perrin  von  Angicourt  (Die  Lieder  des  Troveors),  p.  p.  G.  Steffens 

(A.  Jeanroy) 125 

PÉTRARQUE,  Traité  De  sui  ipsius  et  niiillonitn  ignordiitia,  p.  p.  L.  M. 

Capelli  (P.  M.) 612 

Poupardin  (R.),  voir  Cartulaire  de  Saint-Vincent-deLucq. 

Rasch  (P.),  voir  Aliscans. 

Renaud  de  Moiitauhan,  voir  Loke  (Marie). 

Sainéan  (L.),  La  création  métaphorique  en  français  et  en  roman,  etc. 

Le  chat  (A.  Th.) 47 1 

ScHwoB  (M.),  voir  Villon. 


TABLE    DKS    MATIERES  637 

Stefi"ENS  (G.),  voir  Pcrriii  von  Aiigicourt. 

Thomas  du  Marest,  voir  Livre  des  comptes. 

Urtel(H.),  voir  Elisabeth. 

Vidal  (A.),  Douze  comptes  consulaires  d'Albi  du  \iv^  siècle  (P.  M.).      321 

Villon    (François),    Le    Petit    et  le  Grand  Testament,    p.  p.    Marcel 

ScHWOB  (G.  Raynaud) 469 

V1NIER  (Gille  Le),  voir  Gillk. 
Wienbeck(E.),  voir  Alisaiiis. 


LIVRES  ANNONCES  SOMMAIREMENT 


An'cona,  voir  D'Axcona. 

Arbois  de  Jubainville(H.  d').  Voir  Mélanges. 

Bartsch  (K.),  Chrestomathie  de  l'ancien  français,  8^  éd.,  p.  p.  Hor- 
NiNG 152 

Bayot  (A.),  voir  Goniiond  et  Iscinbart. 

Biadene  (L.),  voir  Canzone. 

BoNiLLA  Y  San  Martin,  voir  Sindihdd. 

Canzone  d'Amore  di  un  antico  rimatore  pisano,  p.  p.  L.  Biadene.  ...      152 

Carnov  (A.),  Le  latin  d'Espagne  d'après  les  inscriptions,  3e  partie.  .  .  .     627 

Cartulaire  de  l'abbaye  de  Notre-Dame  de  la  Merci-Dieu,  p.  p. 
É.  Clouzot 629 

Chants  et  chansons  populaires  du  Languedoc,  p.  p.  L.  Lambert 155 

Clouzot  (E.),  voir  Cartulaire. 

CoMPAGNi  (Dino),  Chronique,  trad.  p.  Ch.  Weiss 152 

Congrès  international  |à  Liège]  pour  l'extension  et  la  culture  de  la 
langue  française 631 

CoRBEA  (Tudor),  Dictionarlatino-rumînesc,  notice  p.  Gr.  Crktu 628 

Courtois  d'Airas,  p.  p.  É.  Faral. 

Cretu  (Gr.),  voir  Corbea 494 

D'Ancona  (Alessandro),  Poesia  popolare  italiana 155 

D'Ancona  (Paolo),  Le  vesti  délie  donne  florentine  nel  secolo  xiv.  .  .  .     650 

DiAMANDi  (V^asile),  Renseignements  statistiques  sur  la  population  rou- 
maine des  Balkans 628 

D0UTREPONT  (G.),  Epître  à  la  maison  de  Bourgogne  sur  la  croisade 
projetée  par  Philippe  le  Bon 632 

DuvERNOY  (É.)  et  R.  Harmand,  Le  tournoi  de  Chauvency  en  1283. . .      157 

EspiNAS  (G.)  et  H.  PiRENNE,  Recueil  de  documents  relatifs  à  l'industrie 
drapière  en  Flandres,  t.  1 631 

Faral  (E.),  voir  Courtois  d'Arras. 

GiESE  (H.),  La  Passion  jouée  à  V^alencicnnes  en  1 547 493 


638  TABLE    DES    MATIÈRES 

Goniioiid  et  Isciiilhiit.  reproduction  p.  A.  Bayot 136 

Grojean  (0.)>  Notes  sur  quelques  jurons  français 157 

GuÉNARD  (É.),  Le  patois  de  Courtisols 159 

GUERLIN  DE  GUER  (Ch.),   voir  SUCHIER. 

Harmand  (R.),  voir  Duverkoy. 

Henzie  (P.)-    Die  Engel   auf  der  niittclaltcrl.  Mystcricnbuline  Frank- 

reichs 49  ^ 

HOLBROOK  (R.),  voir  Palbeliu. 
HoRNiNG  (A.),  voir  Bartsch. 

Jean  Botel,  Li  jus  (h  saint  NicoLii...  von  G.  Manz 627 

JuD  (J.),  voir  Stuppaun. 
KuTTNER  (Max),  voir  Tobler. 

Lepitre(A.),  La  Vierge  Marie  dans  la   littérature  française  et  proven- 
çale       1)3 

LôsETH  (E.),  Le  Tristan  et  le   Palanihle  des  niss.  français  du  British 

Muséum • 1 5  5 

Manz  (G.),  voir  Jean  Bodel. 

Martin  (C),  La  maison  de  ville  de  Genève 632 

Mélanges  H.  d'Arbois  de  Jubainville. 495 

Menéndez  PiDAL  (R.),  Manual  elementar  de  gramdtica  histôrica  espa- 

nola,  2*:  éd 1)8 

Miscellaneadi  studi  storici  e  ricerchecritiche  (en  l'honneur  du  patriarche 

Paulin  d'Aquilée) 1 5  3 

Neumann  (Ernest),  Die  Sôldner  im  Mittelalter 1 56 

—        (Walter),  Die  letzte  Journée  des  Mystères  de  la  Passion  von 

Arnoul  Gréban  in  der  Handschr.  von  Troyes 492 

NiEDERMANN    (Max),    Contribution  à  la  critique  et  à    l'explication  des 

gloses  latines 1 60 

NovATi  (F.),  Attraverso  il  medio  evo 1 5  5 

Padiglioue  (//)  di  ir    Aljonso,  p.  p.  Pio  Rajna 152 

Pathclln  (The  farce  of  Master  Pierre),  trad.  en  anglais  par  R.  Holbrook.     i  5  3 

Peeters  (P.),  La  légende  de  Saïdnaya 331 

Perrett  (W.),  The  story  of  king  Lear 336 

Pirenne  (H.),  voir  Espinas. 

Plainte  (La)  d'Amour,  poème  anglo-normand  p.  p.  J.  Vising 156 

Popovicï  (J.)>  Rumaenische  Dialekt,  1 494 

Précigou  (A.),  Ornithologie  de  la  Haute-Vienne 336 

Rajna  (Pio),  voir  Padiglioue. 

ScHiFF  (M.),  La  Bibliothèque  du  marquis  de  Santillane 496 

SÉBILLOT  (P.),  Le  Folk-lore  de  France,  t.  II  et  III 154,  630 

Sheldon  (E.  S.),  Concordanza  dclle  opère  italianc  in  prosa  c  del  can- 

zoniere  di  Dante  Alighieri IS7 

Simlibdd  (version  espagnole  du  xiiie  s.)  p.  p.  A.  Bonilla  y  San  Mar- 
tin       151 


TABLE    DES    MATIERES  639 

Strebi-ox  (II.),  Le  Mystère  de  Semur .  .    .  492 

Stuppaun  (G.),  Las  '^i^scb  eicih,  p.  p.  J.  JuD 628 

SucHiER  (H.),  Les  voyelles  toniques   en    vieux  français,  trad.  p.  Ch. 

GUERLIN  DE  GUER 495 

SUDRE  (L.),  voir    TOBLER. 

Thurneysen  (R.),  Die  Etymologie 158 

Tobler(A.),    Mélanges   de  grammaire   française,   ii"^   série,    trad.  p. 

M.  KUTTNERet  L.  SUDRE I59 

—       Vermischte  Beitràge  zur  franz.  Gramniatik,  2^  série,  2^  éd.  .  496 

TouGARD  (A.),  Monsieur  Delboulle 629 

Vaganay  (H.),  Le  vocabulaire  français  du  xvi^  siècle 158 

Vising(J.),  voir  Plai nie  cf  Amour. 

Weiss  (Ch.),  voir  Compagni. 

WoLKENHAUER  (K.),  Das  Mystère  de  saint  André 493 


PÉRIODIQUES 

Annales  des  Alpes,  V,  VI,  IX 532 

Annales  du  Midi,  XVII  (1905) 143 

—             XVIII  (1906),  janv. -avril 477 

Bulletin  de  la  Société  archéologique  du  Midi  de  la  France,  n»  34 479 

Bulletin  de  la  Société  archéologique  et  historique  du  Limousin,  LV .  .  .  479 
Jahresbericht  des  Instituts  fur  rumànische  Spra<Jie  zu  Leipzig,  i  le  année 

(1904) ; 480 

Revista  de  bibliografla  catalana,  no  6(1903) 142  ;  cf.  333 

Revue  de  philologie  française  et  de  littérature,  XIX  (1905),  1-3 326 

Revue  des  langues  romanes,  XLVIII  (1905) 615 

Studi  romanzi,  II-III  (1904-1905) 145 

Studier  i  modem  Sprakvetenskap,  III  (1905) 143 

Zeitschrift    fur    franzœsische    Sprache    und    Literatur,    XXVI-XXIX 

(1904-1906) 482 

Zeitschrift  tùr  romanische  Philologie,  XXIX  (1905),  3-4 135 

—  -                                   —            5-6 323 

—  —                       XXX  (1906),    1-2 475 

—  —                                 —            3 620 

Zeitschrift  fur  vergleichende  Sprachforschung,  XXXIX  (1904) 479 


CHRONiaUE 

Nécrologie  :  Ed.  Boehmer,  329;  A.    Delboulle,  149;  L.-M.  Kawczynski, 
350;  J.    Mazzatinti,   624;  B.    Prost,    149;].  Protat,  330;  G.  Saige,    148; 


640  TABLE    DES    MATIÈRES 

S.  Santv,  625  ;  j.  Ulrich,  624;  H.-L.  W'ard,  149.  —  Xominaiions  :  M.  Ph. 
A.  Bcckcr  à  l'Universitc'  de  Vicn  ic,  490.  —  Hommage:  à  M.  Chabancau, 
351.  —  Prix  La  Grange  à  M.  Bcdier,  530.  —  La  question  de  la  simplilication 
de  l'orthographe  française,  625.  —  La  Romania  éditée  par  la  maison  Cham- 
pion, 148.  —  Table  de  la  Komania  par  le  Dr  Bos,  469.  —  Sur  le  Miracle  de 
Sardenai,  par  le  P.  Paul  Peeters,  331.  —  Le  dialecte  de  Poschiavo,  par 
M.  C.  Salvioni,  351.  —  La  Nucva  Bibliotcca  de  Aiitorcs  espanoles  dinocid  par 
M.  Menéndez  Pelayo,  150.  —  Édition  des  œuvres  catalanes  de  Ramond  Lull, 
333.  —  Publications  de  la  Société  des  anciens  textes  français,  330;  de  la 
Société  G.  Paris,  531;  de  la.  Gesellscbaft  f.  romaiiische  Litiraliir,  ijo;  des 
lectures  faites  au  Congrès  des  arts  et  des  sciences  à  l'iilxposition  universelle 
de  Saint-Louis,  490.  —Septième  rapport  (190J)  sur  les  travaux  de  la  com- 
mission du  Glossaire  de  la  Suisse  romande,  332.  —  U.  Chevalier,  Répertoire 
des  sources  historiques  du  moyeu  âge  (bio-bibliographie),  fasc.  IV  à  VII,  627.  — 
Édition  française  d'un  précis  de  littérature  française  jusqu'au  xve  siècle  par 
G.  Paris,  490.  —  Travaux  projetés  :  nouvelle  édition  du  Lihro  de  Alexandre, 
par  M.  Morel-Fatio,  150  ;  édition  du  poème  champenois  sur  le  psaume  Eruc- 
tavit,pâr  M.  Jenkins,  150. — Correspondance  :  MiM.  W.  Foerster,  150;  Phi- 
lipon,  533  ;  Reiuhold,  335  ;  Schultz-Gora,  490. 


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